Notes : Merci pour vos messages, et je remercie aussi tous ceux qui suivent cette histoire ! Rating M à venir, post-Hogwarts (EWE). Bonne lecture.


- iii -

Harry se réveilla, tremblant, au son de nombreux murmures. Son coeur se mit à battre à toute allure tandis que sa main tâtait sous son oreiller, sans succès, à la recherche de sa baguette magique. Il cligna plusieurs fois des yeux avant d'observer l'étrange pièce dans laquelle il avait dormi. La seconde moitié du lit était froissée et avait gardé les formes du second homme qui avait dormi ici. Il porta à ses yeux la paire de lunettes qui avait été déposée sur la table de chevet à ses côtés.

Malgré son emplacement dans les sous-sols de Poudlard, la chambre du maître des potions était étonnamment chaleureuse, et bien plus vaste que ce que Harry aurait pu imaginer. Les pierres du sol étaient recouvertes de tapis persans aux riches couleurs, tandis que les murs étaient tapissées de livres de haut en bas, ainsi que de vitrines contenants divers objets mystérieux, emprunts d'une puissante aura magique; il pouvait le ressentir en posant son regard sur ces derniers. Face à lui, un feu crépitait joyeusement dans la cheminée, au-dessus de laquelle étaient accrochés des tableaux de scènes historiques du monde sorcier. Malgré l'étendue de la pièce, peu de mobilier y était installé, et ce dernier était exclusivement fait d'ébène : deux fauteuils de cuir vert et une table basse prenaient place devant le feu, tandis que de chaque côté du lit se trouvait une table de chevet.

Harry ne put s'empêcher de s'esclaffer en voyant les nombreux serpents sculptés sur chaque meuble. Alors qu'il se redressait dans le lit, il sursauta en entendant un susurrement juste au-dessus de sa tête.

" Qu'essst-cssce-qui le fait rire ausssssi bêtement ? "

En levant la tête, il put apercevoir des serpents enlacés hisser dangereusement dans sa direction. Encore à moitié endormi, il prit peur, et dans sa hâte pour s'éloigner du lit — et des serpents — il s'emmêla les pieds dans les draps, tombant la tête la première contre le sol. Gémissant, il se releva en se massant la tempe, dont il n'avait aucun doute qu'elle doublerait de taille d'ici quelques minutes. Il lança alors un regard noir vers le plafond, dont une partie des pierres étaient aussi sculptées et formaient de nombreux serpents qui s'animaient. Le jeune homme se félicita à ce moment de n'avoir pas fini chez les Serpentards : il aurait sûrement attrapé la migraine à entendre les commentaires de tous les ophidiens de Poudlard à longueur de journée. Connaître le fourchelangue n'était décidément pas un avantage.

" Mais regarde moi ssssa, ne sssserait-ccce pas ' l'Elu, Le Sssurvivant, le cssssssscélèbrisssssime ssssssot dont Sssssever —" commença un second serpent, outré lorsqu'Harry le coupa et l'empêcha de finir sa tirade.

" Vous allez vous taire ?! " hissa-t-il aux serpents, espérant intérieurement qu'ils s'éloigneraient de lui. Non pas qu'il avait peu des serpents — après tout, il avait connu bien pire —, mais il était devenu plutôt méfiant avec les reptiles depuis ce temps là.

" Potter !" lança une voix grave sur le seuil de la porte. D'un geste automatique, Harry attrapa la couette et la ramena contre son torse, comme pour en faire un bouclier face à ce ton glaçant.

" Pr— Professeu—" bégaya Harry. Il se reprit aussitôt en voyant le terrible regard que lui lança Snape, " je ne parlais pas à vous !"

" Parce que vous étiez en train de parler, Potter ?" répondit Snape, amusé, traînant son regard sur les draps qui recouvraient le Gryffondor.

" Non ! Je veux dire, ce sont vos serpents…" Snape haussa les sourcils, et Harry, se rappelant que ce qu'il disait à une forme serpentine devenait fourchelangue, reprit en pointant du doigt les deux serpents qui se dissimulaient à présent derrière une fleur de lys, " Ils n'arrêtaient pas de parler et …"

Il s'arrêta en voyant que Snape, qui l'avait fixé pour ce qui lui avait paru de trop longues minutes, se retourna sans un mot et quitta la pièce. En se rendant compte qu'il ne s'était pas fait insulté, le jeune homme se détendit. Mais il ne préférait pas avoir d'ennui, et après avoir passé plus de temps que prévu dans les quartiers du directeur des Serpentards, il rejoint ce dernier dans la salle principale. Snape était déjà assis à table, les yeux rivés sur un article de magazine et un café dans l'autre main. Alors qu'il allait prendre la parole, son professeur le devança.

" Je vous conseillerais fortement de retourner au dortoir avant que l'un de vos camarades ne se rende compte de votre disparition et n'alerte tout le château." commenta impassiblement Snape, tout en tournant une page. Frustré de ne pouvoir discuter avec Snape mais ne reconnaissant que trop bien le renvoi dans le ton de son professeur, il acquiesça et attrapa sa cape au passage. Au moment où il allait refermer la porte des quartiers de Snape, il aurait juré avoir entendu Snape lui souhaiter une "bonne journée". Avalant sa salive de travers, il lança un dernier coup d'oeil dans la salle pour apercevoir l'air amusé de l'homme en noir derrière sa tasse de café.

†‡†

En arrivant dans la salle commune des Gryffondors, Harry grommela à la vue de ses deux meilleurs amis en compagnie du directeur de Poudlard. En l'apercevant, Hermione lâcha un soupir de soulagement et se précipita vers lui.

" Harry, on était si inquiet !"

" Allons, allons, je vous avait dit que votre cher ami se portait bien," dit Dumbledore en finissant sa tasse de thé. " Je sais très bien que… comment dire ? Que le professeur Snape peut être un homme très exigeant mais vous devriez savoir, depuis le temps, qu'il peut aussi être quelqu'un de très compréhensif quand il le veut." Perplexe, Harry répondit :

" Oui, c'est vrai … tout va bien. "

" Je pense que je vais vous laisser dans ce cas, et en finir avec ce livre; le passage devenait si passionnant…" Alors qu'il retombait dans ses pensées, il se retourna brusquement vers le trio, les effrayant au passage. " Ah, et Harry, pourrais-tu venir dans mon bureau après le dîner … disons, vers 20h ? Juste pour un thé, bien entendu," s'enquit-il d'ajouter, un sourire aux lèvres, lorsqu'il vit le jeune homme se raidir.

" Oui," répondit machinalement Harry, bien qu'il n'en croyait pas un mot. " Je serais là Professeur."

" Bien ! " s'exclama le vieil homme. " A plus tard alors, Harry. Monsieur Weasley, Mademoiselle Granger." Et d'un signe de tête à chacun d'entre eux, Dumbledore disparût.

Harry se trompait s'il pensait pouvoir s'en sortir tranquillement. Ses deux amis l'observaient comme si une deuxième tête avait poussé sur lui. En voyant l'air hésitant d'Hermione et celui interrogateur de Ron, Harry se résigna et lâcha à contrecoeur un "Allez-y".

" Harry ! Mais qu'est-ce-qu'il s'est passé ?!" s'écria Hermione, l'air troublé. " C'est la première fois que je vois quelqu'un rentrer si tard de retenue. Même Ombrage — Ombrage — n'avait pas fait ça !"

" On s'est endormi ici en t'attendant, mais on est allé chercher Dum— professeur Dumbledore quand on a vu que tu n'étais toujours pas rentré à l'aube…il ne voulait pas nous dire où tu étais, ni pourquoi tu n'étais pas revenu," maugréa Ron, " il nous a juste dit que tu allais bien et qu'il n'y avait pas de quoi s'inquiéter. Ne nous dit quand même pas que t'étais tout ce temps avec Snape…"

En voyant l'air gêné de Harry, Hermione reprit de plus belle, " QUOI ?! Mais c'est cruel ! Moi qui pensait qu'il se calmerait, il a vraiment dégénéré depuis la Bataille !"

" Eh, calme-toi Hermione !" s'exclama Ron, tentant de retenir le fou rire qui menaçait de sortir à tout moment. " Il ne faut pas lui en vouloir, sûrement du venin de Nagini qui continue de circuler dans ses veines …"

"Ron !" s'exclama la jeune femme, horrifiée par les propos de son compagnon. Harry savait que ce n'était pas censé le faire rire, mais il n'arrivait pas à dissimuler les secousses de son corps, ce qui lui valut un regard noir de la part de sa meilleure amie. " Et ça te fait rire ?!"

" Mais toi même tu l'as dit ! Une nuit de retenue, c'est vraiment —"

" Je sais, mais— "

" ECOUTEZ ! " Harry se racla la gorge et reprit quand ses amis portèrent leur entière attention sur lui. "Ok, peut-être qu'il est devenu fou, mais pas pour ça. J'étais bien en retenue, mais—" Ron allait le couper, mais il reprit aussitôt ", mais pas toute la nuit."

En voyant la mine ahurie de ses amis, Harry s'installa entre les deux dans le canapé, et leur raconta tout ce qu'il s'était passé, et cela depuis le premier soir. Depuis la nuit où il avait fait croire à Snape qu'il s'était endormi dans les corridors des cachots. Ron et Hermione avaient du mal à croire à son histoire, tant elle paraissait saugrenue.

" Au moins, il n'a pas l'air de te torturer… mais bon, c'est quand même bizarre qu'il continue à être aussi sévère avec toi." dit Ron, pensif. " Enfin, je devrais plutôt dire, qu'il se calme par moment. Tu sais, c'est un peu comme si parfois, il ne pouvait pas garder la façade d'un lui qu'il a construit."

" Tu plaisantes j'espère ?" rigola Harry. " Cet homme a toujours été horrible avec ses élèves !"

" Oui, mais peut-être qu'avec la fin de la guerre, il ne sait plus trop comment se comporter" ajouta Hermione mélancoliquement. " Après tout, professeur Snape a pendant longtemps joué un double rôle… Il était censé mourir. C'est d'ailleurs grâce à toi que nous avons pu le sauver."

" Oui, c'est vrai qu'il a toujours été méprisant et désagréable…d'ailleurs, il le sera toujours !" se plaignit Ron. "Regarde d'ailleurs, ça se voit avec tout ce qu'il nous donne à faire…"

" Peut-être qu'il voit les choses d'une toute autre manière, maintenant qu'il est "libre"…" pensa Hermione à voix haute.

" Peut-être … il m'a juste dit une fois qu'il me comprenait … je pense qu'il a lui aussi des rêves… des cauchemars."

" C'est drôle qu'il comprenne maintenant et qu'il devienne empathique. Vous y croyez vraiment ?" demanda Ron, un sourire narquois aux lèvres.

" C'est un être humain, après tout !" Hermione lui donna une légère tape avec le bouquin qu'elle tenait dans ses bras.

" Eh ! Ouais, bah il n'en a pas toujours l'air…"

" Oh, arrêtez avec ça ! "

Après un débat mouvementé où les deux jeunes hommes rappelèrent à leur amie chaque insulte dont les Gryffondors avaient eu le droit durant leur scolarité à Poudlard, avant de finir par raconter les pires moments qu'ils aient pu connaître pendant les cours de potions, le soleil était placé déjà bien haut dans le ciel, et le trio ne tarda pas à rejoindre les autres étudiants. La journée passa si vite qu'Harry en oublia son rendez-vous chez le directeur. Ce ne fut qu'à la fin du dîner qu'Hermione le lui rappela, et que le Survivant quitta la grande salle précipitamment, la bouche encore pleine de biscuits. Il ralentit en arrivant devant la porte du bureau, le temps de reprendre son souffle. Il fut surprit en entendant des hurlement de rire de l'autre côté de la salle. Quelle ne fut pas sa surprise en découvrant que Dumbledore ne rigolait pas seul (oui, Dumbledore rire seul paraissait plus vraisemblable), mais qu'il était en compagnie de Severus Snape. En voyant Harry, l'air interdit, sur le seuil de la porte, Dumbledore se hâta de l'inviter à l'intérieur avant même que Snape ne puisse réagir. Le fait de voir à quel point Dumbledore connaissait Snape mit du baume au coeur à Harry, sans qu'il ne sache vraiment pourquoi. Il s'assit, et alors que Dumbledore leur servit tranquillement le thé, ce dernier surprit ses invités en se rappelant soudainement qu'il avait "quelque chose de très important à régler sur le champ". Il quitta son bureau, laissant les deux hommes en tête à tête.

Ne s'étant pas préparé à se retrouver de sitôt seul avec son professeur, et mal à l'aise sous le regard inquisiteur de celui-ci, Harry tenta de commencer la conversation.

" Beau temps aujourd'hui."

Il comprit rapidement qu'il venait de dire une sottise en voyant que Snape, les yeux moqueurs, se tourna vers la fenêtre d'où la vue laissait apercevoir un vent violent faire craquer les branches des arbres de la foret interdite. Snape haussa les sourcils, et répondit " En effet." Il regarda encore une fois dehors, jeta un coup d'oeil à Potter avant de retourner son regard à nouveau vers la fenêtre. Se rendant compte de ce qu'il venait de dire, Harry sentit ses joues s'enflammer et tenta de trouver une excuse à son stupide commentaire.

" Oh, je veux dire, c'est sympa parfois la pluie. Ca change un peu du soleil, et c'est pratique en plus parce que ça arrose les plantes et puis… Je veux dire, c'est bien pour les ingrédients et tout ça …"

Snape, qui n'avait jusqu'à présent par dit un seul mot, éclata soudainement de rire aux inepties de son élève. Abasourdi et trop nerveux sur le coup pour comprendre, Harry joignit Snape et se mit à rire à son tour. C'est à ce moment là que Dumbledore choisit pour revenir, souriant tendrement au tableau présenté à ses yeux. L'apercevant, ses invités s'arrêtèrent subitement en voyant le directeur leur lancer un clin d'oeil.

" Vous ne savez pas à quel point je suis heureux de voir que mes deux héros s'entendent si bien" dit Dumbledore en se rasseyant sur son siège.

" Quoi ?!" s'exclamèrent les deux héros en questions, se relevant en même temps de leur fauteuil. Snape toisa Harry, et continua. " Non, nous ne savons pas ! Contrairement à ce que vous pensez, nous ne nous entendons pas ! " Le visage grave, Harry rendit le regard noir que Snape lui lança.

Cet échange n'eut pas l'effet escompté, car Dumbledore se mit à glousser, avant de se mettre à rire de bon coeur devant les deux hommes. Désespéré, Snape se leva de sa chaise et interpella Harry. " Venez Potter, il ne vaut mieux pas traîner plus longtemps ici. Je pense que le directeur a encore abusé de bonbons au citron."

Hésitant, Harry jeta un coup d'oeil en direction d'Albus en attendant une réponse de sa part. Seulement, embarrassé en voyant que le directeur de Poudlard redoubla de rire et dut se tenir par les côtes à la réplique de son employé, il préféra suivre les conseils de ce dernier. Dumbledore réussit miraculeusement à lâcher un au revoir entre deux éclats de rire tandis que les deux hommes se levèrent et quittèrent son bureau. Avant de tourner dans l'angle du couloir, Snape qui se trouvait devant Harry émit tout bas un "A bientôt, Potter". Harry sourit bêtement et partit dans la direction opposée.

Plus tard, alors qu'Harry était dans son lit, il se rendit compte qu'il avait été aller voir Dumbledore sans avoir une idée du sujet dont Dumbledore avait voulu aborder avec lui, ni pourquoi il avait eu rendez-vous avec lui alors qu'il avait déjà un autre hôte, et qui n'était autre que Snape.