Quand Bruce Wayne rentra au manoir un peu plus tard, il trouva Dick en train de défoncer un punching-ball dans la salle de gym. Alfred lui adressait des regards inquiets et Bruce décida de prendre les choses en main.
- J'aimerais te parler, dit-il sans ambages.
Dick s'arrêta de boxer deux secondes. Bruce avait un de ces regards indéchiffrables dont il avait le secret. Que lui voulait-il ?
- Maintenant ? demanda-t-il.
- Dans ta chambre, si tu veux. Prends une douche et viens me rejoindre.
Impossible de discuter avec lui. Dick s'exécuta et le retrouva dans sa chambre dix minutes plus tard, douché de frais et complètement perplexe quant à ce qui venait de se passer.
- Ça s'est bien passé, la réunion ? s'enquit-il pour gagner du temps.
- Bien. Et toi ?
Dick avait l'impression que son père adoptif pouvait voir à travers sa tête. Ce n'était pas étonnant qu'il fasse autant peur aux criminels en tant que Batman mais parfois, il avait envie d'avoir un tuteur qui ne lui fiche pas les jetons.
- Bien, éluda-il. On a vu un film avec l'équipe.
- Quel film ? s'enquit Bruce.
- 'Le lycée des morts-vivants.'
- Celui-là ? Tiens, je l'ai vu au cinéma avec ma première petite amie quand j'avais ton âge.
Dick rougit violemment. Il se sentait gêné mais en même temps, des tas d'idées lui passaient par la tête. Bruce avait été un ado, lui aussi. Il avait dû connaitre ce moment embarrassant quand une fille vous demande de retirer votre tee-shirt. Peut-être serait-il de bon conseil.
- A ce sujet, annonça-il, il s'est passé un truc bizarre avec Zatanna et moi.
- Je t'écoute, dit Bruce en s'installant plus confortablement.
- Eh bien, voilà. On est allés dans sa chambre et on s'est un peu embrassés. Au début, c'était bien. Et puis, elle a voulu qu'on aille plus loin, si tu vois ce que je veux dire. Et là… je suis parti comme un con.
Dick s'attendait à n'importe quelle réaction de la part de Bruce. Il savait que dans ce genre de situations, les adultes pouvaient dire des choses telles que « as-tu pensé aux préservatifs » ou « réserve-toi jusqu'au mariage » ou encore « mais pourquoi a-t-elle fait ça, c'est pas de ton âge. » Cependant, Bruce se contentait de hocher la tête.
- Tu es parti, répéta-t-il.
- Ouais ! Je sais même pas pourquoi ! Zatanna, tu sais… c'est une fille géniale, et elle se tenait devant moi dans cette tenue complètement canon et moi, j'ai pas assuré alors que n'importe quel mec aurait sauté sur l'occasion ! Qu'est-ce qui va pas chez moi ?
Pendant un bref instant, Bruce fit la grimace. Il se souvenait encore du jour pas si lointain où Dick n'était encore qu'un enfant de neuf ans qui jouait à la console entre deux missions. Le petit avait bien grandi depuis, ce qui le rendait un peu nostalgique. Cependant, il savait qu'il devait faire son devoir de parent.
- Avais-tu envie de faire l'amour avec elle ? s'enquit-il.
La question prit Dick de court. Il resta muet un long moment, puis répondit en pesant chaque mot :
- Je ne crois pas. Non. Pas maintenant, en tout cas. Quand on s'embrasse c'est trop génial mais je trouverais ça bizarre si on faisait ça tout de suite. C'est pas que j'ai pas envie d'elle mais…
- Tu ne te sens pas encore prêt.
- Non, avoua Dick.
Bruce se pencha et ébouriffa les cheveux de son fils adoptif. Celui-ci accepta le contact, puis reprit un air plus sérieux et s'enquit :
- Ce que je viens de te dire… t'en parles à personne, d'accord ?
- Evidemment, répondit Bruce. Ça reste entre toi et moi.
- Je ne comprends pas, murmura son fils adoptif en se balançant sur le bord du lit. Megan et Conner l'ont fait, Artémis et Wally l'ont sûrement fait, les garçons de ma classe l'ont tous déjà fait. Pourquoi avec moi, ça ne passe pas ?
Bruce gloussa et Dick le fusilla du regard.
- C'est pas drôle ! s'écria-t-il.
- Si, répondit Bruce, c'est drôle qu'autant de garçon de ton âge mentent sur ce qu'ils ont fait ou non. La moyenne des débuts sexuels est de 16 ou 17 ans, autrement dit, tu n'es pas en retard.
- T'es sûr ? demanda l'adolescent, effaré.
- Moi non plus, je n'avais pas commencé quand j'avais ton âge.
Dick resta pensif un long moment. Apparemment, sa virginité n'était pas un problème. Il n'y avait rien d'anormal chez lui. Cela semblait plutôt réconfortant, sauf qu'il n'avait pas été tout seul dans cette chambre.
- Quand Zatanna s'est déshabillée devant moi, je me suis sauvé en courant, rappela-t-il. Comme ça, sans un mot d'explication. Elle va penser que je suis un connard !
- Peut-être. Peut-être pas. Tu pourrais peut-être lui expliquer où tu en es.
- On est en couple, je te rappelle, gémit Dick. On est censés finir au lit ensemble !
Bruce soupira intérieurement. Il se souvenait d'une de ses copines de lycée, Bonnie, une jolie brune à l'esprit très aiguisé. Le jour où il l'avait emmenée dans sa chambre, elle s'était dévêtue en faisant la grimace et s'était raidie quand il l'avait embrassée. Il avait dû lui poser une dizaine de questions avant qu'elle avoue avec honte que le sexe, c'était pas son truc. Le jeune Bruce avait alors ressenti de la tristesse. Pas parce que Bonnie n'avait pas envie de faire l'amour, ça c'était son droit. Simplement, il était choqué de vivre dans un monde où les filles étaient obligées de faire des trucs pour leur partenaire sans en tirer du plaisir elles-mêmes. Il avait dit à Bonnie de se rhabiller et lui avait proposé de faire une partie d'échecs. C'était comme ça qu'il avait appris que sa copine Bonnie avait l'étoffe d'une vraie championne d'échecs et un sens de l'humour décapant.
- Imagine que c'est le contraire, suggéra-t-il. Tu as très envie de faire l'amour et elle, pas tellement. Tu fais quoi ?
- Rien ! s'étonna Dick. Je vais pas la forcer si elle a pas envie !
- Tu crois qu'elle va vouloir te forcer si toi, tu n'en as pas envie ?
Dick retourna cette question dans sa tête et éclata de rire. Tout compte fait, il avait tout dramatisé pour rien !
- D'accord ! dit-il en se levant. En fait, c'était simple ! J'aurais dû t'en parler plus tôt. Je fais quoi, je lui envoie un texto ?
- C'est comme tu le sens, mais le plus tôt sera le mieux.
Dick se renfonça dans son lit, médita un long moment, puis sourit. Il avait trouvé une idée.
A suivre...
