Les travaux avancent lentement. Erik se dit que ça irait plus vite avec quelqu'un qui sait contrôler le métal mais il est absolument sûr que Charles préférerait se faire hara-kiri avec son coupe-papier gravé avec ses initiales que d'accepter l'aide de l'Allemand. Ça laisse plus de temps à Erik de décider de ce qu'il voudrait faire une fois qu'il quittera la demeure. Parce que même si on lui prête une chambre, rien ne le retient ici, au contraire, tout lui donne l'ordre silencieux mais pressant de partir. Il ne sait pas encore où il ira. Il a pensé à l'Argentine pendant un temps, mais lui ne se réfugiera pas en Amérique du Sud - ça ne paraîtrait pas juste. Il se laisse encore quelques semaines avant de définitivement faire son sac, de toute façon.
Il fait bon en cette fin d'après-midi et le bruit des travaux dans l'aile Ouest n'est pas suffisant pour donner à Erik l'envie d'enfoncer les casques des ouvriers sur leurs têtes. Lui profite qu'Hank et Charles soient partis à New York pour se promener. Particulièrement dans le bureau de Charles qu'il fouille en ce moment précis.
C'est un réflexe dont il n'essayera jamais de se dégager. Les dossiers avec des noms, des visages, il les lit, les enregistre autant que possible. Revoir les têtes de tous ces gens, comme eux, qu'ils sont allés chercher aux quatre coins des États-Unis, le fait autant sourire que sentir qu'ils ont foiré quelque chose. Peut-être que le projet était trop gros, ou eux pas assez prêts. Ça reste un gâchis immense.
Il ferme le placard qu'il fouillait, en ouvre un autre. Il y a une pochette avec écrit 1968 dessus et quand il l'ouvre, il découvre une pile de dossier où a été tamponné en rouge U.S ARMY. Il n'y a que leurs dates de naissances à côté de leurs photos mais Erik sait, sans savoir comment, que tous ces mecs dont il lit les descriptions et voit les sourires discrets, sont morts là-bas. Il claque la porte du placard et tire la chaise en cuir de Charles où il prend place. Il tourne lentement dessus, pince sa lèvre inférieure entre son pouce et son index en regardant tout autour de lui. C'est assez sale, il y a de la poussière jusque sur la lampe Tiffany et l'Ancien Charles n'aurait jamais accepté ça. Erik aimait un de ces points communs qu'ils partagaient : cette légère obsession pour la propreté. Mais maintenant Charles est hippie. Erik le préférait paraplégique.
"Je peux t'aider ?", demande Charles, debout entre les portes qu'il a ouvertes.
"Charles.", sourit Erik en posant ses doigts sur le bois du bureau qu'il caresse.
Le professeur lève les yeux au ciel, s'approche avec dans la main droite un sachet en plastique et retire sa veste qu'il tente d'envoyer sur le fauteuil du fond, mais qui tombe à même le sol. Les ongles d'Erik griffent le bois.
"Qu'est-ce que tu fais là ?", demande Charles en prenant place sur une chaise face à lui.
"Je me promène."
"Tu as tout le parc pour ça."
"Je préfère ton bureau."
Charles rit même si ça n'a pas l'air drôle et s'appuie contre le dossier de la chaise, en passant une main dans ses cheveux qui sont beaucoup trop longs pour être gardés dans cet état.
"Est-ce que tu peux ranger ton manteau, s'il-te-plait ?", demande Erik en tentant de sourire.
Charles hausse un sourcil et se tourne pour vérifier de quoi l'Allemand parle. Il voit sa veste au sol et grimace en faisant à nouveau face à celui qui a pris sa place. Il ouvre la bouche, certainement pour demander à Erik ce qui lui prend, mais ça lui revient.
Les vêtements entassés au sol, les chaussures alignées, sont des choses qu'Erik ne peut pas supporter ; des images qui ramènent des souvenirs fantomatiques auxquels il ne souhaite plus jamais faire face.
Charles se lève et va récupérer son vêtement qu'il accroche à une patère au fond de la pièce. Erik sent physiquement le poids qui s'enlève de son esprit. Le professeur revient s'installer face à lui et cette fois sort ce qu'il a ramené dans son sac plastique : une bouteille de gin. Erik râle.
"Sérieusement, Charles ?"
"Oh je t'en prie Erik, permets toi de commenter mon mode de vie, je serai ravi de savoir ce que tu peux possiblement me dire.", ironise le plus jeune en débouchonnant la bouteille.
Il se penche jusqu'à la tablette à sa gauche et prend un seul verre. Erik trouve ça un peu insultant.
"Tu vaux mieux que ça."
"Putain mais, Erik, juste… Ferme la. Okay ? Ferme la.", ordonne Charles en secouant la tête.
C'est ça que tu veux être maintenant ? Un alcoolique ?, tente de crier Erik hors de sa tête, comme Charles lui a appris lorsqu'ils devaient avoir des conversations silencieuses face à des humains. Mais Charles a toujours le regard concentré sur le liquide transparent et ne semble pas être gêné par le mot qu'utilise l'Allemand. Erik insiste. T'es vraiment qu'une merde, Charles.
Pas de réaction.
"Tu ne m'entends pas ?", demande-t-il en se penchant en avant, abasourdi.
Charles a les lèvres à quelques millimètres du verre. Ses yeux regardent à droite, à gauche, comme s'il est un personnage d'un putain de Tex Avery, avant qu'il ne réponde :
"Entendre quoi ?"
Erik pose l'index et le majeur de sa main gauche sur sa propre tempe, dans un geste qui imite celui que le professeur faisait encore il y a quelques années de ça, et le simple fait de voir cette image en miroir fait reculer Charles qui abandonne son verre.
"Ça.", grogne presque Erik qui comprend que Charles a coupé cet espèce de pont entre leurs pensées.
Bien sûr, il a demandé à Charles de rester hors de sa tête, quand ils étaient encore amis, mais ils ont travaillé suffisamment dur pour apprendre à Erik à utiliser certaines de ses capacités mentales pour que Charles l'entende quand Erik le veut. Charles joue juste au con et l'ignore, comme le putain de gamin pourri gâté qu'il est. Erik fixe de son regard transparent celui minable du professeur et se lève. Il fait le tour du bureau, se retient de ne rien renverser ou taper sur le passage et s'apprête à quitter la pièce quand Charles l'appelle :
"Erik.", retourné sur son siège, le coude sur le dossier, il le regarde dans les yeux. "Oublie ce que nous avons vécu ensemble."
Erik claque la porte et espère que le bruit exaspérera assez Charles pour qu'il descende sa bouteille de gin et fasse un coma éthylique.
Hank joue lentement avec son bracelet. Il regarde la mer par la fenêtre du bureau où Charles et lui attendent. Il aime bien New Rochelle, c'est dommage que la maison soit aussi loin de la ville, sinon il y passerait plus souvent. Même s'il y a un vent assez dingue la plupart du temps, la balade au bord de mer est un de ses endroits préférés dans la région. Il venait là, petit, avec ses parents et ses soeurs, et même s'il a toujours dû garder ses chaussures et qu'il n'a jamais senti la sensation du sable sous ses pieds, c'est assez plaisant de s'y enfoncer à chaque pas.
Il sont venus voir Suppe, le banquier attitré de la demeure, pour une histoire de nouveaux comptes en banque à ouvrir, puisque la fortune Xavier croît chaque année avec tous les investissements mis en place depuis un siècle. Ça ennuie toujours beaucoup Charles de venir ici, puisque les banquiers le saluent si bas qu'il est à deux doigts de leur payer des séances de kiné, comme il l'a dit une fois à Hank. Mais il y a aujourd'hui quelque chose d'autre qui fait que sa jambe droite se secoue et qu'il mordille le bout de son pouce.
"Ça va, professeur ?", appelle Hank pour le sortir de ses pensées.
Charles cligne des yeux une fois et le regarde en se redressant sur sa chaise.
"Ne t'en fais pas.", le rassure-t-il en lui adressant un sourire qui pourrait être plus chaleureux.
Hank hoche la tête et la tourne à nouveau vers la fenêtre ouverte. Même de là ils sentent l'air marin.
"On pourrait acheter du poisson pour ce soir, ça fait longtemps."
Charles acquiesce avec plaisir et se met à faire la liste de ce qu'ils pourraient acheter maintenant qu'ils sont en ville (surtout des piles, se dit Hank, car il n'y a plus aucune radio qui marche à la demeure). Il y a encore quelques secondes de silence avant que le professeur ne peste contre le retard de Suppe et sans raison, Hank comprend le problème :
"C'est Erik ?"
"Je te demande pardon ?", s'étonne Charles en faisant les gros yeux.
"Ce qui vous tracasse, c'est Erik ? Vous voulez que je lui demande de partir ?"
Charles sourit en dévoilant ses dents et secoue légèrement la tête.
"Hank, c'est… Non. Non, ne lui demande pas de partir, il ne va pas s'installer ici pour toujours de toute façon. Il m'exaspère, mais ce n'est pas une raison suffisante pour le mettre à la porte."
"Bien sûr que si.", s'offusque Hank en fronçant les sourcils.
Le professeur est déjà assez gentil de l'héberger depuis plus d'un mois, il ne lui doit rien de plus. Avec cette histoire de Scandale de Watergate, dont les journaux raffolent depuis avril, plus personne ne se préoccupe pour l'instant de l'évasion de Lehnsherr et ça leur fera du bien à tout les deux si Erik s'éloigne un peu. Ou pour de bon.
"Est-ce que tu penses que ça a été une erreur de l'accueillir, en premier lieu ?", demande Charles si sérieux que son accent anglais s'entend plus que jamais.
"Non. Nous n'avions pas le choix et, même si ce n'est pas l'invité que j'ai préféré recevoir, toujours est-il qu'il vaut mieux le savoir ici qu'en train d'essayer de tuer Nixon."
"Tu crois qu'il a développé un fétichisme de l'assassinat de président ?", s'amuse le professeur.
"Je préfère ne pas savoir ce qu'il a dans sa tête.", rit Hank en secouant la sienne et il lui faut quelques secondes pour réaliser que sa phrase était maladroite. "Enfin… Vous voyez ce que je veux dire. Désolé, professeur."
"Ne t'excuse pas.", le rassure Charles en tapotant son épaule. "Il ne sait pas pour mes pouvoirs. Ou leur inexistence. Et je veux que ça reste ainsi. Je peux compter sur toi ?"
"Je ne dirai rien.", jure Hank en fermant lentement les yeux.
Charles le remercie en étirant les lèvres et les deux se lèvent lorsque Suppe entre dans la pièce, pour le saluer.
Il fait lourd ce soir. Erik pourrait lire dans le jardin mais les lumières qui donnent sur l'extérieur n'ont pas été encore raccordées. Il reste dans le salon, assis sur un des fauteuils et feuillette un livre anglais que Charles avait rangé dans un tiroir de son bureau. C'est chiant à mourir, une histoire d'amour et de succession dans la campagne anglaise du XIXe siècle et Erik passe, en soupirant, les passages où l'héroïne pleure de ne pouvoir dévoiler l'amour qu'elle porte à son voisin, au grand jour.
Il n'a pas vu Hank et Charles depuis la fin d'après-midi mais a entendu des pas à l'étage. Ils doivent se faire un bridge dans la chambre du professeur. Finalement, c'est une maison de retraite ici et la jeunesse qui un jour courrait dans les couloirs à en donner envie à Erik d'exploser leurs têtes contre les murs, pourrait presque lui manquer. Un peu de vie, bordel.
Il ferme le livre et le pose sur la petite table face à lui. Il est en train de se dire qu'il faudrait qu'il aille se coucher quand il y a un cri qui perce le plafond et bien sûr, Erik se redresse. Ça lui ramène des sentiments qu'il pensait avoir enfoui assez profonds pour ne plus jamais les ressentir. Et ça revient. Ça revient et cette fois, c'est la voix de Charles.
Il monte et court. Il ouvre la porte de la chambre au premier étage et dans son lit, il y a le professeur. A côté de lui, assis sur un fauteuil épais et vert, Hank.
"Qu'est-ce qu'il a ?", demande Erik mais Hank ne répond pas ; il a les yeux fixés sur le bord du lit où ses mains s'affairent. Erik s'approche, Charles ne hurle plus. Il est couvert de sueur et tremble, les yeux fermés, le visage à peine reconnaissable. Presque inhumain.
"Hank.", gueule Erik pour appeler le jeune homme qui sursaute à peine avant de dévoiler une seringue de laquelle il vérifie le niveau de la solution transparente.
"Deux secondes.", c'est la seule réponse du scientifique alors que Charles ouvre enfin un oeil, puis l'autre.
Ça lui rappelle le premier soir où ils sont arrivés, quand Charles s'était laissé tomber sur son fauteuil comme s'il ne tenait plus debout, mais Erik avait pensé que l'alcool qu'il avait avalé dans l'avion en était la raison. Ce soir, tout à l'air plus douloureux. On dirait qu'il pleure, ses yeux sont rouges et ses lèvres tremblantes. Il murmure une litanie qu'Erik n'entend pas et ses doigts se pressent sur son avant-bras gauche pour tenter de relever la manche. Mais ce sont les gestes de Hank qui arrivent à découvrir la peau blanche. Il passe un coton, presse la pointe de l'aiguille sur la veine voyante et se penche légèrement au-dessus de Charles qui tente de garder ses yeux ouverts. Ils se regardent et le plus jeune inspire grossièrement par le nez - l'exemple à suivre pour Charles qui l'imite. L'aiguille perce la peau, s'enfonce, disparaît lentement. Et ça fait mal, ça le fait toujours, mais ça semble déjà soulager Charles dont la tête retombe contre l'oreiller.
Il garde ses doigts à quelques centimètres de l'aiguille que Hank retire une fois la solution pratiquement disparue. La seringue posée dans une petite boîte en métal, Hank attrape la main de Charles et serre.
C'est une routine, se dit Erik, et c'est ça le plus pénible. C'est une routine.
Charles murmure encore des mots qui ne veulent rien dire et sa tête se balance avec paresse de droite à gauche. Erik s'approche. Il tire un fauteuil de l'autre côté du lit et se fout bien de faire du bruit puisque Charles parait inconscient.
"Qu'est-ce que c'est ?"
"Un sédatif.", explique sommairement Hank, manifestement peu enclin à l'idée d'avoir une réelle discussion avec l'Allemand.
"Puissant, ton sédatif."
"Juste ce qu'il lui faut."
Ils regardent tous les deux le visage de Charles qui, à défaut de reprendre des couleurs, ne tremble plus. Il ne semble pas être dans une position agréable pour dormir, mais, au moins, on dirait qu'il ne souffre pas.
"C'est à cause de la balle, vous savez.", dit soudain Hank, la voix pleine d'aigreur. "La balle qui a touché sa…"
"Je sais.", l'interrompt Erik, neutre.
Il s'est déjà excusé et ça n'a pas amélioré l'état de Charles. A quoi bon recommencer.
"Il marche, mais il souffre ?", demande-t-il en daignant relever son visage vers celui plus jeune qui le toise.
"C'est… plus compliqué."
"Fais simple.", ordonne-t-il en fermant lentement les yeux, déjà énervé par le petit air supérieur du scientifique.
"C'est mon traitement. Enfin, un dérivé du traitement que je prends. Ça lui permet de marcher. Ça le calme aussi. Ça ne l'endort pas à proprement parler mais… Enfin, ça l'endort s'il veut dormir et ça l'apaise s'il a besoin de marcher tout de suite après."
Erik hoche la tête. Le visage de Charles commence à rosir, au niveau de ses pommettes et du bout de son nez. Il a les lèvres entrouvertes, probablement bloquées sur un de ces mots qui n'existe pas et qu'il a marmonné en boucle. Ses cheveux beaucoup trop longs sont accrochés à son front par la sueur en quelques mèches qu'Erik veut retirer. Il ne veut pas le réveiller, alors il ne bouge pas.
Il est une heure du matin et la huitième ligne en partant du haut du livre que tient Hank dans ses mains n'est toujours pas rentrée dans son esprit, même s'il l'a lue cinq fois de suite, sans s'en apercevoir. Il abandonne, passe une main sur son visage et se lève pour détendre ses jambes. Au fond de l'immense pièce, Erik s'est installé à côté du feu de la cheminée qu'il maintient en vie. Assis sur le fauteuil, les jambes croisées, il fait lentement tourner dans son verre le whisky qu'il s'est servi, le regard concentré sur la petite tablette où Charles emmagasine une collection d'alcool qui parait trop pour un seul homme.
"On peut le laisser.", dit Hank sans trop élever la voix non plus.
"Il peut se réveiller ?"
"Ça n'arrive pratiquement jamais. Je l'aide à se rendormir sans sédatif, dans ces cas là. J'essaye de… Enfin. Limiter les doses quoi."
Erik hoche la tête.
"Va te coucher."
C'est fou comme cet homme ne parle pas, il ordonne. Hank ne l'a jamais vraiment apprécié (ce n'est pas quelque chose dont il peut être particulièrement fier, personne n'apprécie Erik) et encore aujourd'hui, le simple son de sa voix donne à Hank l'envie très primaire de lui demander de se taire à chaque fois qu'il ouvre la bouche. Il sait que c'est réciproque. C'est de bonne guerre.
Il enfile son pull, prend le plateau avec son assiette vide et cherche quoi dire avant de quitter la chambre. Mais il ne trouve pas. Alors il reste silencieux et ferme la porte derrière lui en s'aidant de son coude.
Erik ouvre les yeux. Encore assis sur le fauteuil près de la cheminée, il ne sait pas bien pourquoi il s'est réveillé - si c'est à cause de la chaleur du feu, ou de la mauvaise qualité de son assise, peut-être même aussi…
Un gémissement.
Il se lève, se cogne les pieds contre la table basse dans la pénombre et se dirige vers le lit où Charles s'agite. Erik cherche l'interrupteur mais la voix de Charles l'empêche de faire autre chose que de se pencher vers lui.
"Hank…", murmure-t-il en levant les mains pour s'accrocher à quelque chose.
Erik distingue les longs doigts s'agiter, mangés par la nuit, à peine visibles et il ne sait pas quoi faire.
"Calme toi."
"Hank, s'il te pl... Hank…", supplie Charles la voix sifflante et il y a quelque chose de détestable à réaliser qu'à peine conscient, Charles Xavier n'est capable de prononcer que le nom du Fauve.
"Il n'est pas là.", grogne Erik en attrapant une main qu'il serre peut-être plus fort que prévu. "Rendors-toi, Charles."
Les doigts du plus jeune réagissent en se serrant à leur tour et cette fois ses yeux s'ouvrent. Il a reconnu Erik. Il déglutit en faisant un bruit monstrueux et demande, en décomposant chaque syllabe.
"La seringue."
Elle est là, encore dans sa boîte. Et Hank ne lui a pas tout administré.
Limiter les doses.
"S'il te plaît. Erik."
Et c'en est trop. Erik se penche pour attraper la seringue, cherche l'interrupteur de la lampe de chevet en faisant un bruit fou (qu'est-ce qui est tombé ? Un livre ?) et quand il l'allume, ce n'est pas suffisant pour éclairer leurs corps dans leur totalité mais juste le bras que Charles tend de façon indécente.
Erik a envie de demander pourquoi ça fait si mal. Pourquoi Hank a dit que ça n'arrivait presque jamais qu'il se réveille pendant la nuit. Erik a envie de beaucoup de choses.
Il attrape le bras sans douceur et presse la seringue en imitant les gestes d'Hank. Mais les siens sont secs, sans patience et sans compassion. Il ne sait pas faire ça. Charles grimace et hoche la tête pour l'inciter à planter l'aiguille.
"Je vais te faire mal."
"N-non…", Charles tente un sourire, mais ses lèvres tremblent tellement que tout son visage se tend. Erik serre encore plus fort la seringue dans sa main sans arriver à l'enfoncer dans la peau froide. Les mots qui ne veulent rien dire recommencent à envahir la pièce et Erik craque, il lâche la seringue qui se maintient seule dans les airs. Il inspire, longtemps, expire, par la bouche. Charles le regarde et le supplie.
Alors, Erik se concentre et la seringue se penche, seule, jusqu'à planter l'aiguille dans la veine. Charles gémit et hoche la tête plus fort encore. Il halète des Oui, oui, oui, qu'Erik ignore jusqu'à ce qu'ils se transforment en Merci, merci, merci.
Il ne reste pas beaucoup de solution, la seringue se recule assez vite et d'un geste de la main, Erik la fait se reposer dans la boîte en métal. Il tourne le tout pour le mettre dans l'exacte même position dans laquelle Hank l'a quitté. Il prend quelques secondes avant d'oser regarder le visage de Charles qui lui sourit sans paraître heureux. Mais c'est Erik qu'il regarde comme ça, comme avant, et c'est à lui qu'il a dit merci.
Lentement, Erik se rassoit dans le fond de son siège. Il croise les jambes, les bras. Ses yeux ne quittent pas Charles alors qu'il cherche désespérément à comprendre ce à quoi il pense maintenant. Mais il est bien trop tard et Charles plonge dans le sommeil plus vite qu'il ne le réalise. Son sourire, discret, presque pudique, ne le quitte pas, tout inconscient qu'il est. Et Erik sourit aussi.
Parce que ce soir, c'est lui qui a aidé Charles.
