Auteur : Fire Serendipity
Bêta-lecture : Lyly u
Genre : Romance, threesome, humour
Disclaimer : Rien à moi, tout à Square Enix. Mon seul profit là-dessus réside dans vos reviews, plus que bienvenues.
Pairing : RAR (Moi aussi, je me serai laissé avoir !)
Note de l'auteur : Pour ceux qui n'auraient pas encore voté au poll, dernière chance ! Il sera clôturé demain ! Les résultats resteront affichés un ou deux jours et un nouveau poll sera mis en place pour Noël !
Je t'aimais d'amour
Je t'aimais, mon amour
Et je voulais te le faire savoir
Te dire que j'étais prêt à construire
Que je voulais y croire…
(The Wiggles – 'Juste avant que je…')
Chapitre 9 : « Impossible » n'est pas Français
Je le suis sur le trottoir sur quelques mètres, jusqu'à ce qu'il sorte un trousseau de clés de sa poche et actionne le verrouillage central d'une petite voiture. Sans surprise – hormis celle de le voir avec une voiture en fait – le véhicule est d'une propreté éclatante dedans comme dehors et il a l'air neuf. Je m'assieds sur le siège passager. Il met le contact, on boucle nos ceintures. Je lui ai pas demandé où il m'emmène. À la réflexion, c'est pas très malin mais bon, il m'a demandé une heure, ça peut pas être à l'autre bout du pays. Je vais écouter ses explications, même si je sais que je n'y croirai pas, et lui rappeler sa promesse.
Mettre fin à tout ça, retrouver ma vie. Tout ça me touche beaucoup trop.
Le trajet passe en silence. J'ai pas envie de parler de toute façon, et lui n'a clairement pas l'air d'humeur. Il a l'air d'être au supplice, mais j'vais pas le plaindre. Après tout, il est infidèle. Alors quoi qu'il souffre, je crois qu'il l'a mérité…
Finalement, je ne suis pas complètement en terrain inconnu là où il m'emmène. C'est le quartier étudiant de la ville, il passe devant les grands bâtiments universitaires avant de s'arrêter devant un parc. Un chemin de gravier sablonneux fait le tour d'une pelouse ronde au milieu de laquelle une fontaine de pierre grise ne crache pas d'eau. Sans doute qu'il fait trop froid et qu'ils cherchent à éviter que les canalisations ne gèlent. En descendant de la voiture, je vois l'arrière d'une espèce de roulotte surplombée d'une énorme gaufre en plastique, et la file qui s'étire sur le chemin. C'est vrai que par ce froid, si j'avais faim, j'adorerais une gaufre chaude…
Roxas passe à côté de moi et se dirige vers quelqu'un, assis sur un banc tout près, et je serre les poings en voyant de qui il s'agit. C'est quoi, le plan ? Il veut que je me jette sur lui pour lui casser la gueule ou juste s'amuser à voir la tête que je fais en rencontrant son mec ? Le grand brun se lève et vient vers nous, il serre la main de Roxas, un air grave sur le visage.
- Comment ça va ? Il demande.
- Bien… Et toi ?
- Ça va. Un peu étonné de te voir, je dois l'avouer.
- … Je sais. Mais j'avais mes raisons.
- Ça vous regarde, tu sais.
- Oui, je sais.
Il se tourne vers moi.
- Je te présente Axel, un ami à moi. Axel, voici mon beau-frère, Terra.
Son quoi ? Super Beau-Gosse me tend la main, je la serre avec réticence. J'ai du mal à croire… Soit ils font semblant, soit y a comme un malaise entre eux. Mais il me sourit et me dit : « enchanté ». Ouais, c'est ça, moi aussi…
- Où est-il ? Demande Roxas.
Terra lâche ma main et désigne du menton la baraque plus loin.
- Parti acheter des gaufres.
- Je vais le rejoindre. Axel, tu veux bien m'attendre deux minutes s'il te plaît?
Et maintenant il veut me laisser seul avec lui… Mais il me supplie du regard, alors j'accepte. Vivement qu'on en finisse avec cette histoire, qu'il tienne parole et qu'il me laisse tranquille. Parce que j'arrive vraiment pas à lui dire non, même dans des circonstances pareilles…
Je m'assieds sur le banc, et l'autre – Terra, qu'il s'appelle donc apparemment – s'assied à côté de moi et me regarde en souriant. C'est quoi ce tordu ?
- Merci, il me dit.
Ah ben v'la autre chose…
- De quoi ?
- Pour Roxas. Ça fait une éternité que je ne l'avais plus vu. Il a l'air d'aller bien.
Je me retiens de lever les yeux au ciel. Pourquoi ils me mentent tous ? En plus, c'est une conspiration ou quoi ? Roxas lui a même pas demandé de le faire, je l'aurais entendu…
- Alors vous êtes amis ?
Si on considère que se retrouver au lit avec quelqu'un en fait un ami…
- Ouais. Pourquoi ?
- Oh, rien. C'est juste que Roxas n'est pas quelqu'un de très… sociable.
Pas très sociable, hein ? C'est pas les mots que j'aurais choisis pour décrire un mythomane qui couche dès le premier soir et se balade main dans la main avec un autre trois jours plus tard. Mais je le dis pas, je me contente d'un « Ah bon. » et de me lever pour faire les cent pas. Toute cette histoire me prend la tête. Son beau-frère ? Genre le fils de son beau-père ou genre le mec de sa sœur ? J'en sais rien. Il m'a pas parlé de sa famille… et puis je sais pas ce qui serait le pire en fait.
- Axel ?
Je pivote pour faire face à Roxas et… hein ?
Vous voyez ce que je vois ? J'ai dû prendre un coup sur la tête. Il est parti seul et il revient avec… un deuxième lui ? Même visage, même cheveux, le tout rigoureusement identique, jusqu'à la façon de se tenir droit, le pied gauche légèrement en avant, quatre mains levées qui portent quatre gaufres qui fument dans le froid. Et puis dans un geste similaire et parfaitement synchrone, leurs mains gauches se tendent vers nous et leurs voix - les mêmes ! - disent en chœur : « Tiens.»
Ils se regardent, gênés, se sourient timidement. Okayyyyyy, c'est bon, je sais pas pour vous mais je commence à avoir ma dose de la Quatrième Dimension pour aujourd'hui…
Terra prend la gaufre que lui tend Copie Conforme en le remerciant et j'accepte celle de Roxas sans rien dire, plus par réflexe qu'autre chose. Je suis trop estomaqué pour sortir un seul mot. Quel truc de fou…
- Axel, je te présente mon frère, il me dit.
Mon cerveau se remet en marche et se met à assimiler les informations. Son frère, son beau-frère, son jumeau, le…
Roxas bis me tend sa main libre.
- Ventus Seren, il me dit.
Je prends sa main tendue, il serre la mienne fermement.
- Appelle-moi Ven. Tout le monde m'appelle Ven. Je suis enchanté de faire ta connaissance, Axel.
Il me gratifie d'un long regard franc en me serrant la main. J'ai un peu l'impression de revoir les yeux de Roxas tout à l'heure, quand il m'a demandé de lui accorder une heure. Ils ont la même façon d'appuyer leur regard quand ils veulent donner du poids à leurs paroles, ses yeux semblent me dire que c'est pas juste une formule de politesse, qu'il est sincère.
- Moi aussi, Ven. Enchanté.
Je mords dans la gaufre que Roxas m'a apportée. C'était gentil de sa part, surtout que j'ai été vraiment dur avec lui, alors que contre toute attente il me disait la vérité…
Je le regarde discuter avec le couple – puisque c'est un couple – et je trouve qu'ils ont tous l'air super gauche et emprunté. Je me mêle pas à la conversation, c'est trop bizarre de toute façon, je préfère rester sur le côté et manger ma gaufre tant qu'elle est chaude. C'est vrai que son beau-frère m'a dit qu'ils s'étaient plus vus depuis longtemps… En fait, ce sont surtout les jumeaux qui discutent. C'est un peu troublant à regarder - quand on est pas habitué, en tout cas. Comme si Roxas parlait à son reflet dans un immense miroir et que le reflet lui répondait. Même leurs cheveux font des épis identiques, il n'y a que leurs vêtements qui sont différents. Et si c'est bizarre de les regarder parler, quand ils s'étreignent, c'est à la limite du perturbant.
Ils se serrent l'un contre l'autre, et leurs expressions diffèrent : celle de Roxas a quelque chose de douloureux et de tendu, Ventus, par contre, a l'air heureux et soulagé.
- Ne me fais plus jamais ça, j'entends – je suppose que c'est Ven qui parle, parce que je vois pas sa bouche mais celle de Roxas oui et ses lèvres ne bougent pas. Je me suis tellement inquiété pour toi…
- Je te demande pardon. Je vais bien maintenant.
- Tu m'as manqué.
- Toi aussi.
Euh… Je me sens à peine de trop là, pas v… Ah ouais, quand même. Nan mais rasseyez-vous normalement, ok, c'est personnel leur truc, mais de là à tous tourner le dos, c'est pas terrible. Vous allez me foutre le cafard.
Le frère et le beau frère viennent me saluer. Ils me sont tous les deux très sympathiques maintenant que j'ai compris là situation. Même Terra, que j'avais envie d'étriper y a dix minutes. Je lui serre la main avec plus d'entrain que la première fois.
- Il faudra qu'on se revoie plus longuement à l'occasion, il me dit en souriant.
- Oh, oui, ajoute Ven en me saluant à son tour. J'ai hâte de mieux te connaître.
Il me fait de nouveau un long regard pénétrant en serrant ma main dans la sienne. J'essaye de pas m'y arrêter – j'ai pas encore le décodeur pour le langage des yeux – et j'accepte leur proposition avec plaisir. Après tout, c'est la famille de Roxas. Ils sont sympa, et je serai content de les connaître.
Finalement ils partent, et on reste seuls. On s'assied côte à côte sur le banc, je chiffonne le papier qui enveloppait la gaufre et le jette droit dans la poubelle.
Roxas a l'air à l'ouest. Il regarde le sol, l'air déprimé, sans toucher à la sienne, de gaufre. J'ai l'impression qu'il a oublié que je suis là.
- Tu devrais manger avant que ça devienne tout à fait froid.
Ses yeux vont du sol à sa gaufre sans passer par moi, sans changer d'expression non plus.
- Je n'ai pas faim.
Il se tourne finalement vers moi, et je constate que son regard n'est pas vraiment déprimé, il a l'air plutôt triste.
- Tu la veux ?
- Ça dépend, elle ira à la poubelle si je dis non ?
- Oui, sans doute.
- Alors donne-la-moi.
J'aime pas qu'on gâche la nourriture. Je prends la gaufre – elle est encore un peu tiède – mais j'ai plus non plus le cœur à la manger. J'en prends une bouchée.
- Roxas, je suis désolé. J'ai été dur avec toi, et j'avais aucune raison valable pour ça.
Ah, un sourire… pâle et un peu triste, mais un sourire quand même.
- Je ne t'en veux pas, tu sais. Tout ça, c'est tellement… cliché. C'est le genre de choses qui arrive dans les films. Comment aurais-tu pu penser que ce n'était pas moi que tu avais vu ? Et puis, est-ce que tu m'aurais cru si tout à l'heure je t'avais dit : « ce n'était pas moi, c'était mon jumeau. » ?
- … Sans doute pas.
- Et c'est normal. C'est pour ça que j'ai voulu que tu le rencontre. Parce que si j'avais essayé de t'expliquer, tu m'aurais pris pour un irrécupérable menteur. Tu ne savais même pas que j'ai un frère.
C'est mon tour de lui faire ma version du sourire doux-amer.
- Je n'sais quasiment rien de toi, Roxas.
Ses lèvres s'étirent et son regard perd enfin cette expression malheureuse, il sourit pour de vrai en plantant ses yeux dans les miens avant de me répondre :
- On a tout le temps d'apprendre à se connaître.
- C'est vrai.
Il se déplace un peu et pose sa tête sur mon épaule en fermant les yeux et je passe mon bras autour de ses épaules.
- Ça faisait deux ans que je n'avais plus vu Ven, il me dit.
- Deux ans ?
Ça me semble si long ! Voila qui remet en question tout ce que je croyais savoir sur la gémellité. J'ai toujours pensé que les jumeaux et les jumelles étaient inséparables… Et en voilà une paire qui a été séparée pendant deux ans ! Mais je fais pas de commentaire – il me parle de lui, alors je l'écoute…
- C'est moi qui suis parti en claquant la porte et il a respecté ça pendant tout ce temps. Mais ça lui a fait mal qu'on soit loin l'un de l'autre, et à moi aussi.
- Pourquoi tu as fait ça, alors ?
Il reste silencieux un moment avant de me répondre.
- Il le fallait. Je pense qu'il fallait… couper le cordon.
- Deux ans, c'est long…
- Oui. C'est pour ça qu'ils étaient tellement surpris que je demande à le voir. C'est pour ça que Ven t'a remercié, aussi. Parce que sans toi, ce n'est pas aujourd'hui qu'on se serait revus…
Je gamberge un peu…
- Il m'a remercié ?
Terra m'a bien dit merci, mais pas son frère.
- Si, quand vous vous êtes serré la main. Son regard voulait dire « merci ».
Ah, c'était donc pas qu'une impression…
- Dis, Roxas.
- Oui ?
- Pourquoi tu restais sans le voir ? Puisque ça fait deux ans maintenant, et que ça te faisait mal.
Il passe mes bras autour de ma taille et me serre doucement.
- Précisément : parce que ça faisait mal. C'est que j'ai encore trop besoin de lui, si j'ai mal quand on n'est pas ensemble.
Je l'enlace. Il a l'air tellement fragile, pourtant à première vue on dirait pas. Une pensée me traverse l'esprit – à nous voir étroitement enlacés sur un banc public, tous les passants doivent nous prendre pour un couple. Sauf qu'on en est pas un, et ça me fait un pincement au cœur de me le dire.
- Alors t'étais à Londres pour ton travail ? Je lui demande pour changer de sujet.
Il s'est assez ouvert comme ça, j'ai pas envie qu'il se sente mal non plus… La diversion fonctionne. Il s'écarte de moi – je fais un effort pour pas le retenir – et commence à me raconter les jours qui viennent de passer.
- Je suis parti avec tout un groupe qui travaille dans la même agence que moi. C'est pour un spot publicitaire pour un flash – tu sais, ces boissons alcoolisées en cannette qui n'ont pas le goût d'alcool ?
Je hoche la tête en réprimant un froncement de sourcils. Oui, je connais, et je suis contre le principe. Ça accoutume les adolescents à boire de plus en plus tôt, une vraie crasse.
- Le slogan c'est « Keep up the party anywhere, anytime ». On a fait des photos et tourné des mini-scènes un peu partout dans des villes célèbres. On est allés à Londres, à Paris, à Berlin, à Ibiza…
Il compte sur ses doigts.
- … et plusieurs quartiers de New York. Je n'avais jamais autant pris l'avion de ma vie ! Pas moins de huit vols en une semaine.
- Hé ben. Moi, j'ai encore jamais pris l'avion.
- C'est vrai ?
Son regard pétille. Pour une fois, sa tendance à passer d'une humeur à l'autre me fait plaisir, il a l'air joyeux.
- Ouais. Jamais eu l'occasion.
- C'est une première fois qu'il te reste à vivre, alors. C'est bien d'avoir des choses à découvrir, tu ne crois pas ?
- Si. T'as raison, j'avais jamais réfléchi à ça.
- Réserve-moi ton baptême de l'air ! D'accord ?
Il a l'air heureux comme un gosse.
- Ecoute… J'sais pas… J'ai pas tellement envie d'essayer, en fait.
- Dis, comment tu t'appelles ?
- Pardon ?
Il a oublié qui je suis maintenant ?
- Ton nom de famille, c'est comment ?
- Ah ! Lee, pourquoi ?
- Axel Lee, il me dit, sérieux, est-ce que par hasard tu aurais peur à l'idée de prendre l'avion ?
- Genre ! Complètement pas ! Je proteste.
J'en entends qui se marrent, au fond… Oui, vous, là ! Regardez pas par-dessus votre épaule c'est à vous qu'je parle ! Ouais, arrêtez de vous payer ma fiole ou vous pouvez sortir et vous saurez pas la suite. Et toc !
Roxas se bidonne. J'ai pas été assez crédible, j'ai plus qu'à passer aux aveux.
- OK, d'accord, je pense que si l'homme était fait pour voler il serait né avec des ailes, je préfère le plancher des vaches. Et te moque pas, j'ai déjà assez avec Reno pour ça !
- Reno ?
Il me regarde, l'air intrigué.
- Je t'en ai déjà parlé. C'est mon meilleur ami, on vit ensemble. J't'avais pas dit son nom ?
- Non. Vous vous connaissez depuis longtemps ?
- Presque dix ans.
- Vous vous êtes connus comment ?
- T'es bien curieux, toi…
- On doit apprendre à se connaître, non ? Je viens de te présenter mon frère, et tu as vu mon appartement, j'ai pris de l'avance.
Roxas : 1 – Axel : 0. Echec au roi.
- D'accord. On s'est rencontrés au lycée. On se ressemble beaucoup physiquement et tout le monde croyait qu'on était de la même famille, ça a fini par nous rendre curieux. On s'est super bien entendus et puis voilà.
- Tu me le présente ? Et puis j'aimerais bien voir l'endroit où tu vis.
Sourire éblouissant. Le traître. Mais comment est-ce que je pourrais laisser ce maniaque de la propreté entrer dans le capharnaüm dans lequel on vit ? A moins de faire le ménage à fond… Quelle horreur. C'est pas parce que j'ai vaillamment affronté l'Ennemi tout seul la semaine dernière que je me suis transformé en fée du logis…
- Tu sais, je…
… cherche mes mots pour éviter cette chausse-trappe. Quelle excuse lui donner ? Il me regarde, l'air réprobateur.
- Axel, comment est-ce que je peux apprendre à te connaître si tu refuse de me laisser entrer dans ta vie ?
… Roxas : 2 – Axel : 0. Echec et mat.
- T'as gagné. Mais c'est à tes risques et périls.
- Super.
- Donnes-moi quand même un… délai, tu veux ? Parce que chez nous c'est… comment dire ? Pas comme chez toi ?
Il me donne une bourrade dans l'épaule.
- D'accord, Cro-Magnon, j'ai compris. Moi laisser à toi temps qu'il faut pour préparer ta caverne à accueillir moi.
… Mais c'est qu'il a la langue acérée quand il se met à faire de l'humour, le blondinet.
- Trop aimable.
- Oh, allez, fais pas la tête va…
- Mh.
Je boude.
- Et si je te raccompagne jusque chez toi pour me faire pardonner ?
… J'arrête de compter les points là. Il a gagné, c'est bon.
- Okay.
- On y va ?
- D'accord.
Même si j'ai envie de rester avec lui, il fait super froid, on sera pas plus avancés ni l'un ni l'autre si on chope la crève…
Heureusement qu'il y a le chauffage dans sa voiture. En général je suis pas fan – quand on met le chauffage d'une voiture en route, je trouve que ça dégage une odeur que j'aime pas, même si je saurais pas la décrire. Mais il a un de ces petits trucs en forme de sapin qui pend à son rétroviseur et qui embaume. C'est pas le parfum vanille – écœurant – ni le sapin – classique mais on s'en lasse, hein ? J'attrape le machin qui oscille entre deux doigts pour pouvoir lire le mot écrit dessus : « orange ».
- Tiens, je savais même pas que ça existait à l'orange, ces trucs-là.
- Tu aimes ? Prends-en un dans la boîte à gants si tu veux, je les ai eus par mon boulot… C'était un essai pour une nouvelle gamme, aux agrumes, mais ça a pas terriblement marché. Comme moi j'aimais bien, j'ai récupéré une boîte.
- Ah ? Mais j'veux pas te priver. D'autant que j'ai pas de voiture.
- Et ton colocataire ?
- Reno ? Il roule en moto.
- Ça a l'air de te mettre en joie !
- Pas vraiment. Il roule sans casque et à chaque fois que je monte avec lui j'ai l'impression que ma dernière heure est arrivée… Il finira dans une chaise roulante s'il se tue pas tout simplement.
- Vous avez l'air vraiment proches, tous les deux, quand je t'écoute. Tu t'inquiète pour lui ?, il me demande après un instant de silence.
- On peut dire ça, oui.
Je réprime une grimace. J'aime pas parler de Reno avec lui. J'aime pas non plus beaucoup l'idée qu'ils se rencontrent.
- Mais prends-en, je t'assure, tu ne me prives pas ! J'en ai plein la boîte à gants, et encore une flopée à la maison. Ils périmeront avant que j'aie pu tous les utiliser, tu n'auras qu'à les distribuer.
- D'accord. Merci.
J'ouvre la boîte à gants et de fait, elle est blindée de pochettes en plastique transparent – et ça me dégringole même pas sur les genoux, comme ça aurait été le cas si on avait été dans ma voiture. C'est rangé soigneusement. Par moments, il me donnerait presque froid dans le dos, le Roxas…
- Citron, pamplemousse, orange… Pomelo ? Eûrk…
- Je n'aime pas beaucoup ceux-là non plus.
C'est enveloppé par paquets de cinq. Je prends un sachet au citron – parce que ma mère adore et qu'elle sera ravie – et un au pamplemousse.
- Voilà, je dis en refermant la boîte à gants (qui, comme dans quatre-vingt dix pourcents des voitures aujourd'hui ne contient pas la moindre paire de gants). Merci.
- Oh, de rien, d'une certaine façon tu me rends service. Ça évitera de gaspiller.
Un silence confortable s'installe, un de ceux qu'il y a eu le soir de notre rendez-vous. Pas envie de parler, pas besoin non plus. Je suis juste bien avec lui, et il a l'air bien aussi. Sa conduite lui ressemble comme tout ce qui à trait à lui – sa voiture, son physique, son appartement – nette et parfaitement contrôlée. L'aiguille ne dépasse jamais les limitations de vitesse, il s'arrête aux feux même orange et aux stops, respecte les priorités, utilise ses clignotants et surtout – ça devient rare – il est courtois. Il fait signe de la main aux gens à qui il cède le passage ou qui le laissent passer, aux piétons qui le remercient d'un sourire quand il s'arrête devant un passage clouté. Je lui indique le chemin au fur et à mesure, et j'éprouve un sentiment de malaise diffus. Je lui ai quasiment reproché le fait que je ne sais pratiquement rien de lui, mais en fait je suis réticent à l'idée de le laisser savoir où j'habite. L'éventualité de le trouver un jour sur le pas de ma porte sans avoir été prévenu au préalable me déplaît profondément. L'appartement est un peu notre sanctuaire, à Reno et à moi. Je crois qu'une intrusion ne lui plairait pas. Moi, j'aimerais pas qu'il ramène quelqu'un. Il faudra que j'en parle avec lui.
- C'est là, juste derrière le coin, je dis à mon chauffeur.
Il braque et s'arrête le long du trottoir sans couper le contact.
- Bon, je dis. On s'appelle, alors ?
J'essaye de sourire mais j'ai la gorge un peu nouée – ce n'est pas ça que j'aurais envie de dire. Il hoche la tête, l'air contrit. Finalement je me tourne vers la portière, mais au moment où je vais pour l'ouvrir, il m'attrape le poignet gauche.
- Attends !
Je me retourne et je le regarde, étonné. Impatient, aussi.
- Axel, je…
Il tient toujours ma main et il détourne le regard. Ça doit être la première fois que je le vois faire ça – éviter de me regarder parce qu'il est… embarrassé ? Tout à coup, je sais que j'ai devant moi le Roxas que j'ai eu au téléphone, celui qui était gêné de sa propre audace à l'idée de m'avoir laissé sa carte. Il est adorable…
- Ecoute, je sais bien que tout va trop vite et qu'on devrait apprendre à se connaître mais je…
Il s'interrompt. J'attends la fin de sa phrase, le cœur battant.
- Je veux être avec toi. Et je n'ai pas envie d'attendre…
Il me regarde enfin. J'adore la gêne que je lis dans son regard, ça lui donne un air vulnérable et mignon à croquer.
J'enroule ma main autour de son poignet.
- Moi aussi.
L'atmosphère est comme épaissie autour de nous, comme pour m'empêcher de sortir de la voiture, pour me retenir. Le moteur qui tourne emplit notre silence d'un ronronnement régulier. Il se penche au dessus du frein à main et du levier de vitesse, sa main gauche toujours posée sur le volant, et je l'embrasse sur les lèvres.
J'ai l'impression de revivre notre premier baiser, sauf que celui-ci ne dégénère pas, il reste tendre. Chaste. Je ferme les yeux et je glisse une main derrière sa nuque.
Dire que ce matin je voulais jamais plus le revoir, je souhaitais ne jamais l'avoir rencontré, je regrettais d'être tombé amoureux de lui. Je suis tellement heureux maintenant que j'ai du mal à y croire.
On se sépare, on reste penchés l'un vers l'autre, front contre front.
- Allez, il me murmure. Rentre chez vous. Et appelle-moi vite…
- Tu peux aussi m'appeler, je le taquine.
- Mh.
Je l'embrasse encore une fois sur les lèvres avant de descendre de la voiture. Je me retourne pas quand je l'entends repartir. Je rentre à la maison.
J'ai l'impression d'être sur un nuage. Je rebondis sur les escaliers plutôt que de marcher dessus – en tout cas, j'ai l'impression. Je rentre dans l'appartement après avoir lutté avec la serrure pendant deux minutes.
- Reno ? T'es où ?
- Dans la cuisine !
Je me débarrasse de mon équipement de lutte contre le froid et je vais le rejoindre. Mais arrivé à la porte, je tombe en arrêt devant une scène d'une incongruité si totale qu'elle doit bien me faire griller deux ou trois neurones dans l'effort mental que j'ai à faire pour l'assimiler.
- Reno ? Je demande, incrédule. Est-ce que tu es en train de cuisiner ?
Faut dire qu'en dehors des pizzas, quand notre alimentation se limite pas à des plats tout préparés et à des surgelés (ce qui fonctionne le plus chez nous après la Machine-A-Café c'est le four à micro-ondes), c'est moi qui m'y colle, même si je suis loin de faire des étincelles. Et lui, depuis neuf ans que je le connais, dont trois années de vie commune, je l'ai jamais vu se faire cuire même un œuf ! Son plus grand exploit culinaire à ce jour, à ma connaissance, c'est d'avoir ajouté de la mozzarella et de l'huile d'olive sur une pizza surgelée…
- Non, je joue à la pétanque, ça se voit pas ?
Il me regarde. Il a la figure un peu rouge et les sourcils froncés. Manifestement, son expérience ne se déroule pas comme il le voudrait…
- Et c'est quoi ?
Il regarde sa préparation, l'air un peu perplexe.
- Pour l'instant, je suis pas sûr, mais normalement ça devrait être du poulet au curry…
Je me rapproche pour jeter un œil dans les casseroles. Du riz en train de cuire – y a de la flotte partout sur le gaz mais bon. Dans une poêle à côté, des cubes approximatifs de viande blanche mijotent dans une sauce très liquide et jaune vif. C'est vrai qu'à première vue, ça ressemble plus à de l'encre fluorescente qu'à un truc qui se mange.
- T'as goûté ?
- … Non. J'ai pas osé.
- Okay, j'me sacrifie alors !
Je trempe un doigt dans la poêle avant de me le fourrer dans le bec.
- Alors ?
Air angoissé dans l'attente de mon verdict. Je re-goûte.
- Ben c'est bon. Un peu trop liquide, mais c'est doux.
Il se fend d'un grand sourire.
- Merci. Tu rentres à temps parce que je sais absolument pas quand ce riz de l'Enfer doit arrêter de cuire…
- Tu veux que je termine ?
- Avec joie !
Il me cède la place devant les fourneaux. Je goûte le riz avec une fourchette, circonspect. Il est un peu trop cuit, mais ça ira très bien, avec le curry.
- D'où t'es venue cette soudaine envie de t'essayer à la becquetance ?
Il hausse les épaules.
- T'as bien fait la lessive.
- Aaaah, remue pas ces douloureux souvenirs !
J'égoutte le riz.
- Tu me donnes deux assiettes, s'il te plaît ?
- T'as l'air de bonne humeur, il me dit en me tendant la vaisselle en question.
- J'ai vu Roxas.
Il tique.
- Ah ? Comment ça s'est passé ?
- Je t'expliquerai en mangeant, attends…
Je sers le riz et le curry et on va s'assoir dans le salon avec nos assiettes pour manger.
- C'est vraiment bon, tu sais !
- Je sais que c'est un compliment, mais avec l'air incrédule que t'as sur la tronche, j'arrive pas à trouver ça gentil…
- Oh, arrête de faire ta mijaurée, tu veux ?
- Toi-même ! Raconte-moi ce qui s'est passé ou mange en silence.
- Ben dis donc, t'as bouffé un clown toi, ce matin.
- En poudre dans mon café. Accouche !
- Hé bien, je dis en avalant ma bouchée de curry, il s'est pointé à mon boulot une heure avant la fin de mon service. C'est Demyx qui lui avait dit à quelle heure je finissais.
- Il a manqué une superbe occasion de se taire, lui…
- J'ai pensé la même chose. J'ai cru que j'allais l'étrangler quand je l'ai vu. Quand on s'est retrouvés dehors, je lui ai dit que je l'avais vu avec son mec et que je savais pas ce qu'il voulait mais qu'il fallait pas qu'il compte pas sur moi.
- Il est parti ?
Je mange pour me donner une contenance avant de répondre – après la semaine que je lui ai fait passer, je sais pas trop comment il va réagir. Mon Dieu, quelle chance j'ai d'avoir un ami comme lui, qui me supporte !
- Tu manges pas ?
- Occupe-toi de ton assiette ! Allez, crache ta pilule.
- En fait… Il vient de me déposer.
Haussement de sourcils plus écarquillement des yeux, Reno joue la stupéfaction mortifiée. Ce serait presque drôle si je me sentais pas aussi ridicule – mais une fois qu'il aura entendu toute l'histoire il comprendra.
- Tu déconnes ? Après ce qu'il a fait ?
- En fait, c'est pas lui que j'ai vu, c'était son jumeau.
Bouche entrouverte, regard atterré, Reno joue la consternation incrédule, le regard qui dit « j'aurais jamais cru que tu pouvais être aussi stupide ! ».
- Il t'a dit ça, et toi tu l'as cru ? C'est une blague !
Et c'est là que j'arrête de passer pour un con… Je suis soulagé d'y être.
- Non, il m'a rien dit parce qu'il savait que je l'aurais jamais cru. Il me l'a présenté.
Il a l'air de plus en plus sidéré.
- J'ai dû faire à peu près la même tête que toi quand je les ai vus l'un à côté de l'autre. Son frère s'appelle Ventus. Je te jure que ça fait un effet bœuf, ils se ressemblent comme… bah, comme des jumeaux, quoi. Jusqu'au moindre détail. Des lithographies !
Il a l'air sonné.
- Ça va ?
- Ouais, ouais, c'est juste… tellement gros comme plan !
- Ouais, et y a plus !
Je lui raconte tout, ce que Roxas m'a dit, Terra, les retrouvailles avec son frère. Il m'écoute jusqu'au bout – je lui donne pas le détail de ce qu'on s'est dit tout à l'heure dans le voiture, j'oublie aussi de mentionner le fait qu'on s'est embrassés. Au fur et à mesure que je raconte ces deux dernières heures, j'ai l'impression de dire des énormités. Tout ça est surréaliste et complètement tiré par les cheveux, alors inutile de rajouter de la guimauve par-dessus, quoi…
- Bon, ben c'est une bonne nouvelle, il me dit finalement en terminant son assiette. Félicitations.
Comme c'est solennel ! Il m'avait jamais parlé comme ça.
- … Merci.
Je fourre mes mains dans mes poches, embêté, et elles touchent quelque chose. Les sapins parfumés ! Je les sors de mon pantalon et pour les montrer à Reno.
- Il m'a donné ça. T'en veux un ? C'est au pamplemousse…
Il regarde le bidule cartonné comme s'il venait d'insulter sa mère et toute sa famille.
- Axel, t'es bien gentil mais qu'est-ce que tu voudrais que j'en fasse ?
Je remets le petit paquet dans ma poche.
- T'as passé une mauvaise journée, Ren' ?
Il hausse les épaules.
- Allez, raconte-moi ! Tu t'es encore fait draguer par une stagiaire ?
- Je ne déteste pas me faire draguer par des stagiaires. Je trouve ça flatteur et mignon. J'aime pas avoir à leur dire que je suis gay, c'est tout. Comme si tout le monde le savait pas, à mon taf!
- Alors quoi ?
- Le poste que je brigue depuis un an va se libérer, et je suis pressenti pour remplacer celui qui s'en va.
- Oh, mais c'est super ! Pourquoi tu fais la gueule ?
- Parce que je suis pas le seul. On est quatre, on sera mis à l'épreuve jusqu'à ce que mon supérieur parte. Ils choisiront plus tard. Ça me gonfle de devoir faire mes preuves alors que ça fait trois ans que je bosse pour cette boîte et que je fais les meilleurs chiffres quatre-vingt pourcents du temps.
- Ah, je comprends. T'as pas tort.
Mais ça m'étonne quand même. C'est un compétiteur-né, le Reno, il adore ça, devoir se battre pour gagner. Enfin, peut-être que cette fois-ci il a juste pas envie. Je vous l'ai déjà dit, il fait très bien son boulot. Il serait capable de me convaincre d'acheter une poubelle s'il essayait vraiment.
- Il est pour toi, ce poste. Fais comme d'habitude et tu l'auras ! C'est toi le meilleur, ils peuvent pas ne pas le savoir.
Sourire aigre-doux.
- Merci, Axel.
Il se lève pour débarrasser la table et je reste pensif. J'ai été tellement égoïste, ces derniers temps. J'étais tellement obsédé par Roxas que j'ai pas vu qu'il allait pas bien. Je suis lamentable, comme meilleur ami.
Je me lève pour aller à sa rencontre quand il revient dans le salon.
- Hé, Ren'.
- Quoi ?
Je le prends dans mes bras et je le serre fort. Il se rebiffe et il essaye de me repousser.
- Qu'est-ce que tu fabriques ? J'dois te rappeler la Règle Numéro I ?
- Dis pas n'importe quoi. Je suis ton ami, et que j'aie quelqu'un ou pas, ça change rien.
Il arrête d'essayer de se dégager et me regarde avoir un sourire de guingois.
- Vraiment rien ?
- Non, pas d - hmpf ! Hé ! C'est pas du jeu, ça !
Il m'a embrassé sur la bouche ! Il m'a eu par surprise, l'enfant de salaud !
- Peau de vache !
Il s'écarte de moi en riant.
- Ouais, ouais, moi aussi je t'aime. Mais crie moins fort, les voisins vont t'entendre.
- Comme si t'en avais quelque chose à foutre des voisins !
Il se laisse tomber sur le divan et me regarde fulminer par en-dessous.
- Bon, c'est pas tout ça, mais quand est-ce que tu me le présentes, le petit prince ? Que je sache au moins à cause de qui je vais devoir me trouver quelqu'un quand j'aurai besoin de…
- Ça va, ça va, le plan-cul a compris !
C'est pas possible ! Ils se sont passé le mot, ou quoi ?
