Chapitre 3 :
PoV –Sebastian
Il pourrait m'interdire son âme. Quelle triste perspective…
Sebastian se déplaça sans bruit au vestibule, s'arrêtant lorsqu'il remarqua quelque chose se déplacer dehors. Sa première pensée fut que ce soit un intrus, mais en regardant de plus près, il réalisa que c'était la dite âme en question, Miss. Knight elle-même.
« Miss. Knight, vous pourriez attraper froid par ce temps, vêtu de la sorte. » Sebastian se débarrassa de sa nouvelle veste fraichement acquise, et l'en entoura les épaules dénudées de la jeune femme.
« Je suis surprise, Sebby. Je ne pensais pas que les démons pouvaient émettre une telle chaleur corporelle, ta veste est assez confortable. »
« Je pourrais l'apprécier si vous vous absteniez de m'appeler de la sorte. Cela ramène d'affreux souvenirs d'un certain Faucheur en mémoire. »
« Alors appelle-moi Phia, s'il-te-plait. Pourquoi doit-on se comporter comme des étrangers alors que tu vas bientôt dévorer mon âme ? »
« Si c'est ce que vous voulez. Que faites-vous dehors à cette heure ? »
« Je pourrais te demander la même chose, mais les démons ne dorment pas, n'est-ce pas ? Ou ne le font-ils uniquement pour se gâter ? Je préfère ne pas dormir. Il me reste encore quelques vieilles habitudes nocturnes. » Ses yeux se plissèrent joyeusement, étincelant au clair de lune.
« Habitudes nocturnes… ? » Sebastian pensa aux informations qu'il avait trouvées sur elle.
« Dis-moi, tu aimes les chats, non ? Tu les adores plutôt, je t'ai vu jouer avec un chaton plus tôt dans la journée aujourd'hui. Qui aurait cru que quelqu'un comme toi ai un point faible pour les chats ? Je pensais que, pour m'amuser, je pourrais te faire tomber amoureux de moi, Sebastian. » Elle enleva sa veste, souriant… félinement. Sebastian leva un sourcil surpris, confus par ses jeux.
« Je croyais que vous étiez résistante à mes charmes ? » demanda-t-il d'un ton suppliant.
« C'est juste un jeu Sebastian. Qu'est-ce qui pourrait être plus amusant que d'essayer de te faire tomber amoureux, toi, un démon qui vit uniquement pour les âmes, et qui n'a que faire de l'amour ? Ça serait un challenge que j'accepterai avec joie ! Je pense aussi que j'ai un avantage. » Sebastian était sur le point de demander de quoi voulait-elle parler, quand elle se tourna vers lui, lui faisant un clin d'œil.
« Miaou. » Elle arrondit sa main en une petite patte, la balançant un peu. Alors qu'il était enchanté de son extrême ressemblance aux sublimes choses qu'étaient les chats, il remarqua le léger tremblement de ses épaules. Attrapant ses mains, il retourna ses paumes vers lui, remarquant les écorchures et la raideur de ses bras.
« Vous ne m'aviez pas dit que vous étiez blessée. » Sebastian la fixa, agacé de son indifférence envers sa propre sécurité. Elle ne peut mourir avant le moment venu.
« Eh bien, c'était ça ou me fracasser le crâne au sol. Mes réflexes félins me seront toujours utiles. » Elle marcha devant, mais son corps était apparemment à ses limites, et elle trébucha. En un mouvement, Sebastian la souleva de ses pieds, la portant avec attention.
« Comment oses-tu, Sebastian, toucher les jambes d'une jeune fille de 18ans sans permission ? Ce jeu pourrait vraiment devenir intéressant… » Elle sourit d'un air narquois.
« Un corps de 18ans, peut-être. » Sebastian lui retourna son sourire moqueur.
PoV – Zylphia
Mes genoux s'effondrèrent sous mon poids, j'avais oublié ma mauvaise chute. Mais avant que je le remarque, d'une manière ou d'une autre je n'étais pas au sol, mais reposant confortablement au creux des bras de Sebastian. Alors il a déjà remarqué ? Comme attendu d'un diable de majordome.
« Cela serait avantageux pour nous deux que vous preniez soin de vos blessures. » Il marcha rapidement jusqu'au hall, comme si je ne pesai pas un gramme.
« Essayes-tu toujours de gagner mon affection avec ton charme de gentleman, tes douces paroles et ton apparence diaboliquement parfaite ? Je t'ai déjà dit que ça ne marchera pas ! Je ne changerai pas d'avis concernant mon âme. Mais en y pensant, tant que tu essaies, cela ajoute du piment à ma vie. Rien que le fais d'imaginer un démon débordant d'amour me donne envie de sauter de joie… ah… comme c'est amusant ! » Je soupirais, penchant ma tête contre son torse.
« Mais, Sebassy, ce surnom te va ? Peu importe, il faut que tu le veuille également ! C'est une compétition. Si tu arrives à me faire tomber amoureuse de toi, je t'offrirai mon âme, parce que je t'aimerai, n'est-ce pas ? Si je gagne… Ah, ça ne se termine pas bien pour moi dans les deux cas, mais si je gagne, ma victoire ultime sera… » J'inclinais ma tête vers lui, étendant un bras fainéant à travers ses cheveux encadrant ses joues. Il me fixa, neutre, plissant les yeux.
« Tu ne seras plus disposé à dévorer mon âme. » Je ris, savourant son expression surprise et son incrédulité à la perspective qu'il puisse être amoureux. Cette proposition doit lui paraître complétement ridicule… qui a déjà entendu parler d'un démon incapable de dévorer une âme gratuite ?
PoV – Global
« Êtes-vous sûre que je ne suis pas avantagé dans ce marché ? » demanda Sebastian, l'asseyant sur le lit. Elle s'étira suggestivement, laissant échapper un long ronronnement, observant ses réactions. Le ronronnement sembla lui provoquer un frisson dans le dos, et sa tête se rempli d'irrésistibles images de chats. Avant, ce qu'il s'imaginait n'avait pas de côté humain, mais désormais, ces illusions avaient quelque chose de Miss. Knight.
« Être une vieille âme a ses avantages, n'es-tu pas d'accord, Sebassy ? » Elle se leva persistante, reposant sa tête contre la fenêtre. Une vieille âme : quelqu'un qui se réincarne après chaque mort, vivant vie après vie.
« Je ne pourrais le savoir. Vous êtes la première que je rencontre, mais à ma connaissance, les vieilles âmes ne se souviennent pas de leurs vies passées. La plupart sauf vous, qui semblez conserver vos précédentes habitudes. » Il ne pouvait empêcher les pensées d'une créature majestueuse affluer dans son esprit.
« Tu n'as pas encore trouvé la clé qui rassemble tout ceci ? C'est décevant, Sebassy… eh bien, je vais devoir te le dire alors ! Je préfère ça que dormir… les souvenirs aiment se faufiler en moi quand je dors. » Elle tapota le lit couvert gaiement, lui indiquant de s'assoir. Son sourire s'élargit, et il s'avança.
« Êtes-vous sûre que vous voulez que je vous rejoigne ? Je crains que vous ne soyez pas en mesure de me persuader de partir. » Elle rit en entendant ses mots, l'incitant à venir tout de même.
« 'Viens, nuit solennelle, matrone au sobre vêtement noir', la patience est nécessaire en amour, Sebassy ! Si c'est une compétition, on doit au moins respecter les règles. » Elle étira une jambe, cognant son oreiller pour révéler un brillant mais tranchant poignard. Sebastian ricana sous la menace, s'installant sur le lit douillet.
« Roméo et Juliette ? Comme c'est charmant, je suis surpris que vous puissiez vous souvenir d'eux aussi bien. »
« C'était seulement il y a quelques 300ans… Je me souviens encore comme tout le monde était excité. » Elle roula sur le lit nerveusement, créant des bruits incompréhensibles.
« Tu as toujours l'air si mécanique, même assis… détends-toi un peu. La nuit n'est-elle pas le moment idéal pour laisser sortir ton côté téméraire ? » Elle roula finalement sur son estomac, l'observant, elle se lécha les crocs, non, canines.
« Il serait dangereux pour moi de devenir audacieux lorsque vous êtes précisément armée pour cette raison. » Il regarda vers son poignard, et elle le balança à terre.
« C'est mieux ? La nuit est parfaite pour révéler des secrets qui bruleraient au jour. »
« Comme tu le sais déjà, mon chic petit démon, je suis une âme âgée. Tu as également raison lorsque tu dis que les vieilles âmes ne peuvent se souvenir de leurs vies passées. Je suis une anomalie, le résultat d'un Faucheur maladroit. Souvenirs, toute la vie de la victime est retranscrite au Faucheur, pour qu'il juge pourquoi l'humain devra mourir. Les Faucheurs sont vraiment désespérés sans leurs lunettes, n'est-ce pas ? Ils peuvent glisser, ou même couper quelqu'un accidentellement, quelqu'un qui n'est pas supposé mourir. De cette erreur négligente, tous mes souvenirs, toutes mes vies passées furent attachées à ma cinématique. Plus le temps passe, et plus j'oublie les détails de mes vies passés, mais de mes récentes vies, je peux toujours savoir comment ronronner par exemple… »
Elle laissa échapper un petit ronronnement, claquant de la langue pour le narguer. Puis, à la surprise du démon, elle commença lentement à glisser son buste hors de sa chemise de nuit, ce qui ne déplut pas complétement au majordome. La raison de son geste se révéla rapidement quand elle abaissa le tissu encore un peu. Une longue cicatrice tordue était imprimé sur la peau de son buste.
« Une faux de la Mort peut découper n'importe quoi… et je suppose que ça laisse aussi des cicatrices de vies passés. Tu dois te demander pourquoi mon âme semble si délicieuse… Je ne connais pas vraiment tes goûts, Mr. le Démon, mais si ma mémoire est bonne, il semble que c'est la mort et le désespoir qui rendent l'âme meilleure. Ainsi, Mr. le Démon, j'ai vu assez de tragédies dans ma vie pour satisfaire une faim comme la tienne. Bien sûr, j'ai vécu des moments heureux, mais après un moment, même les bonnes choses deviennent une malédiction lorsqu'on a dépassé l'âge de ses enfants. J'ai eu assez de ce style de vie, et je ne peux plus compter que sur de petits amusements pour garder mes journées animées. Le suicide ne résout rien, il ajoute juste des souvenirs à mon prochain corps. La mort est une chose terrifiante à expérimenter la première fois, intéressante la deuxième fois, mais je n'arrive même plus à compter combien de fois je l'ai éprouvée. Désormais, le seul divertissement que je trouve dans la mort est le visage plus que confus de Faucheurs malchanceux de tomber sur ma lanterne cinématique. Ainsi, jusqu'à ce que je renaisse dans une nouvelle espèce ou un nouveau corps, il devient impossible de me trouver. J'ai entendu dire que quand un démon dévore l'âme, il n'en reste plus rien. Elle finira par faire partie du démon, et cela me sonne comme un paradis. »
Elle remit sa chemise de nuit en place, tandis que Sebastian sentait l'envie de la consumer grandir en lui durant tout son récit, incitant ses prochaines actions.
PoV – Zylphia
À peine fus-je allongée sur le ventre me moquant du démon affamé, qu'il me retournait soudainement sur le dos, les mains clouées au lit.
« Est-ce que cela vous rappelle une impression de déjà-vu ? » Je souriais gentiment à ses yeux rougeoyants et affamés. C'est impressionnant qu'il ait réussit à se retenir aussi longtemps… une âme aussi dégradée que la mienne devrait le faire mourir de faim.
« Un peu. C'était quelque chose qui y ressemblait… » Il était toujours à quatre pattes au-dessus de moi, mais ses dents s'approchaient de mon cou.
« Ah c'est vrai. Ensuite, tu manges mon âme et- oh attends. J'ai presque oublié que tu ne pouvais pas ! Quelle honte. La patience est indispensable en amour, tu te souviens, Sebassy ? » Ses cheveux chatouillaient mon cou, et je laissai échapper un gloussement, mais je me taisais rapidement en sentant une douleur aigüe à mon cou. Je sentis du sang s'écouler sur ma peau, et je toussais en m'indignant, comme si quelqu'un venait de m'embarrasser. Je commençai à me plaindre, mais je fus interrompue de nouveau par une sensation de quelque chose de chaud et mouillé. Ce n'était pas mon sang, parcourant mon cou. Je ne sais pas si c'était dû au mélange de la chaleur dans la pièce, les draps, ou une certaine personne au-dessus de moi, mais je senti ma chaleur corporelle m'embraser tout le corps, colorant mon visage d'un rouge vif.
« Mr. le Démon, vous n'avez pas peur d'être submergé par mon âme ? Comme c'est courageux, mais inutile lorsqu'on est mort. »
« Cela s'applique uniquement à l'âme, si je ne me trompe pas. Vous n'avez jamais rien précisé à propos d'une quelconque façon physique d'approcher cette compétition. Ma tactique n'inclut pas la patience, et je n'ai aucune envie d'arrêter. » Comme attendu d'un démon, il mordit à un endroit précis pas très profond, ainsi je ne perdais pas beaucoup de sang. Cependant, s'il n'avait pas l'intention d'arrêter, le sang n'aurait aucune chance de coaguler. Comme en ce moment précis, alors que Sebastian était entrain d'abuser de mon sang.
« Oh oui, pourquoi passer son temps à flirter alors qu'on peut simplement boire le sang ! Tu salis les draps ! Je n'ai pas beaucoup de sang à te donner, alors il serait préférable que tu arrêtes. Sinon je risque de te détester. Veux-tu vraiment voir mon âme promise à un autre démon ? » Je le repoussai avec peine, mes longs cheveux étant coincés sous mes bras, qui eux-mêmes étaient piégés sous les siens. Je ne pouvais ainsi bouger la tête.
« Si vous le pouviez, ne l'auriez-vous pas déjà fait ? Vous m'avez amené à croire que vous m'aviez choisi pour une raison. » Il s'arrêta temporairement de parler.
« J'étais juste intéressée par le petit co- jeune maître. La misère aime la compagnie Sebassy, ne le sais-tu pas ? » Je soupirai de nouveau, complétement à la merci d'un démon affamé. Eh bien, je suppose que c'est ce que je mérite pour l'avoir défié sans cesse.
Soudainement, j'entendis un bruit derrière ma porte, et Sebastian se retira lentement et à contrecœur pour regarder autour de lui. Un autre bruit raisonna, suivi d'un bruit de fracas. Le démon se lécha les lèvres, nettoyant l'excès de sang. Une goute s'échappa du coin de sa bouche pour venir s'écraser sur ma joue, et il se baissa de nouveau pour la recueillir avec sa langue.
« On dirait bien qu'on a de la compagnie. S'en ai presque malheureux de s'arrêter ainsi, mais j'attendrai votre riposte avec impatience. » murmura-t-il, tournant la tête au dernier moment pour m'embrasser de nouveau la peau du cou.
« Est-ce donc ce que tu vas faire à chaque fois ? C'est plutôt troublant. » Je prenais une grande inspiration alors qu'il sautait facilement du lit, frottant mon cou de ma manche puis léchant le dos de ma main pour frotter ma joue, alors que Sebastian ouvrait la porte pour partir.
« Pourquoi toute cette agitation ? Ce n'est qu'un peu de sang. » Je reprenais le poignard au sol, le considérant un moment avant de le lancer dans sa tête. D'un mouvement fluide, sa main s'éleva pour l'arrêter avec deux doigts.
« Est-ce donc cela que vous allez faire à chaque fois ? C'est plutôt troublant. » Il imita mes mots, plaçant le couteau au sol.
« Eh bien, je n'y peux rien si j'ai envie d'une petite revanche après avoir donné la moitié de mon sang à un démon gourmand. »
« Reposez-vous bien, Miss. Knight. » dit-il, refermant la porte derrière lui.
« Phia ! Appelles-moi Phia ! » sifflai-je vainement à travers la porte fermée, voyant presque son sourire moqueur à travers le bois.
Je m'effondrais sur le lit, surprise de constater que les draps avaient quelque peu changés. Et bien… C'est quelque chose d'avoir un démon autour de soi. Tout est fait si rapidement.
Cette nuit, contrairement à ce que je m'attendais, je dormis paisiblement, rêvant de plumes noires tombant tout autour de moi.
