Auteur : Fire Serendipity
Bêta-lecture : Lyly u
Genre : Romance, threesome, humour
Disclaimer : Rien à moi, tout à Square Enix. Mon seul profit là-dessus réside dans vos reviews, plus que bienvenues.
Pairing : RAR (Moi aussi, je me serai laissé avoir !)
« LUI » est plus vieux
Je porte son pull marine
L'eau de ses yeux
Est bleue, d'un bleu des mers de Chine
« IL » est mystérieux
Dans sa stratosphère
Entre les deux, je voulais
Les deux
( Alizée « Lui ou toi »)
Chapitre 12: Les Règles sont faites pour être transgressées
Je regarde la porte du salon par laquelle tout ce beau monde vient de prendre la poudre d'escampette dans l'intention la plus cousue de fil blanc du monde de me laisser seul avec Ven. J'ai même pas l'impression qu'ils aient essayé d'être discrets. Je serais vraiment une belle truffe si j'avais pas capté un truc aussi énorme… J'espère juste qu'ils ont pas pensé que j'allais tomber dans le panneau, parce que sinon j'ai du souci à me faire quant à l'opinion que Roxas se fait de moi et de mes capacités intellectuelles… Son frère me regarde en essayant de réprimer un sourire. Raté. Je vois le coin de sa bouche qui tremble.
J'enfonce mes mains dans mes poches en prenant un air inquiet.
- C'est le moment où tu me dis que tu viendras me refaire le portrait si je fais du mal à ton frère ?
Il arrête d'essayer de ne pas sourire et glousse. La couronne vacille sur sa tête.
- J'avais plutôt pensé à utiliser l'expression « dévisser la tête ». Mais refaire le portrait ira très bien.
Je hausse les épaules.
- Ne te fatigue pas, j'ai que les plus louables intentions en ce qui le concerne.
On échange un regard et un sourire, puis il s'installe dans un des divans.
- Le roi a soif !
Et il dit ça d'un naturel… Je prends les deux verres pleins sur la table et je vais le rejoindre. Après une gorgée de vin, il se tourne vers moi, l'air plus sérieux.
- En fait, ça n'a rien à voir avec ça… Je voulais être seul avec toi, c'est tout. J'ai des choses à te dire – des choses vraiment personnelles.
Ah, ça c'est, euh… inattendu. Qu'est-ce qu'il peut bien avoir à me dire, à moi en particulier ?
- Déjà, je voudrais expliciter mes remerciements, parce que je ne l'ai pas vraiment fait avant, et aussi te transmettre ceux de mes parents.
Ça doit se voir sur ma tête que je pige que dalle à ce qu'il raconte, je me trompe ?
- Pour Roxas. Sans toi, ce n'est pas maintenant que nous l'aurions revu.
Je ne lui dis pas qu'il bien raison, Roxas lui-même me l'avait dit.
- Il n'y a pas qu'avec moi qu'il avait coupé les ponts… Avec mes parents aussi. Deux années sans un seul coup de fil, tu imagines ? Deux fois Noël, Nouvel An, la fête des mères, la fête des pères et les anniversaires sans aucune nouvelle… Et du jour au lendemain il nous est revenu. C'est grâce à toi. Bien sûr, mes parents ne m'ont pas demandé de te remercier pour eux, mais je voulais que tu saches que tu leur as rendu un fils, et qu'ils en sont éperdument heureux.
Je baisse le nez, intimidé.
- Qu'est-ce qu'il y a – oups !
Il s'est penché pour essayer d'attraper mon regard et a dû retenir la couronne pour qu'elle dégringole pas de sa tête.
- C'est moi qui suis reconnaissant, tu sais. Qu'il ait posé les yeux sur moi et qu'il ait trouvé en moi quelque chose qui lui plaisait. Y a jamais eu le moindre calcul de ma part parce que j'étais incapable de le saisir, de comprendre comment il fallait le prendre, et donc aussi incapable de savoir quoi feindre pour lui plaire. Alors j'ai juste été naturel, cent pourcent moi, en me disant ça passe ou ça casse, et si ça casse tant pis, c'est que c'était perdu d'avance. On construit pas une relation sur du faire-semblant.
Il hoche la tête pour me faire comprendre qu'il me suit.
- Alors tu vois… Que vous me remerciiez de vous l'avoir ramené, je trouve ça complètement surréaliste. Parce que j'ai souvent du mal à en croire ma chance et que je conçois mal d'être remercié de l'avoir rencontré. J'ai l'impression d'avoir eu le plus énorme coup de bol de l'histoire de l'humanité.
J'ai le visage qui chauffe. Je risque un œil vers Ven qui me regarde en souriant, l'air un peu… attendri.
- Désolé, putain que c'était mièvre…
Il rit.
- Je suis ravi de savoir que tu l'aimes à ce point !
- Ah…
Un moment de silence suit, je bois une longue gorgée de vin.
- Lui, moi et Terra, on est amis depuis très, très longtemps. On était des inséparables, c'était comme si on avait eu un troisième frère et à l'époque, Roxas et moi on était plus proches de caractère qu'aujourd'hui. Il était plus bavard et il avait le rire plus facile. Et puis un jour, Terra et moi on s'est rapprochés, comme tu t'en doutes. Mais Roxas l'a très mal pris.
Ah bon ? Je me demande si en réalité il n'y avait pas même un infime fond de vérité dans ce que j'ai cru concernant ces deux là…
- Au début, j'ai pensé qu'il avait peut-être espéré quelque chose avec lui, mais j'ai vite compris que ce n'était pas ça, le problème.
Ah, autant pour moi.
- Je ne savais pas quoi faire. Roxas est mon frère, mon jumeau, et je l'aime plus que je ne saurais le dire. Mais j'étais bien avec Terra. Il me plaisait depuis longtemps et je savais que j'avais une vie à construire et que je ne devais pas la construire autour de ma relation avec mon frère. Roxas n'avait pas vraiment compris, lui. Il s'est senti trahi, il m'en a voulu à mort, d'aimer quelqu'un d'autre que lui… ça a duré pendant des semaines, des mois. Jusqu'au jour où il est parti de la maison en claquant la porte.
Je me mordille les lèvres. Je me sens un peu mal de recevoir ces confidences, parce qu'elles concernent Roxas et que j'ai l'impression que d'une certaine façon, j'écoute son frère dire du « mal » de lui. Mais d'un autre côté, je suis vraiment heureux d'en apprendre un peu plus sur lui. Il est tellement secret…
- Il n'y a que son amie Olette qui s'arrangeait de loin en loin pour nous donner des nouvelles – elle m'envoyait un mail la plupart du temps. Elle était très loin de nous raconter sa vie, mais on savait l'essentiel, dans les très grandes lignes. On savait dans quel quartier il habitait mais pas l'adresse, par exemple. Des informations très vagues sur son travail, assez pour savoir qu'il n'était pas dans le besoin… Elle n'a pas trahi sa confiance en le balançant à nos parents, mais d'un autre côté elle a fait une vraie bonne action car sans elle, nous serions restés dans l'ignorance totale. Tu peux imaginer ça, pour des parents ? Et moi… c'est mon jumeau, tu comprends ? Je me sentais vide à être aussi loin de lui. Incomplet. Ça a bien failli tout foutre entre l'air entre Terra et moi. Arrivé à un certain point j'en étais presque venu à penser que c'était Roxas qui avait raison, que c'était lui qui comptait le plus, que c'était nous d'abord et les autres ensuite. C'est parce que Terra a tenu le coup et qu'il m'a secoué les puces quand il le fallait qu'on est toujours ensemble aujourd'hui. Il m'a fait comprendre qu'il ne s'agissait pas de Roxas ni même de lui mais uniquement de moi. Que je ne devais pas choisir entre vivre pour mon frère ou vivre pour celui que j'aimais, mais seulement vivre pour moi. Il m'a apaisé. Je suis heureux et soulagé que Roxas ait aussi trouvé la personne avec qui il pourra se construire sans moi.
Et vlan ! Regard limpide et lumineux dans ma face. Quand ils me regardent comme ça, l'un comme l'autre, j'ai l'impression d'être à poil – et les deux mains attachées dans le dos.
- Ta confiance me touche, j'articule, mort gêné.
Finalement un moment passe où il ne dit rien et moi non plus. D'une lampée je vide mon verre et je cherche un truc à dire pour meubler le silence.
- Tu sais tous ces trucs qu'on dit sur les jumeaux ?
Il me regarde d'un air incertain.
- Que vous pouvez sentir la douleur de l'autre, savoir ce qu'il pense à distance, ce genre de choses.
- Ah, ça. Oui, quoi ?
- C'est des légendes urbaines ou c'est vrai ? Je me suis souvent posé la question, et encore plus depuis que je vous connais tous les deux.
Il se tortille un peu sur les coussins et me décoche un regard en coin.
- Mmmmh… Comment te dire ? Il y a un fond de vérité, je suppose. On n'a jamais vraiment eu besoin de se parler pour se comprendre, mais on ne communique pas par télépathie non plus. Et je n'ai jamais eu de vision de lui quand il n'allait pas bien, ni senti sa douleur. Il y a de l'empathie entre nous, plus que la moyenne, mais je ne me sens pas mal avec lui si on n'est pas ensemble. Il y a juste une fois…
Il s'interrompt et regarde au fond de son verre, l'air songeur.
- Une seule fois, j'ai senti quelque chose… d'anormal. Il y a un peu plus d'un an, pendant un ou deux jours, je me suis senti affreusement oppressé, sans aucun raison. J'avais du mal à respirer et mal au cœur, impossible de fermer l'œil, cette nuit là. J'avais… peur. Et pas moyen de savoir pourquoi. Et quand je dis peur, c'est la vraie peur, la pure angoisse qui te prend les tripes et qui te les tord, quand ça fait mal. Et puis d'un seul coup ça s'est arrêté, plus rien du tout. Je n'ai jamais su ce qui s'était passé. J'ai déjà interrogé Roxas à ce sujet, par curiosité, pour savoir si lui aussi il avait senti ça, ou quelque chose dans ce genre. Je lui ai dit à quelle époque plus ou moins c'était arrivé, mais lui n'a rien remarqué. Alors je ne sais pas si ça avait un rapport.
- Je vois.
… Ou pas je suis perplexe mais bon. Tout ça me dépasse.
- C'était pas très sympa de votre part de coordonner vos vêtements. Vous l'avez fait exprès ?
Je pense à mon pauvre colocataire qui a appelé Roxas Ven et Ven Roxas trois ou quatre fois sur la soirée. Ven sourit d'un air penaud.
- C'était l'idée de Roxas…
- Vous l'avez bien fait tourner en bourrique, tous les deux.
- Ah, les revoilà !
J'entends des voix dans le couloir, ils arrivent, en effet. Coup de chance pour Ven qui saute sur l'occasion pour aller leur ouvrir la porte.
…Mon Dieu, Reno a vraiment l'air mal.
- A boire, mon Roi ! Annonce Terra en brandissant deux bouteilles de vin en direction de Ven qui lève les deux pouces en disant « A la bonne heure, mon brave chevalier ! Venez quérir votre récompense ! » et en lui tendant les bras. Roxas a une main posée sur le bras de Reno, l'air un peu inquiet. Y a de quoi. Il est en état de décomposition avancée, là…
On ressert à boire et tout le monde s'installe dans le salon. Roxas reste près de Ren, et ça me fait plutôt plaisir qu'il s'occupe de lui. Ce serait grossier de ma part de m'isoler avec lui pour lui parler.
La soirée se poursuit. Finalement, les deux bouteilles sont vides. Ven a les joues bien rouges de rire et de vin et Terra, lui, aurait plutôt l'alcool brumeux. Il a l'air d'avoir du mal à focaliser son regard, mais bon, même sans parler du vin, il est une heure du matin. Roxas se lève.
- Allez, debout les morts. Je vous ramène.
- T'es un frère, dit Terra d'une voix un peu pâteuse.
Roxas n'a pas bu une seule goutte d'alcool de la soirée, évidemment. Le Bob idéal… Reno souhaite une bonne nuit à nos invités et part se terrer dans sa chambre. Roxas le regarde partir, l'air contrit. Puis Ven et Terra vont dans le hall enfiler leurs vestes. Je me rapproche de Roxas pour le prendre par la taille.
- Tu reviens, après… ?
- Tu m'attends ? Il me demande.
- Bien sûr. Je vais ranger, et puis réchauffer les couvertures, qu'est-ce que t'en penses ?
Il me sourit et mon ventre se réchauffe. J'adore son sourire…
- Ça me va très bien, il chuchote en se haussant sur ses pieds pour m'embrasser sur la bouche.
- Ok. A tout de suite alors.
- A tout de suite.
Il part dans le vestibule rejoindre son frère et Terra. J'entends un coup sourd puis des rires étouffés puis la porte qui s'ouvre.
- Fais attention sur la route, hein !
- Mais oui, ne t'inquiète pas !
Et la porte se referme.
Le silence tombe sur l'appart' comme une chape de plomb. Une atmosphère désagréable et lourde, je comprends pas bien pourquoi…
Je commence à ranger, mais il y a pas grand-chose à faire, en fait. Et une fois toute la vaisselle dans le lave-vaisselle et le salon remis en ordre, j'éteins les lumières avant de rejoindre ma chambre et d'ouvrir le lit.
Sur le mur de l'autre côté du couloir, je vois une lueur diffuse. Probablement une lumière allumée dans la chambre de Reno, qui filtre par en dessous de sa porte… S'il ne dort pas, je devrais aller lui parler. Je m'inquiète pour lui…
J'hésite devant sa porte. Finalement je frappe avant d'entrer.
La lampe de chevet est allumée. Il est couché sur son lit, torse nu, les bras croisés derrière la tête et ça a pas l'air d'aller mieux. Il se tourne vers moi.
- T'as besoin de quelque chose ? Il me demande d'une voix morne.
Je secoue la tête et je vais m'assoir sur le lit, à côté de lui.
- Non. Je venais voir comment tu allais. Je m'inquiète pour toi.
- Tu devrais pas. Ça va tu sais, j'ai juste le cafard, et le stress du taf qui me pourrit la vie…
- J'te crois pas. Et c'est pas la peine de me faire ton numéro de sourcils, ça prend pas avec moi.
Il me regarde, l'air contrarié. Sans aucun doute, il s'était attendu à ce que je cherche pas plus loin… Mais c'était sans compter sur ma culpabilité. J'ai tellement l'impression de l'avoir laissé tomber ces derniers temps… Pas question de le laisser s'en tirer comme ça.
- Pourquoi tu mens ? Et à moi, en plus, alors que tu sais que ça sert à rien ! Je te connais trop bien pour avaler que c'est seulement à cause de ton boulot, mon vieux. Y a vraiment un truc qui tourne pas rond chez toi, en ce moment. Alors parle-moi, s'te plaît.
Il me regarde et soupire.
- Ecoute, Axel… C'est important. Je voudrais te jurer que je vais bien, te promettre que tu dois pas te faire de soucis pour moi. Je te le demande en tant qu'ami, s'il te plaît, s'il te plaît est-ce que tu pourrais ne pas t'inquiéter pour moi ? Ne fais pas attention, ça va aller mieux.
Je suis perplexe, limite incrédule.
- Tu me dis que tu vas pas bien et que tu veux que je fasse comme si de rien n'était ?
Il sourit, morose.
- C'est ça. Je te le demande en tant qu'ami.
- Désolé, mais c'est non. Et je vais tâcher d'oublier que tu m'as un jour demandé ça.
- Axel, je t'en prie. T'as confiance en moi non ?
- Oui.
- Super confiance ?
- Oui.
- Alors si je te demande sincèrement de ne pas me demander ce qui va pas… Si je te jure sur ma tête que ça vaut mieux pour tout le monde que je t'en parle pas, que c'est super, super important…
- … Tu peux super, super aller te faire foutre. Non, Reno, on a jamais eu de secret l'un pour l'autre. Je veux pas qu'on commence aujourd'hui, alors que t'es au trente-sixième dessous parce que tu me caches un truc. Je suis ton meilleur pote, t'es un frangin, pour moi et c'est hors de question que je te lâche.
Il se met un bras en travers de la figure et pousse un soupir.
- Axel, il vaut vraiment, tellement mieux que tu ne saches pas…
- T'es pas mon père, t'as pas à décider ce qui est mieux pour moi. Quel que soit le problème, je t'aiderai. On est toujours plus forts ensemble que seuls, pas vrai ?
Il vire son bras et plante son regard dans le mien. Un long, très long regard, sans dire un mot, et tout à coup j'ai une impression bizarre, comme un pressentiment. Je me dis que je vais peut-être regretter d'avoir insisté pour savoir. Je sens que ce qu'il a à dire, quand il l'aura enfin dit, va tout bouleverser. Que rien ne sera plus jamais comme avant.
Mais ça change rien. Même si c'est grave, même si je peux rien y changer, je veux le soutenir et l'aider de mon mieux. Et pour ça, j'ai besoin de savoir.
- Je voulais pas t'en parler, parce que j'espérais que ça allait passer. S'arranger tout seul, avec le temps…
Il continue de me fixer droit dans les yeux.
- Mais en fait, non. Ça n'a été qu'en empirant, et là, je suis complètement dans la merde. Tout ça parce qu'on a pas respecté les foutues Règles !
Sa voix gronde. Je réponds rien parce que je me doute que je vais comprendre plus tard.
- Ça date d'il y a quelques mois, déjà. Mais ça a vraiment commencé le jour où t'es rentré après avoir vu Terra et Ven pour la première fois… La semaine qui a suivi.
Je sens mon cœur se mettre à battre plus vite, et une chaleur gênante me monte aux joues. Il me regarde encore, l'air désolé.
- Pendant les jours qui ont suivi, on a été… on a complètement oublié qu'on avait mis des lois sur notre vie à deux. Pendant cette semaine où t'as été si mal… complètement vulnérable, tu t'es totalement reposé sur moi. T'as pleuré dans mes bras, on a dormi ensemble et passé tout notre temps collé l'un a l'autre. J'ai pris soin de toi et j'ai fait de mon mieux pour te réconforter parce que j'avais mal pour toi. J'aurais jamais cru que ça me ferait ça de te voir souffrir et pourtant, c'était insupportable. Je voulais…
Il s'interrompt, et il finit enfin par détourner le regard. Tant mieux, parce que je n'arrive plus à soutenir le sien. J'ai le cœur que bat la chamade, la gorge serrée d'émotion, je sais où il veut en venir et merde, il avait raison. J'aurais dû le laisser gérer ça tout seul parce que moi aussi, au fond…
- Je voulais juste te prendre dans mes bras et te mettre à l'abri du reste du monde. Te protéger. Et malgré tout, il s'est passé quelque chose pendant cette semaine… Il y a comme des barrières qui sont tombées. Et pouvoir être aussi proche de toi, ne pas faire attention à garder une certaine distance, ça a comme changé un truc.
Je me mords les lèvres. Pendant cette semaine-là, on a vraiment complètement zappé notre « charte de vie quotidienne ». On a été plus proches qu'on ne se l'était jamais permis avant… Et moi aussi, j'ai aimé ça, sur le moment.
- Ça a vraiment changé quelque chose pour moi. Et j'ai commencé à penser… que peut-être, on avait eu tort de se fixer ces Règles. Qu'on s'interdisait peut-être de vivre quelque chose de parfait, et sans aucune raison…
Je baisse les yeux. Je suis sûr d'avoir le visage totalement empourpré, mais il continue :
- Plus j'y pensais, plus ça semblait évident… J'ai voulu t'en parler à ce moment-là, et finalement j'ai pas pu, parce que le soir où j'avais prévu de le faire… T'es rentré et tu m'as dit que tu avais revu Roxas. Et t'avais l'air heureux.
Il marque une pause, et finalement j'ose regarder vers lui à nouveau. Son regard est très dur, mais je le connais, je sais qu'il se blinde pour pas montrer qu'il souffre.
- J'avais préparé tout un discours, tu sais. Avec des arguments. J'avais l'intention de te dire que j'étais prêt à essayer de construire quelque chose d'autre avec toi. Quelque chose de sérieux. J'avais vraiment envie d'y croire, surtout qu'une fois que j'ai eu cette idée en tête, elle y a tourné encore et encore jusqu'à se superposer à tout le reste et qu'à ce moment-là, tout m'a semblé… limpide. Evident. Comme si c'était… Tu sais que je crois absolument pas au destin et à toutes ces conneries. Rien n'est couru d'avance, on peut toujours changer les choses et faire ses propres choix mais toi et moi… A ce moment-là, pour la première fois de ma vie j'ai eu cette impression qui te fait dire : « C'était écrit ». Qu'on était… faits pour être ensemble et qu'on s'était toujours interdit de le comprendre. Mais vous vous étiez… réconciliés. T'étais heureux. Alors je t'ai rien dit et j'me suis dit que ça allait finir par passer. C'est pas passé.
Il soupire. Moi, j'ai les tripes nouées, je sais pas quoi lui dire. Tout ce qu'il décrit, je l'ai pensé aussi, ressenti aussi… mais ça avancerait à quoi de le dire ? Je suis avec Roxas aujourd'hui. Et je l'aime. Sincèrement. Mais Reno…
- Y a des moments…
Sa voix est descendue d'une octave. Il détourne le regard de nouveau et j'ai l'impression que ses yeux brillent un peu plus, dans la lueur de l'ampoule économique.
- Y a eu des moments où j'avais envie de t'étrangler. Des moments où j'aurais voulu prendre ta tête et la cogner sur le sol. Et même avant cette fameuse semaine. Le jour où t'es allé à votre premier rendez-vous, tu te souviens ?
- Oui.
Quand je suis rentré ce soir-là, il s'était endormi avec une cigarette allumée, et il sentait le vin.
- Je savais même pas encore ce que je ressentais, mais je sais qu'il y avait déjà ce quelque chose de différent, ce truc qui avait commencé à… à changer. Parce que ce soir-là, t'es rentré d'un rencard avec un mec que tu connaissais à peine, et t'étais allé chez lui, et tu sortais de sa douche… T'es rentré et tu t'es mis au lit avec moi et je me suis dit : « Il croit qu'il peut coucher avec un autre et venir dormir dans mes bras après ? ». Je t'ai détesté d'être ce mec-là, parce que c'était un comportement de salaud. Je t'en voulais à mort, et j'ai rien dit parce que je comprenais pas pourquoi j'étais tellement en colère.
Il s'assied sur le lit. Je peux pas m'empêcher de le regarder, malgré ma honte.
J'ai honte de moi parce que je sais qu'il a raison, je sais qu'à ce moment-là, ce soir-là, quand je me suis blotti dans ses bras alors que mon corps était encore tiède des caresses d'un autre, j'ai eu l'impression de faire un truc vraiment moche… et que j'ai fait taire ma conscience.
J'ai honte de ma faiblesse parce que tout ce qu'il me dit me fait plaisir, au fond, que tout ça trouve un écho en moi alors que j'aime Roxas et qu'il y a quelques heures à peine je jurais mes grands dieux à son frère que je lui ferai jamais de mal et pourtant je peux pas m'empêcher de le regarder. Pas même son visage, ça ce serait encore excusable. C'est les ombres que la lumière tamisée jette sur son corps qui me fascinent. Pour la première fois depuis très longtemps je réalise à quel point il est beau. La lumière souligne les creux de ses muscles, donne à sa peau une couleur chaude, et c'est un appel au toucher.
Je me force à m'arracher à cette contemplation – déjà, parce que c'est un véritable supplice, il est parfaitement hors de question que je fasse ça – et ensuite parce qu'il me voit le regarder, et c'est pas terrible, compte tenu des circonstances. Mes pensées doivent se lire sur mon visage. Je me force à le regarder dans les yeux.
Mauvaise idée. C'est pire. Comme si je tombais dedans. On se regarde et c'est comme si tout le reste disparaissait dans le brouillard autour de nous. Il lève la main et touche mon visage. Je sursaute légèrement. Le contact se fait plus appuyé. Il caresse ma joue, je voudrais fermer les yeux, mais c'est une très mauvaise idée, je sens que si je fais ça, il va se passer un truc grave, quelque chose qui doit pas arriver. Mais j'arrive plus à me souvenir quoi, ni pourquoi ce serait si grave. Quelque chose de chaud et de douloureux monte en moi et il fait glisser son pouce sur ma peau. Il me regarde d'une façon presque intolérable tant je sens sur moi le poids de tout ce qu'il y a dans ses yeux.
- J'ai compris, maintenant. Et je suis tellement désolé, j'aurais jamais, jamais dû mais je…
Sa main descend de ma joue vers le côté de ma gorge, puis se glisse dans ma nuque en caressant la racine de mes cheveux. Je frissonne et les sensations qui m'oppressent la poitrine, font battre mon cœur si vite et tourner ma tête gagnent encore un degré d'intensité. Il m'attire vers lui et appuie son front contre le mien. Il ferme les yeux, les sourcils froncés comme s'il avait mal.
- Je suis tombé amoureux de toi. Je t'aime, Axel, et je sais pas depuis quand…
Mon cœur cogne un grand coup, si fort que ça fait mal – vraiment mal – puis il accentue la pression de sa main sur ma nuque, et finalement je ferme les yeux.
Je l'entends murmurer juste avant que ses lèvres touchent les miennes :
- Pardonne-moi…
Mais je veux pas lui pardonner. Je veux juste, juste qu'il m'embrasse enfin. Et quand il le fait, c'est vertigineux… le baiser le plus intense qu'on ait jamais échangé. Il glisse sa main dans mes cheveux et maintient fermement ma tête dans la position qui l'arrange le mieux. J'ai pas vraiment mon mot à dire mais je me soumets sans résistance. J'aime être docile. J'aime qu'il prenne les commandes et j'adore sa bouche sur la mienne, avide et impérieuse mais en même temps si tendre... Mon cœur pompe à toute vitesse et le sang bat à mes oreilles comme un tambour, marche lancinante et assourdissante.
Pas tout à fait assez assourdissante, quand même, pour m'empêcher d'entendre trois coups légers frappés sur le panneau de la porte restée ouverte, pas assez pour cacher le bruit d'une toux discrète et le son d'une voix familière qui dit :
- Euh… Je dérange, peut-être ?
