Et voilà la suite, et fin, de cette fic. Merci pour vos reviews, et pour avoir mis ma fic dans vos fics préférées, ça fait toujours plaisir!
Un petit conseil d'écoute pour cette dernière partie: Untitled, de Simple Plan. Cette chanson m'a accompagnée en boucle tout au long de l'écriture de cette fic, elle m'a vraiment mise dans l'ambiance, et la grande partie des paroles me semble bien symboliser l'état d'esprit dans lequel Kate pourrait être.
Bonne lecture!
Kate avait tenté de se souvenir des cours de secourisme qu'elle avait suivis, mais tout avait été trop confus dans son esprit. Elle s'était contentée d'appliquer toute la pression dont elle avait été capable sur les plaies de l'écrivain, lui arrachant des gémissements de douleur. Elle savait qu'elle aurait dû chercher un téléphone, appeler les secours, mais elle n'avait pu se résoudre à laisser Castle. Effrayée à l'idée de devoir l'abandonner. Comme si sa simple présence aurait pu suffire à le maintenir en vie. Comme si le laisser, ne serait-ce qu'une seconde, le conduirait irrévocablement à sa mort.
Elle avait plongé ses yeux dans ceux de l'écrivain. Avec une impression de déjà-vu. Mais les rôles étaient inversés. Et cette fois, ils étaient seuls. Elle avait pressé ses mains avec encore plus de force sur les blessures de Castle. Ce dernier lui avait attrapé le poignet, et avait difficilement articulé :
- Alexis…Tu avais promis que tu veillerais sur elle. Tu te…tu te souviens ?
- Chut, Castle. Tais-toi. Garde tes forces, d'accord ?
- Kate, s'était obstiné Castle avec le peu de forces qui lui restaient, tu avais pro…promis.
- Je me souviens. Mais tout ira bien, d'accord ? Tu vas t'en sortir, okay ?
- Et tu…tu espères gagner au poker en mentant aussi mal ? avait plaisantéCastle, en crachant du sang. Et n'oublies pas de…rappeler à Esposito pour ma collection de porno.
Kate avait hésité entre le rire et les larmes à cette remarque. Même dans les plus terribles circonstances, l'écrivain n'avait pu s'empêcher de plaisanter.
- Tu le lui diras toi-même. N'envisage même pas une seconde de me quitter. D'accord ? Pas une seconde ! Je te l'interdis ! Accroche-toi, Rick. Pense à Alexis. Elle a besoin de toi.
- Peut-être qu'un véritable baiser d'amour pourrait suffire à me sauver ? avait haleté l'écrivain. Ca a…ça a plus ou moins marché pour toi. Ce n'était…techniquement pas un b…baiser, mais…
Une quinte de toux l'avait interrompu, et du sang s'était écoulé de sa bouche. Il n'avait malgré cela pas manqué le rouge qui avait subitement embrasé les joues de Kate à cette allusion.
- Quelque chose…quelque chose à…à cacher, Lieutenant Beckett?
Kate avait encore plus rougi à cette remarque. Elle avait détourné le regard, gênée. Hésitante. Elle avait subitement réalisé à quel point poursuivre son mensonge eût été égoïste. Elle lui devait au moins cela.
- Castle…je…J'ai menti. La fusillade…Je me souviens. De tout.
- Je sais, avait toussé l'écrivain.
- Je suis désolée, Castle. Tellement désolée.
Il s'était contenté de lui sourire à cette remarque, trop fatigué pour poursuivre. Il ne lui en avait pas voulu. Il avait fermé les yeux quelques instants, cherchant une respiration qui se faisait de plus en plus en difficile. Il s'était senti tellement épuisé. Il aurait juste voulu pouvoir dormir. Mais il avait eu conscience qu'il ne pouvait pas céder au froid glacial des ténèbres. Il avait deviné que, quelle que soit la bataille qu'il allait livrer, il allait être sur le point de la perdre. Mais il avait souhaité s'accrocher le plus longtemps possible. Pour ne pas l'abandonner. Pour ne pas la laisser seule. Pour Kate.
Kate avait eu conscience de la gravité des blessures de son partenaire, mais elle s'était pourtant accrochée à l'espoir qu'il s'en serait sorti. Que les secours seraient arrivés à temps. Elle avait encore tellement à lui dire. Elle avait tenté de s'ouvrir. De ne plus fuir. De lui offrir ce qu'il lui avait offert alors qu'elle avait failli mourir dans ce cimetière. Mais le mur qu'elle avait bâti l'en avait empêché. Malgré tous ses efforts.
- Rick, je…
Elle s'était tue, incapable de poursuivre, la gorge nouée. Trois mots. Seulement trois mots. Et elle avait été trop lâche pour les prononcer. Les dire, ça aurait été accepter ses sentiments. Et souffrir d'autant plus quand Castle… Elle avait interrompu cette pensée. Elle ne pouvait pas penser ainsi. Elle ne devait pas penser ainsi.
- Je…avait-t-elle tenté à nouveau de dire. Un éclair de frustration traversa son regard.
- Chut…Ce n'est pas grave. Moi aussi. Toujours ?
- Toujours, avait chuchoté Kate en lui caressant la joue du bout des doigts.
Un sourire s'était dessiné sur les lèvres de Castle. Il n'avait plus peur. L'étincelle de conscience qui l'avait rattaché au monde des vivants s'était lentement évanouie. Kate avait senti le corps de son partenaire se faire plus lourd dans ses bras. Elle était restée figée quelques secondes. Se refusant à la réalité qui s'offrait à elle. Elle avait finalement trouvé la force de murmurer le nom de l'écrivain.
- Rick ?
Elle avait eu l'absurde espoir qu'il lui répondrait. L'espérance insensée qu'elle n'avait fait qu'imaginer la vie quittant le corps de son partenaire. Elle n'avait obtenu comme réponse que le silence de leur cave. Un cri rauque lui avait déchiré la poitrine. Elle avait serré le corps de Castle contre elle, le berçant. Le suppliant de lui revenir, de ne pas la laisser. Lui chuchotant qu'elle avait besoin de lui. Lui murmurant les trois mots qu'elle avait été si effrayée de lui dire, encore et encore. Avec le fol espoir qu'ils agiraient à la façon d'une formule magique. Qu'ils lui ramèneraient l'homme qu'elle aimait. Mais les fins heureuses sont l'apanage des contes de fées.
Elle n'aurait su dire combien de temps elle était restée ainsi, blottie contre le corps de l'homme qu'elle avait aimé. Pleurant. Implorant. Le temps avait défilé, vidé de son sens. Secondes, minutes ou heures, quelle importance ? Plus rien n'aurait pu changer ce qu'il s'était passé. La mort est irréversible. Elle attend, sournoise, et frappe quand on l'attend le moins. La mort a cette façon bien à elle de régler ses comptes de la manière la plus inattendue qui soit. Kate avait été stupide de croire qu'elle pourrait simplement fuir, et se jeter dans ses bras. Arrogante d'imaginer qu'elle pouvait la plier à sa volonté. La mort choisissait. Car au final, tout était mortel. Même l'univers l'était.
Quelle place occupe donc un seul être humain dans cette balance dont la mort décide des poids ? Rien de plus qu'un néant à l'échelle cosmique. Mais pour cette femme, effondrée dans une cave lugubre, serrant le corps sans vie de l'homme qu'elle aimait, cet unique être humain occupait le centre de son existence. Il avait été le centre de son monde, il avait été sa réalité. En une fraction de seconde, l'essence même de ce qui bâtissait son monde avait été brisée. Réduite à néant. Un brouillard léthargique avait envahi le vide laissé en son cœur, en son âme. Pour combler l'absence. Pour submerger la douleur. Son monde s'était effondré, une nouvelle fois, et avec lui avait disparu le monde extérieur, englouti par les abysses. Repliée en elle-même, enfermée dans sa douleur, elle aurait tout aussi bien pu être morte. Elle aurait voulu être morte.
Elle n'avait même pas entendu les sirènes de police au loin. N'avait pas entendu les cris des policiers, ni n'avait perçu les personnes s'affairant autour d'elle. Elle s'était accrochée au corps de son partenaire, brisée, refusant de le laisser partir. Lorsque des policiers avaient tenté de la forcer à lâcher prise, elle s'était débattue avec une telle violence qu'ils avaient abandonné, craignant qu'elle ne se blesse. Après cette réaction de sa part, la première depuis des heures, Kate était retournée à son état catatonique. Seuls les efforts combinés d'Esposito, Ryan et Lanie avaient permis de l'emmener au loin. Ils lui avaient murmuré des mots rassurants, lui chuchotant que tout irait bien. Même s'ils avaient alors conscience qu'il s'agissait là d'un terrible mensonge. Aucun d'eux n'avait tenté de retenir les larmes qui noyaient leur regard et inondaient leurs joues. Esposito avait finalement réussi à desserrer l'emprise de Kate sur le corps de leur ami. Toujours enfermée au plus profond d'elle-même, Kate n'avait pas réagi. Le cœur brisé, Esposito l'avait portée dans ses bras jusqu'à une ambulance, sous les regards inquiets et compatissants des officiers qui étaient restés sur la scène du crime. Jamais cette famille n'aurait imaginé que deux des leurs seraient un jour de ce côté-ci d'une scène de crime. Du côté des victimes.
Les policiers qui étaient partis s'étaient lancés dans une chasse à l'homme. Castle n'avait peut-être été qu'un civil, mais il avait été l'un des leurs avant tout. Et personne ne leur arrachait l'un des leurs impunément. Ni n'anéantissait l'une des flics les plus fortes et les plus braves qu'ils aient rencontrées. Le Capitaine Victoria Gates avait su en cet instant de quelle façon se terminerait cette chasse à l'homme. Que tous ces flics allaient faire justice eux-mêmes. Pour la première fois dans sa carrière, cette idée, loin de la déranger, l'avait réjouie. Elle n'avait pas tenté de calmer l'ardeur vindicative de ses hommes. En voyant le sac mortuaire emmener au loin le corps de l'écrivain qu'elle avait si souvent tenté de chasser de son commissariat, elle n'avait pas cherché à retenir les larmes qui lui étaient montées aux yeux. Elle s'était avancée auprès de Kate, et avait posé sa main sur son épaule. Elle avait espéré une réaction, un signe, quelque chose pour lui prouver que la jeune femme si forte qu'elle connaissait était toujours là.
- Je suis désolée Lieutenant, avait dit Gates.
Kate avait finalement levé les yeux vers son Capitaine. Cette dernière avait frissonné en voyant le regard de la jeune femme. Un regard vide. Comme si elle était morte en même temps que son partenaire, son âme réduite en pièces, et que seul son cœur continuait à battre. Gates avait espéré retrouver ne serait-ce qu'une étincelle du lieutenant qu'elle avait connue, et admirée. Elle n'avait vu en cet instant qu'une coquille. Elle avait prié pour que la jeune femme se soit simplement retranchée derrière une muraille afin de se protéger, et qu'elle puisse en sortir un jour. Prié pour que la jeune femme ne se soit pas tout simplement laissée mourir avec son partenaire. Prié pour se réveiller, et découvrir que tout cela n'était qu'un cauchemar. Le Capitaine Victoria Gates avait prié pour la première fois depuis qu'elle avait perdu la foi.
Kate réalisa qu'au cours de son récit, Alexis s'était réfugiée dans ses bras, et qu'elle la soutenait, lui caressant le dos et lui murmurant à l'oreille des paroles sans sens. La jeune fille pleurait, son corps tout entier tremblait, noyée dans un océan de douleur. Kate ne savait que trop bien ce que pouvait traverser Alexis. Elle se contenta de la serrer contre elle jusqu'à ce que la jeune fille s'apaise. Cette dernière se dégagea de son étreinte, et regarda Kate.
- Je ne savais pas…Je n'avais pas idée…Je…Lieutenant Beckett, je suis désolée. Je…
- Tu n'as pas à t'excuser... et le lieutenant n'est plus nécessaire, je ne le suis plus.
Alexis la regarda sans comprendre. Elle passa sa main sur son visage pour essuyer ses larmes, tenant d'enregistrer les paroles de celle qui avait été la muse de son père.
- Qu'est-ce que vous voulez dire, « vous n'êtes plus Lieutenant » ? demanda-t-elle.
Kate détourna le regard. Elle ne voulait pas avoir cette conversation. Pas à nouveau. Mais elle avait promis à Castle qu'elle veillerait sur sa fille, et elle irait jusqu'au bout.
- J'ai remis mon badge et mon arme à Gates. J'ai démissionné.
- Non ! protesta Alexis. Vous ne pouvez pas faire ça ! Papa…Papa n'aurait pas voulu que vous arrêtiez. Il aurait voulu que vous continuiez, que vous apportiez à toutes ces familles la paix. Papa dit…Papa disait toujours que vous êtes la meilleure dans ce que vous faites. Vous vivez pour ce boulot.
- Et regarde où cela nous a menés ! rétorqua amèrement Kate, en contenant difficilement les larmes qui lui montaient à nouveau aux yeux. Je ne peux plus faire ça, Alexis. Offrir à ces familles ce que je n'aurai jamais. Je suis tellement fatiguée. Je veux juste…
- Ce n'est pas vrai. Ça n'a rien à voir avec le meurtre de votre mère.
- Alexis…
- Papa croyait en vous! En ce que vous faisiez! Vous ne pouvez pas arrêter.
Kate croisa le regard implorant d'Alexis. Elle tenta de rassembler ses pensées, de former des phrases cohérentes mais elle en fut incapable. Dès qu'elle tentait de parler, elle sentait sa gorge se nouer, et les mots refuser de sortir de sa bouche. Les larmes dévalèrent ses joues. La jeune fille rousse serra la main de Kate dans les siennes, et attendit patiemment sa réponse. Beckett finit par reprendre ses esprits, et parvint à murmurer :
- Je ne peux plus faire ça sans Ca…sans ton père. Je ne peux plus retourner au commissariat, pas sans lui. Je ne peux plus vivre dans ce lieu sans lui, ses plaisanteries, les cafés qu'il m'apportait, ses théories farfelues. Contempler le vide qu'il aura laissé, l'absence sur sa chaise près de mon bureau, ne plus jamais le voir me regarder lorsque je fais de la paperasse… Je ne peux plus, Alexis.
- Pensez-y au moins. D'accord ? Papa n'aurait pas voulu que vous arrêtiez de vivre à cause de…de son absence. Promettez-moi que vous y songerez ? supplia Alexis. Pour Papa.
- Je te le promets, Alexis. Mais avant cela, j'ai une autre promesse à tenir. Une promesse que j'ai faite à ton père il y a deux ans.
Alexis changea de position, le sol n'étant pas forcément confortable. Kate remarqua son malaise. Elle se leva, tendit la main à Alexis, et l'entraîna sur le canapé où elles s'assirent toutes les deux.
- Est-ce que tu te souviens de cette enquête, où ton père croyait être sous l'influence d'une malédiction Maya ?
- Evidemment, répondit la jeune fille rousse avec un sourire triste.
- Au cours de cette enquête, ton père m'a fait promettre de veiller sur toi si quoi que ce soit devait lui arriver.
- Ça ressemble à Papa, murmura Alexis, perdue dans ses pensées. Des larmes jaillirent à nouveau, noyant le bleu de ses yeux.
Kate la prit à nouveau dans ses bras, et la berça doucement. Elle attendit que la jeune fille se calme avant de poursuivre :
- Je tiendrai ma promesse, d'accord ? Je sais que je ne suis pas légalement responsable de toi, mais je serai toujours là. Quoi qu'il arrive. N'hésite jamais à m'appeler, où que tu sois, quelle que soit l'heure, et quelle que soit la raison. Je ne te jugerai pas, Alexis, et je serais là, toujours. Avant de pouvoir respecter la promesse que je t'ai faite, je veux être sûre d'avoir tenu celle que j'ai faite à ton père. On s'en sortira, Alexis.
- Je sais. Mais il me manque ! Il me manque tellement Kate. A chaque seconde qu'il passe, il me manque un peu plus. Et à chaque fois que je me dis que je ne pourrais supporter plus de souffrance sans en mourir, je réalise que j'ai tort, et je sens mon cœur se briser un peu plus. Comment vais-je jamais pouvoir surmonter ça ? Comment as-tu surmonté ça ?
- Tu es forte, Alexis. Et les gens qui t'entourent ne te laisseront jamais tomber. Un jour, tu te réveilleras, et tu réaliseras que tu peux penser à lui sans crainte de t'effondrer. Tu te réveilleras, et tu réaliseras que les bons souvenirs ont pris le pas sur la douleur de la perte. La douleur sera toujours là, je ne te mentirai pas, Alexis, mais elle s'atténuera.
- Quand ?
- Je ne sais pas, Alexis. Je ne sais vraiment pas. Mais je t'y aiderai.
La jeune fille médita ces paroles quelques instants, avant de se blottir un peu plus contre Kate. Elle chuchota d'une voix à peine audible :
- Merci, Kate.
Cette dernière hésita une seconde, avant de répondre :
- Toujours.
Et voilà, cette fic est finie! Merci de m'avoir suivie dans cette aventure!
