Auteur : Fire Serendipity

Bêta-lecture : Lyly u

Genre : Romance, threesome, humour

Disclaimer : Rien à moi, tout à Square Enix. Mon seul profit là-dessus réside dans vos reviews, plus que bienvenues.

Pairing : RAR (Moi aussi, je me serai laissé avoir !)


Rape me, rape me, my friend.

Rape me, rape me again.

Hate me, do it and do it again.

Waste me...

Rape me, my friend.

I 'm not the only one…

( Nirvana – ' Rape Me ' )


Chapitre 6 : La blondeur ne fait pas l'ange

Ha, vous revoilà ! J'vous rassure, vous avez rien raté. On a juste marché jusque chez lui, c'est à deux rues du café où on était, pas très loin de la Taverne, en fait. On a pas parlé sur le trajet. C'était un autre de ces silences confortables. J'aime assez ça. J'ai essayé d'm'imaginer quelle aurait été la réaction de Reno si c'était moi qui avais ramené Roxas chez nous et non l'inverse. C'est jamais arrivé, ni d'sa part ni d'la mienne, même si on est pas en couple y a quand même un minimum de respect à avoir. Ça m'viendrait pas à l'idée de faire ça. N'empêche que j'me demande la tête qu'il ferait…

Quand on s'est arrêtés et qu'j'ai vu l'immeuble dans lequel il vit, j'ai failli avaler ma langue. Il m'avait vraiment raconté n'importe quoi ! Comment un mannequin amateur aurait pu s'payer un appart' dans un truc aussi classieux ? C'était une résidence, le genre avec un nom écrit en lettres dorées sur la façade. Celle-là s'appelle Le Ciel – rien qu'ça ! A travers la vitre, j'pouvais voir le hall d'entrée, avec la totale et intégrale de c'qui s'fait en matière d'aménagements hors de prix : tout en marbre, rangées d'boîtes aux lettres métalliques impeccables et qui ferment avec une clé – pas comme chez nous ! - et plante verte avec pot en cuivre. J'parierais un bras sur une conciergerie haut d'gamme.

J'l'ai suivi dans le hall qui sentait la lavande en marchant sur la pointe des pieds. Le souvenir que j'ai envie d'lui laisser n'a rien à voir avec une flaque poisseuse sur le sol immaculé d'son hall d'entrée, mais j'suppose que vous vous en doutez, hein ? Bande d'obsédés…

Une fois dans l'ascenseur – avec moquette et miroir nickel, s'il vous plaît – il a appuyé sur le bouton du dernier étage, frappé d'un 13 en chiffres dorés – ce chiffre le suit on dirait. Moi aussi, le 8 m'a collé à la peau toute ma vie. Il y en a 3 dans mon numéro d'téléphone, quatre dans mon numéro d'compte bancaire, j'suis né le 8 août 1988, il y a toujours au moins un huit dans tous les numéros dont j'hérite pour des trucs administratifs, j'en passe et des meilleures... J'lui ai fait un sourire en coin.

- Amateur, hein ?

Sourire gêné.

- J'habite au dernier étage. Il y a quelques appartements tout en haut qui ne sont pas du même standing que le reste de l'immeuble, dont le mien. C'est n'est pas aussi cher que ce que tu crois.

Bien sûr. Et la marmotte, elle met l'chocolat dans le papier d'alu. Même si son appart était une chambre de bonne sous les combles, il devrait quand même payer les charges communes… Enfin, ça l'regarde.

C'est juste marrant d'le regarder protester et s'justifier.

On est sorti au 13ème, donc, et j'avoue qu'effectivement c'est modeste. Propre, manifestement neuf mais sobre. Un long couloir droit avec des portes face à face espacées régulièrement, moquette gris clair et papier peint bleu marine. Son appart' c'était la deuxième à droite. Un meuble était collé au mur juste à côté, chargé de chaussures. J'me suis demandé comment un meuble qui sert à ranger des pompes pouvait être aussi propre et j'me suis senti limite honteux quand j'ai déposé mes baskets encore mouillées de l'accident du bar entre une paire de tennis blanches comme la neige et des converse en toile bleue qui avaient l'air neuves. J'me suis dit qu'il devait être complètement maniaque et que son appartement serait certainement dans l'même genre.

Maintenant j'y suis et j'm'étais pas trompé. Mais pour l'instant j'flippe un peu. Quand j'suis entré derrière lui, il s'est dirigé vers une porte ouverte – celle de la cuisine – et m'a demandé c'que j'voulais boire. J'ai répondu : « Toi. ».

Ouais, je sais, c'est cliché. Banal à pleurer. Mais j'avais envie d'le provoquer. Il s'est arrêté, tourné vers moi avec quelque chose qui devait être un sourire mais j'ai pas eu le temps d'le voir parce que dès qu'ses yeux se sont posés sur moi, son visage s'est figé dans un rictus tellement crispé qu'on aurait dit qu'il était en train de marcher pieds nus sur du verre pilé. Il me fixe avec cet air de psychopathe depuis dix secondes. J'ose pas parler. Qu'est-ce qu'il a ?

- Dé-sha-bille-toi.

Articulation saccadée sur des mots que j'avais pas vraiment imaginé entendre de cette façon. Puis soudain, j'comprends. Si j'reste longtemps immobile, le bas de mon pantalon va dégueulasser sa moquette.

J'm'exécute lentement, un peu perplexe. Il se rapproche, récupère mes habits au fur et à mesure que j'les enlève, puis il les emmène dans la cuisine. Un instant plus tard, toujours debout en caleçon au milieu du salon, j'récupère mes frusques dans un grand sac en plastique blanc. Son visage s'est radouci et il m'invite à m'assoir sur le canapé.

- Je te passerai des vêtements à moi, il me dit avant d'repartir dans la cuisine.

Ah-ah. Donc il pense qu'on s'reverra. Cool.

J'regarde le canapé crème, hésitant. Moi-même j'suis pas franchement propre. Mais j'remarque que le meuble est revêtu d'une housse en une seule pièce. Je m'assieds en pariant mentalement qu'il la mettra à la lessive après mon départ, et j'regarde autour de moi. L'appartement est à peu près comme j'l'avais imaginé, sauf qu'il est un peu moins grand. Tout est propre, rangé et disposé avec soin. Les murs, les meubles et le sol sont dans des couleurs claires : blanc cassé, beige, bleu pâle, vert d'eau… A l'image de son occupant, l'endroit a quelque chose de pur. Il est complètement maniaque !

J'me laisse aller dans le divan et baisse les yeux sur mon corps dévêtu. Déjà, j'm'étais pas attendu à m'retrouver à poil aussi vite, mais surtout, pas d'cette façon-là. J'suis un peu déçu, en fait…

Il dépose un verre de limonade sur la table basse en bois clair, devant moi – sur un sous-verre en liège. Puis il s'assied à côté de moi, appuie son coude sur son genou, son menton dans sa paume et voila qu'il s'met à m'regarder fixement. J'me sens rapidement très mal à l'aise.

- J'ai quelque chose sur le visage ? J'lui demande.

- Oui.

J'ouvre la bouche pour lui demander quoi puis mon franc tombe. J'effleure mon visage, là où j'sais qu'se trouve l'un d'mes tatouages. J'vis avec depuis si longtemps maintenant qu'parfois j'oublie que j'les ai, et j'oublie en permanence à quel point ils se remarquent. Moi j'ai l'impression d'être né avec. Ceux de Reno sont moins flagrants, en grande partie parce qu'ils ont exactement la même couleur que ses cheveux. Enfin soit, c'est pas le sujet. Il lève une main et touche mon autre joue du bout des doigts. J'sens le bout ses ongles caresser ma peau et j'frissonne.

- Qu'est-ce que tu en penses ? J'lui demande.

- C'est beau, il répond sans ciller. J'aime la symétrie.

Son regard me brûle. Je détourne les yeux et sa main quitte mon visage.

- Arrête de me regarder comme ça, je marmonne.

- Your request is not applicable, il me répond d'une voix monocorde. Please try again.

- C'est pas juste ! Je proteste d'une voix plaintive. T'es tout habillé et moi j'suis presque nu !

J'disais ça pour rire, bien sûr. J'm'attendais pas à ce qu'il réagisse vraiment. Mais j'sens son poids qui s'enlève du canapé et j'tourne mon regard vers lui. Mes yeux s'écarquillent de stupéfaction.

J'le vois debout à côté du divan. Ses prunelles restent rivées sur moi pendant qu'il déboutonne lentement sa chemise. 0oooooooooh

J'suis pétrifié. Ma bouche et ma gorge s'assèchent et mon estomac fait un nœud. Il fait glisser le vêtement lentement, toujours sans cesser d'me regarder, et j'essaye d'maintenir mes yeux dans les siens mais j'arrive pas à les empêcher de descendre pour le regarder. Il est exactement comme j'l'avais imaginé.

Sa peau est claire et sans défaut, elle a l'air douce. Ses bras, son torse et ses épaules sont sculptés de muscles déliés, sont ventre marque un léger creux entre les os de ses hanches étroites.

Ses gestes sont mesurés et sensuels. J'ai du mal à réaliser qu'il est vraiment en train de faire ça. Que j'suis pas simplement en train d'rêver qu'un ange se déshabille lentement pour moi. Ses doigts se posent sur sa ceinture en cuir brun, défont la boucle en métal cuivré et se glissent sous le jean. Il l'enlève aussi. Il porte un boxer noir et ses jambes sont minces et glabres. Il dépose ses vêtements sur un fauteuil derrière lui et puis il me regarde, une main posée sur la hanche, l'autre bras le long du corps. Il me domine de toute son éclatante quasi-nudité et j'suis aussi sonné que si j'venais d'me prendre un morceau de plafond sur le coin d'la gueule.

J'pense qu'il est assez content de son petit effet. Il vient s'rassoir à côté de moi et, accoudé sur ses genoux, il me gratifie d'un regard penché.

- C'est mieux, là ?

Je perçois parfaitement l'amusement dans sa voix et j'm'en étonne pas. Vu la tenue dans laquelle je suis, il a pas à m'poser la question pour le voir. Lui, par contre, il est zen. J'aimerais me couvrir mais ça servirait qu'à attirer son attention. Je choisis de plutôt continuer à soutenir son regard, dans un petit duel qui n'dure pas longtemps. Rapidement, la lueur de malice dans ses yeux disparaît et laisse place à quelque chose de plus doux et de plus chaud – de plus attirant aussi. J'me sens comme tiré vers lui, vers son regard marine et on se penche l'un vers l'autre avec une extrême lenteur. J'lui laisse le temps d'se raviser s'il veut, il en fait autant pour moi, mais on recule pas. J'vois ses paupières voiler doucement son regard fiévreux et j'ferme les yeux à mon tour pour pouvoir me concentrer pleinement sur le premier contact entre sa bouche et la mienne.

Les premiers baisers ont toujours quelque chose de spécial… Le « truc en plus » de celui-ci, c'est qu'il est incroyablement doux, tellement tendre… Ses lèvres sont lisses, tièdes, souples contre les miennes. Le bout de son nez frôle ma joue, on s'effleure sans se toucher, sans bouger, en maintenant la même distance entre nous j'ai l'impression que les sensations du baiser sont décuplées. Il y a toujours quelque chose de magique dans un premier baiser. Quelque chose d'unique et d'immobile, une chose impossible à décrire qui reste comme en suspension, qu'on aurait envie de retrouver dans tous les baisers qu'on échange… J'aurais envie que celui-ci dure des heures, mais je sais qu'on n'résiste jamais longtemps à l'envie d'avancer quand on sait qu'on peut le faire. Et sur le chemin de son épaule, de son cou ou de son visage, je n'sais pas trop puisque j'ai les yeux fermés, ma main rencontre la sienne. Nos doigts sursautent d'abord puis suivent le mouvement de nos lèvres et se touchent, se caressent et s'enlacent et le baiser change, il devient plus franc. Nos lèvres humides glissent les unes contre les autres et il mord doucement les miennes. Je serre sa main – le tissu de ses mitaines frotte contre ma peau. Il ne les a pas enlevées.

Je croise son regard, un peu vague, avant qu'il ne s'écarte légèrement de moi, rompant le baiser. J'ai envie de protester mais je me contente de l'attirer vers moi et le tirant par la main. Il ne résiste pas, au contraire. Il s'assied sur mes jambes et sa main lâche la mienne.

Je n'ose pas le toucher. Mes mains restent en suspension à une distance respectueuse de son corps, je lui laisse la responsabilité de commencer. On échange un regard et à nouveau je sais qu'il pense la même chose que moi. C'est étrange, cette sensation, comme s'il y avait une connexion entre nous… Il glisse ses mains sur ma nuque, les fait remonter et emmêle ses doigts à mes cheveux avant de reprendre ma bouche, brutalement, et j'ose alors enfin poser mes mains sur lui. J'les referme sur sa taille et étourdi par l'intensité du baiser, je savoure la chaleur et la douceur de sa peau couverte de chair de poule sous mes doigts. Ses doigts quittent mes cheveux, ses mains s'égarent dans mon dos et il fait courir ses ongles sur mes reins. Je frémis, j'me cambre légèrement et un gémissement m'échappe, étouffé par sa bouche sur la mienne.

J'fais glisser mes paumes sur son ventre puis son torse, appréciant le contact, avant d'les appuyer sur ses épaules et d'le repousser légèrement. Il s'écarte et me regarde, interrogatif. Son regard est brûlant et affamé, mais j'sais qu'à ce train-là, si on s'arrête pas on finira par faire ça à l'arrache sur le divan et j'ai pas envie de ça.

- Je crois que je devrais aller me laver, je dis.

Il se détend – j'le vois aux muscles de ses épaules et de son cou qui deviennent plus lisses – et il m'embrasse doucement sur les lèvres.

- J'ai allumé le chauffage, la salle de bain doit être chaude.

- Merci.

Il se lève, et quand il quitte mes jambes, j'ai un peu froid. Il me montre la salle de bain et je ferme la porte derrière moi. C'est plus une salle d'eau qu'une salle de bain, il n'y a ni baignoire ni cabine. Le sol est incliné et il y a des évacuations dans le carrelage. Je me débarrasse du dernier vêtement que j'ai encore sur le dos – à savoir mon caleçon. Enfin, pas vraiment le mien… je l'ai piqué à Reno, j'en avais plus de propres… je le dépose sur le couvercle du panier à linge en plastique transparent – ce qui me permet de voir qu'il est vide et me conforte un peu plus dans mon opinion quant à la maniaquerie de mon hôte. Et moi de me sentir légèrement honteux en pensant à notre propre lessive, devenue la bête noire de notre quotidien, l'Ennemi…

Oui, je sais, vous avez du mal à saisir le cheminement de ma pensée. Pourquoi je réfléchis à ça maintenant ? C'est très simple. Pour la même raison qui me fait hésiter quand à la température de l'eau. Chaude ou froide ? J'aimerais bien me calmer. Finalement, je tourne le mitigeur pour avoir de l'eau chaude et tâcher de me détendre. Je me lave les cheveux avec du shampooing Super-Doux à l'abricot (vous savez, le deux-en-un-qui-ne-pique-pas-les-yeux-évite-les-nœuds) et le temps que j'rince ma tignasse rouge la pièce est remplie de vapeur.

Un instrument de torture moderne est accroché sur le mur – c'est un des ces horribles gants de toilette qui ont l'air inoffensifs d'un côté, mais de l'autre c'est du crin. Vous connaissez ? Je grimace et j'le laisse où il est. Hors de question que j'utilise cette chose, j'me laverai avec mes mains… et du… Baaaaaaah ! Mais y a du sable là-dedans ou quoi ! Regardez, c'est marqué… quoi ? « Douche gommante »… ?

Ça sent bon mais c'est très désagréable. Si Roxas s'étrille au gant de crin et au sable à chaque fois qu'il se lave, j'comprends pourquoi sa peau aussi douce. C'est bien un truc de mannequin ça… Moi j'pourrais pas.

Mais bon, gel douche crissant ou pas, c'est agréable de m'laver et de plus être collant et puant… L'eau chaude a détendu mes muscles et mes réflexions philosophiques sur le gel douche et le gant de crin ont rempli leur office. Un coup d'œil vers le bas me confirme que je suis calmé. J'tends la main vers les robinets pour couper l'eau.

Mais avant que j'ai pu tourner le mitigeur, une main passe devant mes yeux et couvre mon regard. Je sursaute à peine – en fait je suis pas vraiment surpris… L'intrus – enfin quoique, j'suis chez lui quand même – me fait m'retourner et me plaque contre le carrelage mouillé et chaud du mur, et il m'embrasse brusquement, presque violemment, sans enlever sa main de mon visage.

Il pousse un genou entre mes jambes et je sens son corps collé au mien, ruisselant d'eau chaude et aussi nu que le mien.

Quatre secondes chrono et me revoilà dans le même état qu'avant la douche. Il m'électrise. Sa bouche quitte mes lèvres, interrompant ce baiser trempé, brutal et brûlant qui me donne envie de grimper au mur, et il parle – sa voix ressemble à un grondement, bas et grave.

- Je t'interdis d'ouvrir les yeux, il me dit.

J'ouvre la bouche pour répondre mais il mord ma lèvre inférieure sans douceur et j'me tais.

- Si je te vois me regarder je te jure que tu repartiras ipso facto dans l'état dans lequel tu te trouves. Compris ?

Ma foi, s'il veut jouer à ce petit jeu… Je hoche la tête pour marquer mon accord et il découvre mes yeux. L'eau chaude coule sur mes paupières fermées alors que ses mains se posent sur ma taille. J'attends de voir ce qu'il veut faire… Son genou quitte mes jambes, il s'écarte. Je sens ses mains bouger un peu, comme pour suivre un mouvement qu'il ferait… Et j'sens tout à coup sa bouche se refermer sur moi. C'est chaud, c'est doux et c'est humide, et ça surprend tellement que j'manque de peu de me cogner sur le carrelage en rejetant ma tête en arrière. Je laisse un cri étranglé s'échapper de ma gorge, de l'eau coule de ma bouche et j'm'étrangle pour de bon, mais dans l'état actuel des choses j'me soucie pas des masses de la noyade. S'il y a une pratique sexuelle à laquelle je n'suis pas habitué c'est bien celle-là – d'un côté comme de l'autre, parce que Reno déteste faire ça et moi aussi, donc c'est pas quelque chose qu'on fait souvent et mes autres expériences – peu nombreuses – en la matière m'avaient pas franchement laissé un souvenir impérissable… Que ce soit parce que c'est lui ou qu'il soit particulièrement doué pour ça, sa langue autour de moi me cloue au mur et me donne l'impression que tout mon être est concentré dans sa bouche.

Mes yeux sont toujours fermés, et j'emmêle mes doigts à ses cheveux trempés. Je monte de plus en plus haut, l'écran noir de mes paupières commence à rougeoyer doucement.

- Ar-rête ! J'articule. Arrête, je –

Mais ça a pas l'air de l'déranger, puisqu'il continue, imperturbable, alors qu'il a dû m'entendre. Bon, j'l'aurai prévenu…

Il va jusqu'au bout, même quand j'crie et que j'descends d'un cran, les jambes à moitié coupées par l'orgasme, il continue. Même après, il continue doucement, pendant quelques secondes, avant de m'laisser enfin et de s'redresser. Il m'enlace et se colle contre moi, sa propre ardeur butant contre ma cuisse. J'ai le souffle court et j'passe paresseusement mes bras autour de sa taille. Mes yeux sont toujours fermés.

- Je sens ton cœur qui bat…, il me dit doucement.

J'resserre un peu mon étreinte. C'est mignon, mais ça m'étonne pas. Mon cœur cogne comme un fou dans ma poitrine, pas encore apaisé… Il dépose un baiser tendre sur ma clavicule et tend une de ses mains derrière moi pour tourner le mitigeur. L'eau cesse de couler. On reste immobiles un instant.

- Tu as été très sage, il me dit d'une voix taquine en s'écartant. J'peux pas le voir puisque mes paupières sont toujours baissées mais j'entends le sourire dans sa voix. Tu peux ouvrir les yeux maintenant…

Le temps qu'je m'exécute, tout c'que j'peux voir c'est la porte qui s'referme. J'reste immobile un instant, étourdi, avant de commencer à me sécher. J'vais laisser quelques longs cheveux rouges sur ses serviettes immaculées, mais c'est pas un drame…

Au moment ou j'vais pour me rhabiller – enfin, pour remettre mon caleçon, parce que rhabiller, c'est beaucoup dire – j'me rends compte que le sous-vêtement en question n'est plus sur le panier à linge. Il n'est plus nulle part dans la salle de bain, en fait.

Le petit monstre !

J'entortille une serviette autour de mes hanches avant de sortir de la salle de bain.

La porte donne directement dans sa chambre. Le lit est ouvert, les lampes de chevet assorties diffusent une lumière tamisée. La pièce est confortablement chauffée, les rideaux tirés, et au milieu de cette ambiance tout ce qu'il y a des plus propices à ce qu'on est en train de faire ensemble, Roxas qui m'regarde, assis en tailleur sur son lit avec son boxer et deux bracelets en tissu noir aux poignets, le menton appuyé dans la paume de sa main et le sourire aux lèvres. Ses cheveux encore humides sont un peu plus ébouriffés, plus sombres aussi. J'm'adosse au chambranle de la porte de la salle d'eau et j'le regarde, les bras croisés, en essayant d'avoir l'air goguenard.

- Je crois qu'on m'a volé mon caleçon, je théorise ironiquement. Il me rend mon regard moqueur.

- Quelle dommage…, il me répond. Tu comptes aller déposer plainte ?

- J'sais pas encore… ça dépend du voleur, en fait. S'il me rend mon bien et qu'il fait un effort pour se faire pardonner…

Il me fait signe de venir le rejoindre et je vais m'assoir au bord du lit. On se sourit, un peu timidement – ce qui, compte tenu de ce qui vient de se passer, est un comble.

- J'peux t'poser une question ?

- Tu viens de le faire, mais je t'en prie, recommence.

- Pourquoi tu avais écris en Anglais au dos de la carte que tu m'as laissée ?

Il hausse les sourcils, apparemment surpris par ma question.

- Je trouvais que call me, ça faisait moins cliché que « appelle-moi ».

J'médite sa réponse quelques secondes et j'me dis qu'il n'a pas tort. Lui ne semble pas songeur, il me tire sur le lit et me couche dans ses draps et ses oreillers d'une propreté éclatante. Il s'allonge sur moi, entre mes jambes et accoudé de part et d'autre de ma tête, il me regarde un instant, une expression indéchiffrable sur le visage. Je lève une main pour caresser sa joue.

- T'es trop beau, tu sais ? J'lui dis. J'essaye pas de te flatter. Tu l'es trop. C'est pas normal. … - Pas normal ?

Il fronce le nez, et j'regrette mes paroles. J'essayais juste d'exprimer mon sentiment, cette impression qu'il donne d'être… pas de ce monde. J'ai pas envie qu'il change d'humeur maintenant… Je pose mes mains sur sa nuque et j'l'attire dans un baiser à mon initiative pour une fois. C'est moi qui l'embrasse, et il commence d'abord par me laisser faire avant de se laisser entraîner et de reprendre le contrôle de l'échange. J'l'ai déjà dit, j'suis plutôt d'une nature passive, alors je lutte pas pour avoir la position de force, au contraire…

Il s'échauffe, moi aussi. Je laisse mes mains courir sur son corps, découvrir ses lignes sinueuses et ses creux doux, le désirant à nouveau. J'replie les genoux et serre sa taille entre mes jambes et ses lèvres quittent ma bouche pour partir à la découverte d'autre territoires.

C'est à cent lieux de… Enfin, vous voyez quoi. Reno me connaît tellement bien qu'il sait parfaitement quoi faire, quand le faire et comment le faire pour me faire voir des étoiles. Roxas ne m'connaît pas, et il me caresse d'une façon qui, si elle n'est pas la plus précise ou la plus adroite, est inédite et mon corps s'émeut sous ses doigts, je frissonne quand il caresse mes bras, qui n'ont pas l'habitude de bénéficier d'un tel traitement.

J'ondule contre lui, et seul le bruit de nos respirations qui s'accélèrent se fait entendre dans la chambre.

Il a qu'un geste de la main à faire pour dégager la serviette autour de ma taille – dire que j'le trouvais angélique, c'est un démon, plutôt… - et il m'empoigne, je gémis. J'porte une main sur la sienne pour l'immobiliser, et il me lâche. J'ai déjà joui une fois tout seul comme un égoïste et j'ai pas envie de remettre ça. J'mets mes mains sur sa taille et j'lui enlève son boxer.

Je me cambre en soupirant de plaisir quand il vient en moi, lentement, et je serre ses hanches entre mes jambes repliées.

Quelques instants plus tard, il me sourit, l'air contrit.

- Menteur ! Il me jette.

Je hausse les sourcils d'incompréhension.

- De quoi tu parles ?

Un peu agacé, je remue doucement contre lui. Il a arrêté de bouger et c'est frustrant.

- Tu m'as dit que tu n'avais plus eu personne depuis deux ans. Tu m'as menti, je le sens bien.

Et pour appuyer ses paroles, il se remet à bouger en moi, sans guère de ménagement et de toute façon j'ai pas besoin qu'on me ménage puisqu'il a raison, il ne m'fait pas mal. J'proteste vaguement entre les gémissements qu'il m'arrache à chaque poussée.

- J'ai dit… que j'avais plus eu personne - depuis deux ans, pas que – Hn ! – j'avais plus couché avec personne depuis… ah !

Je le serre dans mes bras. Il se fout éperdument de mes explications et c'est très bien comme ça…

J'suis allongé sur le lit, seul, depuis plusieurs minutes. J'me demande si je vais rester ou partir… J'me vois mal dormir ici, je n'suis pas son petit ami alors j'ai pas à faire ça. Et puis j'ai pas prévenu Reno que je rentrerais pas… Il est foutu d'encore s'endormir avec une de ses foutues clopes à la menthe allumée et de bouter l'feu aux couvertures du clic-clac. C'est pas comme si c'était jamais arrivé… et après c'est moi qu'on traite de pyromane.

Et puis j'crois que Roxas attend plus ou moins que j'm'en aille. Il s'est enfermé dans les toilettes depuis près d'un quart d'heure et il me répond par monosyllabes quand j'lui parle.

Finalement, je m'lève du lit et j'vais récupérer mes fringues dans le grand sac en plastique. J'me rhabille.

J'ai pas à m'imposer et j'en ai pas envie de toute façon, ça sert à rien de forcer les choses. S'il refuse de m'laisser entrer dans sa vie privée, j'respecte ça. C'est comme les marques pâles à l'intérieur de ses poignets, que j'ai aperçues sans surprise alors qu'il glissait ses doigts dans mes cheveux. Il a surpris mon regard, j'le sais, mais j'ai rien dit et j'ai fait comme si j'avais rien remarqué. Ça l'regarde, j'ai pas à me mêler de c'qu'il veut garder pour lui. Même si j'ai pensé à lui dire que cacher ses poignets de façon aussi ostentatoire, ça a plutôt tendance à attirer l'attention…

Après avoir revêtu ma défroque puante, j'vais toquer doucement à la porte des toilettes.

- Oui ?

Sa voix est morne et je grimace. Ce timbre indifférent me rappelle l'expression qu'il avait sur le visage la toute première fois que j'l'ai vu.

- Roxas… J'vais rentrer.

- D'accord.

J'attends qu'il ajoute quelque chose mais rien ne vient alors je dis :

- N'hésite pas à m'appeler ou à passer m'voir au boulot, si tu veux…

Pas de réponse. Je m'sens con, tout à coup, et j'm'enfuis presque de son appartement.

Le froid de la nuit mord mes mains, mon cou, mon visage, mes oreilles. Mon corps encore douillettement engourdi par la chaleur de l'appartement et le sexe proteste contre ce contraste trop brusque… Désolé, j'y peux rien ! J'me hâte vers chez nous, et j'arrive presqu'en courant. Je sais maintenant que Roxas habite à vingt minutes à pied de chez nous, en marchant vite.

Je marque un bref arrêt devant la porte, pris d'une hésitation subite. Qu'est-ce que j'dis à Reno s'il me pose des questions ? L'idée de lui raconter ça me met étrangement mal à l'aise… Peut-être parce que c'est la première fois que j'ai une aventure d'un soir depuis qu'on a établi les Règles… J'ai rien fait de mal mais j'ai l'impression d'pas être droit dans mes bottes… Finalement, je rentre en espérant qu'il ne pose pas de questions…

Sitôt que j'ai ouvert la porte, je sais quelle scène m'attend dans le salon. La lumière de la lampe de lecture jette un large rectangle doré sur le mur. Après m'être débarrassé de mes chaussures et de ma veste, je gagne la salle de séjour. J'avais raison.

Reno dort sur le divan pas déplié. Un livre est posé retourné sur son torse et un filtre de cigarette pendouille mollement entre ses doigts. Il a de la cendre plein son T-shirt et son autre bras repose à moitié sur le sol. Je soupire.

- Reno, j'te jure… j'peux vraiment pas te laisser seul deux minutes !

Je dépose son livre sur la table du salon. Il ouvre lentement les yeux.

- 'l'est quelle heure ? Il bafouille.

- L'heure d'apprendre à écraser tes clopes avant de pioncer, mon vieux. J'sais bien qu'on est assurés mais c'est pas une raison…

Il baille à s'en décrocher la mâchoire et se lève. Il s'époussette distrairement puis on déplie le clic-clac. Pendant qu'on rajuste vaguement les draps, côte à côté, une odeur aigre me parvient.

- Hé, t'as bu ? Je lui demande.

- J'vois pas de quoi tu parles, il s'offusque sans grande conviction.

- Mon cul ! Reno, tu pues le vin jusqu'ici.

Il fronce le nez en me regardant.

- Parle pour toi ! Il me réplique. Tu empestes la bière !

Je ris un peu, mouché.

- Ouais, je sais… J't'expliquerai.

- Hun.

J'me déleste de mes vêtements sales et me couche sur le clic-clac. Reno me toise, les poings sur les hanches.

- Tu vas arrêter un jour de me piquer mes calcifs ?

- Ouais. Le jour où toi t'arrêteras de me chouraver mes chemises blanches.

Il ricane, se déshabille à son tour et se couche. J'éteins la liseuse et l'obscurité et le silence nous enveloppent. Après le froid de l'extérieur, je m'sens merveilleusement bien. Délicieusement fatigué. Mais j'éprouve comme… un vide.

- Ren' ?

- Mmmmmmmh ?

- J'peux…

- Quoi ?

J'me rapproche de lui et pose ma tête près de son épaule. Il soupire et m'ouvre les bras. J'me colle à lui, il emmêle ses jambes aux miennes et glisse ses doigts dans mes cheveux.

- Tu sens pas comme d'habitude…, il murmure.

- Je sais…

On n'dit plus rien. Lentement, je sombre dans le sommeil, soulagé qu'il ne pose pas de questions, et en éprouvant une intense sensation de bien-être… à laquelle, je pense, ses bras autour de moi ne sont pas étrangers.