Titre : Collision

Rating : M

Bêta du chapitre : Still-hopee

Je l'ai promis : jamais je n'abandonne mes fics.

Après deux ans d'absence, je reprends l'écriture de Collision. Cette fiction comptera quinze chapitres.

Mon écriture et mes intérêts ont beaucoup changés, mais j'ai fait de mon mieux pour rester fidèle à cette histoire qui m'a valu tant de messages et d'encouragements.

Je finis Collision avec l'unique intention de ne pas vous abandonner sans conclusion.

Les conseils sont donc plus que bienvenues.

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- Bonsoir Potter.

Il me fixe de son regard hagard et mon sang se réchauffe.

Ah, tu ne dis plus rien. Tu ne croyais quand même pas que j'allais te laisser partir avec la moitié de mon univers, hein ?

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Chapitre 11.

C'est pire que ce que j'imaginais.

- J'ai pas lu ton livre.

Comme un étranger.

- C'est pas comme si j'en connaissais pas la fin, il sourit nerveusement.

Harry dépressif, c'était mon Potter en plus malheureux. Mais là... Je suis déçu. Enfin, c'est bien lui. La même gueule de balafré. Les mêmes foutus yeux verts. Les mêmes tiques, même démarche. Sans la dépression. Sans rien.

- On m'a dit que t'es devenu une espèce de héros national.

Elle est où la rage ?

- C'est bien.

Elle est où l'envie ?

- Putain ! gueule-t-il et frappe la table d'un coup de poing. Dis quelque chose !

Les tasses de thé qu'il nous a servi tintent sous l'impact et le sucrier tombe et roule au sol.

Potter, mon emmerdeur.

Il se lève et fait les cent pas. Comme si d'un coup, on l'avait remis en marche. Il ne m'a pas fait sursauter. Un Malfoy, c'est trop digne pour se laisser surprendre.

Il est toujours là. Pendant un moment j'ai bien cru... Mais je n'ai pas eu peur. Peut-être la nausée. J'ai eu mal au coeur.

Je croyais qu'il était parti.

Sale con de mon coeur. Il n'y a que toi pour m'irriter comme ça.

- Je sais pas Potter, t'as l'air de très bien faire la conversation tout seul, dis-je de ma chère voix traînante.

C'est vrai. Il n'a fait que ça. De la plage à son appartement, il a parlé pour ne rien dire. Il n'a jamais su apprécier le silence. Moi, j'en connais la valeur et l'impact. C'est pour ça que je me suis tu. De toute façon, je n'avais rien d'autre à dire. "Bonsoir Potter" : tout tient là. J'ai parcouru la moitié du monde après avoir escaladé l'Himalaya social et me voilà, Harry. Tout ça pour pouvoir te souhaiter une bonne soirée. Et voir ta belle gueule de petit enfoiré.

Tu m'as manqué.

Oui, j'aurais pu dire ça. Enfin, c'est un peu mièvre, et puis ça m'aurait fait perdre ma position de force. Et j'y tiens, à ma domination. Avec mes silences, Potter s'enfonce bien bas dans le sol, à mes pieds. Ca me convient. Parce que je lui en veux toujours, à ce Gryffondor de mes deux. Le connard, il est parti comme un lâche et c'est moi qui dois jouer les courageux. Mais l'intelligence associée à la bravoure, c'est carrément contre nature.

Le fait est que je ferais face à quasiment tout, pourvu que ça nous donne une autre chance. Parce que Potter et moi, c'est pour la vie. Et des chances, on en a épuisé plus que notre compte.

- T'es qu'un sale con.

Oui, j'ai dit ça, j'ai osé dire ça.

Potter se fige.

Son manque de réaction m'insupporte. Je regarde autour de moi - partout sauf lui. Tout est cosy dans son appartement : un petit deux pièces avec une grande cuisine ouverte sur le salon. Il y a de minuscules fenêtres qui éclairent deux fois plus que n'importe quelle véranda à Londres, même au crépuscule. Ca sent la terre et la tisane : il vit au-dessus de sa boutique de botanique.

Potter aurait la main verte ? Je ne l'ai pas vu briller dans les serres à Poudlard, mais je suppose que son caractère solitaire et sa foutue patience s'y prêtent bien.

Mais qu'est-ce qu'il fout là ?

D'accord, le coin est paradisiaque, mais qu'est-ce qu'on s'emmerde... Et puis, c'est pas chez nous ici.

La Grande Bretagne et le monde sorcier, on en fait partit. Bordel, on en a écrit l'histoire ! Ici, on est apatrides, exilés et ce n'est pas comme ça que j'ai l'intention de passer ma vie.

Seulement, voilà : je veux Potter avec moi. J'ai besoin de Potter avec moi.

Je lui est préparé le terrain. J'ai peint un charmant tableau avec ma gueule au centre de l'univers Londonien. Je me suis fait si populaire que je lui volerai la vedette. Quand il rentrera à mon bras, on dira que Draco Malfoy est gay, mais qu'il a bon goût. Harry Potter ne sera plus que le petit veinard qui a fait preuve de son charme héroïque et modeste pour attirer l'attention d'un homme tel que moi. Il sera relégué au second plan, doucement intégré à la peinture et je prendrai la parole pour lui. Il pourra retrouver ses marques.

Tout recommencer.

Voilà ce que je suis venu lui offrir : une autre chance. Pas pour nous, pas que pour nous. Pour lui, une chance de tout recommencer.

Sa tentative à lui n'était rien d'autre qu'une fuite en avant. Quand on est Harry Potter, on ne peut pas repartir à zéro sans prendre la fuite. Moi je lui propose de garder ses bases, les piliers solides qu'il a forgé à Poudlard et qui ont fondé l'histoire sorcière occidentale contemporaine, et de construire une maison autour. J'ai déjà planté les fondations.

Et puis, bordel, on a toute la vie ! C'est vrai ça, on a toute la vie.

Cette idée me brûle de l'intérieur, et je lui dis :

- On a toute la vie, Potter...

Il me regarde, l'air perdu. Il s'irrite soudain, comme un brave Gryffondor.

- Non mais de quoi tu parles ? Tu débarques du jour au lendemain, tu décroches pas un mot et finalement tu me traites de sale con ? Mais qu'est-ce qui ne va pas chez toi !

Il se passe la main dans les cheveux et ça me fait sourire. Enfin, j'ai mon rictus habituel : le sourire est l'apanage des faibles.

- T'es bien placé pour parler, Ducon - et j'accentue bien l'insulte. A la première saloperie, tu pars comme un lâche.

- C'est toi qui es parti !

Non mais, je rêve !

- Je me suis fait insulter, bien sûr que je suis parti, je susurre. Mais c'est pas une dispute à cause de le belette qui allait tout arrêter ! J'attendais que tu reviennes t'excuser et que tu viennes me récupérer. T'aurais pu revenir, t'avais juste à revenir. J'ai attendu. Et quand j'ai fini par en avoir assez d'attendre, j'ai trouvé ton appart' vide et tu avais disparu.

- Mais...

Potter me regarde, l'air abattu, abasourdi. Une lueur de compréhension éclaire finalement son regard.

Eh bien voilà. Il était temps.

Et il se met à rire. Le con, il se marre.

- Qu'est-ce qui te fait rire ? je demande, irrité.

Potter s'effondre sur son canapé, en face de moi. Il pleure de rire. Oh, l'abruti.

- Pendant tout ce temps... Et tu... Comme une...

Et il éclate de rire de plus belle. Quoi ?

- Qu'est-ce que tu baragouines ?

Il reprend son souffle, se passe une main sur le visage, et me fait un grand sourire :

- Je suis qu'un sale con.

Je renifle et m'enfonce dans son fauteuil, un peux vexé de ne pas avoir compris la blague.

- Je sais Potter. C'est pas grave, j'ai l'habitude.

Il continue de sourire.

- Je croyais que tout était fini, que tu ne me pardonnerais jamais. J'anticipais tellement le jour où tu m'abandonnerais, où tu réaliserais que tu pouvais avoir tellement mieux, qu'à la première occasion, j'ai cru voir la fin de tout.

Il sourit toujours, et ça me met mal à l'aise. Mais je reste silencieux : comme disait l'autre, si tu n'as rien d'intelligent à dire, boucle-là.

- Mais en fait, tout ce qu'il fallait, c'est que je te cours après et que je te supplie. Tu serais revenu, hein ?

Je me renfrogne, mais j'acquiesce. Son foutu sourire me perturbe.

- J'aurais dû te faire la cour...

Et il se marre. Potter se fout de moi.

- ... comme à une femme !

- Eh !

- J'aurais dû me mettre à genoux et te supplier, comme la foutue princesse que tu es, Malfoy !

Je me lève brusquement, prêt à partir. Il se moque de moi et ça me dégoute. Mais je n'ai pas fait trois pas qu'il se plante devant moi.

Il a arrêté de rire et me regarde sérieusement.

- Je voulais pas... C'est juste que tu m'as tellement manqué, me souffle-t-il.

- T'as une drôle de façon de le montrer.

- T'es venu pour me récupérer ? m'interroge-t-il.

Je n'essaie même pas de nier. Au point où j'en suis :

- Je veux que tu rentres avec moi.

Il s'éclaircit la gorge.

- J'ai faim. Ca te dis qu'on aille manger un truc dehors ?

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On s'est assis à une terrasse, sur une petite place grouillante de monde, comme partout ici. A croire que la communauté sorcière mondiale s'est donné le mot. Pas étonnant qu'on soit si peu partout ailleurs : tous les sorciers du monde se sont entassés sur cette île étouffante. Des lampions magiques éclairent les rues et c'est toute une population nocturne qui s'approprie l'endroit après la tombée de la nuit.

Enfin, je ne me plains pas trop : je préfère cet endroit au bistrot en face du bouiboui de Potter. La blondasse de serveuse qui y travaille ne me revient pas. "Tu te l'es tapé ?" j'ai demandé au Gryffondor en passant devant elle. Il a rougit comme une pucelle avant de réfuter. Mais j'ai vu le coup d'oeil qu'elle lui a lancé, et je le connais, mon Potter. S'il ne l'a pas encore baisé, c'est pour bientôt.

- Donne-moi des nouvelles, me dit-il.

- De quoi ?

- De Londres.

Il a l'air détendu, heureux. Mieux que jamais.

- Tu reçois pas le journal dans ce trou ?

- Si, me répond-il avec indulgence, mais je ne le lis pas.

- Pourquoi ?

Il me fixe, hésite un instant et je comprends. Un rictus goguenard se dessine sur mes lèvres et je ricane :

- Trop difficile de voir ma belle gueule en couverture, Potter ?

Il grogne.

- Juste... Donne-moi des nouvelles.

Soit.

- Ton vieux pote Shacklebolt s'est fait réélire à la tête du ministère. La moitié des membres du Magenmagot sont des anciens de l'Ordre de toute façon, alors ils tiennent les postes majeurs du gouvernement. Oh, les journaux foisonnent : ça, c'est un peu grâce à moi. J'ai déclaré la guerre à la Gazette. J'ai fait virer la moitié de leurs journalistes et ils me doivent un sacré pactole.

- Tu t'en sors bien. Hermione m'a parlé de ton bouquin et des procès. Même elle a reconnu que c'était plutôt malin, concède-t-il et je me permets un rictus d'autosatisfaction tandis que le serveur nous apporte nos plats.

Je regarde mon assiette avec circonspection.

- Goûte, c'est bon. Et je t'ai commandé le plat le moins épicé ; je te connais.

Je me redresse et plante ma fourchette dans un morceau de viande, tout en toisant Harry.

Il n'a pas changé. Il est toujours incapable de discipliner ses cheveux, et rien au monde ne pourra le séparer de ses lunettes rondes. Enfin, la monture est plus discrète, c'est déjà ça. J'avais oublié à quel point ses lèvres étaient pleines. Il est bronzé et un peu plus musclé : j'apprécie l'évolution.

Il sent pareil qu'avant. Il a la même voix grave et les mêmes foutus yeux verts.

- J'ai un truc sur le visage ? m'interroge-t-il, franchement inquiet.

Mon petit con de Potter. Qu'est-ce que tu m'as manqué.

- Le père Weasley s'est démerdé pour avoir la tête du Département de la Justice magique et le siège du Magenmagot qui va avec, mais ça, je suppose que tes potes t'en ont parlé, je reprends. Le poste est très influant. On parle déjà de lui à la succession de Shacklebolt. Et avec les moldus qui sont devenus une préoccupation majeure, il a participé à la fondation du Département de la Culture en créant un service très populaire, spécialement dédié à l'éducation de la population sorcière quant à la société moldue et ses bienfaits.

- Oui, ça ressemble bien à Arthur Weasley.

- Des partis extrémistes parlent même de nous révéler aux moldus, mais ce sont des allumés, et le Ministère ne s'y prend pas trop mal pour gérer leurs débordements.

- Les choses ont l'air d'avoir pas mal bougé. Ca fait tellement longtemps que je me suis éloigné de tout ça.

- Tu parles comme si ça faisait une décennie. T'es parti il y a un an.

- Je me suis isolé depuis que ma relation avec Ginny a capoté. Quand j'ai abandonné mes idées de belle petite famille et l'école de formation des Aurors.

- Ca fait quoi ? Trois ans ? Potter, t'as vingt-cinq ans. C'est rien du tout.

- C'est un quart de siècle.

Je lève les yeux au ciel. Comptez sur lui pour tout dramatiser. Enfin, sa vie est une tragédie grec, alors je suppose que c'est légitime.

Il avale une bouchée de son plat que je devine très épicé et je mange à mon tour, me sentant soudain affamé. Je n'ai rien avalé de la journée : j'avais un noeud dans l'estomac. J'ai encore du mal à réaliser. Tout est tellement facile. C'est comme s'il était parti hier.

- Et donc, je suppose que tu es célibataire ? Je veux dire, si tu viens me chercher...

Je hausse un sourcil. Il a parlé sans même oser me regarder. Il me jette un coup d'oeil et se met à balbutier :

- Ou tu voulais juste que je revienne ? Tu n'as peut-être plus envie...

- Fais pas le con, Potter. Je parcours pas autant de chemin pour avoir un emmerdeur dans les pattes si ça ne me donne pas au moins la possibilité de le sauter.

Il me toise en mâchant silencieusement.

- Peut-être que moi, je suis déjà pris ?

- Tu me poses la question ?

Il hausse une épaule :

- J'aurais pu.

- Je t'aurais récupéré quand même. Personne ne m'arrive à la cheville, Potter. Souviens-toi.

- Qui te dit que je vais partir avec toi ? réplique Potter sur un ton irrité. Je suis installé. Je me suis fait des amis, j'ai un travail. Rien d'extraordinaire, mais c'est assez ; la vie est tranquille ici. Et j'ai eu quelques relations, ajoute-t-il fermement. Rien de sérieux, mais ça aurait pu.

Il m'agace. Comme toujours. Comme avant.

- Et puis j'ai quand même vu assez de journaux, même de loin, pour constater que t'es toujours bien accompagné. Elles sont belles, les femmes avec qui le grand Draco Malfoy couche. T'es devenu hétéro ?

- J'ai toujours été hétéro, je renifle avec dédain. Toi, t'es qu'une exception. Et oui, ça fait un an Potter. Tu t'es enfui et je suis devenu riche et célèbre. Avec mon charme, tu penses bien que je n'allais pas rester seul.

C'était toutes des distractions. Des filles sans intérêts, belles, juste assez intelligentes pour que je puisse les exhiber à mon bras.

- Eh bien tu n'as qu'à rentrer à Londres. Trouves-toi une jolie Sang-Pur et épouses-la. Faites pleins de gosses et élève-les comme de braves petits aristocrates.

Il est énervé. Ca m'amuse.

- Pas une Sang-Pur, je le corrige. Les filles d'ascendance moldues sont bien meilleures pour l'image.

Potter me regarde, l'air abasourdi.

Dans une geste de décontraction, je défais le bouton supérieur de ma chemise. J'ai laissé ma veste et mon veston à son appartement. Potter porte un T-shirt un peu trop grand et un jean usé. Comme avant. Comme toujours.

- T'avais raison, déclare-t-il. Avant... Avant que tout se casse la gueule, tu m'as dit que c'était pas sain. Nous deux. T'avais raison.

- Non. C'est pas ce que j'ai dit. C'est la vie qu'on menait ; mais maintenant, on peut tout reprendre.

- Non, réfute-t-il en agitant la tête. Tu fais la couverture de tous les journaux. J'ai déjà subi l'intérêt des médias, je ne veux pas de ça, pas encore.

J'inspire un bon coup, de quoi me calmer. Soit, tu veux jouer les post-dépressifs paniqués Potter ? Mais moi, je ne joue pas.

- L'addition ! je réclame.

On a à peine fini de manger. Harry balance sa serviette sur la table, l'air dégouté.

- Reste.

- Ferme-là, je gronde.

Le brun écarquille les yeux et je le regarde comme je l'aurais fait il y a dix ans, avec tout le dédain et la passion nerveuse que j'ai dans les tripes.

- On va rentrer chez toi Potter, et tu vas me faire l'amour.

- Qu- ?

- Tu veux pas comprendre, alors je vais te l'enfoncer dans le crâne : nous deux, c'est pas fini.

Je paye le serveur et je pars sans attendre.

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Review ?