Auteur : Fire Serendipity
Bêta-lecture : Lyly u
Genre : Romance, threesome, humour
Disclaimer : Rien à moi, tout à Square Enix. Mon seul profit là-dessus réside dans vos reviews, plus que bienvenues.
Pairing : RAR (Moi aussi, je me serai laissé avoir !)
Note: Un nouveau poll vous attend sur mon profil. Merci d'avance pour votre participation, et merci tout court à ceux qui ont déjà voté! Et si vous voulez me dire dans vos review pour quel couple vous avez voté ça me ferait plaisir x)
Note bis: Je vous recommande vraiment d'écouter cette chanson, elle est sublime. Le refrain (ci-dessous) me colle encore des frissons dans le dos.
It's a question of lust
It's a question of trust
It's a question of not letting
What we've built up
Crumble to dust
It is all of these things and more
That keep us together
(Depeche Mode 'A Question of Lust')
Chapitre 13 : Question de confiance
Freeze.
Je crois que je viens de saisir le sens de cette expression. Quand j'entends la voix de Roxas derrière moi, mon corps se raidit comme s'il gelait jusqu'à l'os en un clin d'œil. Si je pouvais en mourir, ce serait cool…
Qu'est-ce que j'ai fait ? Qu'est-ce qu'on a fait ?
C'est Reno qui s'écarte de moi. Moi je suis trop figé pour faire le moindre geste. Mon cœur qui battait si fort y a même pas une minute me donne l'impression pure et simple de s'être arrêté.
Mes yeux fixent un point invisible, je regarde le vide mais je vois rien. J'entends seulement Roxas dire :
- Reno, tu veux nous laisser seuls deux minutes, s'il te plait ?
Et son ton est neutre. Je sens Reno se lever du lit, il quitte la pièce et le silence retombe. Je reste assis là, les yeux écarquillés, une main plaquée sur la bouche, à ne pas oser me retourner. Je veux pas le regarder. Je veux pas voir son regard déçu et blessé. Je donnerais tout ce que j'ai pour effacer ce qui vient de se passer…
Le lit bouge. Il s'assied à côté de moi sans rien dire. Je risque un coup d'œil dans sa direction, mais lui ne se tourne pas vers moi : il regarde droit devant lui, l'air pensif. Je me mords la lèvre – son indifférence est intolérable.
- Roxas… Je…
Les mots ne veulent pas sortir. Je voudrais me jeter à ses genoux pour implorer son pardon, mais pour ça il faudrait déjà qu'il ait l'air d'avoir envie d'entendre des excuses – que ça l'intéresse. Là, j'ai l'impression de même pas être là. Je touche son épaule du bout des doigts, histoire qu'il me regarde, ce qu'il fait. Ses grands yeux bleu marine se posent sur moi avec une expression indéchiffrable. J'aimerais mille fois mieux qu'il se mette en colère, qu'il me hurle dessus et m'insulte. Mais il reste stoïque, à me regarder comme s'il se demandait simplement ce que je vais dire. Comme s'il venait pas juste de me surprendre en train d'embrasser mon meilleur ami.
- Je peux ramper à tes pieds et te supplier de me pardonner, s'il te plaît ?
Ma voix est étranglée. J'ai la gorgé si sèche que ça fait mal de parler, mais j'ai besoin de tirer quelque chose de lui, là. Je peux pas rester comme ça à attendre qu'il finisse par dire quelque chose – j'ai le sentiment que je risquerais d'y passer la nuit.
Mais il réagit à ma question. A mon grand soulagement, quelque chose vient animer ses yeux. Il a l'air de sortir d'une longue rêverie. Le moment est mal choisi pour se perdre dans ses pensées… Il me regarde et parle.
- Mais je n'ai rien à te pardonner.
Il a parlé gentiment. Il sourit doucement. C'est… anormal, non ? Vous trouvez pas ça déstabilisant, vous ? Il se comporte comme si… Non, parce qu'il n'y a aucun sarcasme dans sa voix, pas de déception, il n'a même dit ça de façon résignée, il l'a dit comme s'il le pensait.
- Pourquoi tu dis ça ? J'ai fait une énorme connerie !
Il me regarde d'un air… Je crois que le mot qui conviendrait pour décrire son regard est « bienveillant ».
- Je n'appellerais pas ça une connerie. Axel, c'est normal d'avoir envie d'embrasser la personne qu'on aime.
De quoi ?
- Mais c'est toi que j'aime !
Son sourire s'élargit et moi je flippe complètement. Qu'est-ce qu'il raconte ? Je suis pas encore assez perturbé comme ça, putain ? Si c'est sa façon de se venger c'est vachement tordu !
- Je n'ai pas dit que tu ne m'aimais pas. Mais toi et Reno… C'est évident comme le nez au milieu de la figure. Ce qu'il y avait entre vous avant qu'on ne se rencontre toi et moi… Et ce que vous continuez d'éprouver l'un pour l'autre.
Je me prends la tête dans les mains. Pourquoi il dit ça ? J'arrive pas à croire que tous ces mots sortent de sa bouche, c'est pas possible !
- J'ai su tout de suite, quand je t'ai connu, qu'il y avait cet Autre dans ta vie. Même avant de le rencontrer et de vous voir ensemble, je savais. Et je n'ai jamais eu l'intention de lutter contre ça.
J'ai du mal à comprendre où il veut en venir. Une partie de moi veut protester, pousser de hauts cris et jurer que je n'aime personne d'autre que lui. Une autre m'en empêche, une petite voix qui me dit que ce serait un mensonge. Alors je me tais, la tête et le cœur en vrac. Finalement il se lève et redresse mon visage d'une main douce.
- Je vous accepte comme vous êtes, ne t'en veux pas. Je te jure que je savais très bien dans quoi je mettais les pieds.
Et il embrasse doucement mes lèvres. Je ferme les yeux, le cœur battant. Puis il me lâche et va pour quitter la chambre.
- Où tu vas ?
Je m'inquiète de le voir s'en aller, mais il s'arrête, une main posée sur le chambranle de la porte, il me regarde.
- Au salon. Je crois que tu as besoin d'être un peu seul. Pour réfléchir ?
Il hausse un sourcil qui ressemble assez à celui de Reno, celui qui vous met au défi d'essayer de le contredire. Je réponds pas et il s'en va.
Je regarde autour de moi. La chambre est rangée à fond, comme d'habitude depuis que Roxas est là. Rien de bien intéressant à observer et puis il a raison, il faut que je réfléchisse… Pas que je trouve un truc pour me distraire.
Je porte mes doigts à ma bouche pour faire un truc qui ne m'était plus arrivé depuis des années : me ronger les ongles. J'avais arrêté, et c'est sans aucun doute aussi difficile que d'arrêter de fumer. Voir plus : tu peux ne pas avoir de clopes sur toi, les ongles, à moins de te couper les doigts, hein… J'étais devenu très fier de mes mains, à force. J'en prenais soin. Mais mes dents retrouvent vite leurs vieux réflexes, c'est impossible de se défaire complètement de ses mauvaises habitudes. Et j'ai besoin de passer mes nerfs sur quelque chose – si j'avais un paquet de cigarettes à portée de main il y a fort à parier que je les fumerais toutes, même s'il est sûr que ça me rendrait malade.
En quelques minutes j'ai déjà ravagé le pouce, l'index et le majeur de ma main droite et j'ai le bout des doigts qui pulse de douleur. Ça m'éclaircit un peu les idées. Sans sortir mes doigts de ma bouche – j'en suis donc à l'annulaire droit – je me vautre sur le lit, la tête dans l'oreiller de Reno qui sent bon lui et de nouveau mon cœur s'emballe. Oh putain.
Comme dirait Tidus, I'm so screwed…
Peut-être que Roxas a raison ? Peut-être que ce serait vraiment mentir de dire que mon cœur n'appartient qu'à lui. Reno et moi on se connait depuis si longtemps… Et je sais bien qu'au fond j'ai déjà désiré partager autre chose avec lui qu'une profonde amitié et un lit…
Efforçons-nous de nous remettre dans le contexte… Cette fameuse semaine. Reno a raison… On a été proches. Trop, sans doute. Fuck the Rules. Le premier qui fait un commentaire du genre « Fuck tout court », il peut sortir tout de suite. …
Je me sentais relativement bien quand Roxas est revenu. Cette impression de fin du monde n'a pas duré longtemps. Alors imaginons… S'il n'était pas revenu, et que Reno m'avait dit ce qu'il m'a dit tout à l'heure. Objectivement, comment est-ce que j'aurais réagi ?
… Est-ce que j'aurais été heureux d'entendre qu'il m'aimait ?
Oui.
Est-ce que j'aurais accepté sa proposition, d'essayer qu'on soit autre chose que des amis – essayer de former un couple ?
Oui.
Est-ce que j'aurais réellement, complètement oublié Roxas si j'avais été avec lui ?
Oui.
Merde, l'honnêteté, ça craint… Parce qu'autant si j'avais refusé d'écouter Roxas ce jour-là et que j'avais jamais vu Ven et Terra j'aurais pu être heureux avec Reno, autant je peux pas regretter de l'avoir rencontré. Je l'aime, et je veux pas le perdre. Je veux pas les perdre, ni l'un ni l'autre. Je suppose que c'est pour ça que j'avais peur qu'ils se rencontrent au début, que j'étais si heureux qu'ils s'entendent. Parce que je voulais à tout prix éviter de me retrouver dans une situation qui les opposerait. Parce qu'une part de moi savait que si je devais faire un choix, j'en serais pas capable… Je suis mortifié de ma propre faiblesse.
Et dire qu'ils sont seuls tous les deux ! Je les ai mis dans une situation épouvantablement gênante. Il n'y a pas d'éclats de voix, mais c'est pas vraiment le genre de Roxas de s'engueuler avec quelqu'un. Mais le malaise quoi… Bon, c'est un peu la faute de Reno, aussi. Mais un tout petit peu. Après tout, si j'avais pas fait le malin avec mes « je t'aiderai quoi qu'il arrive ! » et que je l'avais écouté quand il m'a demandé de pas m'en mêler on en serait pas là. Moi et ma grande gueule !
D'un autre côté… j'arrive pas à m'empêcher d'être heureux en même temps. C'est plus fort que moi, je peux pas vraiment regretter de lui avoir tiré les vers du nez.
On est pas dans la merde…
Bon. Ça sert à rien de rester là à mariner, ça tourne en rond de toute façon. C'est pas comme si je pouvais décider et m'y tenir de pas avoir de sentiments pour l'un ou pour l'autre. Autant confronter la réalité. Dans d'autres circonstances, je sais que ce serait un moment idéal pour que Reno me menace de me botter le cul jusqu'à ce que les yeux m'en tombent pour me forcer à faire face à mes responsabilités. Je vais le faire tout seul.
… Au sens figuré. Parce que bon, si j'essaye de me botter moi-même le cul, je risque juste de me vautrer.
… Vous voyez comment je digresse ? Comment je saute sur la moindre petite occasion de m'éloigner du sujet ? Putain, je suis vraiment une blatte…
J'hésite à la porte de la chambre. J'hésite dans le couloir. J'hésite à la porte entrouverte du salon. Je jette un œil d'où je suis.
Je vois Roxas assis sur le divan, le menton appuyé dans les mains, accoudé à ses genoux. Il regarde quelque chose, et il a la même expression que celle qu'il avait tout à l'heure en me disant « c'est normal de vouloir embrasser celui qu'on aime. » J'entends un piétinement, puis Reno entre dans mon champ de vision avant de faire demi-tour et d'en ressortir. Donc Roxas le regarde faire les cent pas.
Pas vraiment ce que je m'attendais à trouver…
Vous allez dire que je suis sans vergogne mais je m'en tape. Je me recule de l'autre côté du couloir en me décalant un peu, de manière à voir un maximum de la pièce. Oui, j'espionne ! Ce soir j'ai pour ainsi dire trompé mon mec, alors épier un peu, c'est pas franchement dramatique. Disons que je suis pas à ça près.
- Mais dis quelque chose !
Je fais un bond de surprise. Ça, c'était Reno. Il redevient visible et il est visiblement nerveux.
- Que veux-tu que je te dise ?
Encore une fois, le calme de Roxas me stupéfie. Ça a vraiment quelque chose de… dérangeant ? C'est juste bizarre. Reno répond avec de grands gestes.
- J'en sais foutre rien ! Hurle-moi dessus, insulte moi, je sais pas ! Merde, Roxas, mets-moi ton poing sur la gueule, je répliquerai même pas ! Je le mérite mais réagis !
Ah ben je suis pas le seul à trouver ça anormal… Mais Roxas secoue la tête.
- Vous ne comprenez pas… Je vais te répéter ce que j'ai dit à Axel tout à l'heure : je ne suis pas en colère contre vous. Il y a un bout de temps déjà que j'ai compris ce qu'il y a entre vous et jamais je n'ai eu l'intention de m'y opposer. Vous êtes heureux ensemble, et vous ne sauriez pas l'être autrement.
- Mais… mais non !
Reno a l'air d'être au bord de la crise d'apoplexie. Il finit par se laisser tomber dans le divan en se couvrant le visage des deux mains.
- Comment tu peux réagir comme ça ? J'te comprends pas…
- Je vous aime quand vous êtes ensemble. Qu'est-ce qui est si difficile à comprendre ?
… ! Il… quoi ?
- Qu'est-ce que tu veux dire ?
Reno a enlevé ses mains de son visage et regarde Roxas, l'air ébahi. En même temps il y a de quoi. Je suis pas très sûr de saisir où il veut en venir moi non plus.
- Tous les deux, vous êtes comme deux parties d'un tout. Il ne serait pas complet sans toi, et toi tu ne serais pas le même s'il n'était pas là.
- Sans doute… Mais je crois que tu fais fausse route. Pour lui, le soleil se lève et se couche sur toi, Roxas.
La douleur dans sa voix me serre le cœur. Mais moi-même je sais plus où j'en suis.
- Et moi je crois que tu ne te rends pas compte de ce qu'il éprouve pour toi. Je n'ai rien que tu n'aies pas. Et ce n'est pas la question. Je n'ai aucun problème avec le fait qu'il t'aime, je sais ce que c'est que d'être attiré par deux personnes… en même temps.
Reno le regarde en écarquillant les yeux. Roxas lui, ne détourne pas le regard, malgré ce qu'il vient juste de lui avouer – je crois que tout le monde a compris la même chose que moi, là… Alors Ciss avait raison… ?
A l'évidence oui, parce que là, soit j'ai pas les yeux en face des trous, soit il…
Je rêve… Il se passe un truc là, je comprends rien… j'ai une hallu ou vous voyez la même chose que moi ? Je viens de voir Roxas l'embrasser. Enfin, je viens de, non, je le vois faire. Les yeux fermés, les lèvres juste posées sur les siennes, et Reno qui est aussi figé que moi quand Roxas est rentré dans la chambre tout à l'heure, le regard écarquillé et fixe. Mais ça dure qu'un temps, il ferme les yeux aussi, je vois d'ici qu'il se met à l'embrasser à son tour.
Je devrais les interrompre, je crois. Je suis censé débouler dans la pièce et les incendier, là… Ce serait la réaction normale. Mais en fait… J'ai envie que de les regarder. J'ai juste… chaud.
Reno pose une main sur son visage pour l'attirer plus près et Roxas noue ses bras autour de son cou et j'ai jamais rien vu de plus beau de toute ma vie. Et je sais que c'est pas ce que je devrais penser. Je devrais être jaloux. Je devrais être deux fois jaloux. Bordel, pourquoi est-ce je suis pas jaloux ? Pourquoi j'ai seulement envie de me rapprocher, d'enregistrer les moindres détails de ce qui se passe, pourquoi le seul truc qui m'inquiète là, c'est comment en garder un souvenir parfaitement net ?
Pourquoi est-ce que ça me dérange pas de les voir s'étreindre comme ça, de voir les mains de Reno se crisper sur sa nuque comme elles l'ont tellement souvent fait sur la mienne, de voir Roxas passer une jambe par-dessus ses genoux pour s'y assoir comme il l'a fait avec moi la première fois qu'on s'est embrassés ?
Je devrais être hors de moi de voir leurs mains commencer à s'égarer, et tout ce que je fais c'est me mordre les lèvres pour étouffer un gémissement. Mon cœur bat vite à m'en faire mal. Et puis Reno le repousse, à bout de souffle. Ils sont tous les deux essoufflés, et Reno enfouit sa tête dans l'épaule de Roxas en le serrant fort. Roxas le prend dans ses bras et lui caresse les cheveux, sa tête contre la sienne. Et ils se disent des trucs que je comprends pas – j'entends la voix de Reno mais pas assez pour saisir ce qu'il raconte.
Roxas continue de lui caresser les cheveux, il lui chuchote des trucs à l'oreille, comme pour l'apaiser ou le réconforter, je sais pas. Et tout à coup – à vous de me dire si c'est pas surréaliste – j'ai l'impression de me mêler de quelque chose qui me regarde pas. Comme si je violais l'intimité d'un couple, alors je me rapatrie vers la chambre de Reno et je m'écroule sur son lit. Putain, j'en ai marre de me presser le citron, je voudrais dormir, mais j'ai cette image imprimée dans ma rétine, comment je pourrais ne pas y réfléchir…
Très crédible, Reno, quand même. Faire ça juste après ce qu'il m'a dit, ça fait pas vraiment sérieux… Je lui en veux pas - je leur en veux pas, ni à l'un ni à l'autre – au fond, parce que ce soir moi aussi j'ai déconné. Mais j'espère qu'il viendra m'en parler. Parce que ça va être le méga-malaise, j'ai pas hâte d'y être, mais s'il le fait pas… S'ils me disent rien, je pourrai plus jamais leur faire confiance. Même si Roxas s'était pas pointé tout à l'heure, je sais que je lui en aurais parlé. J'aurais pas pu garder ça pour moi, ça m'aurait bouffé de l'intérieur. Mais j'ai confiance en Reno, je sais qu'il me cachera jamais un truc pareil.
Mais Roxas… qui parlait d'attirance tout à l'heure. Reno lui plaît, en fait. J'avais jamais envisagé ça, même avec les conneries de Kairi et Cissnei à ce sujet. C'est normal, dans un sens – je connais pas franchement de gens à qui Reno ne plairait pas, il est juste… bref. Mais il m'en a pas parlé, et j'avais rien remarqué. Mais bon. C'est pas vraiment important.
L'important, c'est que je les ai vus ensemble, et que j'ai juste trouvé ça magnifique. L'important c'est que je me suis senti ni jaloux ni trahi ni même en colère. L'important c'est que j'ai aimé les voir ensemble.
Merde, il est grand temps que cette nuit se termine. Ça suffit, le bordel…
