Titre : Collision
Rating : M
Bêta du chapitre : Angedescieux
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- Il faut toujours que tu me pourrisses la vie, pas vrai Potter ?
Je me redresse sur un coude et je le découvre me surplombant, un genou à terre et un poing serrer dans son autre main. Un rictus dédaigneux lui mange le visage, et il ne m'en faut pas plus pour qu'une sensation impérieuse de déjà vu me traverse, provoquant un phénomène que j'avais crus ne jamais retrouvé : le sang me monte à la tête et j'ai l'impression que mon esprit est anesthésié, comme si j'entrai en transe. Je ne sens plus la douleur ni même le poids de mon corps, je suis invincible. Et je frappe.
Je lui tombe dessus et je reçois déjà sa réplique en un coup violent dans le ventre. Nous roulons à terre et je cogne de toute mes forces, je griffe, je crache des insultes mais je ne sais pas lesquels. Je crois qu'il me frappe aussi, je l'entends grogner, et je le sens lourd au dessus de moi. Il n'y a plus rien d'autre que lui et l'air tiède que nous partageons. Je garde les yeux bien ouvert et je perçois un enchevêtrement de ciel gris, de fils blond et un visage rageur qui n'a d'yeux que pour moi.
Merlin, faites que ça ne s'arrête jamais.
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Chapitre 2.
- ... vas ouvrir les yeux, oui ? Potter ! Bordel, te fais pas prier !
J'ai mal. Ma tête. Ma mâchoire. Mon dos. Mes jambes. Partout.
Quelque chose me secoue et m'agite dans tout les sens.
Laissez moi...
Quelqu'un. Oui, quelqu'un n'arrête pas de dire mon nom : "Potter, Potter ! Potter, ouvre les yeux !".
Qu'il se taise.
J'ai mal à la tête.
J'essaye de parler, de demander le silence. Je n'y arrive pas.
Alors j'ouvre un oeil tant bien que mal.
La lumière blanche de l'hiver m'aveugle, et je cligne douloureusement de l'oeil, résolu à en faire le moins possible maintenant que les secousses ont cessé.
Les appellés aussi se sont arrêtés.
C'était Draco Malefoy. Il m'apparaît penché au dessus de moi, ses mains toujours ancrées sur mes épaules, son visage auréolé de la lumière qui m'avait aveuglé plus tôt, et qui ne forme un réalité qu'un faible halo filtré par ses cheveux blonds.
L'endroit est plutôt sombre en fait. Où suis-je ?
Malfoy soupire. Je daigne ouvrir mon deuxième oeil, mais je n'ose pas ouvrir la bouche : j'ai la nausée.
- Potter ça va ?
Il a l'air inquiet. Etrange. Que s'est-il passé ?
Je tente de me redresser et j'étouffe de justesse un gémissement de douleur au profit d'un grognement - plus viril. L'autre blondinet m'aide à m'asseoir sans trop me malmener. J'ai l'impression de m'être fait lyncher tellement j'ai mal et je suis certain d'être recouvert de bleus.
On s'est battu.
C'est idiot de penser ça lorsque mon corps crie au supplice, mais ça m'avait manqué.
Je regarde autour de moi, tournant précautionneusement la tête, et je me découvre assis sur le tapis d'un petit salon décoré avec goût, éclairé d'une minuscule fenêtre logée haut dans le mur.
- Où on est ? Qu'est-ce qui s'est passé ? j'interroge.
J'ai la bouche pâteuse et ma voix est rauque.
Le visage de Malefoy reprend son expression froide que je lui avais connu il y a des années de ça, mais il reste agenouillé face à moi, une main toujours fermement cramponnée à mon épaule, comme s'il avait peur que je m'enfuis. Je devrais m'enfuir en fait.
- On s'est battu et tu t'es évanoui, dit-il tandis qu'un rictus sardonique creuse sa joue d'une fossette. Je t'ai connu plus résistant que ça Potter.
- Où est-ce qu'on est ? je demande. J'avoue que je ne suis pas très rassuré. Ma main tâtonne vers ma poche à la recherche de ma baguette.
Le blond s'en aperçoit et fait claquer sa langue d'un air un peu... déçu ? Je stop mon mouvement et pose sagement ma main sur mon genou, avec un inexplicable élan de culpabilité.
- Je ne vais pas t'attaquer, ne t'en fait pas, souffle-t-il. On est chez moi.
Son visage s'est un peu adouci, bien que sa main soit toujours accrochée à mon épaule. Je tente de m'en dégager, mais il ressert sa prise en réponse. Il commence sérieusement à m'énerver avec ses regards froids et son expression si parfaitement fixe. Mais il a changé depuis toutes ces années. Je crois.
- Et qu'est-ce que je fous chez toi Malfoy ? je demande, un tantinet agressif. Ca m'étonne que tu ne m'aies pas laissé dans les vapes sur le chemin de travers.
Il hausse un sourcil en réponse :
- Alors que tout le monde a eu le loisir de me reconnaître, tout comme toi d'ailleurs ? Je n'ai aucune envie de me faire arrêter pour avoir abîmer leur précieux Survivant.
- Et c'était quoi l'idée en m'amenant ici ? En plus de me cogner, tu m'enlèves ?
Le blond m'observe de biais avant de répondre lentement, comme s'il choisissait soigneusement ses mots :
- Les autorités sont sûrement au courant de notre petite... mésentente. Ils vont venir ici, sûrement fous de joie de pouvoir enfin arrêter Draco Malfoy, le fils de mangemort qui a été relaxé après la guerre malgré le fait qu'il a porté la marque. Mais ils vont te trouver ici. Conscient et en un seul morceau. Et tu vas leur expliquer que notre bagarre n'était rien d'autre qu'un petit malentendu. Un malentendu que tu as engagé.
Oh... Les choses commencent à devenir intéressantes.
- Et pourquoi est-ce que je raconterais ça ? j'interroge avec aplomb, comprenant toute l'ampleur de la situation. Je tiens son sort entre mes mains.
- En souvenir du bon vieux temps, répond-t-il avec un haussement d'épaule totalement calculé.
- En souvenir du bon vieux temps je devrais me faire passer pour mort pour être certain que tu en prendras un maximum, je lui réponds avec un sourire satisfait que j'affiche sans retenue.
Il voit bien que je m'amuse comme un fou et ça l'énerve. Quel tableau cocasse on doit faire tout les deux, à genoux face à face en plein milieu de son salon, sa main chaude sur mon épaule et moi qui sourit méchamment tandis qu'il m'assassine du regard.
On toque à la porte. Malfoy ressert sa prise sur mon épaule à m'en faire mal et lorsque je me tourne vers lui pour le lui faire remarquer, je suis surpris par la crainte qu'exprime son visage si inhabituellement expressif. Son masque de stoïcisme vient de s'effondrer en une fraction de seconde.
- Ici la brigade d'Auror, ouvrez ! Ouvrez ou nous endommagerons les sorts de protection de votre domicile !
Je saisis calmement la main que le blond a scotché à mon épaule et me relève en grimaçant. Je baisse les yeux pour le trouver toujours figé, agenouillé au sol, sa main enfermée dans la mienne. Je la presse gentiment et son regard perdu se pose sur moi. J'ai une envie violente de le protéger et une vague de culpabilité m'envahit sans que je puisse l'expliquer.
C'est vrai ça, je n'ai aucune raison de m'en vouloir ! C'est lui qui m'a frappé en premier, c'est lui qui m'a cogné si fort que j'en ai perdu conscience !
J'en oublierais presque que j'étais prêt à en redemander.
Et lui me regarde toujours, l'air hagard et plus vulnérable que je ne l'aurais jamais imaginé. Sa main dans la mienne est chaude et un peu moite, mais ce n'est pas désagréable.
- Je vais rester, je dis finalement.
Il baisse la tête et je sais qu'il soupire, même si je ne l'entends pas. Puis il se relève et retrouve son masque de froideur. Mais sa main reste dans la mienne. Il est à ma merci.
Il regarde la porte d'entrée avec son attitude hautaine, le nez en l'air, et je le fixe avec amusement. Il n'a vraiment pas l'air convaincant avec sa main qui sert si fort la mienne. Je crois qu'il s'en aperçoit parce qu'il relâche sa prise et laisse glisser ses doigts loin des miens. Je contiens avec peine l'envie de les retenir. Mais il est à ma merci, n'est-ce pas ?
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Il m'aura fallut près d'une demi heure pour rassurer les Aurors sur mon état physique, et une autre pour les convaincre de ma parfaite santé mentale lorsque je leur déclarais que je ne portais pas plainte contre Malfoy et que notre rencontre mouvementée n'était rien d'autre "qu'une petite interaction en souvenir du bon vieux temps". L'argument selon lequel Malfoy n'a pas la moitié des pouvoirs de Voldemort et que de toute façon, en tant qu'Auror de formation, je suis parfaitement apte à me défendre, finit par les faire partir, non sans réticence.
Et maintenant, nous voilà plantés là, face à face au milieu de son minuscule salon. Il me regarde sans rien dire, et je serais totalement incapable de deviner ce qui lui traverse l'esprit en cet instant. Pourtant ses yeux me transpercent.
Comment peut-on observer quelqu'un ainsi sans créer un lien direct vers ses propres pensées ? J'étouffe. Cette pièce est vraiment trop petite.
Je ferme les yeux. Ca va mieux. Ma tête me fait un mal de chien, mais j'arrive à me concentrer suffisamment pour prendre conscience de l'humidité de mes vêtements allègrement roulés dans la neige une heure plus tôt. Lui aussi doit être trempé.
J'ouvre les yeux. Il n'est plus là, éclipsé silencieusement. Combien de temps suis-je donc resté ainsi ?
- Tiens.
Je sursaute et fais volte face pour retrouver les yeux gris du serpentard. Il sort de ce que je suppose être sa chambre et me tend des vêtements soigneusement pliés. Il n'a pas changé les siens et je vois deux pointes foncées transparaître sous sa chemise trempée. Il ne portait pas de robe aujourd'hui, juste cette chemise, un jeans noir et la cape maintenant étalée par terre, certainement balancée au sol après notre transplanage.
C'est la première fois que je le vois habillé de façon moldu et je ne m'en aperçois que maintenant.
- Des vêtements secs, continu-t-il en les agitant sous mon nez, impatient devant mon air confus.
Je les saisis brusquement, un peu refroidi par son ton. Je m'apprête à lui demander sèchement où se trouve la salle de bain quand il disparaît dans sa chambre dans un claquement de porte.
D'accord. Je fais un tour sur moi-même, juste pour constater la présence d'une cuisinette dérisoire encastrée dans l'irrégularité de l'un des murs. Un fauteuil prend, avec la porte derrière laquelle Malefoy a disparu, tout un mur et la seule autre issue est celle de l'entrée.
La salle de bain doit être adjacente à la chambre ; je suppose que je dois me changer là.
Je m'avance vers le fauteuil et y pose les vêtements que m'a donnés le blond avant de retirer ma robe, le tissu humide glissant désagréablement contre ma nuque. J'ai froid et je regrette l'absence de cheminée.
Je m'empresse de retirer mon pantalon glacé et mon t-shirt qui s'évertue à me coller à la peau. Je me retrouve en caleçon, crispé par le froid, et je constate avec dépit que même mon sous vêtement n'a put être préservé de la neige. Le froid a au moins la vertu d'anesthésier, et tout engourdi que je suis, je sens mon corps soulagé des courbatures qui devraient encore m'assaillir,au vu de l'état dans lequel je suis.
Malfoy n'y est vraiment pas allé de main morte. Des hématomes se font déjà une place sur mes jambes et mes bras et je trouve miraculeux de ne pas avoir de côte cassée au vu des marques qui maculent mes flancs. Ma main droite est entaillée, tout comme mes genoux et mon dos qui me picote par endroit.
Je porte une main tremblante à ma cuisse où une tâche violacée déborde de sous mon caleçon. Heureusement qu'il n'a pas frappé plus haut, j'ose penser.
J'entends soudain le bruit de la poignée qu'on actionne avant de saisir du coin de l'oeil le mouvement de la porte qui s'ouvre à ma gauche, à quelques centimètres de moi. Je me redresse lentement, m'étonnant moi-même de mon manque de réaction.
Je suis presque nu, frigorifié dans le salon d'un type qui m'a toujours détesté, ma baguette empêtrée dans mon pantalon trempé, au sol. Et l'idée de m'en aller ne m'a pas effleurée l'esprit, pas une seconde. Je ne crois pas qu'il ait l'intention de m'attaquer. Mais ce n'est pas une raison pour rester. On s'est battus, qu'est-ce que j'attends d'autre ? Une discussion sur notre belle jeunesse autour d'un thé ? Il y a des vêtements secs chez moi aussi.
Je dois être ridicule, tremblant dans mon caleçon gris, à fixer bêtement le mur en face de moi, attendant on ne sait quoi. Alors je tourne la tête, doucement.
Il me regarde.
Mais il n'a pas l'air de me prendre pour un fou, ni pour un crétin. En fait, il a les yeux fixé sur un de mes bleus, celui que j'observais quand il a ouvert. Il a sa main sur la poignée de la porte et je me demande bien ce qu'il peut voir dans cet hématome qui le fascine tant.
Son regard me brûle et je m'éclaircis la gorge. Il se redresse brusquement puis me tend une serviette, le regard fuyant. Je la saisis avec reconnaissance et m'enroule dedans tandis qu'il se dirige vers ce qui semble être le coin cuisine.
Après m'être sommairement séché et avoir enfilé les vêtements gracieusement proposés - et à ma taille en prime -, je débats de l'attitude à prendre. Parce que, sincèrement, je n'ai jamais envisagé de me retrouver un jour dans le salon de Draco Malfoy, et maintenant que j'y suis je n'ai aucune envie d'en partir.
Une bouilloire se met à siffler.
Finalement, peut-être qu'on l'aura vraiment, cette discussion autour d'un thé.
Je m'éclaircis la gorge :
- Merci pour les vêtements, je dis d'une voix enrouée et horriblement mal assurée.
- Merci pour les Aurors ; tu peux garder les fringues.
- Oh, heu t'es sur-
- C'est ça ou je les brûle, me coupe Malfoy en venant poser sur la table basse un service à thé.
- D'accord.
Ce type à l'art de me faire me sentir comme un abruti. Je m'assois sur le canapé, et il s'installe sur une chaise en face de moi. Le thé infuse et reste intouché.
Il me fixe en silence et ça m'agace. J'ai l'impression qu'il attend mon prochain mouvement, prêt à contre-attaquer... Je n'ai plus envie de me battre.
Je le lui dis.
- Je t'ai assez foutu de raclés pour la journée Potter, me répond t-il.
- Qu'est-ce que tu attends de moi alors Draco ? L'usage de son prénom m'est parfaitement inhabituel, mais je veux qu'il comprenne que rien n'est plus comme avant. Pas même ça.
Il hausse un sourcil, et un sourire m'échappe au souvenir de mes tentatives infructueuses à l'exécution de cette performance, à l'époque de Poudlard. Le lever de sourcil reste incontestablement le domaine des Malfoy.
- Et toi Potter, qu'est-ce que tu attends de moi ? finit-il par répliquer.
Je le fixe, surpris. Bonne question.
Qu'est-ce que je peux bien attendre de toi Malfoy ? Pourquoi est-ce que je suis encore ici ? Qu'est-ce que j'espère ?
C'est sans réponse. Refroidi, je m'éclaircis une fois de plus la gorge, me lève et dit :
- Rien.
Et je transplane.
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Review ?
