Tadaaaam ! Voici la suite, le fameux chapitre de la RENCONTRE. Sans plus attendre, Mesdames et Messieurs, bonne lecture !
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-J'épargne ta vie, et c'est de la sorte que tu nous remercies ?
-Alors, vas-y, qu'attends-tu ? Tue-moi, sois un homme.
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Draco Malefoy et Hermione Granger.
…
La ville de Port Royal était un lieu étonnant et le paradis dangereux de tout pirate, flibustier ou boucanier des Caraïbes. Siège des forces militaires britanniques, elle était dotée d'impressionnants remparts, tandis que les habitations luxueuses des plus riches et le gouvernement se centraient à Spanish Town, non loin de là. La ville vivait de commerce essentiellement, de pêche ensuite et d'artisanat enfin, et la tolérance anglaise permettait à nombre de pirates d'y amarrer, car ils pensaient, non sans raison, que les pirates et autres corsaires permettraient à la Jamaïque de s'enrichir, et cela devint rapidement le cas. Tandis que Français et Espagnols combattaient de tout cœur les brigands maritimes, les Anglais, en les accueillant, s'assuraient de faire de Port Royal, et donc de la Jamaïque, et donc de l'Angleterre, un endroit aux richesses immenses. Avec Charles Town et l'Île de la Tortue, Port Royal formait un triangle terrestre de la piraterie.
Malgré cela, l'amabilité britannique n'allait pas jusqu'à laisser les pirates meurtriers de Voldemort y appareiller, mais il était si compliqué de les arrêter qu'ils n'y parvenaient guère. D'autant que si le jour, Port Royal était tout à ses habitants, la nuit, les pirates sortaient de leurs cachettes, et égorgeraient le moindre militaire ou personnage du gouvernement qui viendrait à s'y aventurer : finalement, ils parvenaient à vivre en bonne harmonie grâce à cette règle tacite.
Port Royal, en digne capitale de la piraterie, était agrémentée de tant de lupanars, de bars et d'autres charmants lieux de dépravation. Dès la nuit tombée, les flibustiers accouraient dépenser l'or de leurs prises en rhum, en femmes ou au jeu. Chaque nuit ou presque, des bagarres éclataient, sans que la milice anglaise n'intervienne de peur de concentrer sur elle la fureur des adversaires : les combats faisaient de la sorte souvent plusieurs morts, qu'on s'empressait de faire disparaître. C'était parfait pour les pirates, que cette ville composée d'un méli-mélo étrange et bigarré.
Blaise Zabini, qui arpentait actuellement les ruelles étroites de Port Royal, était furieux.
Suite à l'attaque du Serpentard par le Red Phoenix un mois plus tôt, il était revenu sur Port Royal toutes voiles dehors et faisait actuellement réparer son navire largement abîmé. Pire encore, Voldemort avait eu vent de l'attaque et en guise de conséquences avait pris une décision que Blaise n'appréciait pas, mais alors pas du tout. Il avait décidé de prostituer la mère de Blaise à ses hommes.
Depuis un mois d'amarrage à Port Royal, occupant ses jours à dormir et ses nuits à boire, Blaise attendait toujours vainement les Lestrange ou son meilleur ami, le Capitaine Draco Malefoy, sans succès : toutefois ce soir, ses marins lui avaient rapporté que le Dragon des Ténèbres venait de mouiller dans le port, et donc que Draco se trouverait à Port Royal.
En se dirigeant vers le Galion d'Or, un des bars favoris des pirates Capitaines de la ville, Blaise pressa le pas, et finit par traverser le seuil. Aussitôt, l'odeur de tabac, du sel de mer et de sueur agressa ses délicates narines, sans qu'il ne s'en offusque : dans les bars des mousses, l'odeur d'urine prédominait souvent sur tout le reste, aussi le Galion d'Or pouvait être estimé comme propre dans une certaine mesure.
La salle était bondée par des pirates de haut rang, que leurs navires soient petits ou grands, connus ou méconnus : tous étaient des hommes, et plusieurs balançaient sur leurs cuisses des filles de joie qui leur embrassaient les joues ou caressaient leurs torses en souriant et en éclatant de rire. À plusieurs tables on jouait aux dès ou aux cartes, amassant et perdant des sommes folles, fumant la pipe et se grattant les dents à l'aide de couteaux menaçants. Une jolie petite blonde potelée arriva près de Blaise et jeta ses bras autour de son cou en minaudant. Il lui sourit, charmeur, et elle fondit : il voulait bien croire que sa beauté devait changer ces demoiselles de leurs clients ordinaires.
Il produisit une piécette d'or entre ses dents, et la lui enfonça dans le corsage avant de murmurer à son oreille,
-J'ai besoin d'informations, mignonne.
Elle hocha vivement la tête, et il susurra,
-As-tu vu un Capitaine blond, grand, beau, entrer ici ?
-Difficile de le rater, surtout quand on connaît son identité, rit-elle en caressant ses hanches.
D'un petit pouce grassouillet, elle indiqua le fond de la salle.
-Là-bas.
-Merci, ma jolie.
Blaise lui tendit une poignée d'or, puis s'éloigna, laissant la fille déçue de sa perte. Repoussant les autres prostituées qui s'agglutinaient autour de lui, et saluant brièvement quelques pirates de sa connaissance, Blaise rejoignit le fond de la salle. Autour d'une table ronde, il vit Adrian Pucey, visiblement ivre, qui buvait un grog en jetant des pièces d'or sur la table, tandis qu'il jouait au pharaon. Et, dans les ténèbres, accoudé contre un pilier, bras croisés sur sa poitrine et un air d'ennui élégant sur son visage glacial et parfait, était Draco Malefoy. Une jambe le soutenait contre le pilier. Ce comportement ressemblait bien à Draco : se retirant dans les ténèbres afin de mieux contrôler, de tout surveiller. Blaise capta son regard et un rare sourire sincère se peignit brièvement sur les traits de Draco.
Blaise s'approcha, sans que Draco ne bouge. Cela ne l'étonnait pas : le blond était un dominant, poussant les autres à faire l'effort à sa place. Il méritait toutes les honneurs que Voldemort lui assénait.
A la pensée de Voldemort, Blaise se rembrunit, et s'appuya contre le mur à côté de son ami.
-Il y avait longtemps, Draco.
Sans décrocher le regard de la salle bondée et surchauffée, Draco répliqua,
-Oui. Cela fait bien un an que nous ne nous étions pas vus.
-La mer éloigne les gens. Mais je doute que tu puisses t'appliquer ce principe : tu n'es proche de personne.
C'était vrai. Malgré son attachement à sa mère ou à Blaise et Pansy, Draco demeurait tout de même glacial en leur compagnie. C'était ainsi, et personne ne pourrait y changer quoi que ce soit. Draco eut un rictus moqueur.
-Touché.
-Que viens-tu faire à Port Royal ?
-Remplir les cales de ravitaillement. J'ai des hommes à nourrir à bord.
-Quand repars-tu ?
-Dans deux, trois jours, rétorqua le blond en le regardant enfin. Et toi ?
Blaise eut un rictus de dépit et serra les poings.
-J'ai une vengeance à exécuter, et j'aimerais ton aide.
-Je vois.
Blaise Zabini pouvait se targuer d'être l'une des seules personnes au monde à laquelle Draco n'exigeait pas une contrepartie lourde pour son aide. À l'âge de quinze ans, tous deux avaient fait un pacte de sang, et en vertu de cette filiation, Draco l'aiderait, il en était convaincu.
-Harry Potter, cracha le métis, a failli couler mon navire. Je veux l'envoyer dans l'abîme des flots pour l'éternité, et pour cela, j'ai besoin de toi. Peut-être même des Lestrange.
A cette phrase, Draco ricana doucement.
-Il n'y aura pas besoin d'eux. En tout cas, pas de Rodolphus.
-Non, mais Bellatrix nous ferait une protection non négligeable. D'autant qu'écarter Potter de la course nous donnerait l'avantage dans cette guerre maritime.
Les lèvres parfaitement dessinées du blond remontèrent en un rictus mauvais.
-Bellatrix. Pourquoi pas. Pucey, viens ici !
En un instant, Adrian Pucey, malgré son ivresse, était debout devant son Capitaine, dos droit.
-Aye, Capitaine ?
-On restera quelques jours supplémentaires à terre. Lorsque Bellatrix viendra mouiller, nous repartirons ensemble. Préviens l'équipage. Je veux également que tu amasses toutes les informations que tu pourras trouver sur Harry Potter, est-ce entendu ?
-Aye, Capitaine.
Pucey retourna s'asseoir, et se pencha vers les quatre hommes avec lequel il jouait aux dés.
-Le Capitaine Harry Potter, avec son Red Phoenix, dit-il. Que pouvez-vous m'en dire ?
-Qu'est-ce que tu peux me donner comme or ? rétorqua l'un des pirates.
Adrian eut un sourire menaçant, mais répondit,
-La valeur de tes informations.
L'homme hésita, dévisageant Adrian, puis hocha la tête, et Draco et Blaise tendirent une oreille intéressée.
-Comme tout le monde le sait, Potter est un corsaire. Ses parents ont été tués au début de la guerre, ils étaient gouverneurs de Spanish Town. Il a fait armer le Red Phoenix et est parti sur les mers, devenant sacrément bon.
Il y eut un murmure d'accord parmi les autres pirates.
-Potter a coulé plus de soixante navires en trois ans. Il ne s'attaque quasiment qu'à des pirates de Voldemort. Nous autres, il nous ignore. On le dit imprenable. Les autres corsaires estiment qu'il est une bénédiction.
Le pirate cracha par terre de dégoût et ajouta,
-Il se rend souvent à Spanish Town, il préfère ravitailler là-bas plutôt qu'ici.
Retenant cette dernière pépite, Adrian veilla à ne pas paraître trop impressionné, et dit :
-Je sais tout cela. Ce n'est pas avec des informations que même un mousse pourrait me donner que tu auras ton or, pirate.
L'autre cligna des yeux, puis lança pour impressionner son adversaire,
-Aye, mais sais-tu que Potter a une protégée, également corsaire ?
Adrian fronça des sourcils, et jeta quelques pièces d'or à l'homme.
-Parle.
-Aye, une protégée. On dit qu'il ferait tout pour elle. C'est son amie, une fille de bourgeois anglais de Spanish Town. Le Capitaine Hermione Granger. C'est un joli morceau, de ce que j'ai entendu. Elle commande un sloop nommé le Golden Lion, et est l'étoile montante du milieu, formée par Potter en personne.
-Jamais entendu parler, déclara Adrian platement.
-Parce qu'il n'y a qu'un mois ou deux qu'elle navigue, décréta le pirate en se penchant en avant. Mais j'ai entendu dire qu'en si peu de temps, elle a déjà pris quatre navires pirates.
Il y eut un sifflement bas de la part d'Adrian, et les autres hochèrent la tête. Un autre pirate commença à parler :
-Ouais, elle a même...
-Ferme ta gueule, siffla le premier. C'est moi qui racontes.
-Tu veux tout l'or, c'est ça ? cracha le second.
-Et alors ? Méfie-toi, chien, ou je te...
-Cela suffit, les interrompit Adrian avant d'indiquer le premier : continue.
-Sa première prise a été le jeune Avery. Quelques marins ont réchappé, mais le Bois-Vert a coulé et la plupart des marins ont été nourrir les poissons. Et Avery...elle l'a tué, et il a sombré avec son navire, fermement vissé au mât par la rapière de la petite. Elle a aussi eu trois autres navires, commandés par des types appelés Pettigrow, Howard et Bullet.
Adrian hocha lentement la tête, envoya quelques pièces supplémentaires et dit :
-Cette fille, c'est la fiancée de Potter ?
-Non, elle est fiancée à un officier de la marine. Le Capitaine du HMS Slayer, Ronald quelque chose. Il est plutôt bon, à ce qu'on dit. Il a remplacé le vieux nain qui tenait le navire avant sa retraite. Bref, Potter voit la gamine comme un membre de sa famille, paraît-il.
Adrian hocha la tête et dit :
-Rien d'autre ?
Le pirate hésita, puis commença à ouvrir la bouche, et Adrian le fit taire d'un :
-Non, cela ira. Je ne te paierai pas pour tes mensonges.
A court d'informations valables, le pirate grogna et se tut, et ils reprirent leurs jeux.
Blaise se gratta la tête, confus.
-Je ne connais pas cette Granger.
-S'il n'y a qu'un mois qu'elle navigue, il est certain que cela ne risque guère. Elle ne sera pas un problème pour nous. Tu as entendu l'ivrogne : un petit mois de mer, et une fille de bourgeois avec cela. Une aventurière en jupons ne saurait nous inquiéter.
-A vrai dire, elle ne m'inquiète pas, mais si Potter l'aime tant, pourquoi ne pas s'en servir pour l'attirer ?
Draco eut un ricanement glacial.
-Toujours aussi ingénieux, mon cher Blaise.
Ils ne s'imaginaient pas à quel point ils étaient près du but.
…
-Harry !
Harry Potter éclata de rire en serrant Hermione contre lui. La jeune femme l'étouffait presque, ses bras frêles jetés autour de son cou. Il huma doucement l'odeur de sel marin des cheveux de la jeune fille, bien loin de la lavande que Mrs Granger prônait tant.
Il avait mouillé à Spanish Town le matin même, et Hermione, qui était au ravitaillement depuis la veille au soir, l'attendait en piaffant d'impatience sur le quai. Il finit par se détacher doucement d'elle et murmura,
-Nous ne devons pas rester là. Qui sait si la milice surveille le port sur ordre de tes parents. Viens.
Tonks et Dean, qui s'étaient retrouvés à grand renfort de plaisanteries douteuses qu'eux seuls pouvaient comprendre, comparaient à présent leurs cicatrices de guerre et leur emboîtèrent le pas. Dean leur donna l'adresse d'un bar de la flibuste non loin, où malgré la présence de deux femmes le patron ne poserait pas de questions, et ils s'y rendirent.
Attablés devant quatre demis de grog, Harry sourit à Hermione et lui demanda, portant sa choppe à ses lèvres,
-Alors, premières impressions ?
-C'est absolument génial, rétorqua-t-elle, catégorique. J'adore la vie de corsaire. Pourquoi n'ai-je pas connu cela plus tôt, hein ? Tu aurais du insister pour m'amener avec toi depuis le premier jour où tu as embarqué.
Harry ricana alors que Tonks enchaînait,
-Et l'équipage est dévoué au Capitaine, n'est-ce pas. Ils ne vendraient Hermione pour rien au monde.
-Avez-vous rencontré des pirates ?
-Bien sûr que oui, dur de les rater, répondit Tonks en regardant son amie avec fierté, d'ailleurs j'ai l'honneur de t'annoncer que le Golden Lion a officiellement quatre prises à son actif.
Harry siffla tout bas alors que Dean écarquilla les yeux. Ils fixèrent Hermione, qui rougit sous leurs regards intenses :
-Quoi ? C'était bien le but du jeu, non ?
-Si, répondit lentement Harry. Quatre prises ? Sérieusement ?
-Pourquoi, ce n'est pas assez ? s'affola-t-elle.
-Au contraire ! C'est...beaucoup. Et bien que je m'attendais à ce que tu t'en débrouilles bien, cela me paraît...énorme. Tu ne prends pas de risques inconsidérés au moins ?
-Mais non, papa, le taquina-t-elle.
-Elle a tué Avery, précisa Tonks sur le ton de la conversation.
Dean recracha sa goulée de grog et Tonks lui tapa dans le dos avec compassion tandis que Harry, éberlué, dévisageait Hermione :
-Avery ? Le Capitaine Avery ?
-Oui, le fils...
Harry la regardait avec tant de fierté et d'amour fraternels qu'elle détourna le regard, vaguement gênée.
Elle n'en revenait toujours pas de constater la facilité avec laquelle on pouvait tuer, et à dire le vrai, cela l'inquiétait un peu. Corsaire, elle savait que cela faisait partie du jeu, mais elle n'était toutefois pas tranquille avec la banalisation de la mort. Harry et Dean s'empressèrent de parler affaires, calculant tout ce qui changeait avec la mort d'Avery, pesant la réaction du père qui était à bord du Mangemort, et Tonks sourit à Hermione qui le lui rendit avec plus de mal.
-...partons à l'aube, disait Harry. J'ai flairé la trace d'un pirate du côté de l'Île de la Tortue et j'aimerais...
-Attends, tu pars dès l'aube ? demanda Hermione défaite.
-Oui, pourquoi ?
-Oh. Pour rien. Nous aussi partons à l'aube, on pourra faire un petit bout de chemin ensemble ?
-Avec plaisir.
Hermione se mordilla la lèvre, pensive. Évidemment, ils ne pouvaient pas s'attarder à Spanish Town, en raison de la présence de ses parents, mais elle aurait espéré tout de même voir son ami un peu plus longtemps.
…
-Yo ho yo ho ! Une vie de pirate pour moi ! Nous ravageons, nous pillons, yo ho yo ho, donnez-moi à boire mes chéries !
Hermione éclata de rire, légèrement ivre, alors que Dean dansait debout sur la table du bar, bouteille de rhum à la main, totalement saoul. Harry, deux pieds sur la table, tapait le rythme du talon, et Tonks applaudissait, reprenant quelques parties de la chanson, tandis que les autres clients du bar riaient ou dansaient à leur tour.
Elle aimait cette vie. Elle adorait le frisson du danger, de l'aventure, et du goût de la mer sur sa langue. Elle détestait tuer et piller, mais elle était corsaire, et elle faisait tout cela pour le plus grand bien. Gravant l'image sur sa rétine, elle se promit de se souvenir d'instants simples et heureux comme celui-ci lorsqu'elle n'aurait pas le cœur à poursuivre les pirates.
Dean s'écroula soudain dans les bras de Tonks qui éclata de rire en commandant une autre tournée, et la musique changea, tandis que Harry se levait brutalement. Il saisit le bras de Hermione et l'amena sur la piste improvisée au milieu du bar, la faisant tournoyer et rire aux éclats sous les applaudissements, tandis que quelques jeunes filles de joie, envieuses, se saisirent de leurs clients pour les faire danser également. S'accrochant fermement au bras de Harry tandis qu'ils dansaient follement, choppes débordant, elle marmonna au-dessus du bruit :
-Tu sais ce que j'aimerais ?
-Non. Quoi ?
-Que cela dure toujours.
Il lui sourit, éclatant, et ils continuèrent à danser jusqu'à l'aube, lorsqu'il fallut remonter sur les navires. Éméchés, ils parvinrent toutefois à quitter le port et à s'élancer sur les vagues, sans remarquer, au lointain, trois immenses ombres qui glissaient à travers le jour naissant, tous arborant le Jolly Roger...
…
Le jeune matelot entra dans le carré, apeuré, tenant son béret français entre des doigts nerveux, et baissa résolument la tête lorsque deux yeux d'une beauté inégalée le transpercèrent. Rougissant, angoissé, il se racla la gorge, et une voix froide l'interpella.
-Alors, marin. Il paraît que tu étais, jusqu'à une date récente, employé sur le Red Phoenix ?
Le matelot releva la tête et regarda brièvement le Capitaine blond du navire sur lequel il se trouvait, assis à son bureau, l'air glacial. Derrière lui, un deuxième homme presque aussi beau et aussi impressionnant était allongé sur le sofa de la dunette, un air d'ennui calculé sur son visage métis, démenti par l'éclat vif de ses yeux.
-Oui...oui, Capitaine, c'est exact.
Draco Malefoy le fixa attentivement.
-Pourquoi n'es-tu plus à son bord ?
-Le Capitaine...il m'a déposé à Port Royal, parce que j'étais atteint de la gale...
Draco remonta légèrement le nez, visiblement dégoûté, et le jeune matelot déglutit.
-Quand était-ce ?
-Il y a...un peu plus d'un mois, Capitaine.
-D'où veniez-vous ?
-Des îles de Los Roques, Capitaine. La sœur adoptive du Capitaine Harry venait d'embarquer comme corsaire et nous avons passé six mois là-bas à l'adapter à la navigation et aux armes.
-Cette fille, c'est Hermione Granger, n'est-ce pas, réalisa soudainement Blaise.
-Oui, Capitaine.
-Je vois, reprit Draco d'une voix traînante. Ensuite ?
-Ensuite, nous sommes descendus brièvement sur les Îles Vierges Britanniques où nous avons vaincu deux navires pirates. Et nous sommes venus à la Jamaïque après. Le Capitaine a été bon en faisant un détour pour me permettre de descendre à Port Royal, plutôt que de me passer par-dessus bord.
-Où allait le Red Phoenix, ensuite ?
-Le Capitaine Harry devait mouiller à Spanish Town pour retrouver le Capitaine Hermione, Capitaine. Puis il avait prévu d'aller jusqu'à l'Île de la Tortue.
-La Tortue française, s'impatienta Blaise, ou la Tortuga ?
-La Tortuga, Capitaine. Il s'arrête parfois dans les ports pirates, se déguise et va récolter des informations sur eux auprès des prostituées ou des malades.
-Et cette Granger, demanda Blaise. Connais-tu ses plans ?
-Non, Capitaine.
Blaise et Draco échangèrent un regard, puis Draco hocha la tête une fois, glacial. Le matelot recula et sortit en saluant brièvement. Ce soir, il dormirait au fond de l'océan.
-Maintenant que Bellatrix est là, nous pouvons marcher sur Spanish Town, dit Blaise. Surprendre Potter qui sort du port. Nous n'aurons même pas besoin de la fille.
Draco hocha la tête, contemplant la carte des eaux de la Jamaïque devant lui :
-Si nous naviguons cette nuit, nous pourrons les rattraper demain.
Blaise s'étira avant de se frotter les mains, impatient.
-Je sais que Potter a presque détruit le Serpentard, dit d'une voix railleuse et traînante Draco, mais pourquoi cette folie vengeresse ?
Les yeux de Blaise s'assombrirent, et il rétorqua d'une voix tranchante,
-Le maître a appris l'événement, et, pour me punir de mon échec, a décidé que ma mère pouvait bien servir ses hommes, à genoux et bouche en cœur.
Draco n'eut pas une seule réaction à cet état de fait, mais Blaise le connaissait mieux que personne, et savait qu'il en était désolé.
-Si nous parvenons à vaincre Potter, je pourrai peut-être la sauver de ce sort, ajouta-t-il. Et toi, Draco ? J'ai entendu beaucoup de choses, à tel point que séparer légende et vérité est un fait presque impossible. J'ai entendu dire que tu collectionnais les navires des meilleurs corsaires que tu vaincs ?
-C'est exact, répondit Draco. Je mets les navires au mouillage, surveillés par quelques hommes, dans une des Îles Vierges Britanniques, et ils les retapent. J'en ai une dizaine pour l'heure. Bientôt, j'en aurai assez pour construire mon armada.
-Et tuer Bellatrix, donc ? Je sais que tu en rêves ?
-Une fois ma tante en dehors du tableau, affirma lentement Draco, je serai le seul maître des Caraïbes...le seul favori du maître...le meilleur et le plus grand. Je te laisse Potter, mais je veux son navire.
-Il est à toi, acquiesça Blaise. Et le navire de la fille, qu'en feras-tu ?
-S'il n'est pas au fond de l'eau, je le rajouterai à ma collection, même s'il n'est pas ma priorité. Quatre prises en un mois est un fait admirable, assez pour être retenu par les fronts marins...et donc assez pour figurer dans ma flotte.
…
-Capitaine, Capitaine ! Hermione !
Alertée par l'angoisse qui transpirait dans la voix de Tonks, Hermione se précipita vers la poupe et suivit le doigt de Tonks du regard. La jeune femme était pâle.
Derrière eux, voiles dehors et approchant à toute vitesse, venaient trois navires en leur direction. Hermione reconnut, avec un frisson d'angoisse, les deux navires que Harry lui avait dit de ne jamais confronter, quelle que soit la situation : le Mangemort et le Dragon des Ténèbres. Trois Jolly Roger fouettaient l'air, un présage sombre et mortel. Hermione savait que Harry et elle ne faisaient pas le poids. Elle savait également que ces pirates-là n'auraient aucune pitié.
Elle entendit ses marins derrière elle, parler à voix basse et clairement inquiète, et ses doigts agrippèrent le rebord du navire. Elle n'allait pas mourir de la sorte, maintenant, laissant son bien-aimé Golden Lion sombrer sous ses yeux ? Elle n'allait pas voir Tonks et son équipage être massacrés par l'ennemi ? Elle n'allait pas devoir assister à la mort de Harry ou de leurs amis ?
Jetant un regard au Red Phoenix qui se trouvait à cent mètres à bâbord, elle serra les dents. Comme eux, l'équipage de Harry était agglutiné autour de leur Capitaine.
Ce ne fut pas surprenant, même si elle en fut choquée, lorsqu'un de ses matelots paniqua à tel point qu'il se jeta par-dessus bord en hurlant. Elle ne regarda pas deux fois le malheureux condamné à se noyer pour ne pas subir les tortures que l'ennemi promettait, et dit rapidement :
-Cela suffit ! L'heure est grave, mais rien n'est perdu ! N'oubliez pas qu'ils ont vent arrière, mais nous aussi, nous l'avons !
Ses marins hésitèrent, et elle ajouta :
-Et même s'ils nous rattrapent, j'entends bien que vous défendiez et vos vies proprement, en hommes, et votre navire, qui est votre seconde mère ! Maintenant, chacun à son poste, et déferlez-moi toutes les voiles, mes garçons !
Elle vit que l'équipage de Harry en faisaient autant, cherchant à fuir la menace qu'ils ne pourraient affronter seuls. Étreignant la croix de son collier, Hermione récita une petite prière, avant de prendre la barre.
Malgré tous leurs efforts, les trois navires pirates approchaient inexorablement, et elle grinça des dents en voyant le troisième navire, celui qu'elle ne connaissait pas, arriver à son tribord. Le Capitaine était un grand métis, au visage extrêmement beau et aux yeux de braise. En arrivant à leur hauteur, à deux cent mètres, il eut un sourire sarcastique et lui envoya un baiser du bout des doigts. Se hérissant, Hermione rétorqua par un geste qu'elle ne se serait jamais permise dans d'autres circonstances : elle cracha dans l'eau, et leva un doigt du milieu. Elle l'entendit éclater de rire, et commanda d'une voix forte,
-Feu !
Les canons tonnèrent, mais un seul s'encastra dans la coque ennemie, et à son grand étonnement, l'ennemi ne répliqua pas, se contentant de la dépasser. Ahurie, elle regarda le Red Phoenix : Harry, accoudé au rebord, la regardait en plissant les lèvres. Étant à portée de voix, elle hurla :
-Qui c'est ?
-Blaise Zabini et le Serpentard, hurla-t-il en retour. C'est un chebec, un navire de pirate méditerranéen. À mon avis, il veut nous encercler par l'avant pour nous empêcher d'avancer et permettre à ses amis de nous prendre par les côtés.
Et ce fut exactement ce qui se déroula. Parvenu à quelques centaines de mètres devant eux, le Serpentard vira soudain dangereusement, présentant le bâbord aux deux proues, s'arrêtant avec violence. S'ils ne ralentissaient pas, ils allaient droit dedans, et il était trop tard pour songer à virer. Lâchant un chapelet de jurons qu'elle ne savait pas connaître, Hermione donna l'ordre de larguer l'ancre flottant pour les ralentir, tandis que Harry en faisait de même en s'arrachant presque les cheveux de frustration. Impuissante, Hermione dut regarder le célèbre Dragon des Ténèbres s'aligner à son tribord, tandis que le Mangemort, avec difficultés, peinait quelque peu à rattraper le Red Phoenix.
-Harry, hurla-t-elle. Le Mangemort ne te rattrapera que si tu restes là ! Tu as le temps de virer avant qu'elle n'arrive, va t'en et sauve ta peau !
-Il en est hors de question, répliqua-t-il le regard dangereux. Tu es ma sœur et je me suis juré de te protéger...
-Ce n'est pas l'heure d'être galant, Harry, grogna-t-elle. Tu peux le faire, sinon tu condamnes ton équipage en plus du mien ! Ne t'en fais pas pour moi, fuis !
Harry secoua la tête, catégorique, et Hermione regarda alors Dean, qui semblait hésitant. Il croisa son regard, comprit, hocha la tête et leva son poing :
-Désolé, Capitaine.
Il abattit son poing à l'arrière de la tête de Harry avec une si grande violence que ce dernier s'écroula, assommé, et le quartier-maître se tourna vers Hermione et Tonks qui les fixaient :
-Bonne chance, murmura-t-il avant de prendre les commandes du navire.
Avec le cœur plus léger, Hermione regarda le Red Phoenix se dégager du guet-apens et filer dans le soir. Le Mangemort ne s'arrêta pas à son niveau, la dépassant à la poursuite du navire de Harry, tandis que le Serpentard semblait hésiter, puis finalement resta en place. Hermione savait pertinemment que le Mangemort ne rattraperait pas Harry, et souffla de soulagement.
Elle avait néanmoins deux problèmes de taille sur les mains, le Serpentard et le Dragon des Ténèbres. Étonnamment, le premier ne tira pas, comme s'il n'avait pas l'intention de toucher son navire. Blaise Zabini se contenta de s'accouder au bastingage et de savourer le spectacle.
Les échanges de tir avaient commencé au moment où Hermione encourageait Harry à prendre le large, au sens propre du terme. Elle ne pouvait pas virer à bâbord, sous peine de s'exposer le flanc à Zabini en plus, et si elle cherchait à fuir, il l'arrêterait certainement. Alors, de la voix elle encouragea ses hommes, qui semblaient revigorés que Bellatrix n'ait pas fait attention à eux.
Hermione leva les yeux sur le gaillard arrière du Dragon des Ténèbres, et en eut le souffle coupé.
Un jeune homme, de son âge environ, se tenait derrière la barre, distribuant les ordres à ses hommes de quelques syllabes autoritaires. Il semblait, vu la posture détendue de son corps et de son visage, profondément ennuyé, mais ses yeux brillant d'anticipation mauvaise démentaient ce fait.
Il était incroyablement beau, à tel point que son cœur s'accéléra stupidement. Sa chevelure était blonde, presque blanche, d'une couleur rare qu'elle ne connaissait pas. Ses cheveux soyeux retombaient sur sa nuque et, lorsqu'il penchait légèrement la tête vers l'avant, devant ses yeux également. Il était grand, et devait la dépasser d'une bonne tête et demie, et avait la peau étonnamment pâle pour quelqu'un qui écumait la mer des Caraïbes depuis près de quatre ans. Elle pouvait deviner, sous son pantalon noir qui lui serrait le corps, son justaucorps également noir et sa chemise blanche aux manches bouffantes, qu'il était d'une constitution musclée malgré qu'il soit plus mince que Harry ou ce Zabini, par exemple. Ses doigts, tenant la barre, étaient longs et fins, presque féminins, mais on y devinait la force brute. Et son visage semblait sorti tout droit du Prince Charmant des contes de son enfance. Aristocratique, hautain, d'une beauté à couper le souffle, aux traits harmonieux et parfaitement équilibrés, de hautes pommettes, un nez grec, et des lèvres faites pour embrasser et être embrassées, fines mais belles, remontant dans une moue railleuse qu'il devait arborer souvent. Il avait les traits presque coupants, mais l'ensemble était d'une harmonie rare. Enfin, ses yeux étaient le plus beau et le plus étonnant chez lui : d'un gris orage, aux éclats bleu ciel, reflétant la lumière déclinante du soleil couchant comme du vif-argent. On avait souvent dit à Hermione que l'ambre de ses propres yeux était du plus beau qui soit, mais elle trouvait qu'ils paraissaient vaseux et simples à côté de ceux du jeune homme.
Jeune homme qui était assurément le Capitaine du Dragon des Ténèbres. Enfin, Hermione rencontrait la plaie des mers, le pire cauchemar des marins, le favori de Voldemort, le célébrissime Draco Malefoy.
Une bouffée de haine l'engloba toute entière. Sa beauté semblait soudain écrasée sous le poids de ses méfaits. Cet homme était le glacial, le meurtrier, le mauvais Draco Malefoy, et il venait pour décimer son équipage, couler son adoré Golden Lion, et l'assassiner.
Poussant un feulement de rage, Hermione donna brièvement quelques ordres, plissant les lèvres. Elle sentit un regard d'une intensité rare être posé sur elle, mais lorsqu'elle releva la tête, automatiquement en direction de Malefoy, il n'était plus derrière la barre. Haussant les épaules, elle courut vers les premiers pirates de Malefoy qui abordaient le Golden Lion, et produisant sa rapière, se jeta comme une lionne dans la mêlée.
…
Draco Malefoy pianota des doigts contre la barre de son navire adoré, et plissa les yeux, regardant sans intérêt ses hommes commencer à aborder le Golden Lion. Potter s'en était sorti, à la grande fureur de Blaise et de lui-même, mais ils pouvaient toujours utiliser la fille pour lui tendre un piège. Aussi avait-il commandé à son équipage de se montrer sans pitié et ne pas faire de quartier, mais de laisser la fille vivante et la lui ramener.
Promenant un regard désintéressé sur le Golden Lion, il vit une jeune femme d'une trentaine d'années aux cheveux coupés à la garçonne se battre contre ses pirates et plissa des yeux en sa direction. Était-ce Hermione Granger ? Visiblement, c'était la seule femme à bord. Elle n'était pas aussi jolie que les marins le disaient.
Continuant à regarder le navire, il s'aperçut soudain d'une jeune fille derrière la barre, et se demanda distraitement pourquoi il ne l'avait pas remarquée avant, puisque c'était assurément elle, Granger. Elle avait son âge, avait-il appris, à un an près, bien qu'elle paraisse bien plus jeune.
Draco avait, dans chaque port, pour maîtresses des femmes d'un raffinement et d'une beauté éclatants, ce qui n'était pas le cas de Granger, mais il devait reconnaître qu'elle était assurément jolie, bien plus que la moyenne. Vêtue quelque peu comme lui, elle avait un beau corps, se devinant sous ses vêtements : une poitrine ronde et ferme, un peu petite, un ventre plat et la silhouette fine. Elle avait une belle peau blanche, quelque peu hâlée par le soleil, ce qui ajoutait à sa beauté naturelle, et un joli visage qu'il qualifierait d'adorable s'il utilisait de telles mièvreries. Des lèvres pleines et en cœur, d'un doux rouge naturel, un petit nez en trompette, et des yeux d'un ambre étrange et sublime.
Un regard ambre, Draco n'en avait jamais croisé. De l'ambre pur, serti d'éclats d'or, comme un joyau précieux, et captivant. Assurément son meilleur atout, songea-t-il : ses yeux rattrapaient, finalement, l'éclat qui manquait quelque peu à ses traits, et la rangeaient d'office dans la catégorie des très belles femmes qu'il connaissait. Bien qu'elle ait des traits doux, elle arborait un air quelque peu sauvage, accentué par sa chevelure étonnante : des boucles châtain foncé lui entourant le visage, flottant légèrement au gré des vents, la rendant définitivement intéressante. Des femmes bourgeoises ou nobles auraient tué pour avoir des cheveux bouclant naturellement de la sorte.
Oui, conclut-il finalement, Hermione Granger était belle.
Descendant d'un bond élégant de la passerelle, Draco encouragea ses hommes d'un regard à aborder le navire ennemi. Le Golden Lion, constata-t-il d'un regard appréciateur, serait un bon ajout à sa flotte personnelle, d'autant qu'il n'était pas très abîmé.
Reportant son regard sur le jeune Capitaine du sloop, il sourit brièvement en la voyant se battre dos à dos avec l'autre femme de l'équipage. Elle combattait très bien. Draco envoya la totalité de son équipage à l'assaut du sloop, et jeta un regard bref à l'horizon : Bellatrix revenait visiblement, n'ayant pas réussi à rattraper le point noir qui était le Red Phoenix.
…
Hermione fatiguait, elle le sentait. Elle avait déjà une dizaine de morts à son actif, mais le travail était lassant, et elle combattait à perte. Autour d'elle, ses marins n'allaient guère mieux : le beau pont de son magnifique navire était teinté du sang de ses hommes, et toujours, les matelots pirates arrivaient.
Derrière elle, Tonks poussa un cri, et elle se retourna pour tuer le pirate qui venait de blesser Tonks au poignet, lui enfonçant sa rapière dans les entrailles avec haine. Elle sentit deux bras saisir son bras armé, et bien qu'elle tenta de s'en défaire, le pirate la retenant était un grand quarteron fait comme un bœuf : elle aurait certainement des bleus, songea-t-elle sans pertinence aucune. Oh, non, elle n'en aurait pas : elle serait morte d'ici-là.
Un autre pirate saisit son autre bras tandis qu'elle lâchait sa rapière, et bien qu'elle se démène comme une diablesse, ils ne la lâchèrent pas. Le premier la frappa à l'arrière du crâne, l'étourdissant, et elle se sentit soulevée et balancée sur une épaule. Le monde flottait devant son visage, un mélange de couleurs dont le rouge prédominait, et de bruit essentiellement métallique. Le pirate saisit un cordage et retourna sur le Dragon des Ténèbres sans la lâcher : elle eut envie de vomir et ferma les yeux un instant, s'équilibrant à nouveau.
Le hurlement déchirant de Tonks résonna tandis qu'elle aussi était amenée à bord du brigantin, pour Dieu sait quelle raison. Hermione voulut se précipiter pour l'aider, mais le quarteron la tenait toujours fermement. Tonks lui jeta un regard pour la rassurer, et elles durent assister, impuissantes et larmes de rage et de peine aux yeux, alors que les pirates décimaient le dernier noyau courageux des marins du Golden Lion.
Bien que Hermione s'attende à ce que l'on brûle son navire, cela n'arriva pas : une dizaine de pirates restèrent à bord, déferlant les voiles pour reprendre la mer, et elle se rendit compte avec indignation qu'ils comptaient garder son précieux sloop pour en faire un navire pirate. Les hommes du Dragon des Ténèbres et ceux, plus loin, du Serpentard, poussèrent de grands cris victorieux, et se mirent à plaisanter entre eux sur tel ou tel matelot corsaire qu'ils avaient tué. C'en fut trop pour Hermione. Remontant son talon dans les parties intimes du quarteron derrière elle, ce dernier la lâcha avec un cri de douleur, se tenant les bijoux de famille et s'éloignant un peu en boitant. Hermione se retourna et lui asséna un coup de poing au visage, tandis que Tonks, suivant l'exemple, se mit à se démener si follement entre les bras de son pirate qu'il la lâcha, et elle entreprit de se battre avec à son tour.
Tonks fut rapidement maîtrisée, et son Capitaine de même. Alors que Hermione s'apprêtait à administrer un second coup de poing au quarteron, des bras puissants cerclèrent sa taille, et un autre pirate l'en tira.
-Sale putain, beugla le quarteron avant de lui mettre une gifle qui résonna avec violence.
Joue engourdie, Hermione le fixa avec haine, et recommença à se débattre. Une voix s'éleva soudain, glaciale, avec tant d'autorité menaçante qu'elle s'empressa aussitôt d'obéir malgré elle :
-Cela suffit.
Tonks et Hermione s'arrêtèrent aussitôt, et le Capitaine Draco Malefoy s'approcha d'elles à pas lents, s'arrêtant devant Hermione en ignorant son amie.
Il prit doucement mais fermement le menton de la jeune femme maîtrisée à présent par deux pirates entre ses doigts, et lui souleva légèrement la tête, la forçant à le regarder. Il admira le feu dans ses yeux d'ambre un instant, puis décréta à voix basse, qui résonna comme un hurlement dans le silence respectueux du navire :
-J'épargne ta vie, et c'est de la sorte que tu nous remercies ?
Elle le foudroya du regard et cracha :
-Alors, vas-y, qu'attends-tu ? Tue-moi, sois un homme.
Derrière Malefoy, un homme ricana. C'était Zabini. Visiblement, dans ses combats, Hermione ne l'avait pas vu monter à bord.
-Attention, Draco. Elle a du caractère.
Ils rirent froidement et Blaise rejoignit son ami pour la dévisager d'un œil neutre.
-Ainsi, c'est toi, la fameuse petite sœur de Harry Potter.
Malgré la situation, Hermione ne put empêcher la bouffée de fierté qui la saisit à l'idée que dans les Caraïbes, l'avis général lui prêtait une filiation familiale avec Harry.
-C'est exact, répliqua-t-elle, voix chargée de venin. À l'heure qu'il est, il doit être occupé à admirer la mer en se moquant bien de votre plan avorté pour le couler.
-Se moque-t-il également, demanda Blaise aimablement, que son adorée sœur se trouve aux mains des pirates ?
-C'est un corsaire, rétorqua-t-elle. Il sert d'abord le roi, puis lui-même. Et le roi ne lui demande pas de courir me sauver, à ce que je sache.
-C'est ce que nous verrons, contra Draco.
-Merci de ton aide, lui dit Blaise. Je retourne à mon navire.
Draco hocha la tête, une seule fois, et Blaise, sifflotant un air pirate, repartit à bord du Serpentard avant de mettre les voiles. Le Mangemort, lui, était déjà reparti.
-Bienvenue à bord du Dragon des Ténèbres, mesdemoiselles, déclara d'une voix traînante le Capitaine. Je ne peux pas vous promettre que votre séjour se passe sans heurts, mais du moins, vous ne mourrez pas. Vous deux, amenez Granger dans le carré. Les autres...eh bien, comment s'appelle cette demoiselle ?
Il se tourna vers Tonks, sans le moindre intérêt, et elle le toisa avec dédain.
-Tonks, quartier-maître du Capitaine Hermione Granger.
-Oui, j'ai entendu parler de toi. Excellent marin, mais, paraît-il, la putain des galères ?
Tonks blanchit si rapidement que l'homme derrière elle, qui la tenait, lui jeta un regard inquiet. Il avait un visage harmonieux mais fatigué, des cheveux châtains, et portait des vêtements troués.
-Je t'emmerde, Malefoy, cracha-t-elle sauvagement.
Il eut un sourire plaisant.
-Je n'en doute pas. Mais puisque tu as si bien servi le Capitaine des galères, avant de le tuer, tu pourras bien en faire autant avec mes hommes, n'est-ce pas ?
Tonks sembla à deux doigts de s'évanouir, tandis que les pirates riaient, se frottant d'avance les mains de cette aubaine. Hermione inspira vivement, mais Tonks intervint d'une voix dangereusement basse :
-Comme tu l'as si bien dit, Malefoy, après l'avoir « servi », je l'ai tué.
Elle s'évanouit promptement, et le pirate la souleva dans ses bras.
-Lupin, soupira Malefoy à son encontre, enferme cette petite impertinente dans les cales en attendant qu'elle revienne à elle. Et vous deux, amenez Granger au carré.
-Tout se paye un jour, Malefoy, lui souffla-t-elle avant que les brutes épaisses ne l'embarquent.
…
Hermione se tordait les mains, angoissée, depuis des heures. Elle avait crié de rage, hurlé même, puis avait pleuré à ne plus pouvoir, pour ses fidèles marins, pour son navire, pour la pauvre Tonks, avant de fouiller son environnement. La dunette de Malefoy était impeccable, et tout ce qui pouvait avoir la moindre valeur, cartes maritimes ou ordres de Voldemort, était enfermé sous clef dans une grande armoire arrimée au sol. Le bureau était vide, et avec lassitude, elle porta un œil méprisant sur l'immense lit du Capitaine, avant de s'asseoir sur le sofa.
Finalement, alors que derrière les hublots, la nuit était bien avancée, on ouvrit la porte, et un beau jeune homme, un œil couvert par un cache, entra, pistolet pointé sur elle, l'autre main chargée d'un plateau en argent sur lequel se trouvaient une carafe de vin et un gobelet en cristal et une assiette fumante emplie de bœuf mijoté. Il y avait aussi des couverts et une miche de pain. Hermione dévisagea l'homme avec un mépris latent.
-Ton repas, dit froidement l'homme.
-Et tu es ? se moqua-t-elle.
-Adrian Pucey, quartier-maître de ce navire. Mais ne t'en fais pas, princesse : tu ne peux rien contre moi.
Afin de mieux appuyer ses paroles, il agita le pistolet devant son nez, railleur.
-Je n'en veux pas, dit-elle froidement en indiquant le repas.
-Tant pis pour toi.
Il ressortit avec le plateau en claquant la porte qu'il verrouilla aussitôt. Hermione soupira et se laissa aller, à nouveau, à l'ennui et à l'angoisse.
Enfin, alors que d'après la lune minuit était passée, la porte s'ouvrit à nouveau. Hermione, qui somnolait sur le sofa, épuisée après sa journée, releva vivement la tête avant de se lever d'un bond, serrant et desserrant les poings nerveusement.
Draco Malefoy lui offrit un rictus froid, avant de refermer et de verrouiller la porte derrière lui. Il approcha du lit, lui présentant son dos puissant, l'ignorant superbement, et ôta sa ceinture, posant sa rapière et son pistolet avec sur la commode arrimée près du lit. Hermione lécha ses lèvres soudainement sèches, jetant un bref regard aux armes, mais avant d'avoir pu esquisser un pas, la voix calme et glaciale du pirate s'éleva.
-Je te le déconseille fortement.
Elle faillit, et reporta son regard sur lui : il était toujours dos à elle et défaisait les lacets de son justaucorps par des mouvements précis et rapides. Il posa le justaucorps et se tourna, enfin, vers elle, la dévisageant. Elle supporta son regard et le lui rendit.
-Viens ici.
Elle pencha la tête sur le côté. Sa voix était toujours aussi calme, froide, et autoritaire, et son instinct maudit lui disait de plier aux demandes du dominant face à elle. Néanmoins, elle se contenta de hausser un sourcil. Un coin de la bouche de Malefoy se releva légèrement, comme amusé de sa défiance, si peu qu'elle l'aurait manqué si elle ne le regardait pas aussi intensément, et il dit tranquillement,
-Viens ici, ou je laisse ton amie être violée par mes hommes.
La mâchoire contractée, Hermione croisa les bras sur sa poitrine et déclara,
-De toute manière, tu les a déjà autorisés à se servir d'elle à ce sens.
-Au moins sera-t-elle réveillée et en relative bonne santé lorsqu'elle commencera, rétorqua-t-il du tac au tac.
Refoulant la rage qui montait en elle, Hermione s'approcha à pas lents, méfiante. Malefoy ne bougea pas. Lorsqu'elle fut parvenue à moins d'un mètre, elle s'arrêta, hostile. Il eut un rictus railleur, et se retourna vers la commode avant d'en tirer un objet de cuir étrange. On aurait dit une laisse, agrémentée d'un collier d'esclave : collier que l'on pouvait fermer avec une clef, afin que l'esclave ne puisse pas se l'ôter. Avant même qu'elle finisse de procéder cette pensée, Malefoy frappa, vif comme l'éclair. Il avança d'un pas, passa une main derrière sa nuque, et la tira à lui avant d'échanger leur position afin qu'elle se trouve dos au lit, lit sur lequel il la jeta un instant plus tard. Elle se réceptionna sur le dos avec un « oumph » peu féminin, n'en revenant pas de la situation et de la vitesse à peine humaine de son ennemi, et l'instant d'après, le collier se retrouvait autour de son cou. Elle poussa un cri de rage et se leva d'un bond. Il la laissa faire, tenant le bout de la laisse en la fixant, moqueur, la clef du collier dans l'autre main.
-Gentille fille, murmura-t-il pour l'enrager.
Alors que le visage de Hermione se teintait d'un rouge soutenu ne prédisant rien de bon, Malefoy se baissa légèrement et souleva un pied du lit pour glisser la poignée de la laisse autour. Ce geste força Hermione à genoux, puisque la laisse ne mesurait que trois pieds environ, ne lui laissant pas le loisir de demeurer debout. Foudroyant du regard le pirate, à genoux à ses pieds, elle demanda d'une voix tremblante de fureur à peine contenue :
-Puis-je savoir...
-Je ne peux pas me permettre de te laisser vagabonder à ta guise ici lorsque je dors, n'est-ce pas ? coupa-t-il d'une voix froide. Tu pourrais me trancher la gorge avec mes propres couteaux.
Hermione releva cette information intéressante. Ainsi donc, en plus de sa rapière et de son pistolet, Malefoy avait plusieurs couteaux, certainement cachés dans l'armoire. Il faudrait qu'elle veille demain à les récupérer, s'ils la laissaient enfermée ici.
-Et pourquoi ne m'avoir pas simplement mise dans les cales, dans ce cas ?
-Parce que je préfère t'avoir à l'œil, déclara-t-il. Et puis te voir à mes pieds est une excellente motivation aussi, Granger.
Il lui fit un clin d'œil insolent, et elle le maudit. Il sortit de son champ de vision un moment et lorsqu'il y revint, il était vêtu seulement d'un pantalon de soie pour dormir. Elle s'efforça de ne pas regarder son torse : étrangement, elle savait que si tel était le cas, elle ne pourrait pas s'empêcher de rougir. Il passa devant elle sans même la regarder- sale prétentieux- et se coucha après avoir éteint les bougies.
La dunette était éclairée seulement par la lune pleine, et Hermione se coucha lentement, remerciant le ciel qu'il y ait un tapis sous elle, et resta longtemps yeux ouverts, avant de sombrer petit à petit dans un sommeil agité.
Dans son lit, Draco entendit la respiration de sa prisonnière se faire plus lente et égale, et il soupira de soulagement en desserrant les poings. Elle dormait, tant mieux : elle avait pris son temps. Draco ne lui faisait pas du tout confiance et, en plus de cela, en jeune homme vigoureux qu'il était, il ne désirait qu'une chose : l'amener par sa fichue laisse dans son lit et ravager son honneur.
Draco finit par sombrer, lui aussi, dans le sommeil.
…
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Alors, alors ? Dites-moi tout ! Qu'avez-vous pensé de ce chapitre ? De la rencontre ? De la situation ? De tout le reste ? De la bataille ? Etc, etc. ?
Le prochain chapitre arrivera bientôt, si vous êtes sages.
N'oubliez pas, s'il vous plaît, de me laisser une review. Ça me fera très plaisir et ne vous coûte rien. Enfin, si. Environ trente secondes.
A très vite sur mes autres fics,
DIL.
