Et voici, roulements de tambour...La Suite! Chapitre assez long, et qui devrait vous plaire. On se retrouve en bas. Bonne lecture!
...
-Si tu le dis, je te crois. Néanmoins, c'est dommage : la gentille corsaire et le méchant pirate. Ils auraient fait un très joli couple.
-Espèce de... !
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Luna Lovegood et Ron Weasley (à propos de Hermione et Draco).
…
-Petite peste.
Hermione se contenta de continuer à fixer le lambris du mur, sans faire attention au pirate qui posa son repas sur le bureau avant de venir s'accroupir à ses côtés, devant le lit, et de lui prendre le bras pour la secouer. Elle ne réagit pas, yeux secs mais toujours lointaine.
Cela faisait trois semaines que Hermione ne quittait sa position sur le lit que pour aller aux toilettes et se laver brièvement, sans intérêt pour rien. Adrian était obligé de forcer l'eau et un peu de nourriture dans sa gorge, comme une nourrice inquiète au chevet d'un enfant mourant. Elle ne se débattait pas, se laissant faire sans même le regarder. Malefoy venait se coucher le soir, sans lui parler ni la toucher, et elle l'ignorait également.
Il soupira, redressa le cache sur son œil, et reprit, comme il le faisait depuis des semaines :
-Il faut te nourrir, petite peste. Tu vas mourir, sinon.
Toujours pas de réponse. En ayant enfin assez, Adrian finit par se redresser.
-Ce n'est pas en te laissant mourir que tu le ramèneras, petite peste. Tu ne sais même pas s'il est mort. Il a peut-être survécu, qui sait. Et tu pourras difficilement le retrouver si tu n'es plus du monde des vivants.
Elle leva enfin un regard mort sur lui, avant d'ouvrir la bouche. Elle ne put parler, gorge trop sèche et n'ayant pas servi depuis des jours.
Adrian l'aida en faisant glisser un peu d'eau douce dans sa bouche, et elle avala, le fixant toujours, avant de répliquer d'une voix grave et rauque :
-A quoi bon, pirate. Il ne me sert à rien d'espérer. Mieux vaut faire mon deuil. Malefoy l'a tué, et rien n'y changera quoi que ce soit.
-Tu n'en sais rien, petite peste, rétorqua-t-il en cachant son soulagement qu'elle parle enfin.
-Pirate, où est Tonks ?
-Elle va bien, l'assura-t-il.
Hermione soupira doucement et se redressa sur le lit jusqu'à être assise. De grandes cernes se dessinaient sous ses yeux, elle était pâle, yeux rouges, et joues exsangues.
-Malefoy est la pire personne que je connaisse, dit-elle à voix basse et éraillée. Jusqu'à le rencontrer, je ne m'imaginais même pas que tant de noirceur pouvait exister en ce monde. Mais il est aussi le meilleur pirate dont j'ai jamais entendu parler. Qui sera de taille à l'affronter, si même Harry répugne à se battre contre lui ? Je voudrais le voir mort, et le Dragon des Ténèbres au fond des mers. J'aimerais tant...qu'il souffre comme je souffre. Mais je doute qu'il en soit capable : Malefoy a la chance d'être dépourvu de cœur, conclut-elle amèrement. Comment fait-il, pirate ?
Adrian hésita, puis répondit :
-Je te répondrai, à la condition que tu me promettes de manger.
Elle hocha lentement la tête, et Adrian s'assit dos au mur, face à elle, posant son pistolet chargé à ses côtés.
-Tu sais ce qui est réellement arrivé à mon œil, Granger ?
L'emploi de son nom la poussa à se rendre compte que le sujet abordé était extrêmement sérieux. Elle secoua la tête, bien que la question soit rhétorique.
-Cette histoire reste entre nous deux, petite peste, vu ?
Elle répondit par l'affirmative, et il soupira avant de fixer le sol.
-Notre maître, Voldemort, recrutait des officiers, pour ses armées sur terre et sur mer. Mon père était un homme très influent, officier supérieur retraité des armées du Roi Albus. Il est beaucoup plus âgé que moi. Enfin bref, Voldemort voulait s'approprier ses services, et mon père, outré qu'on puisse estimer qu'il trahirait la Couronne, a refusé. Seulement on ne refuse rien à Lord Voldemort. Il a commencé par faire torturer mon père, et lorsque père a continué à refuser de coopérer, il a tué ma mère.
Hermione le regardait avec compassion, prise par l'histoire.
-Mon père était furieux. Il m'a fait mettre à l'abri dans les Caraïbes, à Spanish Town, chez des amis. Père a continué à refuser, et est mort des tortures infligées. Mais Voldemort ne s'est pas arrêté là. Furieux que quiconque puisse défier son autorité, il m'a cherché, trouvé, et débusqué. Il a tué les amis qui devaient m'accueillir. Leurs noms étaient...Ted et Andromeda Tonks.
Hermione inspira vivement, mais Adrian leva une main pour qu'elle ne l'interrompe pas. L'histoire était déjà bien assez difficile à conter de la sorte.
-Voldemort les a tués. Ou fait tuer, plutôt : il ne se déplace pas pour le sale boulot, en général. Leur fille, Nymphadora, est parvenue à fuir, mais le maître m'a récupéré. Il a voulu me forcer à le rejoindre, j'ai commencé par refuser. Il a néanmoins dit qu'il s'en prendrait à mes amis si je persistais...il y avait déjà eu trop de morts, dont des innocents. Que pouvais-je faire ? Cependant il ne me faisait pas confiance, alors il a décidé de m'infliger une...sanction préventive.
Il désigna son œil d'un geste las et ajouta avec une colère sourde au fond de la voix,
-C'était sa façon de me dire qu'il me tenait à l'œil.
-Doux ciel, murmura-t-elle.
Il l'ignora.
-Satisfait de ma peur, car ma peur de lui garantissait mon obéissance, il m'a mis comme quartier-maître chez Draco, son meilleur sujet. Le Capitaine a eu un tout autre parcours.
Hermione s'était rembrunie à la mention de Draco, mais continuait à tendre une oreille attentive, passionnée par la narration.
-Lui, son père, et dans une moindre mesure sa mère, servaient fidèlement le maître depuis bien avant sa naissance. Sa mère a toujours fait passer les intérêts de son fils avant le reste, mais pour ce qui est de son père...
Adrian soupira, traçant du pouce des ronds sur ses cuisses larges et musclées.
-Les Malefoy étaient une famille de la meilleure noblesse jusqu'à ce que leurs ancêtres se lient à ceux de Jedusor, ancêtre de Voldemort, et se rendent traîtres à la Couronne. Depuis...
-Attends, attends, dit lentement Hermione. Tu veux dire que Malefoy est un...un Malefoy ? La famille Malefoy, la plus riche d'Angleterre, qu'on prétend plus fortunée que le Roi en personne ? Traîtres, comme tu dis, bourrés de titres de noblesse...
-Celle-là même.
Hermione se tut, interdite. Au moins cela expliquait les manières impeccables de son ravisseur, et sa culture étendue. Il avait dû accéder aux mêmes précepteurs que les princes et reines de ce monde.
-Depuis cette époque, donc, les Malefoy sont en disgrâce auprès de la royauté, et ont, à travers les décennies, conservé leur loyauté aux Jedusor dont Voldemort est le dernier représentant...Draco est aussi mauvais que son père est méprisant, ce n'est rien de le dire. Dès sa naissance, son père, Lucius Malefoy, a couru annoncer au maître qu'il était père d'un garçon, et lui a aussitôt proposé de mettre son fils, Draco, au service immonde de Voldemort, alors que celui-ci n'avait pas encore tété sa mère...
Hermione plissa le nez de dégoût. Qui était cet homme, ce Lucius Malefoy, tellement empressé de faire plaisir à un assassin qu'il serait prêt à mettre un nourrisson à son service ?
-Voldemort a saisi l'offre immédiatement et a pris Lucius...au pied de la lettre. Il a pris Draco sous son aile, l'éduquant pour en faire son digne héritier. J'entends par là que dès qu'il a été en âge de marcher, Draco a du apprendre des leitmotiv d'une violence extrême. Il a dû faire ses « devoirs » en étudiant les méthodes de meurtre les plus efficaces. Il a été torturé. Pas fessé, ni giflé, mais torturé pour ses bêtises d'enfant : le fouet, ou être enfermé dans une cellule noire et humide infestée de rats, sans boire ni manger, durant des jours. Ou encore être plongé des heures dans de l'eau glacée, et s'il tombait malade, c'était signe de faiblesse, et il était puni encore. Voldemort voulait créer un monstre, et il l'a fait.
-Mais, murmura Hermione écœurée, qu'en disaient ses parents ?
-Si Draco venait à être puni, Narcissa, sa mère le soignait du mieux possible et en douce, mais Lucius en rajoutait une couche, afin de mieux plaire au maître. Son père a passé sa vie à faire de celle de son fils un Enfer vivant, tant il était jaloux de la faveur dans laquelle Draco baignait. Lorsqu'il s'est aperçu que Voldemort ne voulait pas qu'il intervienne dans l'éducation de l'enfant, Lucius ne l'a alors corrigé que lorsque Voldemort n'était pas présent, ce qui était rare, et s'est plutôt mis à l'humilier. En somme, Draco a été élevé par un parfait psychopathe afin de prendre la relève si jamais il devait arriver quoi que ce soit au maître, et surtout, on s'est empressé de détruire chez lui tout ce qui le rendait humain, et donc faible. L'amour. L'amitié. Le partage. La compassion et la pitié. Malefoy exige et conquiert, petite peste. Il ne sait pas faire autrement.
Il y eut un long silence.
-Par tous les saints, murmura-t-elle. C'est horrible.
-Peut-être que Draco a un cœur, caché quelque part, bien que le doute soit permis. Il ne sera jamais un adorable amoureux transis. Nous ne croyons pas à ces choses, petite peste. Nous croyons au pouvoir, c'est tout. Et Malefoy a définitivement du pouvoir sur les mers, chacun en conviendra.
-Cela ne pardonne pas ce qu'il a fait, chuchota-t-elle.
-Mais cela le justifie, petite peste.
Il y eut un long silence.
-Je ne sais pas à quel jeu Malefoy joue, mais cela m'inquiète, finit-elle par avouer. Cependant, j'aime Ron. Passionnément. Que vous y croyiez ou non, cela m'est égal. Mais je ne laisserai pas Malefoy m'abattre. Je me battrai contre lui jusqu'au bout.
-Je te fais confiance pour cela, petite peste, sourit-il presque tendrement.
-Cela ira, je crois, coupa une voix incisive. Si je vous laisse encore un moment tous les deux, vous allez vous déclarer votre attachement éternel.
Ils se retournèrent tous deux vers la porte, l'air coupables, pour une raison obscure, bien qu'ils n'aient rien fait de mal. La porte était ouverte, et le Capitaine était accoudé contre le cadre. Hermione pouvait ressentir sa colère, épaisse et vengeresse dans l'air, et sentit instinctivement qu'il avait entendu une partie des confidences qu'Adrian lui avait fait à son propos, et que cela ne lui plaisait pas. Ce qui l'étonnait, s'il avait réellement entendu et que cela le mettait autant en colère, c'était qu'il ne soit pas intervenu avant.
-Pucey, va calculer les routes ailleurs, veux-tu ?
Adrian ne se le fit pas dire deux fois et partit d'une démarche raide, cigarette entre les lèvres. Malefoy le regarda partir, frigide, tendu comme prêt à tuer au premier signal, puis une fois le quartier-maître parti, il ferma sèchement la porte, et s'avança jusqu'au lit, s'arrêtant à quelques pieds de Hermione, qui soutint son regard, toujours assise. Un rictus d'un tel mépris orna les traits d'une beauté dévastatrice du Capitaine qu'elle détourna le regard la première. Il saisit une coupe de vin près du repas déjà froid et l'appuya contre les lèvres de Hermione, la surplombant de sa hauteur. Elle le fixa en retour, sans écarter les lèvres pour boire, et il esquissa un sourire faussement plaisant, bien que ses yeux demeurent froids et menaçants, et dit,
-Fais-le, ou je tue ton quartier-maître.
Elle écarta immédiatement ses lèvres scellées l'une de l'autre, et il maintint la coupe à sa bouche, l'y laissant le temps qu'elle la vide avant de la retirer lentement, sans la quitter des yeux. Une goutte de vin coula de la commissure de ses lèvres, et il la recueillit du pouce, la surveillant toujours avec une froide intensité qui ne présageait rien de bon pour elle, et vint presser son pouce contre ses lèvres. Il n'eut pas besoin de lui commander quoi que ce soit : elle entrouvrit de nouveau les lèvres, et il introduisit son pouce dans sa bouche chaude, l'y laissant. Elle le laissa faire docilement, goûtant le sel marin et le vin sur sa peau, pressentant que sa vie se jouait à ses réactions, et elle aspira doucement, sans trop en rajouter toutefois. Elle fut choquée, en revanche, de sentir à quel point le geste lui semblait naturel, et du frisson électrique qui vint liquéfier sa féminité et faire se durcir la pointe de ses seins. Elle pria pour que Malefoy ne s'aperçoive pas de son désir dénonciateur. Bon sang, il était l'homme qui avait envoyé Ron par les fonds, elle ne pouvait pas le désirer ! Malheureusement, depuis qu'elle le connaissait, elle se rendait compte avec inquiétude qu'il n'était pas nécessaire d'aimer quelqu'un pour le vouloir, et même, qu'elle n'était pas obligée de l'apprécier le moins du monde pour parvenir à ce résultat. À moins que ce ne soit elle qui ait un problème...
Malefoy retira lentement son pouce de sa bouche, se délectant visiblement de la situation et de sa soumission devant ses menaces, et son autre main vint s'enrouler dans ses boucles. Il tira sa tête en arrière, l'allongeant sur le lit et montant à quatre pattes au-dessus d'elle, la tenant fermement par les cheveux, mais du moment où elle se laissait faire, il ne lui faisait pas vraiment mal.
-Alors, princesse, susurra-t-il d'une voix glaciale. Dès que j'ai le dos tourné, tu pars épancher tes larmes sur l'épaule de mon quartier-maître ? Que t'ai-je dit à propos de tes relations vis-à-vis de mes hommes, Granger ?
-Je n'ai rien fait de mal, répondit-elle presque en chuchotant.
-Que tu crois, chérie. Je ne peux donc vraiment pas te laisser seule un instant, n'est-ce pas ?
-Lâche-moi, Malefoy.
-Force-moi, vas-y.
Ils se foudroyèrent du regard un moment, puis elle céda.
-Je suis triste et il était là pour me consoler. Tu as tué mon fiancé, Malefoy. Que cherches-tu au juste ?
Il évita la question en répondant, avec un rictus de dégoût,
-Ah, oui. Pucey était là pour te consoler, c'est cela ? En rentrant dans tes dessous ? Adrian est un coureur de jupons, Granger. Tu n'as aucun intérêt pour lui...si ce n'est physique.
-Cela tombe mal, parce que je ne suis pas intéressée. Cela dit, il a été assez gentil pour me réconforter, et pas une fois il n'a fait ce genre d'allusions. Contrairement à toi. Ce qui me mène à penser qu'il vaut tellement mieux que toi...
Elle lui décocha un sourire sarcastique et le sentit se raidir. Elle savait que ce n'était pas prudent, mais n'avait pas pu s'en empêcher. Sa fragilité étonnante face au pirate la repoussait dans ses tranchées, quitte à lui mentir ouvertement et effrontément.
-Que veux-tu dire par là ?
Son regard était plus sombre et froid qu'elle ne l'avait jamais vu, et elle eut soudain peur. Malefoy ne lui avait jamais réellement fait mal physiquement, mais elle le sentait sur le point de commettre l'irréparable. Malgré cela, sa colère vint affronter la sienne, et elle ne se rétracta pas.
-Je veux dire qu'au final, quitte à mettre l'un de vous deux dans mon lit, je le choisirais, lui.
Il rugit de fureur avant d'abattre son poing si près de sa tête qu'elle lâcha un petit cri, puis il sembla se calmer aussi abruptement qu'il s'était énervé. Redevenant la personne distante qu'il était d'ordinaire, il la regarda avec tant de dégoût qu'elle se sentit...sale. Malefoy avait cet effet-là sur les gens.
-Parce que tu crois que je veux de toi, peut-être, Granger ? siffla-t-il tout bas, la raillant. Oh, c'est certain, je ne dirais pas non pour t'avoir dans mon lit, une fois ou deux, tu as assez...d'atouts, pour cela. Mais au final, Granger, tu restes une petite bourgeoise méprisable qui n'a pas sa place dans ce monde ni dans l'autre. J'ai assez d'amantes qui savent y faire...et mieux que tu ne le sauras jamais. Puis, les pucelles, ce n'est pas vraiment mon fantasme...
Chacun de ses mots, qu'elle savait un habile mélange de vérité et de mensonge, comme à chaque fois qu'il parlait, si bien entremêlés qu'on ne savait distinguer le vrai du faux...son discours la frappa avec une violence inouïe, la blessant et la mortifiant à un point inimaginable. Il n'était pas supposé pouvoir arriver à la blesser de la sorte...Elle ferma les yeux fermement afin qu'il ne puisse pas voir ses larmes, mais il lui saisit violemment le menton, à lui laisser des marques.
-Ouvre les yeux, Granger.
Elle se contenta de serrer les paupières plus fort, mais il exerça une légère pression menaçante, et elle les ouvrit à contrecœur, et il se perdit un instant dans ses orbes d'ambre pur inondés de larmes.
Ciel, qu'elle était belle. Il dut faire presque un effort pour continuer à mettre en place sa vengeance.
-Tu as de beaux yeux, Granger, reconnut-il en sachant que c'était un euphémisme, et ajouta : oui, de très beaux yeux, mais j'avoue que j'aimerais mieux voir tes seins...ils doivent bien rattraper ton manque de beauté et ta maigreur.
Les larmes se mirent à couler, incessantes et silencieuses, et il se releva, avant d'ajouter pour terminer sa lancée perfide :
-Je ne te regarderai certainement pas à deux fois, mais en mer, on prend ce que l'on a sous la main, n'est-ce pas ?
Elle se redressa, larmes coulant sur ses joues pâles, éclairant ses yeux d'ambre d'une lueur appétissante. L'érection de Draco aurait été visible pour la jeune femme, si elle s'était donnée la peine de regarder cette zone de son anatomie.
-Je ne baiserai certainement pas avec toi, dit-elle crûment. Ron était mon amour, et tu ne seras jamais la moitié de ce qu'il était...et quitte à être prise pour une fille de petite vertu, comme je te l'ai dit...je préférerais mon pirate.
La mâchoire de Draco se contracta brutalement, mais il répondit sur un ton moqueur et final en s'éloignant pour sortir de la dunette, ouvrant la porte :
-Tu peux te prétendre amoureuse de ton Ronnichou, chérie. Si tu l'avais vraiment été autant que tu le dis, tu ne m'aurais pas embrassée, Granger. Tu n'aurais pas répondu à mes baisers avec autant d'ardeur...tu n'aurais pas aimé ça.
Il sortit, victorieux, lorsque sa voix le fit s'arrêter net :
-Tout ce que tu voudras, Malefoy : mais tu n'as été, et tu resteras à mes yeux, qu'une simple et lamentable erreur.
Il fit demi-tour, la foudroyant du regard, avant de revenir dans la pièce en claquant la porte.
-Une erreur, vraiment, Granger ?
Elle déglutit sous son regard calculateur. Elle était vraiment dans de beaux draps.
…
-A moi forban que m'importe la gloire, les lois du monde et qu'importe la mooooort ? Sur l'océan j'ai planté ma victoire, buvant mon vin dans une coupe d'ooooor...
Neville roula des yeux et se tourna vers Olivier Dubois, qui était actuellement occupé à faire des allers-retours sur le pont, faisant mine de travailler. Malheureusement pour lui, la bouteille peu discrète sous sa cape d'hiver- alors que l'été indien se prolongeait- ainsi que sa voix légèrement pâteuse dénonçaient son état réel.
-Dubois, viens ici tout de suite, décréta Neville en plissant les yeux.
Olivier vint jusque lui, et salua quelque peu maladroitement, faisant claquer ses talons dans une parodie grotesque de soldat, ce qui manqua de le faire basculer en arrière, avant d'offrir un sourire long comme la Manche à son supérieur, l'air franchement un peu stupide. Olivier était un excellent quartier-maître et un bon conseiller, mais son trop grand amour pour l'alcool, spécialement pour le rhum des Caraïbes, serait véritablement sa fin.
-Tu es ivre, Dubois, soupira Neville en se pinçant l'arête du nez, l'air las.
-Moi ? Comment, Capitaine ! Tu penses que moi, je toucherais à l'alcool, qui n'est autre que la salive de Satan, alors que je vis dans la plus fervente prière et le jeûne !
Neville haussa un sourcil tandis qu'Olivier joignait ses mains en une imitation ridicule de bigoterie. À ce qu'il savait d'Olivier, le jeune homme n'avait jamais posé pied dans une église de sa vie, et ne devait pas connaître la moindre prière.
-Tu es ivre, Dubois, répéta-t-il lentement, comme s'il s'adressait à un enfant particulièrement stupide.
-Mais non, Capitaine ! Je suis juste de bonne humeur...
-Ah, vraiment ? Alors ce n'est pas une bouteille de salive de Satan que tu tentes de dissimuler maladroitement sous ta cape ?
Olivier le dévisagea, yeux écarquillés, comme outré, puis tira effectivement de sous sa cape la bouteille presque vide de rhum et la fixa d'un air ébahi, comme si le fait qu'il se promène avec depuis une bonne heure le dépassait, avant de s'écrier avec stupéfaction :
-Ça alors...mais comment est-elle arrivée là ?
-Est-ce que tu te moques du monde, quartier-maître ?
-Je n'oserais pas, Capitaine. C'est une manifestation diabolique, de toute évidence. Il faut que nous exorcisions le navire, Capitaine.
-Ne sois pas stupide, Dubois, répliqua Neville en serrant les dents.
-J'exorcise ce navire ! se mit à hurler Olivier en remuant ses bras partout.
-Tais-toi, siffla Neville en avançant d'un pas menaçant. Tu vas réveiller ceux qui sont en congé, dans les cales.
-J'exorcise les marins en congé ! brailla alors Olivier.
Perdant toute patience, Neville fit signe à deux matelots de s'approcher de lui.
-Le quartier-maître s'oublie, dit-il sèchement. Enfermez-le dans une cellule de la cale jusqu'à ce qu'il dessaoule, pas avant demain matin à mon avis.
-Eh, mais dis-donc, répondit soudain Olivier qui était jusque-là occupé à « exorciser » les tonneaux de vin. Tu veux m'enfermer, c'est ça, hein ? Depuis que tu attaques des navires, il te pousserait presque des couilles, Capitaine.
L'œil droit de Neville se mit à tiquer dangereusement.
Un quart d'heure plus tard, Olivier, fermement ligoté au mât dans le nid-de-pie, hurlait de toutes ses forces en tentant en vain de se débattre.
-Non ! Vous ne pouvez pas, nooooon !
…
Malefoy fut sur elle en moins d'une seconde, la plaquant à nouveau au lit, avant que ses lèvres ne viennent s'abattre avec une violence possessive et dominante sur celles de Hermione, qui tenta de se débattre sans pouvoir échapper à l'emprise du pirate. Plus elle se démenait, plus durement il l'embrassait, et plus il lui faisait mal en meurtrissant ses épaules qu'il tenait fermement contre les draps.
-Laisse-toi faire, commanda-t-il dans un souffle avant de l'embrasser à nouveau.
Hermione craqua. Depuis son arrivée sur le Dragon des Ténèbres, elle avait du mal à distinguer les éléments, elle qui s'était toujours targuée de sa clairvoyance et de son esprit d'analyse : elle était attirée par Malefoy, contre son gré, de cela elle était certaine, et cela la couvrait de honte. Elle ne savait pas si, en d'autres circonstances, elle aurait réagi de la même manière ou si son attirance n'était qu'une conséquence de sa captivité, même si elle se doutait de la réponse, et cela la terrifiait. Enfin, le pirate avait tué, ou du moins coulé, son fiancé, et l'avait forcée à assister à la mise à mort, ou plutôt au naufrage, du HMS Slayer. Il la manipulait, l'insultait, la torturait de façon insidieuse. Elle le détestait, mais ne pouvait s'empêcher de vouloir son corps sur elle...
Tant d'émotions contradictoires étaient épuisantes. Elle avait désormais vraiment mal aux épaules, et était fatiguée de lutter, lassée de défendre son honneur. Les mots d'Adrian lui revinrent brusquement.
Ce n'est pas en te laissant mourir que tu le ramèneras, petite peste.
Et se laisser mourir ne se résumait pas qu'à son manque de sommeil et son dégoût de la nourriture. Se laisser mourir était également refuser le contact humain, rejeter Malefoy et ses lèvres, Ô combien paradisiaques, contre les siennes. C'était refuser d'avancer, et poursuivre son deuil de Ron. Ils étaient en guerre et savaient à quoi s'attendre, après tout.
Malefoy ne la désirait qu'à peine, il le lui avait dit, mais elle ne pouvait, malgré elle, pas s'empêcher de le vouloir au-delà de la raison, comme si elle venait de traverser le désert sans eau et qu'il était un oasis. Ron ne reviendrait pas, et même si cela arrivait par un quelconque miracle, elle savait qu'il lui pardonnerait cet écart : après tout, elle était captive depuis des mois à bord du navire pirate. Elle savait que la culpabilité viendrait plus tard, mais pour l'heure, elle ne pouvait pas lutter.
Elle se plia donc à sa demande, en cessant de se débattre et en écartant légèrement les lèvres. Sa langue vint caresser doucement, presque timidement, la lèvre inférieure de son ravisseur.
Malefoy s'éloigna quelque peu, la regardant dans les yeux, suspicieux. Puis il l'embrassa de nouveau, et leurs langues vinrent se mêler en une bataille ardente, tel un combat mené sur la mer, à la fois vif et sauvage. Hermione ploya la première, gémissant dans sa bouche, et elle le sentit sourire contre ses lèvres, victorieux, avant d'adopter un rythme plus lent et sensuel.
Leurs mains se baladèrent au cours de leur baiser, celles de Draco cessant d'appuyer ses épaules contre le matelas pour venir caresser ses hanches, provoquant chez elle une agréable sensation de chaleur tandis que sa féminité devenait de la lave brûlante, sentiment à la fois plaisant et quelque peu douloureux. Elle n'avait jamais désiré quiconque à ce point. Ron et elle n'étaient jamais allés au-delà du simple baiser chaste, mais une petite voix au fond d'elle l'informa en haussant un sourcil désabusé que Ron aurait eu beau jeu de tenter de la rendre aussi envieuse de la chose. Malefoy parvenait, en revanche, à l'embraser d'un regard, d'un mot, de sa simple présence.
Ne voulant pas comparer les deux hommes, elle se concentra à nouveau sur l'instant présent, ses paumes venant heurter doucement le torse incroyablement dur et tonifié de son ennemi, et restant là, alors que presque instinctivement, ses jambes vinrent encercler la taille du pirate, afin que leurs intimités se frottent. Elle le sentit contre elle, énorme et dur, et un ronronnement d'appréciation s'éleva dans sa poitrine lorsqu'il inspira vivement contre ses lèvres, avant de mettre fin au baiser et de relever légèrement la tête pour la regarder. Elle le détailla en retour, fascinée. Quelques mèches fines et blondes retombaient devant ses yeux d'orage, assombris jusqu'à l'acier. Il était d'une splendeur telle que son cœur rata un battement.
-Une erreur, Granger ? répéta-t-il.
Elle haleta, et il l'embrassa à nouveau, ses mains saisissant ses hanches pour les lever vers lui, son bassin effectuant des petits mouvements ronds, envoyant des éclairs de plaisir droit au cœur de son intimité. Elle gémit, ses mains venant se perdre dans les cheveux blonds, les ébouriffant et les tirant doucement. Il murmura tout contre ses lèvres,
-Tu as envie de moi. Tu veux que je te caresse, que je te touche...que je te prenne encore, et encore...alors suis-je une erreur ?
Elle ne répondit pas, cherchant ses lèvres, et il se redressa pour qu'elle n'atteigne pas son but, arborant un rictus sombre. Elle savait ce qu'il attendait d'elle, mais elle n'était pas prête à lui donner. Malgré qu'elle soit dans ses bras, malgré son désir flagrant, elle le détestait, et l'ombre de Ron planait toujours au-dessus d'eux. Alors même si, comme il disait, il la prenait encore et encore, il resterait toujours une erreur.
-Oui, souffla-t-elle. Ne te méprends pas. Je te hais, et tout ce qui pourrait arriver entre nous sera une erreur.
Elle attendit sa réplique qui serait, à n'en pas douter, furieuse, tandis qu'une angoisse perceptible s'installait sur ses traits, mais il se contenta de ricaner.
-Donc, tu ne te contrôles pas lorsqu'il s'agit de moi...intéressant.
Elle frémit. Le fait qu'il ait compris, de manière si clairvoyante, ses sentiments à son égard, la terrifiait. Qui savait à quel profit il pouvait mettre cette pépite ?
-Je...
Malefoy ne l'écoutait pas, et se releva brusquement, l'air frustré.
-Ne me cherche pas, Granger, la prévint-il. Tu ne sais pas à quoi tu t'engages.
Et sur ces paroles énigmatiques, il sortit enfin. Hermione resta un moment figée, à contempler le plafond, le désir parcourant toujours son corps par vagues, et lorsqu'elle ne le ressentit plus, ne resta que le vide et le désespoir, ainsi que l'image de Ron, réprobateur, flottant devant ses yeux.
Elle éclata en larmes.
…
-Parfait, murmura Harry en collant son œil à la longue-vue. Parfait. Parfait.
-Nous avons compris que c'était parfait, l'interrompit une voix sarcastique derrière lui. Est-ce que, un jour, tu auras l'intention de nous informer de ce qui est parfait, ou est-ce que tu comptes faire la fête dans ton petit coin encore longtemps ?
Harry se tourna vers Ron, qui venait d'apparaître sur le pont du Red Phoenix, un verre de vin à la main, mâchant un morceau de bœuf séché. Heureusement pour lui et ses marins, le Red Phoenix était sorti victorieux de leur rixe avec les pirates lorsque le HMS Slayer avait été coulé, tandis que le HMS Tiger était au fond de l'eau à présent, et Harry avait vu le feu allumé sur la plage en doublant l'île.
-Oui, déclara Harry. As-tu déjà entendu parler des Lovegood ? Ils sont, pour le père, Capitaine, et pour la fille, quartier-maître de la Rowena, un schooner. Corsaires, tous deux.
-Ah, oui, rétorqua Ron en continuant à dévorer son bœuf. J'en ai vaguement entendu parler. Il paraît qu'ils ne sont pas mauvais dans le domaine.
-Ils sont même très bons, répondit Harry. Et ils sont surtout au large. Un mille deux nord, nord-ouest.
Ron saisit la longue-vue tendue et la braqua sur un schooner de couleur bleue naviguant vers eux.
-Tendez les voiles, jetez l'ancre flottant et hissez le drapeau, ordonna Harry à Dean qui passait par là. La Rowena arrive, nous pourrions éventuellement bénéficier de son aide pour affronter le Dragon des Ténèbres.
-Aye, Capitaine, répliqua Dean.
Ils purent voir Luna Lovegood debout à la proue du navire, alors que la Rowena approchait le Red Phoenix. Avec un sourire gai, elle sauta à bord, et Harry vint à sa rencontre, lui baisant la main :
-Miss Lovegood, un plaisir de te revoir, déclara-t-il.
-Tout le plaisir est pour moi, Harry, et je te prie de m'appeler Luna, nous en avons déjà parlé, sourit-elle. Ce doit être les Nargoles qui te font oublier.
-Les...Nargoles ?
-Oui. Ce sont des parasites amenés par les gouttes d'eau de la mer qui t'aspergent. Après, ils te tournent autour de la tête et t'embrouillent l'esprit.
-...Je vois. Luna, voici mon ami, Ronald Weasley, dont le navire, le HMS Slayer, sur lequel il était Capitaine, a été coulé récemment.
Ron se renfrogna à ce dernier point, mais baisa à son tour la main de Luna.
-Bonjour, Miss Lovegood.
-Bonjour, Capitaine Weasley, répondit-elle avant de décider rêveusement : je crois que je préfère te nommer Gwo Rou Ki Yo Navige Kontwol Lanmè A.
Ron cligna des yeux, interdit. Luna lui sourit sagement.
-C'est du créole, le français utilisé en Haïti.
-Je ne connais déjà pas le français régulier, alors le langage des nègres et des...
-Tous ont le droit de vie à même titre que nous, réprimanda doucement Luna.
-Bien évidemment que oui, rétorqua Ron, sinon qui utiliserions-nous comme esclaves ? Et sinon, cela signifie quoi ?
-Grand Roux Qui Navigue Les Mers, répondit-elle en surveillant le ciel d'un œil lointain. Cela te va bien.
-Euh...je crois que je préfère que tu m'appelles Ron, répondit le rouquin en grimaçant.
Harry intervint alors dans leur conversation.
-Luna, ma chère, où est ton père ?
Luna se renfrogna brutalement, et sembla revenir soudainement sur terre.
-Nous avons été attaqués par le Salazar, heureusement seul, dit-elle d'une voix légèrement tremblante. Mon père a été touché d'une balle perdue en pleine tête.
-Je suis désolé, murmura Harry.
-Ce n'est pas grave, il n'a pas souffert, répondit-elle. Ce n'est pas pour lui que c'est triste. Et puis maintenant il est avec mère, et ils sont tous les deux dans chaque vague qui caresse la Rowena, donc ils sont avec moi, tout le temps.
Harry hocha la tête, avant de dire pensivement,
-Mais alors, du coup...tu es Capitaine de la Rowena, à présent ?
-Oui, sourit Luna tendrement en enveloppant son navire du regard amoureux que seuls les Capitaines de navire pouvaient arborer. Elle m'appartient à présent. Je continue à combattre les pirates, mais comme je n'ai plus père pour me guider, j'ai trouvé une tactique. Je hisse le drapeau anglais, français ou espagnol et je fais mine d'être un navire marchand. Cela les attire à tous les coups. Je n'ai plus qu'à attaquer.
-Intelligent, répondit Harry, mais la Rowena est tout de même un navire réputé, et sa couleur aide à l'identifier, tout de même ?
-J'imagine que vous autres diriez que la cupidité attire les pirates, qui ne se méfient donc pas, même lorsqu'ils ont des doutes, répondit-elle en souriant : mais de manière plus sérieuse et réaliste, je pense que les lutins d'algue sont responsables de leur aveuglement.
Les deux jeunes hommes la dévisagèrent un moment, Ron en oubliant même de mâcher son bœuf, puis Harry se racla doucement la gorge.
-Alors, euh. Luna, est-ce que tu crois que Neville et toi pourriez vous joindre à nous pour une petite mission ?
-Quelle mission ?
-Le Dragon des Ténèbres, murmura Harry.
Luna cessa d'observer les nuages pour le fixer.
-Le Dragon des Ténèbres ? Tu connais les légendes, Harry.
-Et il s'agit exactement de cela, Luna. De légendes. De mythes. De contes. Je suis persuadé que la réalité est toute autre.
-J'en suis. C'est pour récupérer la corsaire ?
Ron étouffa sur sa gorgée de vin et demanda, abasourdi :
-Attends, tu connais cette histoire ?
-Tout le monde connaît cette histoire, sur les fronts marins, répondit-elle doucement en haussant les épaules. Hermione Granger était l'étoile montante du milieu après tout. J'ai même entendu un matelot à Curaçao dire que Potter et Granger seraient les seuls à être de taille face au Dragon des Ténèbres ou au Mangemort. Et puis, arrive Malefoy, qui capture Hermione et la retient à bord. Beaucoup de rumeurs courent sur ce qu'il fait d'elle, ou a l'intention de faire d'elle. Comme elle est réputée jolie, il y en a même qui racontent qu'ils se sont mariés en douce...
Harry éclata de rire, se tapant les cuisses comme d'une bonne plaisanterie, et Ron roula des yeux. Il n'y avait aucune chance que sa Hermione approche de ce pirate, même pour lui mettre sa main dans la figure.
-Il est généralement admis que Malefoy et Granger entretiennent une romance, ajouta Luna sans prendre part à l'hilarité des deux autres. La question est, en fait, de savoir si elle est consentante ou non.
-Quoi ? s'énerva Ron abruptement. Il abuse d'elle ? Je vais le...
-Je ne vois pas pourquoi il ferait cela, déclara Luna avec innocence. Malefoy n'a pas à violer les femmes. Elles se jettent à ses pieds. Donc si la romance est réelle, et le doute est permis, alors Granger est pleinement consentante...
-Descends de ce navire immédiatement ! s'exclama Ron, visiblement outré.
-Tais-toi, Ron, renifla Harry en essuyant ses larmes de joie. Luna sait qu'elle est toujours la bienvenue à bord du Red Phoenix. Luna, n'écoute pas les rumeurs des fronts de mer. Hermione est la fiancée de Ron et ils sont très amoureux. Elle hait les pirates. Elle n'a pas de relation avec Malefoy.
Luna haussa encore une fois les épaules, avant de clamer rêveusement,
-Si tu le dis, je te crois. Néanmoins, c'est dommage : la gentille corsaire et le méchant pirate. Ils auraient fait un très joli couple.
-Espèce de... !
-Ron, cela ira, dit Harry en ricanant devant l'air indigné de son ami. Bon, est-ce que tu sais où nous pourrons trouver Neville ?
-Oui. Je l'ai croisé il n'y a pas quelques semaines encore, avant la mort de père, et il allait sur Spanish Town.
-Ce sera parfait. Nous nous y rendons aussi : Ron a besoin d'un nouveau navire. Ensuite, à nous quatre, nous serons bien suffisants pour attaquer le Dragon des Ténèbres. Que puis-je te donner en échange de ce service, Luna ?
Elle réfléchit un moment, puis dit :
-Tu n'aurais pas un nid de fées d'eau sous la main, des fois ?
…
-Et le chant du gaillard d'avant, montera jusqu'à la dunette, et le chant du gaillard d'avant, égaiera tout le bâtiment...
Pour la seconde fois dans sa vie, Draco Malefoy s'arrêta en entendant la voix mélodieuse de Hermione s'élever en chantant depuis le carré. Elle avait une voix cristalline, d'ordinaire, mais lorsqu'elle chantait, comme si elle se souvenait de temps plus heureux avec désespoir, son ton prenait des accents cassés, quelque peu rauques et tremblants qui lui allaient à merveille et hérissait le poil du spectateur devant tant de beauté, fait que Draco n'aimait pas du tout. Quel droit avait-elle à manipuler ses émotions de la sorte, à le faire frissonner ? Si c'était le résultat qu'elle attendait de lui, elle n'avait qu'à le supplier de la mener au lit et de la prendre encore et encore, ce qu'il se ferait un plaisir de faire, bien entendu.
Depuis le baiser échangé quelques jours plus tôt, la situation était devenue extrêmement tendue entre eux deux. Le simple fait qu'ils dorment côte à côte le tenait éveillé durant des heures, une érection conséquente l'obnubilant, tandis qu'il contemplait le beau visage un peu mince de sa voisine, qui dormait. Ils étaient revenus à l'époque où ils s'ignoraient, comme après leur premier baiser. Draco soupira en songeant à l'effet insensé qu'elle produisait sur lui, et pas uniquement sur son corps.
Lorsqu'elle l'avait giflé, par exemple, il n'avait que vaguement songé à l'attacher au mât pour la fouetter de trente-neuf coups, alors qu'en d'autres circonstances il n'aurait pas hésité. Il ne voulait pas lui causer de mal...en tout cas, pas physiquement. Il l'admirait et la respectait dans une certaine mesure, bien qu'il la méprise du mieux possible. Ce n'était que ramassis de détails pour prouver qu'il s'était finalement, malgré lui, attaché à Granger, et cette pensée le hantait. Il s'y était attaché comme on s'attache à quelqu'un que l'on désire et respecte, mais duquel l'on n'est pas proche et ne veut pas le devenir. C'était étrange, nouveau, et inquiétant.
Ayant soudainement une idée, il entra dans la dunette. Granger était allongée sur le lit, une main devant les yeux, l'autre pianotant sur les draps, l'air ennuyée. Elle cessa de chanter en entendant la porte s'ouvrir. Il s'approcha d'elle et s'arrêta à sa hauteur, écarta lentement la main cachant ses yeux, et la redressa en position assise, poussant ses jambes pour que celles-ci heurtent le sol. Il se pencha et couvrit brièvement les lèvres de Hermione avec les siennes, baignant dans la chaleur inhabituelle qui occupait sa poitrine comme les deux autres fois qu'il avait fait cela. Le baiser fut rapide et chaste et il se maudit : avait-il vraiment besoin d'éveiller le désir insensé qui l'étreignait chaque fois qu'il était près d'elle ? Foi de pirate, Granger ne quitterait pas ce navire tant qu'il ne s'était pas rassasié de son corps, de chaque centimètre de sa peau. Il se le jurait.
-Tu dois arrêter de m'embrasser de cette façon, dit Hermione en haussant un sourcil.
Elle était calme, comme désabusée, bien qu'il devine, à la rougeur de ses joues, qu'elle était comme lui baignée d'une tornade brûlante intérieure. Pourquoi ne la prenait-il pas, puisqu'ils en avaient tous deux si envie ? Il écarta cette question mentale dérangeante et se focalisa à nouveau sur elle.
-Tu chantes bien, dit-il. Ce n'est pas la première fois que je t'entends.
Hermione rosit tandis qu'il la scrutait attentivement. Elle n'aimait pas le calcul dans ses yeux de mercure...puis un léger rictus grivois vint s'installer sur les traits du jeune pirate et elle roula mentalement des yeux, sachant pertinemment ce qui allait suivre. Comment et quand avait-elle appris à le connaître aussi bien ? Elle tenta d'oublier la question qui la dérangeait profondément. Cela ne manqua pas :
-Lorsque je jouerai de ton corps comme d'un instrument, tu chanteras ta jouissance pour moi tout aussi joliment. Avec mon prénom en guise de refrain...
Elle eut une bouffée soudaine de chaleur et s'empourpra, tandis qu'il la regardait avec un petit sourire séduisant. Bon sang, l'effet qu'il lui faisait était stupéfiant. Chaque jour davantage, elle devait lutter contre le désir ardent qu'il lui inspirait. La nuit, elle faisait mine de dormir, sentant ses intenses yeux d'orage sur elle, puis quand il s'endormait enfin, elle le dévisageait avec gourmandise à son tour. Elle devait se faire violence physiquement pour ne pas se jeter dans ses bras.
Pourtant Malefoy avait été très clair. Il ne voulait pas d'elle au-delà de quelques échanges sexuels, et de toute manière ils se détestaient. Cependant Hermione trouvait de plus en plus difficile de se concentrer sur sa haine lorsqu'il lui inspirait un tel désir...
-Ah, silence, le réprimanda-t-elle alors qu'il ricanait, moqueur.
Elle ne put empêcher un petit sourire de prendre place sur ses lèvres.
-Tu ne penses qu'à cela, murmura-t-elle.
-Difficile de faire autrement, lorsque tu vis dans ma dunette et dors tous les soirs dans mes chemises et dans mon lit, chérie.
La rougeur éclatante qui prit alors brusquement place sur les joues de la jeune femme attisa le désir de Draco encore davantage si possible, et il ricana à nouveau. Que l'effet qu'il fasse à Hermione soit bon ou mauvais, l'essentiel était qu'il parvienne à la toucher quelque part au fond d'elle et soit récompensé par une réaction. Il fut pris par l'envie aussi brutale qu'incongrue de la marquer comme étant sienne. De laisser une trace de lui sur son joli corps, qui ne s'en aille jamais, restant là pour les siècles des siècles, Amen...bon sang, il divaguait.
-Tu vas divertir mes hommes ce soir, déclara-t-il soudain.
A la pâleur record qui draina alors toute couleur de son visage, il vit qu'elle avait mal, très mal compris son ordre. Mais étant Draco Malefoy, et s'amusant du désarroi de la jeune femme, il la laissa balbutier, perdue, alors que ses petites mains vinrent s'accrocher en poings serrés à sa chemise :
-C...comment ? N...non, s'il te plaît, Malefoy ! Tout...tout ce que tu veux, tout, mais pas cela, s'il te plaît, s'il te plaît...
-Je ne voulais pas dire de cette façon, précisa-t-il avec un rictus. Je veux simplement que tu chantes pour eux. Mes marins ont besoin d'un peu de divertissement, et ta voix leur fera un changement des jeux de dés et de cartes. Ils pourront danser, et cela te fera prendre l'air sur le pont le temps d'une soirée.
Elle eut l'air visiblement soulagée, et il fut quelque part vexé qu'elle puisse croire qu'il la donne librement à ses hommes de la sorte. Même alors qu'elle avait tenté de le tuer, il ne lui avait pas fait subir cela. Mais Granger, à son sens, était à lui seul. Personne, que ce soit son fiancé, son frère adoptif ou quiconque d'autre, ne la reprendrait à lui tant qu'il n'avait pas décidé de s'en séparer...
Il passa une main dans les boucles de la jeune fille, qui divertit son regard, clairement gênée de ce contact intime, et s'éloigna d'elle. Alors qu'il arrivait à la porte, elle lança pensivement :
-Et si je refuse ?
Il s'arrêta, une main sur la poignée, et esquissa une moue amusée qu'elle ne put voir avant de la regarder, yeux pétillants d'anticipation :
-Si tu refuses ? Et bien, fais donc marcher ton imagination, princesse.
Il sortit en ricanant tout bas d'un air mauvais. Peut-être que c'était cela, en fait, la raison pour laquelle Granger le croyait capable de la jeter en pâture aux loups.
…
Hermione inspira vivement une goulée d'air bienvenue tandis qu'elle montait sur le pont, aux côtés de Malefoy. Le blond jouait avec sa laisse entre ses doigts, l'air désintéressé, et elle s'arrêta abruptement pour se tourner vers lui.
-C'est ridicule, Malefoy. Je n'ai pas besoin de cette fichue laisse : ce n'est pas comme si j'allais me jeter à l'eau, en pleine nuit, sans même savoir où nous nous trouvons.
Il eut un petit sourire et avança naturellement une main pour replacer une boucle de la jeune femme derrière son oreille. Hermione se laissa instinctivement faire. Elle le regardait avec réprobation, et la colère sourde faisant étinceler les yeux la rendait si bonnement magnifique qu'un élan de possessivité le traversa. Il eut soudain très peu envie de montrer sa jolie petite captive aux marins et faillit retourner l'enfermer dans le carré, mais se retint.
-Tu en as besoin, Granger, soutint-il. Je n'ai pas envie que tu attrapes l'arme de quelqu'un et que tu parviens à tuer qui que ce soit. Souviens-toi ce qu'il s'est passé lorsque je t'ai fait savoir qu'il y avait des couteaux dans la dunette ?
Elle soupira.
-S'il te plaît, Malefoy. Je te jure de ne rien faire de la sorte.
-Quel poids vaut ta parole, corsaire ?
-Si j'avais été pirate, tu aurais effectivement pu en douter, railla-t-elle.
Draco eut une vision aussi soudaine que brève et qui fit accélérer les battements de son cœur, de stupéfaction ou de plaisir étrange et déplacé, il ne savait pas. Sans doute un mélange des deux.
Hermione Granger, debout à ses côtés, derrière la barre du Dragon des Ténèbres, commandant avec lui l'équipage du brigantin, en bonne pirate, préparant la prise d'un navire de l'armée semblable au maudit HMS Slayer...
Il secoua doucement la tête, abasourdi, n'en montrant cependant rien en bon Malefoy, et pesa le pour et le contre de sa requête, puis un rictus diabolique vint orner ses splendides traits, et encore une fois en bon Malefoy, décida de tirer parti de la situation.
-Très bien, Granger, j'y consens. En revanche, tu ne quitteras à aucun moment mes côtés sans mon accord, est-ce clair ? Si je veux te toucher, je te toucherai. Si j'ai envie de t'embrasser, je t'embrasserai...
Elle hésita, clairement peu avenante vis-à-vis de son ordre. Il papillonna des yeux, irrité.
-Granger, la laisse n'est pas là pour ton inconfort personnel. Il sert avant tout à rappeler à mes hommes que tu m'appartiens. Alors à défaut de laisse, il faut qu'ils comprennent que tu demeures tout de même intouchable.
-Je ne t'appartiens pas, rétorqua-t-elle sèchement.
-S'ils croient que cela est le cas, ils t'aborderont, chérie, et eux ne sont pas rebutés pour la plupart par le fait qu'une femme ne soit pas consentante...et pour ce qui est de m'appartenir...
Il l'attira brusquement à lui par la laisse et elle atterrit, deux mains plaquées sur le torse de son ennemi, dans ses bras qui vinrent se serrer autour de la taille de sa prisonnière. Elle leva la tête pour le regarder, et il l'embrassa doucement. Si doucement, en réalité, qu'elle se laissa fondre dans ses bras sans même l'ombre d'un combat. Lorsqu'elle s'éloigna quelque peu et regarda dans ses yeux, assombris par elle ne savait quelle raison, elle y lut un éclat de triomphe. Évidemment, sa douceur apparente était faite pour la piéger, et elle était tombée dans le panneau...cet homme n'avait rien de doux. Il était le feu même de la passion, habilement dissimulé sous un manteau de glace. Qu'il soit capable de l'embrasser plus tendrement encore que Ron la sidérait...ah, et puis elle n'allait pas le comparer à Ron tout de même ! Le doute. Voilà la clef de la manipulation dont le Capitaine pirate était passé maître. Elle secoua la tête, déçue d'elle-même : si son cerveau se mettait à le comparer à son Ron, Draco allait malheureusement remporter la victoire en bien des domaines, renforçant son attitude positive à l'attention du pirate. Elle ne contrôlait pas son désir, et elle ne voulait pas perdre le peu de contrôle qu'elle détenait sur sa raison. Il ricana tandis qu'elle se mordait la lèvre inférieure.
-...je crois que nous avons déjà établi que c'est le cas.
-Je ne t'appartiendrai jamais, murmura-t-elle avec l'impression horrible de faire cliché.
-Tu es ma prisonnière. La notion de propriété est donc toute relative, répliqua-t-il avant de reprendre avec taquinerie : Et puis cesse de te voiler la face, Granger. Elles sont toutes amoureuses de moi : tu ne peux pas être différente.
Hermione s'empourpra alors que son cœur ratait un battement, et se redressa de toute sa petite taille avant de le foudroyer du regard.
-Désolée, Malefoy. Je ne suis pas une de tes petites putains, siffla-t-elle d'une voix vénéneuse.
Il fut surpris de sa véhémence et siffla tout bas.
-Jalouse, Granger ? susurra-t-il. Tu sors les griffes, chérie ?
-Arrête de dire tes stupidités, Malefoy, et enlève-moi cette laisse, grogna-t-elle avant d'ajouter avec précipitation : mais il est hors de question que tu t'amuses à me peloter devant tes hommes.
-Cela signifie que...
-Non, Malefoy, l'interrompit-elle aussitôt. Cela ne signifie certainement pas que tu as le droit de me peloter lorsqu'ils ne sont pas là.
Il ricana et décrocha sa laisse avec un « snap » sonore, avant de lui décocher un sourire séduisant dévastateur qui rendit à ses traits leur belle insouciance et fit s'emballer le cœur de la jeune fille :
-En piste, Granger.
Elle hocha la tête et se détourna de lui, mais avant de se remettre à marcher vers le pont, Draco glissa un bras autour de la taille de sa captive, l'attirant à lui. Son premier réflexe fut de se débattre, mais se souvenant de sa promesse, Hermione s'abandonna finalement. Quelque part, elle songea avec inquiétude qu'on aurait dit un couple, avant de réaliser que c'était exactement ce que voulait le Capitaine avant de l'exhiber aux pirates.
Elle réalisa également que le bras de Malefoy semblait parfaitement à sa place autour de sa taille. Comme si elle était faite pour lui...se giflant mentalement, Hermione admira le ciel nocturne alors qu'ils sortaient de la passerelle, calculant rapidement et avec professionnalisme leur emplacement et leur trajectoire, avant de soupirer.
Adrian vint à eux, bouteille de rhum entre les doigts, et sourit en indiquant la captive de sa bouteille :
-Elle n'a pas l'air contente d'être là, parmi nous.
-Erreur, pirate, corrigea-t-elle avec agacement. Bien que cela ne me plaise pas particulièrement, je ne suis pas contente, surtout, d'être clouée au pied de Malefoy comme un bon chien.
-Mieux vaut être avec le Capitaine qu'avec eux, petite peste, conseilla Adrian en indiquant le pont d'un geste large tandis qu'ils se tenaient debout sur le gaillard arrière. Ils ne feraient qu'une bouchée de ta vertu.
-Mademoiselle n'aime pas le fait d'être entre mes bras, surtout, précisa Malefoy avec un rictus mauvais en resserrant sa main sur la taille fine de sa captive. Un dernier conseil, chérie. Tu as intérêt à m'appeler Capitaine devant eux. Ils n'apprécient pas trop le manque de respect à mon égard.
Elle serra les dents, mais le regarda droit dans les yeux, défiant son regard moqueur, pour dire :
-Aye, Capitaine.
Il resserra encore brièvement ses doigts, aimant visiblement cette marque de soumission et de respect dans sa bouche. Hermione soupira lourdement. Il fallait qu'il domine, c'était plus fort que lui.
Adrian les regarda attentivement durant leur bref échange, notant la tension sexuelle tangible et une sorte de double-sens sensuel à chacune de leurs phrases. Il se demandait jusqu'à quel point leur mise en scène était de la comédie. Tout semblait se mêler, se brouiller, et il détourna vaguement les yeux, comme s'il venait d'assister à quelque chose d'intime et de profondément gênant.
-Nous devrions y aller, déclara-t-il alors. Lupin a sorti son violon, et le vieux Diggle joue de l'accordéon.
Ils le suivirent en silence, et les hommes saluèrent leur Capitaine d'un grand rugissement de joie. Quelques autres sifflèrent Hermione, comme s'ils avaient un morceau de viande particulièrement juteux sous le nez, et Draco la ramena encore plus à lui, défiant les pirates intéressés du regard. Ils se soumirent tous aussitôt. Rasséréné, il parvint avec Adrian et la jeune femme jusqu'à la proue, où Lupin et Diggle attendaient avec leurs instruments. Lupin offrit à Hermione un petit sourire timide, et elle le trouva si adorable qu'elle ne put s'empêcher de le lui rendre. Draco s'accouda au bastingage, la ramenant entre ses bras, le dos de Hermione collé à son torse, alors que ses deux bras vinrent s'enrouler autour du ventre de la jeune fille pour la serrer à lui. Il posa sa tête sur son épaule. Les lames brisées par le Dragon des Ténèbres soulevaient légèrement le navire, forçant Hermione à s'appuyer contre lui, ce qu'elle fit avec un naturel qui la déconcerta, sans même se raidir. Les mains de Malefoy se mirent à dessiner, du bout des doigts, de petits ronds contre sa taille.
Adrian s'adressait aux hommes, à quelques mètres d'eux, mais Hermione n'en entendait rien. Pour une raison totalement inconnue, elle se sentait loin de la scène, dans une bulle où n'étaient que Draco et elle-même. Son cœur était remonté dans sa gorge, et sa féminité était brûlante sans aucune raison apparente. Apparemment, Draco avait senti aussi cet étrange instant et il posa ses lèvres contre son cou, les remontant lentement jusqu'à son oreille, dans laquelle il murmura d'une voix étrangement tremblante,
-Granger...
Elle avala difficilement sa salive et tourna imperceptiblement la tête vers lui, s'appuyant encore plus contre son corps tonifié, et répondit simplement dans une voix rauque et encore plus tremblante que la sienne :
-Malefoy...
Il caressa le lobe de son oreille de ses lèvres, et murmura,
-Granger, j'ai envie de te mettre dans mon lit. Là. Maintenant. Tout de suite.
Elle haleta, la bouffée de désir qui l'étreignit alors lui causant des vertiges. À ce point, cela devenait maladif. Elle ouvrit la bouche et murmura en se léchant les lèvres, n'ayant pas de réponse valable,
-Je...
-Alors, Capitaine, les interrompit brutalement Adrian. Quelle chanson voulez-vous pour commencer ?
Hermione redescendit de sa bulle avec la violence d'une balle de mousquet, et se raidit, s'éloignant de Malefoy d'un pas en avant. Il ne la retint pas et se figea à son tour, et elle le regarda brièvement, rubiconde. Il semblait tout aussi surpris qu'elle de tout ce qu'il s'était passé.
Et que s'était-il passé, au juste ?
Il accrocha son regard avant qu'elle se détourne, et elle y lut une passion débridée qu'elle n'avait jamais vu avant chez cet homme de givre et de glace. Était-ce le fait de se l'approprier devant tous les autres pirates qui le rendait si...passionnément bouleversant ?
Draco se détourna alors que Pucey les surveillait tour à tour, Hermione et lui, suspicieux. Il posa ses mains sur le bastingage, à plat, et inspira doucement en regardant la mer noire, que l'on pouvait à peine distinguer du ciel par la nuit d'encre constellée d'étoiles. Que venait-il de se passer ?
Le silence derrière lui fut ponctué de chuchotis et il réalisa qu'il devait revenir à la réalité immédiatement, et mettre ses pensées de côté pour plus tard, sans quoi les hommes jaseraient. Et s'ils jasaient, des rumeurs ne tarderaient pas à éclater.
Tout cela pour une femme.
Il se retourna. Hermione le fixait à nouveau, bouche entrouverte et l'attirant comme un aimant. Elle se lécha brièvement les lèvres, le poussant à les dévorer du regard. Accoudé contre le bastingage, il ferma les yeux, remit son masque intouchable, et eut un rictus malfaisant, avant de les ouvrir et de fixer Hermione avec malice :
-Messieurs, clama-t-il d'une voix forte sans la quitter du regard, jouez-nous Le Forban, je vous prie.
La jeune femme le foudroya du regard. Il ricana et saisit la bouteille de rhum tendue par Adrian avant de la lever en sa direction comme pour porter un toast à sa captive, le coin des lèvres remontées en une moquerie insupportable.
Hermione secoua ses boucles, dégoûtée, et se tourna vers les pirates qui la regardaient avec méfiance et doute, alors que Lupin et Diggle entamaient leur musique. Elle les laissa jouer une introduction brève avant de commencer à chanter, yeux clos. Les pirates ouvrirent des yeux ronds, ébahis par sa voix d'or et sa connaissance de chansons...pirates.
-A moi forban que m'importe la gloire ?
Les lois du monde et qu'importe la mort ?
Sur l'océan j'ai planté ma victoire
Et bois mon vin dans une coupe d'or.
Vivre d'orgies, c'est ma seule espérance
Le seul bonheur que j'ai pu conquérir
Si sur les flots j'ai passé mon enfance
C'est sur les flots qu'un forban doit mourir.
Vins qui pétillent
Femmes gentilles
Sous des baisers brûlants d'amour
Plaisirs, batailles
Vive la canaille !
Je bois je chante, et je tue tour à tour.
Les marins grognèrent leur accord, quelques-uns applaudirent bruyamment, et d'autres encore se levaient pour danser. Hermione foudroya brièvement Draco du regard entre deux couplets, regrettant le choix de la chanson, et il haussa un sourcil défiant en esquissant un rictus moqueur. Elle se retourna, secouant la tête avec dégoût, et continua à chanter. Adrian approcha de Draco et murmura sournoisement à son oreille :
-Nos hommes ont l'air d'apprécier les...charmes...de ta prisonnière.
Draco se redressa subitement, évaluant les pirates d'un œil calculateur, et demanda d'une voix sèche,
-Charmes ?
Adrian ricana en portant sa bouteille de rhum à ses lèvres.
-Oups...devrais-je dire, talents, plutôt...ma langue a fourché...mais pourquoi cet intérêt soudain pour elle, Capitaine ?
Draco lui jeta une œillade réfrigérante.
-Elle est à moi, Pucey. Si quelqu'un la met dans son lit, ce sera moi et moi seul...elle m'appartient, et tu sais bien à quel point je n'apprécie pas qu'autrui tente de toucher à mes biens...
-Je vois, dit tranquillement Adrian en surveillant attentivement le fond de sa bouteille. Et une fois Potter attrapé, ou tué, que vas-tu en faire ?
Draco hésita, puis répliqua d'une voix ferme :
-La revendre à ses parents, certainement.
Néanmoins, Adrian n'avait pas manqué la petite pause marquée avant sa réponse. Il hésitait donc à la relâcher ? Et il prévoyait de la revendre plutôt que de la tuer ?
-Tu es certain que tu ne veux pas autre chose d'elle que simplement la baiser ?
L'instant d'après, la main de Draco se referma autour de sa gorge. Adrian aspira vivement, choqué du geste de son Capitaine, mais ce dernier se refusa à le lâcher :
-La prochaine fois que tu dis quelque chose du même genre, Pucey, siffla-t-il, je te jure que je t'offre à Bellatrix pour qu'elle te torture.
L'instant d'après, il s'écartait, laissant Adrian, yeux écarquillés de stupeur, tenter de retrouver sa respiration.
...
Haha. Ha. Hahaha. MOUAHAHAHAHAAAAA!
Bref.
Alors, vous avez dû remarquer que ce chapitre était un chapitre de transition. On remarque que nos deux persos préférés se rapprochent malgré eux, et que la résistance des amis de Hermione se met en place d'un autre côté.
Le chapitre prochain promet de l'action.
Beaucoup d'action.
Et encore de l'action.
Et de la romance.
Et le retour d'un personnage que vous n'arrêtez pas de me harceler, littéralement, pour faire revenir. D'ailleurs je tiens à le préciser- si je retrouve la personne qui a posté une tête de serpent dans ma boîte aux lettres avec le mot "fais revenir ce perso mystère dont tu parles dans les notes de bas de chapitre que tu publies actuellement, et dont tout le monde connait l'identité, sinon la prochaine fois, ça va mal aller", je vais intenter une action en justice, aussi connue sous le nom de je vais appeler Drago, Blaise et compagnie à la rescousse et vous pourfendre d'un coup d'épée.
Bon, plus sérieusement, le prochain chapitre devrait beaucoup vous plaire. Vous ne savez pas encore ce qu'il y a dedans. Moi oui.
Haha. Ha. Hahaha. HahahahaMOUAHAHAHAHA!
Bref.
Quel est votre passage préféré? Avez-vous aimé l'instant Neville/Olivier (j'ai eu du mal à l'écrire tellement j'étais morte de rire)? L'un de mes passages préférés dans cette fic. Que pensez-vous que Luna, Harry et co vont planifier? Aimez-vous la chanson le Forban? Que pensez-vous des instants Dramione? Est-ce que quelqu'un a déjà goûté des patates fricassées avec de l'oignon, du poulet et des tomates séchées? Une tuerie, vous dis-je.
Bisous, n'oubliez pas une petite review, et à bientôt!
DIL.
