Mesdames et Messieurs les Lecteurs, voici, sans plus attendre, la suite.
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-Il en est hors de question. Ne vous en déplaise, Lieutenant, mon titre n'est pas Miss Granger, mais Capitaine Granger, et j'ai reçu de la Compagnie des lettres patentes m'autorisant à armer un navire afin de partir comme corsaire.
-La signature de vos parents sur les documents renseignés a été faussée !
-Prouvez-le.
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Hermione Granger et le Lieutenant de la Milice Royale John Prissy
…
Harry Potter marcha d'un pas résolu vers la Villa Granger, un sourire aux lèvres, tapotant au rythme d'une ballade pirate contre sa cuisse ceinte d'un pantalon noir. Il avait d'excellentes nouvelles, et tant mieux : demain, Ron rentrerait, et Hermione serait forcée à l'épouser contre leur gré.
Ou pas, d'ailleurs.
Éclatant d'un rire exalté, Harry sautilla presque jusqu'aux marches, où il se confronta, néanmoins, à un problème de taille.
Mary-Ann Granger se tenait sur le perron, lèvres serrées en une expression irritée, yeux froids dirigés sur lui, mains sur les hanches. Il décida de la saluer de manière civile, plutôt que de lui cracher ses quatre vérités au visage : il n'était pas revenu depuis le lendemain du jour où elle s'en était prise à Hermione, et aurait voulu, à dire le vrai, ne plus la revoir.
-Mrs Granger, la salua-t-il en effectuant une révérence avec sa tricorne noire. Belle journée, n'est-ce pas ?
Un sourire hypocrite vint fleurir brièvement sur les lèvres de la dame, dont les yeux restaient toutefois d'une froideur polaire :
-Effectivement. Puis-je savoir quel vent vous mène, Mr Potter ?
-Je désirerais parler à votre fille, si possible, répliqua-t-il sans se démonter. Est-elle présente ?
-Elle l'est, mais elle ne peut pas vous recevoir, décréta Mary-Ann. Son mariage est demain, quand ce cher Ronald mouillera au port, et elle se prépare actuellement.
L'idée de Hermione, essayant des robes de mariée alors qu'elle voulait fuir à toute vitesse cette responsabilité, donna à Harry l'envie de rire, mais il se retint.
-Je vois. Elle doit être extatique à l'idée d'épouser notre ami.
Mary-Ann se radoucit quelque peu.
-En effet. Cependant, je vous prierai de ne plus nous importuner, Mr Potter.
-Bien, marmonna Harry en mesurant ses autres possibilités. Je vous verrai donc au mariage.
-Vous n'êtes pas convié, répliqua d'une voix glaciale Mary-Ann.
Même en sachant que Hermione ne se marierait pas le lendemain, le sourire de Harry se fana naturellement. Il toisa Mary-Ann d'un air quelque peu menaçant.
-Je suis le meilleur ami de Ronald ainsi que de Hermione. Ronald me voudra certainement comme témoin.
-Mrs Weasley et moi-même avons déjà sélectionné des témoins, Mr Potter, et vous n'en êtes pas. Nous estimons, l'une comme l'autre, que la présence d'un corsaire dans la vie de Hermione n'est pas souhaitable. Les corsaires, en temps de paix, deviennent pirates, cela est connu. Ma fille n'a pas à avoir ce genre de fréquentations. D'autant que vous avez annulé vos propres fiançailles à Miss Lireworth...
-Queenie m'en a par ailleurs remercié, rétorqua Harry d'une voix enragée, et si j'en crois les quelques lettres amicales qu'elle m'a envoyé, elle s'est mariée l'année passée, et à un homme qui fait son bonheur mieux que je n'aurais su le faire. En tant que corsaire, je suis mandaté par le roi. S'attaquer à un corsaire revient à attaquer la puissance royale, et c'est malheureusement ce que vous faites. Je vous déconseille de poursuivre. Enfin, vous pouvez vous targuer de votre pouvoir actuel sur Hermione, en lui dictant sa conduite et ses fréquentations : lorsqu'elle sera Madame Ronald Weasley, je les visiterai régulièrement, et vous n'aurez pas votre mot à dire. Enfin, je m'excuse d'avance pour ce qu'il se passera bientôt, et je vous assure que vous aurez à ce moment-là une raison de me maudire.
Sur ces paroles qui étaient énigmatiques pour Mrs Granger, Harrry salua brièvement et sèchement, fit demi-tour sur un talon, et s'éloigna de la propriété. Il n'avait, cependant, pas dit son dernier mot.
…
-Eh ! Eh ! T'es Sarah, toi ?
Sarah regarda en direction de la voix, un tas de linge sur une hanche épaisse, et vit un petit nègre inconnu de la propriété lui faire signe. L'enfant n'avait pas dix ans, et on aurait dit qu'il venait tout juste d'être retrouvé mendiant dans un port...ce qui était le cas. Sarah jeta un bref regard au couloir, vide, puis le reporta sur la grosse plante verte d'où le gamin venait d'apparaître.
-Que fais-tu ici, enfant, siffla-t-elle. Mrs Granger interdit les nègres sur sa propriété !
-Et c'est bien elle qu'on m'a dit d'éviter, rétorqua l'enfant avec un sourire insolent. J'ai un message pour Sarah.
-C'est bien moi, rétorqua-t-elle, curieuse.
-Un Mr Harry m'a donné une grosse pièce. Je devais te trouver pour te dire que à la tombée du jour, le corsaire femme doit être au grand palmier.
-Je vois, dit lentement Sarah. Retourne voir Mr Harry, et dis-lui que je ferai mon possible.
L'enfant sourit encore, angélique, et tendit une main crasseuse dans l'espoir de recevoir encore de l'argent. Sarah se gonfla de colère, et l'enfant détala aussitôt.
-Espèce de sale petit... !
…
Hermione soupira, ferma les yeux, compta jusqu'à dix, puis les rouvrit. C'était une obligation, sans quoi elle serait obligée de gifler la femme face à elle, et ce ne serait pas bon pour elle lorsque Mary-Ann l'apprendrait.
Elle finit par ouvrir un œil, et le visage sévère de Mrs Buttock, la couturière anglaise de Spanish Town, lui apparut à nouveau. La veuve âgée la foudroya du regard, et leva le nez, hautaine :
-Et moi, je m'efforce de vous répéter, Miss, que la traîne est obligatoire pour complémenter la robe.
Hermione aurait voulu lui répondre que ce ne serait pas nécessaire, puisque lorsqu'on l'attendrait à l'autel, elle serait occupée à voguer vers Los Roques toutes voiles dehors, mais elle ne pouvait rien dire, d'autant qu'elle n'était absolument pas certaine de pouvoir échapper à ses obligations. Harry ne l'avait pas recontactée, et elle doutait fortement qu'il ait trouvé un navire...
-Ce ne sera pas nécessaire, dit-elle lentement. Il s'agit d'une petite union dans l'intimité. Je ne cherche pas à impressionner le Tout-Londres, Mrs Buttock.
La dame grinça des dents, ses yeux se réduisant à deux fentes diaboliques, et Hermione se demanda ironiquement ce que Mrs Buttock ferait si elle continuait à refuser d'être pomponnée de la sorte. Hermione trouvait, à la vérité, l'énorme robe blanche couverte de rubans de mauvais goût complètement ridicule. Toutefois, avant que Mrs Buttock puisse l'attacher au montant d'un lit et lui imposer la traîne de force- cinq mètres, rien que cela!- l'on frappa à la porte, et Sarah entra, baissant respectueusement la tête devant la couturière mais jetant un regard entendu à Hermione.
-Mrs Buttock, dit alors la jeune femme, cela ira pour l'heure. Puis-je demander à un valet de vous conduire auprès de ma mère afin de vous désaltérer ? Nous avons toutes deux besoin d'un instant de pause.
Mrs Buttock hocha sèchement la tête, et sortit hargneusement de la chambre de la future mariée, folle de rage. Hermione soupira longuement, puis se tourna vers Sarah.
-Merci, Sarah. Tu me sauves. Encore une minute avec elle, et je l'enfermais dans mon armoire afin de ne plus l'affronter.
Sarah lui offrit un petit sourire compatissant, mais répliqua,
-Je vous apporte un message de Mr Harry, maîtresse.
-Oh !
Hermione, oubliant qu'elle était couverte d'aiguilles et de tissus, sauta à bas de l'estrade improvisée sur laquelle elle se tenait et se précipita vers l'esclave, lui attrapant les mains et les serrant :
-Parle, je te prie !
-Ah ! Il a demandé à ce que vous soyez au grand palmier à la tombée du jour.
-Je vois, dit lentement Hermione. La tombée du jour, après le dîner...et le grand palmier, celui qui marque la sortie du domaine, je suppose.
Sarah ne répondit rien, se contentant de la regarder. Hermione s'en détourna, pensive, et se mordilla la lèvre, se tordant les mains.
-Je demanderai à me retirer tôt, après le dîner, afin de me reposer pour demain, décréta-t-elle. Nous sortirons d'ici à la tombée du jour, et nous rejoindrons Harry au grand palmier. Est-ce entendu ?
-Oui, maîtresse, acquiesça Sarah d'une voix apaisante. Je ferai occuper Madame votre mère par une autre esclave. Nous trouverons un prétexte.
-Merci, Sarah, sourit doucement Hermione. Tu as été une excellente amie et une bonne nourrice.
-C'était mon plaisir, maîtresse. Ah, Dieu sait si vous avez été comme une fille pour moi !
La mulâtresse se détourna, larmes aux yeux, pour les essuyer dans son calicot, et la jeune femme sourit. Elle-même était extrêmement peinée de quitter l'esclave, même si aux yeux de Hermione, Sarah ne lui avait jamais appartenu : contrairement à sa mère, elle n'estimait pas que tout ce qui n'était pas d'une blancheur immaculée ne valait rien. Sarah était véritablement une amie.
Elle eut, soudainement, envie de pleurer à son tour.
…
-Du rhum, des femmes et de la bière nom de Dieu ! Un accordéon, pour valser tant qu'on veut ! Du rhum, des femmes, c'est ça qui rend heureux ! Que le Diable nous emporte, on n'a rien trouvé de mieux ! Oho !
Harry roula des yeux alors que Dean paradait le long du chemin de pierres blanches menant à la Villa Granger, dans les hauteurs. Afin de ne pas être repéré par la terrible Mary-Ann, il avait choisi de laisser la diligence à la sortie de Spanish Town, et Dean l'accompagnait afin de servir de guet.
-Dean, cela suffit, dit-il d'une voix forte, ne parvenant néanmoins pas à cacher son sourire.
-Oh, laisse-le tranquille. Nous allons libérer le Capitaine Granger, chansonna une voix à la droite de Harry.
Dean leva sa bouteille de rhum vers le ciel, imitation ridicule d'un prophète faussement mystérieux, et déclama :
-Tonks a raison ! Hourra ! Vive Tonks ! Vive la corsaire Hermione Granger ! Vive notre Capitaine, Harry Potter !
-J'aurais mieux fait de te laisser au port, râla Harry en pressant le pas. Tu vas nous faire repérer par tout ce qui se trouve à cinq miles alentour. J'espère au moins que tu n'étais pas ivre lorsque vous avez tout mis en place pour notre échappée sauvage.
-Même s'il l'était, répondit Tonks, j'étais sobre, moi. Tout est prêt, Harry. Les équipages n'attendent plus que nous pour se diriger vers le large en secouant des mouchoirs d'adieu au nez de Mrs Granger.
Harry sourit à Tonks. Depuis trois semaines, il s'était démené comme un beau diable pour trouver un navire et un équipage à Hermione, et il y était parvenu. L'une des tâches les plus compliquées de sa quête avait été de trouver un quartier-maître digne d'une confiance inébranlable pour Hermione. Dean lui avait conseillé une jeune femme, anglaise de naissance, fille de nobles désargentés venus aux Amériques dans l'espoir de s'y enrichir, comme tant d'autres. Ils étaient morts lorsque leur fille avait douze ans. Depuis, elle s'était débrouillée, se déguisant en homme pour monter à bord de navires marchands ou pirates, sillonnant les eaux afin de pouvoir survivre. Dean, se trouvant dans le même cas qu'elle, l'avait rencontrée à plusieurs reprises. Ils s'entendaient à la perfection, aussi lorsque Harry avait exposé sa problématique à Dean, celui-ci lui avait immédiatement conseillé son amie.
C'était Nymphadora Tonks, qui détestait son prénom.
Harry, qui ne pensait pas qu'une femme à bord porte malheur, avait mis la jeune femme à l'essai sur le Red Phoenix, le long des côtes, et s'avouait impressionné. D'une dizaine d'années leur aînée, Tonks était débrouillarde, douée pour la navigation, et une excellente personne. Sans peur, elle était maladroite, mais profondément attachante, et connaissait les Caraïbes comme sa poche. Malgré son caractère explosif, elle était le plus souvent de très bonne humeur, aimant blaguer et remonter le moral de chacun, devenant une épaule sur laquelle s'appuyer et une confidente exceptionnelle. Sa joie de vivre et son pragmatisme avaient séduit l'équipage de Harry en très peu de temps, et lorsque celui-ci avait assuré qu'elle voguerait en assumant sa féminité, et sous les ordres d'une femme et amie à lui, elle avait été aux anges et avait signé immédiatement pour une durée indéterminée.
Ils arrivèrent tous les trois au grand palmier démarquant l'entrée de la propriété Granger, et se cachèrent derrière quelques buissons épars qui longeaient les barrières de bois blanc. Tonks siffla tout bas en posant son postérieur sur le sol terreux sans plus de façons.
-Tu ne m'avais pas dit que notre Capitaine était une dame, déclara-t-elle.
-Une demoiselle, corrigea Harry. Et c'est justement pour qu'elle ne devienne pas une dame que nous prenons le large ce soir.
-Aïe. Mariage arrangé ?
-Aye, mais ne te fais pas d'illusions. Le fiancé est mon meilleur ami, et ils sont très amoureux. Seulement, Hermione a horreur qu'on lui dicte sa conduite, et elle veut aider à éradiquer la menace pirate.
-Je vois, dit simplement Tonks.
Elle saisit la bouteille de rhum d'entre les mains de Dean, en avala une goulée impressionnante, s'essuya la bouche du revers de la main et rota.
-Charmant, Tonks, s'esclaffa Harry. Même Ron, le fiancé, a plus de manières de table que toi, et ce n'est pas peu dire.
-Je ne navigue pas sous tes ordres ou sous ceux de Ronnikins, rétorqua Tonks avec un sarcasme mordant. Je navigue sous le Capitaine Granger.
Dean arracha la bouteille à son amie et la téta un moment avant de dire,
-Moi, je ne naviguerai sous personne d'autre que le Capitaine Potter. J'en suis fier.
-Et moi je suis fière de naviguer pour Hermione Granger, là.
-Tu ne la connais même pas.
-Mais cela ne tardera pas. D'après les descriptions de Harry, je sens qu'on va s'entendre. Je l'aime déjà.
-Mais...
-Arrêtez, vous deux, soupira Harry en se massant les tempes.
…
Mr Granger sourit en se frottant les mains tandis que les fruits arrivaient sur la table. Il se saisit délicatement de plusieurs tranches de goyave, et se tourna vers Hermione.
-Alors, ma fille ? Heureuse d'épouser ton cher Ronald ?
Hermione, qui avait jusque là les yeux fixés sur le soleil dehors qui n'allait pas tarder à se coucher, revint brutalement à elle. Sa mère la dévisageait avec suspicion, et son père souriait avec innocence. Hermione se demanda distraitement si Mary-Ann savait ce qu'ils préparaient, Harry et elle.
-J'en suis ravie, père, déclara-t-elle avec le plus de sincérité possible. Par ailleurs, si cela ne vous dérange pas, je ne tarderai pas à me retirer. Je souhaite être en pleine forme pour la cérémonie.
-Je t'autorise à te retirer dès maintenant, si tu le veux, dit Mr Granger.
-Je vous en remercie. Cependant, si vous le voulez bien, j'ai une requête à vous soumettre.
-Parle, ma fille.
-J'aimerais, comme cadeau de mariage, vous demander l'autorisation de libérer tous les esclaves à mon service.
Richard caressa sa barbe lentement, pensif, tandis que la mâchoire de son épouse se contractait d'agacement.
-Tu as six esclaves, calcula le père de famille. Es-tu certaine de vouloir tous les libérer ? J'aurais cru que, du moins, tu voudrais amener Sarah dans ta nouvelle demeure, avec toi.
-Certes, ils m'ont bien servi, la plupart d'entre eux depuis que nous sommes arrivés ici, à la Jamaïque. Ils ont mérité leur liberté. Je pourrai m'acheter de nouveaux esclaves au marché, ce n'est pas ce qui manque.
-Fort bien, acquiesça finalement Richard Granger. Tu as notre autorisation. Toi, là ! Va chercher les esclaves de ma fille, et amène-les ici.
Le mulâtre hélé, qui servait le vin, hocha la tête et s'éloigna, silencieux.
La libération fut un moment fort en émotions. Trois des six esclaves purent partir dès le soir-même, et les trois derniers partiraient après le mariage, y compris Sarah, qui pleura plus que les autres encore. Enfin, Hermione se retira avec Sarah, alors que dehors, le soleil commençait sa lente descente.
Mary-Ann posa brusquement ses couverts sur la table dès que sa fille fut sortie, et fixa son mari avec mécontentement.
-Elle prépare quelque chose, j'en mettrai ma main au feu.
Richard se contenta de hausser un sourcil sans même la regarder, choisissant plutôt d'éplucher une pêche juteuse avec son couteau.
-Je te souhaite bien du courage à mettre ta main au feu, répliqua-t-il sèchement. Au moins, la chaleur cautérise. Et Dieu sait si tu auras besoin de soins lorsque tu perdras ta main, femme.
-Ne fais pas l'imbécile, siffla-t-elle. Et cesse donc de la défendre, Richard, pour l'amour du Christ ! Je suis ta femme !
-Et elle est ma fille. Je pourrai sans doute me passer de mon épouse arrangée, mais pas du fruit de mes entrailles, rétorqua Richard en la fixant droit dans les yeux. C'est ta fille aussi, Mary. Je ne comprends pas pourquoi tu profites de chaque occasion possible pour la soupçonner de tous les maux.
Mary-Ann plissa les lèvres, tentant de retenir ses larmes. Voilà la raison pour laquelle elle aimait si peu sa fille. Elle n'avait jamais fait part de la relation entre père et fille, si solide et aimante. Elle était le troisième parti indésirable de la famille.
-Et pourtant, cette fois, tu vas m'écouter, Richard, l'attaqua-t-elle. Hermione ne veut pas épouser Ronald...
-Ils sont amoureux, évidemment qu'elle veut l'épouser. Où vas-tu chercher cela ?
-Elle ne veut pas d'un petit mariage précipité à la chapelle du domaine...
-Cela se comprend, mais ce n'est pas pour autant qu'elle prépare quoi que ce soit. Et que voudrais-tu qu'elle fasse, au juste ? Fuir ? Se révolter ? Elle m'avait l'air soumise à son sort, tout à l'heure.
-Un peu trop soumise d'ailleurs ! Ce n'est pas naturel !
Richard jeta son noyau de pêche dans son assiette et essuya ses doigts sur une serviette, profondément irrité.
-Cela suffit, Mary. Si cela te rassure, poste des esclaves pour garder sa porte, fais des tours de surveillance sur le domaine, que sais-je. Mais cesse immédiatement cette folie puérile et indigne de toi.
Les larmes aux yeux, Mary-Ann dévisagea son mari des yeux.
-M'aimes-tu, Richard ?
-Je t'ai aimé, en effet, murmura-t-il d'une voix lointaine.
Mary-Ann tritura nerveusement sa serviette, posée sur ses genoux.
-Alors, qu'est-ce qui a changé ?
-Le temps a passé. Nous avons changé, Mary, rien d'autre.
-On dit que tu as une maîtresse dans une petite casa à l'intérieur des terres. Une mulâtresse. Est-ce vrai, Richard ?
Richard Granger se figea, détourna les yeux, pianota brièvement des doigts contre la table. Coupable. Le cœur de sa femme était pris dans un étau violent, et un sanglot lui déchira les poumons sans passer la barrière scellée de ses lèvres. Les larmes coulèrent enfin. Elle avait la confirmation de ce qu'elle avait toujours redouté. Elle était l'élément indésirable au sein du clan Granger.
Enfin, son mari la regarda, visage creusé par la fatigue et la lassitude, mais ses yeux ne recelaient pas une once de regret.
-Je t'ai aimé, répéta-t-il. Au passé. Pour les débuts de notre mariage. Pour la fille merveilleuse que nous avons. Pour tes qualités. Mais à la fin, Mary, l'amour s'est fané. Tes défauts nous ont tué, ont enseveli notre couple. Prudence est fraîche, et douce. Elle me change de ton austérité digne de l'Inquisition.
-Je t'aime, moi, chuchota-t-elle en baissant les yeux sur la nappe, confuse.
-J'en suis désolé.
Il se leva, jeta sa serviette sur la table et s'éloigna d'une démarche raide. Il n'était pas désolé du tout. Mary-Ann fondit alors en sanglots bruyants.
…
-Êtes-vous prête, maîtresse ?
-Je le suis, déclara Hermione.
La jeune femme était pâle, et promenait un regard mélancolique sur les murs de la chambre qui avait été sienne durant dix-huit années. Elle se laissa déshabiller par Sarah, puis enfila une robe rouge bordeaux plus discrète, ainsi que ses plus petits talons, et enfila à son cou un collier d'or blanc orné d'une petite croix de diamants, qu'elle avait reçu à son baptême quelques jours après sa naissance et qui lui était précieux. Un bref regard au ciel lui signifiait qu'elle avait peu de temps pour rejoindre Harry au palmier. Hermione déposa alors une enveloppe blanche sur son lit, le nom de Ronald dessus dans sa calligraphie élégante.
Elle souffla, essuya ses mains moites sur les plis de son jupon, puis dit d'une voix calme loin de trahir son tumulte intérieur :
-Allons-y.
Sarah ramassa son maigre baluchon et ouvrit la porte-fenêtre. Hermione en sortit, suivie par l'ancienne esclave, et elles guettèrent un moment au cas où l'on viendrait à passer par là. Ne voyant personne, Hermione murmura,
-Cours.
L'instant d'après, elles filaient à toute vitesse à travers la propriété assombrie, manquant de se rompre les jambes contre la pelouse sèche. En une poignée de minutes, elles furent parvenues au palmier. Sarah surveilla attentivement la propriété : pas de signe de vie.
Hermione regarda autour d'elle, et un bruit à sa droite l'attira. Elle recula d'un pas, méfiante, puis soupira de contentement lorsque Harry sortit de derrière un buisson sec. Elle courut jusqu'à lui et il la serra dans ses bras.
-Te voilà enfin, murmura-t-il. Nous nous demandions quand tu allais venir.
-Nous ?
Elle jeta un œil par-dessus l'épaule de son ami et vit deux personnes. Harry, néanmoins, la saisit par une main et dit,
-Allons-y. Nous ne devons pas tarder.
Hermione hocha la tête et se tourna vers Sarah qui les surveillait, larmes aux yeux. En un geste, elle fut dans les bras de la mulâtresse, et marmonna contre la joue de son ancienne esclave favorite :
-Adieu, Sarah. Que Dieu te garde.
-Au revoir, ma petite maîtresse, répondit Sarah doucement. Mr Harry, prenez bien soin d'elle.
-Entendu, sourit-il. Allons-y.
Sarah s'éloigna dans la nuit, et Harry saisit la main de Hermione pour la tirer derrière lui. Un instant plus tard, quatre silhouettes couraient le long du chemin blanc vers la ville et la diligence.
…
Seule. Elle était seule.
Mary-Ann s'entortilla les mains, joues striées de larmes. Hermione allait partir dès le lendemain dans sa propre maison, et son mari continuerait à fréquenter sa maîtresse Prudence, sans plus se soucier d'elle.
À presque cinquante années, que lui restait-il, sinon ses regrets ?
Encore une fois, Richard désertait la chambre conjugale. Il était certainement parti à cheval passer la nuit chez son amante. Mary-Ann renifla.
Elle n'était pas prête à affronter la solitude. Elle savait que sa fille l'aimait, malgré ce qu'elle lui avait dit l'autre jour : peut-être que Hermione lui pardonnerait ses paroles et consentirait à venir la voir après son union au jeune Ronald ?
Oui, elle devait se réconcilier avec sa fille, étant donné que son mari ne lui offrait plus d'espoir.
Décidée, la mère se leva de son lit et se dirigea, bougie en main, vers la chambre de la jeune femme. Elle frappa à la porte, certaine que Hermione n'était pas encore couchée, et ne reçut pas de réponse. Fronçant les sourcils, elle ouvrit alors la porte, et ce qu'elle vit lui broya le cœur.
La porte-fenêtre était ouverte, claquant doucement au gré du vent marin, et les vêtements de Hermione avaient été abandonnés hâtivement au sol. Sur le lit fait, une lettre au nom de Ronald l'attendait. Ni Hermione, ni Sarah n'étaient là : une pensée étrange fit rire nerveusement Mary-Ann. Au moins son époux ne pourrait plus lui reprocher d'accuser à tort l'insupportable enfant de comploter contre son mariage : elle était partie.
Partie. Le mot percuta avec la force d'un canon pirate, et Mrs Granger lâcha un hurlement qui attira aussitôt plusieurs esclaves :
-Où est ma fille, hurla-t-elle. Où est sa mulâtresse ?
-Nous n'en savons rien, maîtresse, déclara une jeune mulâtresse apeurée. Elles sont entrées dans la chambre de la petite maîtresse et n'en sont pas ressorties !
-Qu'on envoie un message à mon époux, chez sa...maîtresse, Prudence ! Qu'on lui dise que Hermione a disparu. Appelez la milice royale, qu'on la recherche ! Et vous, sales races, allez à pied à travers le domaine et jusqu'à la ville, trouvez-la et ramenez-la ! Je veux également la mulâtresse Sarah en vie !
…
La diligence arriva au port dans un bruit démoniaque de roues cerclées de fer et de claquements des sabots contre les pavés. Néanmoins, la diligence ne s'arrêta pas là, et le cocher fouetta les quatre alezans afin qu'ils montent sur un quai d'amarrage, le bois grinçant de manière menaçante sous le poids de l'attelage.
Quatre personnes en descendirent, et Harry sourit en prenant Hermione par la main. Il lui montra sa barque, fièrement dressée dans les derniers rayons du soleil mourant, et déclara d'une voix dramatique,
-Tu connais mon autre meilleur ami, le Red Phoenix, je crois ?
Elle rit doucement,
-En effet.
-Je te présente donc mon quartier-maître, Dean Thomas.
Hermione reporta son regard sur le jeune quarteron qui l'avait aidée à monter dans la diligence. Il avait un joli visage café au lait et une mine malicieuse, comme un enfant sur le point de faire une bêtise, et semblait sympathique.
-Bonjour, Dean.
-Honneur de connaître les amies du Capitaine, Mam'zelle, répliqua-t-il avec un sourire doux.
-Et voici donc Nymphadora Tonks, le quartier-maître que je t'ai dénichée. Testée et approuvée par mes soins. Mais appelle-la Tonks, elle déteste son prénom.
-Toi aussi, tu détesterais ton prénom si ta mère avait estimé bon de t'appeler Nymphadora, rétorqua celle-ci.
Tonks était un personnage agréable et joyeux. Petite, mince et tonifiée, avec un visage en cœur, de grands yeux vert clair et une chevelure courte brun souris, elle semblait discrète, ce qui était démenti par la place qu'elle occupait en bougeant en permanence.
-Je suis fière de naviguer sous vos ordres, Capitaine, se réjouit Tonks avec un salut militaire raté.
Hermione éclata de rire. Elle aimait déjà la pétillante jeune femme, d'une dizaine d'années son aînée.
-Tu auras le temps de rencontrer ton équipage plus tard, affirma Harry, pour l'heure nous devons y aller.
-Et mon navire ?
-J'avais peur que tu aies des ennuis pour sortir du port en cas de fuite précipitée, vu que tu ne sais pas naviguer. Cependant, ton navire t'attend avec ton équipage à Los Roques. Nous irons avec le Red Phoenix.
Hermione hocha la tête, et ils approchèrent de la barque. Harry siffla trois fois, et un moment plus tard, une passerelle descendit de son navire et vint heurter sèchement le quai. Dean et Harry échangèrent un grand sourire, et l'instant d'après, ils couraient en luttant l'un contre l'autre pour être le premier à monter à bord. Hermione roula des yeux. Elle avait l'impression de voir Harry et Ron, à dix ans, se battant pour la dernière tartine au miel.
-Surtout, ils ne laisseraient pas les dames monter en premier, n'est-ce pas ? grommela Tonks en tapant du pied.
-J'ai grandi avec Harry. Le moins que l'on puisse dire, c'est qu'en vingt années de vie, il n'a pas changé.
-Je veux bien vous croire, Capitaine !
-S'il te plait, Tonks. Entre nous, nous serons sûrement les deux seules femmes à bord de mon navire, alors tutoyons-nous et appelons-nous par nos prénoms. Gardons les « Capitaine » et autres joyeusetés pour les moments où nous serons avec l'équipage.
-Moi, cela me va, acquiesça Tonks avec un sourire.
-Dis-moi, Tonks. Est-ce que l'équipage sera mécontent de servir sous une femme ?
-Pas sous toi, en tout cas, répliqua Tonks.
Elles regardèrent Harry gagner la lutte et monter le premier à bord, remuant excessivement ses fesses pour moquer Dean, dépité, qui le suivit.
-Harry Potter est une légende au sein des marins, ma chère. Certains murmurent que si Lord Voldemort devait prendre la mer, Harry serait le seul à pouvoir le vaincre. Il est très doué et représente, pour tous les marins, une chance incroyable. Notre espoir, si tu veux. Aussi, lorsqu'il clame qu'un ou une telle ferait un bon Capitaine et marin, on l'écoute religieusement. Étant donné que Harry t'a introduit dans le milieu, tes hommes vont te vénérer. Évidemment, il faudra de bons résultats contre les pirates à la longue, mais tu ne crains pas de mutinerie le temps que tu apprends la mer.
Hermione hocha la tête, et monta à bord, suivie de Tonks.
À bord, l'équipage de Harry, composé d'une bonne soixantaine d'hommes, était agglutiné sur le pont, tandis que Harry se tenait accoudé tranquillement contre le montant de la coque. Dean, lui, se tenait près de son ami, prêt à se lancer. Tonks, pareille à un singe, monta immédiatement le long de fils et de cordages, prête à déferler les voiles, et Hermione rosit en sentant les regards sur elle, certains appréciateurs.
-Sommes-nous prêts à reprendre la mer, Messieurs ? hurla Harry.
La réponse vint aussitôt, comme un seul homme, impressionnant Hermione.
-Aye, Capitaine !
-Sommes-nous prêts à aller couler du navire pirate ?
-Aye, Capitaine !
-Sommes-nous prêts à aller venger les nôtres de ces coupe-gorge ?
-Aye, Capitaine !
-Bien ! Nous devons quitter le port le plus rapidement possible. Cap sur les îles de Los Roques ! Chacun à son poste ! Déferlez les voiles ! Parez à appareiller ! Bougez-vous les fesses, mes forbans ! Morbleu ! Prenons l'amure de tribord, nous aurons le vent en poupe en quittant le port ! Allez, mes garçons ! Remontez l'ancre !
Harry fila prendre la barre, et Dean alla d'homme à homme, les encourageant, les hélant, donnant des ordres au nom du Capitaine. L'ancre fut remonté, les voiles mises au vent, et alors que la barque avançait timidement dans l'eau, après plusieurs longues minutes de manœuvres, un bruit fracassant attira leur attention.
Une trentaine de chevaux montés arrivaient au galop rassemblé sur le quai, alors que les militaires les montant hurlaient à l'attention du Red Phoenix. Hermione reconnut vaguement le Lieutenant John Prissy, agent de la police de Spanish Town, en tête, qui hurla,
-Halte-là, le bateau ! Corsaire Potter, ce navire doit être fouillé !
Harry laissa le gouvernail à Dean et s'approcha de la coque, souriant avec insolence.
-En quel honneur, Lieutenant ?
-Miss Granger a disparu, et ses tuteurs et parents ont toutes les raisons de croire qu'elle fuit de Spanish Town à bord de votre navire ! Larguez les amarres, Potter, je ne me répéterai pas !
-Voyons voir...
Harry se tourna vers Hermione, et les regards des militaires se dirigèrent vers la jeune femme.
-Hermione, veux-tu descendre ?
-Il en est hors de question, déclara-t-elle d'une voix forte. Ne vous en déplaise, Lieutenant, mon titre n'est pas Miss Granger, mais Capitaine Granger, et j'ai reçu de la Compagnie des lettres patentes m'autorisant à armer un navire afin de partir comme corsaire.
-La signature de vos parents sur les documents renseignés a été faussée !
-Prouvez-le, lança-t-elle.
-J'en suis navré, déclara Prissy, mais c'est de mon devoir...Messieurs, à l'abordage !
Les militaires sautèrent aussitôt à bas de leurs chevaux pour se diriger au pas de course vers le navire mouillant à côté du Red Phoenix. Harry ricana.
-Je vous conseille de rappeler vos hommes, Lieutenant. Je m'en voudrais de blesser quelqu'un.
-Si vous attaquez mes hommes, Potter, vous vous rendez coupable de...
-De rien du tout, l'interrompit Harry sèchement. Vous, en revanche, Lieutenant, en attaquant un navire corsaire, vous attaquez l'autorité du roi Albus directement !
Prissy souffla par les narines, et Harry et Hermione s'en détournèrent. De l'autre côté du navire, les militaires sautaient déjà sur le Red Phoenix depuis le pont du navire voisin. Ils étaient aussitôt rencontrés par les marins de Harry, qui les repoussaient à l'aide de leurs épées et fleurons, ne cherchant pas à tuer mais seulement à les renvoyer par-dessus bord, éclatant de rire lorsque l'un d'entre eux atterrissait dans l'eau. La barque avançait toujours, prenant doucement le vent. Hermione regarda, fascinée, les marins combattre doucement les militaires. Ils étaient clairement entraînés pour cela. Et ils aimaient cela de même. Défendre leur navire, qui était à la fois leur transport, leur maison et leur ami. Repousser l'attaquant. En rire.
Elle se prit à les envier. Ils affichaient librement ce pour quoi ils se battaient, et l'aidaient, elle, simplement parce qu'un homme, auquel ils confiaient leurs vies aveuglément, leur en avait donné l'ordre.
Elle voulait ce genre de relations avec son équipage. Une confiance aveugle, de chaque instant.
Finalement, un grand marin malingre jeta, d'un coup de pied au sternum, le dernier adversaire à la baille, et l'équipe partit d'un grand « hourra ». Le Red Phoenix glissa élégamment hors du quai, prenant de la vitesse plus rapidement à présent, et Harry se retourna vers le Lieutenant furieux à quai, saluant de sa tricorne avec un sourire moqueur.
-Au revoir, Monsieur le policier, appela-t-il d'une voix railleuse. Nous ne reviendrons pas mouiller à Spanish Town avant quelques bons mois. D'ici là, je vous salue !
L'équipage éclata d'un rire tonitruant et Hermione, exaltée par l'action, se prit à rire de même. Harry aboya quelques ordres à ses hommes, décocha un sourire éclatant à son amie, et elle se détourna, tandis que le Red Phoenix quittait le port. Le vent dans ses cheveux, le sel marin lui arrosant le visage, les vagues tièdes caressant la coque du navire.
Non, elle n'avait rien à regretter.
…
Hermione regarda attentivement les premières îles de l'archipel de Los Roques se dessiner à l'horizon, les cimes des arbres tropicaux fendant le bleu du ciel, qui se mêlait au bleu turquoise de la mer en un fantasme visuel. Les fines bandes de sable blanc et fin, faisant guise de plage, appelaient à débarquer afin de s'y ébattre, seul dans cette immensité sauvage et lyrique.
Le Red Phoenix, avec le très habile Harry Potter au gouvernail, glissait entre les îlots, parfois seulement séparés d'un fin bras de mer que l'on pourrait traverser à la nage avec de l'entraînement. Sous la quille qui fendait les flots, Hermione pouvait discerner le fond de sable, et elle était certaine que par endroits, le fond du navire frôlait le sable. De temps à autre, des bancs de poissons colorés filaient devant le Red Phoenix, ouvrant un chemin paisible.
-Quelle magnificence, murmura-t-elle.
-Crois-moi, tout est trompeur, répliqua la voix de Tonks à côté d'elle. Sur ces îles vivent des sauvages qui dévorent les malheureux marins qui oseraient y mouiller.
Hermione frissonna.
-Des cannibales ?
-Aye, confirma Tonks. Une fois, je naviguais sur un schooner, le Rogue Kid, sous les ordres du Capitaine John Cole dit le Limpide, à cause de la couleur de ses yeux. Nous avons mouillé au large et un canot de dix s'est approché afin de remplir nos réserves d'eau douce. Ne les voyant pas revenir, le Limpide a envoyé un second canot, et ces marins-là sont revenus totalement paniqués, déclarant que des indigènes nus et peints faisaient rôtir nos chers collègues à la broche, sur une plage...
-Quelle horreur. Dis-moi, Tonks, tu as navigué sous combien de Capitaines ?
-Sept pirates, dont Cole, six corsaires, trois navires marchands depuis dix-huit années. Ah, oui, et j'ai servi sur ce temps-là quatre ans aux galères d'Afrique, pour m'être déguisée en homme afin d'accéder à la vie marine.
-Quatre ans ? Mais l'espérance de vie est de...
-Huit mois, oui. Que veux-tu, entre le travail forcé, les maladies, la promiscuité, le fouet et les rations dégoûtantes...
-Mais alors...
-Alors, cela arrangeait bien les attentes du Capitaine d'avoir une femme à bord, dit Tonks d'une voix étrangement amère.
Hermione ne comprit pas. Tonks s'éloigna, et la jeune fille innocente y songea un moment, avant d'écarquiller les yeux et de s'agripper le cœur.
-Oh, mon Dieu...
Elle eut envie de rendre son repas par-dessus bord, mais la voix de Harry résonna à travers le pont :
-Préparez à jeter l'ancre, mes garçons, et du nerf ! Nous arrivons...
Un moment plus tard, un canot descendait le long du flanc du navire, avec, dedans, Harry, Hermione, Dean et Tonks.
-Je ne vois pas de navire, décréta Hermione confuse.
-Il se trouve derrière cet îlot, répondit Harry tandis que lui et Dean ramaient. Ouvre grand les yeux, nous arrivons.
Les deux jeunes femmes piaffaient d'impatience, et le petit canot fit lentement le tour de l'îlot, révélant un navire mouillant au large. Tonks soupira rêveusement en murmurant à elle-même à quel point il était splendide, et la bouche de Hermione s'ouvrit alors que son cœur s'arrêtait de battre.
-Je te présente ton navire, Hermione. Le très désiré et très admiré Golden Lion...
Le Golden Lion était un sloop de toute beauté. Son bois était étonnamment verni de rouge, lui conférant une certaine douceur et à la fois de l'agressivité, et un lion doré cambré était peint sur la coque. Les voiles blancs étaient arrimés. L'Union Jack flottait au gré du vent. Elle inspira vivement tandis que son ami donnait les détails, la regardant découvrir avec émotion sa nouvelle demeure :
-C'est un sloop, un navire particulièrement adapté aux Caraïbes et extrêmement recherché, par les pirates comme par les corsaires, pour sa petite taille, sa rapidité célèbre et son impressionnante maniabilité... J'ai eu une chance incroyable de trouver cette petite perle. Navire léger, de petite taille, à un seul mât et un foc. Un seul pont également, mais tu as de la chance : celui-ci a un château ponté...tu auras un équipage de quarante hommes, et quinze canons. Le Golden Lion fait soixante pieds, soit dix-huit mètres, pour un poids de quatre-vingt-dix tonnes...sa vitesse de croisière maximale enregistrée était de dix nœuds, ou presque dix-neuf kilomètres par heure...un vrai bijou. Je l'ai acheté à un déserteur de Voldemort...il voulait saborder son navire, cet imbécile...du coup, je l'ai racheté et refait.
Les larmes montèrent aux yeux de Hermione tandis qu'elle contemplait son navire. Son navire. Le Golden Lion. Elle l'aimait déjà.
Soudain, elle comprit pourquoi les marins, et surtout les Capitaines, se disaient amoureux de leur navire. C'était un coup de foudre, au premier coup d'œil. Le navire s'était ancré en elle, et elle était prête à faire confiance au sloop comme à elle-même pour la mener au bout du monde...et pour en revenir.
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Et voilà pour ce chapitre, en espérant qu'il vous a plu.
Si vous avez des questions, ou désirez plus d'informations sur telle ou telle chose, demandez-moi par PM ou review.
Alors ? Que pensez-vous de ce chapitre ? Est-ce que vous comprenez un peu mieux les sentiments de Mary-Ann vis-à-vis de sa fille ? Beaucoup d'entre vous aviez décrété que Mr Granger semblait sympathique, que pensez-vous de lui à présent ? Nous ne verrons plus les parents de Hermione avant la fin du tome et je rappelle qu'ils ont un rôle très important dans le tome II en tant qu'antagonistes.
Que pensez-vous de la relation fraternelle entre Harry et Hermione ? De Dean ? De Tonks ? De la relation Tonks/Hermione ? Que croyez-vous qu'il va se passer à présent ?
Dans le prochain chapitre, une bataille conséquente, un homme à tête de serpent, une femme cruelle, et des conversations sérieuses.
N'oubliez pas de reviewer! Cela influence l'inspiration et l'envie de plaire de l'auteur!
