Auteur : Fire Serendipity

Bêta-lecture : Lyly u

Genre : Romance, threesome, humour

Disclaimer : Rien à moi, tout à Square Enix. Mon seul profit là-dessus réside dans vos reviews, plus que bienvenues.

Pairing : RAR (Moi aussi, je me serai laissé avoir !)


Haven't we met? You're some kind of beautiful stranger
You could be good for me… I've had the taste for danger
If I'm smart then I'll run away, but I'm not so I guess I'll stay
Heaven forbid
I'll take my chance on a beautiful stranger
I looked into your eyes and my world came tumbling down
You're the devil in disguise, that's why I'm singing this song…

(Madonna – Beautiful stranger)


Chapitre 3 : Equilibre intérieur

Je suis à la bourre, cher public.

Comme souvent le matin quand Reno me coince à la Machine A Café, j'arrive à la Taverne cinq minutes après le début théorique de mon service. Heureusement, aujourd'hui Demyx ouvre avec moi, et la Patronne n'est pas encore arrivée. Il a même pointé pour moi. C'est le meilleur collègue du monde. Je lui lèche la joue en guise de remerciement – il n'y a encore personne et je sais qu'il ne proteste que pour la forme. Vu comment ça le fait hurler de rire, c'est obligé que ça l'amuse.

Je fonce mettre mon tablier blanc au dessus de mon uniforme encore très présentable, Reno a été raisonnable. Enfin, raisonnable… Je crois que vous commencez à avoir une assez bonne idée du personnage. Vous voyez ce que je veux dire.

Demyx prépare quelques plateaux pour le café quand je ressors de la réserve avec mon tablier et de quoi refaire les stocks de napperons en papier, biscuits, sucres, et autres petit laits. Quand je commence à re-remplir les bacs sous le comptoir, il se tourne vers moi en souriant narquoisement.

- Il est insatiable, ton mec… Dès le matin.

- Je ne vois pas de quoi tu parles, je réponds d'un air dégagé.

Je me demande comment il fait, à croire qu'il a un radar…

Il y a un bout de temps que j'ai renoncé à lui faire comprendre que Reno et moi ne sommes pas en couple. Il n'y a rien de glorieux à coucher avec un mec qui n'est pas le mien, au fond. Pas de quoi se vanter, en tout cas. De toute façon, je crois qu'au fond il le sait très bien. J'ai la conviction profonde que Demyx aime à ce qu'on le prenne pour un imbécile heureux– il y réussit très bien, j'avoue – ça lui permet de dire des choses, la plupart du temps des vérités qui fâcheraient de la part de quelqu'un d'autre, mais lui on le laisse parler sans jamais lui faire de reproches. Il en joue beaucoup, il fait semblant de plaisanter quand il est tout à fait sérieux… Mais comme les gens ne le prennent pas au sérieux… Il est sympa mais faut s'en méfier. Il est perspicace et c'est difficile de lui cacher quelque chose. Il en sait toujours beaucoup plus que ce qu'il veut bien laisser croire à mon avis… Il a toujours une ou deux longueurs d'avance.

On sait ce qu'il en est, Reno et moi, on a nos règles…

Si vous voulez prendre des notes, vous pouvez, c'est ma recette du bonheur simple et sans tâche que je vous donne là !

La Première Règle existe depuis le début. Pour éviter les emmerdes, disputes et autres désagréments avec nos « moitiés », et aussi entre nous deux, nous avons décidé très tôt de ne jamais tromper nos petits amis ensemble. Et on avait raison parce que même alors qu'il se passait rien entre nous, on a eu droit à de belles crises de jalousie… Dont une scène mémorable à la terrasse d'un café. Reno avait une petite copine à l'époque, il avait décidé d'essayer de voir la vie de l'autre côté parce qu'à part moi, qui ne comptais pas puisqu'on était pas ensemble, il avait jamais réussi à se trouver un mec qui n'était pas chiant, envahissant, possessif, jaloux, lourd, rayez les mentions inutiles. Ah, et ils me détestaient tous. Tout comme de mon côté aucun de mes petits copains n'a jamais pu le saquer. Enfin bon, il voulait donc essayer avec une fille, il s'en est trouvé une – ce qui, vous vous en doutez, cher public, n'a pas été difficile.

Quand il s'agit pas de son boulot, Reno est un type très intègre. Il est honnête et franc, particulièrement en amour. Donc il a expliqué à cette fille qu'il n'avait jamais connu que des hommes avant elle, y compris moi. Ça a eu deux conséquences : d'abord, elle en a conçu un sentiment d'orgueil impressionnant. Elle s'imaginait clairement qu'elle l'avait fait changer, qu'elle lui avait tellement plu qu'elle l'avait rendu hétéro, quelque chose comme ça. Ce qui était parfaitement ridicule, vous vous en doutez mais bon… Les ignorants sont bénis. Moi, ça me faisait rire doucement parce que sans m'en mêler, je voyais très bien que Reno n'était pas amoureux d'elle et que malgré toute sa bonne volonté, il ne le serait jamais. La voir se rengorger comme ça avait quelque chose de bouffonesque.

Qu'est-ce que vous chuchotez ? Si si, je vous ai vus et même plus ou moins entendu, là bas au fond ! Exprimez-vous !

Non, c'était pas de la jalousie. Je la trouvais antipathique, prétentieuse, sans même parler de sa relation avec lui. Vous allez comprendre pourquoi.

Cette nouille de Reno avait donc jugé mieux d'être « honnête » et de dire de but en blanc à sa petite copine qu'il couchait avec son meilleur ami : moi. Déjà c'est parler au passé, ensuite la formulation. Très importante ! Quoique je n'étais pas là ce jour là, il est capable de lui avoir dit un truc du genre « Oh, je t'ai pas dit, je me tape Axel aussi quand ça me démange. » Sa réaction a été fulgurante : elle a fait de moi sa bête noire, un rival qu'elle devait écraser. Vu qu'elle suivait Reno comme son ombre et qu'on était tout le temps fourrés ensemble lui et moi, j'ai été obligé de la fréquenter pendant deux interminables mois – ils sont sortis ensemble pendant l'été qui a précédé ma première rentrée à l'école hôtelière, et Reno, à l'époque, attendait une place pour faire un stage en entreprise. Ce fut donc un splendide été, gâché du début à la fin par ce poison qui m'a renforcé dans ma conviction que les filles, c'est pas pour moi. Reno voulait essayer d'avoir une petite amie parce qu'il pensait que ça pourrait se passer mieux qu'avec un mec. Erreur fatale.

Ça a été bien pire. Bien pire.

Non contente de le fliquer en permanence – après quelques semaines elle lui confisquait son portable quand il n'était pas avec elle, vous imaginez ? – et de me lancer en permanence des regards venimeux comme si elle me mettait au défi de me mettre entre elle et Reno (ce dont, au demeurant, je me souciais comme d'une guigne, je le répète, je n'éprouve pas et n'ai jamais éprouvé de sentiment amoureux pour lui), elle se montrait agressive et parfois franchement insultante avec moi. Ç'aurait été un mec que je lui aurais fait bouffer le pavé après deux semaines, moi. Mais c'était une fille et j'étais complètement désarmé. Je supportais sans broncher ni répliquer - par respect pour Reno, parce que j'aurais pu la renvoyer dans les cordes en deux phrases qu'elle n'y serait plus jamais revenue - ses remarques lapidaires, ses piques sournoises sans avoir l'air d'y toucher, ses sourires fielleux et son caractère de merde. Reno, lui, ne savait pas où se mettre dans ces moments-là. Il me lançait des coups d'œil reconnaissants et désolés. Je savais ce qu'il pensait : il avait fait entrer cette fille dans sa vie – dans notre vie, quelque part – et maintenant il se rendait compte de son erreur mais il ne savait pas comment la faire dégager. Il ne pouvait que s'en mordre les doigts et me remercier en silence de ne pas le laisser tomber.

Jamais je l'aurais abandonné seul face à cette harpie, mais j'pouvais pas non plus la plaquer à sa place. Puis un jour, alors qu'on était tous les trois assis à une table en train de boire un pot, il m'a semblé que l'ambiance était encore plus bizarre que d'habitude. Moins lourde mais… elle semblait impatiente et bouffie de confiance en elle. Elle couvait Reno d'un regard amoureux d'une mièvrerie affligeante et lui, il souriait bravement et donnait le change. Elle ne s'en rendait pas compte mais moi qui le connais mieux que personne, je le voyais bien.

Elle lui parlait aussi, mais je ne me souviens plus de ce qu'elle disait. Juste que c'était un flot de niaiseries qui auraient pu être touchantes dans la bouche d'une enfant de huit ans mais qui en l'occurrence étaient juste gerbantes. J'ai fini par me lever et par dire que j'allais aux toilettes – il le fallait, de toute façon, sinon j'allais vraiment dégueuler sur la table – j'aurais tâché de viser le verre de vodka pomme-cerise de l'horrible pouffiasse mais je suppose que ça n'aurait pas été très diplomate de lui signifier ainsi ce que je pensais d'elle. Du reste, je suppose qu'elle n'était pas assez stupide pour s'imaginer autre chose de ma part qu'une puissante envie de lui arracher la tête pour la bouffer et la recracher ensuite.

Hum, je m'égare. Diplomatie…

Je me suis donc rendu aux chiottes. J'avais mal au bide et je me rappelle m'être demandé si elle était pas en train de me provoquer un ulcère, la garce. Je me suis passé de l'eau sur le visage et je suis resté quelques minutes à observer mon reflet et ma ressemblance avec Reno et à réfléchir à une solution. Sans doute un plan foireux, du genre : « oh, non, chérie je ne m'attendais pas à ce que tu nous surprennes! ... bon, tu veux me quitter ? » Mais ça faisait des semaines que je ne l'avais plus vu seul. Elle était toujours là. Et je ne pouvais pas lui envoyer de messages non plus.

Je résolus finalement de faire mine de rien et d'aller grimper à sa fenêtre le soir même pour mettre au point un plan d'action. De toute façon, il fallait qu'on se parle. Ça faisait un mois passé que nous n'avions plus eu une vraie conversation.

Il s'avéra que ça n'allait pas être nécessaire. Lorsque je sortis des communs, à l'intérieur du café, j'entendis des éclats de voix dehors et je n'eus pas besoin de regarder pour comprendre que c'était elle. Elle vociférait avec tellement de hargne et de fureur que je ne comprenais pas ce qu'elle disait. Par contre, debout sur le seuil de la porte de l'établissement, je compris très bien ce qui se passait lorsqu'elle s'empara de son verre de vodka presque plein, debout devant la table et faisant face à un Reno assis et abasourdi – je n'ai jamais vu Reno, qui a tellement de bagou et de répondant, être à côté de la plaque comme ça a été le cas durant ces deux mois cauchemardesques, il était jetlaggé le pauvre, un truc de malade – et qu'elle lui en jeta le contenu à la figure.

Le liquide rouge lui éclaboussa le visage, trempa ses cheveux et son haut. Il poussa un cri de douleur et de surprise et l'autre folle hystérique tourna les talons et s'en alla. Je l'aurais bien rattrapée pour lui dire ma façon de penser mais je m'occupai plutôt de Reno. Je m'emparai d'une carafe d'eau fraîche posée sur un chariot et j'allai, à mon tour, lui en renverser le contenu sur la figure en m'excusant.

Il frotta ses yeux brûlants que l'eau apaisait et me remercia, et nous partîmes sous les regards des autres clients. Je le soutenais, sa vision était floue. Je lui demandai ce qui lui avait pris.

- Elle m'a dit de choisir entre elle et toi. J'ai été tellement sur le cul que j'lui ai simplement demandé pour qui elle se prenait. On aurait dit que je l'avais giflée mais bon, comme j'avais déjà dit ça j'ai poussé mon avantage et j'lui ai dit que personne s'était jamais mis entre nous et qu'elle ne ferait pas exception. C'est là qu'elle s'est mise à pousser des cris d'orfraie et qu'elle m'a jeté sa vodka à la gueule. Putain, ça pique… Merci pour la flotte, vieux.

Je lui tapotai l'épaule, compatissant et assez satisfait de ce dénouement. Le pauvre, il dégoulinait de partout…

La Deuxième Règle, qui est arrivée de paire avec la Première et qui peut sembler aller de soi mais nous avions éprouvé le besoin de le dire clairement quand même, était tout simplement qu'à partir du moment où on revenait l'un vers l'autre – c'est à dire à chaque fois qu'on était célib' en même temps, donc souvent – on avait aucun engagement et aucune obligation à être fidèles. On n'en parle jamais et je ne sais pas pour lui, mais en ce qui me concerne, ça fait maintenant plus de deux ans que je ne couche qu'avec lui. A l'époque je m'étais séparé du garçon avec lequel j'étais depuis quatre mois, Isa. Je lui ai brisé le cœur. Quand j'y repense, j'ai des remords. On n'avait pas de problèmes et on était bien ensemble, il m'adorait et c'était un mec bien, très sympa. Mais cette relation m'apportait moins que celle que je pouvais avoir avec Reno, alors j'ai cassé. Depuis je n'ai eu personne d'autre. Je ne ressens pas le besoin d'aller chercher ailleurs quand tous les deux nous avons trouvé ensemble l'Equilibre Intérieur*. Je vis avec mon meilleur ami, on s'éclate et on peut compter l'un sur l'autre envers et contre tout, on ne s'est jamais trahi et on est sur la même longueur d'ondes. Je vis en même temps avec mon amant, qui est beau à se damner, pas chiant ni possessif, présent et attentif et avec qui j'ai trouvé l'harmonie sexuelle la plus parfaite que j'ai jamais vécue. Pourquoi renoncer à ce que m'apporte cette relation au profit d'une autre qui ne m'apporterait rien de mieux et qui serait probablement même moins épanouissante ? Je n'en ai pas besoin. J'ai tout ce dont un homme peut rêver et ce sans les ennuis que cela comporte en général. C'est le pied, cher public ! Le pied intégral.

La troisième règle est venue avec l'épisode chaude-pisse. Elle est simple et aussi évidente : Soit on mettait des capotes quand on couchait ensemble, soit on se protégeait chacun de notre côté. Vous, mesdames, je suis sûr que vous me comprenez parce que vous avez déjà toutes eu une cystite au moins une fois dans votre vie. Mais vous, messieurs, si vous n'avez jamais eu la syphilis, vous n'imaginez pas… C'est comme de pisser des épingles et de l'acide sulfurique. Mettez des préservatifs ! Ah, un client ! Excusez-moi une seconde.

Je disais donc… On a choisi de se protéger chacun de son côté. Ça paraissait naturel d'avoir plutôt confiance l'un en l'autre qu'en ceux qui passaient dans notre vie. A part Reno, j'ai eu quatre relations dans toute ma vie, cinq tout au plus, Isa compris.

La Quatrième et dernière Règle, existe parce qu'on sait qu'on est trop bien ensemble pour prendre le risque de tomber amoureux l'un de l'autre et de tout foutre en l'air. On est des Célibattants pur jus ! Quand on s'est installés ensemble, nos familles ont cru qu'on se mettait officiellement en couple. Ils savent de quel bord on est, lui et moi, et même si on était toujours très prudents chez nos parents, ils savaient que nous étions très liés. Il a donc fallu les convaincre. Après ça, on a établi un genre de « charte » pour la vie quotidienne pour nous empêcher de tomber dans une routine, un mode de vie de couple. Eviter de s'embrasser ou de se faire des câlins quand ça n'avait rien à voir avec le sexe – d'ailleurs on a tous les deux eu du mal à s'y plier au début, on était habitués à se rouler des pelles des qu'on était sûrs de ne pas être surpris. Dans notre propre appart', c'était tout le temps, quoi – ne pas avoir de choses trop fixes ou pré-établies (pas de « je t'ai attendu pour dîner, c'est froid maintenant », de « T'es en retard ! T'étais où ? » ni de « Tu aurais pu me prévenir que tu ne rentrais pas »), et, dans la mesure du possible, ne pas dormir ensemble. Celle-là, j'avoue qu'on y fait pas trop gaffe, à cause de l'Ennemi. Quand y a plus de draps propres, on fait comme ça : on dort dans le lit de l'autre jusqu'à ce qu'il faille aussi changer les draps. Alors on se rabat sur le clic-clac et à ce moment-là seulement, on lance les hostilités. Pour l'instant il squatte mon lit. Niveau d'Alerte orange, je dirais.

C'est le début du coup de feu du matin. Je m'occupe de mon rang, celui de droite. La moitié est occupée par des accros en mal de café qui attendent tous leur dose qui essayent tous de ne pas avoir l'air à cran mais qu'on voit bien que leur journal du matin se froisse entre leurs mains crispées. Je fais des expresso, je sers des arabica thermonucléaires et des cafés au lait « bien tassé, s'il vous plaît ». La Taverne est un bel établissement. Tout est en bois rustique, avec un comptoir en bois mal dégrossi et des tabourets aux pieds massifs tordus. La clientèle est agréable et régulière, les pourboires convenables aussi. J'aime mon boulot et mon environnement de travail. J'ai commencé ici il y a deux ans et j'ai rencontré des gens super. La Patronne, qui m'a engagé malgré mon absence de références. Mon CV était presque vierge mais en fait ma plus longue expérience professionnelle, de plus d'un an, n'y figurait pas. Mon précédent patron m'a viré quand il a su que j'étais gay, et il l'a fait en m'injuriant et disant que si un jour quelqu'un l'appelait pour demander quel genre d'employé j'étais, il ne se priverait pas de lui dire ce qu'il pensait de moi et de mon vice. Je me le suis tenu pour dit et j'ai effacé ça de mon CV.

Je croise Demyx en remontant l'allée avec un plateau chargé de vaisselle.

- T'as un ticket d'or avec le nouveau client, il te regarde depuis qu'il est arrivé. Table treize.

Je remonte jusqu'au comptoir et je dépose mon plateau. Je me risque à jeter un coup d'œil en triant le contenu des petits plateaux à café. Et là, chers lecteurs, c'est le moment que vous attendiez tous ! Inutile de nier, je vous connais.

Le ticket d'or de la table treize me regarde, effectivement. Il est assis bien calé contre sa banquette, les jambes et les bras croisés, devant un verre de jus d'orange pressé par les bons soins de mon merveilleux collègue et dont il semble n'avoir cure. Il me regarde et ne cille pas quand mes yeux croisent les siens. Je les qualifierais de myosotis, malgré qu'ils soient plus foncés, parce qu'en Anglais cette fleur s'appelle Forget me not et qu'au moment où je le rencontre, je sais que je n'oublierai jamais ce regard. Ce regard qui me regarde le regarder.

Sa peau est claire, ses traits adorables, ses cheveux blonds cendrés ébouriffés. Un ange tombé du ciel, un ange qui porte une chemise blanche stylisée et impeccable, un pantalon et une veste en jean à la coupe superbe et des baskets gris clair hors de prix.

Un ange dont le visage immobile ne permet aucun échange, au point que j'en viens à me demander s'il est vraiment en train de me regarder. Vous trouvez qu'il a l'air de me voir, vous ? J'ai l'impression soudaine et désagréable d'être devenu invisible. Incapable de supporter plus longtemps la fixité de son visage et son regard, je retourne à mon plateau. Un instant plus tard, je le regarde à la dérobée et il s'intéresse enfin à son jus de fruit. Il ne tourne plus le regard vers moi une seule fois, comme s'il ne m'avait pas fixé pendant cinq bonnes minutes. Il ne jette même plus un regard dans ma direction. Il boit son verre et s'en va. J'ai une drôle de sensation qui me prend les tripes.

C'est bizarre, les rencontres, pas vrai public ? J'sais pas comment il s'appelle et j'peux pas savoir si j'le reverrai un jour mais j'ai l'impression qu'il s'est passé un truc, là. Et que quelque chose est sur le point de commencer.

Qu'est-ce que vous en pensez ? Il faut que j'aille travailler, moi, mais je reviens vite vous raconter la suite. Merci pour votre attention !

R°A°R

* L'Equilibre Intérieur, Célibattant : cf. : Le « Journal de Bridget Jones », par Ellen Fielding.