Titre : Collision

Rating : M

Bêta du chapitre : Angedescieux et merci à Pho' pour ses bons conseils.

/!\ Ce chapitre contient un lemon.

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Après notre discussion, j'ai encore traîné au lit avec Draco. Quand on s'est enfin levé, je nous ai préparé à manger dans sa petite cuisine, et nous avons avalé notre déjeuner tardif sur la table basse, au son de la radio moldue. Puis on a pris une douche. Ensemble. Après un thé et un dernier baiser, j'ai fini par m'en aller. Pour le laisser bosser, et puis parce que c'est mieux comme ça. Il faut qu'on prenne le temps de se réapprendre, de se reconnaître. Prenons notre temps...

Oui. La vie est foutrement belle.

- I'm siiiiiinging in the rain, Just siiiiinging in the raiinn, What a gloooorious feeeling, I'm haaappy agaiin ! ...

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Chapitre 8.

Beaucoup de gens seraient étonnés de connaître la quantité de choses fantastiques qu'ils côtoient, les trucs qu'ils ne remarquent pas.

Par exemple, cette femme avec son tailleur bien ajusté, son manteau droit et ses talons hauts. Elle passe devant moi avec l'air dépressif qu'ont les gens occupés. Hé bien, si elle prenait la peine de regarder vers moi - pas le regard agacé et furtif qu'elle me balance parce que je suis sur son chemin ; non, si elle prenait la peine de regarder -, elle verrait sûrement quelque chose de beau. Et là, je ne parle pas d'esthétisme. Non. Elle me trouverait beau. Comme on donne à la Joconde sa beauté énigmatique, cette dame pressée m'attribuerait sûrement une beauté obsessive. Ce sale truc que le bonheur fait de nous.

C'est con. Les gens heureux sont magnifiques.

Draco est magnifique. Tout est parfait.

C'est louche, franchement.

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- Bonjour !

J'ai le sourire niais qui va avec le bonheur. Parce que c'est affreusement naïf de croire qu'on a de bonnes raisons de sourire quand tout va bien.

- Tu es en retard, me répond Draco.

J'ai compris depuis les débuts de notre relation - il y a plus de cinq mois de cela - que c'est sa manière de me dire bonjour. Un reproche et un ton pincé déguisant un "tu m'as manqué".

Je souris de plus belle.

- Désolé, mais j'ai fait un détour pour nous acheter des croissants et des pâtisseries, je réponds en déposant mes paquets sur la table basse du salon.

Je souris toujours. Quel con je fais.

- En quel honneur ? me demande le blond en haussant un sourcil.

- Je sais pas, juste comme ça. J'en avais envie, je réponds.

Rien ne se fait jamais "juste comme ça". Là, ma décision de faire un tour devant la vitrine de la boulangerie, près de la rue qui abrite mon bar préféré, n'est rien d'autre que l'accomplissement d'un fantasme qui, un jour - quand j'étais la chose dépressive et alcoolique qui a précédé Draco -, s'est associé à l'idée que je me faisais du bonheur. Des croissants, ça se mangent à deux, avec un bon café et un sourire de circonstance. Avant, je respirais l'odeur de pain chaud, et je me disais que je ne le méritais pas. Alors que maintenant, si.

Evidemment, je suis trop heureux pour me rendre compte de ce fatras de ressentiments, mais, qu'est-ce que ça peut faire ?

J'ouvre grand la boite renfermant les éclairs au chocolat, souries en pâte d'amande et autres merveilles glucosées, puis je me penche sur le sac en papier rempli des croissants, humant avec bonheur le parfum d'idéal qui en émane. Et avec la même connerie de sourire que je revendique éhontément depuis quelques temps, je vais chercher une assiette dans l'unique placard de la pièce, et j'y dépose soigneusement la preuve de mon bonheur. Des croissants. Des croissants, sur une table basse, dans un minuscule salon. Et Draco qui arrache son regard de ses notes de travail pour en saisir un et y mettre un coup de dents enthousiaste.

Du café. Il faut du café, et tout sera parfait.

Alors je retourne au placard et m'affaire à nous préparer un café. Pour les croissants. Pour Draco.

Et pour moi.

Surtout pour moi.

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- On dîne chez moi ? Tu reste, ce weekend ?

Entre deux gorgées de café, je lui pose la question. Depuis le début de... de tout ça, on passe la plupart de notre temps ensemble ici, chez lui. Parce qu'il est le seul à avoir un travail, et qu'il le fait ici. Alors quand il peut, certains jours, je lui rends la pareille. Un dîner fait maison et l'amour sur chaque surface plane de mon immense appartement.

Draco finit d'avaler son croissant avec une élégance inégalable.

Ce mec n'a rien d'humain.

- D'accord pour le dîner. Et la nuit, ajoute-t-il avec un de ses rares sourires - le truc qui lui fait une faucette et me file le tournis -, mais demain matin je dois revenir. J'ai un travail à boucler pour samedi prochain, et je suis vraiment juste, là.

Je soupire profondément et m'enfonce un peu plus dans son canapé pour aller me coller tout contre lui. Je passe ma main sur son torse et il éloigne d'un geste rapide la coupelle avec sa tasse de café posée sur la table basse juste devant nous. Bonne initiative.

Je me rapproche de son visage et fixe ses lèvres entre mes cils.

- Tu pourrais ramener du travail chez moi.

J'ai tout juste le temps de relever les yeux qu'il m'embrasse brusquement, profondément. Il se couche sur moi et je le laisse faire. Draco est un dominateur. Avec moi du moins. Parce que je veux bien. Parce que c'est bon de se donner un peu, et de le vouloir autant. On perd notre souffle et il s'écarte un peu. Il m'embrasse dans le cou et je me cambre doucement. Il me connaît.

- Tu sais très bien que tu ne me laisseras pas bosser, Potter, me chuchote-t-il gravement à l'oreille, tu es incapable de te passer de mon corps, t'es complètement accro.

J'enfonce ma tête dans le fauteuil pour voir son visage et il le place au dessus du mien, comprenant ma requête silencieuse. Il a les yeux qui brillent et je vois bien qu'il se moque gentiment de moi. C'est agréable.

- Parce que tu arriverais à te passer de moi, toi ? je réplique avec un sourire narquois, en le bouffant du regard.

- Certainement.

Le salaud.

Il se relève un peu et me tire pour que je me retrouve près de lui, contre lui.

Il saisit la coupelle et la ramène au bord de la table, exactement là elle était tout à l'heure.

- Mais je n'en vois vraiment pas l'intérêt, finit-il avant de passer un bras autour de mes épaules et de prendre sa tasse de café pour en boire une gorgée, le petit doigt en l'air.

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- Allonge toi.

- Là. T'es content ?

- Très.

- Embrasse moi.

- Comme ça ?

- Oui, c'est bien comme ça.

Je soupire. Profondément. Vous savez, ce genre de soupir qui vous file des frissons dans tout le corps et vous laisse infiniment détendu. Et Draco me regarde. Le visage au-dessus du mien, il mordille sa lèvre. Je fixe ses dents, perplexe. C'est moi qui fais ça d'habitude.

Peut-être ai-je enfin réussi à lui filer une de mes sales habitudes. Lui m'a déjà donné toutes les siennes. Ou est-ce moi qui les lui ai prises ?

Le café le matin. Le sourire en coin. Les sourcils abusivement haussés - à défaut de pouvoir n'en lever qu'un. Un tas de trucs auquel je ne fais plus trop attention. Qui me font un peu plus sien. Et là c'est lui qui se donne, en se prenant un peu pour moi.

Je lève la main, prêt à passer un doigt contre ses lèvres mutilées. Mais je n'ose pas.

Finalement, je me redresse sur un coude et je l'embrasse. Doucement. Je sens son corps nu glisser contre le mien et se reposer sur moi, tendrement. Il me répond et c'est incroyablement bon.

Puis il s'éloigne :

- Tu-

Sa voix est rauque et il s'éclaircit la gorge. Ca me donne envie de lui, comme tous les trucs qui me font chercher une réaction convenable dans le bordel de mon inconscient : comme ce genre de réponse se révèle introuvable, une furieuse vague de désir vient combler les vides sentimentaux laissés par mon existence passée. Je l'aime.

Ma foi, oui. Je l'aime. Je ne sais pas d'où ça sort, mais ça m'a l'air fichtrement vrai, alors je m'en moque.

- Tu crois que les choses vont rester comme ça ?

- Comme ça ? je répète bêtement.

Draco bascule son poids sur un côté, et ça me fout des courants électriques sous la peau. Là où la sienne se presse. Il appuie sa tête sur une main et se plonge dans la contemplation de mes tétons - du moins, à vue d'œil, c'est ce qu'il a l'air de regarder. Il passe la main sur mon torse, et j'ai à peine le temps de penser que j'ai vu juste que le contrôle de mon souffle et de mon palpitant catalysent déjà totalement mon attention.

- Nous deux.

Oh.

Il fixe son regard au mien et il comprend ma crainte, parce qu'il reprend aussitôt :

- Je veux dire nos vies. Loin de la magie, et toi sans travail. Tous les deux, éloignés des autres.

Eloignés de tout. Tous les deux, ce n'est pas suffisant ? C'est malsain, un peu. Beaucoup même. Mais bon...

- J'en sais rien, je souffle.

Draco m'embrasse du bout des lèvres avant de dire :

- Quand j'ai dû partir, j'espérais encore voir... quelque chose arriver. Quelque chose pour que les sorciers se contentent de la justice. Qu'on me respecte à nouveau. Avec le temps, ça s'est calmé un peu. Les gens ont la mémoire courte. Mais un passé comme le mien, un père comme le mien, ça ne s'oublie jamais vraiment. Quand on entend mon nom, les regards qu'on me lance... C'est dégueulasse.

Oui, je suis bien placé pour savoir ça. C'est facile de juger.

- Je sais pas Draco. J'y ai jamais réfléchi.

Je regarde son visage et lui observe sa main sur mon torse avec l'air de... Et bien en fait, il n'a aucune expression. Comme avant. Il est beau. C'est absurde de le penser si souvent, de se le répéter autant, mais ça me frappe comme une telle évidence des fois que j'ai du mal à ne pas le lui dire.

Je passe une main dans ses cheveux - les seuls moments où il m'autorise à le décoiffer restent au lit où pendant le sexe, alors j'en profite.

- Peut-être qu'on devrait penser à quelque chose, dis-je, la presse m'adore - je la hais personnellement, mais ça peut servir -, et si tu es avec moi, peut-être que ça ira. Personne n'osera s'attaquer à toi si je suis là.

- Je ne suis pas une princesse au secours de qui on vole, Potter. Je ne veux pas de ça.

Il soupire. Ca me rend triste : ça n'a pas l'air de lui suffire, nous deux. Je ne peux pas vraiment lui en vouloir. Il a grandi avec l'image de son père respecté, respectable, il se voyait devenir l'homme qu'il était, ou du moins celui qu'il le croyait être. Quel gâchis. Quelle connerie, la guerre. Ca fout la trouille aux gens ; la plupart se cachait à l'époque... Je ne leur reproche pas, non, mais que ces personnes se permettent de juger de qui haïr, de qui dénigrer, je trouve ça immonde. Comme s'ils en avaient le droit.

Je passe une main sur mon menton pour y sentir une barbe de quelques jours poindre.

Quand Draco partira, je me raserai, et j'irai me faire couper les cheveux. J'achèterai des robes neuves, et j'écrirai à Hermione.

Je suis l'Elu. Je suis un héros pour eux. J'ai le droit de le dire, qu'ils sont tous cons, qu'ils n'ont pas le droit de traiter Draco, et tant d'autres, comme ça. La guerre et le sacrifice que tout le monde me sait avoir cru commettre, ça m'en donne le droit. Avec de la diplomatie et des élans de patriotisme pour enrober le tout, parce que - comme Draco l'a dit - les gens ont la mémoire courte, je peux le faire. Je peux changer les choses. Pour Draco, au moins.

- Fais-moi l'amour.

Draco sourit :

- D'accord, Assieds-toi.

Je hausse les sourcils. Ca a beaucoup moins d'impact quand c'est les deux qui se lèvent.

- Fais ce que je te dis. Et écarte les jambes.

Avec un sourire mutin, je m'exécute et j'essaie de lui lancer mon regard le plus séducteur.

Draco s'agenouille puis se saisit d'un oreiller pour le placer derrière mon dos. Il attrape mes jambes et les place au-dessus de ses épaules. Il est nu, à genoux, dur pour moi. Et les yeux noircis, il me dévore du regard comme un prédateur. Manges-moi, ça ne me dérange pas.

- Baise-moi, je gémis.

Draco déglutit puis arrache son regard de mon corps nu pour aller planter ses lèvres dans mon cou et le sucer avec application.

- Mm, traîne pas, je lui souffle.

Il grogne et se rapproche de moi en poussant sur ses jambes, les miennes toujours accrochées à lui. Draco me mordille et descends taquiner mon nombril. Je regarde ses cheveux blonds que je sens caresser mon torse tandis qu'il s'affaire et, pris d'une soudaine chaleur, je rejette la tête en arrière dans un grondement.

- Dr- Draco.

Je le pousse un peu, juste assez pour passer une main dans l'entremêlement de nos corps, et je le masturbe doucement. Il est aussi dur que moi, et je le sens trembler. Je le prends par les hanche pour le rapprocher : lui au-dessus de moi et mes jambes posées sur ses épaules, formant un angle étrange et familier.

- Vas-y...

Je tremble et des sons incohérents m'échappent alors qu'il commence à me préparer.

Ca ne prend pas longtemps, parce qu'il l'a déjà fait ce soir, et il s'enfonce rapidement. C'est incroyable.

Merlin, c'est génial.

- Oh !

- Attends, souffle Draco. Il a ses bras autour de mes jambes, est enfoncé à l'intérieur de moi jusqu'aux bourses, avec sa bouche entrouverte contre la mienne.

- Attends, répète-t-il.

Il détache mes jambes de ses épaules pour les accrocher autour de sa taille. L'angle change et je me contracte autour de lui brusquement,.

Draco jure et s'arrête un instant pour reprendre son souffle.

- Attends, reprend-t-il, la voix enrouée et basse, les mains tremblantes alors qu'il me saisit par la taille.

Et il nous fait basculer. Je soupire.

Je suis au-dessus de lui maintenant. Il se repositionne contre l'oreiller, assis, et moi à califourchon sur lui, ancré sur place pas son membre dur enfoncé en moi. Il me saisit par la taille pour me rapprocher de son torse. J'halète et lui se contente de déglutir en me bouffant du regard, entre ses cils.

- Allez Harry, remue pour moi, dit-il sur un ton suggestif, affreusement sensuel.

A tes ordres, mon cœur.

Et je m'accroche à ses épaules, avec mes mains cette fois. Il m'aide à me soulever en me retenant par la taille, et puis je retombe brutalement sur sa virilité tendue. On grogne simultanément. Et même si ce n'est pas la position la plus confortable, ni la plus pratique, ça doit être la meilleur qu'on ait jamais pratiqué. Parce que toute son attention est tournée vers moi, vers mes gestes et l'expression de mon visage, et mon cul dans lequel il s'enfonce. Je mène le mouvement, alors il n'a plus qu'à me regarder faire. C'est fabuleux.

Je remonte, et je retombe. Je perds toute notion d'équilibre.

- Potter...

Draco se tait le temps de me ramener plus près de lui, ses mains toujours accrochées à ma taille, son corps emboîté si fort dans le mien que j'en perdrais la tête. J'en perds le souffle.

- Tu sais..., Draco s'arrête à nouveau pour poser ses mains bas sur mes hanches et m'aider à monter plus haut.

- Mm... Harry. Je crois... Je crois...

Il s'arrête encore, respire par le nez et appuie violemment sur mes hanches pour me faire retomber plus vite autour de lui, plus fort aussi. On gémit simultanément. Puis il me saisit, m'accroche pour que j'arrête de bouger, ses bras serrés fort autour de moi, son visage contre mon cou, ses lèvres à mon oreille. Et il murmure :

- Je crois bien que...

Il s'arrête et déglutit :

- Je crois que j'aurais un peu plus de mal à me passer de ça que je ne le pensais.

Je souris. Oui ? C'est parfait.

- Tant mieux.

Tant mieux.

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- Allez, reste ! Juste aujourd'hui...

Draco m'ignore royalement, concentré sur l'image que lui renvoie le miroir de la salle de bain, appliqué dans la tâche primordiale qu'est la mise en place de ses cheveux dans un look décoiffé, style "cette nuit j'ai pris mon pied, et j'ai encore la classe". Ca fait une demi-heure qu'il fait ça. Ce mec est gay. C'est irrévocable.

- Ca fait une éternité qu'on n'a pas passé une journée pour nous. Tu sais, on pourrait déjeuner dehors, et dîner dans un restaurant sympa. On pourrait aller dans un bar gay... Je me suis toujours demandé à quoi ça ressemblait.

Draco hausse un sourcil et me regarde dans le miroir :

- Et avec ce genre d'interrogation, tu ne t'es jamais posé de questions sur ton orientation sexuelle?

- Pas vraiment, je rigole.

Draco continue son manège capillaire. Et il ne se pose jamais de questions, lui ? Bien sûr que non : c'est Draco Malfoy.

- C'est vrai, on n'a jamais fait un truc de couple, tous les deux...

- Et coucher ensemble pendant des mois, c'est pas "un truc de couple" ça ? demande Draco, en se retournant après avoir remis en place une dernière mèche.

- Sortir, je veux dire. C'est bien toi qui parlait d'autre chose... On n'a jamais été un couple ailleurs que chez toi ou chez moi. Personne ne sait pour nous deux. Parfois, j'ai envie d'aller voir tous les gens que je connais, de leur dire à tous qu'on se voit.

- On se voit ? Quelle expression à la con.

- Draco...

Je soupire. Il avait raison cette nuit. Les choses ne peuvent pas rester comme ça. Je quitte le lit que je me suis obstiné à occuper depuis que mon blondinet a commencé à s'apprêter et je le rejoins dans la vaste salle d'eau, grande ouverte sur la chambre.

- Parfois j'aimerais pouvoir vivre normalement. Que les gens que j'ai connus aient la réaction qu'ils auraient eue à Poudlard s'ils savaient qu'on est ensemble.

Je ris jaune.

Pouvoir montrer aux gens que j'ai connu à Poudlard que je vais bien, que j'ai au moins réussi ma vie sentimentale.

- Tu ne peux pas tout avoir, Potter. Je suis l'amant idéal. Les gens que tu as connus à Poudlard me méprisent viscéralement aujourd'hui.

J'étale de la mousse à raser sur mon visage, dépité, et Draco se met derrière moi. Il m'enlace et me dit :

- Ces gens ne savent pas ce qu'ils ratent.

Et avec un baiser dans la nuque et un "à ce soir Potter" - parce qu'on n'a pas passé une nuit séparés depuis deux bons mois -, il s'en va.

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C'est tellement calme.

J'allume la télé, compulsivement, avec le réflexe du mec qui a peur d'être seul. J'ai plus trop l'habitude. J'ai jamais aimé ça, de toute façon.

Draco est parti depuis un bon moment, et je n'ai pas fait grand chose. J'ai changé les draps, rangé ce qu'il restait du dîner d'hier soir et nettoyé les tasses de notre café du matin.

Et après ?

Merde.

Ma vie tourne autour de lui.

C'est mieux que rien, je suppose. C'est con, quand même. Parce que, sérieusement, je fais quoi, maintenant ?

Le soleil de juin se reflète douloureusement sur les murs blancs de la pièce. Il fait chaud. Je me suis douché avec Draco, et je suis de nouveau en sueur. Mais cette fois ça ne sent plus comme lui. Je colle et c'est juste désagréable. Peut-être que je devrais reprendre une douche, froide. Je m'assois sur le canapé, et je sens mon tee-shirt coller inconfortablement dans mon dos. Mais j'ai la flemme de me relever. J'ai plus envie de faire quoi que ce soit.

J'ai le vague souvenir d'avoir projeté de me couper les cheveux. Ecrire à Hermione. Me doucher ?

Je me suis rasé, c'est déjà pas mal, et puis, il y a le télé-achat.

Quelle déchéance...

On toque à la porte.

Qui est-ce ? Draco ? Qui d'autre. Il est revenu finalement, peut-être qu'il a déjà fini ce qu'il avait à faire. Il dramatise toujours lorsqu'il s'agit du boulot qui l'attend.

Je vais à la porte, le pas enthousiaste et le sourire moqueur.

- Je te manque déjà ? je lance en ouvrant joyeusement.

- Un peu mon vieux, ça fait des mois que j'ai pas de nouvelles, me répond une tête rousse.

- Ron, je dis, désarçonné.

Je m'y attendais pas à celle là. Je leur ai écris, à lui et à Hermione, il y a deux mois de ça. Une réponse évasive à leurs lettres pour dire que tout va bien.

Ron passe la main dans ses cheveux, nerveusement, et je me rends compte qu'on est toujours sur le pas de la porte.

- Ron ! je répète, reprenant contenance, quelle bonne surprise ! Entre !

Quelle bonne surprise ? Quelle expression à la con. Draco a raison, je devrais me renouveler un peu.

Ron s'installe sur le canapé - à l'endroit même où je me trouvais quand j'ai jouis dans la bouche de mon serpentard hier soir - et je lui propose à boire avant de nous servir notre rituel verre de Whisky pur feu.

Il attend que je m'assoie avec l'air impatient de quelqu'un qui a une bonne histoire à raconter et je m'empresse de m'exécuter.

- Tu devineras jamais qui j'ai vu tout à l'heure !

Qui ? Ron est tout excité et je sens un malaise me prendre, sans trop savoir pourquoi. N'y tenant plus, le rouquin enchaîne :

- Malfoy !

Ah.

- Il y a dix minutes à peine, il était sur le trottoir en face de moi, à trois rues d'ici ! J'étais dans une boutique pour acheter des vêtements moldus pour une mission de surveillance. Enfin, là dessus, je vois Malfoy qui se promène en face avec son air de petit con snob. C'était lui, j'en suis certain ! J'allais sortir, lui jeter un sort, voir ce que ce salaud fout chez les moldus - et habillé en moldu ; si, je te jure ! -, mais j'avais des habits du magasin, l'alarme a sonné et un gars de la sécurité s'est jeté devant moi. Le temps que je ressorte, il était parti. Et pour le coup, je me suis dis que je devrais te raconter ça. Alors je suis venu.

Ron s'arrête. Il a tout déblatéré d'un coup, à sa manière un peu bourru, avec la volubilité que la vie avec Hermione lui confère de temps à autres. Et moi j'ai suivi un fil de penser peu engageant : merde, ce malaise, c'était un instinct ; à trois rues d'ici, il y a dix minutes, qu'est ce que faisait Draco là, il n' habite pas du côté commerçant du quartier, pas si près ; Draco voit quelqu'un d'autre? Il me ment ? Il ne veut plus de moi ?

Sacrée douche froide.

Tout va de travers.

- Non mais tu te rends compte ? Comment ce connard peut encore se permettre de marcher avec un air supérieur collé sur la gueule ?

J'entends un bruit. Un souffle retenu. Une respiration rageuse peut-être ? Draco. Ca respire comme Draco.

Et là je sais c'était quoi, le malaise.

C'était Draco qui rentrait, avec sa clef, alors que Ron s'apprêtait à l'insulter, à petites touches d'abord. Et moi qui, par habitude, a reconnu le bruit, sans vraiment y prêter attention. Par pure masochisme peut-être. Ca doit me plaire, au fond, de souffrir. Rien ne saurait plus confirmer ça que ce que je fais maintenant : rien.

Ron continue à parler. Il ne m'a pas vu depuis longtemps. C'est un ami comme on souhaite en avoir. Je l'ai délaissé, et il a trouvé le sujet qui nous ramènera à notre passé. Comme on était avant, quand on adorait détester Draco Malefoy. Il l'insulte et il rappelle toutes les conneries que j'avais pu dire à son sujet, il parle aussi de son père, de sa mère, les comparent, les démontent avant d'en revenir à lui, comme j'aimais le faire.

Ron est un bon ami. Je suis qu'un sale con.

Draco ne me trompe pas.

Je reste glacé d'horreur devant le train qui déraille devant moi.

C'est moi qui le trahit, là.

Merde, merde, merde, merde, merde, merde...

Et ainsi de suite. Inlassablement. Je veux hurler, et une partie de moi enrage, je veux défendre Draco. Je reste glacé. Il est juste là, près de la porte : d'ici, on ne le voit pas. Et moi j'écoute Ron, et je ne bouge pas.

C'est Ron, merde. C'est l'ami que j'ai toujours eu, et tout d'un coup, je me rends compte que mes bonnes résolutions de cette nuit, je n'ai pas le courage de les réaliser. Merlin...

J'en pleurerais si je n'avais pas si peur des apparences. Je reste stoïque. Et Ron achève son monologue sur une comparaison peu glorieuse et une insulte très mal appropriée sur l'homme de ma vie.

J'en pleurerais. J'en pleurerai. La porte claque. Ron sursaute, et moi, je reste sans bouger, je sens de la glace liquide dans mes veines et j'ai du mal à respirer. Face à mon manque de réaction, Ron reprend finalement la conversation en décrivant l'abominable histoire de la petite ville au nord de Londres qui lui vaut sa mission de surveillance et dont je n'ai absolument rien a foutre. Je ne l'écoute plus de toute façon. J'ai l'impression d'être dans le coma, bloqué pas une angoisse indicible, et rien ne transparaît. Comment je fais ?

Bordel, mais pourquoi je fais ça ?

Et enfin, d'un coup, je me lève. Ron s'arrête dans son histoire, surpris. Et sans un regard pour lui, je me jette sur la porte d'entrée et je sors. Je cours, et je le dis enfin :

- Merde, merde, merde !

Et arrivé sur le trottoir, je réalise que courir ne me mènera à rien, et je transplane.

Draco est chez lui. J'éclate ses sorts anti-transplanage sous le coup de l'émotion. J'ai tout foutu en l'air, hein ?

Le blond me donne le dos, les mains serrées sur le rebord de l'évier de sa minuscule cuisine. Il tremble, je le vois d'ici, et ses jointures sont blanches tant il serre la céramique.

- Draco, j'ose murmurer, la voix brisée.

- Dégage Potter.

C'est un ton glacial qu'il m'adresse, et pas un regard.

- Je-

- Barre Toi De Chez Moi.

Il se retourne.

Ses yeux me transpercent, et sans le moindre signe avant-coureur, il attrape un paquet posé près de lui et me le balance violemment dessus. Je sens la furtive odeur du bonheur avant que le sac n'achève sa course à mes pieds. Il avait acheté des croissants. Il venait me voir...

Draco me passe devant pour se précipiter vers sa chambre et je me jette à son bras :

- Draco, attends.

- LACHE MOI !

Son cri me broie le coeur. Je l'ai blessé. Je n'ai vu qu'une fois Draco se départir de son sang froid habituel et là, je sais que j'ai fait une sacrée connerie.

- Draco, attends, j'aurais dû-

Draco se retourne brusquement, et il me fait face avec un air si stoïque que j'en perds mes mots. Son regard est d'une froideur...

- Qu'est-ce qu'il y a Potter ? Tu n'es pas d'accord ? Je suis qu'un sale gosse de mangemort après tout, je ne mérite pas d'excuses, tu dois te sentir franchement déçu de perdre ton plan baise. Dis-moi Potter, toutes ces saletés qu'il a dites, tu les pensais quand je te prenais ? Est-ce que tu avais honte d'aimer ça ? DIS-MOI POTTER !

Il hurle et je sursaute violemment. Le ton doucereux avec lequel il me dit tout ça, ça me prend à la gorge, comme un vieux souvenir, c'est horrible, il me déteste.

- Draco, je voulais lui dire de se taire, je- J'y arrivais pas, je dis avec un sanglot dans la gorge.

Je suis pathétique.

- Tu me fais pitié Harry.

- Draco...

Ma voix est suppliante, j'ai les yeux qui brûlent et la nausée qui me prend. Draco recule d'un pas et reprend doucement, froidement, douloureusement :

- Je vais régler le problème : tu n'auras plus rien à dire. Barre-toi de chez moi, Potter, finit-il avant de se retourner.

Je le rattrape à l'épaule, désespéré :

- Je...

- BARRE-TOI ! Il crie et me balance violemment à terre.

Je reste paralysé au sol.

Il sort du minuscule salon et il s'en va.

Je l'entends transplaner à la porte de son appartement.

Alors, doucement, sans ne plus penser à rien, je me lève. J'ai mal partout sans trop de raison, j'ai la nausée, et je ne me sens pas capable de transplaner. Alors je sors du bâtiment, à pied, et je marche. Je marche et, au bout d'un moment, machinalement, sans le vouloir, je me retrouve devant la petite boulangerie et je me vois dans la vitrine pleine de pâtisserie. Et comme un con, comme l'abruti fini que je suis, je pleure. J'ai des larmes plein la face, et comme elles coulaient silencieusement quand je ne les savais pas là, maintenant que je les vois, je suis pris de hoquets violents et je me met à chialer comme un gosse. Je cache mon visage dans mes mains, complètement mortifié. Les gens me regardent et j'ai honte.

Je m'inquiète toujours de ce qui n'a pas d'importance. Je perds ce qui compte vraiment. Draco. Draco et moi. Mon couple : le truc le plus normal qui me soit jamais arrivé. Le meilleur truc.

Franchement. Que quelqu'un m'achève.

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Review ?