Disclaimer : Toujours rien à moi.
9. Septembre
Samedi 3 Septembre
15:30 — Yorkshire.
Ai vu Minerva sur le Chemin de Traverse cet après-midi. Elle aime prendre de mes nouvelles de temps à autre - pour s'assurer que je n'ai pas disparu de la surface de la Terre (si seulement).
Je l'ai rejointe au Chaudron Baveur, où j'ai commandé des grillades, que j'ai accompagnées d'une sélection de fondants du chaudron. Je me préparais à attaquer mon assiette lorsque j'ai remarqué que Minerva m'observait par-dessus ses lunettes, tout en piquant dans sa modeste salade.
'Je ne me souviens pas que vous ayez eu un tel appétit à Poudlard,' observa-t-elle. 'A vrai dire, vos habitudes alimentaires étaient même rigoureusement frugales.'
Il y avait une intonation presque accusatrice dans le ton de sa voix ; comme si elle voulait me dire 'Comment osez-vous changer !' Elle lançait même des regards soupçonneux à mon assiette, comme si celle-ci avait une influence de quelque sorte sur moi.
'Vous êtes seulement jalouse parce que je n'ai pas à surveiller ma ligne.'
Elle s'étouffa d'indignation.
'Par ailleurs,' dis-je, 'la cuisine de Poudlard était peuplée d'elfes à ma disposition - de la nourriture sur commande. Dans ce bon vieux Yorkshire, il n'y a que moi. Ni pub, ni magasin, ou restaurant à des kilomètres à la ronde. Ceci est le premier repas décent que j'avale depuis des semaines.'
Elle s'alarma aussitôt. 'Vous plaisantez ?'
Je cédai. 'Bon ; je ne suis pas entièrement incapable. Je peux cuisiner des frites et des haricots, ce qui est aussi bien puisque cela couvre à peu près l'intégralité des goûts culinaires de mon père.'
Elle laissa échapper un bruit désapprobateur et secoua la tête. 'Vraiment, Severus... Ce n'est pas une vie.'
Je me retins de rire. J'adore la balader avec le vieux refrain-du-pauvre-malheureux.
'Je dois dire que j'ai été surprise d'apprendre que vous aviez abandonné votre travail pour vous occuper de votre père.'
Voilà qui était intéressant. Je n'avais pas réalisé que le Ministère pourrait donner une version si positive de mon départ. Mais je me rappelai aussitôt qu'ils ne savaient rien de mon père...
Oh, Merlin. Je parie que c'est l'oeuvre de Granger... Je parierais qu'elle s'est sentie responsable de l'attitude de Weasley. La noblesse de Gryffondor à l'oeuvre.
Je me contentai de grogner, indiquant mon désir de ne pas m'aventurer plus avant sur le sujet.
'Cela doit être dur...' murmura-t-elle. 'Et si je vous prêtais un des elfes de Poudlard quelques heures par jour ?'
Je manquai de m'étrangler avec mes oeufs. 'Pardon ?'
'Voudriez-vous un elfe pour vous assister, vous et votre père ?'
Je me sentis soudain très humble et secouai la tête. 'Non, merci, Minerva. Ce n'est pas utile.'
L'idée était bonne, mais si quelque chose avait des chances d'achever mon père pour de bon, c'était bien se retrouver face à face avec un elfe de maison.
'Eh bien, l'offre tient toujours si vous changez d'avis.'
Je hochai la tête. Et puis il lui fallut gâcher irrévocablement cet après-midi en annonçant, 'Oh, êtes-vous au courant que le divorce des Weasley est de nouveau d'actualité ?'
'Hum, oui.'
'Vraiment ? Comment l'avez-vous su ? Je ne l'ai appris que dans le Prophète d'aujourd'hui.'
Je n'étais pas d'humeur à subir un sermon sur les conséquences de mes actions, aussi n'ai-je pas admis devant elle que j'avais découvert l'adultère de Weasley, partagé l'information avec sa femme, m'étais battu avec lui, et avais subséquemment quitté mon travail.
'J'ai deviné' expliquai-je froidement. 'Aucune personne saine d'esprit ne resterait mariée avec lui, il faut l'admettre.'
'Severus,' me gronda-t-elle. 'Je pense que c'est dommage, vous savez. Je trouvais qu'ils allaient bien ensemble.'
Je l'ignorai ouvertement. Je n'en pouvais plus d'entendre parler des Weasley. Plus vite le divorce serait finalisé, mieux ce serait, à mon humble avis, et plus vite le monde magique pourrait parler d'autre chose pour changer.
'Je suppose que vous voudrez retravailler à un moment donné. Qu'allez-vous faire ?'
Je grognai intérieurement, n'ayant aucun besoin que l'on me rappelle que ma vie n'allait nulle part. 'Je l'ignore encore.'
'Eh bien, 'l'ignorer encore' va vous mener loin, pas vrai ?'
Un sermon me semblait imminent quoi qu'il en soit.
'Je me débrouillerais,' dis-je platement.
'Oh, je n'en doute pas,' déclara-t-elle. 'Mais... sinon, Hagrid songe à engager un assistant...'
Je la fixai. Elle essaya de garder son sérieux mais en vain. Une série de gloussement lui échappa, qu'elle tenta d'étouffer en plaquant sa main devant sa bouche.
'Excusez-moi,' murmura-t-elle en se mordant la lèvre.
J'ai toujours proprement adoré être un objet de plaisanterie. Je me drapai dans un silence digne, refusant de commenter sa tentative pathétique de faire de l'humour. Elle en parut un peu déçue, à mon sens.
'Quoi ?' dit-elle. 'Pas de "Je ne remue la merde de personne, Minerva" d'un ton hautain ?'
Il fallut quelques instants pour que je daigne lever les yeux de mon assiette. 'Je vous demande pardon ? Vous disiez ?'
Elle secoua la tête, admettant sa défaite, mais elle a raison, cependant ; je ne remue la merde de personne.
C'est un fait.
Samedi 10 Septembre
17:00 — Où ça, à votre avis ?
Je me suis ridiculisé en beauté aujourd'hui.
Lorsque la journée a commencée, j'étais déterminé à trouver de quoi m'occuper pour aussi longtemps que possible. Avec cet objectif en tête, je me suis rendu dans le garage et suis monté dans la voiture, dans le but de faire un nouvel essai de conduite. Une fois à l'intérieur, je me suis presque immédiatement aperçu d'un léger problème :
La voiture tournait le dos à la sortie.
Evidemment, je savais qu'il existait une solution très simple pour y remédier, mais je soupçonnais qu'il était mieux d'apprendre à avancer d'abord avant de se risquer à reculer.
Quoiqu'il en soit, je me sentais indomptable ce matin, aussi ai-je sorti le manuel de Miss Moran (que j'avais malheureusement oublié de lui rendre) et cherché l'explication concernant la marche arrière. Cela ne me semblait pas très difficile. Il me faudrait simplement y aller lentement.
Je démarrai la voiture et étudiai le levier de vitesse. Je repérai aussitôt le 'R' - pile à l'endroit où il était censé être. Du gâteau. Je tâchai de me souvenir de tout ce que je pouvais de ma leçon avec mon père - j'appuyai sur l'embrayage et passai la marche arrière. Simple. Je relâchai légèrement l'embrayage et tirai sur le frein à main. Facile. Je jetai un coup d'oeil par la lunette arrière, relâchai encore un peu plus l'embrayage, et voilà ; la voiture bougeait. Aucun problème. J'avais tout juste atteint la route que je réalisai qu'il me faudrait penser à tourner, à moins de vouloir continuer en marche-arrière et foncer tout droit dans une haie. Rien de bien compliqué. Je tournai le volant et...
Oups.
Je l'avais tourné trop tôt. J'entendis un bruit de casse et levai les yeux pour apercevoir la portière avant gauche de la voiture qui raclait le mur... La surprise fit que mon pied glissa accidentellement de la pédale d'embrayage, aussi appuyai-je frénétiquement sur le frein - trop fort - et la voiture s'arrêta net.
Je réalise à présent que j'aurais sans doute dû vérifier le pare-brise, et non juste la lunette arrière.
'Bien,' me dis-je, réalisant que je m'étais mis dans le pétrin, avec la voiture positionnée en diagonale dans l'allée, l'arrière de l'engin dépassant sur la route, et tout un côté écrasé contre le mur.
J'arrêtai la voiture et en sortis pour inspecter les dommages. Je contournai la voiture pour pouvoir examiner le phare avant endommagé et la peinture sévèrement entamée. Ce n'était rien que quelques coups de baguette ne puissent arranger. Quelques coups de baguette plus tard, en effet, l'incident était clos.
Ce n'était pas un départ de très bonne augure, mais je ne laissai pas cela me décourager. Je remontai dans la voiture et réussis à faire demi-tour en me tenant éloigné du mur et à rejoindre la route sans plus de mésaventures. Enfin, après plusieurs essais et quelques bruits potentiellement alarmants émis par la voiture, je réussis à la faire avancer. Je passai la première, puis la troisième, et me détendis ; je conduisais !
C'était agréable, je dois le dire. Il était appréciable de regarder par la fenêtre et de voir le paysage défiler. Je n'étais pas certain d'aller trop vite ou non ; je n'avais aucune idée de la limitation de vitesse, après tout.
Je continuai à conduire tranquillement durant dix bonnes minutes, dépassant de loin l'endroit où mon père et moi nous étions arrêtés. Tout allait bien jusqu'à ce que j'aperçoive une autre voiture qui se dirigeait vers moi, et que cette vision faillit provoquer une attaque de panique instantanée. La route était trop étroite pour deux véhicules. Qu'étais-je supposé faire à présent ?
Heureusement pour moi, cependant, l'autre conducteur ralentit et se rangea sur le côté. Aussi puis-je faire vrombir avec gratitude mon moteur et passer sans problème. Peut-être 'vrombir' est-il exagéré, mais, hum, eh bien, peut-être n'est-ce pas si éloigné de la vérité, finalement...
Je pris néanmoins ce moment d'indécision à coeur, et décidai qu'il serait peut-être mieux pour moi de rentrer. Je ne voulais pas apprendre à courir avant de savoir marcher je suppose. Malheureusement, suivre mon propre conseil comportait également son lot de frayeur - la perspective de devoir faire demi-tour au milieu d'une étroite route de campagne.
Je réussis à stopper la voiture ; un arrêt certes brutal, mais un arrêt néanmoins. J'avais lu quelques explications au sujet du demi-tour en trois temps, bien sûr, mais...
Oh, Merlin.
Je l'ai complètement foiré.
Le désastre est arrivé alors que je m'apprêtais à repartir en sens inverse sur la route. J'ai mal utilisé l'embrayage et la voiture est repartie en arrière à une vitesse alarmante. Pour empirer les choses, la route était bordée d'une sorte de fossé, et...
Eh bien...
Je me suis retrouvé coincé dans un fossé herbeux. Très coincé, même.
J'ai éteint la voiture, résistant à la tentation de me taper la tête contre le volant. La situation ne semblait pas irréparable - il me semblait que je pourrais sortir et faire léviter la voiture pour la sortir de son piège herbeux.
Mais à ma grande horreur, avant même que je puisse considérer cette possibilité, une moto de police Moldue tourna au coin de la route et se dirigea dans ma direction. J'espérais qu'il trouverait que rien ne sortait de l'ordinaire, mais c'était un espoir ridicule, j'en suis conscient. La moto s'arrêta et l'officier de police en descendit. Je cherchai frénétiquement ma baguette, mais elle avait glissé du tableau de bord jusqu'au sol. Avant que j'aie l'occasion de fouiller pour la trouver, on frappa à la vitre.
'Est-ce que ça va, monsieur ?'
Merde.
'Pouvez-vous sortir de la voiture, s'il vous plaît ?'
Double merde.
A contrecoeur, j'ouvris la portière et m'extrayais de la voiture. 'Bonjour, hum, monsieur l'agent. Je vais bien ; juste un petit accident de parcours, c'est tout.
Il hocha la tête et examina la voiture. Je le vis regarder la vignette collée au pare-brise. La vignette qui avait expiré trois ans plus tôt.
Triple merde. J'aurais dû en fabriquer une fausse.
Pourquoi diable n'avais-je pas pensé à garder ma baguette à portée de main ? Comment allais-je me sortir de là ?
'Vous avez votre permis sur vous, monsieur ?'
Quadruple merde.
'Hum, non ; je l'ai laissé chez moi.'
Il hocha la tête. 'Et c'est votre voiture, je suppose ?'
'Oui...'
Il sortit son carnet. 'Pouvez-vous me donner votre nom, s'il vous plaît.'
Quintuple merde.
'Est-ce vraiment nécessaire ? Je n'ai fait que...'
Ma voix s'éteignit car je venais d'apercevoir quelque chose qui manqua de me faire avaler ma langue. Je n'arrive toujours pas à croire à ma (mal)chance. Par-dessus l'épaule de l'agent de police, je pouvais apercevoir nulle autre qu'Hermione Granger flânant au coin de la route !
Dame la Chance était vraiment avec moi aujourd'hui, n'est-ce pas ?
'Votre nom, s'il vous plaît, monsieur.'
'Er... Stanley,' marmonnais-je. 'Stanley Pumphrey.' Pourquoi diable ai-je dit cela ?
Il fallait que je me sorte de cette panade avant que Granger ne nous rejoigne. C'était la dernière personne dont j'avais besoin. Elle se porterait probablement volontaire pour me mettre les menottes, obsédée des règles qu'elle est.
Je croyais qu'un nom et une adresse suffiraient. Excepté que le policier se dirigea soudain vers sa moto et en sortit un étrange objet en plastique.
'Je vais devoir vous demander de souffler là-dedans, Mr. Pumphrey.'
Je me contentai de fixer l'objet.
Il me le tendit ; j'avais une idée de ce que cela pouvait être, mais...
'Contrôle de routine.'
Je clignai des yeux. Il voulait vérifier que je n'étais pas sous l'influence de l'alcool !
Je me demandai si la demi-bouteille à laquelle j'avais fait un sort la veille serait toujours présente dans mon système. Et je me demandai si je pourrais me précipiter à toute vitesse sur la voiture et attraper ma baguette avant que le policier n'ait le temps de réagir. A ce point de l'histoire, cependant, Granger se trouvait seulement à quelques mètres. Je crus que j'étais cuit. Je commençais à croire que j'allais bel et bien me faire arrêter pour avoir enfreint diverses règles du code de la route, lorsque Granger, à l'insu du policier, sortit sa baguette et la pointa dans son dos.
C'était un sortilège de Confusion. L'officier de police cligna rapidement des yeux plusieurs fois et regarda autour de lui.
'Ils sont partis par là,' dit Granger, pointant le bout de la route du doigt.
'Merci, mademoiselle.' Le policier grimpa sur sa moto et partit.
Je... Eh bien, je me contentai de la fixer. A nouveau.
J'étais très légèrement impressionné, mais surtout vexé qu'elle ait assisté à la scène pour commencer. Elle m'avait sauvé d'un bon lot de problèmes, soit, mais à dire vrai il me semble que j'aurais préféré devoir m'accomoder de la police plutôt que de la voir témoin de ma sottise.
Je me demandais ce qu'elle pourrait bien dire à présent. J'avais l'intuition qu'elle allait se lancer dans une éloge de l'importance d'obéir aux règles des Moldus, etc...
Mais elle ne dit rien. Son regard passa de la voiture à moi-même, puis à la voiture à nouveau, avant qu'elle ne se cache derrière sa main et se mette à rire.
A rire de moi.
L'indignation s'empara de moi, et j'eus l'envie folle de la renvoyer d'où elle venait, où que ce soit, et peu importe le fait qu'elle venait de... me sauver d'une situation potentiellement difficile.
'On s'est mis dans un sacré pétrin, n'est-ce pas ? Permettez que je m'en charge,' dit-elle simplement, avant de...
De...
De grimper dans la voiture et de l'allumer !
Ouvrant la vitre côté conducteur, elle dit : 'Au passage, c'est toujours une bonne idée de mettre le frein à main quand on descend de voiture.'
Je me mordis pratiquement la langue lorsqu'elle tapa le volant du bout de sa baguette, et que la voiture se souleva hors du fossé et retomba sur la route.
C'était tout simplement impossible qu'elle ait appris tout cela depuis la dernière fois que je l'avais vue. Non, j'étais clairement en présence de quelqu'un qui savait parfaitement ce qu'elle faisait.
J'en conclus donc que j'avais été dupé. Merlin, je hais les autres je-sais-tout ! Bah !
Rétrospectivement, je me dis qu'au moins cet incident aura eu l'avantage d'occuper suffisamment mon esprit pour me permettre d'oublier l'embarras provoqué la fois précédente par le faux-pas de mon père. Mais était-il vraiment préférable d'avoir l'esprit occupé par mon propre faux-pas à la place ? Non !
'Vous montez ?' Elle me regardait par la vitre entrouverte. 'Allez, je vais vous montrer comment on fait.'
! ! !
Je n'y tenais pas particulièrement, mais il y avait une question que je souhaitais lui poser. Par ailleurs, après cette escapade, je ne pensais pas avoir jamais envie de conduire à nouveau. En soupirant bruyamment, je m'installai sur le siège passager.
'Pourquoi m'avoir dit que vous ne saviez pas conduire ?' demandai-je tandis qu'elle démarrai. Je la regardai passer les vitesses aussi naturellement que s'il s'agissait d'une seconde nature chez elle et me renfrognai.
'Parce que je savais que vous essayiez de me manipuler afin que je me sente frustrée que vous sachiez faire quelque chose que j'ignorais. Ceci dit, vous aviez oublié que j'avais vu votre façon de conduire. Et je dois dire que si vous aviez vraiment été en train d'emmener votre père chez le médecin ce jour-là, à la vitesse où vous alliez, vous ne seriez probablement toujours pas rentrés.'
Sextuple merde.
Battu à mon propre jeu. Tout cela est la faute de Miss Moran ; elle a eu une mauvaise influence sur moi.
Granger gloussa toute seule et je me retins à grande peine de lui sauter dessus pour l'étrangler. 'Vous devez l'admettre,' dit-elle, souriante, 'J'avais bien le droit de m'amuser un peu avec vous, après que vous vous soyez mis à me hurler dessus au hasard pendant la fête d'Harry.'
Je tressaillis presque. Il n'y avait rien eu d'ouvertement hasardeux là-dedans... n'est-ce pas... ?
'J'avais prévu de vous balader encore un peu, mais après vous avoir vu à deux doigts de subir un alcootest, je me suis dit qu'il était temps d'intervenir...'
Ce n'était pas la plus horrible tentative de revanche que j'aie expérimentée, mais je ne l'appréciais pas d'avantage !
'Ha, ha,' dis-je sinistrement.
'Est-ce que vous savez seulement ce que ces panneaux veulent dire ?' demanda-t-elle soudain, désignant un panneau un peu plus loin. 'Ou quelle est la limitation de vitesse sur une route comme celle-ci ?'
'Savez-vous ce que je vous ferais si vous continuez comme ça ?'
'Vous ne devriez pas essayer de faire sentir aux gens qu'ils sont médiocres dans ce cas, non ?'
Eh bien, elle peut parler ! Dédaigneuse est son deuxième prénom !
Elle ne conduisit pas beaucoup plus longtemps. Elle arrêta la voiture sur une bordure herbeuse près d'une impasse. C'était une impasse car, après le panneau 'Danger,' la route s'était effritée. Une vision inspirante s'il en est.
'Eh bien voilà, je ne vais pas plus loin. Ne croyez pas que j'ignore que cette voiture ne devrait même pas être autorisée à rouler.'
Son ton condescendant commençait très légèrement à m'agacer.
Elle s'apprêtait à continuer à parler, lorsque quelque chose attira son regard. C'était mon manuel de conduite. Elle le ramassa et eut un grand sourire.
'La vérité sort de son trou, pas vrai ?'
Elle s'était bien amusée, décidai-je. Il était temps pour moi de rétorquer, et je savais exactement comment, si elle pouvait juste...
Elle fit exactement ce que j'avais anticipé - elle ouvrit la première page et je vis son regard s'attarder sur le nom écrit sur la page. L'amusement disparut de son visage et elle referma le livre, le balançant sur le tableau de bord.
'Elle vous prête ses livres, maintenant ? Comme c'est pratique.'
Je n'aurais pas pu espérer une meilleure réaction ! Sa mâchoire se contracta et elle se mit à fixer le paysage avec détermination.
'Vous savez,' dis-je d'un ton songeur, 'je dois dire que, qualités de briseuse de ménage mises à part, Miss Moran est une bonne employée.'
'Le devez-vous vraiment ?'
Je remarquai que ses ongles s'étaient profondément enfoncés dans le volant.
'Une Je-sais-tout, sans aucun doute, mais une qui sait l'être sans devenir insupportable, je crois.'
Les jointures de ses doigts étaient si blanches que je dus me retenir de rire. 'Vous sentez-vous bien, Miss Granger ? Il me semble voir de la fumée sortir de vos oreilles...'
'Oh, tout va bien,' cracha-t-elle automatiquement.
J'eus un petit rire et elle tourna la tête vers moi, légèrement blessée, réalisai-je. Peut-être n'aurais-je pas dû la taquiner en utilisant contre elle la femme qui avait eu une liaison avec son mari... Peut-être n'était-elle pas aussi décontractée au sujet de toute cette situation que je l'imaginais... Et je ne voudrais pas lui donner des complexes, vraiment. Elle pourrait finir comme moi.
'Oh, détendez-vous, Granger. Je lui ai volé ce livre, mais elle voulait sans aucun doute que je le fasse. C'est une je sais-tout, certes, mais éminemment compétitive et odieuse.'
'Oh...' dit-elle d'un ton songeur, avant que son expression ne devienne calculatrice. 'Vous vouliez me faire marcher, alors ?
'Descendez de vos grands chevaux ; c'est vous qui avez commencé ce petit jeu.'
'Oui, n'est-ce pas ?' remarqua-t-elle avec fierté.
'Attention, cette voiture est assez petite - vous ne voudriez pas que votre tête y reste coincée.'
'C'est à ça que sert la Gorgée de Désenflage,' répliqua-t-elle facétieusement.
Elle a réponse à tout, pas vrai ?
'Vous voulez prendre le volant pour rentrer, alors ? demanda-t-elle après un moment, mourant, j'en suis certain, d'envie de rire.
Non ; je ne le voulais certainement pas. Je n'avais aucune envie de passer pour un plus gros imbécile encore, aussi secouai-je la tête. Par ailleurs, je crois que je préfère être un simple passager.
Nous nous tûmes durant le retour à la maison de mon père. Lorsque nous fûmes arrivés, et une fois la voiture à nouveau dans le garage, je me sentais légèrement mécontent. Et à dire vrai, ce n'était pas parce que je répugnais toujours d'avoir eu à être sauvé. En fait, de manière tout à fait alarmante, mon embarras s'était dissous au point qu'avoir une dette envers elle ne me paraissait plus si terrible. J'étais mécontent, il me semble, car j'ai bien peur d'avoir apprécié de parler à quelqu'un d'autre que mon taciturne de père.
Quand bien même, elle annonça qu'elle avait 'des choses à faire.'
Je grognai. Qu'aurais-je pu faire d'autre ?
'Votre père est réveillé ?'
Je la regardai, décontenancé par la question. 'Non; il est à l'hôpital pour des tests.'
'Je vois.' Elle commença à redescendre l'allée. 'Dites-lui que je suis passée, d'accord ?'
'Pourquoi ?' laissais-je échapper brusquement.
'C'est pour ça que je me dirigeais par ici ; il m'a invitée à venir prendre le thé, l'autre jour.'
Elle sourit et s'éloigna, tandis que je restais bouche bée. C'est quoi ce bordel ? me demandais-je, ébahi.
Dans quel univers Hermione Granger pouvait-elle bien venir prendre le thé avec mon... père.
Mon père ?
Pourquoi ?
Je trouvai mon chemin jusqu'à l'intérieur de la maison, avec l'étrange impression que quelqu'un venait de me cogner. Les rares fragments d'estime de soi que je pouvais toujours posséder venaient d'être annihilés par cette réalisation. La réalisation que Granger n'était pas venue pour me voir, mais pour rendre visite à mon grincheux, égocentrique, invalide de père.
Je...
Je ne suis pas sûr de pouvoir remonter un jour d'aussi bas.
Je suis juste...
Je suis véritablement sans voix.
Mercredi 14 Septembre
10:30
Ne peux pas rester ici aujourd'hui. Ne peux pas m'empêcher de penser que je ne sers à rien. Il faut que je me concentre sur autre chose. Aucune chance que je remette les pieds dans cette voiture. Granger sait que je suis un escroc, alors quel est l'intérêt ?
Par ailleurs, je refuse d'être ici si et quand Granger viendra prendre le thé avec mon père. Merlin, rien que l'idée de m'asseoir avec lui, et elle, à siroter du thé, me donne la nausée. Au moins si je suis absent, je n'aurais pas à savoir ce dont ils vont parler.
Je pense que je vais me rendre en ville afin de voir si je peux y trouver l'inspiration. Cela ne peut pas faire du mal.
Et si l'inspiration est absente, je pourrais au moins remplacer la bouteille de porto que j'ai vidée hier soir...
Par accident, bien sûr...
13:30 — Grimsby. Yorkshire.
Suis au bar ; il me fallait un Scotch pour vaincre mon malaise.
Cette balade en territoire Moldu s'est révélée quelque peu perturbant.
Je me suis rendu dans l'une des rares librairies que je pouvais trouver - Waterstones, c'était le nom de la boutique. (Pourquoi les magasins Moldus sont-ils toujours si bien éclairés et si propres ? C'est toujours un choc culturel.)
Je me promenais d'une allée à l'autre, ne cherchant rien de particulier, lorsque je suis passé devant une table sur laquelle se trouvaient des piles de différents ouvrages. Un titre en particulier attira mon regard.
'La Confiance en soi pour les Nuls'.
Sacré nom de...? Avec une pointe d'intérêt et beaucoup de scepticisme, je pris le livre ; mon intérêt résidait principalement dans le fait que non seulement quelqu'un s'était donné la peine d'écrire un livre aussi ridicule, mais que quelqu'un d'autre s'était également donné la peine de le publier.
Je parcourus du regard la quatrième de couverture et, quand j'eus fini, jetai pratiquement le livre sur la table, comme si je m'y étais brûlé. L'horreur de ma découverte faillit me faire Transplaner hors de la boutique séance tenante ; cependant, je réussis à garder solidement mes pieds au sol et, à la place, à reprendre le livre dans mes mains.
J'étais horrifié parce que ce livre parlait de moi ; il aurait pu être écrit pour moi.
Au dos, on pouvait lire des choses telles que :
'Avez-vous perpétuellement des pensées destructrices ?'
Oui. J'en ai.
'Votre estime de soi est-elle au plus bas ?'
Er, oui. Je suis passé maître dans l'art de la dévalorisation.
'Avez-vous du mal à former de nouvelles relations ?'
Cela va sans dire !
Je parcourus les étagères pour découvrir que j'étais dans la séction 'Développement personnel.' Qu'est-ce que...? D'autres titres me sautaient aux yeux, tels que :
'Transformez Votre Vie.'
'Ces Femmes Qui Aiment Trop.' Eh ? Où sont passées ces femmes ? Je pourrais m'en accomoder.
'Le Petit Livre de la Confiance en Soi.'
'Guérir votre Vous Emotionnel : Un Programme Destiné à Vous Aider à Augmenter Votre Estime de soi, à Faire Taire Votre Critique Intérieur, et à Vous Affranchir de Votre Honte.'(1)
Dieu du Ciel. Celui-là retournait un peu trop le couteau dans la Marque à mon goût.
Je préférai m'arrêter là ; je me hâtai de sortir de la librairie, déterminé à oublier ce que j'y avais vu.
Tout va bien chez moi. Je n'ai besoin d'aucune aide spécialisée ; et certainement pas de celle d'un écrivain pédant, condescendant et emmerdeur. Il s'agit juste des Moldus et de leur obsession absurde de donner un nom à tout et n'importe quoi. C'est tout. Les Moldus et leur besoin ridicule de guérir le monde et tout ce qui va avec.
Oui... Oublions tout cela... Je n'ai pas besoin de ces sornettes...
13:50
Bon sang. Suis encore en train d'y penser. Peut-être devrais-je en acheter un ?
13:53
NON !
Jeudi 15 Septembre
Aucun signe de Granger venant remplir sa promesse de prendre le thé avec mon père.
Quelle impolitesse.
Vendredi 16 Septembre
16:17 - Maison de Père. Withernsea. East Riding. Yorkshire. Nord de l'Angleterre. Royaume-Uni de Grande-Bretagne et d'Irlande du Nord. Europe... (Suis-je mort d'ennui à ce point ?)
MORT D'ENNUI.
Mardi 20 Septembre
08:30
Oh, Merlin. Peux à peine soulever la tête.
Je n'arrive pas à mettre la main sur ma potion Gueule de bois et l'infirmière doit arriver dans une demi-heure. Elle pourrait me dénoncer aux services sociaux si elle me voit dans cet état.
Je sais que j'en ai quelque part... Je... Oh. Je pourrais me contenter de l'appeler à moi.
Où ai-je foutu ma baguette ?
…
Je l'ai trouvée calée dans un coin du fauteuil. Merlin !
…
Oh, parfait. J'ai à présent trouvé la potion mais il n'en reste presque plus.
Eh bien... Granger va simplement devoir faire sans...
09:30
Voilà, Granger est partie ; mon père se chamaille avec l'infirmière ; et j'ai maintenant suffisamment dessoûlé pour retranscrire les événements d'hier soir.
Une soirée étrange, c'est le moins qu'on puisse dire.
On a frappé à la porte aux alentours de dix-neuf heures. Personne ne vient jamais frapper ici à l'exception de l'infirmière, et récemment... de Granger. Par élimination, je décidai que cela devait être elle. Ce qu'elle me voulait à une heure pareille, cependant, je n'osais l'imaginer.
Lorsque j'ouvris la porte, c'était bien elle. Elle avait à la main une bouteille de vin.
'Bonsoir,' dis-je d'un ton égal, soulagé d'avoir eu la présence d'esprit d'enfiler un pull noir par-dessus la vieille chemise à carreaux de mon père. Je hais les vêtements Moldus ! Ugh !
'Bonsoir,' répondit-elle. 'Un verre, ça vous dit ?'
Eh bien, si elle voulait me prendre par les sentiments...
Je la laissai rentrer, tout en me méfiant de ce qui pouvait l'amener ici. 'Mon père dort ; J'ai peur que vous deviez vous contenter de moi.'
'Oh, ça ira très bien,' répondit-elle, l'air légèrement prise de court par ma remarque.
Quoiqu'il en soit, je sus que la soirée risquait d'être longue lorsque, une fois nos verres remplis, elle vida le sien d'une traite.
'Remettez-moi en un peu, d'accord ?' demanda-t-elle en me tendant son verre. Pour qui me prenait-elle ? Son barman personnel ?
'Un problème ?' Je la regardai depuis ma chaise ; elle était affalée sur le canapé, et je me demandai si elle n'aurait pas déjà eu quelques verres dans le nez au moment de venir ici. 'La bataille visant à faire triompher la justice s'avérerait-elle trop difficile ?'
Elle secoua la tête vivement. 'Oh non ; seulement des disputes futiles au sujet de la paye des employés de Ste-Mangouste.
Futiles, hein ? Evidemment.
Elle eut une longue expiration qui se transforma en soupir. Les coins de sa bouche se relevèrent en un sourire sans joie. 'C'est mon anniversaire.'
Eh bien, je comprenais parfaitement, maintenant, n'est-ce pas ? Cela étant dit, j'étais légèrement surpris qu'elle ait choisi d'avoir recours à une telle solution ; ladite solution étant de se bourrer consciencieusement la gueule. Il m'avait toujours semblé qu'il s'agissait là de la prérogative des désespérés et des faibles ; en d'autres termes, moi.
'Où est donc Potter ? Il ne vous aurait certainement pas abandonnée en une journée si... mémorable ?'
Elle grogna. 'Il voulait m'organiser une fête, mais je lui ai dit que je devais travailler tard. Célébrer ça est la dernière chose dont j'ai envie.'
Je me levai et partis à la recherche de ma réserve d'alcools. 'Il va nous falloir quelque chose d'un peu plus fort que cet horrible vinaigre que vous avez apporté.'
Elle faillit s'étouffer d'indignation, mais son expression changea radicalement lorsqu'elle vit ce que je ramenais. 'Je vois que vous êtes un habitué de ce genre de choses.'
'Il me semble que vous découvrirez que je suis l'auteur du livre sur l'usage de stimulants artificiels afin d'oublier des événements douloureux.'
'A vrai dire, il me semble l'avoir vu sur une étagère chez Fleury et Botts. Juste à côté du guide de Ron sur 'L'art de devenir un enfoiré égocentrique'.'
Il y avait tant de venin dans sa voix que j'en fus brièvement saisi d'étonnement. Une seconde plus tard, le brandy que je lui avais versé disparaissait entièrement dans sa gorge.
'Doucement Granger,' l'avertis-je. 'J'ai payé pour cette bouteille et, comme vous le savez, mes moyens sont actuellement limités.'
Un petit sourire apparut sur son visage. 'Désolée. Je m'en tiendrais au vinaigre, si vous préférez ?'
Je haussai les épaules. Elle serait probablement complètement soûle d'ici une heure de toute manière.
'Vous voulez savoir ce qu'il a fait aujourd'hui ?' fulmina-t-elle.
A dire vrai, je n'en avais aucune envie, mais apparemment il s'agissait d'une question rhétorique.
'Il s'est pointé pendant que j'étais à un rendez-vous avec un client et s'est mis à me supplier de lui pardonner ! "Oh, je suis désolé, Hermione ! C'est arrivé une seule fois ! J'étais soûl ! Ca ne voulait rien dire ! C'est elle qui m'a dragué !"'
Elle fit une pause pour respirer, tandis que je me demandais ce que j'avais pu faire pour mériter de recueillir cette tirade.
'Il croit que je suis complètement idiote ou quoi ?' Elle eut un rire indigné. 'Quel genre d'homme n'est même pas capable d'accepter la responsabilité de ses actes ? Je lui ai dit, "Oh, elle t'a jeté un Imperium pour te mettre dans son lit alors ?" Et vous savez quoi, je pense que pendant un instant il a réellement considéré de dire oui ! Je l'ai vu dans ses yeux. Toute excuse est bonne à prendre si elle peut le faire passer pour la victime. C'est ce qui me tue - qu'il ne puisse pas juste admettre qu'il n'est qu'une merde ! Qu'il nous a fait passer tous les deux pour des idiots ! Je lui ai dit, "Ron ! Je vais..."'
J'ai dû arrêté d'écouter à ce moment-là, car je suis incapable de me souvenir combien de temps a encore duré sa diatribe. Il était évident que j'étais quantité négligeable dans cette conversation, aussi ai-je laissé mon esprit dériver vers des pensées plus agréables. Par exemple, ce que je mangerais demain. Je ne me souviens pas ce que j'ai décidé, mais je sais que je n'en peux plus des frites. Si seulement j'avais accepté l'offre de Minerva de me fournir un elfe de maison...
Eventuellement, mon attention fut ramenée à mon invitée lorsqu'elle s'exclama avec bruit, 'Les hommes sont des porcs !'
'Ce sont tous des porcs !' répéta-t-elle, un air de véhément dégoût sur le visage.
Cela m'offensa grandement. 'Excusez-moi, Granger ; Je suis peut-être beaucoup de choses, mais je ne suis pas un porc.'
Son verre se figea à mi-chemin de ses lèvres et elle le reposa lourdement sur la table. Son expression se fit agressive et je me pris à souhaiter de n'avoir jamais ouvert ma bouche. 'Désolée, mais un des composants fondamentaux de la masculinité est, malheureusement, une nature de porc. Oui ; de porc !'
'Vraiment ?' dis-je avec une dérision qui la mit immédiatement sur la défensive.
'Oui ! Dites-moi, qu'est-il arrivé à cette Lucinda que vous fréquentiez ? Je parie que je le sais.'
J'eus un haussement d'épaules nonchalant. 'Eh bien... Je l'ai aimée et abandonnée, pas vrai ?'
Je n'avais dit cela que pour me moquer d'elle, pour la voir devenir satisfaite d'elle-même et ensuite être capable de la remettre à sa place, sauf que, à ces mots, son courroux sembla s'apaiser. Quelques secondes de plus, et elle souriait en hochant la tête.
'Un point pour vous,' dit-elle, riant légèrement. 'Tous les hommes ne sont pas des porcs.'
Qu'est-ce que...? Ma bouche manqua de s'ouvrir en grand devant un tel outrage. Elle ne me croyait pas ! Elle croyait visiblement que ma capacité à me conduire de la sorte était inexistante !
'Qu'est-ce qui vous fait croire que ce n'est pas la vérité ?' demandai-je, bien que je crains qu'elle n'ait pas complètement saisi mon ton accusateur à travers son brouillard alcoolisé.
'Eh bien, maintenant que j'y réfléchis, je ne... Je ne peux pas y croire...' Elle secoua la tête. 'Non, désolée.'
Par tous les feux de l'enfer ! Eh bien, mon égo avait été véritablement piétiné ! Mon critique intérieur s'était fait remettre à sa place ! Il y a quelques mois, elle se comportait comme si j'étais un pervers incontrôlable, et à présent je suis un modèle de vertu ! Je n'arrive pas à la suivre.
'Mais c'est une bonne chose, vous savez,' dit-elle, radieuse. 'Et, à vrai dire, Harry n'est pas un porc non plus.'
Oh mon Dieu.
'Il ne se comporterait jamais comme un enfoiré.'
Ma vie est désormais parfaite. Je suis dans le camp d'Harry foutu Potter. Il n'y a plus rien à faire ; je veux mourir.
Je changeai de tactique dans une vaine tentative d'oublier mon désespoir. 'Je croyais que tout cela ne vous faisait rien ? Qu'est-il arrivé à "mon mariage s'est terminé en divorce, et alors" ?'
Elle ne répondit rien pendant un moment, puis elle appuya sa tête contre les coussins et soupira. 'Ce n'est pas... Honnêtement, il ne me manque pas tant que ça. Je savais que notre mariage était terminé il y a longtemps, mais tout de même, j'ai ma fierté.' Elle eut une moue lugubre. 'J'ai vu cette dinde, cette Moran, pas vrai ? C'est une de ces femmes que les hommes remarquent. Elle a tout ; l'intelligence, la beauté, des cheveux raides et brillants...'
'Sans parler de ses jambes...'
Je n'avais pas prévu d'ajouter cela tout haut, mais j'ai l'horrible impression de l'avoir fait. J'en ai été certain lorsque je me suis décidé à la regarder et que j'ai vu qu'elle s'était figée.
'Oui,' dit-elle, crispée, les yeux plongés dans son verre avec ce que je décrirais comme une lueur meurtrière. Et je suis sûr de l'avoir entendu marmonner 'porc.' Ce qui m'a secrètement remonté le moral.
'Cela ne veut pas dire grand-chose, en vérité,' marmonnai-je, tentant de sauver la situation. C'était terriblement étrange de la voir départie de son habituel air calme et confiant.
'Ouais ; s'doute.' Elle se pencha pour poser son verre sur la table.
'Ne soyez donc pas si maussade, c'est insupportable,' la réprimandais-je. 'Cela pourrait être bien pire ; vous pourriez être moi, par exemple.'
'Eh bien, on est vraiment en train de s'apitoyer sur notre sort dites-donc ! On devrait sortir et enlacer un arbre, ou un truc dans le genre.'
'Je vous demande pardon ? Enlacer un arbre ?' Peut-être l'alcool avait-il fait fondre son cerveau.
'Oui, il y a des gens qui font ça pour se sentir mieux... pas vrai ? Ou alors j'ai tout inventé ?'
Le jour où j'enlacerais un arbre sera le jour où je renoncerais pour toujours à garder une once de santé mentale. 'Je crois qu'il faudrait un peu plus qu'une rencontre avec un arbre...'
'Une forêt, alors ?'
Sur ce, elle sembla décider qu'il était temps pour elle de tomber par terre de rire à sa propre bouffonnerie. Je me contentai de la regarder bêtement tandis qu'elle se tenait les côtes et s'essuyait les yeux. Apparemment, elle remarqua mon manque d'amusement car elle entreprit de se reprendre. Ce ne fut pas une réussite. Un regard dans ma direction la rendit de nouveau hystérique.
Ce fut un soulagement lorsqu'elle s'écroula contre les coussins et s'endormit. Non que je n'apprécie pas d'avoir quelqu'un avec qui boire, mais je prends ici la résolution de ne plus jamais boire avec elle à nouveau.
Merlin ; cela ne vaut tout simplement pas le coup.
Quoiqu'il en soit, je suis descendu au rez-de-chaussée ce matin pour la trouver se massant la tête et marmonnant à propos d'un rendez-vous au Magenmagot dans vingt minutes.
Personnellement, une telle attitude me choque profondément. Imaginez, Hermione Granger, redresseuse de tort, avoir la gueule de bois dans la salle d'audience...
Quelle sera la suite ?
Jeudi 22 Septembre
09:15
Ai reçu un hibou de la part de Granger ce matin. Mon père a failli avoir une crise cardiaque quand l'oiseau s'est mis à taper contre la vitre avec son bec - mon courrier est habituellement envoyé directement à mon domicile.
'Toute c'te foutue magie,' marmonna-t-il, 'et v's utilisez des piafs pour porter des lettres ; du gâchis, v'là c'que c'est.'
'C'est d'qui ?' demanda-t-il, me regardant prendre au hibou un colis et la lettre l'accompagnant.
'C'est de la part de votre petite amie,' annonçai-je.
'Eh?'
'Miss Granger m'envoie une bouteille de cognac.'
La lettre disait, 'Désolée d'avoir vidé votre réserve d'alcool.'(2)
'T'vas l'ouvrir ou pas ?' demanda mon père avec espoir.
Je lui dis que non. Pour une raison que j'ignore, je n'avais pas envie de boire ; je dois couver une maladie quelconque.
Je me demande pour quelle raison elle n'est pas venue m'amener cette bouteille elle-même ? Mais pourquoi me le demanderais-je ? Quelle différence cela peut-il bien faire ? Est-il possible - pitié pas ça - que j'apprécie l'idée de la voir me rendre visite ?
Oh non... Je ne m'aventurerais pas plus loin dans cette voie. J'ai visiblement besoin de sortir un peu plus, parce que... eh bien...
Non, n'y pensons plus.
Voilà ; disparu de mon esprit. Il faut que j'arrête d'écrire et que je m'occupe à autre chose à présent... Je vais aller voir s'il y a quoi que ce soit d'intéressant à la télé.
Je déteste la télé.
Lundi 26 Septembre
13:45
Ennui :
Monotonie; répétition; langueur; platitude; train-train; morosité; mécontentement; apathie; lassitude...
A combien d'autres synonymes puis-je encore penser ?
14:00
Fatigue... Oui, cela peut faire partie de la liste. Tout comme inertie; indifférence; léthargie; inactivité...
Je suis bon à ce jeu.
Merlin... Ce compte-rendu pourrait-il être encore plus pathétique ?
Jeudi 29 Septembre
Je n'arrive pas à y croire.
Viens de recevoir un nouveau courrier de Granger, dans lequel elle a cru bon de joindre une missive de Potter !
Comment ose-t-elle !
La lettre de Potter dit ceci :
Cher Snape,
Je ne suis pas vexé que vous refusiez qu'Hermione me dise où vous êtes. Je sais que cela n'a rien de personnel.
A-t-on jamais vu quelqu'un se bercer autant d'illusions en si peu de mots ?
Je voulais seulement vous dire que vous devriez passer Square Grimmaurd un de ces jours, quand vous aurez un moment. Je vous inviterais bien à dîner, mais... Je vous épargnerais ça ; sauf si je peux convaincre Hermione de cuisiner, bien sûr.
Par ailleurs, je me doute que vous ne voudrez pas venir mais la cérémonie de baptême d'Albus aura lieu le 12 Octobre. Si vous ne voulez pas assister à la cérémonie en elle-même, vous pouvez vous contenter de venir à la petite fête que nous avons prévue après.
Cordialement,
H. Potter.
Merlin. Est-ce une plaisanterie ? Est-ce que je viens réellement de recevoir ceci de la part de Potter ?
S'attend-il sérieusement à ce que j'apparaisse sur le pas de sa porte sans autre raison que la joie de bavarder avec lui ?
Et d'où lui vient cette obsession des fêtes ?
Réalise-t-il seulement à quel point cela le fait paraître désespéré ? S'il n'était pas marié et père de famille, je le suspecterais de nourrir une attirance horriblement tordue. Vous me direz, la monogamie n'est plus ce qu'elle était ces jours-ci, pas vrai ? Peut-être devrais-je me méfier.
Pour être sérieux, cependant, je trouve la sollicitude de Potter quelque peu perturbante, et je ne sais vraiment pas quoi en dire, à part que... son père doit se retourner dans sa tombe.
Hmm... A dire vrai, voilà une pensée susceptible de me réchauffer le coeur...
La lettre ira droit à la poubelle malgré tout, bien sûr.
Merlin. Comme si je voulais être le témoin de sa décision ridicule et, franchement, proprement scandaleuse de nommer son fils comme moi !
D'après moi, certaines personnes ne devraient même pas être autorisées à procréer.
(1) Tous les livres de la section "développement personnel" sont de véritables bouquins. Vous pouvez les trouver sous ces titres français sur le Net, à l'exception des deux derniers, jamais traduits dans notre langue.
(2) En vérité, la note qu'Hermione envoie à Severus pour s'excuser ("Sorry for drinking you out of house and home") est probablement une allusion à une expression utilisée dans Henri IV de Shakespeare. Je ne possède pas ce livre et n'ai honnêtement pas pu trouver de véritable équivalent.
Bon euh sinon... Euh... J'ai bien conscience du retard phénoménal que j'ai accumulé dans la traduction de cette fic. En gros cela vient du fait que je ne suis pas motivée par HP ces jours-ci. Ca, et le fait que malheureusement je dois aussi bosser (pff). Cela étant dit, j'ai toujours eu l'intention de finir la fic et de traduire la suite, mais bon je vous demande d'avance pardon si parfois ça prend beaucoup de temps :)
Qu'avez-vous pensé de ce chapitre à part ça ?
