Auteur : Fire Serendipity
Bêta-lecture : Lyly u
Genre : Romance, threesome, humour
Disclaimer : Rien à moi, tout à Square Enix. Mon seul profit là-dessus réside dans vos reviews, plus que bienvenues.
Pairing : RAR (Moi aussi, je me serai laissé avoir !)
That boy is a monster
He ate my heart, he ate my heart
That boy is a monster…
(Lady Gaga – 'Monster')
Chapitre 7 : Il ne faut jamais dire : « Fontaine, je ne boirai pas de ton eau »
Il n'est pas venu me voir. Je suis franchement déprimé, et ça m'étonne moi-même. Allez comprendre !
Trois jours ont passé depuis. J'ai du mal à me faire à l'idée qu'il ne vient pas. Parfois j'ai l'impression qu'il ne s'est rien passé et que tout ça n'a été que le fruit de mon imagination. Sauf que quand je rentre chez nous et que je passe dans la salle de bain, l'odeur aigre qui monte du panier à linge me confirme que j'ai pas rêvé et que j'ai bien reçu une douche de bière… Si ça, c'est vrai, alors tout le reste doit l'être aussi.
Trois journées relativement normales, en soi. Je vais travailler, je rentre à la maison, je passe mes soirées avec Reno. On a remporté la bataille contre l'Ennemi et regagné nos pénates respectifs depuis quatre jours. J'fais mon boulot en me retournant à chaque fois que la porte s'ouvre en espérant reconnaître ses cheveux blonds. Et à chaque fois, quand j'me rends compte que c'est pas lui, je m'fais pitié.
Qu'est-ce qui m'arrive ? On s'est pas fait de promesses, on s'est engagés à rien. On a juste passé une soirée ensemble. Ça arrive tous les jours, des gens se rencontrent, se plaisent, passent un moment agréable et puis ne se revoient jamais. C'est ce qui est arrivé, à Roxas et à moi, c'est aussi simple que ça, mais… une partie de moi n'arrive pas à l'admettre. Parce que j'me rappelle toute la soirée dans les moindres détails, et autant j'avais pas seulement envie de coucher avec lui – bon, j'en crevais d'envie, okay, mais pas seulement ! – autant j'ai eu l'impression que de son côté c'était pareil, qu'il recherchait pas que ça. Sa façon de se justifier au téléphone quant au fait qu'il laisse pas sa carte à n'importe qui n'était pas feinte, j'en suis sûr. Le courant qui passait entre nous, ce sentiment constant de compréhension muette… ça, c'est pas possible que ça aie été faux. Il se passait vraiment un truc, et je sais qu'il l'a ressenti aussi. Et puis, il voulait me prêter des fringues… il pensait me revoir.
Mais il n'est pas venu, il n'a pas appelé. J'ai essayé de lui téléphoner hier après-midi, pendant ma pause, mais apparemment son numéro est en dérangement. J'ai pas rappelé. Pas question de le harceler de coups de fil ! Et ma fierté alors ? Déjà qu'il m'ignore après ce qui s'est passé… C'est pas rien, quand même ! Peut-être que j'ai fait quelque chose de travers, ce soir-là ? Mais quoi ? En tout cas, ça me prend tellement le chou, cette histoire, que je suis de mauvaise humeur et inquiet. D'ailleurs, j'crois que Reno commence à en avoir sa claque. Hier soir il a dit qu'il savait pas ce que j'avais mais qu'en ce moment j'étais chiant et agressif… et il avait pas tort…
Pour me rattraper un peu, j'suis sorti lui acheter des clopes. Par le froid qu'il fait, c'est une sacrée preuve d'amitié, croyez-moi… Lui, il est pépère dans le salon en train de regarder Desperate Housewives en bouffant des nacho's avec des tomates séchées… J'suis trop bon. Tout ça pour lui ramener cette saloperie mentholée qui lui sert à se bousiller la santé… Comme si rouler à moto sans casque était pas déjà suffisamment dangereux… J'crois pas que Reno mourra dans son lit… Ou alors si, mais pas de vieillesse, plutôt parce qu'il y aura foutu le feu !
Il m'a plus touché depuis le soir où je suis rentré de chez Roxas. J'sais pas pourquoi mais j'en suis plutôt content, parce que je ressens comme un malaise… Le lendemain matin, quand je me suis réveillé dans ses bras, j'sais pas, j'ai eu l'impression de faire un truc vraiment nul. Y a pourtant pas de raison, vu que j'suis engagé ni d'un côté ni de l'autre. Enfin, peut-être qu'il le sent, aussi. Parce que depuis une semaine il était remonté comme une montre suisse et puis du jour au lendemain, plus rien ! Les mécanismes de la libido restent une chose mystérieuse.
Enfin soit, je suis donc sorti bravement par ce froid polaire pour aller lui acheter ses clous de cercueil à la menthe. J'ai acheté deux, trois autres trucs histoire de pas avoir perdu mon temps à venir jusqu'à la supérette pour rien –rien que pour ça, en tout cas. Surtout que c'est pas la porte à côté, rapport à chez nous. Faut marcher un quart d'heure – comptez dix minutes en marchant vite et vu le temps de chiottes qu'il fait je vous assure que j'y vais au trot - mais plus près, un dimanche à neuf heures du soir, y a rien d'ouvert…
J'arrive à la caisse et je dépose mon panier. La caissière me fait un grand sourire, comme toujours, mais j'engage pas la conversation. Pas envie. Elle pointe mes articles. Une bombonne de mousse à raser – on en a plus – et un paquet de café – on est presqu'au bout. J'ai aussi pris du chewing-gum et de l'essence à briquet. Tout ce petit monde va rejoindre le paquet de Pall Mall menthol – berk, vraiment ! J'en ai déjà fumé quelques-unes, en général après... Vous voyez ce que je veux dire. A force de voir Reno s'en allumer une à chaque fois… Mais j'aime pas ça. Déjà, la clope, j'aime pas, mais alors ces machins-là, ça me donne l'impression de fumer un Menthos… Enfin, j'suppose. J'ai jamais essayé de fumer des pastilles à la menthe en ce qui m'concerne.
J'prends le sac en plastique, j'me prépare psychologiquement à retourner dans le froid, j'rentre la tête dans les épaules et j'passe les portes automatiques. A peine j'ai posé les pieds sur les dalles du trottoir que je tombe en arrêt, pétrifié par ce que je vois. Incrédule, sidéré, mortifié.
Sur le trottoir en face, à la lumière jaune des lampadaires, un couple passe, inconscient de mon regard rivé sur eux. Roxas est là, à trois mètres de moi, et il ne m'accorde pas un regard. Il tient la main d'un grand type brun. Je peux pas comprendre ce qu'ils disent d'où je suis mais je vois qu'ils discutent avec animation. L'autre lui sourit, il lâche sa main et passe un bras autour de ses épaules. Une pensée folle traverse mon esprit, qui refuse d'admettre ce que mes yeux voient – ce n'est pas lui ! Mais c'est inutile de me voiler la face, je le vois très bien et je le reconnais parfaitement. Personne ne peut lui ressembler à ce point ! Je reconnaîtrais son visage entre mille, sa taille, ses cheveux qui refusent de se soumettre aux lois de la pesanteur… Je sais, même si je veux pas le savoir. Bien sûr que c'est lui.
Mon cœur se fend.
J'pourrais presque l'entendre tellement je le sens. Ils passent comme au ralenti, et ils continuent de marcher et d'avancer jusqu'au coin de la rue, ils tournent et sortent de mon champ de vision. Mais je suis toujours cloué sur place, incapable de faire le moindre geste. Le monde a cessé de tourner, tout est comme figé. J'ai mal, j'ai tellement mal, comment c'est possible d'avoir mal à ce point ? Je sais que j'connais la réponse à cette question, mais pourquoi ? Je le connais à peine…
- Monsieur, excusez-moi ?
Je sursaute. C'est à moi qu'on parle ?
- Je peux passer s'il vous plaît ?
L'univers se remet en branle, le temps recommence à s'écouler. Je me retourne, hagard. Une fille me regarde, un sac en plastique à la main, debout derrière moi. Je l'empêche de sortir. Je m'écarte sans rien dire, hébété. Elle me regarde en fronçant les sourcils.
- Vous allez bien ? Elle me demande.
- Oui, je réponds. Ma voix est bizarrement neutre. Tout va bien, merci.
J'ai l'impression d'entendre parler quelqu'un d'autre. Elle passe son chemin et mes jambes commencent à bouger. Mon corps marche comme un automate et mes pieds prennent le chemin de chez nous. Ma tête tourne. Pourquoi est-ce qu'on ment aux gens qui nous demandent si ça va quand ça va pas ? La question tourne folle dans mon cerveau. Je me concentre dessus.
Mon Dieu, j'ai mal… Je veux voir Reno. Je veux – AÏE !
Mais c'est quoi cette porte en plein milieu du chemin ?
… Oh merde. C'est notre porte ! Je suis tellement à l'ouest que j'ai même pas vu que j'étais arrivé…
J'ouvre. Le trousseau de clés tinte, mes doigts sont affreusement gourds mais j'ai pas la sensation d'avoir froid. Pourtant j'devrais. Je crois.
Je rentre et j'avance dans le couloir jusqu'à la porte du salon sans enlever mes pompes ni ma veste. Mon cœur cogne douloureusement dans ma poitrine, écrasé par la pression d'une angoisse irraisonnée. De quoi j'ai peur ?
Je m'immobilise dans l'encadrement de la porte. J'ai l'impression d'être en train de crever, mais Reno est bien là, assis sur le divan, en train de regarder Catherine Mayfair et Susan Mayer tomber à la renverse dans une baignoire pleine de bain moussant en se crêpant le chignon. J'éprouve un soulagement si intense à le trouver là que mon cœur, bouffi de souffrance et devenu énorme, se dégonfle comme un ballon et que ma vision se brouille.
- Qu'est-ce qu'il y a, il commence, pourquoi t'as cogné dans la – Axel ! Qu'est-ce qui t'arrive ?
Il s'est tourné vers moi. J'dois avoir une sale tête parce qu'il se lève et rapplique direct.
- Qu'est-ce qui s'est passé ? Pourquoi tu… pleures ?
Je cligne des yeux, sans comprendre. Il passe une main sur son visage et je sens la chaleur de sa peau sur ma joue. C'est la première chose que j'arrive à sentir depuis que… je les ai vus. Il retire sa main et je vois que le bout de ses doigts brille d'humidité. Il a raison. Je pleure.
- Axel, explique-moi ! Tu m'fous les jetons !
Je suis désolé, vieux. Je fais pas exprès, j'veux pas que tu t'inquiètes pour moi mais ma langue est clouée à mon palais, j'arrive pas à desserrer les dents. De toute façon, qu'est-ce que je pourrais lui dire ? Qu'un mec que j'ai rencontré y a même pas deux semaines m'a brisé le cœur ? Je me trouve déjà tellement ridicule, j'ai pas envie qu'en plus mon meilleur ami sache quelle loque je suis. Je ne lui ai pas dit non plus que j'avais couché avec lui, et j'ai pas envie de le faire.
Il s'affaire autour de moi. Il force mes doigts à lâcher le sac en plastique – j'avais oublié que je le tenais toujours. Mon poing est tellement serré que quand il parvient enfin à me l'enlever, mes ongles ont laissé des marques dans ma paume. Des demi-lunes qui saignent un peu. J'm'en étais pas rendu compte – tout comme j'avais pas réalisé que je pleurais. J'essuie mes larmes, puis il m'enlève ma veste avant d'aller la ranger.
Je m'écroule sur le divan, complètement hébété, et je regarde la télé sans la voir. Reno reviens s'assoir à côté de moi.
- Axel, il me dit doucement.
J'l'avais encore jamais entendu parler comme ça. J'dois vraiment avoir une putain de sale tronche.
- S'il te plaît, dis-moi ce qui se passe.
Je secoue la tête. Non.
- Axel.
Plus ferme. Mais je réitère mon geste. J'veux pas.
- Axel, dis-moi ce qui se passe ! Je m'inquiète, là !
- Non. Reno, s'il te plaît…
- Y a pas de s'il te plaît qui tienne ! Tu peux pas rentrer à la maison en tirant une gueule pareille et t'attendre à ce que j'te pose pas de question ! T'es sûr d'avoir envie que j'te tire les vers du nez ?
Il me regarde droit dans les yeux. Il ne plaisante pas… Alors je me force à ouvrir la bouche, à bouger les lèvres et à produire des sons, à formuler ce que je viens de voir et ce qui m'arrive.
- Je suis amoureux.
Je recommence à pleurer, et cette fois-ci je m'en rends compte. Sans sanglots, sans bruit, rien que les larmes qui coulent le long de mes joues. Il passe un bras autour de mes épaules et m'attire contre lui. Je me laisse envelopper dans son étreinte rassurante.
- Sérieux ? Il me demande.
- Ouais. Et je le connais à peine, et je viens de le voir avec un autre, et j'ai le cœur en miettes !
Je ferme fort les yeux, je m'agrippe des deux mains à son T-shirt et j'enfouis mon visage dedans. Quelque chose craque à l'intérieur de moi, je le sens aussi nettement que j'ai senti mon cœur se fendre tout à l'heure, comme un barrage qui cède sous trop de pression.
- Axel…, il chuchote en me serrant dans ses bras.
Maintenant que j'ai ouvert les vannes, j'peux plus m'arrêter de parler.
- Il m'a laissé sa carte, il m'a fait du charme sans aucune vergogne, il a couché avec moi ! Ça, à la limite, je m'en fous, mais… Mais il se passait vraiment un truc ! Et j'ai cru… On en a pas parlé, on a rien planifié, on s'est rien promis, quand je suis parti de chez lui il m'a à peine adressé la parole ! Pourtant, je… Je me sens tellement con ! J'aurais jamais fait ça si j'avais su qu'il avait quelqu'un ! Pourquoi il m'a menti ?
J'ai crié. Je suis fou de rage, je suis vert, vert, vert ! Reno me serre fort contre lui. Il s'allonge contre l'accoudoir du canapé, et je me laisse entraîner sur lui. Il laisse un bras autour de mes épaules et glisse son autre main dans mes cheveux. Il me masse le crâne du bout des doigts. J'ai toujours adoré ça, ça me calme magnifiquement. Même maintenant, alors que j'ai tellement mal, ça m'apaise…
- Qu'est-ce qui m'a pris d'aller tomber amoureux alors que j't'ai, hein ? Je demande à voix basse.
Il reste silencieux un instant avant de me répondre, d'une drôle de voix, comme s'il devait forcer les mots à sortir :
- C'est pas ta faute. L'amour, ça se contrôle pas…
Il est terrible. C'est vrai, ce qu'il dit, mais quand même… J'aurais jamais cru que ça pouvait m'arriver, et j'avais encore moins imaginé en souffrir comme ça un jour. Comme quoi, il ne faut jamais dire « Fontaine, je ne boirai pas de ton eau »…
Saloperie de fontaine… j'avais même pas soif moi, bordel ! J'avais rien demandé ! J'ai jamais voulu de ça !
On reste sur le divan, moi vautré sur lui, son bras autour de moi, sa main dans mes cheveux. J'ai envie de m'endormir. On regarde la fin de Desperate Housewives – en tout cas en ce qui me concerne, je suis passionné et je n'en perds pas une miette. Tout ce qui peut m'occuper l'esprit est plus que bienvenu, et ça plus la présence attentionnée de Reno, ça assourdi beaucoup la souffrance qui pulse dans ma poitrine. Je pourrais presque l'oublier…
L'émission touche à sa fin. Je redoute de recommencer à y penser, et je passe mes bras autour de la taille de Reno, je le serre fort contre moi en enfouissant mon visage contre son torse.
- Qu'est-ce que j'ferais sans toi ? Je chuchote. J'avais pas vraiment l'intention qu'il m'entende mais il me répond :
- On s'en fout, puisque tu seras jamais sans moi, imbécile.
- …Merci.
J'entends les pubs défiler à la télé.
- Reno ?
- Mmmmmh ?
- J'peux dormir avec toi, cette nuit ?
- Evidemment. J'tiens pas à te retrouver pendu dans ta chambre demain matin…
Je ris sans joie. J'entends bien dans sa voix qu'il arrive pas à plaisanter complètement. Il y a de la tristesse dans son timbre. Je lui suis reconnaissant pour sa compassion, mais je le lui dis pas – je sais que le sentimentalisme, ça le gonfle, il doit déjà avoir sa dose pour ce soir.
On reste devant la télé un moment encore, mais on bosse tous les deux, demain, et il faut bien qu'on aille se pieuter… même si je suis claqué, j'ai pas envie. Je sais bien que je vais me mettre à penser et déprimer à mort. Je voudrais oublier que j'ai rencontré Roxas. Je voudrais que tout redevienne comme avant le jour où il est venu pour la première fois à la Taverne. Je voudrais avoir déchiré sa carte en petits morceaux et l'avoir jetée dans la corbeille à papier sans même lire son nom, direction le recyclage. Ne pas avoir retrouvé sa gourmette coincée dans la banquette, ne jamais l'avoir appelé pour lui la lui rendre, ne pas lui avoir proposé ce rendez-vous. J'ai eu des tas d'occasions de n'pas faire cette connerie, et maintenant c'est trop tard. Je le déteste. Mais ça me fait un mal de chien de le détester. Ça fait quoi, deux heures ?, que je suis rentré. J'ai l'impression que c'était il y a des jours, des semaines, que j'ai passé la porte de la supérette pour acheter des clopes en étant juste déçu de ne pas avoir de ses nouvelles. C'était avant.
- On va se coucher ? Reno me demande.
- Mmh.
- Quelle éloquence, vieux, tu devrais te lancer dans la politique…
Vous le trouvez peut-être insensible de ne pas être plus gentil, mais en fait, ça me fait du bien qu'il me chambre comme si de rien n'était. C'est de ça que j'ai besoin. Il le sent, c'est tout. J'ai besoin qu'il me rappelle que c'est pas si grave que ça, que la vie continue même si une ordure au visage d'ange m'a arraché le cœur avant de le bouffer tout cru. Sel et poivre sur ma blessure à vif. Je suis Reno dans sa chambre, sa main dans la mienne. J'ai pas envie de le lâcher, j'ai besoin de contact. Si je le touche plus, ce sera pire.
J'me fais vraiment pitié.
Plus tard, allongé à ses côtés dans le noir, mes doigts sont toujours entrelacés aux siens et mon cœur est atrocement serré. Couché sur le dos, je fixe l'obscurité en direction du plafond, des larmes coulent le long de mes tempes. Elles se perdent dans mes cheveux, tombent dans mes oreilles, et celles qui arrivent à descendre tout en bas sont bues par l'oreiller. C'est pour beaucoup dans la douleur qui me plombe la poitrine. Vous avez déjà essayé de pleurer sans bruit ? Ça fait super mal.
Malgré la fatigue et mes yeux qui me brûlent, malgré le début de migraine qui menace de rapidement me scier la tête, j'arrive pas à m'endormir. Je veux pas que Reno m'entende pleurer, et l'effort que je dois faire pour que il se rende pas compte que je suis de nouveau en train de chialer comme une gamine exige bien trop de concentration pour espérer m'endormir. J'ai envie de me retourner et d'enfoncer la tête dans l'oreiller…
- Axel… Faut que tu dormes.
Je bascule ma tête vers lui une larme coule de mon œil droit, traverse mon arête nasale et s'échoue dans mon œil gauche, qui déborde à son tour. Il pleut sur mon coussin.
- Je sais.
C'est limite si je m'étrangle pas en lui répondant. Je m'essuie les yeux d'un revers de bras rageur. Maintenant, c'est plus la peine d'essayer d'être discret, je peux m'inonder tout mon soûl.
- J'peux pas dormir.
Dès que je ferme les yeux j'le revois. Son sourire insouciant, sa main dans celle de l'autre, la proximité entre eux, qui semblait si naturelle… Ils avaient l'air tellement bien ensemble, alors pourquoi il a fait ça ? Pourquoi il l'a trompé avec moi, pourquoi il m'a menti ? A quoi ça rime ?
Accoudé sur le lit, Reno me regarde. Ses cheveux détachés retombent sur son torse. Il tend le bras vers moi, me prend par l'épaule et m'attire à lui. Je me roule en boule dans ses bras et il glisse ses mains dans mon dos, sous mon T-shirt-usé-informe-et-trop-large. Il les fait bouger, paumes à plat et doigts écartés, en dessinant des cercles approximatifs et des lignes sinueuses sur mes reins, mes omoplates, mes hanches et mes épaules. Ses caresses sont tellement apaisantes que je finis par me détendre. Mes yeux sont secs. Je sens mon mal de têt qui palpite doucement quelque part au nord est dans mon crâne, prêt à battre en retraite. Il me masse la nuque, et ses gestes m'envoient des frissons dans l'échine. Qu'est-ce qu'il lui prend de faire ça alors qu'il sait parfaitement quel effet ça me fait ?
Il finit par m'arracher un gémissement que je tâche d'étouffer sans grand succès. Vaincu, je me déplie et je me colle contre lui en passant mes bras autour de son cou. Il m'embrasse doucement sur les lèvres et je ferme les yeux. Je me sens apaisé.
- J'ai envie de toi, je murmure contre ses lèvres.
J'ai l'impression diffuse d'être un salaud quand il m'enlève mon T-shirt, et que ses caresses se font plus précises. Pourquoi je devrais me sentir mal, en fait ? On est toujours des adultes célibataires et consentants… Qu'est-ce qui a changé… ?
Il m'étreint doucement et me couvre de baisers. Il a toujours su être un amant attentionné, quand il le voulait ou qu'il sentait que je le voulais, mais là… c'est différent. Il est tellement tendre que, pour la première fois depuis des années, j'ai vraiment le sentiment de faire l'amour. Et j'adore ça. J'ai l'impression que je vais fondre dans ses bras.
Quand on se sépare, je regarde l'heure sur son réveil. Il est presque une heure du matin. Je grimace à l'idée de devoir me lever tôt pour aller travailler. Je m'attendais à ce qu'il se lève pour aller s'allumer un de ses tubes à cancer mentholés mais il le fait pas. Il reste couché et il continue de me tenir dans ses bras. Au Diable les Règles, pour ce soir en tout cas… J'ai trop besoin de son contact. J'ai trop besoin de lui.
- Ça va mieux ? Il me demande d'une voix somnolente.
Je passe un bras en travers de sa taille et je me serre contre lui.
- Merci.
- Me remercie pas, idiot. On dirait que j't'ai rendu service.
- C'est un peu le cas, j'crois.
- J'trouve pas. J'vois pas en quoi ce serait une corvée de te faire l'amour…
Un battement de cœur douloureux. C'est la deuxième fois qu'il dit ça, sauf que ce soir, je l'ai pensé aussi. Et j'ai l'impression qu'on s'engage sur un chemin glissant.. J'aimerais bien jeter un œil à son visage pour regarder quelle expression il a, mais j'ose pas. J'ai trop peur de lire dans ses yeux un écho de ce que je ressens en ce moment. De toute façon, c'est sûrement qu'une illusion due à ce qui vient de se passer. Il m'a réconforté alors que j'me sentais vraiment très mal. C'est normal d'être reconnaissant.
C'est la bonne explication. De toute façon, c'est la seule qui soit acceptable. Notre promesse avant tout.
