Titre : Collision
Rating : M
Bêta du chapitre : Angedescieux
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- Et à dîner ?
Là, je le regarde droit dans les yeux, j'attends et lui semble avoir ressorti son regard à rayon X. Il a l'air de m'analyser un moment avant de répondre :
- C'est d'accord.
Et c'est un sourire franc que je lui offre alors, comme aucun de ceux que j'ai pu faire depuis plusieurs années.
C'est terrible, mais je crois que je fais une connerie.
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Chapitre 4.
Rentré, je n'ai eu de cesse d'y penser. Les yeux rivés sur ma montre comme si ma vie en dépendait, nerveux, angoissé, excité comme un gosse la veille de Noël.
Comme un adolescent avant son premier rencard.
J'ai changé de tenue à deux reprises, tenté d'apprivoiser ma chevelure indomptable avec des gestes nerveux un nombre incalculable de fois. Le tout ponctué de coups d'œil incessants à ma montre et d'allers-retour frénétiques dans le salon.
Bon dieu, je suis ridicule.
Je suis assis seul à la table d'un restaurant moldu - un restaurant réputé, où l'on mange bien en toute modestie - et j'angoisse à l'idée que Malfoy, qui a connu la richesse d'une vie de manoir et le mépris pour tout ce qui a trait au non-magique, n'apprécie guère le lieu.
Mais il a changé. Il porte des vêtements moldus et vit pauvrement.
Peut-être, justement, aurais-je dû chercher quelque-chose de plus distingué ?
J'angoisse et le voilà. Il est beau, je pense, et je me sens plus maladroit que jamais.
Je lui fais signe, il s'assoit prestement face à moi et il me salut. Il est courtois et à l'air serin. Je lui demande si le restaurant convient et il me dit qu'il le reconnaît. Lorsque les... collègues de son père ont commencé à former leur QG au manoir, sa mère l'emmenait manger ou passer le temps dans les quartiers moldus. Elle disait que jamais personne n'aurait l'idée d'aller chercher un Malfoy dans des endroits pareils. Et elle avait raison. Ils étaient venu déjeuner là, plusieurs fois.
Un sourire - le plus doux que j'ai pu lui voir jusqu'alors - redresse le coin de ses lèvres :
- J'aime beaucoup cet endroit.
Je souris à mon tour et respire.
Tout va bien maintenant, tout va bien.
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Le dîner s'achève et je me sens mieux que je ne l'ai jamais été en dix ans déjà. Nous sortons du restaurant et j'ai l'impression d'être quelqu'un d'autre, dans une autre vie.
Le repas était bon ; je n'y ai pas prêté beaucoup d'attention. Draco - oui, c'est Draco maintenant - m'a parlé de lui, de l'emprisonnement de son père, de sa mort, puis de la mort de sa mère. De la perte de tous ses biens et de sa difficulté à trouver un travail. De sa reconversion dans la traduction de textes anciens, de son désintérêt total pour ce métier et la vie qui l'accompagne. Je lui ai parlé de mon enfance, de Sirius, de sa mort, de Remus, de son fils orphelin que je n'ai pas le courage d'aller voir, de Ginny, notre rupture, la célébrité, l'exil et la solitude. Lui aussi m'a parlé de la solitude.
Ce n'était certainement pas les sujets les plus heureux, mais ils étaient nécessaires. Pour nous apprendre un peu.
Et il y a eu des choses meilleures : le Quidditch, Poudlard, la nostalgie de ces années. Des effleurements. Des silences complices. Des sourires sincères et des éclairs dans mon estomac. De bonnes choses.
Beaucoup d'effleurements en fait. Plus que ce que deux hommes ne partagent normalement.
Je le sais. Mais sa main posée sur la table appelait mes doigts. Et lorsqu'un silence a appuyé mon regard sur elle, et qu'il ne disait rien et ne retirait pas sa main, j'y ai vu un signe et j'ai osé y poser la mienne. Il a repris la parole alors, naturellement, un air curieux sur le visage, et son pouce s'est déplacé pour m'effleurer. Et sa jambe s'était rapprochée imperceptiblement de la mienne, jusqu'à venir s'y appuyer doucement.
Quelque chose d'important était arrivé, mais je n'ai pas trop envie d'y penser.
Et nous voilà maintenant, dehors, à marcher en silence dans les rues noires de Londres. Aucun de nous n'a voulu transplaner, aucun de nous n'a parlé.
Et on arrive très vite devant mon immeuble. Je lui ai dit où j'habite, alors il comprend pourquoi je m'arrête. Il ne dit rien.
Le silence confortable qui nous accompagnait jusque là devient étouffant.
Je m'agite nerveusement, cherche mes clés, les trouve dans ma poche et les y remet aussitôt. Quelque chose me dit que la soirée ne doit pas se finir maintenant...
Je prends mon courage à deux mains et je fixe nos regards. Moins d'un mètre nous sépare, et je vois ses yeux basculer de droite à gauche, comme s'il cherchait à décrypter le fond de ma pensée en étudiant la courbe de mes rétines.
Il entre-ouvre la bouche, il va parler :
- Qu'est-ce que tu attends de moi, Potter ?
Encore cette question. J'y ai répondu la première fois. Chacun son tour, Draco.
- Qu'est-ce que tu attends de moi ? je reprends simplement.
Il me fixe un peu hagard :
- Je... Je suis pas...
Il bégaye, mais je sais déjà ce qu'il essaye de dire.
- Moi non plus, je réponds.
Je baisse les yeux, chasse toute forme de vieux sentiment honteux enfoui en moi qui pourrait accompagner ce que je m'apprête à dire, et rassemble tout le courage du gryffondor que je fus un jour pour dire :
- Tu montes boire un dernier verre ?
J'ai arrêté de respirer. Ce mec a l'art de me couper le souffle. Lui semble hyperventiler, doucement et avec toute la dignité d'un Malfoy. Ma question ne laisse aucun doute quant à sa connotation. Il le sait et moi aussi. J'en ai envie, et je sais que lui aussi.
Le silence se prolonge, et enfin :
- D'accord.
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Je ne suis pas gay, j'aime les femmes, je n'ai jamais fait ça, au restaurant, ce dîner, ces effleurements, c'était juste comme ça, un jeu, un jeu dangereux certes, mais rien qui n'engage à rien. Je crois.
C'est ce que Draco voulait dire quand il a bégayé. C'est ce qu'il n'osait pas dire. Je ne l'ai pas laissé finir. Parce que je sais. Parce que ce bégaiement, je l'ai vécu dans ma tête, une minute avant lui, pendant qu'on marchait et que son bras frôlait le mien par intermittence.
J'ouvre la porte de mon appartement et je m'efface pour le laisser passer devant moi.
Il est nerveux, ça se voit. J'ai les jambes qui tremblent et l'estomac noué, alors je comprends.
- Fais comme chez toi, je souffle.
Il est devant moi, debout, et je le trouve vraiment beau.
- Qu'est ce que tu veux boire ? J'aimerais te proposer du vin, mais je n'en ai pas. J'ai pas grand chose en fait...
Je cesse de parler. Je suis vraiment nerveux, et il ne dit rien, ne fait rien. Peut-être qu'il regrette d'avoir accepter de me suivre ?
Il ouvre la bouche, la referme, il baisse les yeux, semble chercher ses mots. Il se redresse enfin et je pense qu'il a trouvé :
- C'est pas grave. On n'est pas vraiment monté pour boire un verre.
Et il ajoute doucement :
- Et quoi qu'il arrive ce soir, je préfère être responsable de mes actes.
- Tu penses que quelque chose va arriver ce soir ? je demande.
Il me fixe, perplexe, mais il ne répond pas. Pas besoin. Bien sûr que oui. Quelque chose va arriver. Mais à condition qu'on arrive à y donner des mots.
- J'en ai envie. Et je pense que t'en as envie aussi, j'achève en chuchotant.
- Oui.
Cette affirmation suffit à m'insuffler un peu de courage. J'avance jusqu'à lui. Je lève la main, j'hésite... Lui ne bouge pas. Il me regarde, et il a les pupilles dilatées et le souffle court. Je ne l'ai même pas encore touché.
Et je me rends compte que je suis dans le même état.
D'accord. Je laisse retomber ma main pour encercler sa taille de mon bras tremblant et aller poser mes lèvres sur les siennes.
Et c'est terrible. C'est terrible parce qu'on ne bouge pas, nos lèvres sont simplement accolées, sans mouvement, sans pression, et c'est meilleur que tout ce à quoi j'ai pu goûter auparavant. C'est différent. Tellement différent.
C'est pas assez.
J'étouffe un gémissement désespéré en pressant plus fort mes lèvres contre les siennes, mon corps contre le sien et je sens qu'il halète et qu'il entrouvre les lèvres. J'engouffre ma langue dans sa bouche et il a un goût incroyable. Un truc comme de l'anis et quelque chose de musqué. Et il répond à mon baiser et se presse plus fort encore contre moi. Si fort que ça fait mal et, pourtant, je n'imagine rien de meilleur. Ca n'a rien à voir avec les baisers d'une femme, c'est brutal, dominateur, et c'est comme si sa langue mimait l'acte dans ma bouche. J'ai une boule brûlante dans l'estomac et un courant électrique qui part de mon épine dorsale vers ma virilité. Mes mains qui étaient à sa taille depuis tout à l'heure glissent vers son torse pour le caresser de haut en bas. Et il grogne. Il grogne un son qui n'a absolument rien de féminin, et qui va droit à mon entrejambe. Et c'est bien un homme que je sers contre moi, avec un torse dur et plat, des bras forts et quelque chose qu'il appuie contre ma cuisse et qu'aucune femme n'aura jamais. Je me presse à mon tour contre sa cuisse et il sursaute et recule.
Et oui Malfoy. T'as déjà oublié ?
Magnifique. Avec les yeux assombris de désir, les joues tachées de pourpre et les lèvres rouges et gonflées, je le veux. Bon dieu qu'est-ce que j'en ai envie. Il me regarde sans rien dire, les yeux écarquillés, comme s'il réalisait tout juste ce qu'on fait, ce que je suis, ce que ça implique. C'est sûrement le cas en fait. Rien de mieux que la dure réalité pour prendre conscience des choses telles qu'elles devraient être. Et, pardonnez le jeu de mot, mais cette réalité là ne manque pas de dureté.
Je reste silencieux. J'ai trop la trouille qu'il s'en aille.
Et lui se rapproche. Il semble reprendre pied. Son regard s'assombrit plus encore, et il dit quelque chose qui me prend parfaitement au dépourvu. Parce que ça n'exprime ni regrets, ni peur, ni aucune forme de lâcheté ; ce que j'aurais pu attendre de lui. Car Draco est lâche. Quoi qu'on en dise, ça je suis sûr que ça n'a pas changé. Et si ce n'est pas maintenant, ça se rappellera à moi bientôt. Je le sais.
- On sera mieux dans ta chambre.
C'est ça qui m'a surpris. Ça m'excite et j'ai peur. Peut-être que ça m'excite parce que j'ai peur. Je n'aurai pas de regrets, mais lui en aura. J'en suis certain. Rien de ce qu'on n'a jamais fait ensemble n'a été guidé par autre chose que la colère. En fait, les choses se rappellent déjà à moi : si ses mots ne sont pas lâches, son attitude l'est. Parce qu'il va remplacer toute son appréhension par de la rage.
Et le pire c'est que je vais le laisser faire.
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Review ?
