Auteur : Fire Serendipity

Bêta-lecture : Lyly u

Genre : Romance, threesome, humour

Disclaimer : Rien à moi, tout à Square Enix. Mon seul profit là-dessus réside dans vos reviews, plus que bienvenues.

Pairing : RAR (Moi aussi, je me serai laissé avoir !)

Raiting : M (hé oui, ça y est)

Note de l'auteur : Voici la suite, pour fêter le Marluxia Day ! N'oubliez pas d'honorer le numéro XI en portant quelque chose de rose ou de fleuri ! Bonne lecture !


All I ever wanted

All I ever needed

Is here in my arms

Words are very unnecessary

They can only do harm

(Depeche Mode – 'Enjoy The Silence')


Chapitre 4 : L'élément déclencheur

…...

…...

…...

...…. Oh, merde! Vous êtes là depuis quand? Désolé, j'vous avais pas vus! J'm'attendais pas à vous trouver là, en fait. Ça fait quelques jours, quand même… Je suis impardonnable ! Et vous qui attendiez la suite des évènements !

J'vais vous donner les dernières nouvelles – désolé si ça s'fait entre deux services et un peu de plonge, Demyx a la crève, la Patronne est en vacances et le troisième serveur est absolument injoignable, c'qui fait que j'suis tout seul. Enfin, y a bien Ienzo mais en l'occurrence, il compte pas. J'vous expliquerai pourquoi un peu plus tard… D'abord, Ce Que Vous Avez Manqué.

Hé bien à vrai dire, pas grand-chose. Ça a surtout été métro-boulot-dodo ces derniers jours. Reno s'est cassé la gueule à moto en faisant de l'aquaplaning dans une petite rue. Heureusement il roulait pas vite, alors il s'en sort bien, il s'est « juste » luxé l'épaule. J'l'ai engueulé comme du pus quand il est revenu des urgences avec son bras en écharpe. Je jurerais qu'ils lui ont filé de la morphine vu la tête de plouc abruti qu'il tirait pendant que j'lui remontais les bretelles… Mais il va déjà beaucoup mieux, et il s'est acheté un blouson en cuir hors de prix qui le protège pareil qu'une armure. Ça règle pas le problème du casque, mais ça, j'crois que c'est une cause perdue.

Il se remet bien, d'ailleurs il vient m'chercher tout à l'heure. Je ferme tard et j'avais pas envie de rentrer à pied avec la journée qui m'attendait. Les trois rangs à la fois, c'est pour devenir dingue… Mais bon, la majorité de la clientèle est constituée d'habitués, ils sont compréhensifs.

Et il vient en moto. Reno pisse à la raie du sens commun, comme à son habitude. Ça m'scie les nerfs mais je l'ai déjà engueulé, j'vais pas recommencer. Comme j'vous le disais la dernière fois, j'suis pas sa mère. Même si j'm'inquiète quand même d'le savoir à moto sans casque. Dommage qu'ils l'aient anesthésié, tiens, à l'hosto. C'est un peu sadique à dire mais j'crois que le souvenir vif du moment où on lui à remis l'épaule en place aurait éventuellement pu lui mettre un peu d'plomb dans la cervelle. Vous croyez pas? Sinon il s'est rien passé, hormis la fin de la trêve entre nous et l'Ennemi. On a migré sur le clic-clac avant-hier et une brassée de lessive a déjà été faite. Mon uniforme est propre comme un sou neuf et il fleure bon le lilas. Mais tout le monde s'en branle, hein ? On est pas dans une pub pour Super-Croix-Secrets-d'On-Sait-Pas-Où. On fourre notre linge dans le tambour et il ressort propre. Après si y en a qu'ça amuse de l'envoyer faire du tourisme, hein…

La dernière fois, j'vous parlais de mes collègues de boulot. Je vais finir avec les deux derniers, en commençant par le troisième serveur qui a coupé son téléphone hier soir et que même s'il est pas en tort et qu'il l'a pas fait exprès, il me fout quand même bien dans la merde en étant pas la pour donner un coup d'main.

Sans déconner, je sue sous ma chemise. Je déteste transpirer. J'suis pas gay pour rien, faut bien qu'il y ait des « symptômes »… Ceci dit, j'ai un métabolisme différent d'la norme. La température de mon corps est toujours à cinq ou six degrés d'plus que la moyenne, et du coup il m'en faut beaucoup plus qu'aux autres pour commencer à transpirer. Mais là, en l'occurrence, c'est l'cas. Et qu'est-ce que j'ai horreur de ça ! J'ai l'impression de puer à trois mètres – même si je sais que c'est pas le cas.

Donc, le troisième serveur, notre pote Tidus. Cool type, Tid', sans blague. Un enthousiasme, un positivisme, un optimisme comme vous en avez jamais vu – en tout cas, jamais vu chez un blond. Je vois bien que vous chuchotez, « si, si, j'en connais un comme ça ». C'est pas tout à fait la même espèce. Y a un des deux bestiaux qu'est comme ça naturellement et qui a jamais à se forcer pour sembler niais – le spécimen à poils bruns que nous n'avons pas rencontré mais qu'vous connaissez déjà – et pis y a l'autre qui sourit et rit tout le temps, passe son temps à essayer d'faire en sorte que tout le monde ait l'air heureux autour de lui mais qui – d'après mon expérience – fait ça pour essayer d'éviter de penser à un certain problème personnel qui n'regarde personne (oui oui, je sais, ni vous ni moi et c'est comme ça, pas la peine de discuter) et d'arriver à s'sentir bien. Le spécimen à poils blonds, donc, mon collègue et pote Tidus Zan'Abe (C'est exotique comme nom, hein ? Il est Californien mais y a plusieurs générations sa famille était de Dieu sait où et le nom est resté). Tidus est un super mec, une terrible perte pour la gente masculine gay – il est marié. Tous les homos du monde rêveraient d'un type comme ça. Bien foutu, mignon, avec des cheveux blonds, des yeux bleus et un accent Californien auquel la Taverne doit une partie non négligeable de sa clientèle féminine. C'est une bonne nature.

J'aimerais bien qu'il soit là, aujourd'hui, parce j'ai vraiment du boulot jusque là.

Et enfin, last but not least, y a Ienzo, à la compta'. Il est dans le bureau derrière. C'est le meilleur ami de Dem', et c'est une des choses qui me font dire qu'il est largement moins bête qu'il veut bien l'laisser croire, parce qu'il est capable de tenir une conversation avec lui. Une vraie conversation, s'entend. Moi, quand il me parle, j'perds toujours le fil après trois minutes parce que j'arrive tout simplement pas à comprendre ce qu'il raconte. Demyx, par contre, il arrive à discuter avec lui pendant des heures.

Ienzo est peu loquace en dehors de ces discussions. Pas très expressif non plus, et malgré qu'il soit supérieurement intelligent – n'ayons pas peur des mots, il l'est – c'est le genre de type qui s'laisse distraire par les papillons*, il est très étourdi. C'est comme ça que lui et Demyx s'sont connus, d'ailleurs. Ienzo marchait dans la rue le nez dans un bouquin, Dem' écoutait d'la musique sans regarder devant lui et ils se sont rentrés dedans. Ils se sont plus quittés depuis. Ienzo a des cheveux bizarres. Space, c'est l'mot. La coupe est space – courts derrière et longs devant. La couleur est space – c'est gris bleuté, vous avez déjà vu ça, vous ? Isa avait les cheveux bleus, mais lui, il les teignait. Ienzo a des yeux gris ardoise et un beau visage pâle à l'expression grave. C'est un excellent comptable mais jamais j'oserais lui mettre un plateau dans les mains…

Oh, merde ! Ah, excusez-moi… C'est une malédiction… Le fût est vide… On vient d'me commander une demi-douzaine de bières brunes et ce putain de fût est vide ! Tidus l'a pas changé hier soir. Ce gros flemmard, j'retire tout ce que j'ai dit de sympa sur lui !

… Non, c'est pas vrai. Mais bon. Ça pèse lourd ces conneries, et moi j'ai pas la carrure d'athlète qu'se tape Mister California. Enfin, quand il faut... J'peux pas n'pas servir de brune jusqu'à la fermeture, c'est que dans quatre heures…

J'enlève le fût vide. Il faut l'faire rouler jusqu'à la réserve. C'est chiant mais c'est la partie facile, ça… Après faudra refaire le trajet en sens inverse avec le fût plein, et c'est là, chers auditeurs, que j'vais dérouiller.

Je roule la bonbonne de métal à travers la salle et la salle de billard qui est derrière et j'le tape dans la remise. Les fûts pleins sont rangés là aussi. J'en tire un. Ça pèse une tonne. J'vais pleurer ma maman, moi…

Y en a pas un qui viendrait m'donner un coup de main, hein ? Bande d'ingrats ! C'est même pas moi qui vais la boire, c'te bière… Qui c'est qu'a dit « Fais ton boulot de serveur et la ferme » ? Nan mais oh, j'appelle mon syndicat moi, hein ! Non mais, je rêve quoi…

J'ramène donc mon fût de bière brune dans la salle en ahanant et en suant de plus belle. Eûrk. J'dois être aussi rouge que mes cheveux…

Qui a dit : « Je confirme » ? … Bravo, mademoiselle. Merci, c'est bon d'se sentir soutenu.

J'redresse le fût derrière le comptoir, le pousse à son emplacement et branche les tuyaux dessus. Essoufflé, les mains douloureuses, j'tire sur la pompe pour évacuer l'air dans les tuyaux et, m'appuyant sur la grille du comptoir, j'jette un coup d'œil distrait sur la clientèle.

Mon cœur cogne soudain un grand coup douloureux dans ma poitrine.

Dans toute bonne histoire, y a un schéma narratif. D'abord la situation initiale, que vous connaissez. Puis, il y a un élément déclencheur.

Le voilà.

Le blond de la dernière fois, qui s'était plus montré et à qui j'avais pas vraiment pensé ces derniers jours, est assis à la même place qu'la semaine dernière, table treize. Et il est de nouveau en train d'me regarder, sauf que cette fois-ci, quand mes yeux croisent les siens, j'ai l'impression qu'il me voit. Je m'rends compte que son visage m'est vaguement familier mais j'vois pas d'où… Il m'adresse un sourire franc, et j'sens mes lèvres qui s'étirent pour lui rendre la politesse, presque malgré moi. J'ai une drôle de sensation dans les mains, comme si elles fourmillaient…

Ah, merde, putain ! Je repousse la pompe qui a commencé à déverser de la bière, et ce depuis dix ou vingt secondes étant donné que c'est plus de la mousse, arrosant copieusement mes mains posées sur la grille. J'vois le sourire du client de la treize qui s'élargit un peu, sans moquerie. J'me lave les mains en grognant. J'ai l'impression d'me montrer sous mon jour le moins avantageux, entre ça et l'état dans lequel changer ce putain de fût m'a mis…

J'm'essuie avant de servir les six bières commandées plus tôt. Après avoir raclé la mousse, j'emporte mon plateau et j'vais servir les clients en m'excusant d'avoir mis autant de temps. Puis j'réalise que Demyx n'est pas là, Tidus non plus et que j'vais donc devoir servir Gueule d'Ange moi-même.

Cette idée me stresse, j'sais pas pourquoi…

- Bonjour. Qu'est-ce que je vous sers? J'lui demande.

Il me sourit en m'répondant, « Un jus d'orange pressée, s'il vous plaît. » Omagad, qu'est-ce qu'il est beau. Autant que l'est Reno dans un genre différent. Reno a la beauté du Diable, avec son corps aigu, ses cheveux rouges et ses tatouages. Mais Numéro Treize est angélique. Ses yeux sont positivement lumineux et son sourire… On dirait pas la même personne que la dernière fois, son visage était tellement fixe, et ses yeux froids qui m'regardaient sans m'voir… C'est la première fois qu'je vois une personne différer autant rien qu'dans son expression. Je presse les oranges avec soin – on a une machine pour faire ça mais je l'fais moi-même, le jus est plus riche en pulpe quand on l'fait à la main. J'ai envie d'lui faire plaisir.

Quand j'dépose le verre devant lui, il me remercie et m'gratifie d'un nouveau sourire éblouissant qui m'déstabilise. J'ai du mal à comprendre pourquoi j'réagis comme ça mais en fait c'est pas désagréable… J'mets le ticket de caisse sur la pique prévue à cet effet et d'inattention, j'm'y écorche le pouce. J'retiens une exclamation de douleur mais il s'en aperçoit quand même. Une goutte de sang perle. Il me tend un mouchoir en papier bleu clair avec un motif en spirales. J'le prends en le remerciant et j'vais m'occuper des autres clients.

La soirée est longue et fatigante. Numéro Treize a repris deux verres d'orange pressée que j'ai préparés moi-même et m'a à nouveau regardé longuement. Il a donc vu que pour les autres clients les fruits passent dans la machine. En d'autres circonstances, j'aurais pressé les autres jus pour qu'il ne se rende pas compte que je l'traite différemment des autres clients, mais j'ai trop d'travail pour perdre du temps, il l'a donc remarqué. J'suis embarrassé mais ce n'est pas déplaisant.

Il finit par partir une heure avant que j'ferme boutique. Il m'fait un petit signe de la main avant d'partir, que j'lui rends d'une main dégoulinante d'eau de vaisselle et de mousse. J'fais la plonge maintenant qu'y a moins de monde, et y a du taf…

Je m'sèche et j'vais débarrasser sa table. Il y a un billet de dix euros qui paye largement sa consommation coincé sous son verre que j'pose sur mon plateau. J'le prends pour encaisser et là, j'découvre quelque chose en dessous qui m'surprend et m'fait beaucoup plus plaisir que le pourboire. C'est une petite carte rectangulaire en carton blanc cassé. Un numéro de téléphone y est imprimé dans une calligraphie élégante. Le mot model est écrit dans le coin inférieur droit. J'en saisis pas bien le sens mais j'm'intéresse surtout aux deux mots qui occupent le centre du petit bristol. Numéro Treize a maintenant un nom.

Il s'appelle Roxas.

J'retourne la carte et mon cœur fait un bond dans ma poitrine. Deux mots y sont écrits à la main. Call me. Pourquoi de l'Anglais ? Il n'avait aucun accent…

Mais le moment est mal choisi. J'ai encore un boulot monstrueux et Reno arrive dans moins d'une heure. Ienzo est parti depuis longtemps donc il n'est pas là pour m'aider à ranger la salle.

Je range la p'tite carte dans ma poche et j'reprends le travail, la tête plus légère…

Le dernier client vient d'partir – enfin, il vient d'monter dans le taxi que j'lui ai appelé. Vendredi soir une heure du matin, j'commence à retourner les chaises sur les tables quand j'entends frapper à la porte fermée du bar. C'est Reno. J'le fais entrer.

- Yo, il me dit.

- Salut ! Désolé, j'ai pas tout à fait fini…

- Pas de problème, tu veux un coup de main ?

J'referme la porte à clé derrière lui. Le petit panneau « Fermé. Revenez demain ! : ) » (une idée de Tidus) claque contre la vitre et j'me tourne vers lui.

- Pas question, assieds-toi. Il faut que tu t'ménages.

Il émet un reniflement méprisant qui veut dire que le ménagement c'est pour le petit peuple et qu'il est au-dessus de ça. N'à foutre. J'lui lance un regard de reproche.

- Je vois qu'tu portes pas ton écharpe.

Il s'assied à un tabouret du comptoir et me tire la langue.

- Relax, mec. J'vais bien.

- Mouais !

J'termine de ranger la salle, j'passe un coup d'torchon sur le comptoir et les plans de travail.

- J'vais fermer la réserve et éteindre.

- Okay.

Il me suit. J'fais c'que j'ai à faire et quand j'me retourne, le trousseau de clefs tintant au bout de mes doigts, j'le vois qui décroche une queue de son support.

Une queue de BILLARD bande d'obsédés ! Vous êtes pas croyables !

- Hé, tu fais quoi ? J'dois fermer.

Il se tourne vers moi avec un sourire penché typique. C'est le sourire du matin à la Machine A Café. C'est le sourire du Reno fermement décidé à avoir quelque chose et qui l'aura. Si, si, il l'aura presque toujours, j'parle d'expérience.

- Oh, allez ! Depuis l'temps que tu m'demandes de t'montrer comment on joue ! On a bien un quart d'heure…

J'fais la grimace, mais il a raison. Victorieux, il met les boules en place avant de retirer le triangle et j'me rends compte que j'allais partir sans ranger l'billard. Merci, mon pote.

- Viens par là, que j'te montre comment on fait.

J'ferme la porte de la pièce à clé – on sait jamais, j'tiens pas à m'faire pincer alors que j'devrais plus être là et qu'j'ai même pas encore pointé, on m'paye pas à jouer au billard, en principe – avant d'aller m'mettre au bord de la table pour observer comment il colle ses hanches contre le bois et s'couche presque sur le velours vert. Les mèches de ses cheveux qui y tombent y font un contraste qui évoque des pétales de rose rouges épars sur l'herbe. Heh, vous avez vu la métaphore ? C'est que je deviens poète, ah, ah…

Ses bras sont tendus, sa nuque arquée, et je rêve où il essaye de m'allumer ? J'ai déjà vu des gens jouer au billard et j'avais jamais trouvé la position aussi équivoque. Enfin, c'est Reno aussi, il est sexy tout l'temps…

Il fixe la boule blanche d'une façon qu'j'aimerais pas être à sa place, creuse le dos – j'vois ses omoplates bouger sous le tissu de son sous-pull à col roulé – et la frappe d'un coup sec. Elle va heurter le triangle coloré avec un bruit d'claquement et Reno s'redresse en les regardant s'éparpiller et cogner contre les bords. Deux boules, une bleue et une rouge, tombent dans les trous. Il sourit, content d'son petit effet, avant d'aller prendre une deuxième queue sur le mur et d'me la tendre.

- A ton tour.

J'prends le long bout de bois, un peu hésitant.

- Tu dois toujours frapper la boule blanche pour faire tomber les autres dans les trous. Il faut pas faire tomber la boule noire tant qu'il en reste d'autres sur la table, alors tu dois t'mettre dans le bon axe.

- Okay.

J'contourne la table. Il me semble que la boule blanche est bien placée pour frapper à la fois la jaune et la verte et les pousser vers le coin. J'm'accroupis pour bien regarder.

- Bon d'accord, je dis en m'redressant et en essayant d'me mettre comme lui – c'est à dire presqu'à plat ventre sur la table. Je ne sais pas où mettre mes coudes. En fait, ils devraient pas être sur la table, là… Reno rit.

- J'vais t'montrer.

Il me redresse, appuie sa queue - celle du billard ! Arrêtez un peu de glousser là-bas au fond – contre la table et s'colle derrière moi.

- Tu places tes jambes comme ça…

Il joint l'geste à la parole et pose une de ses mains sur ma cuisse et la tire en arrière, contre la sienne. Son genou droit pousse au creux du mien et me l'fait plier. C'est quoi c'plan ? J'ai l'impression qu'il me drague là, en fait. C'est contraire aux Règles… Mais j'me rends compte que j'aime beaucoup ça, et une boule vient se former dans ma gorge. J'comprends pas bien.

- Puis, tu t'penches comme ça….

Il s'appuie contre moi et me fais m'allonger sur la table. Ses mains prennent mes poignets. La main gauche dispose mes doigts sur le tapis et dépose et maintient le bout de la queue – de billard ! – sur le tapis vert. C'est doux sous mes doigts. Son autre main me fait lever et plier mon bras droit.

- Tu la tiens comme ça et tu l'orientes bien vers la boule.

Puis il donne une impulsion sèche à ma main. J'sens le bois qui glisse sur ma peau et la boule jaune file droit dans l'trou. L'autre cogne contre le bord et revient vers le centre de la table.

- Tu vois ?

Oh, oui, je vois très bien. Je sens très bien aussi. Contre le bas d'mon dos, et cette fois-ci, j'vous l'concède, c'est pas celle du billard.

Mon ventre s'échauffe, mais avant qu'j'aie pu ouvrir la bouche pour lui balancer une remarque bien sentie, il parle. Ou plutôt, il roucoule au creux de mon oreille, et malgré les frissons que son souffle contre ma peau provoque, j'comprends instantanément qu'il a tout planifié, et qu'il pensait à ça depuis le début.

Il a pas qu'la beauté du diable, l'enfant de salaud.

- Axel, soleil de mes jours, partenaire de ma vie et tellement plus ! J'ai toujours eu envie d'faire ça sur un billard, au moins une fois…

Il fait courir sa langue le long de ma nuque jusqu'à la racine des cheveux, jusqu'à ce demi-centimètre carré de peau spécial, siège de sensations capables de m'jeter à genoux. Il me connaît trop bien pour mon propre bien, je gémis déjà.

- Salaud…, j'murmure, mais on se redresse et j'me retourne vers lui.

Il m'assied sur la table et dévore ma gorge de baisers et de morsures légères. J'vais vous dire un secret… J'ai souvent envie qu'il me morde plus fort mais j'ai jamais osé demander.

Ses mains défont mon tablier, puis les boutons de mon gilet. Ses mains tirent ma chemise hors de mon pantalon et glissent sur mon ventre. Elles sont chaudes. J'adore. Il commence à me déboutonner. Je m'demande si c'est bien nécessaire…

- Axel…, Il murmure contre ma gorge.

Il fait glisser ma chemise ouverte le long d'mes bras. Je frissonne, mais j'n'ai pas froid.

- Reno, qu'est-ce que tu –

- Je te veux nu…

Il m'embrasse à pleine bouche. Il se pique parfois d'faire en sorte que ce soit pas simplement un simple coup tiré, de rendre ça génial. J'vais pas m'en plaindre, ça me donne presque l'impression de faire l'amour. Après tout, il y a pas d'fenêtre dans cette pièce…

- Toi aussi !

Ma voix est un peu rauque. Il lève les bras quand j'lui enlève son haut. Ça ébouriffe un peu ses cheveux. Il a du rose aux joues et j'le trouve beau. Il se colle à moi et peau contre peau, on continue nos petits bonshommes de chemin vers la nudité complète. Ma ceinture défaite, il me couche sur le velours vert. On chasse les boules d'un geste brusque. J'en entends une qui tombe par terre et qui roule sur le sol, mais ses lèvres au creux de mes hanches me l'font oublier aussitôt. Ses doigts glissent dans la ceinture de mon pantalon noir. Il tire. J'me soulève pour l'aider.

Quelque chose dans ma poche me pique légèrement à travers le tissu. Un coin d'la carte de visite. Un flash. Roxas.

La queue de billard claque sur le plancher, me faisant sursauter et tout devient immobile. J'ouvre les yeux. Reno me toise avec un sourire narquois.

- J'sais bien qu'on est pas ensemble mais quand même… ne dis pas le nom d'un autre pendant que j'te fais l'amour, c'est vexant.

Je m'empourpre du cou aux cheveux alors qu'il termine de m'enlever mon pantalon et c'qui va avec. Je suis honteux et embarrassé. Honteux parce que j'ai même pas remarqué que j'disais quelque chose et parce que j'le connais qu'à peine, qu'est-ce qui m'prend ? Embarrassé parce qu'il a dit faire l'amour. C'n'est pas c'qu'on fait tous les deux, à ma connaissance.

Malgré tout j'oublie mes préoccupations. Il est capable de m'faire tout oublier. Je gémis et j'me tords sur le velours. C'est dur et doux et frais sous moi, il est dur et doux et brûlant sur moi, en moi, et je crie son nom, et cette fois j'm'entends. Son visage est crispé par le plaisir et l'effort. Je lèche mes lèvres sèches, si sèches, et il m'embrasse avant d'venir murmurer à mon oreille :

- T'es génial…

Merci du compliment, mon vieux. J'ai envie d'lui dire que j'l'aime, mais pas comme vous croyez. J'le fais pas, je crie son nom encore et j'me cambre de plus en plus. C'est tellement bon. Pendant une seconde, j'repense à la carte, aux yeux lumineux de Roxas et j'me dis que ça sert à rien d'm'attarder là-dessus puisque que j'l'appellerai de toute façon pas. Pourquoi faire ? Tout ce que j'ai toujours voulu, tout ce dont j'ai toujours eu besoin est là, dans mes bras. Les mots ne servent à rien, ils ne savent que faire mal… **

R°A°R

* « c'est le genre de type qui se laisse distraire par les papillons » : cf. : Aria6 dans « Esprit du Feu ».