Voici le chapitre suivant, Mesdames et Messieurs, et je suis certaine que vous allez en aimer une certaine partie...mouahahaha...je n'en dis pas plus.

On se retrouve en bas, matelots. Bonne lecture!

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-Tu es la personne la plus atrocement détestable que j'ai eu la mésaventure de connaître, Malefoy.

-Tu ne connais pas ma tante Bellatrix.

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Hermione Granger et Draco Malefoy.

Si un endroit à Spanish Town, ou par ailleurs dans le monde entier, lui rappelait les meilleurs souvenirs de son enfance, c'était bien le saule pleureur au fond du petit parc des Weasley. Harry esquissa un bref sourire en s'asseyant dos au tronc frêle, se remémorant les instants d'antan, sous ce saule, en compagnie de Ron et Hermione, et parfois d'autres jeunes Weasley, spécialement Ginny. Ici, Ron et Hermione avaient échangé leur premier baiser d'amoureux, ce qui les avait poussés à chasser Harry qui se roulait au sol, mort de rire. Ici, il avait perdu sa première dent de lait en se prenant une branche dans le visage, les amenant à surnommer l'arbre le Saule Cogneur. Ici, Hermione avait passé des heures à réviser sa lecture tandis qu'ils se moquaient gentiment d'elle en jouant aux osselets.

Harry entendit deux voix fortes résonner à travers le parc, et deux personnes venir vers lui. Ron, visage rouge de colère, et Ginny, tentant de le retenir sans succès. Harry se leva, les regardant alternativement. Comme, à la suite de son échappée sauvage avec Hermione, il n'était plus le bienvenue au domaine Weasley, il avait dû soudoyer un esclave nègre afin de pénétrer dans le parc, avant que l'esclave en question aille chercher Ron.

Ron qui parvint face à Harry, ses yeux bleu bébé plissés de rage, visiblement hors de lui. L'instant d'après, il abattait son poing de toutes ses forces dans le visage de Harry. Ginny laissa échapper un cri en le voyant s'écrouler, nez en sang, et elle regarda autour d'elle afin de vérifier que personne ne les voit. Puis, rouge de colère à son tour, elle fustigea Ron qui se tenait au-dessus de Harry, serrant et desserrant les poings.

-Mais tu ne vas pas bien, Ronald Bilius Weasley !

-Reste en-dehors de cela, cracha Ron sans même la regarder.

-Cela me regarde. Hermione est ma meilleure amie !

-Et ma fiancée, que cette ordure a aidé à s'échapper pour risquer sa vie sur les mers !

Puis, au grand ahurissement de sa sœur et de son ami, il tendit la main vers Harry et l'aida à se relever. Le fixant sévèrement dans les yeux, il ajouta.

-Mais cette ordure est aussi mon meilleur ami, qui m'a manqué.

Et il serra Harry dans ses bras, tandis que Ginny marmonnait dans sa barbe à propos d'honneur mal placé et de mentalités masculines. Harry lui rendit l'étreinte, soulagé, puis alla faire un baise-main à Ginny, qui roula les yeux et le prit à son tour dans ses bras. Il la serra contre lui, tentant d'occulter sa chaleur féminine et son corps aux courbes parfaitement...

-Hum, hum.

Ginny fit un bond en arrière, guettant les alentours avec suspicion, avant de regarder Ron et d'éclater de rire.

-Es-tu fou ! Tu imites à la perfection Dolores Ombrage, tu sais, la veuve de la casa des hauteurs ?

-Cette vieille peau ? Penses-tu.

-Elle est morte le printemps passé, au fait.

-Le Diable ait son âme.

-Aye, ajouta Harry échangeant un sourire complice avec Ron tandis qu'ils se signaient tous trois avant de ricaner.

-Il ne manque décidément que Hermione pour que le tableau soit complet, soupira rêveusement Ginny.

Au nom de la jeune fille, Harry ferma brièvement les yeux et se tint les tempes, soupirant.

-C'est à son propos que je viens aujourd'hui.

-Comment ? s'exclama Ron visiblement inquiet. Est-ce qu'elle a des problèmes ?

La mâchoire de Harry se contracta et il recula d'un pas hésitant avant de lâcher :

-Zabini, Malefoy, la femme Lestrange nous ont tendu un guet-apens à la sortie de Spanish Town.

Ron pâlit, et Harry poursuivit.

-Mon quartier-maître m'a assommé pour prendre la fuite, et...Lestrange nous a suivis sans parvenir à nous rattraper. Cependant, Zabini et Malefoy sont restés à son niveau...plus tard, j'ai eu vent que le Golden Lion filait pleines voiles vers Los Roques, pirates à son bord, en assez bon état.

-Et Hermione ?

Harry se lécha nerveusement les lèvres.

-Pas de nouvelles. Mais je pense qu'elle est toujours vivante.

-Ah oui, s'énerva lentement Ron en remontant des yeux hantés sur son ami. Tu sais, Harry, tu sais ce que signifie se frotter à Malefoy ou Lestrange, même les terriens le savent ! C'est la mort assurée...

-A moins que Malefoy ait eu besoin d'elle ? Je ne sais pas, comme...euh...divertissement à son bord ? proposa doucement Ginny.

Les deux hommes blanchirent à l'idée, mais Harry hocha la tête :

-C'est possible. Ce qui est certain en tout cas est que le trio venait pour moi. J'avais presque coulé Zabini quelques jours plus tôt sans me rendre compte qu'il avait de tels appuis. Finalement, si nous connaissons les pirates, nous connaissons très peu les hommes...peut-être garderont-ils Hermione comme monnaie d'échange ?

Il y eut un bref silence pensif, puis Ron décréta doucement :

-Gardons l'œil ouvert dans ce cas. Embarques-tu bientôt, Harry ?

-Demain au soir, direction de Port Royal. Peut-être auront-ils des informations.

-Bien. J'embarque demain matin et mettrai les voiles sur la Tortuga.

-Je veux venir, déclara aussitôt Ginny.

Le regard catégorique que lui lancèrent les deux amis la fit taper du pied au sol violemment, frustrée :

-Et quoi ! Ne serais-je pas une bonne corsaire, moi aussi ? Croyez-vous que je vais rester ici, à attendre d'épouser l'autre vieil imbécile ? C'est ce que vous souhaitez pour moi ?

-Ginny, tu ferais sans nul doute une excellente corsaire, lâcha Ron. Et nous ne voulons pas te voir épouser Sir William Jameson, mais...

-Mais vous laisseriez faire cela tout de même, lâcha-t-elle avec dédain. Alors toi, Ron, tu veux bien défendre ton amour avec Hermione, mais vous voudriez m'empêcher de partir, échapper à ma propre destinée, sous quel prétexte au juste ? Parce que je suis ta sœur ? Et toi, ton amie ? Parce que je suis trop jeune ? Innocente ? Fragile ?

-Ginny, sourit tendrement Harry. Il n'existe pas de personne plus forte que toi à mes yeux, très honnêtement. Mais tu dois nous comprendre...

-Non, se buta-t-elle. Tu n'as aucunement le droit de m'interdire de...

-Je te confierais volontiers à Harry, interrompit sèchement Ron. Seulement ma fiancée est actuellement ou morte, ou entre les mains d'un pirate célèbre pour sa cruauté, alors je n'ai certainement pas envie que la même chose arrive à ma sœur.

Le froid laissé par cette déclaration laissa à Ron le temps de retourner vers la demeure à grands pas, et Ginny se tourna vers Harry, croisant les bras sur sa poitrine, mécontente. Il lui tendit sa main afin qu'elle s'en saisisse.

-Ginny...

-Non, Harry. Ne dis rien. Tu as fait ton choix, comme d'ordinaire.

Le cœur de Harry se serra violemment lorsqu'elle se détourna de lui, sans qu'il sache pourquoi. Impuissant, il la regarda regagner à son tour la maison, furieuse, et soupira de désespoir. Il se promit néanmoins que lorsque l'heure viendrait, il sauverait Ginny du sort peu enviable qui l'attendait, et l'amènerait sur les hautes mers si tel était son désir.

-Terre en vue ! Terre en vue, hurla la vigie.

Draco Malefoy posa paresseusement la longue-vue contre son œil d'orage et contempla la direction indiquée.

-La Tortuga, murmura-t-il.

-Enfin, s'exclama Adrian en se frottant les mains tandis que le Dragon des Ténèbres approchait du port. Je vais pouvoir racheter du tabac cubain. Ah, et ma petite Lisbeth doit m'attendre, jupons troussés et fesses à l'air.

Lisbeth était une prostituée du port, qu'Adrian aimait à fréquenter à cause de sa réputation qui faisait d'elle la meilleure de l'île. Draco eut un rictus moqueur.

-Et toi, Capitaine ? Comment mettre à profit ton temps à terre ?

Adrian s'accouda au bastingage, expirant une bouffée interminable de fumée. Draco l'y rejoignit, mains derrière le dos, sans quitter des yeux le port qu'il surveillait attentivement.

-Chercher Potter, répliqua-t-il enfin.

-Deux minutes trente, avant d'aller voir Phoboe. Ou Térésa. Ou encore Maddie...

-Non, sourit brièvement Draco. Cette fois-ci, j'ai jeté mon dévolu sur Victoria.

Adrian siffla tout bas.

-La Victoria ? Tu veux dire le Fantasme des Flots ? Je croyais qu'elle s'était retirée du métier...

-Elle s'en est retirée parce que je lui verse une pension élevée pour qu'elle n'ouvre les cuisses que devant moi. Je n'aime pas passer derrière les marins des Caraïbes.

Adrian lui jeta un bref coup d'œil.

-Et petite peste ?

Draco se raidit, yeux toujours survolant le port attentivement.

-Granger. Et bien ?

-Est-ce que tu comptes la faire descendre à terre ? Elle appréciera, j'en suis certain...

Draco se détourna enfin de la Tortuga pour jeter un regard si glacial et incisif à son quartier-maître que celui-ci se tut immédiatement, craignant d'éveiller la fureur aussi rare que légendaire de son Capitaine.

-J'ignorais que tu étais sa nourrice, Pucey, railla-t-il d'une voix agressive.

-Je ne...

-Pourquoi ferais-je descendre Granger à terre ? Elle est ma captive. Elle restera enfermée dans la dunette, surveillée.

Adrian ne dit plus rien, décidant qu'il préférait rester en vie. Et puis, au final, Hermione Granger ne valait pas vraiment la peine de se disputer avec quiconque.

Hermione releva la tête lorsqu'on pénétra dans la dunette, et vit Draco Malefoy entrer en l'ignorant. Comme elle n'avait rien de mieux à faire que compter les planches de bois composant le sol, elle l'observa. Il avait visiblement pris un bain, puisque ses cheveux d'or étaient encore humides, et une serviette était posée sur son épaule. Il la passa rapidement sur sa tête, dos à elle, et quelques mèches restèrent quelque peu dressées, lui conférant une allure décoiffée qui lui allait à merveille. Elle rosit et détourna les yeux, se mordillant la lèvre, tandis qu'un frisson étrange lui parcourait le dos pour enflammer son intimité.

Malefoy se déshabilla rapidement, se fichant bien que Granger le voie nu : de toute manière, elle était trop gênée par le spectacle de ses cheveux pour le regarder à nouveau. Il se tourna vers elle : elle avait les yeux clos, se tenant la tête entre ses mains, assise sur le sofa, regardant le sol.

-Nous sommes arrivés à la Tortuga, déclara-t-il.

Elle releva la tête, yeux écarquillés, et se leva d'un bond, serrant et desserrant les poings.

-Pourquoi me dis-tu cela, Malefoy ? Ce n'est pas comme si tu avais l'intention de me faire quitter le navire.

-Lucide, remarqua-t-il d'une voix moqueuse.

-Je...

Elle détourna les yeux, joues se teintant de rose soutenu, et il la regarda avec curiosité tandis qu'elle se raidissait.

Elle se mordilla la lèvre, y attirant le regard de Draco qui s'assombrit. Sa lèvre inférieure, légèrement humide, étincelait à la lueur des bougies, l'invitant à y poser les siennes...contractant sa mâchoire, il se racla la gorge sans bruit. Elle dut néanmoins sentir un changement dans l'atmosphère puisqu'elle le regarda à nouveau, inspira longuement, et demanda :

-Puisque tes hommes descendent à terre, ils n'auront pas...besoin...de Tonks, ce soir. Est-ce que...est-ce que...

Elle le regarda, sa voix s'éteignant, et il éclata d'un rire narquois.

-Tu voudrais que je te laisse quitter la cabine, Granger ?

-Pas forcément, murmura-t-elle. Tonks pourrait...

-...venir ici ? Oh, Granger. Tu es si naïve. Je ne vais pas te laisser comploter avec ton amie. Et puis, certains de mes hommes restent à bord pour surveiller le navire. Ne crois-tu pas qu'ils ont besoin de compagnie pendant que les autres visitent les prostituées de la Tortuga ?

Elle le foudroya du regard en se redressant de toute sa taille, ce qui n'était guère impressionnant pour lui, et posa ses mains sur ses hanches.

-Tu es la personne la plus atrocement détestable que j'ai eu la mésaventure de connaître, Malefoy, cracha-t-elle.

-Tu ne connais pas ma tante Bellatrix, ricana-t-il en se détournant pour rattacher sa ceinture, avec pistolet et rapière, autour de sa taille. Je me fiche de tes états d'âme, Granger.

-Pourquoi me gardes-tu à bord, Malefoy ?

-Parce que j'ai besoin de toi, rétorqua-t-il avec un sourire mauvais. Ne t'en fais pas cependant. Lorsque j'aurais obtenu ce que je veux et que tu ne me seras plus d'aucune utilité, je te laisserai partir.

L'espoir qui enflamma ses yeux l'amusa.

-Puisque tu aimes tant la mer, tu pourras sauter de la planche, chérie.

Et il aimait tellement, quant à lui, voir l'étincelle de son regard s'éteindre aussi sûrement qu'une bougie soufflée.

Elle contracta la mâchoire, s'apprêtant à répondre, puis sembla soudainement se détendre.

-Bonne soirée, Malefoy. J'espère que tu attraperas le mal auprès de tes putains.

Il haussa un sourcil en se dirigeant vers la porte, amusé qu'elle ait utilisé un tel mot. Il s'arrêta à son niveau et susurra à son visage furieux,

-Ne t'en fais pas, princesse. Si ta malédiction se réalise, je m'assurerai de te transmettre le mal en question avant de te jeter à la baille.

Puis il sortit en claquant la porte. Hermione lâcha un feulement de fureur avant de se laisser retomber en arrière sur le lit dont elle s'approchait, en temps habituel, du moins possible.

Harry. Il voulait Harry Potter, tout se tenait. L'attaque contre la barque de son ami, poursuivi par le Mangemort. Sa capture et son maintien en vie. La discussion entre Malefoy et Adrian Pucey avant de mettre le cap sur la Tortuga. Ils voulaient le couler, lui, le corsaire le plus dangereux des Caraïbes. Et ensuite, elle mourrait...

Quitte à mourir, songea-t-elle sournoisement, elle n'allait certainement pas leur offrir Harry avant de ce faire. Elle s'allongea sur le lit, et finit par s'endormir.

Draco Malefoy était de mauvaise humeur. Bien qu'il ne s'attende pas réellement à ce que Potter se trouve à la Tortuga, le fait qu'il n'y ait pas amarré était décevant. Il remonta sur son navire alors que l'aube approchait, sortant tout droit du lit accueillant de Victoria, qu'il avait menée au plaisir encore et encore durant la nuit.

Il fallait qu'il se renseigne auprès de Granger afin de débusquer Potter, car après tout, celle-ci était la mieux placée pour savoir où Potter était susceptible de se trouver, ainsi que sa manière de se comporter. Pour cela il avait deux solutions.

La première, qu'il préférait utiliser d'abord, était la manipulation. Il ne voulait pas faire appel à la dette de la jeune corsaire à son égard, pressentant qu'il en aurait besoin à l'avenir, mais il pouvait, évidemment, tenter de séduire Granger. Celle-ci n'était qu'une jeune fille, et ne pouvait pas être insensible à son charme. Le problème était que Granger, qu'elle en soit consciente ou non, lui plaisait, charnellement parlant, et qu'il ne voulait pas lui offrir un quelconque ascendant sur lui. En plus, il préférait réserver cela à un jeu, ne voulant pas mêler plaisir et affaires.

Il y avait toutefois d'autres méthodes de manipulation que la séduction. Tonks, par exemple : mais même pour sauver son quartier-maître, la jeune corsaire ne vendrait pas Potter, il le sentait.

Enfin, il y avait la violence, si tout le reste ne fonctionnait pas. Étrangement, il répugnait à recourir à de la cruauté physique contre elle : d'ordinaire, homme ou femme, jeune ou âgé n'était pas immune à sa violence. Cependant, l'idée du sang de sa prisonnière ornant le pont du Dragon des Ténèbres lui déplaisait fortement.

Soupirant, Draco songea qu'il avait le temps de tenter de manipuler Granger avant d'en arriver là, et ouvrit la porte de la dunette.

La plupart des bougies s'étaient éteintes seules, et les quelques petites flammes restantes jetaient des ombres hésitants contre les murs du luxueux carré. Draco entra, cherchant sa captive du regard sur le sofa et ne la trouvant pas. Tournant la tête à gauche, il se figea.

Hermione Granger était allongée sur le dos sur son lit, jambes remontées, une main reposant sur son ventre, se soulevant au rythme de sa respiration, l'autre à côté de sa tête qui se trouvait au milieu du lit. Ses boucles éparses formaient un rideau soyeux auréolant son visage paisible et innocent. Parfois, les doigts de sa main droite, à côté de sa tête, se recourbaient légèrement tandis que ses sourcils se fronçaient imperceptiblement. Peut-être rêvait-elle des combats qu'elle avait menés sur les flots. Elle était à la fois si enfantine et si femme...les bougies éclairaient son visage doucement, mettant en valeur les creux seyants de ses traits.

Hermione Granger ne voulait sans doute pas tenter de le séduire, mais elle y parvenait à merveille.

Hermione Granger était allongée sur son lit...

Se secouant doucement la tête, dents serrées, maudissant son érection, Draco fut soudainement hors de lui. De quel droit osait-elle se vautrer sur son lit de la sorte ? Se croyait-elle sur son fichu Golden Lion ? Pour qui se prenait-elle, à le pousser à la désirer, alors qu'il avait passé la nuit avec une femme de petite vertu qui connaissait à la perfection tous les moyens de satisfaire un homme ? Il eut soudain envie de la gifler.

Il s'approcha du lit lentement, la foudroyant toujours du regard, et se pencha pour lui saisir l'épaule et la secouer. Néanmoins, dès que sa main fut en contact avec la peau chaude qui irradiait sous sa manche en coton blanc léger, il s'arrêta et avala difficilement sa salive. Si elle était aussi brûlante à un autre endroit de son anatomie...il hésita, puis ses doigts se mirent malgré lui en mouvement, remontant jusqu'à son cou. Il sentit une fine chaîne sous ses doigts, et souleva doucement hors de son chemisier un collier d'argent surmonté d'un pendentif, une petite croix de diamants. Il devina que c'était un présent de baptême ou d'anniversaire. Les Granger avaient l'air d'être riches.

Il savait à présent ce qu'il allait faire d'elle lorsque Potter serait entre ses filets. Il la revendrait à sa famille. Évidemment, il devrait supporter sa présence quelque temps de plus à bord du navire, mais l'or de sa famille en vaudrait le coup...ainsi que l'espoir s'éteignant au fond de ses yeux d'ambre lorsqu'elle saurait qu'elle devrait retourner chez les siens plutôt que repartir en mer.

Il abandonna la croix en diamants qu'il contemplait sans voir, et ses doigts vinrent glisser, avec la légèreté d'une ombre, sur la clavicule gauche de sa captive, qui remua un peu avant de murmurer doucement, toujours endormie,

-Ron...

Il se figea, puis une vague de rage l'emplit. Ainsi, lorsqu'il la touchait, elle pensait à son cher petit fiancé ? Il grinça des dents. Son ego était touché, et lorsque c'était le cas, Draco s'en vengeait. Le jour où il croisait Ronald Weasley, il s'assurerait de le tuer. Mais d'abord...d'abord, il voulait faire expier ses fautes à Granger. Il avait l'idée parfaite pour cela. Sa main vint caresser doucement un sein emprisonné par le coton. Il sentit la pointe se dresser et durcir sous ses doigts experts presque immédiatement. Elle avait des seins légèrement plus petits que ses mains, et s'il ne craignait pas de la réveiller, il aurait pu les empoigner. Elle gémit doucement, à voix très basse, et le son le traversa pour aller directement à son sexe presque douloureux. Bon sang, mais comment parvenait-elle à lui faire un tel effet ? Dégoûté de sa réaction, il allait cesser et la réveiller, mais elle soupira d'envie dans son sommeil, et il se détourna.

Ils allaient devoir rester une journée de plus à la Tortuga. Il ne pouvait décemment repartir en mer, en quartiers clos avec elle, tant qu'elle lui faisait cet effet. Puis il se gifla mentalement : non, il devait repartir au plus vite, trouver Potter rapidement et la revendre à ses parents.

Il hésita un moment, puis la souleva dans ses bras sans effort, et l'allongea plus haut dans le lit, ses boucles sur l'oreiller, avant de se coucher à ses côtés en ayant posé ses armes mais gardant tout de même un couteau sous les coussins. Avec celle-ci, on ne savait jamais. Il ne dormit que d'un œil cette nuit-là.

Les yeux de Hermione papillonnèrent et s'ouvrirent doucement. La sensation était divine : elle n'avait pas aussi bien dormi depuis qu'elle était arrivée sur le brigantin de Malefoy. Comme si elle avait enfin un lit sous elle. Elle bailla, s'étira, et ouvrit pleinement les yeux, avant d'inspirer vivement et de se redresser.

Elle était dans un lit.

Celui de Draco Malefoy, pour être plus précis. Elle était couchée sur les couvertures, tête sur l'oreiller, comme si on l'avait remontée, et elle n'était pas seule. Malefoy était à ses côtés, dormant tranquillement avec ce même air paisible et sa beauté éclatante qu'elle avait déjà admiré le soir où elle avait tenté de le tuer. Elle prit un instant pour se gorger de la vision paradisiaque à ses côtés, puis laissa pleinement éclater sa panique.

Elle se leva d'un bond, haletante. Pourquoi Malefoy ne l'avait-il pas réveillé ? Jetant nerveusement un regard par le hublot, elle put constater que le jour était levé depuis plusieurs heures, et qu'ils avaient repris la mer. Ce qui signifiait que Malefoy avait dû donner les ordres, et s'était donc couché sciemment à ses côtés. Pourquoi ? Elle aurait pensé qu'il se méfiait d'elle et l'aurait rattachée au pied du lit.

Lorsqu'elle regarda à nouveau le Capitaine, il était réveillé, allongé sur le côté, sa tête soutenue par une main accoudée au lit, la contemplant en silence. Le soleil éclairait ses cheveux de manière sublime. Ils se regardèrent un moment sans prononcer un mot.

-Pourquoi ? demanda-t-elle enfin, sachant instinctivement qu'il comprendrait.

Il ne répondit rien durant un long moment, l'observant toujours tandis qu'elle commençait à gigoter sous l'intensité presque dérangeante avec laquelle il la regardait. Puis un sourire amusé et moqueur vint se former sur son visage.

-Parce que j'aime te voir mal à l'aise, répondit-il, la rassurant et la vexant d'une même phrase, effet qu'il était le seul à pouvoir obtenir d'elle. Et te voir paniquer au réveil vaut tout l'or du monde, Granger.

La lèvre supérieure de Hermione se retroussa avec dédain et il lui décocha un rictus du même genre. Il se leva d'un bond félin, s'étirant, et se dirigea vers la sortie, sifflotant presque.

-Attends.

La voix de Hermione était douce et ferme, et il s'arrêta dos à elle. Elle s'approcha lentement, pas à pas résonnant dans l'espace réduit de la dunette, et s'arrêta à son tour derrière lui, sa poitrine frôlant presque son dos à lui. Il tourna légèrement la tête, afin de la surveiller du coin de l'œil, et demanda,

-Veux-tu quelque chose, Granger ?

-L'autre jour, tu m'as amenée sur le pont. Est-ce que...je pourrais...

Il comprit et s'éloigna d'elle, saisissant la laisse qu'il accrocha sèchement à son collier.

-N'oublie pas de rester sage, Granger.

Elle hocha la tête, excitée à l'idée de sortir enfin de la dunette où elle allait finir par devenir folle, et le suivit docilement jusqu'à la barre.

-A genoux, ordonna-t-il sans la regarder.

Fronçant les sourcils, elle le détailla. Il jeta un regard au ciel, où commençaient à s'amasser des nuages noirs à toute vitesse : un orage comme on pouvait seulement en voir aux Caraïbes allait s'abattre bientôt, aussi bref que violent.

-Granger, soupira Malefoy, je ne me répéterai pas.

Estimant qu'il valait mieux obéir plutôt que d'être enfermée à nouveau dans le carré, Hermione se laissa doucement tomber à genoux. Malefoy attacha alors la laisse à la barre, et attrapant un morceau de corde, attacha ses mains derrière son dos.

-N'essaye pas de bouger d'ici, je te le ferai regretter, promit-il le regard sombre avant de s'éloigner.

Faisant fi de son conseil, Hermione tenta de libérer ses mains, sans succès. Poussant un grognement de rage animal, elle se laissa retomber sans délicatesse sur les fesses, et maudit Malefoy.

-Navire à tribord !

Se relevant d'un bond, Hermione y jeta un regard. Un navire corsaire venait vers eux, arborant l'Union Jack. Elle ne reconnut pas le navire, mais reconnut sa bravoure de s'attaquer seul au Dragon des Ténèbres...et sa folie, surtout.

Les cieux se déchirèrent et il se mit à pleuvoir tandis que les vents se levaient, aussi sauvages que brutaux, faisant rugir la mer et tanguer les deux navires. Hermione vit Malefoy, près de la proue, donnant quelques ordres à ses marins qui éclatèrent d'un cri unanime et sanglant, avant de s'atteler à leurs postes. Tendant une oreille, Hermione entendait à peine les hurlements de guerre et les bruits du navire qu'on apprêtait à l'affrontement au-dessus de ceux, assourdissants, produits par l'orage : le tonnerre grondait et des éclairs déchiraient le ciel noir, éclairant le spectacle presque aussi sûrement que par beau temps, conférant au tout un air fantomatique étrange. Hermione se remit à se débattre dans ses liens. Si elle pouvait se dégager, elle pourrait aller récupérer Tonks dans ce capharnaüm généralisé, et sauter s'abriter sur l'autre navire, si celui-ci ne coulait pas...elle pourrait peut-être même convaincre le Capitaine étranger de fuir...

Les premiers coups de canon tonnèrent, et Hermione poussa un cri alors qu'un boulet enchaîné arrachait un morceau de hauban quelque part au-dessus d'elle, faisant neiger les échardes sur elle. Si elle restait là, elle allait finir par se faire tuer...

Soudain, Adrian Pucey fut devant elle, et d'un coup de couteau défit les liens dans son dos, dénouant à toute vitesse sa laisse avant de la tirer vers les cales, où le bruit des combats et de la pluie s'atténuèrent quelque peu.

-Je dois te ramener à la dunette, petite peste, ordres du Capitaine.

-Désolée, pirate, répondit-elle. Je ne suis pas en accord avec ton Capitaine, et entre nous, cela n'a rien de personnel.

Saisissant sa laisse à deux mains, elle tira dessus brutalement, surprenant le quartier-maître qui la lâcha. Elle asséna aussitôt un coup de genou dans les parties intimes du pirate, ayant mal pour lui, et enchaîna sans s'arrêter par un coup de poing dans sa mâchoire. Laissant échapper un râle de douleur, Adrian s'écroula à genoux, se tenant les parties intimes, rouge : elle grimaça et prit sa rapière, avant de la pointer vers la gorge du quartier-maître qui cessa de jurer à flots pour la regarder, n'en revenant pas.

Hermione pourrait le tuer, devait même le faire si elle suivait les ordres des corsaires, mais elle n'en avait pas envie. En outre, frapper un homme à terre lui semblait d'une lâcheté digne d'une...pirate. Plissant les lèvres de déplaisir à cette pensée, elle leva la pointe de l'arme de sa gorge. Adrian eut un bref sourire amer.

-A force de te prendre pour une fille de bourgeois, petite peste, j'en viens à oublier que tu es une corsaire.

Ils ricanèrent tous deux, et Hermione s'arrêta en se rendant compte qu'elle partageait une plaisanterie avec un pirate, le type d'aventurier qu'elle s'était engagée à exterminer. Frémissant à cette pensée, elle le contourna, lorsque sa voix l'arrêta :

-Il te tuera.

Elle sourit brièvement, et répondit doucement,

-Il peut essayer, pirate. Il peut essayer.

L'instant d'après, elle fonçait vers les cales, espérant y trouver Tonks. Son sang se glaça lorsqu'elle s'aperçut que toutes les cellules étaient vides. Où était Tonks ? L'avaient-ils tuée ? À cette pensée, une vague de fureur déferla en elle, à lui faire tourner la tête. Elle ferma les yeux un moment, refusant de perdre espoir. Non, les marins ne renonceraient pas au corps d'une jolie jeune femme. Peut-être l'avaient-ils mise en sécurité dans la dunette ? Un boulet vint s'encastrer à quelques mètres d'elle, déchirant un trou dans la coque, et elle se hâta vers le carré. Elle ouvrit la porte d'un geste, la faisant claquer contre le mur, et s'avança au pas de course.

-Tonks ? Tonks !

La porte claqua derrière elle, et elle se retourna vivement, se mettant en garde aussitôt, rapière devant elle.

Draco Malefoy la foudroyait du regard, et avança de la porte fermée jusqu'au centre de la pièce, à distance de sécurité, la lame de sa rapière venant caresser la sienne dans un geste langoureusement scandaleux.

-Alors, on cherche à me fausser compagnie, Granger ?

Elle l'ignora, tenant sa lame en place malgré la bouffée de chaleur inexplicable qui la saisit aux gestes lascifs de son ennemi, et rétorqua avec haine :

-Où est Tonks ?

-En sécurité, avec l'un de mes hommes, répondit-il paresseusement bien que ses yeux renvoient toute sa fureur.

-En sécurité avec...c'est supposé me rassurer ?

-Parce que tu crois que j'ai quelque chose à faire de tes états d'âme ? J'ai du quitter la bataille pour venir te chercher à cause de tes caprices...

-Caprices ? Ma liberté n'est pas un caprice, Malefoy. J'y tiens.

-Malheureusement pour toi, tu es ma captive, Granger. Tu vas devoir rester ici quelques temps encore.

Ils se guettèrent en chien de faïence un moment, puis Hermione frappa, levant sa rapière pour venir rencontrer le cou de son ennemi. Il la contra d'un geste presque ennuyé, et cela l'énerva au-delà du raisonnable : poussant un bref cri de colère, elle se mit à l'assaillir de coups, portant sa rapière au contact du sien. Il ne fit que parer à ses coups, sans l'attaquer en retour, un léger rictus amusé sur ses lèvres. Elle devait reconnaître qu'il était extrêmement bon. Même Harry, qui avait été son professeur, aurait lutté à prendre la main dans un duel. La vitesse augmenta, et bientôt, leurs jeux de jambes ressemblèrent à une danse, tandis que les lames se croisaient avec une telle rapidité qu'il devint difficile pour un observateur extérieur de pouvoir suivre et décomposer leurs mouvements. Finalement, Draco se lassa de ce petit jeu, et frappa à son tour : il feinta à droite, faussement hésitant, et évidemment, elle répliqua en frappant à gauche. Si prévisible. Il resta alors à droite, frappant la rapière de son ennemie de la sienne avec une telle force qu'elle la lâcha avec un cri de surprise. La pointe de son arme vint se loger dans le cadre de bois de la porte. Plus vif que l'éclair, il était sur elle, la saisissant à la gorge et la plaquant sur le lit derrière elle, lâcha sa rapière, et la maintint fermement de la sorte. Elle était si belle lorsqu'elle était furieuse...ses yeux d'ambre étaient tout à lui, enflammés par le feu de la haine. Elle haleta, et se débattit avec tant de force qu'il dut monter à quatre pattes au-dessus d'elle, coinçant ses jambes entre les siennes, et maintenant d'une main les deux poignets de Hermione au-dessus de sa tête. Cette scène lui rappelait celle d'il y avait plus d'un mois, lorsqu'elle avait tenté de le tuer dans son sommeil...

-Lâche-moi, espèce de sale pirate, hurla-t-elle, se débattant toujours, presque hystérique. Lâche-moi immédiatement ! Laisse-moi partir, salaud, espèce de malade...

-Granger, tais-toi, répliqua-t-il d'une voix glaciale.

-Lâche-moi ! Pour qui te prends-tu ? De quel droit ? Tout cela pour servir un malade mégalomane, comme le bon chien que tu es...

La main de Malefoy se resserra sur ses poignets à lui laisser des bleus, et celle sur sa gorge forma un poing qui vint s'abattre sur le matelas près de la tête de Hermione.

-Tais-toi, siffla-t-il. Pas un mot de plus, Granger, sinon...

-Sinon quoi ? Vas-y, tue-moi ! Ce serait préférable pour nous deux. Vas-y ! Espèce de lâche !

Il ne connaissait qu'un moyen pour la faire taire de manière efficace. Penchant brutalement la tête, il abattit ses lèvres sur les siennes.

Elle se raidit sous lui, visiblement choquée, et il en profita pour l'embrasser plus durement. Ce n'avait rien d'un baiser échangé entre amants : il la punissait de ses écarts, tout en veillant à asseoir sa dominance. Il irradiait la fureur, et celle de Hermione se rétracta. Ce n'était pas de la soumission, loin de là, mais de l'instinct de survie. Ce n'était pas pour autant qu'elle accepterait son geste.

Draco était au paradis. Les lèvres frémissantes de Hermione étaient douces, chaudes et pliables sous les siennes. Si la jeune femme ne faisait pas preuve de plus de coopération dans ses rapports avec lui, il allait finir par imiter la plupart des pirates et la prendre de force, son consentement une vague notion. Il ne se comprenait plus, lui qui avait toujours eu une poigne de fer sur ses émotions : elle lui faisait perdre la tête. Petite garce.

Sa langue vint caresser la lèvre inférieure de Hermione, et celle-ci entrouvrit légèrement les lèvres, par instinct sans doute. Victorieuse, la langue de Malefoy vint caresser la sienne, la tentant, l'attirant, la taquinant, et peu à peu, Hermione laissa ses sens prendre le dessus, et se mit à lui rendre timidement le baiser. Dès qu'elle ploya, il se fit plus doux, moins agressif, et le baiser devint enfin lascif et sensuel. Elle l'embrassa alors en retour avec moins de retenue, laissant enfin le désir qui tourbillonnait en elle dicter sa conduite envers le trop beau Capitaine. Il relâcha ses poignets pour venir agripper ses hanches, et elle noua naturellement ses bras autour de son cou, ses doigts caressant les cheveux couvrant sa nuque. Elle gémit doucement dans sa bouche lorsqu'il lui mordit la lèvre, et il la récompensa en approfondissant encore, si possible, leur baiser.

Malheureusement, ils eurent bientôt besoin d'air, et Draco, laissant ses lèvres caresser doucement celles de la jeune corsaire, s'éloigna. À bout de souffle, ils se regardèrent encore un moment, puis Hermione sembla soudainement revenir à elle. Elle dénoua ses bras avec un petit glapissement, et il se leva, lui tournant le dos et passant sa main dans les cheveux, mâchoire contractée. Puis il se sourit, narquois.

Au moins il avait la preuve qu'il ne laissait pas Hermione Granger indifférente. Le jeu allait s'avérer délicieux. Il reprit sa rapière, et marcha vers la porte avant d'ajouter par-dessus son épaule :

-Si tu tentes encore quoi que ce soit, Granger, je t'attacherai au mât du navire ennemi et te regarderai couler avec.

Puis il claqua la porte derrière lui avant de la verrouiller.

Hermione fixa la porte un long moment, avant d'éclater en larmes.

La Lady Murder était un navire somptueux, une corvette des plus modernes de bois sombre, voiles déferlées au vent. Pansy pâlit en voyant le navire qui l'attendait. Elle se tourna vers son maître d'enseignement, Jock McRoy, qui lui décocha un regard glacial.

-Le navire est neuf, construit sur les ordres du maître en personne. J'espère que tu sauras le faire aller sans sombrer, sinon tu sais bien qu'il te ramènera d'entre les morts pour te le faire payer, Pansy. Va, à présent, et bon courage.

Il s'éloigna du quai. Tout était dit. Son père, l'air misérable, était recroquevillé sous les pluies glacées, la dévorant des yeux. Sa mère n'était même pas présente, estimant qu'avec son manque d'intérêt pour la navigation, sa fille s'était mise dans les foudres de Voldemort, ce en quoi elle n'avait pas tort. Ce fut Narcissa Malefoy qui s'avança vers elle, toute de glace et de beauté froide, rappelant tant celle de Draco, et posa une main blanche sur son épaule.

-Bonne chance, Pansy. Et si tu vois mon fils...dis-lui que j'en suis fière.

-Je n'y manquerai pas, Lady Malefoy, si toutefois je parviens même à quitter le port, répliqua Pansy d'une voix blanche.

Les doigts de la dame se serrèrent brièvement autour de son épaule en guise d'adieux, et elle recula tandis que Pansy, nerveuse, se léchait les lèvres, détestant le sel marin s'y posant au gré du vent et l'odeur sordide des flots. Millicent Bulstrode, une amie d'enfance et son quartier-maître, s'approcha d'elle. C'était une fille de son âge, que sa corpulence masculine empêchait de trouver un mari voulant d'elle, aussi ses parents avaient-ils supplié Voldemort de l'adjoindre à l'équipage de la Lady Murder, afin de rajouter à sa valeur. Pansy savait que Millicent avait écouté attentivement Jock McRoy, et mis soigneusement en pratique son enseignement : elle ne pouvait qu'espérer que Millicent saurait mener le navire à sa place. Pâle, Pansy se tourna vers elle.

-J'ai envie de mourir, Millicent.

-Si nous ne parvenons pas à satisfaire ses désirs, nous mourrons certainement, Capitaine, répliqua le quartier-maître avec pragmatisme.

-Tu me rassures, rétorqua Pansy avec sarcasme.

-Allons-y, Capitaine. Notre navire et notre équipage nous attendent. Allons-nous-en d'ici.

-Je ne veux pas mourir aux mains des ennemis, Millicent, se plaignit Pansy.

Millicent plissa les lèvres, et sans répondre, se contenta de monter à bord. Fermant les yeux un bref instant, Pansy tenta de se rassurer en se souvenant de la liste des points positifs qu'elle avait dressé quelques jours plus tôt : elle allait revoir Blaise. Draco aussi, mais surtout et avant tout Blaise.

L'image de Blaise, de son visage doré et souriant, derrière les paupières, gravée sur sa rétine, la poussa à faire un pas, un autre, encore un, et à monter lentement à bord du navire.

Arrivée sur le pont, elle jeta un regard nerveux à l'équipage qui l'attendait respectueusement. Pansy cacha un sourire ironique. Naviguer, cela jamais. Mais commander ?

-Pourquoi me regardez-vous de la sorte ? déclara-t-elle froidement. Chacun à son poste, et sortez-moi ce navire du port. Cap sur les Caraïbes.

Pansy jeta un bref regard à Glacius, qu'elle détailla une dernière fois avec mépris, et à Narcissa, restée également sur le quai, qui la salua du bout des doigts avant de se détourner. Puis, elle alla s'enfermer dans la dunette en claquant la porte. Les marins se regardèrent, gênés, et Millicent les rappela à l'ordre en aboyant :

-Qu'attendez-vous, gueux de mer ? Allez ! Au travail ! Cap sur les Caraïbes ! Tribord amure pour quitter le port, déferlez les voiles !

Millicent leva les yeux sur le mât, dont le drapeau n'était pas hissé. Elle fit une courte prière mentale.

Cela n'allait pas être simple, mais il allait falloir convaincre Pansy d'embrasser pleinement son rôle de Capitaine et de lui faire aimer la mer. Pansy avait la navigation dans son sang, et cette qualité ne demandait qu'à être découverte.

Sinon, ils allaient droit à leur perte.

Luna Lovegood se jeta de côté juste à temps pour esquiver une balle de mousquet qui partait du pont ennemi, et prononça un rare juron tout bas. Elle roula parmi les débris du mât jonchant son propre navire, et se releva, visant et tirant avec acuité, tuant immédiatement un pirate qui sautait à l'abordage avec un hurlement belliqueux.

Ils avaient été attaqués à l'aube, par un navire que personne ne désirait rencontrer : le Salazar de Rodolphus Lestrange. Ils s'étaient alors attendus, inquiets, à ce que Bellatrix et son Mangemort de malheur arrive derrière son mari, sa frégate telle un oiseau annonciateur de torture et de ténèbres : heureusement, semblait-il, le Salazar voyageait seul, certainement pour aller renflouer au port de Curaçao, d'où elle sortait, et ils s'étaient visiblement croisés. Prenant sa dague, fermement attachée à une cuisse, elle la passa à travers la gorge d'un pirate qui approchait d'elle, regardant le sang couler le long du corps. Cela tâcherait son pont. Son joli navire bleu, couleur de la paix, de la tranquillité, de la mer et du ciel, allait finir rouge Enfer. Elle n'aimait pas cette notion, comme si cela influerait sur le karma de la Rowena.

-Ils reculent, jubila un de ses matelots non loin. Ils se retirent ! Nous les avons mis en fuite, quartier-maître !

En effet, le Salazar déferlait ses voiles jusque là soigneusement cargués et quittait les lieux du crime. Xenophilius se tourna vers sa fille, souriant, et elle dit doucement :

-Que faire, père ?

-Si nous les laissons aller, nous perdons une chance fantastique de couler les Lestrange. Mais cela serait lâche de s'en prendre à des gens qui tournent le dos à un...

Tout s'enchaîna si vite.

Un moment, son père adoré était là à lui parler, et l'instant d'après, une dernière balle de mousquet tirée du pont ennemi venait le cueillir en plein front, admirablement tiré. Il se figea, bouche entrouverte, yeux mi-clos, et s'écroula lentement, tout doucement, tandis qu'un silence de mort s'installait autour de lui. Luna cligna des yeux, mais son père ne se releva pas. Il n'y avait que son cadavre, mal retombé sur les débris de la bataille en une position inconfortable, un trou béant et sanglant dans la tête, le Salazar fuyant derrière eux.

-Père ?

La voix de Luna était curieuse, comme celle d'une enfant pensant que son parent joue et va se relever d'une minute à l'autre. Puis, d'une voix plus tremblante, répéta :

-Père ?

Elle s'approcha d'un pas, laissant tomber sa dague, tandis que les marins échangeaient des regards choqués et attristés. Lorsqu'elle s'adressa de lui à nouveau, sa voix était emplie de larmes retenues :

-Papa ?

Enfin, elle sembla recevoir d'un coup tout le poids écrasant de la réalité, qui retomba avec brutalité sur ses épaules frêles, et elle poussa un hurlement déchirant avant de se jeter à genoux à côté du corps, le secouant, encore et encore, répétant des « papa » interminables d'une voix brisée, le giflant sans pudeur pour qu'il se réveille, avant de cesser de le malmener et de bercer le cadavre de son bien-aimé père, larmes coulant sans interruption, visage levé vers le ciel matinal qui annonçait une si belle journée pourtant, criant sans relâche.

Enfin, elle posa un long baiser sur le front ensanglanté, reposa doucement le corps que plusieurs marins saisirent avec douceur, et recula s'accouder au bastingage, regardant la mer sans la voir. Une main douce et ferme se posa sur son épaule sans qu'elle se retourne, et la voix féminine et chaude d'un des matelots, Angelina Johnson, s'éleva.

-Que devons-nous faire, Capitaine ?

Capitaine. Essuyant ses larmes, cœur enserré par la douleur, elle répliqua sans se retourner :

-Remettez les voiles sur Curaçao, nous n'avons plus de mât de misaine. Nous devons absolument réparer. Oh, et Angelina ?

-Aye, Capitaine ?

-Je te félicite, murmura doucement la jeune blonde. Tu viens d'être promue. Va donner mes ordres à l'équipage, quartier-maître...

Hermione était assise sur le sofa, comme d'ordinaire, pensive.

Depuis deux mois et le baiser échangé avec Malefoy, les choses avaient radicalement changé entre eux. Elle n'expliquait sa folie que sur la fureur et la peur de l'instant, l'adrénaline lui ayant fait perdre pied avec la réalité et rétorquer à son baiser divin par le désir.

Mais cela était, à son sens, un fait établi. Elle aimait Ron follement, passionnément : elle ne voulait certainement pas de Draco Malefoy qui de toute manière, depuis le baiser perdu, s'était mis à agir comme si elle n'existait pas. Pucey lui amenait ses repas, et ils en profitaient pour échanger quelques piques, qui s'étaient adoucies avec le temps, comme si cela devenait un rituel en quelque sorte amical. Ce n'était pas qu'ils s'apprécient particulièrement, mais à défaut de meilleure compagnie...en tout cas, il ne semblait pas lui tenir rancune du fait qu'elle l'ait désarmé et agressé, semblant plutôt s'amuser de ce fait qu'autre chose, comme ébahi de son culot.

Mais hormis ces joutes verbales brèves avec le quartier-maître du Dragon des Ténèbres, elle n'avait presque pas de contact avec quiconque. Les mousses qui nettoyaient la dunette la faisaient toujours attacher au pied du lit avant de commencer, comme apeurés par l'idée qu'elle puisse s'en prendre à eux durant le ménage- ce en quoi ils n'avaient pas tort. Cependant, les relations avec la personne qu'elle détestait et admirait secrètement le plus à bord étaient réduites au minimum- bien qu'elle n'aurait jamais avoué, même sous la torture, à quel point elle admirait Malefoy, le trouvant beau, extrêmement bon marin et adversaire en duel armé. Au début, après le baiser, qu'elle se plaisait à surnommer l'Erreur de Sa Vie, ou simplement l'Erreur pour les intimes, songeait-elle avec dérision, elle avait ignoré Malefoy, trop gênée pour lui parler ou même le regarder. Mais après quelques jours elle s'était rendue compte avec stupéfaction que son ravisseur l'ignorait aussi- et elle était prête à parier le Golden Lion que ce n'était pas à cause d'une quelconque gêne, bien qu'elle ne trouve pas réellement d'autre raison valable.

Elle ne le voyait que le soir. Il rentrait dans sa dunette, l'attachait au pied du lit et se couchait sans une parole. Le matin, il la détachait, toujours sans un mot, et repartait. S'il avait besoin de quelque chose durant la journée, il envoyait Adrian ou un quelconque autre pirate qui lui jetterait alors un regard lubrique ou dégoûté avant de repartir vivement. Hermione avait bien tenté d'engager la conversation de temps à autre, pour sa santé mentale- si elle continuait à prononcer quelques phrases par jour seulement avec Pucey, elle allait devenir folle.

Adrian Pucey entra dans la dunette, portant son dîner, et lui lança en guise de salutations :

-Petite peste, à table.

Elle ne répondit pas, yeux perdus dans le vague, et il haussa un sourcil avant de remuer une main devant ses yeux. Elle revint à elle, abruptement, et soupira.

-Et alors, petite peste ? Tu ne me réponds plus ?

Elle soupira encore et Adrian plissa les yeux. Deux soupirs d'affilée n'étaient à son sens pas bon signe. Elle lui jeta un regard fatigué.

-Il n'y a que toi et Malefoy qui aient un minimum de conversation ici, sur ce navire, petite peste, dit alors Adrian mécontent. Je n'ai pas envie de me priver d'une partie de mon amusement.

Elle soupira- encore- et répondit enfin en se frottant les yeux :

-Tu as parfaitement bien vécu la situation avant mon arrivée à bord, Pucey, lorsqu'il n'y avait que toi et Malefoy dignes d'une discussion.

-L'heure est grave, s'exclama moqueusement Adrian.

Il tira une chaise du bureau face au sofa, s'y assit, sortit sa pochette de tabac et déclara,

-Tu m'appelles par mon nom au lieu de me surnommer « pirate », notre petit surnom tendre, ma chère petite peste, et tu as l'air en mauvais état. Qu'as-tu donc ?

Elle posa ses mains devant ses yeux, écarta les doigts, et le fixa à travers :

-Par où commencer ? Ah oui, vous, pirates, avez décimé mon équipage, enlevé mon sloop adoré, et prostituez mon quartier-maître à vos semblables tout en me détenant otage dans un espace de quelques pieds carrés, et la seule personne avec laquelle je détiens une conversation ici est toi, puisque Malefoy m'ignore depuis deux mois. Non pas que j'ai spécialement envie de discuter avec lui, mais pour ma santé mentale, ce serait mieux d'échanger plus de trois phrases par jour. Vous voulez m'utiliser pour tuer Harry, et vous êtes mes ennemis. Depuis deux mois j'ai compté pas moins de douze attaques- j'entends les coups de feu et les boulets, ainsi que les cris- et personne ne m'a expliqué si un de mes amis en était, ou quoi que ce soit de ce genre. Ah, et enfin, mais ce n'est pas la moindre des ennuis, je n'ai pas quitté d'une semelle le carré en deux mois, ce qui signifie que l'air frais et le vent marin, le soleil sur ma peau et le bruit vivant des vagues ne sont pour moi que de vagues souvenirs. Pour terminer, je suis occupée à confier mes petits soucis et tracas à un pirate qui me tuerait immédiatement en me voyant si je n'étais pas déjà prisonnière sur son navire.

Adrian resta un moment silencieux, l'air songeur. Elle avait déclamé cela d'une traite, d'une voix monocorde et sans nuance, comme si elle s'en fichait...comme si elle en avait perdu le goût. Si Malefoy ne faisait pas plus attention, elle allait finir par mourir littéralement.

-Petite peste, commença-t-il lentement, écoute-moi bien. Nous sommes en guerre. Chacun son camp. Les choses pourraient être pires. Tu pourrais être enfermée dans la cale avec les rats et être oubliée aux rations un jour sur deux. Tu pourrais devoir parader nue devant les matelots. Tu pourrais être maltraitée et torturée pour le plaisir, tout simplement. Ce n'est pas le cas. Cependant, tu as raison. Et je peux te rassurer, les douze dernières prises étaient toutes des marchands. Je te préviendrai si un te tes amis meurt. Mange, à présent, petite peste. Nous arriverons bientôt à Port Royal, qui est tout près de Spanish Town et si Potter s'y trouve, tu seras libre.

Il se leva, ignorant la moue de déception qu'elle esquissait, et il se dirigea vers la porte qu'il ouvrit avant d'ajouter, comme une dernière pensée sans importance,

-Au fait. Tu as tort sur un point, petite peste. Je ne te tuerais pas en te voyant. Tu es trop attachante pour cela.

Il sortit, laissant Hermione foudroyée. Puis, elle parvint à sourire légèrement. Adrian n'était pas le meilleur homme qui soit, c'était un pirate, un tueur et un coureur de jupons, mais il lui fallait reconnaître une chose : pour ce que cela valait, il était attachant aussi.

Alooooors?

Je veux tout savoir.

Avez-vous aimé ce chapitre? Qu'en avez-vous pensé? Est-ce que vous avez aimé la tentative de rébellion de Hermione, les retrouvailles de Harry et Ron, le baiser, la mort de Xenophilius, le départ de Pansy, le tout?

Que pensez-vous qu'il va se passer maintenant?

Je rédige actuellement le chapitre suivant de Black Ops, donc surveillez vos alertes, moussaillons, nos agents secrets préférés sont de retour après la pub.

Allez, je vous embrasse, mes chers et fidèles lecteurs, et je vous dis à très vite.

N'oubliez pas de reviewer per favore.

DIL.