Notes : Tout appartient à J.K. Rowling. Rating M à venir, post-Hogwarts (EWE). Bonne lecture !


- ii -

Hermione et Ron avaient remarqué que quelque chose n'allait pas. Toute la journée, Harry semblait au bord de la crise de nerf. Il n'avait pas mangé de la journée, et était allé aux toilettes avant le cours de potions. Personne n'était assez stupide pour aller quelque part une minute avant que le cours de potions ne commence. Harry était arrivé deux minutes en retard en classe, ce qui avait valu 50 points en moins aux Gryffondors, sans compter la retenue. Retenue qui commençait maintenant dans dix minutes.

" Harry," chuchota Ron la bouche pleine, " qu'est-che-qui n'va pas ?"

" Tu n'as pas touché à ton assiette ... " ajouta prudemment Hermione.

" Oui, chest vrai… écoutes, t'as vraiment pas l'air bien … peut-être qu'on pourrait t'aider ?"

Comment expliquer à ses amis ce qu'il s'était passé cette nuit ? Son cerveau ne cessait de le bombarder de questions depuis. Pourquoi Snape ne l'avait pas réveillé ? Et pourquoi l'avait-il ramené dans ses quartiers, si ce n'était que pour le laisser dormir dans son canapé ? Bien qu'il se soit endormi, il était sûr que Snape ne lui avait pas soutiré un organe, ou bien même du sang : il avait pris soin de vérifier son corps sous toutes les coutures une fois de retour dans son dortoir. Il pouvait encore faire de la magie comme d'habitude, même s'il avait raté une fois de plus sa potion et qu'il n'avait pas transformé la grenouille que professeur McGonagall avait demandé en souris... mais en chauve-souris géante.

Qu'est-ce-qu'il devait faire ? Il se repassait en boucle les moments où Snape l'avait porté dans ses bras, et l'avait resserré contre lui. Parce qu'il pensait qu'Harry Potter avait eu froid. Il secoua sa tête, perplexe. Il n'arrivait pas à croire que Snape l'ait laissé dormir, jusqu'à le déposer dans ses propres quartiers. Snape s'était pourtant bien comporté comme d'habitude ce matin, quoiqu'il n'avait pas été aussi horrible …

" Harry ? " Ron le ramena dans la Grande Salle. " Tu sais …. tu sais que tu peux tout nous dire ? "

Il regarda un instant Ron qui lui souriait, puis se tourna en direction de la table des professeurs. Snape le fixait intensément, un sourire sadique au bord des lèvres. Non, c'était toujours le même homme. Il ne fallait pas qu'il cherche à comprendre. C'était Snape après tout.

" Ecoutez, je vais bientôt devoir y aller … on en reparle plus tard ? "

" Mais Harry ! Tu n'as même pas touché à ton assiette ! " s'écria Hermione.

" Je n'ai vraiment pas faim aujourd'hui…" marmonna Harry, se levant de table. " Il faut vraiment que j'y aille si je ne veux pas nous faire perdre encore plus de points …"

" Ok, on t'attendra dans la salle commune alors !" dit Ron tout en avalant son dessert.

" Non, ne m'attendez pas, vu le nombre de points qu'il m'a enlevé, je sens que ça va être une longue nuit…" Ron retint sans grand succès le rire nerveux qu'il avait, tandis qu'Hermione le toisa. " Mais Harry…"

" Ne vous inquiétez pas pour moi, on en parlera demain, d'accord ?" s'empressa Harry. Il allait vraiment être en retard s'il restait planté ici. Snape n'était plus à table.

" Ok. Bon courage Harry." lui répondit-elle, l'air navrée.

"Bonne soirée !" Il adressa un grand sourire à ses amis et s'engouffra — à contrecoeur — dans les sous-sols de Poudlard. Il arriva tout juste à l'heure devant la porte des cachots. Il allait frapper quand la porte s'ouvrit d'elle-même, le professeur déjà attelé sur son bureau.

La porte claqua violemment derrière lui. Snape était caché derrière ses cheveux gras, sa plume crachant une encre vive sur les copies des élèves. Plus les secondes passaient et plus Harry rêvait de rejoindre ses amis.

" Professeur ?" Silence.

" Potter. Etant donné le nombre d'heures que vous avez passé dans cette salle, j'espérais que vous sauriez à présent retrouver les chaudrons à nettoyer. " Snape soupira, se massant les tempes. Harry était sûr qu'il avait délibérément exagéré son geste. " Cependant, je ne devrais pas être étonné par votre amnésie suite à vos nouveaux ... exploits." Snape releva sa tête. Son rictus donnait la chair de poule au jeune homme.

Vexé, Harry se retint de répondre à la désagréable remarque et se dirigea vers le fond de la classe tout en redressant brutalement ses manches, faisant exploser un bouton de manche par la même occasion. Bien qu'il était dos à Snape, il put imaginer la tête du Serpentard en entendant le gloussement railleur. Le visage rouge, il commença son dur labeur. Au bout d'une demi-heure, il s'essuya le front et se retourna. Snape le fixait d'un air qu'il ne pouvait définir. Mal à l'aise, il se retourna aussitôt et continua de nettoyer. Au bout de deux heures, son dos lui faisait affreusement mal. Il s'arrêta un instant pour se masser les tempes, lorsqu'il sentit un souffle d'air chaud contre ses cheveux. Son sang se glaça et la voix grave murmura à son oreille:

" Je pense qu'il est temps de passer à autre chose, les chaudrons sont à moitié nettoyés."

" Mais il n'y a pas une trace des potions précédentes !" ragea Harry. Il ne venait pas passer deux heures à chômer ! Et qu'est-ce-que Snape avait prévu maintenant ? Il essaya tant bien que mal de dissimuler sa peur.

" Potter." grogna Snape. " Vous allez vous installer face à mon bureau. Et vous allez refaire la potion que vous avez raté ce matin."

Depuis quand fallait-il qu'il refasse les potions qu'il ratait ? Il allait répondre mais le regard meurtrier de son professeur l'en empêcha. Il s'installa au premier rang, le matériel étonnement déjà installé, et se mit au travail. Snape était retourné à sa place, le nez plongé dans un vieux grimoire. Au bout d'une demi-heure, où tout s'était bien déroulé, Harry n'avait plus rien à faire. Il devait attendre que la couleur du liquide vire au bleu pour pouvoir continuer. Il regarda son professeur, toujours dans son livre. Sa curiosité le démangeait trop.

" Pourquoi ne m'avoir pas renvoyé dans mon dortoir ? "

Il retint son souffle lorsque son professeur referma sèchement son livre et lui lança un regard noir.

" Monsieur Potter, votre potion."

" Je dois attendre encore vingt minutes avant de pouvoir ajouter l'abrotone."

" Vous pouvez alors commencer votre rédaction. Expliquez pourquoi, ce matin, vous avez mis en danger de mort toute la classe." Snape rouvrit son livre. Il lâcha un grognement en entendant à nouveau la voix de son élève.

" Je n'ai pas attendu les vingt minutes avant d'ajouter le dernier ingrédient."

" Et pourquoi donc ?"

" Pourquoi quoi ?"

"Vous êtes vraiment un cas désespéré, Potter ! POURQU— Pourquoi l'imbécile que vous êtes n'est pas capable d'attendre vingt minutes ?"

" Je ne sais pas, monsieur." avoua-t-il, les joues pourpres.

Snape ricana. " Si le Héros de notre monde n'est pas capable de savoir pourquoi il ne peut attendre vingt minutes avant d'ajouter un ingrédient, alors je ne peux plus rien pour lui."

" Mais je vais la réussir cette fois-ci !" s'écria Harry. Snape l'observa d'un air suffisant.

" J'espère bien pour vous, sinon ça vous fera un chaudron de plus à nettoyer." ajouta le Serpentard, les yeux moqueurs.

Harry se retint une fois de plus de répondre. Il était énervé. Snape ne lui dirait pas pourquoi il l'avait emmené dans ses quartiers. Mais il n'aurait pas l'esprit en paix tant qu'il ne saurait pas pourquoi le maître des potions s'était comporté comme ça. Ca ne lui ressemblait tellement pas. Il avait peut-être un plan. Mais quoi ? Harry ne le saurait sûrement jamais.

Il restait encore huit minutes. Il observa son professeur; il n'avait pas l'air aussi sévère quand il lisait quelque chose d'autre que les atrocités de ses étudiants. Il paraissait juste fatigué. C'était étrange comment il pouvait paraître humain dans ces rares moments. Harry se demandait si le visage qu'il avait eu hier en l'apercevant près de la vitre avait aussi été différent de celui qu'il voyait en cours?

" Potter. vous allez encore rater l'antidote si vous n'ajoutez pas l'abrotone dans les secondes qui suivent."

Harry fit un bond en arrière en entendant la voix menaçante dans son dos, bousculant son professeur par la même occasion.

" POTTER ! L'ABROTONE !" hurla Snape. " MAINTENANT !"

Il n'avait eu le temps que de voir sa potion bouillonner dangereusement. Il perdit l'équilibre et s'agrippa sur la seule chose qui était à sa portée, soit la cape de Snape, entrainant ce dernier dans sa chute. Il entendit le bruit sourd de la tête de son professeur heurter le sol et fut aveuglé par la puissante explosion qui s'ensuivit. S'il n'était pas mort avec ça, il pouvait compter sur le directeur des Serpentards pour s'occuper de son cas. Il attendit quelques secondes, le temps de retrouver la vue, avant de se rendre compte que le sol n'était pas aussi dur et froid que ce qu'il devait être. Son sang bouillonna quand il se rendit compte qu'il était allongé sur son professeur. Il avait les yeux fermés. Il paniqua en voyant une flaque sombre se former sous la tête du maître de potions.

" Snape !"

Il l'attrapa l' homme par les épaules et le secoua. La seule réponse fut un grognement. Il fit disparaître toute trace de potion d'un "Evanesco" et ouvrit l'une des portes qui se trouvait derrière le bureau, sachant qu'elle le mènerait vers les quartiers du Serpentard. Il revint en courant et aida Snape à se relever, un long bras entourant sa nuque. Mais n'ayant aucune réponse de Snape, il le reposa doucement à terre.

"Mobilicorpus !" entonna Harry, sa baguette dirigée sur Snape. La salle principale des quartiers de Snape était sombre; seules quelques bougies flottantes lui donnait une aura mystérieuse. Il amena le corps jusqu'au canapé sur lequel il avait dormi quelques heures plus tôt. Le crâne de son professeur continuait de saigner, ce qui alarma Harry. "Snape ! SNAPE ! Oh Merlin, je vais mourir s'il ne le réveille pas !"gémit Harry. N'ayant aucune réponse, il hurla désespérément " SEVERUS SNAPE ! HE, CHAUVE-SOURIS DES CACHOTS ! SEVERUS ! SSSSEEEEEVER—"

Il lâcha un cri de surprise lorsque les mains de Snape tirèrent brutalement sur les manches de ses bras, le ramenant contre le torse de l'homme. Les yeux noirs s'ouvrirent à quelques centimètres des siens et les fixèrent. "Qu'est ce que vous avez dit, Potter ?"

"C'était pour vous réveiller !" balbutia Harry. Il pouvait sentir des picotements là où son corps entrait en contact avec l'autre. "Vous saigniez de la tête !"

" A qui la faute ?" Snape relâcha légèrement sa prise et tâta d'une main l'arrière de sa tête. Harry se sentit fautif quand il aperçut la main rouge.

"Professeur, qu'est-ce que ... il faudrait peut-être aller à l'infirme—"

" Je ne m'appelle pas Harry Potter, je suis capable de me soigner seul ! " hissa le Serpentard. Snape se redressa et disparut derrière l'une des portes du fond. Il resta debout quelques minutes, avant de décider de s'assoir. Il venait tout juste d'envenimer la situation. De l'autre côté de la porte, il pouvait entendre des cliquetis d'objets et des tiroirs être ouverts brutalement. Il ne put s'empêcher de pouffer de rire en entendant Snape cracher des insultes aux objets. Ses pieds ne l'obéirent pas et se dirigèrent vers la porte, qu'il ouvrit. Snape avait fait apparaître des miroirs pour voir l'arrière de son crâne et tentait tant bien que de mal de refermer la plaie dissimulée par ses cheveux. Il se retourna vers son étudiant, les sourcils froncés.

"Retournez immédiatement dans le salon."

"Mais Pro—"

"JE NE VAIS PAS LE REPETER UNE SECONDE FOIS, POTTER !"

Dans un élan de courage (ou était-ce de stupidité ?), Harry attrapa les cheveux de son professeur et les tira des deux côtés, laissant apparaître la plaie. Il stoppa sa respiration en voyant la profondeur de celle-ci. Snape lança aussitôt un sort qui la referma, et se retourna, furieux, vers son étudiant. Harry eut un sourire contrit, ravala sa salive et fit plusieurs pas en arrière. "Je retourne dans le salon. Tout de suite."

Snape eut l'air plutôt satisfait de la réaction du Gryffondor car il lui lança son habituel rictus avant de lui claquer violemment la porte au nez. Ne sachant pas quoi faire, Harry se retrouva à tourner en rond dans le salon. Cette fois-ci, plus aucun bruit ne sortait de la salle de bain. Il finit par s'asseoir sur un des fauteuils avant de se relever subitement lorsque la porte laissa place à une grande silhouette noire.

"Rasseyez vous, Potter." Harry obéit et s'assit dans le canapé. Snape le rejoignit. Harry trouvait qu'il était beaucoup trop proche de lui. C'était ridicule de penser ça, mais maintenant qu'il était assis juste à ses côtés, Snape paraissait ne plus avoir le même statut… ils étaient presque égaux. Son professeur prenait toujours soin à mettre de la distance habituellement, et à se trouver en position de supérieur.

Snape l'observait calmement, ce qui le rendait de plus en plus anxieux. Au bout de quelques secondes d'inspection, il murmura un "accio" qui ramena à eux une petite fiole semi-transparente. Il la tendit à Potter, lui faisant signe de la boire. Le jeune homme l'attrapa automatiquement et la but d'une traite, tandis qu'un rictus déformait de plus en plus les lèvres de l'homme qui se tenait à ses côtés. La gorge d'Harry devint soudainement sèche, et il demanda d'une voix rauque "Qu'est ce que c'est ?"

" Vous voulez dire, "qu'est ce que c'était ?", Potter ?" Livide, Harry acquiesça.

"Votre victoire face à Voldemort restera l'un des plus grands mystères." Il pouvait voir les yeux de Snape étinceler. C'était un mauvais signe. " De ... l'essence de mucus de pansdefer ukrainien . Il prendra effet d'ici ..." Snape fit mine de réflechir. " cinq minutes."

Harry ouvrit grand la bouche, comme si ce geste l'aiderait à recracher le liquide qu'il venait d'avaler aveuglément. Snape le fixa quelques secondes, mais ne tint plus l'éclat de rire qu'il retenait depuis un moment. " Imbécile, ça t'apprendra à faire confiance aveuglément ! C'est une potion pour aider vos muscles à se détendre, je ne tiens pas à vous rendre à McGonagall dans cet état."

Harry lâcha la respiration qu'il avait retenu depuis un bon moment. Il se sentait mieux maintenant. "Mais jamais vous ne ne m'empoisonneriez, professeur. Sinon je ne l'aurais pas pris." L'homme qui lui faisait face ne dit rien. "Excusez-moi," ajouta-il un peu plus tard.

Snape l'observa curieusement. Harry n'eut pas le temps de savoir si Snape avait compris pour ce dont il s'excusait; ses paupières se refermaient de la fatigue accumulée aux évènements éprouvants.

†‡†

Lorsqu'il se réveilla une nouvelle fois en sueur, avec l'envie de vomir, il eut peur que son cauchemar était réel lorsqu'il se rendit compte qu'il n'était pas dans son lit. Tout autour de lui était flou. Sa tête le martelait et il se sentait si faible qu'il pensait que son heure était arrivée. En se frottant les yeux, il fut surpris de sentir des larmes qui continuaient de traverser son visage. Il se débarrassa de la couverture verte qui lui était vaguement familière et quitta le canapé. Il fallait qu'il pense à autre chose. Il fut surpris de voir qu'il ne portait plus sa robe par-dessus et qu'il marchait pieds nus sur les pierres glaciales. Il avança à tâtons jusqu'à toucher le mur. Il ouvrit la première porte qu'il trouva, découvrant la salle de bains qu'il avait vu un peu plus tôt dans la soirée. Il éclaira la salle et se passa de l'eau sur le visage. Le miroir lui confirma ses pensée lorsqu'il l'entendit lui dire "Un thé et un bon lit chaud ne te feraient pas de mal mon ami, surtout avec ces énormes cernes ! Ca ne met pas tes admirables émeraudes en valeur..."

Il fustigea le miroir du regard qui se tut et quitta la salle. Il respira un bon coup et après quelques hésitations, il ouvrit la seconde porte. La pièce était entièrement plongée dans le noir. Il laissa ses yeux s'accommoder aux ténèbres et retint son souffle en voyant le lit qui trônait au centre de la spacieuse chambre. Au milieu des draps, Snape était adossé à la tête du baldaquin, les bras croisés, sa baguette resserré contre son flanc. Snape l'examina de haut en bas, remarquant les frémissements que le jeune homme tentait de dissimuler sans succès. Leurs yeux se croisèrent et le regard expert de Snape lui fit comprendre que Legilimencie ou non, Snape savait le genre de cauchemars qu'il revivait chaque nuit. Après ce qui parût être une éternité pour Harry, l'homme dans le lit déposa sa baguette sur la table de nuit la plus proche, se retourna et disparût sous les couvertures. Il ne bougeait plus, mis à sa part les mouvements rythmés de sa respiration qui indiquait qu'il était toujours vivant. Snape ne lui avait rien dit. Un timide sourire s'étira sur lèvres du Gryffondor, qui frotta ses joues encore humides. Il s'approcha nerveusement du lit tandis que son coeur battait à toute allure contre sa cage thoracique. Il s'assit de l'autre côté du lit tout en contemplant le dos couvert de soie. Il n'avait toujours pas osé relâcher sa respiration, comme si le geste briserait la scène irréelle. Mais Snape ne bougeait plus. Tout doucement, il s'emmitoufla dans les couettes. C'est seulement à ce moment-là qu'il eu conscience des convulsions qu'il avait.

Alors que l'inconscience reprenait le dessus, il sentit une masse chaude à ses côtés et un bras anéantir les spasmes de son corps, le protégeant des mauvais rêves.