Note : Je devrais être en train de jouer à Pokemon GO mais les serveurs sont down... Du coup je suis sur l'ordi. Vous avez de la chance ^^
Troisième nuit
Tamao avait fini de préparer son gâteau au chocolat. Cela faisait une heure qu'il était là, posé sur le rebord de la fenêtre, et qu'il attendait simplement qu'elle se décide à le récupérer. Mais Tamao n'était pas sûre d'en avoir envie.
- Tamao…
Ses fantômes vinrent se serrer près d'elle dans l'espoir de la réconforter mais ils ne savaient pas trop quoi dire. L'encourager à y aller ? Alors qu'ils savaient pertinemment que c'était avec deux meurtriers en puissance qu'elle avait son rendez-vous ? Ils n'en revenaient pas quand Jeanne était parue dans l'arène au milieu de l'Iron Maiden. Et ils avaient été très choqués par la mort des Niles.
Tamao était bouleversée, mais ils ne pouvaient rien y faire.
- Tu devrais aller te coucher, lui conseilla Ponchi.
Tamao fit non de la tête.
Conchi soupira.
La jeune fille finit par se lever, enveloppa le gâteau dans un torchon, le glissa dans son sac avec son carnet à dessins et sortit.
- Tu sors si tard ? lui demanda Ryu quand il la croisa.
Tamao hocha vivement la tête. Elle lut dans les yeux de Ryu qu'il hésitait à la retenir mais, finalement, il lui adressa un simple signe de tête. Reconnaissante, Tamao fila.
…
Lorsqu'elle arriva, Jeanne – elle connaissait désormais son prénom – et Hao étaient déjà là. Ils étaient assis l'un en face de l'autre et semblaient jouer à shi-fu-mi. Jeanne passait son temps à perdre mais persistait, convaincue qu'elle avait une chance de gagner. Hao leva les yeux vers elle en la sentant arriver de loin.
Tamao sentit un nœud se former dans sa poitrine. Elle avait tellement envie d'y aller, de juste tout oublier, de laisser de côté le Shaman Fight, d'oublier qui ils étaient et ce pour quoi ils se battaient.
Elle hésita à faire demi-tour et sentit le regard de Hao la transpercer malgré la distance. A côté de lui, Jeanne semblait mécontente qu'il ait cessé de lui accorder son attention car elle agita sa main devant ses yeux. Cela fut le déclic pour Tamao qui reprit résolument sa marche vers eux.
Si Jeanne, l'Iron Maiden Jeanne, la chef des X-laws, pouvait passer la nuit aux côtés de l'ennemi qu'elle s'était jurée de vaincre, alors elle-même était capable d'oublier ce qu'elle avait vu dans l'arène plus tôt dans la journée.
Tamao crut voir Hao sourire.
- Tu es là ! s'enthousiasma la sainte en voyant la jeune fille paraître.
- Oui, marmonna Tamao.
Et comme elle n'arrivait pas à articuler la suite, elle se contenta de sortir son gâteau du sac. Les yeux de Jeanne s'agrandir de joie et sa bouche forma un « o » parfait. Tamao ne regrettait pas d'être venue.
Elle s'assit près d'eux, sortit un couteau et entreprit de couper le gâteau. Elle fit cependant l'erreur de demander à Jeanne si la coupe lui convenait, non sans balbutier et rougir, et depuis ne cessait de déplacer son couteau, la sainte jugeant que la part n'était jamais suffisamment grosse.
- Non seulement si tu continues tu ne vas pas nous en laisser, mais en plus tu vas grossir, finit par faire remarquer Hao.
Jeanne rougit et accepta que Tamao ne coupe que le quart de gâteau. Elle se trémoussa ensuite comme une petite fille, sa part dans les mains, attendant que Tamao les ait également servis, Hao et elle.
- On peut manger ? demanda-t-elle d'une petite voix quand ils eurent leurs parts en main.
- Non, il faut réciter une prière avant, pour remercier Dieu, ou Cerise, de nous offrir ce repas.
Jeanne fusilla Hao du regard et mordit dans le gâteau au chocolat. Tamao l'imita avec moins de voracité.
- C'est joli comme prénom Cerise, fit Jeanne entre deux bouchées.
Tamao faillit avaler de travers et Hao éclata de rire.
- Elle ne s'appelle pas Cerise, c'est le principe d'un surnom, se moqua-t-il.
Jeanne pinça les lèvres.
- Pourquoi Cerise dans ce cas ? demanda-t-elle.
- Pourquoi pas ? rétorqua Hao. Tu voulais bien savoir quand fleurirait le cerisier, non ? ajouta-t-il à l'attention de Tamao qui hocha timidement la tête.
- Du coup toi tu serais Chocolat, répliqua Jeanne, se prenant au jeu.
- Si tu veux, accepta Hao.
Jeanne semblait toute fière de sa trouvaille.
- Et pour elle ? demanda Hao à Tamao.
La jeune fille rosit sous le regard curieux de la sainte.
- Crème ? proposa-t-elle.
Hao rit et Jeanne sourit, ce que Tamao prit pour son accord.
- On ferait un délicieux gâteau, déclara Hao en s'allongeant, posant sa tête sur les genoux de Tamao qui le regarda en clignant des yeux. Et en parlant de gâteau, le tien est délicieux, ajouta-t-il.
- Oui ! confirma immédiatement Jeanne. Je peux… Est-ce que je peux…
- En reprendre ? finit Hao pour elle.
Les yeux de Jeanne s'agrandirent en une supplique silencieuse.
- Oui, b-bien sûr, lui répondit Tamao en lui donnant le couteau pour qu'elle se coupe une part comme elle le souhaitait, et surtout parce qu'avec la tête de Hao sur les genoux elle n'était pas libre de ses mouvements.
Lequel la toisait avec un sourire narquois.
Jeanne regarda le couteau un moment avant de le prendre et de se couper une part. Elle semblait toute fragile, dans sa robe blanche et noire, et toute maladroite. Tamao avait du mal à faire concorder cette image, d'elle en princesse et d'elle en sirène, avec celle de la Jeanne Iron Maiden dans l'arène.
Hao poussa un soupir et Tamao croisa son regard. Il semblait lui dire « tu te poses trop de questions ». Etait-il possible qu'il ait deviné ce à quoi elle pensait ?
- Je peux lire dans les pensées.
Jeanne releva la tête du gâteau et Tamao cligna des yeux. Hao, lui, avait fermé les siens.
Ça expliquait… beaucoup de choses.
- Tu peux… lire dans les pensées, répéta Jeanne en fronçant les sourcils.
- D'accord, accepta simplement Tamao.
Et elle était fière d'avoir réussi à s'exprimer d'une voix claire sans trembler.
Elle était aussi… touchée, qu'il se montre sincère avec elles. Il n'y était vraiment pas obligé.
- Dix-huit, lança Hao.
Tamao ne comprit pas tout de suite, avant de voir le visage concentré de Jeanne.
- Ving-et-un, cent-quarante-sept, douze, dix, trois, enchaîna Hao.
- Tu peux vraiment lire dans les pensées ! s'exclama la jeune fille.
Et alors que son sourire s'agrandissait Hao rouvrit brusquement les yeux.
- Arrête ça, ordonna-t-il.
Mais Jeanne semblait ailleurs, pouffant à moitié, un air radieux sur le visage.
Tamao crut que Hao allait s'énerver, mais un instant seulement. Une grimace passa vivement sur ses traits mais il se contenta de soupirer et de se refermer les paupières. Tamao ne comprenait pas exactement ce qui se passait. Est-ce que… Jeanne pensait à des choses… dérangeantes ? Exprès pour l'embêter ? Comme… lui en robe.
- Ne t'y mets pas aussi, s'il te plaît, claqua la voix de Hao.
Tamao rougit brutalement.
- Ce serait chouette hein ? fit Jeanne en échangeant un regard complice avec Tamao.
Son visage prit ensuite une expression concentrée et, devant le regard perplexe de Tamao, Jeanne poussa un soupir dépité.
- Je ne sais pas faire des clins d'œil, dit-elle tristement.
Hao ricana. Tamao sentit sa tête remuer sur ses genoux. Une mèche de cheveux lui barrait le visage et, timidement, Tamao l'attrapa du bout des doigts pour l'écarter sur le côté.
- Moi aussi je veux m'allonger, réclama Jeanne.
- Trop tard, la meilleure place est déjà prise, répondit Hao.
Cela ne découragea pas Jeanne qui s'installa en perpendiculaire et posa sa tête sur le ventre de Hao, le regard tourné vers Tamao.
- J'ai peur, chuchota Jeanne au bout d'un moment.
Un silence passa.
- P-pourquoi ? demanda Tamao.
Hao devait déjà le savoir.
- J'ai peur que nous n'existions plus. Que notre gâteau au chocolat et à la cerise n'existe plus.
Jeanne parlait tout doucement, comme une petite fille perdue racontant un de ses cauchemars. Tamao ne savait pas quoi répondre. Lui dire de ne pas s'inquiéter, que malgré les événements ils resteraient toujours « ensemble », en secret, la nuit, ce serait mentir.
- Vous connaissez des chansons ? demanda doucement Jeanne.
Hao ne répondit pas, les yeux toujours fermés.
Jeanne plongea son regard dans celui de Tamao et cette dernière, sans trop comprendre pourquoi, sentit une chaleur remonter dans sa poitrine. Elle se mit à chantonner, tout doucement, traçant sur les lèvres de Jeanne un sourire.
La sainte ferma les yeux.
…
Le matin n'était pas encore là quand Tamao se réveilla. Elle avait fini par s'endormir, appuyée contre le cerisier, la tête de Hao sur ses cuisses bien qu'elle ne soit plus à genoux, la position la faisant souffrir. Jeanne avait bougé également au moment où Tamao s'était décalée contre l'arbre et, si sa tête reposait toujours sur le ventre du brun, une grande partie de son corps recouvrait désormais ses jambes. Hao avait une main négligemment glissée dans ses cheveux.
Tamao se mordit les lèvres, ne désirant pas les réveiller, mais amorça un mouvement pour se dégager.
- Attends.
Ce n'était qu'un murmure, si léger qu'elle faillit ne pas l'entendre.
Hao avait les yeux ouverts et la regardait.
- Attends, répéta-t-il doucement, encore un peu.
Tamao hésita. Elle ne voulait pas que Ryu ou Anna s'inquiète. Et en même temps, cela faisait deux nuits qu'elle découchait sans que cela n'ait semblé poser de problème. Et en plus cette fois-ci, elle avait dormi, ça lui éviterait les allures de zombies qu'elle avait eu les deux derniers jours. Sans compter qu'elle avait envie de rester…
En soupirant elle craqua et se réinstalla contre le tronc d'arbre. Hao souleva un peu la tête pour lui permettre de bouger, faisant grogner Jeanne dans son sommeil.
Quand ils furent réinstallés, Hao attrapa de sa main libre l'une de celles de Tamao et la porta à ses lèvres. La jeune fille rosit.
- J'ai un match contre X-III aujourd'hui, chuchota-t-il.
Tamao ferma les yeux.
Leur bulle risquait d'éclater plus vite qu'elle ne le pensait.
Hao pressa la main de Tamao contre ses lèvres. Jeanne dormait toujours à poings fermés.
Décidée à ne pas se poser de questions et à vivre le moment présent, Tamao osa glisser sa main libre dans les cheveux de Hao et reposa sa tête contre le cerisier avec l'intention de se rendormir.
