Voilà le deuxième chapitre. Merci pour les reviews, et bonne lecture!
Il avait fait volte-face, et avait quitté la cave, verrouillant la porte sur son passage. D'un même mouvement, l'écrivain et sa muse avait tourné la tête et fixé le compteur. Les secondes s'égrenaient, inlassablement.
Pendant un long moment, ni l'un ni l'autre n'avait ouvert la bouche. Ils ne s'étaient même pas regardés. Kate s'était murée dans le silence, et s'était mise à tourner furieusement en rond, tentant de trouver une solution. Une échappatoire.
- Beckett? avait timidement demandé Rick.
La détective l'avait ignoré, et avait poursuivi sa ronde sans fin.
- Kate ! avait crié l'écrivain, d'un ton sans appel.
Sa muse s'était figée. Elle lui tournait alors le dos, incapable de lui faire face. Rick s'était levé, et doucement approché d'elle. Il l'avait contournée, se postant devant elle, et lui avait saisi les mains.
- Kate. Kate, regarde-moi.
Le tutoiement avait fusé, naturel. Le vouvoiement leur avait semblé bien futile en de telles circonstances. Ce vouvoiement avait été l'une des barrières qu'ils s'étaient imposées afin de garder une certaine distance, et cet instant, qui aurait pu être l'un des derniers qu'ils partageaient, ils n'avaient besoin plus que de la proximité de l'autre.
Beckett avait relevé la tête, et plongé son regard dans celui bleu océan de l'écrivain. Il lui avait faiblement souri. Elle avait pu deviner dans ses yeux la terreur qu'il tentait de dissimuler, et avait su qu'il voyait en cet instant la même expression dans ses propres prunelles. Elle avait tenté d'esquisser un sourire à son tour, mais en avait été incapable.
- Kate...Il faut qu'on en parle.
- Non. Hors de question. Il est hors de question que nous envisagions ce que ce salaud exige de nous ! On trouvera un moyen.
Elle avait dégagé ses mains de celles de Castle, et s'était détournée à nouveau.
- Tu fuis, l'avait accusé l'écrivain.C'est ce que tu fais. Dès que tu perds le contrôle, tu fuis. Tu te renfermes. Tu repousses tous ceux qui tiennent à toi. Tu l'as entendu comme moi, non ? Si nous ne faisons rien, il leur fera du mal, Kate ! C'est ce que tu veux ? Qu'il blesse Alexis, ton père ?
- On trouvera un moyen ! avait crié Kate en se retournant, le regard brillant de colère.
La détective s'était nerveusement passé la main dans les cheveux, et s'était mordillée la lèvre. Ils n'en discuteraient pas pour la bonne raison qu'elle se sacrifierait pour lui. 'Pourquoi faire ça ?' avait murmuré sa conscience à son oreille. 'Parce que je…Parce qu'il est mon partenaire. Parce qu'il a une fille. Parce que des milliers de personnes comptent sur lui comme j'ai compté sur lui avant même de le rencontrer.' avait-elle tenté de se convaincre
L'écrivain avait froncé les sourcils en voyant un éclair indéfinissable traverser le regard de sa muse. Et soudain, il avait compris. Cette révélation l'avait heurté avec violence.
- Kate, non !
- Quoi ?
- Je ne te laisserai pas faire ! Il est hors de question que tu…
- Tu voulais en parler, alors parlons-en ! l'avait furieusement interrompu Beckett. Tu as une fille, Castle ! Alexis a besoin de toi. Sans compter les milliers de fans, dont ta mort briserait le cœur, avait-t-elle ajouté sarcastiquement.
- Tu fuis encore ! s'était rageusement écrié Castle. Tu n'as même pas le courage de faire face à ce qui te motive réellement en cet instant !
Il s'était éloigné d'elle, et avait violemment frappé le mur d'un coup de poing. Il avait ensuite appuyé son front contre le crépi poussiéreux, paumes contre le mur, avant d'inspirer lentement. Kate était restée plantée au milieu de la pièce, incapable de bouger. Elle avait alors repensé aux paroles de l'écrivain. Elle aurait voulu pouvoir penser qu'elle était sur le point de se sacrifier par amour, par loyauté, ou par courage. Elle savait cependant que prétendre à cela serait un mensonge. Castle avait raison. Elle était lâche, elle fuyait. Elle fuyait ce qu'elle ne pouvait contrôler. Elle était tellement fatiguée. Elle avait survécu à trop de morts, à trop de pertes. Se sacrifier semblait tellement plus facile. Vivre n'était pas tâche aisée, elle l'avait appris à ses dépens. Elle vivait chaque jour, chaque seconde, hantée par la mort de sa mère, et par le sacrifice de Roy. Elle ne pourrait vivre sachant que l'homme qu'elle aimait avait donné sa vie pour elle. 'Le plus grand sacrifice ne réside pas l'abnégation de soi ni l'abandon de sa personne ou de sa vie, avait-elle songé, Non, le plus grand sacrifice est parfois d'accepter d'être celui qui survit.' Elle se savait incapable d'un tel sacrifice. Elle ne pouvait imaginer sa vie sans Castle. Sans son sourire, ses plaisanteries, son attitude aussi charmante qu'agaçante. Sans toutes les petites attentions qu'il lui prêtait. Sans sa présence pour la soutenir dans ses moments les plus sombres.
Elle s'était tout juste avoué la véritable raison qui la poussait à se sacrifier pour Castle. Elle ne pourrait vivre dans un monde où elle aurait à vivre avec l'ombre du sacrifice de l'écrivain suivant chacun de ses pas. Elle avait senti quelque chose changer en elle face à cette révélation. Elle n'aurait su dire en cet instant si une part d'elle venait de mourir, ou au contraire d'éclore. Elle avait relevé la tête, et avait croisé le regard de Rick, qui avait remarqué le changement pourtant imperceptible qui venait de se produire en sa muse.
- Ne me demande pas ça, Rick, l'avait-elle supplié d'une voix brisée.
- Ca quoi ?
- Ne me demande pas de te survivre, avait-elle murmuré après une seconde d'hésitation.
Rick était resté hébété quelques instants après la révélation de Kate. Il n'avait su quoi répondre. Sa mère avait raison, pour un écrivain, il n'était pas toujours très doué avec les mots. Tous deux étaient restés silencieux après cela. Jetant de temps en temps un coup d'œil aux secondes qui défilaient. Ils s'étaient finalement assis côte à côte, toujours sans rien dire. Ils n'en avaient pas besoin. Il est des relations qui n'ont pas besoin de mots, et la leur était de celles-là en cet instant. Rick avait tergiversé de nombreuses minutes, et avait finalement délicatement saisi la main de sa partenaire, entrelaçant leurs doigts. Il s'était attendu à ce qu'elle le repousse, qu'elle se raidisse, mais elle n'en avait rien fait. A sa grande surprise, elle avait même serré sa main plus fort, et avait fini par poser sa tête sur son épaule.
- Tu veilleras sur mon père ?
La question de Kate avait déchiré le silence. Rick avait hésité, choisissant ses mots avec soin.
- On n'a encore rien décidé, avait-il répondu, bien décidé à ne pas laisser sa muse mourir.
- Rick…
- Tu l'as dit toi-même. On trouvera un autre moyen.
- Mais si on ne trouvait pas ? Si je devais…Elle s'était tue, incapable de poursuivre. Elle avait finalement repris. Tu me promets de veiller sur lui ?
Rick s'était alors perdu dans ses pensées. Cette conversation lui en avait rappelé une autre. Il avait eu presque la même discussion avec elle, au sujet d'Alexis, lorsqu'il s'était cru victime de la malédiction Maya. Il n'avait pu retenir un léger sourire en se remémorant cette enquête. Il avait interrompu le fil de ses pensées en sentant Kate presser sa main.
- Rick ? avait appelé le lieutenant.
- Je te le promets. Mais tu pourras veiller sur lui toi-même. On va s'en sortir tous les deux. Il faut y croire. Les gars vont partir à notre recherche, ils vont…
- Castle ! l'avait interrompu sa muse d'un ton amer. Quand ils se rendront compte que nous avons disparu… Il sera trop tard. Nous sommes tous en congés. Ils n'ont aucune raison de nous chercher.
- Alexis ou ma mère s'en rendront compte, s'était obstiné Castle. Quand Alexis ne recevra pas de réponse à ses textos, elle comprendra que quelque chose ne va pas. Elle…
- Nous sommes en plein milieu de la nuit, Castle. Lorsqu'Alexis réalisera que tu as disparu…Le délai sera passé depuis longtemps.
Kate avait senti le désespoir l'envahir. Elle s'était haïe pour blesser ainsi Rick, pour briser ses espoirs.
- Désolée. J'ai eu tort de te parler ainsi.
- Non, tu avais raison. Mais n'en parlons plus, tu veux ?
Kate avait acquiescé, et s'était blottie un peu plus contre son partenaire et ami. Il avait appuyé sa tête contre la sienne, profitant du peu de réconfort que cela leur apportait. Ils avaient attendu en silence que les trois heures soient écoulées.
Lorsque la porte s'était ouverte à nouveau, Kate avait violemment sursauté. Il lui avait semblé qu'elle s'était assoupie quelques instants, extenuée. Les deux partenaires s'étaient levés. Espérant un miracle. Rick avait souhaité en cet instant que la réalité ne soit que l'un de ses livres, qu'il ait pu réécrire la fin à sa guise. Caleb était entré d'un pas léger dans la pièce, un air amusé et joyeux peint sur le visage.
- J'espère que vous avez fait votre choix ? Faire du mal à votre charmante fille me briserait le cœur, Monsieur Castle. Et votre père, Lieutenant Beckett, il serait dommage de gâcher ainsi tant d'années de sobriété.
L'écrivain et sa muse s'étaient raidis, muscles tendus, mâchoire crispée. Retenant difficilement la haine qui avait alors vibré en eux. Kate s'était dit que si tout n'avait été qu'à propos d'elle, elle aurait tenté quelque chose. Mais elle n'avait aucun droit de mettre son partenaire ou leurs familles en danger. Elle s'était donc tue, et n'avait pas agi. Se maudissant intérieurement pour cela.
- Et bien ? J'attends une réponse, s'était impatienté Caleb.
- Ce sera moi, avait calmement annoncé Kate en ayant fait un léger pas en diagonale, s'étant ainsi placé en partie devant son partenaire. Comme pour le protéger.
Elle avait senti Rick se raidir derrière elle, s'apprêter à intervenir, mais elle l'en avait empêché d'un simple mouvement de tête.
- Pourquoi ne suis-je guère surpris ?demanda Blake d'un ton sarcastique. Vous avez sans cesse ce besoin d'être l'héroïne, n'est-ce pas ?
Un sourire amer avait étiré les lèvres de Beckett. Elle était soulagée qu'il puisse être ainsi dans l'erreur. S'il avait su…Un frisson de peur l'avait parcouru à cette idée. Elle avait repoussé cette idée au plus profond de son être.
- Ecartez-vous de lui. Ayant vu l'hésitation de la lieutenant, Caleb avait ajouté : Vous ne voudriez pas qu'il se retrouve couvert de votre sang, n'est-ce pas ? Je pense qu'il serait préférable de lui épargner cela, pas vous ?
Kate avait obtempéré de mauvaise grâce, et s'était éloignée de Castle jusqu'à ce que Caleb lui ait ordonné de s'arrêter. Elle n'avait pas aimé se retrouver ainsi séparée de son partenaire. Elle n'avait pu s'empêcher d'avoir peur de le laisser ainsi, si loin d'elle. Caleb avait lentement levé l'arme vers elle, se délectant de la situation.
- Mettez-vous à genoux, avait-il ordonné. Tous les deux.
Une impression de déjà-vu avait à nouveau traversé Kate. Le souvenir de Sophia leur ordonnant la même chose la hantait. Et elle avait eu l'intime conviction que cette fois, la cavalerie arriverait bel et bien trop tard. L'écrivain et sa muse avaient obéi sans protester. En voyant l'armé braquée sur elle, Kate avait cessé de respirer, et une vague de terreur l'avait submergée. Elle n'aurait jamais imaginé mourir ainsi, agenouillée dans la poussière d'une cave lugubre. Le souvenir de la fusillade lui avait traversé l'esprit, et elle avait senti son cœur s'emballer. Le goût acide de la bile avait envahi sa bouche. Elle avait relevé la tête vers l'homme qui lui faisait face.
- Kate…
Elle avait ignoré son partenaire. Elle se savait alors incapable de le regarder. Ses yeux avaient croisé ceux gris acier de celui qui allait la tuer. Une grimace de mépris avait déformé ses lèvres une fraction de seconde.
- Je vous dégoute, Kate ?
- Lieutenant Beckett, avait-t-elle corrigé.
Il avait ri à cette remarque, empêchant la jeune femme de lancer la remarque acide qui lui brûlait les lèvres.
- Dans cette cave, à ma merci, vous n'êtes plus que Kate désormais. Mais assez parlé. Vous avez gagné assez de temps. Ce petit jeu m'ennuie, finissons-en.
Kate avait clos ses yeux une seconde avant de les rouvrir. Elle avait voulu voir sa mort en face. Ne pas battre en retraite face à la mort avait été tout ce qu'elle avait pour sauver un semblant de dignité. Ce dernier geste de bravoure avait agacé Caleb, mais il n'avait rien dit. Elle n'allait alors pas tarder à avoir tout ce qu'elle méritait à ses yeux. Une lueur étrange avait illuminé son regard, et un léger sourire avait étiré les coins de sa bouche. Kate avait senti son sang se figer dans ses veines, et la terreur l'envahir.
- Non !
Elle avait hurlé. Elle avait tenté de l'intercepter. En vain. Avec une rapidité surprenante, il s'était subitement tourné vers Castle et avait tiré. Deux fois. Kate avait interrompu son mouvement. Elle s'était précipitée vers l'écrivain, qui gisait au sol, du sang s'échappant de sa poitrine.
- Je vous avais prévenue, Kate, avait froidement déclaré Blake. Une vie pour une vie. Vous n'espériez pas vous en tirer à si bon compte, n'est-ce pas ? Il eût été si facile de simplement vous tuer. Je veux que vous souffriez, Kate. La mort aurait été un châtiment trop doux. Maintenant, nous sommes quittes.
Kate n'avait pas quitté Rick du regard, les mains pressées sur sa poitrine. Tentant désespérément d'empêcher la vie de l'écrivain de fuir en même temps que le précieux liquide vermeil. Blake n'avait pu retenir un sourire amusé face à cette scène. Il avait ajouté, juste avant de disparaître, d'un ton narquois, faisant allusion à la supplication de Beckett à Castle
- Serez-vous capable de lui survivre, Kate ?
La suite, et fin, samedi.
