Auteur : Fire Serendipity

Bêta-lecture : Lyly u

Genre : Romance, threesome, humour

Disclaimer : Rien à moi, tout à Square Enix. Mon seul profit là-dessus réside dans vos reviews, plus que bienvenues.

Pairing : RAR (Moi aussi, je me serai laissé avoir !)

Note : Pour la chanson, je cite évidemment l'original de Depeche Mode mais si vous êtes plus musique moderne, je peux vous conseiller la sublime reprise d'Hooverphonic. On n'a pas beaucoup d'orgueil national avec la musique en Belgique, alors un petit coup de placement de produit...


Here is a plea from my heart to you

Nobody knows me as well as you do

You know how hard it is for me

To shake the disease that takes hold of my tongue

In situations like these

Understand me…

('Shake the disease ' Depeche Mode )


Chapitre 11: Réunions de famille

Bonne année!

J'ai rencontré Roxas en octobre, ça fait trois mois maintenant. Les fêtes sont finies.

Comme chaque année on les a passées en famille. Nos parents ont pris il y a des années déjà l'habitude de le faire ensemble, Noël chez ceux de Reno, Nouvel An chez les miens.

À Noël, on est allés chez lui, et Roxas lui, est retourné dans sa famille pour la première fois depuis deux ans, et ça s'est bien passé. Ce soir-là, à minuit deux, son SMS de "Joyeux Noël" a fait battre mon cœur très fort et m'a rendu heureux, ça m'a fait plus plaisir que tous les vœux que j'avais reçus dans ma vie jusque là.

À Nouvel An, il est venu avec nous chez mes parents. Quand je lui ai proposé, il était ravi mais gêné, et moi aussi, un peu. On a tourné autour du pot pendant dix bonnes minutes et de fil en aiguille on a fini par se dire qu'on préférait tous les deux ne pas dire à mes parents qu'on était ensemble. On était soulagés, on avait tous les deux eu un peu peur que l'autre le prenne mal.

Le soir du réveillon je l'ai donc présenté comme un ami. Nos familles lui ont fait un super accueil et il a rapidement été à l'aise avec tout le monde, même si celui avec qui il a passé le plus de temps à discuter – on s'est efforcés de ne pas rester collés l'un à l'autre, j'avais l'impression d'être redevenu ado, à l'époque ou Reno et moi on se planquait derrière les portes et les rideaux pour s'embrasser discrètement – c'est Reno. Ce qui a donné lieu à une scène parfaitement bizarre et surréaliste.

C'était après le repas et avant le dessert, je donnais un coup de main à ma sœur pour débarrasser la table, et à un moment elle m'a retenu dans la cuisine.

- Hé, Axel…

J'ai déposé ma pile d'assiettes sur le buffet.

- Oui, ma puce?

Elle m'a filé un coup de coude dans les côtes. Bon, elle risquait pas de me faire bien mal, avec ses petits bras de fille, mais y avait de l'idée. On a eu une mauvaise influence sur elle…

- Arrête de m'appeler comme ça, j'ai plus dix ans!

- C'est pas ta majorité qui change quoi que ce soit. Même quand t'auras quarante berges tu seras encore ma petite sœur. Sur mon lit de mort je t'appellerai encore comme ça, ma puce.

Elle est trop mignonne quand elle est en rogne, Ciss. Quand elle était petite et qu'elle faisait une colère, elle tapait sur tout ce qui bougeait. Maintenant elle essaye encore mais bon… C'est pas très féminin. J'espère que ça lui passera.

- Regarde un peu ça au lieu de raconter des conneries…

Elle a désigné d'un mouvement de tête le salon, et Roxas et Reno assis dans le canapé, en grande conversation. Ça me fait toujours aussi chaud au cœur de les voir s'entendre aussi bien.

- Ouais, ils parlent, et quoi?

- Ils sont ensemble?

J'ai écarquillé les yeux.

- Quelle drôle d'idée… Pas du tout.

- T'es sûr? Moi je jurerais que si!

- Qu'est-ce qui te fait dire ça?

- Je trouve juste qu'ils s'entendent vachement bien. Et ils se sont pas lâchés de la soirée!

Bon, ça je suppose que c'était un peu ma faute, à absolument vouloir que la famille ne capte pas pour nous, on en a peut-être tous un peu trop fait… C'est un fait qu'ils s'entendent très bien, mais je sais que Roxas m'aime et je sais comment il se comporte quand il est attiré par quelqu'un, quant à Reno, je le connais comme si je l'avais fait. C'est sûr qu'ils ont plein de points communs et des centres d'intérêt que je partage pas, ils ont ensemble des discussions auxquelles je ne peux pas vraiment prendre part sur des sujets qui sont loin de me passionner, mais rien dans leur attitude ne laisse supposer autre chose. Rien dans leurs regards ou leur langage corporel ne suggère une attirance…

Et voilà comment je me suis retrouvé à devoir convaincre ma sœur que mon meilleur ami et mon mec ne sortent pas ensemble. C'est sûr que c'est ridicule, quand on y pense, le but de la manœuvre était qu'on ne se doute pas de ce qu'il y a entre nous, pas qu'on soupçonne quelque chose entre eux.

- Non, crois-moi. Je connais trop bien Reno pour qu'un truc pareil m'échappe.

- T'es sûr?

- J'en mettrais ma main au feu!

- Bon, d'accord, si tu le dis…

- Je le dis.

- Okay. Tu sais, Kairi a eu la même impression.

Oh les vilaines petites fouineuses…

- Vous avez pas d'autres sujets de conversation, bande de pipelettes?

- Hey!

Elle a encore essayé de me frapper mais je l'ai esquivée sans problème.

- Allez, viens, on finit de débarrasser, ma puce.

- Axel!

J'ai pas parlé de ça à Roxas et Reno. J'ai pas envie qu'il y ait un malaise entre eux, la situation est parfaite comme elle est. Ils s'entendent à merveille, c'est totalement à l'opposé de ce que je redoutais. Je n'y avais jamais réfléchi avant, mais notre relation était purement basée sur notre célibat endurci, et allait forcément changer si je lui imposais mon petit ami. Mais rien n'a changé. Ces derniers temps Reno est crevé, cette histoire de promo à son boulot lui pourrit la vie, et il a le visage pâle et les traits tirés, mais en dehors de ça il est fidèle à lui-même et passer des moments avec eux deux, c'est que du bonheur. C'est bien au-delà de toutes mes espérances. Parfois j'ai l'impression de rêver tellement je me dis que c'est trop beau pour être vrai. Alors je veux que rien ne change.

A minuit, tout le monde est sorti dans le jardin pour regarder les feux d'artifice. Roxas et moi on est restés à l'intérieur en prétextant qu'il faisait trop froid et on en a profité pour se souhaiter une bonne année à notre façon. J'avais eu envie de l'embrasser toute la soirée et la façon qu'il a eue de s'abandonner entre mes bras à ce moment-là… c'était un peu nouveau pour moi. Quand on s'est écartés, j'ai sursauté en trouvant Reno assis en tailleur, accoudé de l'autre côté de la table basse du salon, le menton posé dans ses mains. Il nous regardait en souriant bizarrement.

- Reno! Putain, tu m'as foutu la trouille !

Il a ricané, l'air de trouver la situation super marrante. Roxas était un peu rouge mais il souriait.

- J'ai pensé que vous risquiez de pas calculer le temps qui passait et de pas capter qu'on revenait… Et j'ai eu raison. Ça fait trois minutes que je suis là et vous étiez tellement dans votre truc que vous avez rien remarqué…

Roxas a ri et moi je lui ai fait un doigt d'honneur qu'il m'a rendu assorti d'un superbe sourire moqueur. J'adore ce mec.

Roxas est rentré avec nous le soir de Noël et il a dormi là pour la première fois. Et pour celles que je vois glousser, là-bas, il s'est rien passé ce soir-là. J'ai l'impression que ce serait dégueulasse de faire ça dans ce lit que j'ai souvent partagé avec Reno.

Le lendemain matin, je me suis réveillé dans un lit vide et j'ai croisé un Reno hagard comme toujours au réveil à la porte de la salle de bain. Roxas n'était nulle part mais une odeur de café flottait dans l'appartement. On s'est attablés dans la cuisine tous les deux, encore bien dans le cirage, et on a entrepris de se réveiller à grands renforts de tasses de café. Cinq minutes plus tard Roxas a refait surface avec un sac en papier plein de croissants et de pains au chocolat. Il avait emprunté mes clés.

- Oh, il a dit, déçu, en nous voyant levés, je voulais vous faire une surprise!

Il a déposé le sac sur la table et s'est servi un café avant de s'assoir avec nous.

- T'inquiète, f'est réuffi, l'a raffuré – euh, pardon rassuré! – Reno la bouche pleine.

- Merci, Roxas!

J'avais super envie d'un croissant, en plus. Finalement il a été ravi de nous voir engloutir le contenu du sac presqu'à nous tout seuls – taille mannequin oblige, il n'a mangé qu'un pain au chocolat. Par contre, il boit autant de café que nous et on en a refait deux fois.

Maintenant, on est le six janvier et c'est l'Epiphanie. Ce soir c'est galette des rois et Roxas vient avec Terra et Ven. Depuis le temps qu'on leur avait proposé de venir ! Et puis ma réticence d'avant, quand je redoutais tellement que Roxas et Reno se rencontrent, s'est complètement évaporée. J'ai juste hâte maintenant que tout ce beau monde se connaisse.

L'appart' est nickel, et finalement c'est sympa comme ça… Une fois qu'on s'y est retrouvés dans le rangement de Roxas et qu'on a repéré où étaient toutes nos affaires, on a trouvé que c'était mieux… Qui a dit "Tu m'étonnes!"? … Ouais, c'est ça, jouez les innocents!

On attend donc les "invités", et accessoirement la fameuse galette puisque c'est Roxas qui l'apporte.

- Axel, aide-moi s'il te plaît. J'arrive pas à fermer ces foutus boutons de manchettes…

Reno me tend ses bras. Je prends un de ses poignets et je ferme les boutons incriminés.

- Tu sais, t'étais pas obligé de t'habiller classe…

- Je porte une chemise, c'est pas comme si je mettais un noeud pap', non plus. Merci.

- De…

DRIiiiiiIIIiiIING!

On fait tous les deux un bond.

- Putain, ce que cette sonnette est crispante!

Il a raison. On dirait qu'elle pousse un hurlement d'agonie à chaque fois que quelqu'un l'utilise, avec des graves, des aigus et des trémolos… Je crois que je vais faire un double des clés à Roxas, ça évitera ça à l'avenir…

- Je vais ouvrir.

- C'est toi le boss, boss!

Je lui colle un pain dans l'épaule, il se marre et je vais ouvrir.

Terra dépasse les jumeaux d'une demi-tête – ce type est aussi grand que nous !

- Salut, ils me disent.

- Entrez, entrez, vous pouvez laisser vos chaussures et vos manteaux ici.

Je vous ai pas dit qu'il y a maintenant des crochets libres au portemanteau ? Hé ouais ! C'est une des choses qu'on a faites avec Reno pendant les deux semaines où j'ai arrêté de ramener Roxas ici – le tri !

Terra porte une bouteille de vin blanc et Roxas une boîte de pâtisseries qu'il me donne en m'embrassant sur les lèvres, sous le regard attentif de son frère. Je lui serre la main avec celle qui ne tient pas la boîte.

- Salut, comment ça va ?

- Bien!

Il sourit. Roxas sourit pas comme son frère, le sourire de Ven est plus… comment dire ? Décontracté ? Quand Roxas sourit, on dirait parfois qu'il a une sorte de réserve, comme s'il n'osait pas vraiment lâcher une manifestation de joie sincère.

Ils ont coordonné leurs vêtements, les jumeaux. Jean noir et pull à col roulé vert bouteille. Je les emmène au salon pour faire les présentations. Reno fait une tête comique en les voyant côte à côte et j'aperçois Terra essayer de réprimer un petit sourire.

- Désolé, si tu comptais sur leurs fringues pour les différencier…, je lui dis.

Ven lui tends la main et il la serre.

- Bonjour, je suis Ventus. Mais appelle-moi Ven. Tout le monde m'appelle Ven.

- Reno, répond mon coloc' qui essaye de cacher sa déconfiture.

Terra se présente à son tour et Roxas me dédie un de ses sourires réservés.

J'ai pas pris de risques culinaires pour ce soir – comme j'vous l'ai déjà expliqué, mes talents dans une cuisine sont limités. Je me suis contenté de faire ce que je réussis le mieux, à savoir un grand plat de lasagnes maison. Reno a voulu m'aider mais je l'ai juste laissé mettre la table. Son poulet curry assez réussi de la dernière fois ne suffit pas à effacer le souvenir des cataclysmes qu'il a déjà provoqués en essayant, je cite dans l'ordre, de faire du pudding (avec les poudres instantanées – il ne savait pas que le lait, ça monte), de faire des frites (il a réussi à foutre le feu à la friteuse et à jeter de l'eau dessus, après on a dû repeindre le plafond de la cuisine… Maintenant quand on veut des frites, on va se les chercher au coin de la rue) et du pop corn (ça… il y a des cadavres qu'il vaut mieux de pas déterrer.) Il n'avait plus jamais essayé de faire quoi que ce soit avant le curry de la dernière fois – et j'étais pas là, parce que l'aurais pas laissé faire. Il est peut-être classe et supérieurement intelligent mais c'est aussi un vrai danger public – entre ça et sa manie de s'endormir avec les clopes allumées…

- Axel, tu veux bien aller chercher le sommelier, s'il te plaît ?

- Ah, oui pardon. J'étais dans la lune…

On sert le vin – sauf pour Roxas, mais cet après-midi je suis allé au magasin et j'ai acheté un litre de jus d'orange frais. Vous savez, avec les oranges pressées dans la machine, le truc hors de prix ? J'vous dirai pas combien j'ai payé cette bouteille.

Plus tard…

- Elles sont super bonnes, tes lasagnes !

- Merci, Ven.

- De rien, c'est vrai.

- C'est pas super compliqué à faire…

- Arrête de jouer les faux modestes.

- Je suis modeste !

- Mais oui, c'est ça !

Les autres nous regardent, l'air amusé.

- Vous faites un sacré numéro, à vous deux…

Ça, c'est Terra qui commente… Il parle pas beaucoup mais les jumeaux rient un peu à sa remarque. Je lève les yeux au ciel et je devine que Reno fait pareil.

On a fini de manger et la conversation glisse sur le travail. Ven et Terra sont tous les deux étudiants en Histoire, dans des sections différentes. Terra a l'âge de Reno, plus que Ven qui en est à sa troisième année de fac, et il est assistant. J'ai jamais bien compris ce concept d'assistant de fac, mais je vais pas me prendre un bide en posant la question, oh non. Surtout que tout le monde a l'air de très bien savoir de quoi il s'agit. Motus donc.

Les jumeaux se lèvent pour débarrasser la table. Je proteste, c'est pas aux invités de faire ça, je mets Reno à contribution et Ventus nous accompagne à la cuisine pour disposer la galette sur un plat et la remporter à table. Reno a l'air de mauvaise humeur.

- Qu'est-ce que tu as ? Je demande. Ça te ressemble pas de faire la gueule comme ça.

Ça pourrait ressembler à un reproche mais c'en est pas un. Je suis sûrement le seul à m'en être aperçu. Il range les assiettes dans le lave-vaisselle, l'air morose.

- Excuse-moi, c'est juste cette histoire à mon boulot. Ils nous mettent la pression, ça me gave.

Je souris et lui tapote l'épaule pour le réconforter.

- Je comprends. C'est pas comme si tu avais besoin de faire tes preuves, toi… Tu l'auras, ce poste. Te bile pas trop…

Il remet la porte du lave-vaisselle en place en soupirant.

- Ça va aller, t'inquiète. Je voudrais pas gâcher ta soirée en famille, mon vieux.

Il ajoute ça avec un sourire que j'interprète comme un « je suis fatigué et pas d'humeur mais regarde comme je suis héroïque, c'est bien parce que c'est toi ! ».

- C'est bien parce que c'est toi, il dit.

Je ris.

- Pourquoi tu te marres ?

- Parce que je savais que t'allais dire ça. Je te connais trop bien.

- On est des âmes sœurs, toi et moi, non ?

- Si. Des âmes frères.

Ça sonne mal, mais bon. Il prend la pile d'assiettes à dessert presque pas dépareillées et les couverts à desserts, moitié petites fourchettes, moitié petites cuillères - on a passé dix minutes aujourd'hui à sélectionner la vaisselle qu'on allait utiliser, cinq personnes c'est beaucoup trop pour espérer un service assorti chez nous… - avant de regagner le salon.

- Je coupe ! Annonce Reno en brandissant le grand couteau à découper et en regardant la tarte avec un air oscillant entre le clown pas doué et le fou homicide. C'est son truc, ça, faire le pitre quand il va pas fort.

- Bon ! Je dis. Pendant qu'il s'arrache les cheveux à découper ça en cinq parts égales – et tu triches pas, hein – J'ai une question importante pour les jumeaux.

Regards intéressés de l'assistance.

- On t'écoute, dit Roxas, l'air distrait.

- Lequel de vous est né le premier ?

J'assiste à une réaction surprenante et parfaitement synchrone. Terra serre les dents et fait la grimace comme s'il s'attendait de recevoir un coup sur la tête, Roxas s'illumine littéralement et je vois Ventus croiser les bras et dire sans bruit « gnagnagna » avec de se mettre à bouder. Bouder, c'est le mot… Tout à coup, j'ai l'impression d'avoir affaire à un gamin de douze ans.

- Je crois que tu as ta réponse, mon amour, dit mon blond à moi avec un petit air supérieur et satisfait.

- Oh ta gueule le vieux ! Râle Ven en s'appuyant contre Terra qui regarde de part et d'autre d'un air mi-accablé mi-résigné mi-amusé – ou je sais ça fait trois demis. T'es sorti le premier uniquement parce que je t'ai poussé !

Reno rit, Terra pousse un soupir désabusé qui laisse entendre qu'il a déjà vécu ça et moi je reste bouche bée une minute. Première fois que j'entends une grossièreté sortir de la bouche d'un Seren.

- Ça, c'est ce que tu aimerais bien croire, Ven-Ven, dit Roxas d'une voix mielleuse.

- Non, ça c'est ce que je sais, Roxie.

Plutôt fielleuse, de ce côté, la voix. Un silence pesant s'étire.

- Bon ! C'est pas tout ça, mais Ventus, si tu veux bien passer sous la table…

Ça, c'est Reno. Nos trois invités se tournent vers lui sans comprendre. Comme je suis gentil, je leur explique.

- A l'Epiphanie, la tradition veut que le plus jeunes des convives présents se mette sous la table pour faire la distribution des parts. Comme ça, aucune tricherie possible ! Allez, Ven !

Terra le pousse un peu en souriant, et il lève les yeux au ciel mais il y va. Reno dispose les morceaux de gâteau sur les assiettes et je vois la fève qui dépasse du bord d'une des parts. C'est pour ça que c'est pratique, cette méthode. Reno prend une des assiettes, pas celle avec la fève.

- Tu peux y aller, il dit.

La voix de Ven sort de dessous la table, maussade.

- Pour Terra.

- Ah, l'amour, soupire Reno en déposant l'assiette devant son destinataire.

- Suivant.

- Axel.

J'hérite d'une part sans fève. Tant mieux, j'ai jamais aimé les postes à responsabilités.

- Suivant.

- Pour toi.

La voix de Ven a l'air plus enjoué. Est-ce qu'il s'amuserait ? Reno prend sa part – toujours pas celle avec la fève – en disant merci, puis il prend le morceau gagnant. Je me mords les joues pour ne pas rire. Personne d'autre ne l'a vue et je me demande la tête qu'il fera si c'est Roxas qui en hérite.

- Suivant ?

- Pour moi.

Reno distribue les deux dernières assiettes, devant la chaise vide puis à Roxas qui continue de sourire un peu narquoisement.

- Voilà, tu peux sortir, annonce mon colocataire en se rasseyant. Ven sort d'en dessous de la table et se brosse les genoux avant de s'assoir. On se met à manger et il ne faut pas longtemps avant qu'il ne trouve la fève dans sa part. C'est au tour de Roxas de bouder et de son frère de sourire triomphalement. Ils sont mignons, tous les deux.

- La couronne ! Réclama Terra en riant.

Elle est jolie, la couronne. C'est pas un de ces trucs en carton qu'on trouve dans les boîtes de galettes de supermarché – pas que j'aie quoi que ce soit contre les galettes de supermarché, hein ! Celle-ci est faite en métal doré, léger, sans doute du laiton ou de l'aluminium. Elle est faites de tiges et de charnières et ça se plie et se déplie et dépendant de combien on tire ou pas dessus elle peut aller de la petite couronne style princesse qu'on pose sur le haut du crâne au bandeau qui ceint la tête et le front. Pour Ven, ce sera la couronne classique. Terra relève le défi de la poser sur sa tête avec sa coiffure pas pratique pour ça. Sur moi ça aurait été pire encore…

Reno re-remplit les verres pour porter un toast en l'honneur du couronnement. Et là, c'est le drame. Ça devait arriver, c'est sûr, parce que ça arrive toujours quand on passe une bonne soirée, mais c'est pas pour autant qu'on s'y attend, et c'est pour autant que c'est moins catastrophique.

- Y a plus de vin !

Et de fait. Un verre rempli et un autre à moitié, et une dernière goutte de vin qui pend du goulot, qui hésite à tomber, on dirait qu'elle crie à Reno qui tient la bouteille : « Non ! Je veux pas y aller ! Il y en a déjà dans celui-là, fais pas le con, partage-moi entre les autres verres ! »

Mais on va pas partager une goutte de vin en trois pour porter un toast, quand même…

- Non ! Je veux mon toast, moi !

Ça, c'est Ven qui proteste. Et Terra qui se lève et qui dit :

- Le Roi a parlé ! En quête, braves compagnons ! Partons chercher de la boisson !

- Je viens ! dit tout à coup Roxas. Et Reno vient avec !

C'est là que je commence à trouver ça bizarre, tout à coup. Roxas se pend au bras de Reno qui a l'air de rien calculer, et je sens qu'on me tire – Ven qui s'accroche au mien.

- Je suis le Roi, je ne bouge pas ! Et je garde Axel !

Trois secondes plus tard, je vois Terra sortir, suivi de Roxas lui-même suivi de Reno – ou plutôt traînant Reno à sa suite, je devrais dire. Il a l'air de plus en plus hébété. Déjà qu'il était pas en forme, le monde est cruel avec lui… La porte claque et leurs éclats de voix continuent de se faire entendre un instant avant que le silence ne tombe.

Et me voilà seul avec Ven. Pourquoi j'ai l'impression d'être la cible d'une conspiration… ?