Disclaimer : Toujours la même chose.
8. Août.
Jeudi 4 Août
13:00 — Au Bureau.
Ce qui est arrivé à l'anniversaire de Potter est toujours aussi vexant, et ce malgré la bonne volonté que je mets à essayer de l'oublier. J'ai esquivé toute rencontre fortuite avec Potter lui-même en évitant la cantine et en choisissant, à la place, d'aller me sustenter à l'extérieur. Je n'ai aucune envie qu'il me harcèle au sujet de mon départ précipité ce soir-là. Granger pourrait même lui avoir parlé de notre dispute et je n'éprouve aucun désir de me faire questionner à ce sujet.
La nourriture des elfes de maison me manque, tout de même. Je crains d'avoir perdu du poids cette semaine à force de me contenter des sandwiches misérables de la boulangerie la plus proche.
Ce manque de nourriture copieuse ne fait rien pour arranger mon humeur.
Humph.
Wilson me tape sur le système, lui aussi. Il y a eu un grand désastre à l'étage, sur lequel, naturellement, je ne sais rien. Je sais seulement qu'il y a eu un désastre car j'ai accidentellement trébuché dans l'esprit de ce cher Archie, l'autre jour, alors qu'il était en train de me parler de... A vrai dire, j'ai oublié ce qu'il voulait. Quoiqu'il en soit, ses bases en Occlumancie lui suffisent pour s'assurer que les détails importants ne flottent pas à la surface de ses pensées là où tout le monde peut les voir, mais j'ai compris l'essentiel. Par ailleurs, il a passé la semaine à grogner et à soupirer, aussi le premier idiot pourrait-il voir que quelque chose le tracasse.
Peut-être, si j'en avais quelque chose à faire, essayerais-je d'en savoir plus, mais ce n'est pas le cas ; ses problèmes me laissent indifférent.
Je ne refuserais pas un verre, pour être honnête, mais j'ai décidé de ralentir ma consommation. J'étais légèrement perturbé de me rappeler tout ce que j'avais bu le soir de la fête de Potter, et je pense qu'il serait bon pour moi de revenir à ma résolution de début d'année - de boire moins.
Oublions les bénéfices que cela aura sur mon foie ; la sobriété a une influence bien plus importante sur mon comportement.
Je n'ai pas besoin de voir se répéter ce qui s'est passé à la fête. Jamais.
Lundi 8 Août
18:00 — A la Maison.
Mauvaise journée. (Un examen rapide sur les pages précédentes de ce fichu journal me confirme que presque toutes mes journées pourraient se classer dans cette catégorie. Que c'est déprimant.)
Je regrette d'autant plus d'avoir laissé mes mots dépasser ma pensée chez Potter l'autre jour. Une minuscule part de moi espérait que Granger oublierait ma performance (j'ai une fâcheuse tendance à me faire des illusions, je sais) et la mettrait sur le compte du fait que je suis un vieil homme amer et malveillant.
Il est apparu, cependant, que, ce soir, j'ai quitté mon bureau pour retrouver la femme en question qui m'attendait à la réception. Il me semble que j'aurais encore préféré me retrouver face à un groupe de Détraqueurs.
Lucinda se leva, les sourcils froncés. 'Mrs Weasley est venue pour vous voir, Severus. Je lui ai dit que vous étiez sur le point de partir...'
'Lucinda a raison, Mrs Weasley, j'étais—'
Granger n'avait pas l'air ravie. Elle s'approcha de moi, sifflant : 'Ce n'est pas le travail qui m'amène, alors je n'en ai rien à faire si vous avez fini ou non.'
Et sur ce cette insupportable donzelle passa devant moi et prit sur elle d'investir mon bureau ! Je me précipitai à sa suite, enragé par une telle présomption. Je ne peux qu'imaginer sa tête s'il me prenait un jour de forcer l'entrée de son bureau sans m'annoncer, et sans avoir été invité ! Je suis sûr qu'elle adorerait cela.
'Je ne vous dérange pas trop ?' crachai-je, claquant la porte derrière moi.
Je me renfrognai tandis qu'elle embrassait du regard mon environnement de travail. Mon bureau est probablement plus petit que sa penderie.
Elle croisa les bras sur sa poitrine. 'Qu'essayiez-vous de faire avec votre petite démonstration chez Harry ?'
Je n'appréciai pas la référence à ma 'petite démonstration'. Que croit-elle, que je m'amuse à briser des mariages à chaque fête à laquelle on m'invite ?
'Oubliez cela ; ce n'était rien,' dis-je catégoriquement.
'Dites-moi.'
'Non.'
'Pourquoi pas ?'
'Oubliez cela.'
'Non.'
Je haussai les épaules, parfaitement préparé à continuer ce petit jeu toute la nuit.
'Dites-moi !' cria-t-elle presque, et j'eus soudain la vision de Granger tapant du pied sur le sol comme une enfant trop gâtée.
'Si c'est ainsi que vous interrogez vos témoins, je vais de ce pas chercher un ticket pour assister à la prochaine audience.'
Je sentis alors qu'elle se retint à grand-peine de me gifler.
'Par Merlin, Snape, vous avez intérêt à me le dire, ou bien je...'
Je la regardai, impassible ; comme si j'allais être effrayé par elle.
Evidemment, elle a fini par le réaliser, et quelque chose dut baisser les bras en elle, car elle soupira bruyamment et, ce faisant, son expression passa de la colère à la mélancolie.
'Il faut que vous me le disiez,' murmura-t-elle douloureusement. 'Je ne pourrais pas le supporter, sinon.'
Eh bien, maintenant j'étais effrayé. Je n'aime pas être déconcerté. Je regardai ailleurs et dis, mal à l'aise : 'Ce n'est rien.'
Elle ne prit même pas la peine de répondre à un mensonge aussi évident.
'Pourquoi ne demandez-vous pas à Weasley ?' soupirai-je, vaincu.
'Je vous le demande à vous.'
Et après tout cela, après toutes mes délibérations sur le sujet, après tout le dégoût que m'avait inspiré Weasley, je n'ai pas pu lui dire ce que j'avais vu. Mais d'après l'expression de son visage, j'ai senti que ç'aurait de toute façon été superflu.
'Je crois que vous savez déjà ce qui s'est passé,' dis-je calmement. 'Et que vous l'avez probablement toujours su.'
Je n'éprouvai aucune satisfaction à la voir lâcher un sanglot et s'enfuir de la pièce.
Je restai figé sur place durant un long moment.
Je ne peux pas dire que je me suis déjà trouvé dans une telle situation auparavant, aussi n'ai-je aucune idée si ce que j'ai fait était éthique ou non. Je suppose qu'il s'agit d'une de ces situations où j'ai à la fois tort et raison. Oh allez, regardons la vérité en face : agir de façon équivoque est ce que je fais le mieux.
Lorsque j'ai finalement quitté mon bureau, Lucinda m'attendait avec un air d'intense désapprobation. 'Est-ce que vous étiez obligé de la faire pleurer ?' demanda-t-elle avec hauteur, avant de balancer une liasse de parchemins et de s'éloigner à grands pas dans le couleur.
Ai passé le reste de la soirée au Chaudron Baveur, à fixer le fond de ma pinte.
Je me demande ce que Stanley Pumphrey aurait fait à ma place ?
Je suppose que je ne le saurais jamais.
Jeudi 11 Août
10:00 — Au Bureau (alias la bouche de l'enfer).
Je n'ai entendu parler de rien qui concerne Granger ou Weasley.
J'aurais pensé que les rumeurs se seraient déchaînées si elle l'avait... quitté.
Peut-être lui a-t-elle pardonné. Je n'ai pas beaucoup d'expérience concernant le pardon, mais on me dit que cela arrive.
Mercredi 17 Août
15:00 — A la Maison.
J'ai eu une matinée extraordinaire. Tout est un peu embrumé à présent, même si les événements en question n'ont eu lieu que quelques heures auparavant.
Pour commencer, j'ai été impliqué dans une bagarre, et ensuite, je suis à présent au chômage. Je ne fais pas les choses à moitié, pas vrai ?
Aujourd'hui était le dernier jour de Miss Moran avec moi. J'étais supposé confirmer que son apprentissage avait bien été complété, après quoi elle serait allée voir Wilson pour discuter de la prochaine étape de sa carrière à l'intérieur du département, et hors de ma vue pour de bon. Nous étions justement en train de parcourir son dossier, pour vérifier que tout était en ordre, lorsque ma porte sortit soudain de ses gonds.
Nous regardâmes tous deux Ronald Weasley qui se tenait dans l'embrasure, les yeux écarquillés. Ses cheveux étaient décoiffés et il n'était pas rasé. Il ne me regardait pas ; il fixait Miss Moran.
'Tu m'avais dit que tu ne dirais rien,' siffla-t-il d'une voix rauque.
Elle joignit les mains. 'Pardon ? Je ne te suis pas.'
Weasley fit un pas en avant. 'Hermione ; elle sait...'
Je fis un pas également, tandis que Miss Moran bredouillait, indignée. 'Je ne lui ai jamais dit !'
L'expression de Weasley se fit orageuse, aussi me raclais-je la gorge. 'Non, c'est moi,' déclarai-je, pas le moins du monde effrayé d'admettre mon rôle.
Deux paires d'yeux se tournèrent vers moi.
'Vous ?' hoqueta Weasley, incrédule. 'Qu'est-ce que ça pouvait bien vous foutre ?'
Je haussai les épaules. 'Il me semblait qu'elle était en droit de savoir qui était réellement son mari.'
La rage déforma le visage de Weasley. 'Vous—!'
Il fit une embardée dans ma direction, mais je maintins mes distances.
'Vous—' cracha-t-il. 'Est-ce que vous vous rendez compte de ce que vous avez fait ?'
Il est possible que j'aie haussé les sourcils avec une expression de légère indifférence...
'Est-ce que vous vous rendez compte,' continua-t-il avec colère, 'de ce que vous avez gâché ?'
'Ce n'est pas moi qui ai couché avec une autre femme, si ?'
Ses yeux se rétrécirent. 'Salaud ! Vous n'avez jamais fait d'erreur de votre vie, pas vrai, Snape ? Dites-nous donc combien de fois vos actions ont fait du mal autour de vous, hein ? Si vous pouvez vous en tirer avec tout le sang que vous avez sur les mains, pourquoi est-ce que je devrais expier mes fautes pour un coup d'un soir ?'
Il ponctua ses derniers mots en lançant son poing dans ma direction. Je réussis à éviter le coup en faisant un pas de côté, et je ne pus pas résister ; je le poussai hors de mon chemin et le regardai s'étaler tout droit sur mon bureau.
Hautement divertissant !
Le temps qu'il se remette debout, j'avais sorti ma baguette.
Miss Moran se leva en se tordant les mains. 'Mr Snape, um, Ron, s'il vous plaît, je ne pense pas que—'
Le reste de sa phrase mourut tandis que Weasley envoyait un sort dans ma direction avec un grognement impuissant. Nul besoin de préciser qu'il me manqua et que, naturellement, il me parut normal de me défendre avec un rapide mouvement de baguette.
Il réussit à bloquer mon sort à temps, mais celui-ci ricocha sur l'un des classeurs, qui s'ouvrit violemment. La vue des parchemins volant dans tous les sens ne m'irrita pas ; au contraire, je me sentis presque libéré. Ce qui ne regardait pas Weasley, ceci dit.
'Sortez de mon bureau, pauvre imbécile, avant que je n'appelle les Aurors.'
'Allez vous faire foutre, Snape !' cria-t-il, s'avançant vers moi à nouveau. Il réussit à s'agripper à mes robes et nous nous cognâmes tous deux contre le mur. Je réussis à empêcher ma tête de faire connaissance avec les briques, mais je n'appréciai pas d'avoir à faire cet effort pour commencer.
Avant qu'il n'ait le temps de cligner des yeux, j'attrapai son cou d'une main et enfonçai le bout de ma baguette dans sa poitrine. 'Lisez sur mes lèvres, Weasley : Foutez. Le. Camp.'
Ses yeux s'agrandirent, et c'est juste au moment où je m'apprêtais à le balancer dans le couloir que je réalisai que Wilson se tenait là, à nous observer.
'Severus ?' demanda-t-il, l'air estomaqué.
Par réflexe, je relâchai mon emprise sur Weasley, ce qui fut une erreur, car il en tira avantage et réussit à me donner un coup. Son poing s'écrasa sur ma pommette et je ravalai un grognement de douleur.
Miss Moran haleta avec bruit ; Wilson bredouilla dans sa barbe ; et Weasley lui-même parut légèrement horrifié par ce qu'il avait fait.
Je le fixai, la colère me faisant respirer fort, et levai ma baguette. 'Si vous vous avisez de vous approcher à nouveau de moi, Weasley, je ferais en sorte que ce soit la dernière chose que vous faites, est-ce bien clair ?'
Je ne lui donnai pas une chance de répondre. J'agitai ma baguette et il s'envola à travers la porte, s'écrasant dans un bruit sourd, et avec un cri, sur la dalle.
'J'exige de savoir ce qu'il se passe, Snape !'
Je me tournai vers Wilson, une vague irrationnelle de dégoût montant à l'intérieur de moi. 'Oh, vous l'exigez ?' demandai-je grossièrement, portant la main à ma joue pour voir si je saignais - mais ce n'était pas le cas.
'Je veux vous voir dans mon bureau. Je n'accepterais pas de bagarres dans mon département ! Ce n'est pas bien, et je ne veux pas voir un de mes employés s'engager dans une activité aussi peu professionnelle ! Nous avons une réputation à conserver—'
'Wilson, je n'ai rien à faire de votre foutu département !'
Il me regarda, les yeux agrandis par le choc, et je dois avouer que j'étais moi-même légèrement surpris. L'exclamation m'avait échappée sans que j'aie eu le temps d'y réfléchir. Mais je ne la regrettais pas. J'enregistrai le désordre dans lequel se trouvait mon bureau, mais cela ne m'affectait pas. Quelque chose en moi devait s'être enfin brisé, car je ne pouvais même plus en supporter la vue.
'Je n'en ai rien à faire. J'en ai fini avec cet endroit ; trouvez donc quelqu'un d'autre pour effectuer ce boulot ingrat.'
Je sortis - relevant le bas de mes robes pour enjamber un Weasley pleurnichant, tout en étouffant l'envie de lui donner un coup de pied bien senti - et me dirigeai tout droit sur l'ascenseur. Lucinda se tenait près de son bureau, l'air affligé.
'Severus ?' dit-elle d'un ton incertain, mais je l'ignorai.
Il ne fait aucun doute qu'il était insouciant de ma part de prendre congé de cette façon, mais il fallait que cela soit fait. Je n'aurais pas pu passer une seconde de plus dans ce bureau stupide entouré de gens stupides comme Wilson. Tout le monde a une limite, et il paraît évident que j'avais atteint la mienne.
Je Transplanai chez moi et, à dire vrai, je ne me retrouvai pas à penser 'qu'est-ce que je vais bien pouvoir faire maintenant ?'
Tout ce que je ressentais était du soulagement.
Par ailleurs, je savais déjà ce que je devrais faire ; que j'en aie envie ou non n'avait plus d'importance à présent. Mais c'était une décision facile à prendre, maintenant que je ne pouvais plus prétendre que mon travail au Ministère me prenait tout mon temps.
Et ainsi — J'ai rassemblé mes affaires, car je m'en vais vivre dans le Yorkshire pour quelques temps. Ce n'est pas une perspective très enthousiasmante mais, malgré tout, il s'agit probablement de la meilleure chose à faire.
Il est rare que je puisse l'affirmer sans réserve.
Mais oui, par Granger, c'est la meilleure chose à faire.
Samedi 20 Août
11:35 — Yorkshire.
Je n'ai pas eu de nouvelles du Ministère concernant ma démission précipitée. Aucune Beuglante ne m'est parvenue de la part de Wilson.
Ils sont probablement aussi enchantés d'être débarrassés de moi que je le suis d'eux. Nous sommes tous gagnants dans cette histoire.
Oh, attendez. Quand, de ma vie, ai-je gagné quoi que ce soit ?
Je ne peux pas dire que m'exiler dans le Yorshire ait arrangé mon humeur. Non, je ne suis plus prisonnier des entrailles de cette institution puante de prétention qu'est le Ministère. Je n'ai plus à m'entretenir avec des imbéciles tout au long de la journée et, oui, mon temps m'appartient désormais, et je suis libre d'en faire ce qui me plaît.
Mais cela ne m'empêche pas d'être toujours aussi irrité et frustré qu'auparavant.
Pour commencer, mon père s'est montré plus acariâtre qu'à l'accoutumée. Ces temps-ci, il ne semble ouvrir la bouche que pour se plaindre. Il m'a fallu me résoudre à effectuer de longues marches chaque fois que l'envie de lui lancer un sort me démange. Je connais probablement la côte mieux que Granger, maintenant.
Cela fait seulement trois jours que je suis là, juste ciel ! Aargh !
En toute justice, mon père devrait à présent se trouver à l'hôpital, ou recevoir les soins médicaux appropriés. Mais il refuse.
'Ca t'plairait de m'enfermer dans un mouroir, hein ?' réplique-t-il chaque fois que je le lui suggère. "Tu veux m'envoyer mourir au loin ! Y a plus rien à faire pour moi ! Je casserais ma pipe chez moi ; laisse-moi au moins ça !'
Que suis-je censé répondre à cela ?
Evidemment, en plus du reste, j'ai passé beaucoup de temps à réfléchir à mon travail, ou plutôt à mon absence de travail.
Une vie d'oisiveté ne me conviendrait pas, j'en suis certain, car je m'ennuie déjà à mourir.
Il doit bien se trouver quelque chose de productif que je pourrais accomplir pendant que je suis coincé ici. Je suis limité, cependant, par la présence d'une infirmière Moldue qui va et vient presque chaque jour. Il m'a fallu m'assurer de ne pas laisser de traces de magie dans la maison. Il m'a aussi fallu abandonner mes robes, en partie. Elle me trouve probablement assez bizarre comme cela sans me voir déambuler dans mes vêtements de sorcier ou, pire, m'agiter autour d'un chaudron. Je ne peux qu'imaginer sa tête si elle me surprenait à éventrer quelque chose à la table de la cuisine.
Je déteste les vêtements Moldus. Je me sens bizarrement exposé avec. Mais... peu importe l'infirmière ; le fait que je me trimballe dans la maison avec une cravate nouée autour du cou ne fait probablement rien pour aider mon père à se souvenir en quelle année nous sommes.
Les jours où je revêts mes robes, mon père ne manque jamais de froncer les sourcils. 'Nom de Dieu, c'est quoi cette dégaine ?' demande-t-il généralement, me détaillant du regard comme si je venais de tomber du ciel.
La moitié du temps, je ne m'embête même pas à lui répondre.
Quel est l'intérêt ? Cela pourrait être mon éternel slogan.
Lundi 22 Août
14:06 — La maison de mon père dans le Yorkshire (alias trou-noir-de-l'enfer-sur-la-mer)
Mon Dieu. Si je continue ainsi, je vais me mettre à souhaiter être de retour au Ministère. Et ce jour-là, il me faudra considérer en finir une fois pour toutes.
J'ai apporté une tasse de thé à mon père ce matin, et je n'avais pas prévu d'en dire plus qu'à l'habitude, mais quelque chose m'a contraint à mentionner un certain événement. Je suppose que j'étais ébahi par le fait que je m'en sois seulement souvenu.
'Père, c'est votre anniversaire, aujourd'hui,' ai-je dit, avouerais-je, avec un soupçon d'appréhension.
Il était couché sur le côté, regardant par la fenêtre le soleil qui brillait sur la mer perpétuellement grise. 'Ah bon ?' répondit-il d'un air absent.
Il s'est alors mis à tousser et s'est redressé afin d'être appuyé contre la tête de lit. Sans un mot, je lui ai donné un verre d'eau. Lorsqu'il a retrouvé son souffle, il a hoché la tête en direction de la télévision.
'Mets-moi la télé, fils.'
Merlin, je déteste quand il m'appelle "fils." Pour de nombreuses raisons, je suppose. Mais plutôt que de me lancer dans les détails de cette situation complexe, je dirais juste que mon irritation repose sur le fait que, puisqu'il a eu la témérité de me donner un nom comme 'Severus,' eh bien il devrait au moins me faire la grâce de l'utiliser !
'Dis à ta mère qu'j'voudrais des frites avec mon thé.'
Je l'ai regardé et ai simplement répondu : 'Bien.'
Quoiqu'il en soit, le but de ce compte-rendu est de souligner mon existence actuelle. Ceci est ma vie :
Rester assis toute la journée et faire des frites pour mon père.
J'ai visiblement échangé un enfer de monotonie contre un autre.
Humph.
Mercredi 24 Août
17:15 — Toujours dans le Yorkshire.
Je suis allé marcher à nouveau aujourd'hui.
Je suppose, quand le soleil brille, que même ce paysage plat et désolé s'auréole d'un certain charme, mais, d'après mon opinion, rien ne saurait jamais masquer entièrement son austérité et son essence profondément sinistre.
J'ai marché aussi près du bord de la falaise que je l'ai osé et ai porté mon regard sur la plage au-dessous. Les falaises ne sont pas très hautes, et je pouvais voir clairement les monticules de terre et d'argile, là où la mer avait tout balayé. Elle devait avoir tout emporté, et emporterait sans doute de nouveau tout avec elle : chemins ; routes ; jardins ; maisons. Quelques clôtures dérisoires gardaient la partie la plus dangereuse.
Qu'est-ce que mon père, ou même Granger, pouvaient bien trouver de si captivant dans cet endroit ?
Je suis curieux, mais malgré tout, même si je parvenais à le comprendre, je ne pourrais jamais ressentir la même chose. Je ne peux m'empêcher de reculer instinctivement devant l'idée de partager des points communs avec mon père.
Je me rends compte, à un certain niveau, de la futilité d'un tel objectif. Je ne me fais pas d'illusions.
Malgré tout, deux petits pois dans la même cosse — ce n'est pas nous.
Merlin soit loué.
Vendredi 26 Août
16:25 — Yorkshire — où d'autre ?
Il est arrivé quelque chose d'inattendu aujourd'hui.
J'étais assis sur le mur de pierres bas qui se trouve dans le jardin, occupé à lire Pratique de la potion, et appréciant un temps anormalement clément, lorsque ma tranquillité fut perturbée, non pas un cri soudain venant de mon père, mais par le son de pas approchants.
Nous n'attendions pas l'infirmière avant le lendemain, je le savais. Je considérais la possibilité qu'il puisse s'agir d'un randonneur quelconque lorsque le bruit cessa soudain, comme si la personne venait de s'arrêter.
Je fermai les yeux avec lassitude.
Faites que ce ne soit pas Granger, ai-je marmonné pour moi-même. Faites que ce ne soit pas Granger.
C'était Granger. Un bref coup d'oeil par-dessus mon épaule me permit de l'apercevoir, se tenant droite, dans l'expectative. Je me contentai de retourner à mon journal, comme s'il me paraissait parfaitement raisonnable de la voir penchée par-dessus la clotûre du jardin de mon père.
'Je pensais bien vous trouver là,' dit-elle, sans préambule.
Je suppose que je peux être reconnaissant que sa façon de me saluer n'ait pas consister à me soulever de mon mur pour m'expédier dans le prochain comté mais, malgré tout, je me sentais tout de même... agacé.
'Quel pouvoir de déduction remarquable,' grommelai-je sans lever les yeux. Qu'est-ce qu'elle me voulait encore ?
J'ai senti qu'elle pénétrait dans le jardin. N'a-t-elle aucun sens de l'étiquette ? Ou ai-je manqué le moment où je l'aurais invitée ?
'Harry est un peu inquiet parce qu'il ne vous a pas vu depuis, eh bien.. vous savez.'
'Par pitié dites-moi que vous n'avez pas informé Potter de l'endroit où mon père réside...' la mis-je en garde.
Elle secoua la tête. 'Je suis désolée pour ce qui s'est passé au Ministère. Je n'arrivais pas à y croire quand Ron nous l'a dit. Je suis sûre que Mr Wilson vous—'
Je me levai d'un bond. 'Je n'ai rien à faire du Ministère.'
'Je vois...' acquiesa-t-elle. 'Et, euh, eh bien, je voulais vous dire que je suis désolée pour ce que j'ai dit ce soir-là au square Grimmaurd...'
Voilà qui m'intéressait d'avantage — je ne l'avais pas anticipé. Je l'avais supposée pleine de rancune à mon égard pour avoir interféré. Je haussai les épaules dédaigneusement. 'Ce n'est pas comme si je ne l'avais pas cherché,' admis-je, me sentant un peu plus raisonnable après ses excuses. 'Cela ne me concernait pas vraiment.'
Les coins de sa bouche se retroussèrent avec une ironie désabusée. 'C'est vrai,' dit-elle, avant de prendre une inspiration. 'Mais vous aviez raison. J'avais besoin qu'on m'ouvre les yeux, et...' Sa voix se brisa et elle se racla la gorge.
Je devais bien m'avouer être légèrement curieux de ce qui avait suivi entre elle et son imbécile de mari, mais je ne voulais pas le lui avouer à elle. Comme si elle allait me donner les détails de toute façon !
J'envisageai l'idée de croiser son regard... Hmm...
'Eh bien voilà, dans ce cas.' Excellent ; je peux à présent considérer que je lui ai fait une faveur inestimable. Ne suis-je pas fantastique ? 'Il me faut retourner à l'intérieur...'
Cela m'a fait un peu bizarre de lui parler ; je ne suis pas sûr de savoir pourquoi. Probablement car cela devenait un peu trop personnel, et je ne m'occupe pas du personnel.
Sauf s'il y a déjà plusieurs grammes d'alcool dans mon sang, bien sûr.
'Très bien,' a-t-elle dit. 'Hum, à vrai dire, je me demandais si...?'
Je la regardai, mais elle se contenta de dire : 'Oubliez ça.'
Qui pourrait oublier quand quelqu'un attise votre curiosité de cette façon ?
'Vous vous demandiez, quoi ?' demandai-je sèchement.
'Eh bien, c'est juste que... J'ai pris quelques semaines de congé et je loue un cottage plus loin sur la côte, près de Bridlington...'
'C'est bien,' dis-je d'un air absent lorsqu'il parut clair qu'elle n'ajouterait rien d'autre. A vrai dire, je ne pouvais penser à rien de pire que de passer ses vacances dans un cottage près de Bridlington, mais je n'allais pas le lui dire. Apparemment, elle a besoin de sortir plus souvent si Bridlington est sa destination idéale pour les vacances. Merlin.
'C'est vraiment bien,' affirma-t-elle après un moment, complètement imperméable à ma dérision, 'mais, euh, c'est un peu ennuyeux parfois, d'être toute seule...'
Bon Dieu ! Je me retrouvais à présent confronté à la possibilité qu'elle me propose de me joindre à elle pour une escalade de la falaise, ou une autre des lubies auxquelles elle occupe son temps libre.
Cette possibilité devint la réalité lorsqu'elle demanda : 'Êtes-vous très occupé ?'
Occupé ? Quelle blague.
'Pas particulièrement,' répondis-je vaguement. 'Mais je ne peux moi-même pas sortir beaucoup, puisque je ne peux pas laisser mon père seul très longtemps... Alors je suis toujours... là...'
Je pense que ma réponse pourrait bien avoir eu l'air d'une façon de lui dire de revenir si elle en avait envie. Pas sûr que ç'ait été mon intention, mais...
Eh bien, c'est fait, maintenant.
'D'accord. Je vous verrais peut-être dans le coin, alors.' Elle hocha la tête et fit demi-tour pour rejoindre la route.
Je rentrai à l'intérieur, ruminant un certain nombre de choses, dont le fait que son alliance a quitté sa main gauche.
Weasley doit bel et bien être du passé.
Quoique, au vu de précédents événements, il est possible qu'elle change d'avis dans les semaines qui viennent. Si cela devait être le cas, je me laverais les mains de ce qui pourrait lui arriver de façon permanence. Je n'ai pas de temps à consacrer à l'idiotie délibérée.
16:50
Je suppose que je suis malgré tout reconnaissant qu'elle ne me garde pas rancune d'avoir hâter la destruction de son mariage. L'un dans l'autre, elle m'a semblée très égale...
A moins que...
A moins qu'il ne s'agisse que d'une façade. Peut-être est-elle en train de mettre sur pied un plan sinistre pour prendre sa revanche ; pour m'apprendre à garder mon nez hors de ses affaires. Hmm...
Bon Dieu. Cela ne va pas recommencer. Je n'ai pas de temps à consacrer à la paranoïa pour l'instant.
Si elle veut me liquider... Bien. Je ne l'en empêcherais pas.
Mardi 30 Août
15:30 — Yorkshire…
Eh bien, eh bien.
Je ne m'attendais pas réellement à ce que Granger prenne notre dernière rencontre au sérieux et revienne par ici. Mais j'avais tort ; c'est ce qu'elle a fait.
Je me trouvais dans le garage cette fois-ci. J'ai réfléchi à la possibilité de faire un nouvel essai de conduite, mais j'avouerais appréhender l'idée de le faire seul. Et je ne remonterais pas dans cet engin avec mon père ou l'un de nous mourra. A la place, j'ai passé la matinée à tester certains sorts sur sa voiture. Ou ma voiture je suppose, puisqu'il ne l'utilisera plus jamais.
Elle est devenue noire ; j'ai décidé que je ne conduirais pas de voiture rouge.
Je me souviens évidemment de la voiture modifiée d'Arthur Weasley, mais je n'ai pas nécessairement besoin d'une voiture qui vole. L'invisibilité pourrait se révéler utile, cependant ; j'ai lu de nombreuses histoires d'amendes dans les journaux Moldus. Cela serait utile de contourner cet obstacle.
Je réfléchissais à la façon dont je pourrais faire en sorte que la forme et la taille de la voiture puissent être altérées grâce à un simple bouton, lorsque Granger apparut dans l'encadrement de la porte, frappant brièvement à la fenêtre.
'J'espère que vous ne faites rien qui demanderait l'approbation du service des Détournements de l'Artisanat moldu.'
Je dissimulai instinctivement ma baguette. 'Juste quelques modifications esthétiques, rien de plus.'
Je fermai la portière, irrité par son interruption. Je me demandai si elle oserait me dénoncer aux autorités ?
'Conduisez-vous ?' demandai-je avec désinvolture, espérant passer une partie de mon irritation sur elle. Je sais qu'elle se considère comme une Je-Sais-Tout, évidemment. Comment pourrais-je l'oublier ? J'en fais toujours des cauchemars.
Elle regarda la voiture, et ha ! Je savais que je le verrais ! Un air consterné passa sur son visage et elle secoua la tête avec raideur. 'Non,' dit-elle. 'Je ne m'y suis jamais habituée.'
Notons ici que je parierais n'importe quoi que dans les semaines à venir j'entendrais des échos attestant qu'Hermione Granger prend des leçons de conduite !
'Dommage,' dis-je avec un soupir. 'Vous y perdez.' Et ainsi, la graine fut plantée.
Je la dépassai pour rejoindre le jardin, contenant difficilement un sourire satisfait. Tout ce que j'espérais, c'est qu'elle ne demanderait pas de démonstration. Parce qu'alors tout s'éclaircirait et elle saurait que je n'ai jamais dépassé la troisième vitesse ; ou effectué aucune manoeuvre autre que démarrer et m'arrêter. Oh, et caler.
'Je dois dire,' commença-t-elle tout en me suivant dehors, 'que cette maison a une vue spectaculaire.'
Je la regardai, le regard vide. 'Oui,' dis-je sèchement, 'et la vue sera encore plus spectaculaire lorsque cette maison s'effondrera sur la plage, en bas.'
'Il reste du temps avant que ça arrive,' supposa-t-elle, ses yeux passant de la maison au bord de la falaise. 'Il y a aussi des sorts que vous pourriez essayer pour ralentir l'érosion.'
'Comme je crois vous l'avoir dit auparavant, le sort de cette maison m'indiffèrent. Et je n'imagine pas que mon père puisse en avoir besoin pour encore très longtemps, quoi qu'il en soit.'
Elle parut un peu interloquée, mais j'ignore pourquoi. Je ne faisais que dire la vérité ; c'était à prendre ou à laisser.
Elle haussa les sourcils et regarda ailleurs, comme si elle désapprouvait, ce à quoi, à présent, je commence à m'habituer. Plus que de la désapprobation, elle arborait un air qui semblait dire 'vous ne comprenez pas.'
Je sentis une bulle de mépris se former à l'intérieur de moi ; qu'elle soit dirigée contre elle, contre moi, ou contre cet endroit, je l'ignore. Quoiqu'il en soit, je la questionnai grossièrement :
'Pourquoi Diable passez-vous autant de temps ici ? Voulez-vous savoir ce que je vois lorsque je regarde cet endroit ; ce, selon vos propres mots, 'taudis maudit au bout du monde' ?
'Que voyez-vous ?' demanda-t-elle calmement.
'Je vois la destruction ; je vois la faillibilité ; et je vois notre insignifiance à tous.'
Elle se tut pendant un moment, et puis elle dit : 'Je vois ces choses moi aussi, mais je les trouve étrangement réconfortantes. D'autres pourraient les trouver décourageantes et pessimistes, mais je trouve curieusement libérateur de me sentir insignifiante et impuissante.' Elle leva les yeux sur l'horizon et sa voix prit de l'audace. 'C'est ce qui me donne le courage de dire, 'Mon mariage s'est terminé en divorce, et alors ?'
Eh bien, je n'avais plus rien à répondre après ça, pas vrai ? Un étrange sourire flottait sur ses lèvres, me poussant à me demander s'il ne lui manquerait pas quelques cases et que je ne l'aurais simplement jamais remarqué avant. Je me contentai de hausser les épaules et de secouer la tête pour exprimer mon désaccord. A ce moment-là, cependant, on m'appela à l'intérieur de la maison, m'épargnant l'effort d'avoir à riposter.
'Sev'rus ?' cria mon père. 'A qui t'parles don' ?'
Je grognai et remontai à contrecoeur le jardin jusqu'à la porte de derrière. Je l'avais emmené au rez-de-chaussée plus tôt dans la journée, à sa demande, afin qu'il puisse s'asseoir près de la porte restée ouverte.
Je m'écartai pour laisser passer Granger dans le salon, sachant très bien qu'essayer de me débarrasser de lui ne ferait que l'énerver d'avantage. 'Père, vous souvenez-vous de Mrs—'
'Aye, ben sûr que j'm'en souviens !' répondit-il sur un ton agressif. 'J'ai pas encore perdu la tête à ce que j'sache !'
Effectivement.
Il tendit la main et Granger avança pour la serrer.
Et là...
Eh bien... Oh, Dieu...
Mon père dit, complètement inconscient des répercutions : 'Ca m'fait bien plaisir de te r'voir, Lily. Ca fait une paye, hein ?'
Je ne pense pas exagérer en affirmant que j'ai cru mourir.
J'ai tellement grincé des dents qu'il m'a semblé que la douleur allait faire s'arrêter mon coeur.
Granger s'est tourné avec moi, désespérée, l'air légèrement horrifiée, mais j'en avais perdu la voix. On aurait dit qu'une main de fer tenait serrées mes cordes vocales tandis qu'une brique était venue se loger dans ma gorge.
Lorsque que le silence se fut étendu bien au-delà de l'inconfort, elle dit faiblement : 'Er, non, Mr Snape, mon, euh, nom est Hermione Weas... Granger.'
Un air authentiquement confus traversa le visage de mon père, qui s'excusa. 'Oh, vraiment ? Eh bien, je v's demande pardon, ma fille, j'ai cru...'
Granger hocha la tête et s'écarta, visiblement incapable de croiser mon regard. Mon père me faisait face, néanmoins, et son visage avait pris une expression préoccupée.
'Qu'est-ce qu'est arrivé à c'te Lily avec qui tu jouais quand t'étais marmot, Sev'rus ?'
Elle est morte et j'ai signé moi-même son arrêt de mort.
Il me fallut toute mon énergie pour ne pas Transplaner ; pour rejoindre le néant, notez. Hélas, la providence ne serait pas aussi clémente à mon égard, aussi cherchais-je sans succès quoi répondre. Sans succès étant ici le mot clé.
Granger, cependant, me devança en bafouillant : 'Mr Snape, quelle, a, ah, belle maison vous avez. Je disais justement à, hum, Severus, que la vue est spectaculaire. Elle coupe le souffle...'
'Oh, oui, tu peux le dire, ma fille ; j'ai grandi ici étant môme ! Pas dans c'te maison, mais...'
Je cessai de prêter attention à cette histoire qui, je le savais, deviendrait dans sa bouche un conte merveilleux, à moitié oublié et teinté de rose sur cette enfance passée dans les villes côtières de Holderness, quand, en réalité, la vérité consistait en un conte de pauvreté, de travail éreintant et de véritable misère.
Si tout était si merveilleux, pourquoi est-il parti ?
Si seulement il n'était jamais parti. S'il ne l'avait pas fait, il n'aurait peut-être jamais rencontré ma mère, et j'aurais peut-être eu la chance de n'être jamais né.
Légèrement mélodramatique, peut-être ; mais actuellement, c'est ce que je ressens.
Ne sachant quoi faire d'autre, je les laissai à leur discussion.
Tandis qu'ils s'étendaient sur leurs intérêts communs, je partis en quête d'un endroit calme où je pourrais écrire ceci. J'ai entendu la porte d'entrée s'ouvrir et se refermer à un moment, aussi je suppose que Granger est repartie.
Je devrais être mieux préparé à faire face à des moments comme celui-ci. Mais je crois que je me suis trop bien habitué à ce que tout le monde sache tout, mais à ce que personne ne dise rien.
Je me dis qu'il n'y a aucun intérêt à informer mon père sur ce que j'ai fait de ma vie au-delà du strict nécessaire. Je me répète qu'il n'a pas pris la peine de rester dans ma vie assez longtemps pour le découvrir, alors pourquoi devrais-je lui faire la courtoisie d'être honnête avec lui ?
Par ailleurs, pourquoi devrais-je le lui dire ? Cela ne servirait qu'à l'embrouiller d'avantage. Bien qu'il soit probable qu'il oublie la conversation dans son entier.
Mais j'ai peur qu'il soit possible que le fond du problème est que, même si je le voulais, je ne pourrais jamais parvenir à dire tout haut ce que j'ai vécu. La réalité, qui donne à réfléchir, est que, peu importe combien je garde rancune à mon père pour ce qu'il a fait dans le passé, inéluctablement, ce que j'ai fait est bien, bien pire.
Exponentiellement pire.
Et... Je serais le plus gros hypocrite de la Terre si je m'autorisais à l'oublier.
Alors que dites-vous de ce chapitre ?
Plus que quatre, alors j'espère que vous ne trouvez pas trop le temps long ! Pour ceux qui voudraient du HGSS au bout de deux chapitres, ben c'est un peu raté, cette relation-là prend du temps (et comme c'est Severus qui nous raconte, il faut lire un peu entre les lignes) mais la bonne nouvelle c'est qu'il y a une suite à cette fic, que l'auteur m'a d'ors et déjà autorisée à traduire. Je ne pensais pas vraiment traduire autre chose après celle-là, mais je ne vais pas vous laisser sans la suite quand même, si ?
