Note : Je crois le plus long chapitre de la fic. J'espère qu'il vous plaira. Bonne lecture à tous !


Quatrième nuit

Tamao s'assit contre le tronc du cerisier.

Elle ne savait pas exactement pourquoi elle était là. C'était peut-être de la pure folie... Ou simplement totalement inutile.

Ponchi et Conchi lui avaient clairement déconseillé d'y aller, cette fois, mais elle ne les avait pas écoutés.

Comme d'habitude, ils s'étaient arrêtés sous le couvert des arbres, un peu plus loin, pour la laisser tranquille. Ils lui avaient dit que la nuit précédente ils avaient aperçu Shamash, de loin, mais ils n'avaient encore jamais croisé le Spirit of Fire et ils redoutaient que ça se produise. Ce qui ne les avait pas empêchés de l'accompagner…

Tamao sentit un bruissement dans les feuilles au-dessus d'elle et leva la tête. Dans l'obscurité elle ne vit rien, mais se demanda s'il n'était pas possible que Hao soit déjà là. Mais il se serait montré, n'est-ce pas ?

Tamao poussa un léger soupir et entreprit de faire une couronne de fleurs avec les marguerites autour d'elle. Elle l'avait presque terminée quand des bruits de pas dans le sable lui firent relever la tête.

Jeanne arrivait, en pyjama. Tamao devinait qu'elle n'avait pas eu l'intention de venir. Mais elle était là.

La sainte la rejoignit d'une démarche hésitante et, quand elle fut près d'elle, Tamao put voir les traces qu'avaient laissé ses larmes sur ses joues. Ses yeux étaient totalement rouges.

Jeanne s'assit à côté de Tamao et celle-ci la prit dans ses bras, sans trop réfléchir, pour la réconforter. Comme Anna l'avait elle-même prise dans ses bras à la fin du match X-I contre Niles.

Les épaules de la sainte étaient parcourues de légers soubresauts alors Tamao la serra un peu plus fort dans ses bras, en posant sa tête sur la sienne. Elle lui paraissait tellement fragile à cet instant et Tamao en avait mal au cœur de la voir dans cet état.

Jeanne finit cependant par retrouver une contenance et elle se détacha des bras de Tamao.

- C'est… injuste, articula-t-elle. Et triste.

- Si ça te rend si triste, lui répondit la voix de Hao venue des arbres, il ne fallait pas me les envoyer.

Tamao vit Jeanne serrer les poings en s'en faire blanchir les phalanges mais la jeune fille sainte ne rétorqua pas.

- Je n'aurai peut-être pas dû venir, lâcha-t-elle au bout d'un moment.

Tamao s'était demandé la même chose mais avait changé d'avis au moment où elle vu Jeanne paraître.

- Si j'avais su… murmura-t-elle.

- Mais tu savais, la coupa la voix de Hao. Au fond de toi, tu savais. Tu as rencontré mon frère, non ?

Tamao regarda Jeanne fermer les yeux. Elle tendit la main vers elle mais le regard de Jeanne quand elle les rouvrit arrêta son geste. La jeune fille sainte détourna la tête.

- Qu'est-ce que c'est ? demanda-t-elle soudain en avisant la couronne de fleurs. C'est toi qui l'a faite ?

Tamao hocha timidement la tête comme Jeanne faisait tourner la couronne entre ses mains. Sans prévenir, la sainte posa soudain les marguerites sur la tête de Tamao, qui n'osa plus ni bouger ni respirer, puis s'écarta un petit peu.

- Ça te va bien, dit doucement Jeanne avec un sourire triste.

Tamao rougit.

- Elle a raison, approuva Hao depuis sa branche.

- Tu pourrais descendre, lui reprocha Jeanne.

Hao ne se le fit pas dire deux fois et se laissa tomber juste à côté d'elle.

Ils s'affrontèrent un instant du regard – lui debout de derrière ses mèches noires, elle assise dans l'herbe et la tête levée, ses longs cheveux blancs rejetés en arrière – puis Jeanne finit par détourner la tête et Hao s'assit en tailleur.

Tamao n'était pas sûre d'avoir saisi l'accord tacite qu'ils venaient de passer ensemble. Elle ôta maladroitement sa couronne de ses cheveux, ce qui tira une mimique contrariée à Jeanne.

- Je crois que j'ai faim, déclara soudain cette dernière.

Tamao rougit. Elle n'avait pas fait de gâteau pour ce soir, elle doutait tellement de leur présence à tous les deux…

Hao se leva, s'éloigna un peu, ramassa quelques plantes et revint vers elles. Tamao ne connaissait pas ces herbes.

L'onmyoji se rassit et fit sortir de terre un bol en poterie, dans lequel il émietta ses feuilles. En même temps, Tamao remarqua que de l'eau était en train de se former dans le bol et que le dessous de ce dernier prenait une teinte orangée, comme si une flamme invisible était en train de le chauffer.

- Tiens princesse, dit-il à Jeanne quand il eut terminé en lui donnant le bol. Ça ne nourrit pas mais c'est coupe-faim.

Jeanne plissa les yeux en prenant délicatement le bol et en huma les effluves.

- Ça sent bon, admit-elle à mi-voix avant d'oser y tremper les lèvres.

Le goût dut également lui plaire car elle but la moitié du récipient d'une traite, sous le regard narquois de Hao.

- C'est le moment où tu m'annonces que c'était du poison ? demanda-t-elle.

Hao lui retourna un sourire diabolique.

Jeanne passa le bol à Tamao qui le prit en clignant des yeux.

- C'est plutôt bon, lui indiqua la sainte.

Etait-elle censée en boire également ? Le goûter ?

Jugeant que oui, Tamao porta à son tour le bol à ses lèvres. C'est vrai que ce n'était pas mauvais. Peut-être un peu amer et un peu chaud.

Après quelques gorgées timides elle rendit le bol à Hao qui se contenta de le poser devant lui.

- Comment tu t'appelles ? lui demanda Jeanne.

- Cerise, répondit ironiquement Hao à sa place.

Jeanne le fusilla du regard et Tamao s'empourpra.

- Laisse-la parler, exigea-t-elle.

- Tu ne sais toujours pas qui elle est ? lui demanda Hao d'une voix suave. Tu ne t'es pas posé la question, ces quatre derniers jours ?

Jeanne se mordit la lèvre, ce que Tamao prit pour un « non ». Elle ne lui en voulait pas, elle-même ne s'était pas posé de questions avant de la voir dans l'arène.

- Jouons à un jeu, Jeanne, essaye de deviner.

Tamao sentit des frissons remonter dans ses bras quand Hao prononça le prénom de Jeanne. Jusque-là, ils étaient trois inconnus, trois amis secrets, la nuit. Crème, Chocolat et Cerise. Dire « Jeanne », dire « Hao »… Tout cela les ramenait dans une réalité que Tamao aurait préféré oublier.

- Son prénom ? demanda Jeanne avec scepticisme.

- Qui elle est. Pose-lui des questions.

- Si tu joues aussi, posa comme condition Jeanne.

- Ah mais moi je sais déjà, répliqua Hao avec un air supérieur.

Jeanne se mordit de nouveau la lèvre et se tourna vers Tamao. Cette dernière s'attendait à ce qu'elle lui redemande son prénom mais Jeanne marcha dans le jeu de Hao.

- Tu appartiens au Gandhara ?

Tamao fit « non » de la tête. Elle ne savait même pas ce qu'était le Gandhara… De son côté, Hao rigola.

- Ça aurait pu, se défendit Jeanne. Est-ce que tu participes au Shaman Fight ? questionna-t-elle.

Tamao refit « non » de la tête.

- Oh…

L'éclat d'un doute passa dans le regard de Jeanne.

- Est-ce que tu es une shamane ?

Tamao rougit comme une tomate bien mûre et hocha la tête de haut en bas.

- Tu as été éliminée lors des premières étapes du tournoi ?

Tamao fit « non ».

- Tu ne voulais pas participer ?

« Oui » cette fois-ci. Cela rendit Jeanne perplexe.

- Mais pourquoi… pourquoi ne pas vouloir participer ?

Tamao ne pouvait pas lui répondre. C'était tellement… évident et compliqué à comprendre, pour elle, pour lui. Pour eux qui étaient des « leaders » et dont tous les « suiveurs » participaient à leurs côtés. Ce n'était pas comme ça que Tamao et Anna soutenaient Yoh. Était-ce mal de ne pas avoir envie de se battre ?

Tamao détourna la tête pour éviter de croiser le regard sombre de Hao qui ne la quittait pas. Il pouvait lire toutes ses pensées, mais Tamao aurait bien aimé savoir ce qu'il y avait dans les siennes à ce moment donné.

- Tu fais partie de la famille d'un participant ? proposa Jeanne. Ou tu es juste venue assister au tournoi par curiosité ?

Impossible de répondre par « oui » ou par « non ».

- J-je… Je suis venue p-pour…

Ça avait du mal à sortir.

- Pour soutenir maître Yoh, arriva-t-elle à dire au prix d'un gros effort.

Jeanne en face d'elle affichait un regard de complète incompréhension.

- Yoh ? répéta-t-elle. Mais il…

Elle se mordit les lèvres et Tamao devina qu'elle se retenait de dire des choses qui n'allaient pas lui plaire.

- Yoh a en lui ce qu'il faut pour devenir un bon roi, dit-elle d'une traite, du défi dans les yeux.

Et surtout, en sous-entendant : « vous non ».

Cela parut ne pas plaire à Jeanne. Pas du tout.

Hao, lui, cela paraissait le faire doucement rigoler.

- Ça ne me dit toujours pas comment tu t'appelles, finit par lâcher Jeanne.

- Tamao, répondit-elle calmement.

Les deux filles se jaugèrent du regard jusqu'à ce que Hao les interrompe en s'allongeant entre elles.

- Bravo Jeanne, tu as fini par trouver… Enfin, pas vraiment, mais on va faire comme si pour ne pas te vexer.

Jeanne faillit protester mais finit par simplement lâcher un « tu es horrible » contrarié. Hao rit de nouveau et Tamao ne put se retenir de sourire.

- Ne l'encourage pas ! se fâcha Jeanne en le remarquant.

Le sourire de Tamao s'effaça.

- Tu trembles, remarqua-t-elle sans bégayer, soudain inquiète.

- N-non, se défendit Jeanne.

Tamao ne comprit pas. Bien sûr que si elle tremblait, pourquoi disait-elle le contraire ?

- Il suffit de le dire, si tu as froid, fit remarquer Hao.

- Je n'ai pas froid, répliqua Jeanne.

Etait-ce un problème d'avoir froid ? Disait-elle cela juste pour ne pas perdre la face ? Cela ne lui posait pas de problème, avant. Il suffisait de le dire et ils n'avaient qu'à allumer un f…

L'idée mourut dans ses pensées au moment-même où elle s'y esquissait. Elle avait déjà vu suffisamment de feu pour la journée. Et Jeanne aussi.

Hao se redressa et enleva son poncho.

Tamao sentit ses joues la brûler et elle détourna vivement la tête. Jeanne, quant à elle, resta figée comme une statue alors que Hao lui tendait son vêtement.

- Qu'est-ce qu'il y a ? demanda-t-il comme elle ne le prenait pas.

- Rien, répondit Jeanne en reprenant ses esprits et en attrapant le vêtement du bout des doigts.

- Tu crois que je ne sais pas ce qui passe par ta petite tête, Maiden, railla Hao.

Tamao nota qu'il l'avait appelée Maiden, cette fois-ci. Elle jeta un discret coup d'œil à Jeanne pour constater que son visage avait changé de couleur. Elle aussi pouvait donc rougir…

- Vous êtes vraiment toutes petites, soupira Hao en se rallongeant.

Tamao rougit derechef en comprenant qu'elle était incluse dans le « toutes petites ».

Jeanne de son côté tritura le poncho dans ses mains pendant quelques minutes, puis finit par craquer et l'enfiler par-dessus son pyjama.

Sentant la fatigue commencer à poindre mais n'ayant aucune envie de partir, Tamao imita Hao et s'allongea par terre. Elle jeta un rapide coup d'œil vers lui et se demanda s'il n'avait pas froid tout de même, dévêtu ainsi.

Elle étouffa un cri quand sa main s'empara de son poignet avant qu'il ne la tire jusqu'à lui.

Rouge écrevisse, Tamao se retrouva collée contre Hao et ferma fort les yeux, comme si de ne plus le voir lui permettrait d'oublier où elle était. Elle se rendit alors compte que le shaman contre elle était brûlant. De fièvre ou…

- Tamao…

Soupir exaspéré de la part de Hao.

Bon d'accord, pas de fièvre.

Elle se détendit un peu et se blottit contre lui. La main du jeune homme vint se poser dans son dos.

Tamao releva un peu la tête pour voir Jeanne qui semblait plongée dans un grand débat intérieur. Elle tendit une main timide vers elle à laquelle la sainte adressa un regard curieux. Elle finit cependant par l'attraper et par s'allonger également auprès d'eux.

- Tu te rends compte Tamao, Sa Sainteté nous fait l'honneur d'un câlin, se moqua Hao à voix haute.

- Tu es horrible, répondit Jeanne sans bouger pour autant.

Tamao sentit la poitrine de Hao se soulever contre elle comme il rigolait.

- J'ai une question, dit-elle d'une voix timide.

Le silence qui lui répondit devait être une preuve d'attention.

- Est-ce que Dieu existe ?

- Oui, lui répondirent les deux autres à l'unisson.

Un moment de flou suivit cette déclaration.

- Tu crois que Dieu existe ? s'étonna Jeanne à l'attention de Hao.

- Pourquoi cette question ? demandait cependant celui-ci en même temps.

- Pour rien, répondit tranquillement Tamao, en songeant que si Dieu existait, les miracles aussi. Bonne nuit.

Et sans trop se poser de questions, elle laissa son esprit partir vagabonder en quête du sommeil.