Disclaimer : Tout est à JKR et Hannah-1888.
10. Octobre.
Lundi 3 Octobre
13:54 — Yorkshire.
Je viens d'avoir une pensée relativement intéressante...
Je suppose que Weasley, en sa qualité d'oncle du fils de Potter, se rendra à cette cérémonie ridicule et superflue.
(Je réalise qu'il est triste que je perde mon temps à des pensées pareilles.)
Hmm...
C'est seulement que... J'ai comme une envie grandissante de voir la tête que ferait Weasley si jamais je me présentais à Grimmaurd Place. Il s'agirait là d'une vision pour le moins agréable.
Malgré cela, énerver Weasley n'est probablement pas une raison suffisante pour m'infliger le calvaire que représente une fête organisée par Potter.
Cela me permettrait de sortir d'ici, ceci dit.
Ce qui prouve bien à quel point je suis désespéré.
Cependant, je ne peux pas laisser mon père seul trop longtemps, aussi méditer sur le sujet est complètement superflu.
Jeudi 6 Octobre
14:12
Granger n'est toujours pas revenue depuis le soir de son anniversaire. C'est ce qui s'appelle passer d'un extrême à l'autre, n'est-ce pas ? A un moment je ne peux pas franchir le pas de la porte sans me retrouver nez-à-nez avec elle, et le suivant, plus rien.
Suis douloureusement conscient d'avoir l'air de m'en plaindre.
Je me dépêcherais d'ajouter que cela en dit moins sur Granger que sur l'ennui profond qu'est la vie dans le Yorkshire. Il n'y a littéralement personne à qui parler. Ces jours-ci, même une conversation guindée, vague et embarrassante avec mon père est impossible.
Son état semble se dégrader à vue d'oeil. Il passe la majeure partie de son temps dans son petit monde ces temps-ci ; un monde dans lequel je n'ai visiblement pas ma place, puisqu'il ne remarque même plus ma présence.
L'infirmière m'a suggéré de considérer l'idée de l'hospitaliser. Elle prétend que, dans son état actuel, il ne remarquerait même pas la différence. Peut-être me croit-elle incapable de faire face ? Croit-elle que je sois incapable de supporter la situation...?
Quoiqu'il en soit, je comprends son point de vue, et j'ai considéré cette option, mais l'hôpital ne pourra pas faire grand-chose de plus que ce que nous faisons ici. Et... il me semble qu'il est de mon devoir de respecter son souhait, même si lui-même ne peut pas se souvenir l'avoir souhaité.
Je suis capable de gérer la situation. Je m'en suis sorti jusqu'ici, et opter pour la solution de facilité n'a jamais été mon genre.
Toutefois, ces derniers jours furent bien plus productifs qu'à l'accoutumée. Dans son état actuel, mon père est d'avantage disposé à prendre les potions que je lui prépare. Evidemment, il n'a aucune idée qu'il s'agit de potions ; je me contente de lui dire que ce sont ses médicaments. Je pourrais lui dire que je suis son médecin que cela ne ferait aucune différence pour lui.
J'ai dû me montrer prudent par rapport à l'infirmière, bien sûr ; mais elle ne s'attarde jamais une fois qu'elle a vu mon père, donc cela devrait aller. Tant qu'elle ne demande pas à se rendre dans la cuisine, bien sûr.
Aussi ai-je passé ces derniers jours à préparer des réserves de potions médicinales, y compris la Potion de Sommeil. Elle peut toujours s'avérer utile. J'ai également préparé une potion à mi-chemin entre l'Aiguise-Méninges et la Potion de Clarté.
J'ai mis au point la recette il y a quelques temps déjà, dans l'idée que cela pourrait aider mon père avec ses 'épisodes' mieux que la médecine Moldue, mais, bien sûr, si cela ne prenait pas la forme de comprimés, stockés à l'intérieur d'une boîte proprement étiquetée, il ne voulait pas en entendre parler.
Il a voulu savoir ce qu'il y avait dedans tout de même, mais dès que les mots 'bile de tatou' ont franchi mes lèvres, il m'a envoyé me faire voir.
Comme si les saletés aux noms incompréhensibles que l'on trouve dans les médicaments Moldus étaient plus engageants que la bile de tatou !
Quoiqu'il en soit, j'ai considéré la possibilité de réessayer. Cela ne le guérirait pas, bien sûr, mais cela lui permettrait d'avoir l'esprit clair durant un moment.
Et puis j'y ai réfléchi - serait-ce vraiment mieux pour lui ? Peut-être le brouillard dont la maladie l'a enveloppé rend les choses plus faciles à supporter. Peut-être est-ce un soulagement de ne plus se souvenir.
Oh, qu'en sais-je, vraiment...?
Mais parfois... Je crois que j'aimerais pouvoir oublier...
Lundi 10 Octobre
11:30 — Hôpital.
Mon père a dû être admis à l'hôpital.
L'infirmière s'est aperçue qu'il avait développé une infection, aussi a-t-elle suggéré qu'il serait mieux qu'il passe quelques jours aux soins des médecins. Je ne peux nier que j'ai accueilli la perspective de quelques jours de repos avec un certain soulagement.
Lui, en revanche, n'avait pas l'intention de partir sans protester.
'J'veux pas y aller d'ton foutu hôpital !' criait-il. 'Si j'y vais, j'y crèverais !'
Autant pour l'illusion voulant qu'il ne ferait même pas la différence.
L'infirmière a dû user de beaucoup de douceur pour le persuader. Je suis soulagé qu'elle s'en soit chargée, car il n'y avait aucune chance que mon charme suffise à le convaincre de coopérer.
'Bon ben t'viens avec nous, Philip ?'
J'étais donc Philip à nouveau.
Oncle Phil... Je n'ai pas beaucoup de souvenirs de Philip Snape, à l'exception de l'impression générale qu'il s'agissait d'un personnage douteux (ce qui est le cas de beaucoup de Snape, ceci dit). Quoiqu'il en soit, je ne suis pas certain de vouloir savoir précisément pourquoi je lui rappelle son frère. J'espère qu'il ne s'agit que d'une vague ressemblance physique.
La perspective de mettre les pieds dans un hôpital Moldu ne m'enchantait pas, mais... je pouvais difficilement l'abandonner à son sort.
Et donc... je suis monté dans l'ambulance...
Une expérience, ajouterais-je, que j'espère ne jamais voir se répéter.
Mardi 11 Octobre
Je dois aller rendre visite à mon père dans un moment.
Ladite visite consistera à m'asseoir en silence à côté de son lit, tandis qu'il restera allongé, probablement occupé à marmonner dans sa barbe.
Passionnant.
Ils ont l'intention de le garder quelques jours encore, ce qui signifie que, en théorie, je pourrais me rendre chez Potter demain après-midi, en fin de compte...
Ugh. Je croirais presque que mon père l'a fait exprès, juste pour me tourmenter.
Oh grandis un peu, Snape. Admets donc qu'une minuscule, à peine crédible part de toi préférerait se rendre chez Potter que de rester assis tout seul à te tourner les pouces.
Voilà... Je l'ai admis et l'Univers n'a pas explosé...
Dommage.
Mercredi 12 Octobre
18:30 — Hôpital.
Je suis allé chez Potter.
Et mon entrée ne fut pas fuyante, ni embarrassante. Oh non. J'y suis rentré comme si l'endroit m'appartenait.
Il y avait une raison à ma performance, bien sûr ; une raison rousse. Une fois à l'intérieur, j'ai remarqué de nombreuses choses mais la plus intéressante était, de loin, l'expression sidérée de Weasley lorsque nos regards se sont croisés.
C'était parfait. Un vrai travail de professionnel.
Il n'était pas le seul à me regarder. J'ai repéré plus d'un regard en coin, à dire vrai. Je crois que Potter avait dû garder secrète sa décision de nommer son fils comme moi. Je souhaiterais maintenant m'être rendu à la cérémonie, pour voir combien de personnes ont manqué s'étrangler lors de l'annonce.
Ha ! Eh bien, malgré ma désapprobation inébranlable quant au choix de Potter, je dois dire que j'apprécie de pouvoir m'amuser aux dépens des gens.
Minerva fonça aussitôt sur moi, passant directement aux choses sérieuses. 'Severus, pourquoi ne m'avez vous jamais dit qu'Harry avait l'intention de nommer son fils comme vous ?'
'Vous ne m'avez jamais dit qu'il me fallait vous informer du moindre détail concernant ma personne.'
'Je n'appellerais pas cela un détail, Severus ! Harry a fait un discours à la cérémonie qui laissait penser que vous étiez des frères de lait. J'ai failli en tomber de ma chaise, c'est moi qui vous le dis !'
Dieu du ciel ; un discours ? Heureusement que je n'ai pas fichu les pieds à cette cérémonie !
Et frères de lait ? Je ne crois pas avoir jamais subi une telle offense de toute ma vie.
'J'apprécierais que vous évitiez de diffamer ma personne en impliquant des absurdités comme celle-là, Minerva,' dis-je d'un ton égal.
Elle laissa échapper un soupir. 'Albus Severus...' répéta-t-elle tout bas, secouant la tête. 'Et puis quoi encore ?'
'Écœurant, n'est-ce pas ?'
Potter ne semble pas avoir pris la mesure de ce qu'il a créé. Un hybride de Dumbledore et moi, ne serait-ce que par le nom, est, franchement, une chose à éviter à tout prix.
'Dites-moi, comment a réagi Weasley ?'
'Ronald ?' précisa-t-elle. 'Eh bien... maintenant que vous le dites, il avait l'air un peu... pâle. Pourquoi ?'
Je souris intérieurement. 'Sans raison.'
Weasley doit positivement adorer que son neveu porte le nom de l'homme qui lui a mis la tête la première dans sa merde ! J'envisage même de saluer l'idée de Potter rien que pour cette raison !
Hmm... Ne nous précipitons pas...
Quoiqu'il en soit, c'était Granger, et non Weasley, que je souhaitais voir ensuite. Il me semblait que j'avais à me plaindre de son attitude. J'étudiai la pièce des yeux et la trouvai assise avec Albus... l'enfant en question... dans les bras. Je la fixai avec détermination jusqu'à ce qu'elle daigne lever les yeux du nourrisson. Lorsqu'elle me vit, cependant, et à mon grand étonnement, elle rougit violemment et commença à gigoter sur son siège
Une attitude pour le moins étrange venant d'elle, à mon avis.
Je m'avançai vers elle et, de toute évidence, elle devina mon intention car elle se débarrassa de l'enfant en le rendant à sa mère et se leva. Elle ne fut cependant pas assez rapide.
'Granger,' dis-je vivement, et elle tenta sans succès de prendre l'air de quelqu'un qui ne viendrait pas de tenter de s'échapper. 'Mon père passe ses journées à sa fenêtre, à attendre votre retour.'
'Quoi ?' s'exclama-t-elle, consternée. 'Vraiment ?'
Je hochai solennellement la tête.
'Oh mince ; je suis vraiment désolée. J'ai juste été très... très très occupée... Hum... beaucoup de travail et tout ça...'
J'ai vu des Poufsouffle de première année mentir mieux que cela. Je haussai un sourcil, sceptique.
'Bon, d'accord,' admit-elle, baissant la voix. 'J'étais surtout embarrassée après être venue chez vous comme ça et m'être soûlée.'
La seule chose qui me vint à l'esprit fut, 'Oh.' Je ne m'étais pas attendu à ce qu'elle utilise cette défense.
'Je suis incapable de me souvenir de la moitié de ce que j'ai pu dire...'
'Estimez-vous heureuse, dans ce cas,' marmonnai-je sèchement et ses joues se colorèrent à nouveau.
'Oh Merlin, j'ai honte rien qu'en y repensant,' lâcha-t-elle, se cachant les yeux avec sa main.
Je considérais qu'il n'y avait pas de raison pour qu'elle soit embarrassée, aussi le fait qu'elle le soit si ouvertement me faisait bizarrement... plaisir... Je ne suis pas sûr que ce soit le bon mot mais... je saurais m'en contenter.
Plus que cela, j'appréciais d'avoir été le témoin de son moment de faiblesse. Pas que je sois sans coeur ; non, simplement parce que de tous les endroits où elle aurait pu aller...
Je ne suis pas sûr de devoir ou non inclure mon père dans cette équation... Ou même la maison, d'ailleurs - qui s'avère être sur le chemin où elle aime aller marcher. Oh Merlin, suis-je maintenant relégué en troisième position...?
'Nous avons tous fait des choses que l'on ne ferait pas en des circonstances normales. Dans votre cas, la bouteille. Peut-être, à présent que nous sommes égaux dans le domaine de l'embarras, pouvons-nous...?'
Je me montrais généreux ; magnanime, même, mais non, il a fallu qu'elle en tire avantage !
Son visage s'illumina soudain et elle se mit à rire. 'Vous voulez parler de vos acrobaties avec la voiture ?'
'Si vous avez osé en parler à qui que ce soit...'
'Au fait, j'ai oublié de vous demander, qui est Stanley Pumphrey ?'
Quelle petite dinde.
Elle rit de nouveau mais, et c'est le plus inquiétant, cela ne me dérangeait pas tant que cela. En particulier parce que je pouvais voir Weasley qui nous observait. Cela m'encouragea à prolonger son amusement plutôt qu'autre chose.
'Je l'ai rencontré pendant que j'étais occupé à enlacer des arbres.'
Ses rires se transformèrent en grognements. 'Je me rappelle avoir parlé d'arbres, parce que j'ai fait un cauchemar cette nuit-là - j'ai rêvé que j'essayais d'enlacer le Saule cogneur.'
Je reniflai. 'Peut-être est-ce tout ce qu'il lui faut - un peu d'affection.'
Soudain - de façon inexplicable, ridicule - je souhaitai être un arbre. Je crois que je pourrais bien être désespéré, après tout. Mais avant que j'aie eu l'occasion de me pencher sur cette idée, ou d'essayer de décrypter la signification de l'expression songeuse qu'avait soudain pris son visage, Weasley se tenait à nos côtés.
'Vous vous moquez de moi ?' demanda-t-il sèchement.
'Et même si tel était le cas ?' rétorquai-je immédiatement.
'Allez vous faire foutre, Snape. Qu'est-ce que vous faites là de toute façon ? Harry a seulement appelé Albus comme vous parce que vous lui faites pitié.'
'Ron !' lâcha Granger.
'Quoi ?' demanda-t-il avec désinvolture.
'Severus et moi étions au beau milieu d'une conversation privée ; rien à voir avec toi, d'accord ?'
Weasley nous fixa tous deux avant de s'éloigner à grands pas coléreux mais, évidemment, le mal était fait. Granger n'était plus d'humeur à rire. Son expression était pincée et tendue et, pour finir, elle marmonna qu'elle avait quelque chose à faire. Elle disparut, me laissant frustré et énervé.
Etat qui s'aggrava lorsque Potter vint m'aborder. 'Qu'est-ce que vous avez fait ces temps-ci, alors ?'
'Rien,' répondis-je.
'Comment va votre—'
'Excusez-moi.'
Je quittai la pièce pour rejoindre le couloir, suivant les pas d'une abomination rousse. Il se dirigeait vers la cuisine - probablement pour se goinfrer - mais il s'arrêta à mi-chemin en entendant mes pas.
Je n'eus que la seconde que cela lui prit de se retourner pour me demander à quoi je jouais exactement.
'Vous pouvez me fixer autant que vous voulez, Snape ; je n'ai pas peur de vous.'
Il se retourna pour partir et je fis un pas en avant. 'Vous devriez.'
'Pourquoi ?'
'Pourquoi ne pas simplement laisser Granger tranquille ? Elle ne peut visiblement plus vous supporter.'
'Ca n'a rien à voir avec vous. Alors pourquoi vous ne vous occupez pas de vos affaires pour changer ?
A ce moment-là, une interruption d'un tiers me réduisit au silence et m'empêcha de répondre.
'Est-ce que, euh... tout va bien ?' C'était la femme de Potter.
J'ignore si je devrais être reconnaissant ou lui en vouloir d'avoir choisi ce moment-là pour intervenir. 'Parfaitement, Mrs Potter.' Je la dépassai et retournai à la fête, commençant à penser que parler ainsi à Weasley était peut-être une erreur. Et s'il le disait à Granger ?
Et si...
Eh bien, j'ai le droit d'être inquiet, pas vrai ? Après tout, Weasley m'a frappé. Je me contenterais de dire que je crains qu'il ne soit un peu déséquilibré.
Mais si... Si ceci n'est qu'une excuse, pour quelle raison l'ai-je vraiment approché ?
Eek. N'y pensons pas.
Ce n'est pas de ma faute si sa vue me remplit de mépris. C'est ma défense et je m'y tiendrais.
Je ne suis pas resté très longtemps chez Potter. Je me suis promptement retiré lorsque l'aîné de Potter, l'enfant de Lupin et quelques autres Weasley sont entrés en courant dans la pièce, occupés à se courir après avec des balais et des baguettes pour enfants. Et lorsque Potter les a rejoint, avec tout autant, si ce n'est plus, d'enthousiasme que les enfants, je sus qu'il était temps pour moi de partir...
... avant de courir le risque de laisser échapper une remarque narquoise et parfaitement inappropriée.
Je peux me montrer poli et prévenant lorsque je le veux ; c'est juste rarement le cas.
Samedi 15 Octobre
15:09
Mon père est rentré hier, mais je ne peux pas prétendre que son séjour à l'hôpital ait changé grand-chose. Il m'a fallu placer des protections autour son lit. Naturellement, il n'en a absolument aucune idée.
Plus tôt dans la journée, un bruit sourd a retenti à l'étage au-dessus, me tirant de ma lecture. Je me suis précipité dans l'escalier, marmonnant dans ma barbe : 'Qu'a-t-il fait encore ?'
Je me tus lorsque je l'ai vu allongé sur le sol du couloir, venant visiblement de tomber.
'Que faites-vous hors de votre lit ?' demandai-je brutalement. 'Vous auriez du m'appeler si vous aviez besoin de quelque chose.'
Je me penchai et attrapai son bras, mais il se libéra aussitôt avec une force surprenante.
'Lâch'moi,' grogna-t-il. 'Je peux m'en tirer, d'accord ? Je vais très bien !'
Je le laissai se débattre pendant un moment avant de l'attraper sous les bras et de le soulever. Une fois sur ses pieds, il s'éloigna de moi.
'J'ai pas b'soin d'aide !'
Il me fusillait du regard, et je me rendis compte qu'il n'avait aucune idée de qui j'étais. Je n'étais même plus Philip à présent. Je serrai les dents et le suivis à l'intérieur de la chambre. Il s'effondra sur le lit, respirant fort. 'Dégage !' cria-t-il, mais les mots qui suivirent étaient tellement incompréhensibles que je fus momentanément pris de cours. De son côté, il ne semblait pas se rendre compte que ce qu'il disait ne voulait rien dire et continuait de s'énerver tout seul.
Je repoussai l'impatience qui commençait à m'envahir et tentai, de façon inadéquate à n'en pas douter, de calmer la situation. 'Père... Tobias, vous—'
A ma grande surprise, il attrapa soudain le réveil posé sur la table de chevet et le jeta dans ma direction. Je me baissai et il alla s'écraser contre le mur. Instinctivement, j'avais sorti ma baguette et ses yeux s'agrandirent de terreur à sa vue.
Je restai figé un long moment, tentant furieusement de me calmer.
Il abandonna le premier. Il s'allongea calmement, me tournant le dos. Lorsque rien ne suivit, je tournai les talons et partis, lançant les sorts qui me préviendraient s'il réussissait à sortir de sa chambre sans l'aide de personne à nouveau.
Je retournai au rez-de-chaussée, ma lecture oubliée. Mon esprit bouillonnait bien trop pour pouvoir me concentrer sur quoi que ce soit.
Je possède de nombreux dépliants et brochures que l'infirmière m'a donnés, il y a plusieurs années maintenant, détaillant les hauts et les bas de la maladie de mon père. Je les ai lus, bien sûr, et je n'ignore pas que ces incidents sont probables, mais...
Oh, je ne sais pas...
Cela ne peut aller qu'en s'empirant... Peut-être devrais-je me préparer à admettre que je suis incapable de supporter la situation, après tout.
Mais... et après ?
Lundi 17 Octobre
Je me suis aventuré dans le Chemin de Traverse ce matin, profitant de la présence de l'infirmière auprès de mon père. Il serait hautement irresponsable de ma part de le laisser seul si longtemps, considérant que son attitude est devenue encore plus erratique.
Aussi ai-je Transplané ce matin avec l'espoir qu'un changement de décor, même bref, profiterait à ma santé mentale déclinante.
Je me suis rendu chez Gringotts pour changer de l'argent et vérifier l'état de mon compte. Apparemment, ma santé mentale n'est pas la seule à décliner. Encore un autre problème à ajouter à une liste qui n'en finit pas de s'allonger.
Je me dirigeais vers l'apothicaire lorsque j'aperçus la première page du Prophète sur les étagères d'un kiosque.
Le divorce des Weasley est donc finalisé. Eh bien, imaginer Weasley noyant sa bière de larmes et geignant sur le tour qu'a pris sa vie est bien le seul point positif d'une semaine par ailleurs désastreuse. J'aime à penser que c'est ce qu'il fait, en tout cas. Et à en juger par son attitude récente, je ne dois pas être très loin de la vérité.
Quant à Granger, eh bien... je ne suis pas certain de ce qu'elle peut être en train de faire. Je n'aime pas penser qu'elle pourrait être en train de pleurer sur sa bière. Je me suis cependant forcé à repousser les pensées la concernant à l'arrière-plan de mon esprit. J'ai suffisamment de préoccupations comme cela.
L'infirmière m'attendait lorsque je rentrai à Withernsea.
'Je crois qu'il faut qu'on parle, Mr Snape,' dit-elle simplement.
Mille et une raisons pour lesquelles elle pourrait vouloir me parler me passèrent par la tête et chacune d'elle était aussi ridicule que déraisonnable. Avais-je échoué à subvenir aux besoins de mon père ? Voulait-elle m'accuser de quelque chose ? De négligence ?
'A quel propos ?' demandai-je sèchement.
Son expression se fit douce et compréhensive. 'A propos de vous. Comment vous en sortez-vous ? Le stress de—'
'Je puis vous assurer que je vais parfaitement bien,' dis-je hâtivement.
Seigneur !
Je trouvais la situation hautement inconfortable, cela va sans dire ; cela n'arrangeait rien que je puisse voir, derrière elle, que j'avais laissé mon édition de 'Mille herbes et champignons magiques' sur l'accoudoir de mon fauteuil. Je suis bien conscient de la connotation que peuvent prendre des champignons 'magiques' dans le monde Moldu. Ma défense, s'il m'en fallait une, ne pourrait être que le fait que j'avais été vraiment, terriblement stressé...
'Je peux m'arranger pour vous présenter quelqu'un avec qui vous pourrez parler, quelqu'un qui a de l'expérience dans—'
'Non, non !' Sa suggestion fit réagir mon alarme intérieure. 'Ce n'est vraiment pas la peine.'
Je tentai de paraître rassurant, mais mon visage est peu accoutumé à cet exercice...
'Eh bien, vous savez où me trouver, si vous changez d'avis.'
Je hochai la tête et lui ouvris la porte pour la laisser sortir.
Je préférerais encore faire une dépression nerveuse plutôt que d'aller m'étendre sur mes sentiments auprès d'un Moldu doucereux.
Il s'en est vraiment fallu de peu.
17:15
Je me demande si l'infirmière me trouve étrange ?
J'ignore pourquoi, d'un seul coup, je m'interroge sur la façon dont elle me perçoit... Il est rare que je perde mon temps à m'interroger sur l'impression que les autres ont de moi.
Hmm…
Vendredi 21 Octobre
Oh, Seigneur.
Ai ouvert le journal d'aujourd'hui pour me retrouver face à une double-page consacrée à 'Apprendre à s'aimer'.
Immédiatement, je tournai la page, décidé à m'élever au-dessus de telles foutaises... sauf que ma curiosité l'a emporté. Je suis revenu en arrière et ai lu l'article. Tout l'article. J'étais convaincu qu'il s'agissait d'un ramassis d'idioties lorsque j'ai eu fini de le lire, tout de même.
D'après cet article, il est conseillé de 'rêver éveillé' au sujet de ses objectifs et de ses désirs. Pardon ?
Pour améliorer l'estime de soi, je suis... la personne est censée déterminer ce qu'elle aime chez elle. Elle doit essayer de se tenir devant un miroir et dire tout haut 'J'aime qui je suis.'
Oh c'est aussi facile que cela n'est-ce pas ? Problème résolu simplement parce que l'on se regarde dans le miroir en disant qu'on s'aime soi-même. La seule façon de s'en sortir serait d'être narcissique, qui l'eût cru ?
Apparemment, il s'agit de 'trouver sa véritable identité'.
Quelle blague.
Faite une liste de ce que j'aime chez moi ? Merlin.
Je m'en tiendrais à mes pensées 'destructrices,' merci bien.
Mardi 25 Octobre
20:00 — Yorkshire. Prêt à noyer mes malheurs…
Quelle journée de cauchemar.
Les trois premiers quarts sont passés de façon très banale. En milieu de soirée, cependant, Granger est apparue sur le pas de ma porte. D'après sa tenue, je devinai qu'elle devait être venue directement depuis son travail.
'J'étais dans le coin et j'ai pensé que je pourrais passer, j'espère que ça ne vous dérange pas ? J'ai essayé de semer des journalistes toute la journée...'
A ce moment-là, mon humeur était encore égale, aussi me suis-je contenté de hocher la tête.
'Je ne sais vraiment pas ce qu'ils veulent me voir faire. Célébrer ? Pleurer ? Exprimer des regrets ? Qui sait ?'
Des regrets ? Sûrement pas, si ?
'Voulez-vous un verre ?' Je lui présentai la bouteille de whisky Pur Feu que j'avais déjà sortie.
Elle parut d'abord indécise, avant d'en accepter un 'petit'. Je regardai ses joues se colorer à la première gorgée et l'étudiai d'avantage. Pour une raison que j'ignore, je remarque toujours ses robes de travail. Je pense que c'est parce qu'elles signifient à mes yeux qu'elle s'est bien débrouillée. Peu importe l'état de sa vie personnelle, elle s'est bien débrouillée.
Je me demande si le jour viendra où je pourrais dire la même chose pour moi (je ne compte pas trop dessus).
Durant ce moment de silence, je vis à son expression qu'elle pouvait entendre du bruit émanant de l'étage. Elle était apparemment trop polie pour s'enquérir de ce fait étrange, même si je savais qu'elle en mourait d'envie.
'Il parle à ma mère,' expliquai-je franchement, peut-être dans le but de la mettre mal à l'aise.
La confusion se lut sur son visage. 'Oh ? Je ne—'
'Ma mère est morte dans les années quatre-vingt.'
Son visage s'assombrit. 'Oh; je vois... Je suis désolée...'
J'eus un hochement de tête un peu raide, n'appréciant pas particulièrement la pitié que je lisais sur son visage. Je devais être particulièrement avide de changer de sujet, car mes paroles suivantes furent : 'Comment va Potter ?'
Même elle parut surprise ; mais pas à moitié aussi surprise que moi, je parie. Pour ma défense, ce fut tout ce à quoi je pus penser en un laps de temps si bref.
'Bien... merci. Je lui dirais que vous avez demandé après lui.'
Oh Merlin.
Elle eut un petit sourire.
Je fronçai les sourcils d'un air dégoûté. 'Est-ce bien utile ? Il risque de se faire des idées.'
'Vous savez, ce n'est pas la faute d'Harry s'il cherche à avoir des figures parentales dans sa vie,' expliqua-t-elle avec désinvolture.
Je la fixai, horrifié par cette insinuation. 'J'espère que vous plaisantez ?'
Son expression redevint sérieuse et elle secoua minutieusement la tête. 'A vrai dire, non.' Elle eut un sourire d'excuse.
Il est possible que je n'ai jamais été aussi perturbé de toute ma vie et, soyons honnête, cela en dit long. Mon expression dut faire plus que lui communiquer mon malaise quant à sa remarque, car elle-même avait l'air un peu bizarre ; comme si elle souhaitait n'avoir rien dit du tout.
Elle n'est pas la seule !
Je regardai ma montre. 'Excusez-moi...' marmonnai-je d'un air vague, 'Je dois aller voir si mon père veut que je lui mette Emmerdale.'
Elle laissa échapper un rire et je la fusillai du regard.
'Pardon,' dit-elle d'un air contrit. 'C'est juste... il est possible que ce soit la chose la plus incongrue que je vous aie jamais entendu dire.'
C'est sûrement vrai, je suppose.
Je m'échappai vers l'étage, marmonnant avec colère au sujet de foutues figures parentales.
Et pire ; foutues figures du père.
Pourquoi a-t-il fallu qu'elle me dise ça ? Ce n'est pas une blague très drôle, et ce n'est certainement pas une vérité très amusante non plus ! Est-ce vraiment comme ça que Potter me voit ? Eh bien, Merlin, il racle vraiment les fonds de tiroir pas vrai ?
Cela ne peut pas être vrai, c'est bien trop tordu l'être. Potter a visiblement besoin d'une aide psychologique sérieuse.
Je marquai une pause pour reprendre mon souffle devant la porte de la chambre de mon père. Evidemment, il y avait longtemps qu'il avait arrêté de s'intéresser à ses programmes télévisés, aussi me suis-je contenté en rentrant dans la pièce de regarder par la fenêtre. Tout pour gagner du temps.
Après un moment, je dis : 'Vous avez besoin de quelque chose, père ?'
Il ne répondit pas et je le regardai. Il était calme à ce moment-là et se contentait de fixer un point imaginaire. Rien de particulièrement nouveau. Ses yeux se posèrent sur moi après un moment et il commença à marmonner dans sa barbe de façon inintelligible, tandis que je résistais à l'envie de soupirer avec bruit. Je crus qu'il allait se mettre à délirer mais, après un long moment, son visage se détendit légèrement.
'Passe-moi le... um... le...'
Sa bouche s'ouvrit et se referma plusieurs fois de suite, mais rien d'autre n'en sortit. Il me regarda avec de grands yeux, avant de pointer son doigt en direction du journal posé au pied de son lit. Automatiquement, je le ramassai et le lui donnai, mal à l'aise.
Il prit le journal, le fixa, puis, avec un gémissement de frustration, le balança et s'effondra sur son oreiller. Je le regardai un moment, mon coeur commençant à battre plus vite lorsque je pris conscience que ses épaules tremblaient et qu'il... pleurait.
De vrais larmes.
Cela me refroidit instantanément et, en toute honnêteté, je ne savais plus quoi faire au juste, et encore moins quoi faire pour lui. Je sais bien au fond ce que j'aurais dû faire. Mais ce n'est simplement pas dans ma nature de lui fournir ce genre de... réconfort. A la place, je me précipitai en bas.
Granger se leva dès que j'apparus. 'Est-ce que tout va bien ?' demanda-t-elle, les yeux écarquillés, sans aucun doute en réaction à la détresse de mon père qui s'entendait depuis le rez-de-chaussée.
Je me trouvai incapable de réponse. Je voulais seulement partir de là. Je sortis dans le jardin, souhaitant pouvoir continuer à marcher des jours durant sans jamais m'arrêter, mais je marquai une pause près du mur et inspirai l'air frais à grands poumons.
Je ne l'avais jamais vu comme ça. Comment suis-je censé faire face ?
'Se—'
'Je ne veux rien entendre ; je pense que vous devriez rentrer.'
Pourquoi a-t-il fallu qu'elle se trouve là à ce moment-là ? Pourquoi faut-il qu'elle soit témoin de chacun de mes moments de faiblesse ?
Elle ne tint pas compte de ce que je lui dis. Avec une colère grandissante, je l'entendis monter l'escalier. Je m'écartai du mur, prêt à lui courir après et à exiger de savoir ce qu'elle pensait faire au juste - pourquoi elle s'imaginait qu'il était de son devoir d'intervenir. Mais malgré mon désir de la tenir éloignée de mon père, une fois à la porte, je fis une halte.
Je ne pouvais pas faire face. Pas à ce moment-là, en tout cas. Il était bien plus simple de la laisser se débrouiller.
Quelques instants plus tard, elle revint, me demandant s'il accepterait de prendre un Philtre Calmant. J'en récupérai une fiole dans la cuisine et me forçai à l'accompagner à l'étage, la perspective d'avoir quelque chose de concret à faire diminuant légèrement mon inquiétude.
Je la regardai lui parler avec entrain, d'une façon dont, bien entendu, j'étais incapable. Il n'y fut pas spécialement plus sensible, mais peut-être n'est-ce pas le plus important.
'Laissez-moi tranquille,' dit-il enfin.
Lorsque nous retournâmes au rez-de-chaussée, j'arrivais à peine à me résoudre à regarder Granger. Elle, bien sûr, fut incapable de me laisser prétendre que la dernière demi-heure n'était jamais arrivée, ce que j'avais espéré faire.
'Il n'y a pas de honte à avoir,' dit-elle avec prudence, au bout d'un moment. 'Je serais plus surprise si ça ne vous affectait pas du tout.'
Instinctivement, je voulus nier avoir été affecté par quoi que ce soit, mais je n'aurais trompé personne. Et je suppose que j'étais soulagé qu'elle ne me croit pas entièrement sans coeur, mais en même temps vexé par la possibilité qu'elle se montre excessivement généreuse en excusant mon comportement.
Car je suis sûr que j'aurais pu mieux faire - faire plus d'efforts, avoir d'avantage de considération pour mon père.
'C'est beaucoup pour une seule personne...' continua-t-elle lentement. 'C'est louable de—'
Je l'interrompis par un grognement, m'effondrant dans mon fauteuil et passant la main sur mon front. Je ne peux pas supporter qu'on chante mes louanges ; et certainement pas quand c'est sincère et que cela implique mon âme soi-disant altruiste.
Quand, en vérité, il n'y a que la culpabilité et l'égoïsme qui me font avancer.
'Je trouve que c'est louable,' insista-t-elle d'un ton ferme.
Je serrai le poing, avec l'impression que je n'allais pas tarder à subir une combustion spontanée provoquée par un mélange puissant d'embarras, de honte, et malheureusement, de plaisir.
'Il va falloir que je parte ; est-ce que ça va aller ?'
Il est surprenant de constater à quel point on m'a peu posé cette question dans ma vie.
'Parfaitement.'
Elle eut un sourire légèrement pensif.
Oh, tout allait bien, si ce n'est l'inconvenante et soudaine impulsion qu'il fallait que je fasse quelque chose avant qu'elle parte. Faire quoi exactement, je n'en ai aucune idée. Barricader la porte pour l'empêcher de sortir ? L'assommer ? Lui lancer un sort ? Lui crier dessus ? Lui faire une déclaration ?
Tu parles d'un moment de délire !
Ce fut un soulagement lorsque la porte se referma enfin et que je l'entendis Transplaner. Un soulagement car j'avais réussi à retrouver mon self-control et à garder ma bouche résolument fermée jusqu'à ce que je sois à nouveau seul.
Les choses pourraient-elles encore empirer ?
Le peuvent-elles ?
Malheureusement, d'après mon expérience... oui ; probablement...
Etrange de penser qu'il ne reste plus que deux chapitres avant de clore cette première partie... En attendant j'espère qu'octobre vous a plu !
Merci à Mallaury :)
