Note : Hello tout le monde ! Wow, désolée pour la publication tardive ! Le chapitre était écrit, au chaud, en attendant d'être posté, quand les supers bêtas Mugen et Maya Holmes ont mis le doigt sur plusieurs éléments ; conclusion, grâce à elle j'ai pu réécrire une majeure partie du chapitre 8 et le publier aujourd'hui, donc MERCI INFINIMENT les filles. Et si cette histoire vous plait, n'hésitez pas à mettre un commentaire à la fin, ça fait toujours plaisir :)
Warning : Violence physique, un peu morale. Du Angst. Du genre, AngstAngst. Sur ce, bisous.
"Sienne."
"Ah bon ?"
Erik hausse un sourcil et tourne la tête à sa droite. Il regarde Charles, le dos appuyé contre la portière, qui lui sourit, les yeux rendus petits par la fatigue, un joli sourire aux lèvres. Sa tête, posée contre la vitre, tangue, balancée par le mouvement de la voiture. Erik prend la main que Charles a mise sur sa cuisse pour l'embrasser, avant de la reposer au même endroit.
"J'ai toujours voulu voir… Comment ça s'appelle déjà ? Les Palio ?"
Erik hoche la tête et enclenche le clignotant, ils se rapprochent de la demeure. Les phares de la voiture traversent l'obscurité. Ils ont mis un fond de radio puisque Charles a trop bu pour pouvoir aider Erik à se maintenir éveillé. Ils sont restés dans la dernière cabine encore une dizaine de minutes après avoir joui tous les deux. Le temps nécessaire pour que Charles les nettoie, le visage comblé par les baisers mous de son amant. Erik est sûr que quelqu'un les a entendu, il ne sait pas pourquoi, mais il le sent. Ils sont sortis, le bras du plus grand autour des épaules du plus jeune, sont allés payer le repas et ont rejoint la voiture. Ça n'a pas été tout à fait facile de sortir de la ville (Erik a grillé un feu rouge et n'a pas vu une Ford blanche débarquer à sa droite à une intersection), mais il sent maintenant que les effets du serum commencent à le quitter.
"Venise !", s'enchante soudain Charles en levant les mains, comme touché par la grâce. "J'aimerais tellement aller à Venise !"
Erik rit cette fois et hoche la tête.
"Très bien, je t'emmènerai à Venise."
Les lèvres de Charles s'étirent avant qu'il ne se penche vers Erik pour embrasser sa joue, même s'il conduit encore.
"Tu t'occupes si bien de moi."
"Je sais.", s'amuse l'Allemand alors que les dents de Charles se referment sur son lobe pour le taquiner.
Quand ils sortent de la voiture qu'Erik a garée au milieu de la cour, Charles lui parle encore de toutes ces envies qu'il a pour ce voyage qu'ils feront tous les deux. Erik l'écoute et note mentalement les moments où la voix de Charles laisse transparaître une véritable excitation. Il est tard mais Charles propose un dernier verre dans le petit salon et Erik n'a pas envie de se coucher tout de suite. C'est Charles qui prépare le feu, même s'il ne fait pas spécialement froid, et Erik qui leur sert du bourbon. Ils s'installent l'un en face de l'autre, Charles sur le canapé, Erik sur un fauteuil qu'il a tiré assez proche pour que son amant pose ses pieds sur ses jambes. Il caresse sa cheville en dégustant le verre d'alcool.
"Et toi, où est-ce que tu voudrais aller ?", demande Charles en le regardant, la tête soutenue par son poing.
"Je m'en fous, mein Schatz."
"Erik…", rit-il en secouant la tête. "On ne va pas juste voyager parce que j'ai envie de voyager. Est-ce que tu veux… Je ne sais pas moi, visiter des lieux historiques ? L'Egypte ? Ou profiter de plages de sable blanc ? Hawaï, par exemple ?"
Quand Erik dit qu'il s'en fout, c'est qu'il s'en fout. Il a déjà beaucoup voyagé, lorsqu'il cherchait encore Shaw, et n'a jamais ressenti un quelconque plaisir à admirer une montagne enneigée ou un paysage de champs de fleurs à l'autre bout du monde. Du moment qu'il est avec Charles, le reste n'est pas très important.
"L'Italie, ça sera très bien.", il fait lentement tourner le reste de l'alcool dans son verre.
Ils restent silencieux pendant un temps, Erik ensorcelé par les flammes qui dansent dans la cheminée, Charles s'endormant lentement, les yeux dans le vague. Les doigts d'Erik sont en train de caresser la peau fine autour de la cheville de son amant qui murmure :
"C'est bien qu'on puisse faire ça."
"Voyager ensemble ?"
"Non, je voulais dire, c'est bien qu'on puisse parler."
"On fait bien plus que ça…", le taquine Erik avec un regard entendu.
"Sachez, très cher, que ma vie ne tourne pas uniquement autour du sexe.", Charles répond en lui adressant un clin d'oeil. "Tu sais ce que je veux dire…"
"Je sais. En parlant de ça, Charles, je… Enfin, ça me manque, quand tu communiquais avec moi avec tes pouvoirs. Je sais que tu me punis à cause du casque et de tout ce qui s'est passé après Cuba mais… C'est différent maintenant entre nous, n'est-ce pas ?"
Charles reste immobile quelques secondes, son verre posé contre ses lèvres, avant qu'il ne se décide à le finir entièrement en de longues gorgées.
"Bien sûr, c'est définitivement différent…"
"C'est juste que c'est si…"
Intime, veut dire Erik mais c'est dangereux pour lui de confesser ce besoin d'intimité, celle qui dépasse le plaisir sexuel et charnel. Et c'est si difficile de l'avouer à une seule personne : soi-même.
"Est-ce que tu parlais avec Hank en utilisant tes pouvoirs ?", il demande soudainement.
Charles hausse un sourcil, son visage n'exprime ni la tristesse, ni la joie, pas un sentiment qui soit un tant soit peu interprétable.
"Est-ce qu'on va réellement parler de lui ?"
Ils se regardent, ancrés dans un silence qu'Erik est le seul à pouvoir briser mais il capitule et secoue la tête et poursuit :
"Bref… Ça me manque. Et j'y pense souvent."
Charles inspire profondément et hoche la tête. Il repose son verre vide à côté de lui sur le sofa et appuie son bras le long de l'épais accoudoir beige, avant de simplement répondre :
"Erik, je ne peux plus utiliser mes pouvoirs."
Pas un bruit.
"C'est… le sérum en fait. Ça les… annule. Ou ça m'empêche d'y accéder, du moins."
Erik déglutit. Une fois. Il inspire.
"C'est une blague ?"
"Non, non, ce n'est pas une blague… On en a essayé au moins, je ne sais pas moi, sept ? Ou huit ? Mais les autres n'étaient pas assez forts et ne me permettaient pas de marcher. Certains m'ont même complètement rendu malade… Avec celui-là, je suis bien.", soupire Charles comme un ado mal élevé et ça, ce n'est vraiment pas quelque chose qu'il aurait dû dire.
"Bien ?"
"Et bien, compte tenu de l'état dans lequel tu m'as laissé après ce qu'il s'est passé sur cette plage, oui, je pense qu'on peut dire que je suis bien maintenant.", il sourit ironiquement, incapable de retenir ses mots devant l'incrédulité d'Erik.
Le coeur d'Erik s'arrête pendant une précieuse seconde.
Ça recommence. En lui, il y a cette machine sombre, faite de dents, d'ongles et de sang à peine coagulé qui s'accroche à ses boyaux et qui remonte lentement. Elle touche tout de ses doigts sales et ça envahit le corps d'Erik d'une colère monstrueuse qui arrive avec tellement de force qu'elle ne semble pas possible à contenir.
"Tu as préféré pouvoir marcher à tes pouvoirs ? Tout ce que tu es, tout ce que tu as construit, balayé… seulement pour tes putains de jambes ?"
"Tu penses réellement que c'est à propos de mes jambes ? Pour l'amour du ciel, Erik, où est-ce que tu étais ces dix dernières années ?" Charles rit même si ce n'est rien d'autre qu'une question triste. "Où est-ce que tu étais quand j'ai dû m'asseoir pour la première fois sur ce fichu fauteuil roulant ? Je ne me rappelle pas t'avoir vu m'accompagner quand j'ai rencontré tellement, tellement de docteurs qui m'ont tous dit 'Nous sommes désolés, monsieur Xavier, nous ne pouvons rien faire pour vous, bonne chance quand même !'... Tu n'étais même pas là quand j'étais bloqué au premier étage, sans pouvoir descendre alors que des généraux venaient chercher les étudiants, les enfants, pour les amener dans cette horrible guerre. Ce n'est pas toi qui m'a ramassé à chaque fois que je… que je suis tombé, incapable d'utiliser seul les toilettes, comme un putain de…" manque de crier Charles qui s'arrête pour reprendre son souffle et son calme. "Et ça ne serait jamais arrivé si…"
Non, il ne doit pas le dire ; pas ce soir, pas comme ça. Erik bondit pour abattre ses mains sur le pull de Charles. Il le force à se lever pour qu'il lui fasse face et le tient si près de son visage que les pieds de son amant touchent à peine le sol.
"Ne le dis pas…", menace Erik en secouant la tête de droite à gauche.
"Ça ne serait jamais arrivé si tu n'avais pas dévié la balle.", enchaîne Charles avec beaucoup de froideur, respirant à peine entre deux mots pour être sûr de sortir sa saloperie.
C'est automatique et les mains d'Erik le lâchent pour que celle de droite s'abatte dans une claque lourde sur la joue de Charles qui manque de tomber sous la violence du choc. Et cette force au bout de ses doigts n'est pas habituelle, Erik le sent du plus profond de ses tissus osseux. Il regarde sa main et putain..
"Tu m'en as fait prendre… Tu m'en as fait prendre…", répète-t-il, la voix brisée comme sa confiance.
Charles étire sa mâchoire et cligne des yeux par réflexe, encore sous le choc. Il récupère son verre qu'il remplit bien plus que la normale. Il en boit la moitié bruyamment et le pose contre sa joue pour que le froid apaise sa peau rouge.
"Et alors, tu m'en as fait prendre pendant des mois... " Charles grimace sous la douleur.
"Parce que tu me l'as demandé. Pour te soulager. Si j'avais su que… Je n'aurais jamais…", il s'interrompt et fixe son amant, debout face à lui. "Tu m'as menti."
Cette fois Charles ne répond pas. Il n'a même plus le cran de le regarder, se perdant dans le liquide ambré qu'il boit comme si c'était de l'eau.
"Tu m'as menti et tu continues de te mentir à toi-même. Tu n'aurais pas dû faire ça. Gott, tu n'aurais jamais dû faire ça…"
Erik a eu tellement d'envies envers Charles : le connaître, le comprendre, l'aimer, le détruire. Peut-être pas dans cet ordre mais toujours avec la même intensité. Il resserre les poings, ses gestes tremblent et tout le métal qui l'entoure lui répond. Il respire en se rendant compte que le sérum n'a pas altéré ses pouvoirs. Au contraire, s'il a fait quelque chose, c'est qu'il les a décuplés. A moins que ce ne soit la force obscène de la trahison. Mais il faut qu'il contienne sa colère avant qu'il ne fasse s'écraser la maison sur leurs corps à tous les deux alors il repousse Charles et avance. Dans la poche arrière de son jean, il sent les clés de la voiture. Ce n'est peut-être pas un départ, c'est peut-être un terminus, mais il faut qu'il grimpe dans cette bagnole et qu'il parte avant de faire quelque chose qu'aucun serum ne pourra guérir. Derrière lui, Charles l'appelle, hurle son nom. Il court jusqu'à le dépasser et se poste devant la porte d'entrée faisant barrage avec son corps bien trop petit pour être vraiment impressionnant.
"Dégage, Charles.", il le menace sans le quitter du regard.
"Reste.", c'est un ordre, un vrai. Un de ceux qui l'aurait fait monter dans leur chambre à la seconde si Charles avait encore ses pouvoirs. Mais ça ne marche pas. Ça ne marche plus.
"Ferme-la."
"D'accord, okay. Tu veux que j'arrête de prendre le serum : je vais arrêter de prendre le serum. Je vais arrêter je te le jure.", il supplie alors qu'il lève ses mains pour caresser les joues d'Erik qui le repousse en empoignant son cou pour le plaquer dos à la porte.
Il serre ses doigts autour de la gorge du plus jeune et sent son pouls qui se débat contre sa paume. Les mains de Charles le griffent, le repoussent mais Erik a subi pires tortures dans sa vie que celles-ci, alors il ne réalise même pas qu'elles existent. Il est si proche du visage qu'il a tant baisé qu'il sent le souffle chaud et rare de Charles qui ricoche sur ses lèvres.
"Putain, tu m'en as fait prendre et tu m'as menti", il hurle en penchant son visage au-dessus du sien, se fichant des larmes et de la voix douloureusement rauque.
"Je décrocherai, je te le promets. Ne me quitte pas, pas encore. Reste avec moi et je décroche. S'il te plaît, Erik, s'il te plaît, s'il te plaît, s'il te plaît…"
C'est pathétique la façon dont Charles Xavier pleure et perd son souffle à promettre des conneries. Ça crée un rictus infâme sur le visage d'Erik qui secoue la tête en relâchant sa gorge pour le projeter lourdement au sol. Charles se cambre instantanément en se tenant le dos, le souffle coupé. Erik s'assoit à califourchon sur lui. Ce n'est pas sexuel, c'est tout sauf ça. C'est une façon lourde et douloureuse de s'assurer qu'il ne bougera pas.
"T'es toujours aussi naïf, Charles. Tu crois vraiment que c'est comme ça que tu peux t'en sortir ? Avec l'aide de quelqu'un d'autre ? Comprends ça une bonne fois pour toute : tu ne peux compter que sur toi-même."
Et Charles semble comprendre ce qui traverse l'esprit de son amant puisque ses yeux s'ouvrent en grand et qu'il secoue la tête.
"Ne fais pas ça, Erik."
Je t'en supplie, ne fais pas ça.
L'Allemand met une seconde à mettre son plan à exécution, puisqu'il lui a semblé que Charles a pu percer ses pensées, mais la sensation a été trop éphémère et il est de toute façon trop tard pour faire marche arrière. Parce que si Charles doit définitivement perdre l'usage de ses jambes pour retrouver ses pouvoirs, qu'il en soit ainsi.
Erik se redresse et Charles hurle sous lui. Il le supplie, utilise les mêmes mots que quand ils s'enlacent et quand il s'aiment mais Erik ne les écoute plus. Il le retourne, ventre et front contre le bois et appelle à lui le pied d'une table de l'entrée qui s'écroule en faisant un boucan horrible autour d'eux. Il regarde le bassin sous lui, la chemise remontée dévoilant le bas de sa colonne vertébrale marquée par une cicatrice dont il ne pourra jamais oublier la forme, alors que Charles tente de ramper hors de l'emprise d'Erik qui lève le bras en visant.
Hank ne pourrait être plus heureux. Mrs. Stevenson est formelle, il sera major de promotion si son dernier examen se passe aussi bien que les autres. Ce n'est possible que parce qu'il aime ce qu'il fait. Ça ne le dérange pas de passer des week-ends ensoleillés enfermé dans les laboratoires de l'école, si c'est pour découvrir et apprendre encore et toujours. Warren l'accompagne la plupart du temps. Ils se disputent, parfois, passionnés qu'ils sont, mais ils finissent toujours par avoir un fou rire et se réconcilient autour d'une bière. Le fait que Katherine lui dise qu'il est brillant, à chaque fois qu'on leur rend leurs devoirs, l'aide aussi beaucoup. Il a rendez-vous avec elle à quatorze heure, mais pour une fois il aimerait ne pas être en retard. Il se perd toujours dans ses bouquins et la fait souvent attendre trente minutes. Pour l'instant, elle dit qu'elle trouve ça mignon, mais il est assez sûr que c'est le genre de choses qui pourrait l'énerver un jour.
Ils ne sortent pas encore officiellement ensemble -ils ne se sont même pas embrassés- mais Hank veut faire ça bien, pour une fois. Pour ne pas recommencer comme avec Raven. Il ferme son livre et passe à la salle de bain pour aller se laver les mains.
"Vous allez où ?", demande Tonio en lassant ses chaussures de sport.
"Au ciné."
"Voir quoi ?"
"Lenny, avec Dustin Huffman."
"Ah. Y'a Massacre à la tronçonneuse qui est sorti aussi, sinon."
"Je veux lui plaire, pas la traumatiser."
Tonio rit et concède que c'est une bonne idée. Ils sortent en même temps de leur chambre et Tonio s'enchante de voir Hank si pressé pour ne pas être en retard. Quand ils passent devant les boîtes aux lettres, ils parlent des examens et Tonio montre l'enveloppe destinée à Hank. Il regarde sa montre et lui demande de la laisser dans le casier, puisqu'il n'a pas le temps de la lire. Ils se saluent et Hank se met à courir.
Il n'arrive qu'avec sept minutes de retard et Katherine fausse la déception. Ça les fait rire jusqu'à ce qu'ils s'achètent du pop-corn. Ils s'installent dans la salle et commentent les publicités, Katherine penchée vers Hank qui a gardé le carton sur ses genoux. Elle a un humour si fin que parfois Hank ne comprend pas le sous-entendu. C'est bizarre d'être assez brillant quand on en vient à la génétique mais d'être complètement nul pour draguer une nana. Hank sait, littéralement, de quoi elle est faite, il devrait pouvoir trouver les mots pour lui plaire, mais c'est un peu plus difficile que prévu.
Ils dînent ensemble ce soir là et il la raccompagne jusqu'à la maison qu'elle loue avec Kristie et une autre amie qu'il n'a jamais rencontrée. Ils parlent du film, du jeu des acteurs et se disent qu'ils devront se refaire une toile, un soir. Et comme il ne sait pas s'il doit embrasser sa joue droite ou sa joue gauche, et parce qu'elle le regarde, il se décide et embrasse ses lèvres. Le baiser est chaste quelques secondes, avant qu'elle ne mette une main sur son torse et qu'ils s'embrassent réellement.
Les jours qui suivent sont consacrés aux partiels. Quand le groupe se retrouve, c'est pour étudier autour d'une pizza. Le stress monte, c'est la dernière ligne droite. Ce n'est que la fin du premier semestre mais les places pour continuer la formation se font chères, ils en sont tous conscients. Hank ne revoit pas Katherine dans un contexte autre que les études et ça ne semble pas les déranger, tous concentrés qu'ils sont. La semaine des examens passe à la fois bien trop vite et trop lentement. Hank est fatigué, réellement. Il n'est pas le seul et ils parlent tous de se prendre des vacances ensemble, dans la région des Grands Lacs. Ça se met en place. Ça les fait tenir.
Le vendredi soir quand Warren est le dernier à sortir de l'amphi, ils partent en discothèque et sans boire une goutte d'alcool, ils finissent ensemble sur la piste de danse. Katherine contre Hank, Kristie avec Tonio et Warren. James tente d'approcher une première année qui le recadre assez vite.
Hank a très envie d'embrasser Katherine toute la soirée, mais ce n'est pas le moment. Au lieu de quoi, ils se lancent des regards qu'ils sont les seuls à comprendre et caressent la main de l'autre dans la pénombre. Rien que ça, ça lui fait du bien.
Quand ils rentrent à la résidence, Tonio leur propose de venir boire un dernier verre dans leur chambre, même si elle est petite, parce qu'ils n'ont pas encore envie de se coucher. Les filles acceptent et ça c'est une première.
"On aurait pu au moins ranger…"
"C'est pas grave, Hank.", sourit Tonio en l'attrapant par les épaules.
"Je crois que tes chaussettes sèchent sur le radiateur."
"... Oui bon, tu feras diversion pendant que je les planquerai."
Hank rit et s'arrête en même temps que son colocataire devant la boîte à lettre, entourée de la quarantaine d'autres boîtes. Tonio rentre sa clé et ouvre la petite porte. Il sort deux enveloppes et une troisième qu'il tend à Hank.
"Tu l'as toujours pas récupérée ?"
"Ah non, j'avais complètement oublié. C'est là depuis quand ?"
"Je sais pas, quelques jours au moins."
Hank hoche la tête et reconnaît le tampon de la poste. Il sourit, étonné de voir des nouvelles du Westchester et ouvre rapidement l'enveloppe. Il n'y a que deux phrases et une signature qu'il n'a jamais oubliée :
Hank, j'ai besoin de toi. Reviens à la demeure.
-Charles Xavier
Il déglutit et sent sa tête qui tourne. Quelques jours, ça fait quelques jours que la lettre est là et qu'il ne l'a pas lue et qu'est-ce qu'il se passe ? Il plie la lettre, la rouvre et la relit, et entend la voix de Warren qui l'appelle.
"Hank ? Ça va ?"
"Je dois y aller.", décrête-t-il.
"Où ?"
"Qui a une voiture ?"
Ils le regardent tous, surpris de ce changement d'humeur mais il n'a pas de temps à perdre.
"Qui a une voiture ?", crie-t-il et cette fois Kristie s'avance.
"Tu veux aller où ?"
"Dans le Westchester."
"Y'en a pour six heures de route au moins, je te laisse pas partir seul dans cet état."
Hank a envie de demander Quel état ? mais il passe sa main sur son front et le sent humide. Son cœur s'énerve et ses gestes tremblent. Il a peur.
"Je t'accompagne.", dit Warren et ça ne semble pas négociable.
"On prend ma voiture.", rajoute Kristie en hochant la tête.
Elle leur donne rendez-vous dans un quart d'heure devant la sortie du campus, le temps que Hank aille préparer quelques affaires. Tonio lui demande ce qu'il se passe, s'il peut l'aider, mais Hank ne sait pas quoi dire d'autre que Je dois y aller. Quand il croise le regard de Katherine en sortant de sa chambre, il ne s'attend pas à ce qu'elle hoche la tête. Elle vient avec eux.
Ils se retrouvent à quatre dans une petite voiture au moteur bruyant et pas un ne parle. Hank ne pense qu'à une chose : il doit rentrer chez lui.
