Note : Hello à toutes et à tous ! Merci pour vos derniers retours, toujours aussi motivants :) La fin de se chapitre est légèrement ambigüe concernant le consentement d'un personnage, à lire avec précaution donc.
Et toujours un énorme merci à ma merveilleuse Maya Holmes et à Mugen, la bêta de la version anglaise.
Bonne lecture !


Charles est heureux. Ça se voit, ça s'entend, ça se sent. Il sourit et respire comme un homme qui n'a jamais eu à vivre l'enfer et ça a même l'air expansif. Hank suspecte que c'est la bonne humeur de Charles qui a contaminé les ouvriers qui maintenant amènent leurs tourne-disque pour écouter de la bossa nova sur le chantier. Quand Charles et lui passent surveiller l'avancée des travaux, Charles s'enchante de tout, improvise quelques pas de danse en rythme et demande aux hommes si c'est le chanteur Gilberto qu'ils écoutent, pendant que c'est Hank qui doit signer les papiers que lui tend le maître d'oeuvre. Même Erik ne semble plus vouloir faire tout ce qui est en son pouvoir pour les emmerder, puisqu'il est discret, qu'il parle à Charles avec calme et qu'il aide un peu avec les tâches ménagères (il débarrasse son assiette et jette ses bouteilles de bière vides, en somme.)

Mais si le bonheur de Charles est si communicatif, pourquoi Hank ne s'est jamais senti aussi malheureux ? Ce n'est pas que voir le professeur s'ouvrir n'est pas plaisant - c'est un changement bienvenu - mais quelque part, ça parait bancal, comme une chaussure gauche enfilée sur un pied droit. Ça aide, mais ça ne convient pas. En trois ans à vivre seul avec lui, Charles n'a jamais été aussi serein. Lorsqu'il boit maintenant, c'est à table, au dîner, et des quantités tout à fait respectables. Hank a loupé quelque chose, c'est évident, mais quoi ? Est-ce c'est seulement le fait que sa maison ressemble enfin à quelque chose, qui fait que quand il descend maintenant prendre son petit-déjeuner, il donne l'impression de se lever pour quelque chose ?

Charles est en ce moment à côté de lui, dans son bureau dont il a ouvert les fenêtres puisqu'il fait bon dehors et il fredonne sur l'air de Pasty Cline qui résonne un peu plus loin. Hank l'observe depuis plusieurs minutes et aucun des deux ne s'en rend compte. Et puis, la solution parait soudain évidente.

"Warren m'a proposé de rejoindre le cursus de génétique à Bucknell. Warren Worthington.", précise-t-il comme si ça avait de l'importance, mais ça n'en a pas, comparé à la nouvelle qu'il vient d'annoncer.

Charles pose son stylo sur son dossier et ouvre grand la bouche. Il ne dit rien pendant quelques secondes et Hank ne sait pas si c'est mieux ainsi. Mais Charles se lève et s'exclame :

"C'est fantastique ! Depuis le temps que tu me parles de cette formation ! Ils ont une place de libre finalement ?"

Hank sourit mais ça n'est pas parce qu'il est content, c'est juste parce qu'il faut qu'il pince sa bouche pour s'empêcher d'avouer que les effectifs pour cette formation, dont il rêve la nuit, n'ont jamais atteint leur maximum. C'est un mensonge vieux de deux ans et demi, celui qui est né lorsque Warren était venu à New Rochelle voir sa famille et que les deux hommes étaient allés boire un café ensemble. Warren avait parlé de l'université avec de l'émotion dans la voix et Hank en avait été jaloux. Pas suffisamment pour laisser le professeur Xavier se débrouiller seul. Assez pour y penser chaque jour.

"Tu vas y aller, alors ?", demande Charles en venant s'asseoir sur le devant de son bureau, face à Hank.

"Et vous ?", s'empresse-t-il de demander parce que c'est ça le vrai sujet tout de même.

"Et moi quoi ?"

Charles n'a pas l'air de comprendre. Pourquoi est-ce si douloureux à constater ?

"Si je pars, qui s'occupera de vous ?"

Charles ouvre la bouche, sourit et la referme en baissant le visage. Il a un secret. Ce n'est pas simplement la maison ou son dos qui ne lui fait plus mal depuis quelques temps maintenant, c'est quelque chose qu'il cache à Hank. Et après avoir été le seul confident du professeur pendant des années, c'est le sentiment le plus détestable qui soit.

"Il ne faut pas que tu décides du sens de ta vie par rapport à moi, Hank."

Il a envie de demander Pourquoi ? mais ça ne semble pas être la meilleure chose à dire, alors il attend la suite.

"Tu pourrais faire des merveilles dans cette formation, j'en suis sûr. Tu as un talent extraordinaire, Hank, n'en doute jamais. Tout ce que tu as fait pour moi, pour les autres… et pour toi même. Tu es un être unique et je suis heureux de me dire que la société pourra un jour bénéficier de toutes ces choses incroyables que tu vas découvrir."

Hank secoue la tête malgré lui et hausse une épaule parce que ces mots là, prononcés par un homme comme lui, devraient être suffisants pour l'envoyer faire son sac à la seconde, mais ça ne semble pas être la réponse. C'est aussi parce qu'il n'a pas posé la question, celle qui gangrène son ventre depuis qu'il a compris qu'il y avait une ombre qui creuse ce fossé entre eux. Alors, Hank n'attend plus et demande sans reprendre son souffle :

"Professeur, il…"

"Professeur…", répète Charles en savourant le mot. "C'est la première fois depuis longtemps que je sens que je mérite vraiment que tu m'appelles comme ça."

Et la réalisation semble être libératrice puisqu'il sourit à en rendre jaloux les oeuvres d'art autour d'eux. Charles se penche, pose sa main sur la joue de Hank dans un geste bienveillant et se lève avant de quitter la pièce. Hank ne bouge pas. Ses yeux perdus dans le vague, il voit sans regarder le tapis, le câble de la lampe, les pieds du canapé. Et quelque chose qui brille en dessous. Il se lève et se met à genoux pour tendre la main et attraper l'objet. C'est la petite statue cylindrique abstraite qu'Alex a offert au professeur, avant de partir pour le Viet Nâm. Et dessus, du sang.


Erik se penche et embrasse la nuque de Charles qui sursaute.

"Pas ici !", manque-t-il de rire en vérifiant qu'ils sont seuls dans le couloir.

"Si quelqu'un nous voit, tu n'auras qu'à lui effacer la mémoire. J'adore quand tu fais ça, tu sais, c'est assez excitant.", sourit l'Allemand en attrapant son amant dans ses bras, avant de le coincer contre un mur pour continuer ses baisers dans son cou.

"Je ne fais plus ce genre de chose.", murmure Charles tout bas, les yeux continuant d'inspecter par-dessus l'épaule d'Erik.

"Tu devrais, pour le bien de tout le monde."

Charles secoue la tête, comme s'il était un gamin qui l'épuisait et ça rend Erik joyeux de pouvoir légèrement énerver son amant de la sorte. Il mordille sa mâchoire et se recule.

"Il faut que j'aille à Montréal."

"Aujourd'hui ?"

"Il vaut mieux."

Charles semble un peu perdu à l'idée d'être seul pour vingt-quatre heures. Erik en est assez fier.

"Qu'est-ce que tu vas faire là-bas ?"

"Transférer l'argent que j'avais mis de côté."

"Erik, je peux tout à fait..."

"Non.", impose-t-il en levant une main. "Tu ne m'entretiens pas. J'ai tout ce qu'il faut. Je peux te prendre la voiture ? Je trouverai un hôtel et je reviendrai demain matin."

"Oui, bien sûr.", accepte Charles en lui faisant signe de le suivre pour qu'il lui donne les clés. Soudain, il marche beaucoup moins vite. "Essaye de m'appeler quand tu es là-bas."

"Inquiet ?"

"Toujours.", soupire-t-il en levant les yeux au ciel parce que c'est évident.

Ça fait sourire Erik qui prend les clés et embrasse Charles. D'abord juste ses lèvres, puis inévitablement sa langue se glisse entre elles, si simplement, pour marquer Charles de sa présence. Il rompt le baiser à contrecoeur avant d'aller récupérer son sac qu'il a laissé dans l'entrée. Il vérifie la carte qu'il a déjà sorti de la boîte à gant et sur laquelle il a tracé son trajet pour la journée. Il est en train de la plier quand Hank rentre de sa balade matinale. Il s'arrête sur le perron et regarde l'Allemand, méfiant.

"Vous allez quelque part ?"

"Qu'est-ce que ça peut te foutre ?", il met la anse de son sac sur son épaule.

"Je veux juste savoir si nous sommes débarrassés de vous."

Ça, c'est très drôle. Bien sûr, ce n'est pas parce que le Fauve a de l'humour (il n'en a pas) mais c'est parce qu'il est réellement à côté de la plaque. C'est dingue cette façon de parler de se débarrasser de lui, alors que depuis qu'il est là, Charles est réellement Charles. A vivre des années seul avec Hank, ce n'est pas étonnant qu'il soit devenu aigri.

"Oh, non. Malheureusement pour toi, je reviens demain matin. Tu vas en profiter pour faire quoi ?"

"Vous insulter tout haut, partout dans la maison ?", propose Hank en haussant une épaule.

"Par rapport à Charles, je veux dire."

Cette fois ça lui fait fermer sa bouche d'adolescent. Erik passe à côté de lui et tapote son épaule en ne lésinant pas sur la force.

"Ça se voit, Hank."


Hank est épuisé. Charles. La maison. Erik. Bucknell. Lui-même. Tout est si bizarre en ce moment. Il se retourne encore dans son lit parce qu'il n'arrive pas à arrêter son cerveau qui déterre dans sa mémoire tous les points d'interrogations qui n'ont pas été réglés aujourd'hui : peut-il vraiment quitter le Westchester, et par conséquent Charles, et aller à l'université ? Pourquoi est-ce que Charles ne lui demande plus d'aller acheter de l'alcool et ne se plaint plus de son mal de dos ?

Et qu'est-ce qui se voit ?

Depuis qu'Erik a dit ça, la phrase tourne et tourne en boucle dans la tête d'Hank. Il parlait de Charles, c'est sûr, mais qu'est-ce qui est censé se voir ? Que Hank se préoccupe de lui ? Ce n'est pas très difficile à deviner, vu qu'il l'accompagne depuis des années. Mais Erik l'a dit avec un sourire qui ne semblait pas l'amuser, une de ces grimaces à cheval entre l'insulte et la retenue. Quel est l'intérêt d'essayer de comprendre un mec comme ça, de toute façon...

Hank quitte son lit et se dirige au salon, pour aller regarder la télé. Devant les marches, il ralentit quand il croit entendre du bruit à l'étage et tend l'oreille.

"Hank…?"

Le nom est clair cette fois, quoi que la voix fébrile. Il se tient à la rambarde et grimpe les marches quatre à quatre. La porte de Charles est fermée, il frappe.

"Professeur ? Tout va bien ?"

Pas de réponse, mais le bruit d'un objet qui tombe le pousse à entrer. Assis de façon étrange sur le sol, il y a Charles qui fouille le meuble entre les deux fenêtres. Il en a sorti tout son contenu dans un capharnaüm qui ne lui ressemble pas. Hank s'approche sans attendre.

"Professeur ?"

Charles tourne la tête et dévoile des yeux rouges, les pupilles dilatées. Il mâche sa lèvre inférieure et la lâche en voyant Hank. Elle est blanche d'avoir été trop mordue et c'est douloureux à constater.

"Qu'est-ce que…", commence-t-il, mais Charles exagère un sourire étrange.

"Ah, Hank, te voilà… Je ne trouve pas le sérum, est-ce que tu sais où tu l'aurais rangé ?"

"Dans votre table de chevet, professeur.", répond Hank en ne le quittant pas des yeux.

"Ah, oui, non, il n'y en a pas."

Hank fronce les sourcils et s'avance près du lit. Il ouvre le tiroir puis la petite porte de la tablette en bois et y passe sa main ; vide.

"J'avais mis cinq fioles, où est-ce qu'elles sont passées ?"

Il se recule et regarde le corps à moitié rentré dans le meuble, dont ne dépassent que les fesses et les jambes. Et Hank comprend. Il soupire en regardant le plafond, passe une main sur son visage et remet ses lunettes en place avant de se rapprocher de Charles, près de qui il s'assoit.

"Professeur," appelle-t-il en osant poser sa main sur son épaule, pour retenir son attention. "Les avez-vous déjà toutes utilisées ?"

Charles se contorsionne pour se reculer du meuble et regarde de ses yeux perdus le scientifique. Il semble sur le point de pleurer, confus et les gestes proches de la convulsion. Il presse sa paume sur son avant-bras sans s'en rendre compte et demande d'une voix pas assez forte pour fendre l'air :

"Est-ce que tu peux m'aider ? S'il te plaît ?"

Hank a envie de hurler, de ne plus retenir cette envie de se transformer et de sauter au cou d'Erik pour y planter ses griffes. Parce que ça ne peut venir que de l'Allemand. Il n'y a que lui qui a pu convaincre - Dieu sait comment - le professeur de continuer à s'en administrer. Charles et Hank avaient fini par trouver le rythme qu'il faut au professeur, alors pourquoi est-ce qu'Erik est venu tout foutre en l'air ? Il lui a dit le soir où il l'a vu lui donner le traitement pour la première fois : il faut limiter les doses, contrôler. S'il ne reste plus aucune fiole, alors ça veut dire qu'il lui a administré la solution quasiment un soir sur quatre et Hank ne sait pas quelles peuvent être les conséquences.

"Quand en avez-vous eu pour la dernière fois ?"

"J'ai mal, Hank.", explique Charles en le regardant droit dans les yeux et Hank ne peut pas faire face à ça.

"Nous ne savons pas ce que la prise prolongée peut causer comme séquelles, je ne peux pas..."

"S'il te plaît…", répète-t-il en s'approchant maladroitement, jusqu'à poser ses mains sur les cuisses d'Hank, pour se retenir de tomber.

Hank recule par réflexe et regarde les doigts sur lui. Le vrai risque, se dit-il, c'est d'altérer totalement les pouvoirs de Charles et qu'il ne puisse plus jamais les utiliser. Mais ce n'est pas cette dernière piqûre qui changera quelque chose. De plus, ce n'est pas la faute de Charles, c'est celle d'Erik, Hank en est sûr. Ce n'est un secret pour personne qui a déjà côtoyé le professeur : Charles a des problèmes d'addiction et qu'il est bien incapable de faire la part des choses quand il s'agit d'alcool ou de médicaments. Mais ça ne serait pas juste de le laisser souffrir comme ça, ce soir. Hank secoue la tête pour s'empêcher de penser à l'Allemand, puisqu'il voit les poils sur ses mains se teinter de bleu, et se lève en aidant Charles à en faire de même. Ses gestes sont mécaniques mais au moins, il marche. Il l'installe sur le lit et se penche vers lui pour l'informer d'une voix calme :

"Je vais en chercher en bas. Je reviens."

Charles hoche la tête et se couche. Hank hâte le pas jusqu'à son laboratoire. Il ne devrait pas faire ça, il devrait pouvoir dire non, mais Charles l'a supplié et il ne peut pas le laisser tomber. Il cherche avec des geste fébriles ce qu'il lui faut et remonte en profitant de la distance avec la chambre pour insulter tout haut Erik, avec des mots qu'il n'utilise jamais habituellement. Dans son lit, Charles s'est déjà redressé et a remonté sa manche pour gagner du temps. Hank essaye de ne pas réfléchir lorsqu'il exécute les gestes qu'il n'a pas fait depuis un mois déjà. Ça passe vite mais c'est comme le vélo, ça ne s'oublie pas. Quand il repose la seringue vide dans sa boîte, Charles sourit et ferme les yeux, et enfin il ne semble plus souffrir. Ce n'est pas immédiat mais c'est qu'il sait par avance que son calvaire se finit. Il est trempé de sueur, Hank l'a rarement vu comme ça. Il tend la main et la presse sur le front du professeur pour vérifier s'il a de la fièvre et ça le fait pousser un petit gémissement. Hank recule ses doigts au même instant, mais Charles demande :

"Non, continue."

Charles se laisse glisser un peu plus sur le lit et tourne la tête vers le scientifique pour le laisser continuer à le toucher. Lentement, Hank pose sa main à nouveau sur la peau chaude - mais pas assez pour en être inquiet. Au bout de ses doigts, il sent les cheveux bruns qu'il a coupés. Il regarde le visage qui se décontracte et comme c'est un peu bizarre, il se sent obligé de parler :

"Vous n'avez pas de fièvre."

"C'est bien… Ta main, c'est bien…", murmure Charles.

Hank déglutit et hoche la tête. Il a la main fraîche, car il a dû sortir par le jardin pour rejoindre son laboratoire, et ça doit l'apaiser. Il attend un peu et se met à coller ses doigts sur les joues, quelques secondes, puis sous son menton. Il faudrait qu'il aille chercher un gant de toilette couvert d'eau froide pour pouvoir le rafraîchir. Bientôt.


Erik pose sa main sur l'embrasure de la porte entrouverte. Il observe les gestes d'Hank, sa main sur les joues de Charles puis sur son front à nouveau. Il ne vérifie pas simplement sa température, ça fait trop longtemps que ses doigts couvrent la peau en sueur. Il profite. Alors Erik sait qu'il en a vu assez et il pousse la porte qui n'émet pas un grincement mais ça fait sursauter Hank quand même. Erik s'approche et tire une chaise pour s'asseoir de l'autre côté du lit. Il regarde Charles qui dort entre eux et sourit malgré lui en le voyant si paisible malgré la guerre qui s'annonce entre les deux autres hommes.

"Je lui avais donné cinq solutions d'avance et il n'en a plus aucune. Je peux savoir pourquoi ? Je vous ai dit qu'il faut limiter les doses !", murmure Hank, incapable de contenir sa frustration, en s'excitant sur son fauteuil.

"Il avait mal."

"Évidemment qu'il a mal ! La balle a touché sa colonne vertébrale nom de Dieu ! Mais vous ne pouvez pas lui administrer une piqûre tous les quatre jours, il peut tenir une semaine et demie, parfois deux semaines, sans le traitement. Les conséquences d'un tel rythme sont…"

"Tu sais ce que c'est de voir quelqu'un souffrir, Hank ?", le coupe Erik qui perd déjà patience.

Hank grimace, ça fait relever son nez comme s'il avait senti une odeur gênante et ose dire :

"Tout ne doit pas toujours tourner autour de ce que vous avez vécu là-bas."

Erik n'est pas bien sûr s'il doit appeler la seringue pour qu'elle s'enfonce dans l'œil du scientifique ou s'il doit arracher un des pieds de la chaise près du bureau du fond pour l'empaler au centre de son torse. Mais Hank ne sait pas ce qu'il s'est passé là-bas. Alors, Erik se surprend à répondre sans émotion dans la voix.

"J'aimerais que ça soit le cas."

"... Vous n'auriez jamais dû venir ici.", se défend Hank, puisqu'il ne sait pas quoi dire d'autre.

"C'est sûr que c'était une vraie erreur de ta part de croire que ça se passerait bien.", lâche Erik et cette fois, ils vont vraiment parler.

Parce que les dîners passés tous les trois, à écouter Charles parler d'anecdotes du temps de l'école Xavier ou de son enfance avec Raven et leurs parents timbrés et richissimes, ça va cinq minutes. Erik n'a pas besoin de faire d'efforts quand Charles est inconscient comme maintenant. Alors, autant le dire, Hank l'insupporte. Sa voix, sa gueule, son envie malsaine d'être comme les humains, il n'y a pas une chose qui fait qu'Erik n'a pas envie de le pousser hors de la maison, au moins deux fois par jours. Erik n'aime déjà pas le prénom Hank, mais le pire c'est de l'entendre de la bouche de Charles, avec une espèce de tendresse déplacée et incompréhensible qu'Erik veut arracher à la force de ses ongles.

"Qu'est-ce que vous nous voulez… ?", finit par demander le gamin en semblant découragé par avance.

"Ce que je vous veux ?"

C'est une blague ? Hank ose penser que Charles et lui peuvent être qualifiés de nous ? Oh, comme le gamin est drôle sans le vouloir.

"Et toi, qu'est-ce que tu lui veux ?"

Et c'est ça la vraie question, finalement. Erik en a la preuve puisque les sourcils du plus jeune se froncent derrière ses lunettes d'intello et qu'il se tend un peu plus dans son fauteuil. Erik sourit et tourne la tête pour cette fois regarder Charles qui dort entre eux. Il a l'air si tranquille que rien ne devrait exister dans ce monde qui pourrait un jour troubler Charles Xavier. Pas un politicien véreux. Pas un putain d'humain. Pas une balle. C'est quelque part entre la promesse et l'obsession, et c'est la seule façon de vivre qu'Erik connaît.

"Tu voudrais que ça continue comme avant ?", Erik grogne, mais ce n'est que le début. "Lui apporter à bouffer, lui rappeler où il range ses affaires, être le bon petit chien à ses pieds ? Ou peut-être que tu en as marre de ça. Tu voudrais qu'il t'accompagne quand tu fais ta balade matinale… et le faire main dans la main ?"

Hank émet un rire outré et demande :

"Pourquoi est-ce que je voudrais lui tenir la m…"

"Tu as raison, tu n'as plus douze ans. Tu voudrais l'embrasser quand il te fait rire et l'appeler Chéri ? Être un vrai couple ?"

Cette fois, les yeux d'Hank s'ouvrent en grand alors qu'il se recule sensiblement sur son fauteuil. Il regarde Erik comme s'ils ne parlaient soudainement plus la même langue et Erik hoche la tête.

"Et bien sûr, tu voudrais qu'il comprenne enfin et qu'il te baise, comme t'en rêve."

"C'est juste… non.", Hank gémit, comme s'il allait vomir, ses yeux noirs derrière ses lunettes.

"Oh, non, bien sûr, j'ai mal compris. C'est toi qui veut le baiser en fait. Tu veux savoir ce que c'est de l'avoir nu, allongé sous toi, à trembler sous tes doigts. Tu veux connaître sa voix quand il est excité. Tu crois qu'il continue à jouer son bon petit professeur ? Oh Hank, Hank c'est bon, ne t'arrêtes pas, tu fais ça si bien.", imite-t-il en prenant l'accent anglais et en exagérant une voix gémissante qui rend Hank aussi blanc que la chemise dans laquelle Charles est encore enveloppé.

Le coin de la bouche d'Erik se lève un peu plus.

"Tu veux savoir s'il est encore plus beau quand il jouit ?"

Pas de réponse. Alors, Erik se penche, pose ses bras croisés sur ses genoux et sourit.

"Il l'est."

La main d'Hank se lève en une seconde et se bloque dans les airs. Erik a redressé les doigts pour retenir le bracelet en métal qui empêche le scientifique de le frapper au visage comme c'était très certainement prévu.

"Fermez-la… Ne dites pas des choses comme ça.", grogne Hank qui ne peut pas bouger, la pointe de ses cheveux déjà bleue.

Erik peste et baisse ses doigts. Le bracelet suit le mouvement et la main d'Hank se retrouve plaquée sur le lit, à quelques millimètres du corps de Charles. Hank regarde le geste qui lui est imposé et relève ses yeux menaçants vers lui.

"On peut arrêter d'en parler, ça ne me dérange pas. Tu préfères toucher, c'est ça ?"

Erik n'esquisse pas un geste cette fois et le deuxième bouton sur la chemise de Charles s'ouvre. Le troisième. Le quatrième. Ils s'écartent et dans un bruissement léger dévoilent le torse blanc de Charles auquel les yeux d'Hank s'ancrent. Il se redresse un peu plus et Erik sourit. Le pan de la chemise avec les boutons tirés mentalement se repousse totalement, dévoilant tout le côté gauche, et ils regardent ensemble le torse se lever à chaque inspiration. Les yeux d'Erik sont automatiquement attirés par le téton qu'il a léché et mordu la veille et par la clavicule aux os saillants. Il relève le regard pour observer les yeux de Hank, horrifiés et plein de désirs, qui suffisent à lui faire prouver qu'ils pensent à la même chose. Et pour la première fois de sa vie, Erik comprend McCoy. Il ne bouge toujours pas ses bras croisés sur ses genoux et s'attaque cette fois au jean qu'il déboutonne avant de faire baisser la braguette dont le bruit agresse le silence. Hank le remarque immédiatement et cette fois il ferme les yeux en secouant la tête.

"Arrêtez.", demande-t-il d'une voix qu'Erik interprète comme Continuez.

"Bien, si tu ne veux pas en parler et ne plus voir…", et lentement, il appelle le bracelet et oblige la main droite d'Hank à se poser sur le pectoral gauche de Charles dans un geste le plus doux qu'il soit. "Est-ce que tu veux toucher ?"

Hank regarde sa main maintenant bleue sur la peau blanche et le contraste semble le choquer au plus profond de son être. Il écarte les doigts, lentement, et son pouce ne bouge plus, il caresse. Erik le laisse faire pendant quelques secondes qu'il serait bien incapable de quantifier et quand il sent au plus profond de lui qu'ils y sont, il demande simplement :

"Est-ce que tu penses qu'il te laisserait le toucher comme ça, s'il était éveillé ?"

Hank cligne des yeux, inspire et se recule d'un bond comme s'il s'était brûlé et c'est exactement le cas, Erik le sait. Parce que tomber amoureux de Charles Xavier est douloureux comme se consumer lentement, pernicieusement, inévitablement. C'est presque de la compassion qu'Erik ressent pour Hank en ce moment précis. Il le regarde se lever et reculer maladroitement en manquant de tomber contre le fauteuil qu'il tire en arrière. Le visage à moitié transformé d'Hank n'exprime plus rien. Il contourne le lit et passe derrière Erik. Il ne claque pas la porte et disparaît dans le silence de la demeure.

Erik regarde Charles, son torse nu, la marque sur son avant-bras, ses paumes ouvertes vers le ciel. Il se lève et se déshabille sans quitter des yeux son amant. Il se glisse sous les draps et se colle contre le corps endormi qu'il déshabille entièrement. Il l'enroule d'un bras, de l'autre, et le serre contre lui. Il serre. Et serre encore. Puis il pose un baiser sur son visage.

Si Erik sourit contre la peau moite du front de Charles ce soir, c'est parce qu'il le sent. Il a gagné.