Titre : Collision
Rating : M
Bêta du chapitre : Angedescieux
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J'ouvre les yeux, prêt à chasser la personne qui a eu l'idée de se foutre entre le soleil et moi, mais les mots se bousculent et se coincent lamentablement dans ma gorge contractée.
- Bonsoir Potter.
Draco me sourit, son beau rictus posé devant ses dents blanches avec ironie. Il a son teint de lait et un costume à gilet gris dont il tient la veste suspendue par dessus son épaule. Il est splendide. Et il est là.
- Hh.
Merlin.
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Chapitre 10.
Je n'ai jamais vraiment compris comment on se démerde dans la vie. Vous savez : travailler. Mais, lorsqu'il s'agit de survivre, je suis très doué. Je dirais même que je suis incroyablement talentueux. Il faut dire que j'ai l'instinct qu'il faut : je suis terriblement lâche. C'est une qualité que j'estime énormément. En fait, je m'estime énormément. C'est peut-être présomptueux, mais ça marche.
Le monde ne tourne pas autour de moi, mais je m'y emploie.
En fait, quand j'étais gosse, j'avais un univers tout à moi. Héritier chéri, tout m'appartenais : de mes parents à mon somptueux pur sang arabe que je ne montais jamais. L'écuyer qui l'entretenait m'appartenait aussi, et puis le ciel et les oiseaux au dessus du manoir.
A Poudlard, les Serpentards m'appartenaient. Et tous les autres aussi : les garçons et les filles, même ces idiots de Gryffondors, ils étaient tous à moi, juste parce que j'en avais décidé ainsi. Même Potter, il m'appartenait. D'une façon plus particulière, oui, mais il était à moi. Je l'obsédais tant, et je l'insupportais. Et chaque jour, j'étais sur son chemin et jamais il ne m'ignorait. Je le lui interdisais. Je voulais qu'il m'ait dans le crâne, parce que c'était le seul capable de m'oublier. Parce que, lui aussi, il possédait tout un univers et que ça m'emmerdait.
Au fond, j'étais un peu à lui, mais c'est quelque chose que j'avais décidé.
Et puis, un jour, mon monde s'est arrêté.
Ou peut-être qu'il tourne encore quelque part, mais on me l'a piqué. On m'a d'abord enlevé mon insouciance, et puis mon inconscience . Après ça : mes parents, ma liberté, mes affaires, mes larbins et tout le reste. Et claquer des doigts n'amenait à rien. Un moment inutile et ennuyeux, je ne vois guère l'intérêt d'y penser.
Non. C'est ce qui se passe après qui compte.
Harry.
Le salaud : il était toujours mien ! J'avais perdu mon monde, mais lui avait toujours le sien. Et j'en faisais partie ! J'y avais ma place parce que, moi aussi, je lui appartenais.
Les choses se sont passées - un peu bizarrement et pas très bien sur la fin - mais il était tout à moi.
Le trottoir entre sa rue et la mienne est à moi. Et tous les gens qui y marchent m'appartiennent. Le ciel au dessus de Londres et les oiseaux dans le ciel, ils sont tous à moi. Maintenant, il n'y a plus qu'à leur annoncer la nouvelle, et à tout récupérer. Tout ce qui est mien.
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J'ai fait beaucoup d'erreurs, mais je m'en donne le droit. J'avais perdu l'habitude, vous comprenez ? On m'a fait croire que je n'avais plus rien et, déstabilisé, j'y ai cru. Quelle bêtise.
Non. Il suffit que je regarde l'univers en face et que je lui dise qu'il m'appartient. Que voulez-vous qu'il me réponde, l'univers ? Rien, il ne dit rien et il est à moi. Il n'y a que le soleil qui s'en défend : je n'arrive pas à le fixer du regard assez longtemps.
Mais pour le reste... C'est à Harry que je dois ça. Enfin, là encore, c'était mon choix. Il s'est donné à moi et je l'ai pris avec bonheur. Je crois même que de toutes les choses que j'ai jamais eues, c'est lui que j'ai aimé le plus.
C'est lui que j'aime le plus.
- Monsieur Malfoy ! Monsieur Malfoy ! Par ici !
- Monsieur Malfoy - Maric Picpique, la Plume Enflammée -...
- Eh ! Ne poussez pas ! Monsieur Malfoy ! A droite !
Les journalistes et photographes se bousculent et j'avance impassible, une paire de lunettes noires posée sur le nez.
- Maric Picpique, la Plume Enflammée -, êtes-vous satisfait du changement de direction à la Gazette des Sorciers ?
- Assez satisfait, oui.
- Pensez-vous que la justice à bien fait son travail ?
- Monsieur Malfoy, - Norbert Tape, Daily Mage - le public a été derrière vous tout au long de ce procès, vous y attendiez-vous ?
- Je suis une victime, les gens l'ont compris.
- Monsieur Malfoy - Marietta Edgecombe, Sorcière-Hebdo -, vous avez été élu plus beau sourire de l'année par nos lectrices - un commentaire ?
Je tourne un sourire que je sais irrésistible vers elle et je réponds :
- Merci beaucoup.
L'idiote glousse et les flashs retentissent de plus belle.
- Monsieur Malfoy ne fera plus de commentaire, annonce mon attaché de presse tandis que je rejoins la cheminée la plus proche.
Mes avocats sont restés derrière, prêts à exprimer en mon nom la satisfaction de la justice bien faite à tout ces charognards.
Voilà. C'est fait. Donnez-moi quelques mois, des journaux pour m'entendre et des gens pour me lire et je reconquiers ma vie.
Tout s'est passé très vite et plus simplement que je ne l'espérais.
D'abord, il a fallu que je me mette à jour : c'était des années d'actualités sorcières qu'il me manquait. Le retard fut rattrapé en un mois grâce à plusieurs bouteilles de polynectar que je gardais en réserve, quelques cheveux empruntés d'un sort à un voisin, les archives de la Gazette du Sorcier et une excuse bidon pour y accéder.
Et puis ensuite, le livre. Une espèce d'autobiographie en forme d'injustice et avec un titre accrocheur qui a vite trouvé éditeur : Draco Malfoy, fils de Mangemort.
J'y parle avec 'une honnêteté frappante' - le Daily Mage -, de la découverte brutale de l'engagement sinistre de mon père parmi les partisans du Lord Noir. Lucius ne m'en voudrait pas, il a toujours affirmé que la fin justifiait les moyens. J'y raconte le dilemme terrible dans lequel je me suis trouvé lorsque la vie de ma mère, fière et innocente, a été menacée, et la souffrance, autant physique que morale, que j'ai subie lorsqu'on m'a imposé la marque de force, après que je me sois fait prendre dans un traquenard machiavélique.
J'y explique enfin mon désarroi face à la tâche qu'on m'imposa : assassiner Albus Dumbledore. Et comment, au moment fatidique, menacé de part et d'autre par les plus barbares des assassins jamais connus, j'ai décidé 'avec une noblesse et un courage infini' - l'Expert Sorcier - de faire face à mes assaillants et de tenter de sauver le directeur. J'y décris le geste significatif de ma baguette que j'ai alors baissé - geste décrit par le grand Harry Potter durant les procès d'après guerre -, et puis l'arrivée brutale de Severus Snape avant que je n'aie le temps d'agir, son acte qui s'expliquera plus tard, et mon choc et mon désespoir face à la perte de la seule personne capable de protéger mes proches.
Ensuite vient la fin de la guerre, le bonheur de retrouver mes parents, la dépression et l'amorphie de ma tendre mère face à l'emprisonnement et le décès de cet homme terrible qu'elle aimait tant, et puis sa mort. Et bien évidemment, je me défends avec ferveur et scrupule de l'acharnement et de l'humiliation dont je fus victime de la part des 'journalistes méprisants et calomnieux de la Gazette du Sorcier' - la Plume Enflammée - et je finis avec mon exil inévitable face à la réaction violente d'un public malmené par la guerre et les journaux mensongers.
Il s'agit en réalité de quatre-vingt-cinq pour-cent de vérité romancée et tournée de telle sorte que j'acquiers l'admiration et la sympathie du public, tout en restant rigoureusement en cohérence avec les différents témoignages et procès d'après guerre. La chose devait être telle qu'on ne pouvait douter de la véracité de mes dires, et elle le fut.
Evidemment, il y a eu polémique, mais mon bouc-émissaire, la Gazette du Sorcier, est ressorti de la guerre avec nombre d'accusations quant à sa légitimité, et le ministre du moment - ce brave Gryffondor de Kingsley Shacklebolt - a condamné les pratiques politiques et journalistiques déloyales - telle que l'utilisation de la Gazette par les gouvernements précédents comme outil de propagande, et les fonds ministériels transférés illégalement vers les coffres du journal -, et a ainsi permis la création de nouveaux quotidiens en concurrence directe avec la Gazette, encouragent la chute brutale de la popularité de cette dernière.
Mon livre a donc été rapidement plébiscité par la presse du pays, et la critique sévère de la Gazette, tournée en ridicule par sa concurrence. De ce succès phénoménal, j'ai gagné beaucoup d'argent. Je suis sorti brusquement de l'ombre et ma première action a été de porter plainte contre la Gazette des Sorciers pour diffamation et d'autres trucs gravissimes et imprononçables. En quelques mois, les choses ont pris des dimensions phénoménales : pas une semaine ne se passe sans que je fasse la couverture d'au moins la moitié des quotidiens. J'ai fait fructifier ma fortune en investissant et, rapidement, je me suis construit une image médiatique solide en faisant preuve d'une grande générosité envers différentes organisations dédiées aux victimes de la guerre et en me faisant parrain d'une association recueillant des orphelins de mangemorts - le seul endroit du pays à les accepter. Je dois avouer que je suis un porte-parole formidable : l'orphelinat connaît une grande popularité et les mioches partent comme des petits pains.
Le pays m'adore, je deviens le héros déchu de cette guerre, une sorte de Severus Snape, mais vivant et séduisant.
Il a fallut un an. Un an, et j'ai lavé mon nom, retrouvé une fortune conséquente et une popularité formidable. Et le jugement de mon procès contre la Gazette vient d'être donné : c'est sans surprise que le quotidien est reconnu coupable pour tous les chefs d'accusations. Une demi-douzaine de journalistes se retrouve en disgrâce et Barnabas Cuffe, le dirigeant du journal depuis dix ans déjà, a dû démissionner. Le quotidien est condamné à me reverser une petite fortune de dommages et intérêts et j'ai même réussi à le rendre coupable de la perte du manoir familiale au profit du Ministère. Le ministre Shacklebolt - réélu aux dernières élections - a promis, dans une déclaration spontanée - et un peu contrainte par le public -, de faire en sorte de retrouver et de me remettre autant de biens que possible de mon héritage familiale... Mais je m'en fous un peu.
Un an, et le pays tout entier m'appartient. Je suis riche et célèbre. Mais surtout, surtout, je suis respecté. Et il n'y a rien de plus difficile à arracher à un homme que le respect que les autres lui portent.
J'ai récupéré presque tout ce qui m'appartenait... En fait, il ne me manque qu'une seule chose.
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- Alors c'est vrai.
La mademoiselle-je-sais-tout n'a pas changé d'un pouce.
- Granger.
Enfin, elle est un peu moins moche, mais je suppose que sa poitrine généreuse et sa blouse blanche de médicomage y sont pour beaucoup.
- Mes infirmières sont intenables parce que le grand Draco Malfoy attend dans mon bureau, dit-elle en se plaçant devant moi.
Evidement je ne me suis pas gêné pour m'installer derrière la table massive qui trône dans la pièce.
- Ca, c'est mon siège, Malfoy.
Elle dresse deux sourcils sévères qui me font suffisamment penser à la vielle McGonagall pour que je me lève en rechignant et que je fasse le tour du bureau.
- Et c'est Weasley, maintenant, elle précise en s'asseyant.
Je la fixe un instant. Potter a dû m'en parler une fois. J'avais oublié. Weasley est une de ces personnes que je préfère ne jamais avoir à revoir vivant.
- Vos enfants seront très laids, je déclare.
Elle soupire :
- Que puis-je faire pour toi, Malfoy ?
- Je veux savoir où est Harry, dis-je beaucoup moins froidement que je ne l'aurais souhaité.
Granger me fixe un instant, l'air de réfléchir. Puis elle ouvre un tiroir, saisit un calepin et note quelque chose avant d'arracher la page et de me la donner. Je la prends et je lis.
- C'est tout ? je demande, étonné. Tu me donnes son adresse comme ça ?
Elle acquiesce :
- Il n'a pas spécifié que je ne devais pas la communiquer. Evidemment, il ne veut pas que la presse l'obtienne, mais les proches, c'est autre chose. Et vous deux... Vous avez été plutôt proches.
- Il t'a parlé de moi ? je demande sans pouvoir me retenir, et il y a une intonation dans ma voix qui me débecte.
- Non, répond-elle et ça me déçoit. Va le voir, Malfoy.
Oui.
Je vais le voir.
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Je me suis donné deux semaines de libres après la fin du procès pour retrouver la trace de Potter. Je me retrouve avec deux semaines pour le rejoindre et je pars déjà. J'aurais pu prendre mon temps, préparer mon départ, mais à peine sorti de St Mangouste, j'ai transplané au ministère de la magie. Foutue Granger et sa logique à la con. Foutu Potter que j'aime tant. Et que Salazar me préserve, je ne vire pas Pouffsoufle, je sais simplement reconnaître l'évidence.
Je parie que lui ne m'en croirait pas capable. C'est vrai, j'ai toujours été maître dans l'art d'ignorer tout un tas de trucs, mais seulement quand ça m'arrange et quand ma négation fervente suffit à rallier à mon opinion le reste du monde. Seulement voilà : j'aime Potter et ça ne me dérange pas autant que j'aurais pu le croire.
J'observe paresseusement un employé du palace indien que j'occupe pousser un portant à vêtements dans ma suite. Je suis parti sans rien. Bien évidemment, le ministre de la coopération magique internationale britannique s'est occupé de me réserver un accueil respectable à mon arrivée en Inde en chargeant une délégation de l'ambassade britannique de me réceptionner. L'Inde est ma destination officielle : mon départ annoncé pour un paradis fiscal pourrait faire jaser. Sur place, on a réservé une suite du palace sorcier le mieux côté de la région à ma demande, et un envoyé de Gringott a été convoqué pour me permettre d'accéder à mes comptes à distance.
Le garçon d'étage dodeline de la tête en acceptant mon pourboire avant de s'en aller. Une dizaine de tenues sont suspendues face à moi. Des robes de sorcier en soie et fils d'or, deux tenues typiques de la région, plusieurs costumes de créateurs moldus et un vêtement hybride moldu-sorcier d'un jeune styliste en vogue dans la communauté magique. La période d'après guerre a tout un tas d'effets et les changements culturels qui en découlent sont souvent phénoménaux. Pour un univers qui stagne férocement depuis le Moyen Age, la civilisation sorcière occidentale a connu un sacré bouleversement. Et le moldu est à la mode.
Evidemment, je profite allègrement de mon affection pour les costumes ajustés et la tendance actuelle pour me faire bien voir. Voyons, je ne peux pas sensément avoir adhéré aux opinions du Lord Noir et de ses mangemorts : je porte des jeans et des pantalons de pyjama !
Un costume trois-pièce gris me fait de l'oeil. Le tissu est noble et léger. Je le décroche et le tends à bout de bras en reniflant. Il est doté d'un gilet gris perle qui, je le sais, ira à merveille avec mes yeux. C'est sobre et élégant. Et avec moi dedans... Parfait.
Je passe une heure et demi à me préparer, et c'est douché, habillé, coiffé à la perfection et manucuré que je quitte ma chambre. Il fait chaud ici et tout est poussiéreux, mais ma tenue vaut assez cher pour prévenir des auréoles et autres désagréments. Je veux être plus impeccable que jamais. Qu'il voit comme je vais bien et comme je peux me passer de lui.
Arrivé dans le hall de l'hôtel, je sors l'adresse et fait appel à tous mes talents de transplaneur pour parcourir une distance aussi colossale. Le déplacement est long et je suffoque à mon arrivée. A genoux, au milieu d'une foule qui m'ignore, aux antipodes de mon univers.
Ca grouille, ça crie et ça pue la transpiration. J'ai dû dériver un peu. Je panique un instant avant d'entendre un vendeur à l'étalage crier en anglais. Je me relève et je joue des coudes, tant bien que mal, pour traverser la rue. J'ai tout juste atteint la façade que le brouhaha constant se gonfle de cris de stupeur et d'un barrissement cocasse. Les gens se bousculent et une vague d'individus me rejoint brusquement tandis qu'un éléphant surgit de la foule et parcourt au pas de course l' avenue, sans se soucier de personne.
La bête est vite hors de vue et la foule reprend son perpétuel mouvement en quelques instants, comme s'il n'était pas question d'un pachyderme courant les rues. J'inspire calmement et je reprends où j'en étais avec un marmonnement affligé. Pays de fous.
Le commerçant m'indique la direction à suivre. C'est un apothicaire d'un genre particulier, et il connaît Harry. Il me dit qu'il est sur la plage à cette heure-ci, et il me montre le chemin. Je ne mets pas longtemps à le retrouver : tout le monde se connaît ici, et tout le monde connaît Harry.
Je le découvre au coucher du soleil.
Ici, c'est un gros demi-cercle orange posé sur la mer. On peut l'observer de tout son saoul et il réchauffe Harry.
Il y a des choses qui nous manquent, et il y a ces choses que l'on retrouve. C'est bien plus percutant : ça me tord l'estomac et mes mains me démangent. Et le soleil se délecte de mon Harry.
Rien à foutre du soleil, mais Harry est à moi. Sans y penser, j'avance silencieusement et je me pose jalousement entre l'astre brulant et lui. Il remue et je n'y crois pas trop. J'ai fait tout ce chemin, je suis épuisé, j'ai la tête qui tourne et je l'ai rejoint. Finalement, il ouvre ses yeux verts d'un air agacé.
- Bonsoir Potter.
Il me fixe de son regard hagard et mon sang se réchauffe.
Ah, tu ne dis plus rien. Tu ne croyais quand même pas que j'allais te laisser partir avec la moitié de mon univers, hein ?
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Review ?
