Auteur : Ariani Lee

Bêta-lecture : Lyly u

Genre : Romance, threesome, drama

Disclaimer : Rien à moi, tout à Square Enix. Mon seul profit là-dessus réside dans vos reviews, plus que bienvenues.

Pairing : RAR (Regardez bien l'ordre des lettres…)

Je vous souhaite un bon mois de février, le prochain chapitre sera pour le jour de la Saint-Valentin. J'espère que celui-ci plaira plus que le précédent.

Chapitre 20 : Comprendre, enfin

When you walk away you don't hear me say

"Please, oh baby... don't go!"

Simple and clean is the way

That you're making me feel tonight

('Simple and Clean' Utada Hikaru)

Arrivés à l'hôpital, Reno sort Roxas de la voiture. Je ferme les portes, j'empoche les clés et on entre au service des urgences.

Une fois sur place, en fait, je sais pas trop comment m'y prendre. Le docteur Master m'a dit « urgences psychiatriques ». Moi, je veux bien, mais c'est pas comme si y avait une pancarte où un autre service...

Reno me tend le portefeuille de Roxas avant de l'emmener s'assoir sur les sièges en plastique de la salle d'attente et je vais à l'accueil. C'est calme, y a pas de file. La fille assise derrière le comptoir m'adresse un beau sourire et se passe une main dans les cheveux. Parfois je me dis que je vais me faire faire un nouveau tatouage. « Je suis gay ». En lettres capitales sur le front, de toutes les couleurs de l'arc en ciel. En règle générale je m'en tape que des filles me regardent ou même me draguent, mais ce soir je suis trop fatigué. Je lui tends la carte d'identité de Roxas.

- Excusez-moi, je sais pas si je suis au bon endroit. J'accompagne mon petit ami, son médecin a dit qu'il fallait qu'on l'amène aux urgences psychiatriques.

Elle jette un coup d'œil à Roxas, un peu plus loin. Reno continue de le tenir dans ses bras et ils se parlent à voix basse. Roxas m'accorde même pas un regard. Le visage de la réceptionniste passe de la déception à la compassion en une demi-seconde. Je suppose que j'ai du bol, elle pourrait être homophobe ou mauvaise joueuse et décider de nous faire poireauter trois heures. Au contraire, elle insère rapidement la carte de Roxas dans un bidule informatique et pianote vivement sur le clavier de son ordinateur.

- Roxas Seren, elle finit par annoncer. Un patient du docteur Master, elle a laissé une note dans son dossier.

- Elle a dit qu'elle était de permanence ce soir.

- Un petit instant, je vous prie.

Elle décroche un téléphone et compose un numéro.

Pendant qu'elle parle à son correspondant, je jette un nouveau coup d'œil à Reno et Roxas qui continuent de discuter sur leurs sièges. Roxas a l'air déprimé, ses joues sont rouges et il le regarde pas. En me reconcentrant sur la réceptionniste, je me dis qu'elle est quand même nettement plus sympa que la pétasse qui sert de secrétaire à la psy. Être courtois, ça coûte rien, et cette fille-là fait pourtant un boulot autrement plus pénible que le sien. Les horaires, les drames, les gens qui s'impatientent et qui s'énervent... Qui crient ou qui pleurent.

- Le docteur Master sera là dans un instant, elle me dit en raccrochant.

- Je vous remercie, je réponds. Vraiment, vous êtes charmante.

Elle glousse.

- Merci du compliment. J'espère que ça se passera bien, elle me dit en regardant du côté de Reno et Roxas. Après un instant d'hésitation, elle ajoute : C'est votre frère?

- Non, mon meilleur ami. Il m'a aidé à l'amener, je crois que j'y serais pas arrivé s...

- Monsieur Lee?

Une jeune femme arrive de l'autre bout du couloir.

Tailleur-pantalon sous une blouse blanche avec un badge clipsé sur une poche pleine de bics, elle a les cheveux courts et bleus et elle est jolie, elle a l'air très sérieux. Quand elle arrive à ma hauteur, elle me tend la main pour que je la serre.

- Aqua Master.

- Bonsoir, docteur. Je suis content de vous voir.

- Moi de même. Où est-il ?

Je branle du pouce en direction des sièges.

- Oh, je vois. C'est votre frère ?

Putain, j'en ai marre.

- Oui.

- Comment ça s'est passé?

- Comme vous l'aviez prévu, vous aviez raison de me dire de pas y aller seul. Merci.

- Je vois ça. Il ne vous a pas loupé, dites donc.

Elle regarde mon visage. C'est clair que je dois pas avoir l'air très reluisant. Je sens que ma lèvre a déjà un peu désenflé mais je dois commencer à changer de couleur par endroits.

- Vous voulez qu'une infirmière vous examine?

- Pas la peine, je regarderai ça chez moi. Je veux juste que vous preniez soin de lui... s'il vous plaît.

Tous les deux, on regarde Reno et Roxas. Ils ont pas bougé.

- Vous pouvez toujours pas me dire ce qu'il a ? Je lâche sans y croire.

Elle secoue la tête.

- Il vous le dira sans doute lui même en sortant.

Je baisse la tête.

- Je crois pas, vous savez. Quand il m'a vu tout à l'heure, il s'est jeté sur moi et il s'est mis à me taper dessus en hurlant. Vous le connaissez, il est mannequin, il risquait pas de me faire très mal mais...

Ma voix se brise et je sens les larmes me monter aux yeux. Doucement mais fermement, elle m'attire à l'écart, dans une chambre vide. Je me laisse tomber assis sur un lit j'enfouis mon visage dans mes mains, je sens qu'elle s'assied à côté de moi. Une main légère se pose sur mon épaule et je craque.

- Il... il m'a regardé comme si... comme si j'étais un étranger à qui il en aurait voulu à mort... comme s'il me détestait, il s'est rué sur moi, je le reconnaissais à peine ! Quand Reno l'a maîtrisé il s'est… il... il l'a emmené ailleurs et quand ils sont revenus...

Je me redresse et je rejette la tête en arrière. Les yeux grands ouverts, je fixe le plafond.

- Oh, mon Dieu... Quand ils sont revenus, il était calmé mais il m'a totalement ignoré. Pas une fois il m'a adressé la parole ou même regardé. Comme si j'existais pas... ah...

Je secoue la tête avant de me passer une main dans les cheveux.

- Je suis désolé, je finis par dire. Tout ça, c'est pas votre problème, je...

- Il n'y a pas de problème, elle me dit en souriant. À votre place, je ne m'en ferais pas trop. Il est extrêmement secoué, il faut simplement qu'il reprenne son traitement. Je vous assure que tout s'arrangera par la suite.

- Je veux pas... je veux pas penser qu'il m'aime simplement parce qu'il prend des médocs.

- Soyez assuré que ce n'est pas le cas, monsieur Lee. C'est quand il n'est pas sous traitement qu'il n'est pas dans son état normal. D'accord ?

Je prends une profonde inspiration et j'expire lourdement.

- D'accord. D'accord, allons-y.

Ils ont fini de discuter quand on arrive devant eux. Roxas se lève aussitôt qu'il voit le docteur Master et va vers elle, toujours sans me regarder.

- Roxas, elle lui dit. Il était temps.

- Je suis désolé, docteur, je... j'ai cru que je pourrais... que j'étais...

Il se tait, il fixe le bout de ses chaussures, l'air effondré. Elle le prend par la main et lui sourit d'un air réconfortant.

- Tout va bien maintenant. Venez avec moi.

Il hoche la tête. Tout à coup, une main se referme sur la mienne et Reno est debout à côté de moi. Le docteur Master nous remercie et le cœur lourd, je me détourne pour partir. Je veux pas le voir s'éloigner dans ce couloir en sachant qu'il se retournera pas...

- Axel...

Ça me cloue sur place. Quand je me retourne, c'est son dos que je vois, mais au moins il me parle. Un instant s'écoule.

- Je t'aime, il finit par dire.

Chute de tension.

Il nous faut bien deux heures, à Reno et à moi, avant d'être rentrés chez à la maison. On est retournés en voiture jusque chez Roxas, et on a appelé un serrurier pour qu'il trouve un moyen de faire fermer la porte. On a rangé l'appartement comme on a pu. Meubles, livres, vêtements, un brin de ménage - si on nous avait dit qu'un jour on ferait ça chez quelqu'un alors qu'on le fait déjà pas chez nous...

On a laissé la voiture là et on est repartis en moto. Enfin arrivés chez nous, je me laisse tomber dans le divan. Il est que dix heures du soir et j'ai l'impression de pas avoir dormi depuis trois jours.

Reno s'affaire à je sais pas quoi dans la salle de bain. On a à peine échangé trois mots depuis qu'on a quitté l'hôpital. J'ose pas lui parler parce que je sais que je lui demanderais de quoi ils ont parlé pendant tout ce temps et que j'aurais beaucoup de mal à l'accepter s'il refusait de me le dire. Et je suppose qu'il refuserait, sinon il m'en aurait déjà parlé.

Je prends un livre sur la pile qui encombre la table à côté du fauteuil. La jaquette est usée et se déchire aux plis.

Ça s'appelle "Sybil", le sous-titre dit "L'histoire vraie et incroyable d'une femme habitée par seize personnalités différentes."... ça a l'air glauque. Je le feuillette, le marque-page m'arrête à un en-tête de chapitre intitulé "L'enfant battu".

Mouais. Super glauque.

Les autres bouquins traitent de troubles schizophréniques, de l'humeur et de la personnalité. Il se renseignait... depuis quand? Je rempile les livres là où je les ai pris.

- Je te le conseille pas, celui-là, dit la voix de Reno derrière moi. Il est passionnant mais c'est à la limite de l'insoutenable.

Je repose "Sybil" sur le tas et je lève les yeux vers lui. Les mains pleines, il vient s'assoir à côté de moi dans le divan et dépose ses trucs sur les coussins. Boules de coton, antiseptique et sparadrap.

- Il t'a bien amoché, il me dit.

Sa voix et son regard sont pleins de tendresse alors qu'il lève la main pour caresser du bout des doigts l'égratignure sur mon front. Il les laisse glisser sur ma pommette douloureuse et s'arrêter sur mes lèvres où la douleur palpite encore. Mon cœur se met à pomper, j'ai mal, me touche pas comme ça...

Embrasse-moi.

Il écarte sa main et imbibe un des morceaux d'ouate de désinfectant avant de commencer à m'en tamponner le front. C'est frais et ça pique un peu.

- Ça va? Il me demande.

- Aussi bien que je peux aller...

Il nettoie ma lèvre et me colle un sparadrap sur le front.

- Voilà.

Il me sourit, mais je me sens mal à l'aise.

- Ren, est-ce qu'il t'a dit ce qu'il avait?

C'est sorti tout seul. Je le savais que je pourrais pas m'empêcher de lui poser des questions. Il hausse les épaules.

- Pas exactement, mais il en a dit bien assez. J'ai lu des trucs là-dessus et j'ai beau pas être psy, il m'a pas fallu très longtemps pour mettre un nom sur ses symptômes. Ce qu'il m'a dit a confirmé ce que je pensais.

- Et qu'est-ce qu'il a?

- Il est maniaco-dépressif. Ça s'appelle aussi un trouble bipolaire, c'est une forme aggravée de cyclothymie. Pour faire court, c'est une alternance de phases maniaques et de dépression plus ou moins longues, influencées par les saisons par exemple, ou d'autres trucs. Ça veut dire que les gens qui sont atteints peuvent être exagérément heureux ou malheureux alors que les circonstances ne s'y prêtent pas, avoir des réactions totalement excessives ou au contraire être complètement indifférents. C'est un trouble de l'humeur. Ça se déclare à la fin de l'adolescence ou au début de l'âge adulte.

Je soupire. Il a beau faire simple et concis, j'ai l'impression de pas tout saisir, hormis qu'il m'énumère exactement tous les comportements bizarres, même les plus insignifiants, que j'ai remarqués chez Roxas depuis que je le connais. Et aussi que ça correspond avec ce que m'avait dit Ven le soir de l'Epiphanie.

- C'est quoi la différence entre une maniaco-dépression et une dépression normale?

- Les gens dépressifs n'ont pas de phases maniaques, ils sont « down » tout le temps. Et surtout, la maniaco-dépression, ça peut se soigner avec des médicaments. Les dosages sont extrêmement précis et ça demande un contrôle régulier et rigoureux pour être efficace, mais un maniaco-dépressif peut avoir une vie complètement normale en étant sous traitement. C'était son cas.

- Et il a arrêté de prendre ses médicaments.

Il hoche la tête.

- C'est aussi à ça que servent les visites de contrôle. Ça arrive à quasiment tous les maniaco-dépressifs. Le traitement au lithium est si efficace qu'au bout d'un moment, plus ou moins long, le malade finit par oublier, il s'imagine être guéri. Roxas a voulu essayer de vivre normalement, sans les médicaments, et tout ça. On a vu le résultat.

- Reno...

- Quoi?

- Pourquoi... pourquoi est-ce qu'il m'a ignoré ? Il avait l'air d'être calmé et pourtant il était toujours en colère contre moi.

- Non, c'est pas ça.

- C'est vrai?

J'ai l'impression qu'un ballon se dégonfle dans ma poitrine. Pourquoi, alors ? Pourquoi refuser de me regarder, de me parler, pour finalement juste me dire qu'il m'aime avant de s'en aller ?

- En fait, une fois qu'il s'est calmé, il m'a surtout parlé de toi.

- Qu'est-ce qu'il a dit ?

- Qu'il était désolé, qu'il avait tellement honte de t'avoir traité comme ça... Il s'en voulait à mort et il avait peur que toi, tu sois en colère contre lui.

- Quoi ? Mais enfin, c'est complètement ridicule ! Il... il est malade, tout ça c'est pas sa faute ! Je voulais le lui dire, pourquoi... pourquoi tu m'as pas laissé lui parler ?

C'est sortit plus sèchement que je l'aurais voulu et il a l'air blessé.

- Pardon, je voulais pas... je suis pas fâché contre toi, je t'assure, je...

Je soupire et je me laisse aller contre le dossier du divan.

- Je veux juste comprendre, tu vois.

Il hoche la tête.

- T'inquiète, je sais. J'ai juste pensé que c'était mieux d'éviter de risquer... de provoquer une rechute, voilà. Il pourra pas recevoir de visite tant qu'il sera là-bas, il me l'a dit. La dernière fois que c'est arrivé, ça avait déjà été le cas. Je me suis dit que c'était un coup à le perturber avec des problèmes que vous pourriez de toute façon pas régler avant qu'il sorte. Il doit rester au calme et se concentrer sur lui-même.

- T'as eu raison.

- Ouais. Putain de journée de dingue...

- Tu veux fumer un joint ?

- Ouais, ça me semble une excellente idée. Je m'en occupe.

- Merci.

- Je vais prendre l'air deux minutes.

- Okay.

On a un balcon. Un truc minuscule qui donne sur la rue depuis le salon. C'est à peine assez grand pour que deux personnes puissent s'y tenir debout mais c'est quand même agréable d'avoir ce truc.

Une brise fraîche me caresse le visage, ça me fait du bien. Je m'accoude à la rambarde en fer forgé et je lève les yeux vers le ciel. Après un instant, j'arrive à distinguer quelques étoiles.

Souvent, quand on est en ville et qu'on regarde vers le haut pendant la nuit, on a l'impression qu'il y a plus d'étoiles, comme si elles s'étaient éteintes. En fait, c'est juste les lumières qui font ça. La nuit n'est pas noire, tout simplement.

J'entends Reno qui arrive derrière moi. Il vient me rejoindre et s'accouder à la barre métallique et il me tend le joint allumé. Je tire dessus et je recrache la fumée. Derrière le nuage, les étoiles pâlissent un peu plus.

- Tu m'as pas tout dit, hein? Y a autre chose.

- Ouais. Il m'a surtout parlé de nous.

- De nous?

- Ouais, de nous deux. Toi et moi.

- Il a dit quoi?

Je prends une autre bouffée âcre et épicée et je lui rends le pétard. Son profil se découpe nettement sur le décor nocturne quand il en prend une taffe. Il baisse la tête vers la rue en le laissant pendre mollement entre ses doigts.

- Il m'a demandé de prendre soin de toi.

- Et c'est tout ?

-... Non. Mais c'est très... C'était vraiment très, très gênant.

- Vide ton sac, il m'a déjà balancé des trucs très embarrassants aussi, sur toi et moi.

Il soupire et me tend le joint.

- Il s'est éteint.

Il me donne son briquet et je le rallume.

- Il m'a dit de veiller sur toi. De faire tout ce que je voudrais faire, tout ce qui me semblerait nécessaire. Il a dit... Il a dit qu'il savait très bien que je t'aimais, qu'il savait que tu m'aimais aussi et que ça le bouleversait de nous voir séparés à cause de lui.

- Il m'a déjà dit ça à moi aussi. Le soir où vous vous êtes embrassés. Qu'il avait jamais eu l'intention de se mettre entre nous, qu'il avait jamais voulu ça.

- C'est dingue.

- Ouais. En fait, je crois que...

Je m'interromps un instant. L'idée est toujours trop surréaliste pour que je puisse la formuler à voix haute, mais il le fait pour moi.

- Qu'il nous encourage.

- Mais ça a aucun sens !

- Je sais, mais c'est pourtant ce qu'il fait. Reste à savoir ce que nous, on veut. Il m'a dit de prendre soin de toi, que t'allais avoir besoin de moi et je sais que c'est vrai. Je sais que je peux t'aider, je peux être là pour toi pendant son hospitalisation comme je l'ai été pendant ces jours où t'as cru l'avoir vu avec Terra et où t'étais complètement effondré.

Je réponds rien, je sais pas quoi lui dire. Je veux entendre ce qu'il a à dire avant de répondre. C'est trop le bordel dans ma tête. Ça aussi, c'est une discussion qu'on doit avoir depuis très longtemps...

- Je peux le faire mais je suis pas sûr de vouloir. Comprends-moi, Axel, je t'aime. Je t'aime tellement que je sais pas si je pourrais supporter d'être avec toi pendant quelques semaines et de te laisser partir de nouveau, après.

Je prends une profonde inspiration en fermant les yeux.

- Je crois pas que ce soit ça qu'il a voulu dire, tu sais.

- Ouais... peut-être pas.

Il rentre dans l'appartement et me laisse seul. Je reste là, indécis, à terminer le pétard avant de le jeter dans le vide. C'est un peu ma marque de fabrique depuis que je connais Roxas. J'arrive pas à décider ce que je veux vraiment. Enfin, je sais ce que je veux, mais je peux pas m'empêcher de penser que ça pourra jamais marcher. Même si c'est possible, même si Roxas soutient que ça lui convient, qu'il trouverait carrément ça mieux, j'ai peur que ça finisse par merder, d'une manière ou d'une autre. Comment ça pourrait bien se passer ?

Et puis Reno est de nouveau là. Il passe ses bras de part et d'autre de moi et s'appuie à la rambarde.

- Je peux faire ça, Axel, il murmure à mon oreille. Je peux être là pour toi pendant ces quelques semaines, je peux être là quand il sortira et même après et je peux te partager parce qu'aussi bizarre que ce soit, ça me va que tu sois avec lui. Ce qui me rend malade, c'est juste que tu sois pas avec moi. Seulement...

Il s'interrompt, la voix rauque. Je me retourne, le cœur et la gorge serrés, et je m'adosse au montant métallique. Ses bras sont toujours autour de moi, son corps toujours contre le mien, et la chaleur familière qui se répand en moi est incroyablement réconfortante.

- Seulement ?

- Seulement si toi ou lui vous finissez par décider que ça va pas... Il faudra que tu choisisses. Et si ça se produit et que tu le choisis, lui... alors moi, je partirai, et ce sera fini. Tu comprends ? C'est jamais moi qui t'imposerai ça mais si ça arrive, tu me perdras. La décision t'appartient.

Je ressens aucune culpabilité en l'embrassant. Y a comme quelque chose d'inextricablement mêlé en moi, comme s'ils étaient des couleurs, comme si Reno était le rouge et Roxas le bleu, comme s'ils étaient fondus en moi et éclatés l'un contre l'autre pour remplir mon cœur et teinter chaque fibre de mon être du plus magnifique des violets.

Je suis mauve d'eux, voilà ce que j'éprouve.

Il hésite une seconde avant de me rendre mon baiser mais quand il le fait, je sens même pas la douleur de ma lèvre fendue. Juste la chaleur humide de nos bouches l'une contre l'autre, de sa langue qui caresse la mienne, la sensation merveilleusement naturelle de son corps pressé contre moi, mais il s'écarte et me regarde, les yeux brillants.

- T'es sûr de toi ?

Il a le souffle un peu court et l'air ferme mais il y a une note de désespoir perceptible dans sa voix. Je passe mes bras autour de son cou.

- Je le suis. Ça fait trop longtemps que je fuis tout ça. Et là, je peux plus...

Et tout à coup je me retrouve à l'intérieur de l'appartement. Il me tire par le bras jusque dans le couloir.

- Reno, qu'est-ce que tu... Hmpf !

J'ai même pas eu le temps de finir ma phrase que je m'aplatis dans son lit défait. L'instant d'après, il est sur moi.

J'accueille ses baisers et ses caresses avec enthousiaste. Je défais sa chemise et je la lui enlève avant de me débarrasser de mon t-shirt aussi vite que mes mains me le permettent. Ça fait tellement longtemps que j'ai plus pu le sentir comme ça, son odeur, sa langue, la chaleur rugueuse et douce de sa peau contre la mienne, c'est seulement maintenant que je me rends compte à quel point ça m'a manqué. Rapidement, on devient impatients, trop pour prendre notre temps, trop pour y aller doucement. Je le veux, je le veux maintenant, peu importe si ça fait mal. Je lui griffe le dos, je mords sa bouche, il me prend par les poignets et me plaque sur le lit.

- Je rêve ou tu te débats ? Il me demande, l'air de trouver la situation follement amusante, mais son regard brille de fièvre.

- Ta gueule, je réponds en essayant de me dégager.

Ça m'énerve qu'il s'arrête maintenant.

- C'est quoi cette façon de parler ? Sale gamin.

- Va te faire foutre !

J'essaye encore de me dégager mais il me maintient en place sans difficulté. Il se penche sur moi, jusqu'à mon oreille et ses lèvres la touchent et me font frissonner quand il me chuchote :

- Qu'est-ce qui va pas, Axel? Qu'est-ce que t'as ?

- Lâche-moi, je gronde.

Bordel, il m'excite, et son petit jeu arrange rien.

- Pourquoi faire ? Qu'est-ce que tu veux ?

- Tu le sais très bien.

- Ouais.

Il se redresse, toujours sans me lâcher, et il me regarde droit dans les yeux.

- Ouais, peut-être bien. Mais peut-être aussi que je veux te l'entendre dire...

Il se penche plus près, son visage à quelques centimètres à peine du mien.

- Dis-le-moi, Axel. Je veux que tu le dises, je veux entendre ces mots sortir de ta bouche.

- Baise-moi.

- Ah, vraiment ?

- Arrête ton putain de cinéma, Reno, et fais-le ! On aura d'autres occasions de prendre notre temps.

- Comme tu voudras, il me dit.

Et il me lâche.

Et voila, c'est fait! Depuis le temps que certaines d'entre vous attendaient ce moment. Je sais que ça peut vous semblé précipité, mais je vous promets un plongée dans les tréfonds des pensées d'Axel dans le chapitre 21, histoire de comprendre le pourquoi du comment. Le moment ne se prêtait pas bien aux longueurs explicatives x)