Auteur : Fire Serendipity

Bêta-lecture : Lyly u

Genre : Romance, threesome, drama (je change le genre…)

Disclaimer : Rien à moi, tout à Square Enix. Mon seul profit là-dessus réside dans vos reviews, plus que bienvenues.

Pairing : RAR (Regardez bien l'ordre des lettres…)

Note: Jé dédicace ce chapitre à Nayru, comme cadeau de fiançailles (tu me diras ce qui te plairaît comme cadeau de mariage?). En espérant que la petite boule s'en aille avec ce chapitre un peu moins angst.

And you look at me and say

I'm your best friend every day

But I wish for something, wish for something more

Oh I love you like a friend but let's not pretend

How I wish for something, wish for something more.

Now the grass is so green

But I can't see anything, past your eyes

(Amy McDonald 'A wish for something more ')

Chapitre 14 :In aqua sanitas

… Oh putain, il me semblait pourtant pas que j'avais bu autant hier soir, si ? J'ai mal aux cheveux jusque dans mes ongles, bordel, et les nerfs optiques qui tirent comme si mes yeux essayaient de se faire la malle… J'ai pourtant pris qu'trois verres de vin, c'pas…

Aïe, ouais, j'me souviens en fait… J'arrivais tellement pas à dormir hier soir que je suis allé dans la cuisine chercher la bouteille de whisky au tiers pleine rangée dans le placard sous l'évier et que j'l'ai vidée tout seul. Pas grand-chose, en fait, mais tout de suite, ajouté aux trois verres de la soirée…

Beûargh… Ouais, j'me disais aussi, le vin ça te laisse pas un tel goût de chiottes le lendemain de la veille… Et ça te donne pas non plus l'impression qu'ton cerveau est une grosse éponge qui dérive dans ton crâne et qui va se cogner dans les parois, et que ça fait maaaaaaaaaaal… !

J'ai soif.

Toutes ces lamentations n'arrangent rien au problème principal. Ç'arrive même pas à m'en distraire, en fait. On croirait pas, mais la première chose à laquelle j'ai pensé quand j'me suis réveillé, c'était pas du tout ma gueule de bois. Non, c'était c'que j'ai vu cette nuit. Merde, le whisky n'arrange rien. L'image continue de me poursuivre, et maintenant, en plus, c'est le matin. Il faut que je m'lève – génial, que j'aille au salon - trop cool, et que j'essaye d'endormir ma gueule de bois en attendant que mon meilleur ami qui m'a avoué être amoureux de moi et mon mec qui a lui avoué être attiré par mon meilleur ami – vous suivez ? Parce que même moi j'ai du mal, putain c'que j'ai soif ! – bref, l'un ou l'autre ou bien les deux, m'avoue que hier soir ils se sont embrassés. Ouais, embrassés, m'sieurs dames, geeeeeeeenre vous êtes pas au courant !, et pas un smack, c'est moi qui vous l'dis. Nan c'était plutôt la pelle du siècle, le genre j'ai-envie-de-toi-ici-et-maintenant. Supeeeeeeeeeeeeer. Ça va être la folle ambiance au p'tit déj', j'ai hâte d'y être ! Le meilleur moment, ça va être quand je leur dirai «Z'en faites pas trop, les mecs, c'était cool, vous remettez ça quand vous voulez ! » Personne aurait un magnum de vodka sous la main par hasard ?

… Qui a dit qu'j'en tiens encore une couche ? C'est pas vrai ! Je m'rappelle très bien à quelle heure j'm'appelle, j'vous signale !

Bon alors, cette vodka ?

Bande de rapiats… De toute façon j'me lève pas. Si je fais ça mon cerveau va aller s'éclater derrière mon front et ce sera la mort cérébrale… Dodo.

~….~

Oh mon Dieu ! Mais qu'est-ce qui m'a pris d'aller chercher cette bouteille hier soir ? Je suis pas bien moi… Ooooooh ce que je me sens m – Ah mais vous êtes là, vous ?

… Désolé, je m'excuse pour mon état mais… j'arrivais pas à dormir hier soir et j'ai essayé d'arranger ça en me bourrant la gueule. J'ai dormi, mais par contre là… Mon cerveau est comme figé, comme une éponge toute sèche et toute dure et j'ai la gorge rêche comme du papier de verre. Putain, j'me rappelle maintenant pourquoi j'ai arrêté de me cuiter, je sais plus quand…

Bon. Mode post-murge – mise au point par Reno et moi y a de ça quelques années – enclenché. Cinq étapes.

Petit 1 : Où est-ce que je me réveille ?

Petit 2 : J'ai bu quoi, quand, où et avec qui ?

Petit 3 : Est-ce que j'ai fait une connerie ? Et avec qui ? Ou quelqu'un d'autre en a-t-il fait une ? Si oui, passer à l'étape 5.

Petit 4 : Boire un grand verre d'eau.

Petit 5 : Arranger les problèmes sans attendre.

Bon, alors… Je suis dans le lit de Reno. Ça pourrait être vachement pire. J'ai bu du vin et une bonne dose de whisky. Pas beaucoup-beaucoup mais les mélanges ça fait toujours mal. J'ai d'abord bu avec Reno, Terra, Ven et Roxas, hier soir, puis cette nuit, le whisky tout seul. La bouteille vide a dû rouler quelque part. Enfin, au moins j'ai pas la gerbe.

C'est l'étape trois qui pue du cul, si j'ose dire. C'est pas vraiment que j'ai déconné, mais y a des problèmes à régler, c'est sûr. Moi, tout ce que je veux, c'est que Reno me parle de ce qui s'est passé. C'est tout ce que je demande mais j'ai peur de ce qui va se passer après…

Bon, hé bien… Etape 5. Mais d'abord le verre d'eau. Très important. Go salle de bains…

J'utilise le gobelet à brosses à dents, l'eau à un vague goût mentholé de dentifrice. J'en bois deux gobelets, puis trois. C'est comme si ça partait directement dans ma tête, réhydrater mon épon... euh, cerveau. Puis le reste de mon corps, ma gorge. Ça atténue aussi beaucoup ma migraine.

Rien ne soulage la gueule de bois mieux que l'eau. Ah, j'y pense… J'ai dormi dans la chambre de Reno. Où est-il ? Et où est Roxas ?

Je remonte le couloir et je jette un œil dans le salon…

Il est assis dans le divan, Reno. Plus pâle encore qu'hier, et ses yeux sont plus cernés que jamais. Il se tourne pour me regarder quand j'entre.

- Salut, il me dit d'une voix d'outre-tombe.

A le voir comme ça on dirait que c'est lui qui a essayé de s'assommer avec une bouteille de whisky pour arriver à dormir.

Ou alors que ne trouvant pas ladite bouteille, il a pas dormi ? Ce serait pas la première fois qu'on a la même idée presqu'en même temps.

- Salut, ça va ?

Je suis mal à l'aise, ça s'entend dans ma voix. Mais ça passe très bien, j'aurais de quoi être mal à l'aise même sans ce que j'ai vu.

- Non, il me répond sombrement. Assieds-toi, s'il te plaît. Il faut que je te parle.

Je m'assieds dans un fauteuil en face de lui, un peu inquiet quand même. J'ai beau savoir, quand même il a une tronche à faire peur.

- Je t'écoute… ?

Il triture le bord de son T-shirt tout en me regardant bien en face, et me dit :

- D'abord, je veux te demander pardon pour ce que je t'ai dit hier soir. J'ai eu tort, et j'aurais pas dû faire ça.

Hmpf, qu'est-ce qu'il est en train de dire, là ?

- Tu le pensais pas ?

Merde. J'ai entendu la déception dans ma voix, pas vous ?

- Si, bien sûr que si. N'en doute pas une seconde, je pensais chaque mot de ce que je t'ai dit, c'était la pure vérité. Mais ça change rien au fait que j'aurais pas dû, c'était une belle connerie… j'aurais dû m'écouter et garder ça pour moi.

Je peux pas vraiment protester. Ce serait malvenu de lui dire qu'au fond ça m'a fait plaisir parce que ça changerait rien à la situation sinon la rendre plus pénible pour lui – je quitterai pas Roxas, et ça c'est certain.

- C'était pas cool pour toi, parce que ça te met dans une position vraiment délicate, et mal à l'aise, ce qui est normal. J'ai rompu la promesse qu'on s'était faite y a des années et en plus je t'oblige à en subir les conséquences, alors je suis désolé. C'était dégueulasse pour Roxas parce qu'on… s'entend bien tous les deux. Et malgré… malgré le fait que d'après lui il ne m'en tient pas rigueur, c'est comme si je lui avais planté un couteau dans le dos. J'ai horreur d'être ce genre de connard. Je veux pas l'être, mais ce qui est fait est fait et je ne saurais pas m'excuser suffisamment. Et c'était aussi vraiment très nul pour moi… Parce que penser que j'étais tombé amoureux de toi, ça allait encore tant que ça ne changeait rien entre nous et que je me battais pour le nier. J'arrivais parfois à l'ignorer. Mais le fait de t'avoir dit que je t'aime… ça a donné à ça une autre dimension, une réalité différente. Et maintenant je peux plus ne pas y penser.

J'essaye de rester stoïque mais c'est dur, parce que j'ai des frissons et le cœur qui bat vite et fort et l'estomac qui danse la gigue, si j'essayais de me lever je passerais à travers mes jambes tellement mes genoux flageolent. Quoi ! Je voudrais vous y voir ! Comme si ça pouvait ne rien me faire quand il me dit « je t'aime » en me regardant comme ça droit dans les yeux…

Je l'ai déjà dit, en dehors de son boulot, Reno est quelqu'un d'intègre. Il regarde toujours les gens en face… et il dit toujours ce qu'il a à dire. Je suis sûr de rien en ce qui me concerne, parce que je… Non, on parle pas de ce qui me concerne. Mais lui… il partage ma vie depuis des années, il me connaît par cœur et on a été… amants pendant si longtemps, avec nos Règles et nos promesses de ne jamais tomber amoureux l'un de l'autre… Je sais qu'il dit la vérité. J'aimerais tellement que ce soit quelque chose d'heureux. Mais au lieu de ça, il a une tête de déterré de n'avoir pas dormi de la nuit, moi je me suis aidé d'une bouteille de whisky pour y arriver et Roxas a…

Merde, il est où en fait, Roxas ?

- J'ai un autre truc à te dire. Et j'ai… jamais eu aussi honte de toute ma vie, et je comprendrais si tu ne voulais plus jamais me voir. Si quand j'aurai terminé tu veux que je m'en aille je le ferai.

Son visage dit tellement qu'il est réellement bouffé de remords, et qu'il pense sincèrement ce qu'il dit, que je me sens mal tout à coup. Je devrais peut-être lui épargner ça et lui dire que je sais. Tout ce que je voulais, c'était qu'il m'en parle, là je suis prêt à considérer qu'il l'a fait. Mais…

- Hier soir, j'ai… J'ai embrassé Roxas.

Et le voilà qui me regarde comme si j'allais me jeter sur lui et lui arracher les yeux avec mes ongles, comme je n'sais quelle nana en furie. Mais c'est la réaction que je devrais avoir, non ? C'est ça qui serait normal ? Crever de jalousie, leur en vouloir à mort…

Putain j'en ai marre de pas savoir quoi faire ! J'ai juste envie de le serrer dans mes bras et de lui dire que c'est pas grave mais je peux pas, parce que je serais égoïste au-delà des mots si je cédais à mes envies… Je ferais que lui donner l'impression que je réponds à… Enfin, je peux pas. Et je reste planté là comme un con à rien trouver à dire, à pas savoir comment réagir, à pas savoir quelle expression afficher… Mais il n'a pas l'air de vraiment s'en rendre compte, il continue de parler.

- Je sais… que dans le genre crédible on fait plus sérieux, après ce que j'ai t'ai dit hier soir. Mais je voudrais que tu comprennes… que toutes ces années qu'on a passé ensemble, je me disais que j'étais un foutu veinard, que tu étais la perfection faite à ma mesure, et que jamais je trouverais quelqu'un qui me convienne aussi bien que toi. Et que le mieux, c'était qu'on sortait pas ensemble, qu'on pouvait pas tout foutre en l'air… Et jamais deux fois de suite mon regard s'est posé sur quelqu'un dont j'aurais eu envie. Personne ne m'avait intéressé depuis des années. Peut-être que je t'ai toujours aimé et que je m'en étais jamais rendu compte… personne ne me plaisait, personne ne valait la peine. Toi et moi… notre équilibre, notre entente, tout ça m'avait fait placer la barre bien trop haut pour que qui que ce soit me plaise. Et il y avait des années que sincèrement, personne ne m'avait plu. Et puis tu m'as présenté Roxas.

Il continue de me parler en me regardant en face, malgré le calvaire évident que ça représente pour lui de me dire tout ça. Finalement, je l'interromps pas, je crois qu'il faut que ça sorte. Il en a besoin, ça fait trop longtemps qu'il garde tout pour lui…

- Quand je l'ai vu la première fois, je l'ai détesté. Mais ça a pas duré plus de quelques secondes, parce qu'il s'est mis à rire et que j'ai trouvé ça… je sais pas comment dire… complètement désarmant. On s'entendait bien, vraiment bien, et petit à petit je me suis rendu compte que la seule personne que j'avais jamais rencontrée qui aurait éventuellement pu être susceptible de me faire passer à autre chose… c'était lui. Alors je me suis mordu la langue et je vous ai laissé tranquilles parce que… tu es mon meilleur ami, et j'ai pas le droit d'être attiré par celui que tu aimes, et parce même si je le suis, je crois que Roxas et moi, on était vraiment en train de devenir amis. Alors l'inverse est aussi vrai. Et hier soir… hier soir j'ai fait une deuxième connerie.

Il s'interrompt. Il a l'air encore plus lessivé qu'avant, si c'est possible. Il me fait de la peine… Il soupire.

- Je vous ai trahis tous les deux. Je m'aviserai même pas de demander pardon, je mérite aucune grâce.

- Ren…

Il secoue la tête et pour la première fois ses yeux quittent les miens. Il baisse la tête et il reste comme ça. Moi aussi, un moment. Y a un truc qui cloche, et je viens de percuter ce que c'est – j'étais là, hier soir. Il le sait pas, alors pourquoi il dit pas que c'est Roxas qui l'a embrassé ? Je sais ce que j'ai vu…

Peut-être que ça n'a pas vraiment d'importance, qui a commencé. Il cherche encore à me préserver.

- Reno, écoute, je… J'étais déjà au courant.

Il relève la tête et me regarde. Mon Dieu, il faut vraiment qu'il dorme…

- Hier soir, je vous ai vus.

Il a l'air mortifié. Je me lève et je vais m'accroupir devant lui, je prends ses mains dans les miennes et elles tremblent à mon contact. Une pensée me harcèle depuis tout à l'heure… ce serait tellement simple de faire disparaître cette souffrance de son regard. J'aurais qu'un mot à dire… et j'aimerais tellement le faire mais je peux pas.

- Pourquoi… Quoi ? Qu'est-ce que tu veux dire ?

- Exactement ce que j'ai dit. J'étais là hier soir, et je vous ai vus vous embrasser. J'ai aussi vu que t'es pas le seul fautif dans cette histoire s'il faut vraiment que fautif il y ait. Pourquoi tu te charges comme ça ?

- Et toi, pourquoi tu dis rien ? Pourquoi t'es pas intervenu ?

Aïe… je la redoutais celle-là, mais il fallait s'y attendre… Je détourne le regard et je résiste à l'envie de faire comme hier soir et me laisser distraire par n'importe quoi. La brûlure de cigarette sur le tapis, le glouglou de la machine à café et l'odeur qui se répand… Non, non, non !

- Je sais pas trop, je… C'est juste que d'une certaine façon ça… m'a pas dérangé. Alors évidemment que je t'en veux pas… et je veux surtout pas que tu t'en ailles… Enfin, si tu veux.

Je comprendrais qu'il puisse pas vivre avec moi comme ça.

- Je veux… malgré tout, j'ai besoin de vivre là, avec toi. Parce que même comme ça, tu me manques. Je veux pas penser à ce que ce serait si je te voyais plus…

Je serre ses mains dans les miennes, et il m'imite, fort. Admettons que les choses puissent continuer, qu'on puisse essayer de faire comme si de rien n'était. Mais il reste un truc qui me chipote là…

- Il est où, Roxas ?

Reno se passe une main dans les cheveux. Ils font les épis qui disent qu'il a besoin de prendre une douche et je crois que ça lui ferait beaucoup de bien. Je m'assieds à côté de lui.

- Il a dormi dans ta chambre. Tu étais dans la mienne, j'ai pas voulu te déranger alors je suis resté sur le divan.

- Ça t'a pas fort réussi, on dirait.

Il fait la grimace, puis il pointe un index inquisiteur sur mes doigts.

- Dans quel état sont tes mains !

Je sursaute et j'essaye de les cacher mais c'est trop tard. Essayez un peu de deviner qui m'a emmerdé, engueulé et pas lâché pendant des semaines pour que j'arrête de les ronger… ?

- Il va de nouveau falloir que je te les attache ? Ne me tente pas !

Son sourire est malicieux. Ce sont des bons souvenirs, mais je suis surpris qu'il les évoque, vu les circonstances… C'est vrai qu'à l'époque il s'était foutu en rogne parce que quand j'y tenais plus et qu'à chaque fois que je portais ma main à ma bouche il me disait : « Tes doigts ! », j'allais me planquer dans les toilettes pour me défouler un bon coup. Un jour, il m'a attendu devant la salle de bain et il m'a dit « Prends-moi encore une fois pour un con et je t'attache. ». Evidemment, j'ai recommencé. Et il m'a bien attaché. En traître. Il a attendu que je dorme et je me suis réveillé les deux mains solidement liées dans le dos. C'était le week-end et il m'a laissé comme ça toute la journée, et bon… il en a pas mal profité. S'il peut parler de ça librement et en rire, c'est que la situation n'est pas aussi grave que je le croyais…

Il me regarde toujours avec son sourire de sale gosse, je lui colle un pain dans l'épaule. Il riposte, on s'empoigne, on dégringole du divan en se battant sans grande conviction et en riant à perdre haleine. Mes yeux piquent de larmes de soulagement, et la pression de son corps contre le mien – c'est lui qui gagne, évidemment, je suis un peu plus carré que lui, mais lui il sait se battre, il suivait des cours de karaté dans le temps – me chauffe le ventre et j'essaye de l'ignorer. Finalement, il arrive à se saisir de mes poignets et à m'épingler sur le tapis. Il me regarde droit dans les yeux. Si je savais pas ce que je sais, je pourrais presque ne pas voir l'éclat de douleur au fond de son regard. Je pourrais presque croire qu'il est simplement fatigué, comme je l'ai pensé jusqu'à hier soir, mais maintenant je sais ce qu'il cache avec ce sourire en coin et son assurance.

- Tu déclares forfait ?

Nan. A ce petit jeu-là, je capitule pas, moi, monsieur… Mais faudrait pas qu'il bouge de trois centimètres vers la gauche, parce qu'il est que à moitié sur moi mais s'il me touche, je…

Feu Céleste. Est-ce que je vais devoir apprendre à vivre comme ça, maintenant ? Ne pas pouvoir le toucher sans éprouver des choses que je devrais pas ? Ne surtout pas le montrer parce que ce serait dégueulasse pour Roxas et que ça ferait du mal à Reno ?

- Tu peux te brosser.

Cool. Ma voix tremble presque pas… Il se penche un peu et son regard devient presque mauvais, ses paupières s'étrécissent. Il a l'air d'un démon à forme humaine, avec ses tatouages…

- Faut-il que j'utilise l'Arme Secrète ? Il persifle.

Oh merde. Le fils de… hum, sa maman.

- Reno, je suis très sérieux. Si tu fais ça, tu seras obligé de me lâcher au moins d'une main. Et je jure que je te cognerai tellement fort que ta tête fera trois tours complets avant de s'arrêter.

Son sourire s'élargit. On dirait celui de ce foutu chat de Cheshire, et je sais que ma menace n'a pas eu l'effet voulu.

- Ah tu veux jouer à ça ? On parie que je suis plus rapide que toi ?

Je soutiens son regard… Je sens sa prise sur mon poignet gauche se desserrer légèrement, je ferme le poing et…

- Euh… Temps mort ?

On tourne la tête et Roxas est là. Resplendissant, de sa coiffure sans un cheveu qui dépasse à ses vêtements impeccables. Toujours la même beauté surnaturelle et soignée, le même teint de pêche, le même regard clair, comme si tout était normal. Comme si mon meilleur ami et anciennement amant qui m'avait fait une déclaration d'amour la veille avant de lui rouler la pelle du siècle n'était pas présentement couché sur moi dans une position franchement équivoque… Une tasse dans chaque main, il nous regarde, un sourcil haussé.

- Si vous devez vous mettre sur la gueule, j'aimerais mieux que vous attendiez que je sois parti, je ne vais pas tarder. Ça vous va si je déclare le match nul et que vous gagnez tous les deux un café ? Reno, noir et un sucre, Axel, un peu de lait… on fait affaire ?

Est-ce que c'est normal qu'il sache comment Reno aime son café ?

… Ok, bête question.

- T'es là depuis longtemps ? Je demande.

- Hmmm… Assez pour me demander quelle est cette « arme secrète » qui a l'air drôlement efficace ?

Je grimace et Reno rit. Je lui lance un regard noir.

- Alors, marché conclu ? Il insiste.

- C'est bon pour moi, répond Reno.

- Lâche-moi, alors.

- Ne fais pas de geste brusque…

- Bon, vous avez fini ?

Finalement, on se rassied dans le divan. Je me masse les poignets. Puis on reçoit nos cafés et Roxas s'installe en face de nous et nous regarde d'un air hautement amusé. Il tapote ses lèvres du bout de l'index, comme s'il hésitait à poser une question. LA question. Pitié, ne…

- Alors, c'est quoi, cette arme secrète ?

Trop tard. Reno ricane. Je retire ce que j'ai dit, il peut crever la gueule ouverte.

- En fait, il…

- Ta tronche.

- J'vais me gêner.

- Si tu fermes pas ta gueule une de ces nuits tu vas te réveiller avec des glaçons dans ton t-shirt et faudra pas demander d'où ça vient.

- T'oserais pas !

- T'es sûr d'avoir envie de vérifier ?

- Je ferai attention…

- Tu seras bien obligé de dormir à un moment ou à un autre.

- Je fermerai la porte à clé !

- T'as le sommeil tellement lourd que tu m'entendras même pas la démonter, la porte…

- T'es un grand malade.

- Je me fous de tes avis, et si tu l'ouvres je t'en colle une, efface tout de suite ce petit sourire de ton visage, trou du cul.

- Axel, enfin ! T'as pas honte ? De si vilains mots dans une si jolie bouche !

Il joue les effarouchés, le salopard, mais on rigole PAS avec ça.

- Craindrais-tu les chatouilles, mon amour ?

Je sens que je deviens tout blanc. Je vais mettre les choses à plat tout de suite, c'est très grave, ce qui est en train de se passer.

- Bon, écoute Roxas. C'est important.

Je chope Reno par ses cheveux longs pour le tirer vers moi. Il pousse un cri de protestation mais je m'en tape, et je lui démanche la tête pour découvrir l'endroit où sa nuque et son épaule gauche se joignent.

- Tu veux un coup de main ? Il dit, ironique.

- Ta gueule, j't'ai pas sonné, traître. Donc, Roxas, tu vois ça ?

Je tire sur le t-shirt de Reno pour lui faire observer deux pâles cicatrices en forme de croissant, légèrement irrégulières. Reno bouge pas, il attend que ça passe, je suppose.

- Oui, c'est une cicatrice. Quel est le rapport ?

- Le rapport, c'est que ça, c'est la marque de la morsure que je lui ai faite la dernière fois qu'il m'a chatouillé.

Je lâche Reno et Roxas ouvre de grands yeux.

- C'est vrai ?

- Hm-hm. Je suis pas un mec violent, mais quand on me chatouille, je frappe où je peux, je me contrôle plus. Quand on était plus jeunes, j'ai presque cassé le nez de ma sœur comme ça. Je supporte pas ça. Je voudrais pas te faire de mal, Roxas, alors n'essaye jamais ça, parce que quand on me chatouille je me contrôle plus. Je me débats, je cogne, et quand je peux pas, je mords. C'est pas drôle.

Je suis pas sûr que le message soit bien passé. Je capte bien qu'il se mord les joues pour pas rire. Reno, lui, il est toujours affalé à côté de moi, inerte. Je crois que la fatigue le rattrape, il va s'endormir là.

Bon. Roxas est mannequin. Il risquerait pas sa petite gueule pour quelques chatouillis, hein… ?

- Le café est très bon, merci.

Voix pâteuse du colocataire en voie d'extinction des feux qui pose sa tasse sur la table du salon. Roxas se lève.

- Je dois y aller, mais j'avais quelque chose à vous donner avant.

- C'est quoi ?

Je prends des papiers qu'il me tend – des tickets cartonnés.

- Des billets pour une exhibition, la semaine prochaine. Je vais défiler sur un podium, c'est la première fois.

Je remarque la note de fierté dans sa voix. Il est mignon.

- Ça me ferait vraiment plaisir que vous veniez.

- Ok, d'accord, je… on s'arrangera.

Reno est dans les choux. Comme je pensais, il s'est endormi, complètement avachi, la tête penchée sur le côté et la bouche entrouverte. Très sexy… Roxas étouffe un rire.

- Faudrait le mettre au lit, non ?

- C'est clair.

- Tu veux un coup de main ?

Je le regarde dans les yeux et il soutient mon regard sans ciller, le sourire aux lèvres. Il sait que je sais, il a sans doute entendu toute notre conversation. Mais il n'y a rien de faux dans ses iris bleu marine. Ils ont toujours la même limpidité cristalline.

- Non merci. Je vais l'emmener s'échouer sur son plumard, il a du sommeil à rattraper… et si au passage je lui cogne la tête dans une porte – sans faire exprès bien sûr ! – ça lui apprendra à jouer avec les chatouilles…

A nouveau, Roxas rit doucement. A nouveau, je pense que je donnerais ma vie pour ce rire. Il s'incline pour m'embrasser et contre mes lèvres murmure :

- Je t'aime, Axel…

Je frotte le bout de mon nez contre le sien.

- Moi aussi je t'aime.

Et puis je le vois, comme au ralenti, s'écarter de moi, se pencher sur Reno et déposer un baiser rapide sur sa bouche. Reno bouge pas. Je suis pétrifié – parce que ce sont exactement les mêmes sensations qu'hier qui m'envahissent. Puis il me sourit, et il s'en va.

Pardonnez mon vocabulaire mais je suis sur le cul. Ça me prend bien deux minutes après que la porte se soit refermée sur lui, pour arriver à bouger. Je laisse les billets sur la table basse et j'enfonce un bras entre le dos de Reno et le dossier du divan, je glisse l'autre sous ses genoux et je le soulève.

Oh c'est bon, arrêtez un peu ! Je suis maigre mais je passe mes journées à porter des plateaux chargés et à changer de fûts de bière lourds à crever, autant que ça serve à quelque chose.

Je le largue en douceur sur son lit, et à peine dessus il enfonce la tête dans l'oreiller, mais pas assez pour que je puisse pas l'entendre murmurer mon prénom. Ça me noue les tripes et mes yeux se brouillent de larmes que j'essuie rapidement. Je le couvre. Sa main se serre sur l'édredon, effleure la mienne et mon estomac fait un autre bond. Je me mords les lèvres.

Je ramasse la bouteille vide qui se trouvait par terre près de la table de chevet, finalement. Avant de sortir de la chambre, je me tourne pour le regarder. Y a que quand il dort qu'il a cet air vulnérable, et là ça me fait mal au cœur. Mal à en pleurer. Mais ça change rien.

- Pardonne-moi…