Auteur : Ariani Lee
Bêta-lecture : Lyly u
Genre : Romance, threesome, drama
Disclaimer : Rien à moi, tout à Square Enix. Mon seul profit là-dessus réside dans vos reviews, plus que bienvenues.
Pairing : RAR
You've always been just like a riddle
I found you so hard to figure out
I could just wonder till forever
Still there's something I don't know about
I don't know what you've been through
I see it on you, I don't know
How does it feel?
Let me in it's now or never
(Cinéma Bizarre 'How does it feel? ')
Chapitre 16 : Spleen Hivernal
Quel temps de merde.
Salut les gens. Comment ça va ?
Moi ? Bof, pas terrible. Ça fait deux semaines qu'il fait dégueulasse. Il pleut, il fait lourd, sombre du matin au soir. Des jours qu'on a pas vu un rayon de soleil, y a une ambiance de merde.
Roxas doit faire partie de ces gens qui subissent l'influence de la météo. L'hiver a été froid mais vif. Il a neigé mais pas beaucoup plu. Là, c'est début février et ça arrête pas, et on dirait que son humeur baisse avec le baromètre, il fait la gueule comme c'est pas permis – on se voit presque pas, et quand c'est le cas, il a une tronche pas croyable. La totale, regard sombre et front barré de plis – c'est pas terrible pour sa peau, ça, non ? – même ses épaules sont voûtées et pour lui faire desserrer les dents faut s'accrocher. Même ses cheveux on l'air trop déprimés pour pointer aux quatre vents comme ils le font d'habitude.
Reno, ben il a pas tellement de raisons de sauter de joie, on va pas revenir dessus. Il fait pas à proprement parler la gueule mais le temps le rend mélancolique en plus du reste.
Avec Roxas qui vient moins – et en plus, il n'a même plus la motivation du rangement et du ménage, c'est vous dire dans quel état de déprime il est ! – même l'appart' commence à faire grise mine. Il revient à son état d'expérience darwiniste, quoi.
Et moi, dans tout ça, j'ai pas la grande forme non plus. Pas vraiment de quoi faire la fête, hein ? Même mon boulot me soûle en ce moment. Vivement qu'il arrête de pleuvoir. Plus les années passent et plus j'aime pas l'hiver. Je croyais pas ma mère quand y a quelques années elle me disait qu'avec le temps, ça me ficherait le cafard, mais je suis bien obligé d'admettre qu'elle avait raison.
C'est pour ça qu'aujourd'hui je suis décidé à me remuer un peu, et Roxas aussi, par la même occasion. Il a pas de boulot pour l'instant – son contrat du moment le met au chômage technique à cause du temps justement, foutue météo – et c'est mon jour de congé. Reno est au boulot, tant mieux, ça l'occupe. D'ailleurs, je me demande comment ça se goupille, son histoire de promo, il en a plus parlé depuis la dernière fois...
Donc aujourd'hui ! Plan de bataille :
Etape 1 : Aller chez Roxas.
Etape 2 : Le forcer à se bouger pour qu'on fasse quelque chose. Ça lui fera du bien (et à moi aussi).
Etape 3 : Trouver une idée de truc à faire…
Parce qu'avec le temps qu'il fait, on va pas aller se promener dehors, non plus.
Je quitte l'appartement pour la rue – oh, chouette de la boue et de l'obscurité – putain mais il est onze heures du matin, quoi ! – et oh, surprise, devinez quoi !
Il pleut.
Enfin bon, ça sert à rien de râler, hein ? De toute façon si je m'y mets moi aussi ça va finir en foire à la déprime ici.
J'avance d'un bon pas vers chez Roxas, et au fur et à mesure que la pluie trempe mes fringues une idée se forme. Le temps se prête bien à une après midi cocooning. Je pense douche pour se réchauffer et se détendre, je pense canapé et couvertures tièdes et douillettes, je pense film d'horreur et rideaux tirés, je pense café. Mmmmmh… ça serait cool si y avait un orage en fait. Pour l'ambiance… J'ai jamais regardé un film d'horreur avec Roxas. Si ça se trouve il est du genre impressionnable et collant ? Ça me plairait bien.
…Nan, parce que niveau « matage de films d'horreur sérieux et possiblement romantique » avec les câlins derrière, Reno et moi c'est juste un drame. On sait le faire séparément. Quand j'avais quatorze ans je me suis bien foutu les miquettes devant l'Exorciste. Ma sœur dormait à côté donc j'ai du le regarder en écoutant au casque, il faisait tout noir, j'étais pas loin de me pisser dessus. Mais Reno et moi devant un film d'horreur, même le truc le plus flippant du monde, on peut pas s'empêcher de commenter et on se marre comme des baleines. SAW ? Ça nous a plus fait marrer que la scène de la nourriture au début de la saison 5 de Doctor Who– et pourtant on en a pleuré, si ma mémoire est bonne. Paranormal Activity ? Des crampes dans les côtes pendant trois heures après. Insidious ? Déjà, un épisode de Supernatural fait plus peur que ça, et alors le méchant qui ressemble à Darth Maul à qui on aurait greffé des pattes de chèvre, ils ont essayé de faire de la concurrence à la Quatrième Dimension ou quoi ? Quant au Projet Blairwitch j'aime autant pas aborder le sujet.
Donc je tenterais bien le film d'horreur avec quelqu'un qui fera pas comme moi et tournera pas le truc en dérision.
Quand j'entre dans le hall chez Roxas, je suis complètement mouillé mais j'ai le moral. La perspective de l'après-midi qui s'annonce m'a redonné le sourire. Quand je sonne pour qu'il m'ouvre, la voix qui sort du parlophone pue la motivation à dix mètres, mais je m'en tape : j'en fais mon affaire.
- Rapunzel, Rapunzel, je chantonne dans l'interphone, descends tes cheveux ~
Gros blanc.
- Euh, Roxas ? J'appelle.
Non, parce que je voulais le faire sourire, pas l'achever…
- Oui, oui, je suis là. J'hésite à t'ouvrir, là, tu me ferais presque peur.
… Epic fail.
- Fais pas ta mauvaise tête, laisse-moi monter.
Pas de réponse, mais un bourdonnement m'indique que je peux pousser la porte.
- J'arrive.
Dans l'ascenseur, je peaufine mon approche et je réfléchis à un film. Mais on aura qu'à voir sur place.
Il est encore plus renfrogné que la dernière fois quand j'entre.
- Je te préviens, si tu m'appelles Cendrillon, tu t'en vas.
- Pas de problème, Princesse Roxanne.
Il essaye mollement de me frapper et j'esquive sans mal avant de l'attraper par le poignet et de l'attirer dans mes bras.
- Arrête un peu de râler tu veux ? J'vais te remonter le moral moi.
La seule réponse que j'obtiens est un grognement (ça ressemble à « Mmmmmmgneuh ») sans qu'il se détende. Je le serre et j'embrasse le haut de sa tête. Ses cheveux sont moins doux que d'habitude.
- Allez, viens. Faut que tu bouges, c'est pas bon de rester cloîtré comme ça.
- Pas envie de sortir.
Sa voix est morne.
-M'en fiche, j't'emmène.
- T'as un peu vu le temps qu'il fait ?
Je désigne du pouce ma veste humide accrochée au portemanteau.
- J'suis au courant. On aura qu'à prendre ta voiture, on va pas aller faire les boutiques non plus.
- Je l'ai prêtée à Olette, la sienne est en révision pour le contrôle technique.
Qu'à cela ne tienne, c'est pas un peu de pluie qui va me décourager !
- C'est pas grave. On se séchera chez moi. Laisse-moi te donner le programme et on y va.
- J'ai pas envie, Axel.
- J'te demande pas ton avis.
- Je suis très bien là, laisse-moi tranquille.
- Tu parles, t'as le regard, la mine et les cheveux du mec miné par la grisaille qui s'emmerde comme un rat mort chez lui en attendant que le soleil se montre. Ça fait combien de jours que t'es pas sorti ?
- Je t'ai dit que j'ai prêté ma voiture.
- Hun hun, pas une excuse.
- Je ne travaille pas en ce moment.
- Mauvaise réponse ! T'es pas un de ces gars qui vivent que pour leur boulot, je l'sais très bien.
- Tu ne vas pas me laisser en paix ?
- Nan. Mets une veste. On va louer un film et cocooner dans le divan et après on écoutera la pluie qui frappe les vitres pendant qu'on sera au chaud et au sec. Quitte à t'ennuyer, autant t'ennuyer dans mes bras, non ? Moi, j'préfère.
Je le repousse pour pouvoir croiser son regard, et un pâle sourire, hésitant, étire un peu ses lèvres comme à son insu. Ouverture !
- Allez !
Je le fais tourner et je le pousse vers la porte.
- On y va !
- D'accord, d'accord, tu as gagné, j'ai perdu. J'ai le temps de mettre un manteau et des chaussures ?
Je perçois un rien d'amusement dans sa voix – mais vraiment un chouïa.
- T'as dix secondes !
Cinq minutes plus tard, sur le point de sortir de son immeuble, j'ai le plaisir – ah , ah, ah, ironiiiie – de constater que la pluie s'est transformée en véritable déluge. Il tombe des hallebardes.
Ni une ni deux, histoire de pas laisser le temps à Grincheux de changer d'avis et de demander grâce pour sa mise en plis (qui de toute façon laisse à désirer aujourd'hui, même s'il est toujours aussi… hum), je l'attrape par la main et je l'entraîne dehors.
Les rues sont désertes et alors qu'il est midi – heure à laquelle le soleil est quand même supposé être à son putain de zénith ! - il fait carrément noir. Nos pas éclaboussent les trottoirs et Roxas proteste d'abord en essayant de se dégager mais ça dure qu'une minute parce que rapidement, manteau ou pas, je suis complètement trempé et il doit l'être aussi. Il aurait plus rien à sauver en retournant chez lui de toute façon. Alors on continue de courir sous la pluie, et par moments entre les bruits de gouttes qui s'écrasent au sol et de l'eau qui ruisselle partout j'ai l'impression d'entendre des éclats de sa voix. Ça fait comme un fantôme de rire dans la pluie. Mes cheveux se plaquent à mon visage et dégoulinent abondamment, l'intérieur de mes chaussures est devenu spongieux (à chaque pas ça fait « pouic » entre mes orteils), mes vêtements sont tellement trempés qu'ils me collent à la peau et la main de Roxas est glissante dans la mienne mais ses doigts sont serrés autour des miens.
Finalement, quand on arrive au vidéo club, on dirait qu'il vient d'échapper à la noyade et je dois pas valoir mieux. Mais il est adorable comme ça, des mèches plaquées sur le front et les joues, la peau luisante ; ses fringues lui font comme une seconde peau et j'ai pas imaginé son rire, dehors. Il sourit pas vraiment mais son front est lisse et son regard plus clair.
Le temps de se décider sur le film qu'on choisit, on s'égoutte d'un litre et demi de flotte chacun et l'employé – qui va sûrement pas voir beaucoup d'autres clients, aujourd'hui – regarde sombrement la traînée d'eau boueuse qu'on laisse derrière nous et les flaques qui marquent les endroits où on s'est arrêtés pour lire les résumés au dos des boîtiers.
Une fois la boîte en plastique rangée dans la poche intérieure de mon blouson – pas qu'elle y sera au sec mais j'aime mieux ça que de la tenir à la main – on repart courageusement dans les Ténèbres. On court pas cette fois, on est tellement trempés, de toute façon, un peu plus ou un peu moins ça fera aucune différence alors autant ne pas se fatiguer hein ? Main dans la main, on se laisse inonder par l'averse. Je lui jette un regard et je vois qu'il a la tête inclinée vers l'arrière et les yeux fermés, il offre son visage à la pluie qui le baigne.
- Tu ressembles à une pub pour …
Il ouvre les yeux et il me regarde et mes mots s'évaporent et putain, j'ai oublié ce que j'allais dire. Comment ses yeux arrivent à être aussi bleus alors qu'il fait noir comme dans un four et qu'il pleut comme vache qui pisse ? Merde, y a pas un rayon de soleil et quand je regarde ses yeux j'ai l'impression d'être au bord de la Méditerranée. J'aime pas être déstabilisé comme ça.
- Pour quoi ?
Ah oui, ça parle aussi. Est-ce qu'un jour il va arrêter de me faire cet effet-là ? Y a comme ça des moments où j'ai l'impression que c'est pas un être humain, Roxas. Que c'est autre chose, quelque chose de… plus.
- Je sais pas, je lui réponds. Un truc très beau et pur et en même temps vachement sexy.
Pour la première fois depuis quinze jours, je vois un vrai sourire étirer ses lèvres – victoire ! Et on est même pas arrivés chez moi.
Puis il lâche ma main et il me prend par le devant de ma veste. Il m'attire à lui et il m'embrasse, il noue ses bras autour de mon cou pendant que je le prends par la taille et je sens que sa bouche s'est ouverte parce que, de froide l'humidité est devenue chaude, et a envahi la mienne et j'ai la tête qui tourne. L'eau continue de couler sur nos visages et nos mains, le long de ma nuque jusqu'entre mes omoplates. Ses lèvres se réchauffent, j'ai envie de lui maintenant. Mais même si la rue est hyper sombre et déserte, je garde mes pensées impures pour moi. C'est pas prévu dans le Plan – pas comme ça en tout cas – et je tiens à suivre le Plan. Jusqu'ici ça a plutôt bien marché, non ?
Si dans votre vie, vous avez jamais eu l'occasion d'échanger un baiser sous la pluie – un vrai baiser, avec la bonne personne, sous une vraie pluie et de préférence dans une rue déserte, ce qui amplifie encore plus l'impression qu'on est plus que deux au monde – si vous l'avez jamais fait, donc, je vous jure, faut essayer. Mourir sans l'avoir fait au moins une fois ce serait vraiment trop con. Conseil d'ami. Finalement, on repart vers chez moi, main dans la main.
Arrivés à destination, on est tellement trempés qu'on inonde la cage d'escaliers comme deux bonshommes de neige en train de fondre. J'ouvre la porte de l'apart' et on commence à se déshabiller sur le pallier – égoïstement, je préfère me répandre là que chez moi. On se marre en essayant d'être discrets et on trébuche presque l'un sur l'autre. Moi, je prie le p'tit Jésus et tout ce que vous voulez pour que personne ne passe. La petite dame aux chats ou la voisine pour qui on chasse les araignées, ça serait gênant – ça pourrait aussi être marrant, ceci dit…. – mais je pense plutôt au gardien de l'immeuble. C't'espèce de taré qui campe dans sa loge au rez-de-chaussée, il a un putain de contentieux avec nous…
Pause anecdote ? … Bon, Roxas galère avec les boutons de sa chemise – la flotte a resserré les trous… Allez, disons qu'on a le temps. Mini-pause anecdote. Je sais que vous adorez ça.
Le type du rez-de-chaussée, donc. Van Führer, qu'on l'appelle. D'une part parce qu'on arrive jamais à retenir son nom, et d'autre part parce que c'est type le plus fasciste que j'ai jamais vu. Pas chercher pourquoi y a que des Blancs dans notre immeuble, la dernière fois qu'une famille d'étrangers à essayé de s'installer – c'était un couple de Vietnamiens avec un bébé – ils ont déguerpi après deux semaines. Je sais pas ce qu'il leur fait mais c'est toujours pareil, il fait fuir tout ce qui n'entre pas dans ses petits critères. Reno et moi, on est gays et on s'en cache pas vraiment, même si on a pas non plus un paillasson aux couleurs de l'arc-en-ciel devant la porte. Après qu'on a eu emménagé, on a remarqué qu'il nous regardait de traviole parfois, puis avec le temps les regards sont devenus noirs. Et un jour j'ai percuté que c'était à chaque fois qu'on le croisait après avoir… Hum, vous voyez, quoi. On était pas toujours très bruyants non plus, mais c'était à croire qu'il écoutait à la porte – dans le genre flippant on fait difficilement mieux. Je suppose qu'au bout d'un moment il a plus pu douter du fait qu'il y avait jamais de fille chez nous, et encore moins à ces moments-là, alors les regards noirs sont devenus des tentatives d'assassinat oculaires et au bout d'un moment, Reno en a eu marre. Moi, depuis que j'avais compris le manège du taré ( qui devait plus être un homo refoulé qu'un homophobe s'il passait comme ça son temps à nous gay-tter – ouais, elle était facile, j'ai pas pu m'empêcher) j'essayais de la mettre en sourdine. Ça me foutait la gerbe d'y penser, mais y a eu un soir où… bon, sans rentrer dans les détails, il m'avait fait crier - et quand je dis ça, je veux vraiment dire qu'il l'avait fait exprès et que c'était pas possible de m'en empêcher – et il y était aussi allé de sa petite collaboration vocale alors qu'il est plus du genre à gronder qu'autre chose – oh, ça suffit dans le fond, sinon je raconte pas la fin !
… j'aime mieux ça.
Donc ce soir-là, juste quand on avait eu fini, il avait roulé sur le dos et il avait gueulé - pas assez fort pour réveiller les voisins mais suffisamment pour que ça s'entende dans le couloir :
« Payes toi un porno ou un professionnel, mal baisé ! ».
Depuis, le type, il nous évite comme la peste et quand on le rencontre quand même, il baisse les yeux comme si croiser notre regard pouvait lui donner le typhus. Ou le SIDA.
Voila pourquoi j'ai pas très envie de le voir débarquer alors que Roxas et moi on est toujours en train de s'égoutter en boxer dans le couloir. Vous voulez un mouchoir mademoiselle ? Vous pissez le sang par le nez, là…
On rentre dans l'appart' et je claque la porte. On rejoint la salle de bains et on laisse tomber nos fringues dans la baignoire. J'attrape une serviette et je me frictionne les cheveux. Lui il enlève son boxer.
- Je peux prendre une douche ?
Est-ce bien la peine de demander ? Non, tu restes à poil. J'pourrais lui répondre ça… ça ferait peut-être un peu plus briller les paillettes dans son regard. Son sourire me désarme, il m'embrasse sur la bouche. Me voila payé pour l'eau chaude.
Je transvase les vêtements de la baignoire au panier à linge que j'embarque, juché sur une de mes hanches. Au moment où je vais pour sortir de la pièce – si je mets pas une porte entre lui et moi dans les trente secondes il va se passer des trucs autres qu'une douche dans cette baignoire et c'est pas prévu au programme pour l'instant, j'y tiens – il me rappelle.
- Axel ?
- Oui ?
Les paillettes dans son regard brillent pour de bon. Il a le sourire et la lumière dans ses yeux ferait presque oublier que dehors malgré le printemps qui s'amène, il fait un temps d'Apocalypse. Quinze secondes.
- Merci.
- De quoi ? - De m'avoir fait voir le bon côté de l'hiver. De m'avoir montré que je pouvais aimer la pluie.
Et vlan ! Triple combo de la bouche-baise-moi, du regard angélique et de la démoniaque nudité qui promets à la fois le Septième Ciel et les feux de l'Enfer. Il me tuera.
Je fais un bruit de gargouillis – pas possible d'articuler quoi que ce soit d'intelligible, mon cerveau est court-circuité par les phéromones– et je ferme la porte après avoir cogné la corbeilledans le chambranle. Je l'entends se marrer doucement.
Je la largue dans le séjour et je finis de me sécher les cheveux avant d'aller me chercher des fringues. Pendant que je m'habille, j'entends l'eau qui commence à couler dans la salle de bain. De retour dans le salon, je fouille dans la pile de vêtements mouillés pour extirper de mon blouson le boîtier du DVD. Je prépare tout le truc – nid de couvertures rapatriées et coussins, DVD dans le lecteur et café qui coule. Une fois que tout est en place, je me plante au milieu du salon, les mains sur les hanches, et je prends une profonde inspiration aromatisée au café…
… Et j'entends un bruit.
C'est comme la fusion d'une voix noyée et d'un « Rrrrrrrrrrrrrrrrrrrrr ! » et ça vient du panier à linge. Zarbi.
… Un téléphone qui sonne ? C'est pas con ça. J'vais regarder.
Finalement, après m'être re-mouillé jusqu'aux avant-bras, j'arrive à tirer du jean de Roxas son portable qui vibre en faisant de la brume.
- … how, tell me now, I need to knoooooow, tell me how ~
C'est peut-être important? Je décroche.
- Allô ?
- Allô, bonjour, c'est le cabinet du docteur Master à l'appareil. Pourrais-je parler à monsieur Seren, s'il vous plait ?
J'hésite une seconde avant de répondre.
- C'est son compagnon à l'appareil. Il n'est pas disponible pour le moment, je peux prendre un message ?
J'entends qu'on farfouille dans des papiers et puis la secrétaire me répond d'une voix absorbée.
- Simplement lui demander de rappeler le docteur Master assez rapidement, elle souhaite lui parler.
- Il y a un problème ?
Non parce que c'est moi ou c'est inquiétant, là ?
- Je ne peux pas vous donner cette information, monsieur.
… Pétasse.
- Je comprends. Je passerai le message.
- Merci monsieur, bonne journée.
- Vous de même.
Clic sur la ligne. « Je ne peux pas vous donner cette information, monsieur », et gnagnagna … Quoi, le secret médical ? Je m'en tape, moi. Roxas est malade ?
Nan, parce que le médecin qui prend contact avec toi, c'est jamais bon signe. Il a peut-être passé des radios ou fait des analyses et c'est pour lui donner les résultats… Mais des examens? Pourquoi ? Il m'a rien dit…
Ah ben, le voila justement. Coiffé et habillé nickel – il a des fringues de rechange dans ma garde-robe, hé ouais ! C'est – mon – mec ~ ! Je le retrouve plus fidèle à lui-même que ces deux dernières semaines et c'est agréable, mais ma belle humeur s'est envolée, chassée par l'inquiétude.
- Tu parlais avec qui ? Il me demande, l'air désinvolte.
- Roxas, t'as des problèmes de santé ?
… Merde. Le voila raide comme une planche et j'aime pas son regard. C'est le même, fixe et carrément bizarre, qu'il a eu le soir de notre premier rendez-vous quand il m'a vu saloper sa belle moquette en dégoulinant dessus.
- Pourquoi tu me demandes ça ?
Sa voix est froide, dure, les syllabes sont sorties comme s'il avait dû les expulser, mais ça me fait pas rire du tout – pas comme cet autre soir, oh non, parce que là il s'agit pas d'un peu de bière et de soda mélangés en train de menacer la propreté d'un tapis, il s'agit de lui. De sa santé. Et sa réaction là, c'est tout sauf rassurant. C'est même un peu flippant. On dirait qu'il est en rogne. Enfin je crois. Parce que je l'ai jamais vu se mettre en rogne, être en colère pour de vrai.
Hum, et j'ai pas envie… C'est donc d'une voix pas aussi assurée que je le voudrais que je lui réponds en lui tendant son portable.
- T'as eu un appel et j'ai décroché. Ton médecin… Le docteur Master, elle veut que tu la rappelles dès que tu peux. Roxas pourquoi tu fais cette tête ? Qu'est-ce qui se passe ?
Ma voix a pris des accents angoissés sur la fin mais c'est plus fort que moi. J'ai l'impression qu'il est en train de se passer un truc vraiment grave.
Je me trompe pas.
Son visage se transforme en une espèce de masque grimaçant de colère au milieu duquel ses yeux étincellent carrément, on dirait que ses iris sont passés du bleu marine au noir glacé des abysses. Le genre de profondeurs qu'on a pas envie d'explorer, en fait. Putain, ce regard ! Il marche vers moi d'un pas rapide et je vous jure que je réprime un mouvement de recul – cette manière qu'il a de me fixer c'est flippant ! Je crois que s'il avait un couteau en main, là tout de suite, il me le logerait entre les côtes.
Mais il a pas d'arme – heureusement – et il se contente de m'arracher son portable des mains. Brusquement, sans cesser de m'assassiner du regard.
- Ça ne te regarde pas.
Sa voix est froide et tellement tremblante de colère que les mots sortent par à-coups, comme un disque rayé. Il a l'air d'un robot à comportement humain en train de disjoncter. Qu'est-ce qui se passe, merde, qu'est-ce qu'il peut y avoir de suffisamment grave pour le mettre dans un état pareil ? Pourquoi il m'a rien dit ?
- Je voulais juste…
- Je ne veux pas le savoir ! Ce ne sont pas tes affaires, c'est ma vie, et je ne t'ai rien demandé !
… En plus de m'inquiéter je commence à légèrement m'énerver, là.
- Je fais partie de ta vie, Roxas, jusqu'à preuve du contraire. Je t'aime.
- Ça te donne pas le droit de te mêler de mes affaires. Je t'interdis de décrocher mon téléphone ou de faire des trucs de ce NE ME TOUCHE PAS !
Je sursaute et, de fait, le lâche. J'ai juste voulu lui prendre le poignet, j'avais juste envie de sentir sa peau sous mes doigts parce que j'ai besoin de m'assurer que je suis pas en train de faire un mauvais rêve tellement je le reconnais plus. Mais il m'a arraché sa main, il s'est écarté et maintenant il me regarde en reculant et c'est plus de la colère, c'est même plus des regards assassins c'est de la furie, de la rage. Je reste muet et pétrifié de stupeur face à ce spectacle – j'ai déjà vu Roxas dans bien des états, il a ce truc bizarre avec son humeur et son caractère dont il change comme de chemise mais à part quand il se met à rire ou à pleurer à des moments complètement improbables c'est toujours quelqu'un de réservé, et qui perd pas son calme. Parfois il est même bizarrement inexpressif ou trop calme et j'ai l'impression qu'il ressent rien du tout mais jamais je l'avais vu crier ni se montrer agressif.
Là c'est au-delà de l'agression, et c'est pas des cris mais des hurlements qui sortent de sa bouche tordue par la rage – mon Dieu, qu'est-ce qui arrive à son si beau visage ? Comment est-ce que la beauté angélique de ses traits peut être à ce point déformée ? Il est en furie et ça le défigure, il hurle sans s'arrêter, on doit l'entendre jusqu'au dernier étage de l'immeuble, on dirait qu'il va s'étouffer tellement il s'énerve et je pige même pas la moitié de ce qu'il dit, mais en substance, je discerne qu'il me reproche encore plusieurs fois de me mêler de choses qui me regardent pas, qu'il m'interdit de m'occuper de ses affaires et alors que j'esquisse un geste pour tendre la main vers lui, il recommence à m'invectiver et à m'interdire de le toucher, de l'approcher, il m'ordonne de me taire, il ne veut pas m'entendre.
J'aime pas qu'on me parle mal, je suis pas du genre à me laisser marcher sur les pieds mais là je suis juste au-delà de ça, l'agacement que j'éprouvais il y a deux minutes s'est envolé. J'ai plus que cette peur, cette angoisse qui me noue les tripes quand je le regarde parce que je comprends pas ce qui se passe, je le reconnais pas et putain qu'est-ce qu'il peut y avoir de si grave pour qu'il se mettre dans des états pareils alors que j'ai juste décroché son téléphone ? Je voudrais le prendre dans mes bras et le serrer contre moi jusqu'à ce qu'il se calme et qu'on puisse discuter, je voudrais comprendre parce que là c'est impossible. On est ensemble depuis assez longtemps pour ça, quand même – j'ai des vêtements chez lui, il a la clé de chez moi, je l'ai présenté à ma famille et je connais une partie de la sienne, jusqu'ici tout ça évoluait au fur et à mesure que le temps passait, naturellement, alors pourquoi…
Et si ça n'avait rien à voir avec le médecin ou un problème de santé qu'il me cacherait ?
Il a l'air essoufflé, on dirait qu'il est arrivé à court de reproches, de hurlements. Il se tait quelques secondes, haletant légèrement, le teint sombre et les yeux braqués sur moi avec quelque chose dans le regard qui dit qu'il aimerait beaucoup prendre ma tête et là cogner contre un mur jusqu'à ce qu'elle éclate comme une pastèque, puis il tourne les talons et je comprends qu'il s'en va. Non !
Par réflexe, je saisis son poignet pour le retenir mais il se dégage encore et se retourne vers moi et son regard venimeux et sa voix sifflante de rage me clouent sur place quand il parle :
- Lâche. Moi. Ne me suis pas, ne m'appelle pas, laisse-moi tranquille. Je ne veux ni te voir, ni te parler.
- Pour combien de temps ?
Mais j'ai pas parlé assez fort pour qu'il m'entende. Il a tourné les talons et il est parti et la porte d'entrée claque.
Le silence tombe sur l'appartement, lourd comme une chape de béton armé après tout ce boucan, et je reste planté seul comme un con dans le salon, cloué sur place, incapable de décoller mes pieds du sol, comme si son dernier regard m'avait bel et bien pétrifié là. Je comprends rien. Il y a un vide immense qui se creuse dans ma poitrine, un gouffre blanc de silence – ce calme plat après la tempête a quelque chose d'encore plus angoissant. Tant qu'il était là à me hurler dessus ça allait encore, mais maintenant qu'il est parti tout ce qu'il me reste à faire c'est constater les dégâts. Qu'est-ce qui lui prend ?
La pluie redouble dehors. Le tonnerre craque encore plus fort. Et si ça n'avait rien à voir avec le médecin ?
Feu céleste, qu'est-ce qu'il me cache pour se mettre dans un état pareil simplement parce que j'ai décroché son téléphone ?
Pas de Reno dans ce chapitre mais il aura la vedette dans le suivant (en quelque sorte).
Vous haïssez Roxas ? Vous cherchez en ce moment même à acheter de l'anthrax sur Amazon pour m'envoyer un courrier piégé pour me punir ? Ne faites pas ça ! Si vous avez envie de passer votre colère à l'égard de Roxas, de moi-même, d'Axel (ça pourrait se comprendre) ou de Reno (Là par contre… je lui ai trouvé des défauts, faut juste que je les exploite), filez sur mon profil : un poll vous attend pour exprimer votre état d'esprit suite à ce chapitre !
