Ok. OK. Oui, j'ai mis UN AN ET DEMI à uploader ce chapitre mais le voici, et c'est le dernier. Je tenais à finir cette histoire quand même.. Vous êtes toujours avec moi ?
« - Sherlock.. »
Le murmure de John sonna plus rauque que ce qu'il avait prévu. Cela faisait déjà plusieurs heures qu'ils étaient simplement là, assis à même le sol, le dos contre le bureau. S'ils s'étaient défaits de leur étreinte, John n'avait aucune idée de comment lui et le détective en étaient arrivés à se tenir là, épaule contre épaule, leurs jambes seulement enlacées.
« - Sherlock.. »
La nuit était passée comme un éclair et en même temps avait semblé durer une éternité. Les premiers rayons du jour filtraient maintenant entre les lourds rideaux tirés, plongeant la pièce dans une atmosphère feutrée bien trop intime. John maintint son regard sur une mèche de cheveux du détective. Il n'avait jamais remarqué que ses cheveux prenaient des reflets légèrement bleutés au soleil, et là, maintenant, ce détail lui semblait crucial. Sentant son regard peser sur lui, Sherlock tourna très légèrement la tête pour s'appuyer sur la tempe de John.
« - Sherlock.. »
C'était le seul mot que sa voix semblait accepter. Le seul qui, prononcé, n'aurait pas semblé malvenu dans le silence qui les entourait. Il aurait pu le répéter pendant des heures, comme une litanie « Sherlock, Sherlock, Sherlock.. ».
Se rendant compte qu'il avait beaucoup trop l'air de réciter une prière, il se tut, et se focalisa simplement sur les frissons qui le parcouraient à chaque fois qu'il sentait le souffle de l'autre homme dans son cou. Cette situation était douloureusement inextricable. Là, sur le sol, le poids du détective pesant légèrement sur son propre corps, John ne pouvait que songer au moment il faudrait bouger, retourner à la vie réelle, et assumer sa décision prise dans la nuit. Le jour s'était levé et la pluie qui les avait bercés plusieurs heures s'était tue il y a un moment. Là, sur le sol, repensant aux derniers événement, le médecin était persuadé de n'avoir jamais été aussi proche de Lui. Cette nuit, ils n'avaient formé qu'une seule personne, de la manière la plus pure qui soit, prenant tous les deux conscience de ce qu'ils étaient l'un pour l'autre. Et cette chose était immense, démesurément importante.
Trop peut-être.
À présent que le jour était levé, John ne pouvait que repenser à ces trois années durant lesquelles Sherlock avait été absent de sa vie, de sa mémoire même. Sa vie avait sonnée creuse, mécanique. Mais qu'en était-il de son côté ? Qu'avait fait Sherlock ?
Si les rôles avaient été inversés, le médecin savait que jamais il n'aurait été capable de s'éloigner. Il serait devenu fou à force de chercher un moyen de refaire partie de sa vie, il aurait été jusqu'à prétendre être un inconnu, pour refaire les présentations et recommencer à zéro. Pour exister dans sa vie. Il aurait tout retourné, fait des pieds et mains, aurait même inventé de nouveaux procédés médicaux pour remédier à l'amnésie, qui sait ? Mais il n'aurait pas attendu. Il n'aurait pas été passif. Il n'aurait pas fait comme Sherlock.
« - Il faut qu'on parle n'est-ce pas ? »
La voix du détective aussi portait la marque de ces heures de mutisme. Elle était plus profonde, plus basse. Et bien qu'il n'avait fait que chuchoter, John avait senti la vibration à travers son propre corps et avait frissonné, de plaisir peut-être, de peur sûrement.
« - Non »
Voilà. Sherlock avait sa confirmation. Il savait bien sûr, il savait toujours, mais avec John subsistait toujours cette petite chance, cette infime probabilité d'avoir tord, d'être surpris. Mais pas cette fois.
Le détective se défit doucement de l'étreinte, centimètre par centimètre, et finit par se lever. S'il avait été moins fier il aurait reconnu que la tête lui tournait et qu'il avait froid maintenant qu'il était de nouveau seul. Mais c'était Sherlock et, même devant John, surtout à cet instant, il était hors de question d'admettre la moindre fracture dans la carapace. Alors il retourna simplement à ses expériences laissées en suspend dans la cuisine sans accorder le moindre regard à l'homme resté au sol.
John poussa un soupir de résignation. Pas comme ça. Sherlock n'avait pas compris.
Il se releva rapidement et rejoint le détective dans l'autre pièce, penché sur son travail. Une personne extérieure se serait vexée du manque de considération de Sherlock, de sa froideur. Mais John voyait bien la tension dans sa nuque, le léger tremblement de ses mains et savait que l'attention du brun était entièrement focalisée sur lui.
« - Ne réagis pas comme ça Sherlock..
- Je travaille.
- Tu boudes.
- Je ne suis pas un enfant. »
John ne pu s'empêcher de rire à cette dernière phrase et le détective cacha son sourire derrière le microscope.
Dieu que cet homme allait lui manquer.
Le médecin passa ses bras autour du brun et se colla à son dos, posant sa tête sur l'épaule de celui-ci. Il ne réussit pas à cacher le sourire dans sa voix.
« - Tu boudes
- Tu devrais aller te faire pardonner auprès de ta fiancée. J'ai entendu dire que les femmes n'était pas très patientes. »
Sherlock sentit les muscles du blond se contracter autour de lui et su qu'il avait touché un point sensible. John fit pivoter le tabouret sur lequel était assis le détective pour le retourner face à lui.
« - Je te demande pardon ? »
Sherlock n'avait jamais entendu la voix du médecin aussi froide. Les muscles de ses bras étaient bandés sous son sempiternel pull et des veines commençaient à apparaître sur son cou.
« - Ma fiancée ? Mais quel genre d'homme penses-tu que je suis ? Hum ? Tu penses vraiment que je suis resté pour continuer à jouer sur les deux tableaux ? Que maintenant que quoi qu'il se soit passé cette nuit est arrivé je vais retourner chez Mary pour assurer mes arrières ? Au cas où un de vous deux me lâche ? »
Les yeux de John étaient maintenant flamboyants, brillants de colère.
« - Qu'est-ce que tu veux ? »
Trop proche, il était beaucoup trop proche du visage du brun. Sherlock ne savait plus où poser son regard. Il était complètement cerné par John ses bras le plaquant contre la table de la cuisine, son corps collé au sien, leurs nez se frôlant presque. Ses yeux revenaient sans cesse se poser sur les lèvres du médecin. Sherlock sentait qu'il avait envie de s'en approcher un peu plus mais comment John allait-il interpréter ça ? Et s'il comprenait mal ce geste ? Et s'il voulait plus par la suite ? Est-ce que Sherlock serait prêt à le lui donner ? Et voulait-il le lui donner d'ailleurs ? Et..
John posa sa main sur la nuque de Sherlock et l'attira à lui pour poser ses lèvres sur les siennes une première fois. Alors que le détective se figeait complètement, il l'embrassa de nouveau, plus doucement, avec toute la tendresse dont il était capable.
Le médecin avait des picotements dans les lèvres et dans ses doigts, aux endroit où ils étaient posés sur la peau du détective. Mais pas plus car il était seul dans ce baiser. Il n'avait là que l'aperçu de la vague de sensations destructrices qui s'abattrait sur lui le jour où il pourrait vraiment toucher Sherlock, le sentir avec lui. Mais pas maintenant. John s'éloigna complètement du détective et le regarda directement dans les yeux.
« - Tu n'es pas prêt. Un jour peut-être, mais pas maintenant. Tu ne sais pas gérer ça, pas encore. Mais je te le dirai un jour, je te le montrerai, je te le dirai vraiment. Mais pas maintenant. »
John embrassa Sherlock sur le front et quitta l'appartement. Il ne savait même pas si le détective avait entendu sa dernière phrase. John avait depuis longtemps apprit à reconnaître les moments où Sherlock le quittait pour son palais mental. Et il s'y était réfugié au moment même où John avait frôlé ses lèvres.
« - Tu ressembles à une jeune fille en fleur après son premier baiser »
Sherlock revint instantanément à la réalité. La voix de son frère avait toujours cet effet sur lui. Clignant rapidement des yeux il reprit un masque d'indifférence tout en notant avec surprise que, vu l'angle de la lumière à travers les carreaux, le soleil n'allait pas tarder à se coucher.
« - Qu'est ce que tu veux Mycroft ? »
Ce dernier se balança légèrement d'un pied à l'autre, mal à l'aise.
« - Je viens juste prendre des nouvelles »
Sherlock lui lança ce regard qui le caractérisait particulièrement. Ce regard par en dessous qui criait je-suis-le-grand-Sherlock-Holmes-n'essaie-pas-de-me-mentir.
« -Non vraiment, je pensais que tu aurais besoin d'une.. présence. »
Alors il était sérieux. Le détective se leva et alla se placer près de la fenêtre.
« - Et pourquoi aurais-je soudainement besoin d'une.. présence ? Surtout la tienne.
- Je sais à quel point tu tenais au Docteur Watson. »
Sherlock se retourna vers son frère.
« - Déjà ?
- Il a gardé de nombreux contacts.
- Où ?
- Sud de l'Italie. Beaucoup de problèmes à cause de l'immigration, ils n'ont pas suffisamment de bras pour couvrir tout les besoins.
- Quand ?
- Dans deux heures. »
Sherlock se tût et se retourna vers la fenêtre. Machinalement, il attrapa son violon et fit glisser l'archer le long des cordes. Mycroft comprit. Il était temps pour lui de laisser son frère. Ce n'était ni une fuite ni un abandon Sherlock avait besoin d'espace et l'aîné des Holmes comprenait cela plus que quiconque. Alors il quitta simplement l'appartement en s'arrêtant quelques secondes sur le pas de la porte en guise de salut, auquel le détective répondit par un signe de tête.
Une fois la limousine de son frère disparue au coin de la rue, Sherlock reposa son instrument, attrapa son téléphone et s'installa dans son fauteuil. Reconsidérant la question, il opta finalement pour le fauteuil de son ancien colocataire, resté à l'exact même endroit que lorsque que le médecin l'occupait encore.
Italie ?
La cuisine y est meilleure que dans le désert il paraît.
À quand remonte cette envie de second service militaire ?
Je suis parti en tant que médecin. C'est un endroit où je serai utile.
Sherlock avait parfaitement compris le sous-entendu. Il avait vu la douleur dans les yeux de John quand celui-ci avait compris que le détective n'avait pas tenté de le '' retrouver '' pendant trois ans. Et cette souffrance était réapparue, plusieurs fois depuis, chaque fois aussi vive.
Ne le prend pas comme ça.
Je sais. Mais quand même.
C'est à cause de moi ?
Il fallait qu'il sache, qu'il soit sûr.
Non. Pas entièrement du moins.
Donc c'est un oui.
Non. Tu as eu besoin de temps seul, Sherlock. À mon tour. Il est temps pour moi de redevenir utile, réellement utile. Auprès de gens qui ont besoin de moi.
J'ai besoin de toi.
Ses doigts semblaient avoir développé une vie propre. Il avait écrit et envoyé cette dernière réponse avant même d'avoir pu y penser.
Tu as peur de moi.
Jamais.
Tu as peur de tes sentiments en ma présence.
Non.
C'était un mensonge éhonté et ils en étaient tous les deux conscients.
On a tout les deux besoin de temps.
Combien de temps ?
Jusqu'à ce que tu sois prêt.
C'est une manière détournée de me dire au revoir ?
Non. Je reviendrai. Quoi qu'il arrive.
C'est ce que vous dites toujours.
Sherlock, toi et moi ne sommes pas tout le monde. Et tu sais très bien ce que tu es pour moi maintenant n'est-ce pas ?
Sherlock quitta l'ancien fauteuil de John, alla dans sa chambre et récupéra un vieux pull sous son oreiller. Il était déformé et avait depuis longtemps perdu l'odeur de son propriétaire mais le détective était incapable de s'en séparer, ce qui le contrariait légèrement. Enfilant le pull de John, il retourna dans le salon, s'allongea sur le canapé et, se recroquevillant autour du vêtement en laine, rédigea sa réponse.
Oui. Quelqu'un dont tu dois te souvenir.
Toujours.
Et voilà, terminée...
Je m'excuse infiniment du temps qui est passé depuis mes dernières publications, j'ai été absente pour tout un tas de raisons personnelles et j'espère que vous ne m'en tiendrez pas trop rigueur..
Je sais que j'ai pris des risques au niveau de mon choix pour cette fin et j'aimerais vraiment avoir vos avis dessus parce qu'après tout cette histoire vous appartient aussi.
Et n'oubliez pas, une review est le seul moyen pour un auteur de savoir si vous appréciez son travail.. ;)
Peanut.
