Cet os est écrit pour un jeu du FoF, il fallait le rédiger sur le thème "brouillard" en une heure. Pour plus de précisions vous pouvez m'envoyer un mp


Premier jour du reste de ta vie

Ses yeux fixent la pointe de ses chaussures. Il n'a pas besoin de regarder devant lui, il sait ce qui l'attend de l'autre côté. Il peut le sentir déjà qui se répand dans son corps et s'imprègne de lui, le glaçant au-delà de toute limite, l'atteignant jusqu'au plus profond de ses os. Le froid s'insinue sous le tissu de sa robe, s'infiltre à travers sa peau et s'englue dans ses organes, prend sa place et s'installe confortable car Sirius sait que jamais plus il ne partira.

Sa vision commence à se brouiller. Les mots résonnent dans son esprit. Il tremble. Il a peur comme peut-être jamais avant il n'a eu peur. Il sent son âme se recroqueviller en lui et tenter de disparaitre dans un coin sombre de son être pour rester hors de porté de la terreur et du désespoir qui seront bientôt ses seules nourritures.

Sirius était prêt à donner sa vie, à se battre jusqu'au bout, à affronter mille dangers, relever mille défis, sans détourner la tête ou baisser les yeux. Tel était son destin, il n'avait pas besoin d'une boule de cristal pour le savoir. S'il devait mourir, qu'il en soit ainsi. Il partirait en paix de s'être battu pour assurer la liberté de ceux qu'il aimait, pour avoir défendu des valeurs qu'on lui avait dissimulées pendant des années.

Mais il avait échoué. Ceux qu'il aimait étaient morts, trahis, vendus et il n'avait rien pu faire pour empêcher le drame – non, il l'avait précipité, il en avait été l'acteur principal. Et il ne mourrait pas pour ses crimes. Oh, non, on ne le laisserait pas trouver la paix et rejoindre ceux qu'il avait perdus. Une vie de pénitence, de peur et de froid, emplie de terribles cauchemars qui ne prendraient jamais fin, une vie de folie et d'enfermement, de réclusion et de torture, voilà le chemin s'ouvrant devant lui à présent.

La houle se fait plus forte et secoua la petite embarcation. Le froid, mordant à présent, le fait frémir. Sirius sent les larmes se former au coin de ses yeux. Il ne veut pas. Il ne veut pas être enfermé, obligé de côtoyer des Détraqueurs pour le reste de ses jours, il ne veut pas être arraché à un monde dont il ne connait encore rien, il ne veut pas être laissé ici, abandonné de tous et interdit de disparaître. Pour la première fois depuis que sa sentence est tombée, dans cette parodie qui ne s'était même pas employée à ressembler à un procès, il veut se défendre, crier son innocence, hurler à la traitrise.

Il l'a sans doute fait. Il ne s'en rappelle plus, ne s'en souviendra sans doute jamais. Il ouvre les yeux et le gris l'entoure, sale, nu, brut lui renvoyant sa solitude au visage avec la violence d'un couperet. Sa cellule est petite et sombre, froide et humide, son corps tremble de froid, le bruit de ses dents qui s'entrechoquent résonne autour de lui. Il ramène ses jambes contre lui et tente d'arrêter les mouvements convulsifs de ses muscles, il essaye de faire taire les hurlements qui résonnent dans sa tête et qui seront désormais sa seule compagnie.

La nuit commence à tomber, il entend la mer gronder au bas de la tour dans laquelle on l'a mis. Le bruit des vagues qui s'écrase contre l'île d'Azkaban lui sert de berceuse mais le sommeil ne peut pas le trouver alors que Sirius revoit devant ses yeux tous ses cauchemars devenir réalité et ses rêves s'éteindre dans l'obscurité de la nuit. Le brouillard se lève, semblant venir du sol, des murs, du plafond. Il remplit l'espace, se condense et s'infiltre dans chaque interstice, enduit ses vêtements, le caresse du bout de ses doigts glacés et les cris résonnent de plus bel dans sa tête.

La fumée grise se meut et laisse deviner la silhouette noire des créatures qui en sont à l'origine. De longs râles résonnent dans le couloir vide et Sirius se ratatine sur lui-même, s'écrase contre un coin du mur, garde les mains sur le béton pour tenter de s'ancrer dans la réalité mais il est trop tard déjà et son esprit commence à perdre pied, il ne sait plus quoi de ce qu'il voit ou ce qu'il entend est réel, le froid, la douleur, la peur et l'horreur se mêlent et forment un tissu difforme dans sa tête qui envahit tout et ne laisse derrière lui que des cicatrices à vif, des blessures depuis longtemps oubliées qui se réveillent et brûlent plus intensément que jamais.

Les jours passent et se ressemblent, Sirius en perd le compte et n'y prête plus aucune attention. Il sait que quoiqu'il fasse, le brouillard finira toujours par se lever, entraînant inlassablement dans son sillage la terreur et la peur.