Note : Bonjour, désolée pour le retard, j'étais pas dispo hier. Bonne lecture à tous !
Cinquième nuit
- Ça va mal finir, Tamao, et tu le sais, lui fit remarquer Ponchi alors qu'elle traversait l'île d'un pas déterminé.
- Ouais, renchérit Conchi. Tu joues avec le feu.
Elle le savait mais pour le moment elle s'en fichait un peu. Elle était contrariée et elle se frayait un chemin à grands pas rageurs jusqu'au lieu de rendez-vous.
Jeanne et Hao y étaient déjà, assis face à face, tranquillement en train de débattre pour savoir quel était le meilleur gâteau. Tamao n'en revenait pas que Jeanne paraisse si calme et si sereine après les évènements de la journée.
Elle se laissa lourdement tomber à côté d'elle et sortit son carnet à dessins sans trop se soucier des regards étonnés qu'ils lui lancèrent.
- Contrariée, Tamao ? lança Hao d'une voix narquoise.
Tamao se retint de relever la tête pour lui envoyer un regard noir. Il savait très bien pourquoi elle était fâchée, il lisait dans ses pensées.
- Qu'est-ce qu'il se passe ? On peut t'aider ? demanda à son tour Jeanne d'une voix douce.
Tamao releva les yeux vers Jeanne. Elle avait vraiment l'air de s'inquiéter.
Elle se tourna vers Hao.
- Tu as tenté de faire tuer Jeanne, lui reprocha-t-elle d'une voix qu'elle essaya de garder calme malgré toute l'agitation de ses pensées.
- C'est ça qui te gêne, petite Tamao.
La jeune fille prit conscience qu'elle n'était plus face au même Hao. Ce n'était plus le personnage joueur, gentil et posé avec qui elles avaient passé les quatre dernières nuits. C'était un shaman dangereux, surpuissant, manipulateur, qui jouait avec la vie d'autrui comme avec des crayons de papier. Tout ce tournoi, tout ça… pour lui, c'était « tout petit ». Et loin de lui faire peur, ça énervait bien Tamao.
Elle reporta son regard sur Jeanne mais la jeune fille n'avait pas l'air troublée. Tamao se rappela le regard qu'elle les avait vu échanger la nuit précédente, après la mort des X-III. C'était cela, leur accord ? Le Shaman Fight le jour, leurs rendez-vous la nuit ? Quoiqu'il advienne, faire comme si de rien n'était ? Mais ça ne lui allait pas, à Tamao ! Pas du tout ! Elle n'avait pas envie de les perdre, ni l'un ni l'autre, alors ils étaient priés de ne pas tenter de s'entre-tuer, merci bien !
- Tu te rends compte de ce que tu veux, la coupa de ses pensées Hao d'une voix tranchante. Jeanne est à la tête des X-laws, tu te rappelles ?
« Et alors ? » avait envie de lui rétorquer Tamao alors qu'elle se relevait. Mais elle savait très bien ce que cela signifiait et elle n'avait pas spécialement envie qu'il lui recrache la vérité et le « monde réel » en face. Parce que c'était ça en fait, n'est-ce pas, le monde réel ? Qu'ils étaient des ennemis dans un tournoi sanglant. C'étaient leurs rendez-vous qui étaient complètement irréels. Et pour les faire exister, ne serait-ce qu'un peu, ils s'étaient mis d'accord pour ne pas tenir compte du jour la nuit. Sauf que Tamao venait de comprendre que ça impliquait ne pas tenir compte de la nuit le jour. Et ça, elle n'était pas d'accord.
- Nous nous étions mis implicitement d'accord pour ne pas parler de tout ça quand nous étions entre nous, déclara Jeanne d'une voix froide.
Et Tamao lut les reproches dans son regard, parce qu'elle n'aurait pas dû sortir tout ça au grand jour. Enfin à la grande nuit. Bref, elle n'aurait pas dû en parler. Ça leur allait vraiment, à eux, comme situation ?
- Evidemment que ça nous va, lâcha Hao avec désinvolture. Parce que c'est ça ou rien.
- Si ça ne te convient pas, tu peux toujours…
Même si Jeanne avait commencé sa phrase avec fermeté, sa voix dérailla et elle ne put la finir alors qu'elle posait de grands yeux tristes et suppliants sur Tamao. Qu'avait-elle failli dire ? « Tout arrêter » ? « Partir » ? Ils se satisfaisaient de cette situation parce qu'ils pensaient que c'est qu'ils pouvaient avoir « de mieux ». Tamao rêvait plus loin qu'eux.
- Tu es toute petite, chuchota Hao avec une pointe de mépris.
Comprendre : « tu es trop petite pour comprendre ». Mais Tamao préférait se dire qu'elle était encore suffisamment petite pour « rêver » et « croire ».
- Pourquoi faut-il que vous vous battiez ? arriva finalement à demander Tamao avec des tremblements dans la voix.
- Mais parce que c'est le principe du Shaman Fight, répliqua Hao. C'est comme ça, Tamao, et tu ne peux rien y changer. Commence à te faire à l'idée qu'il va falloir choisir, parce qu'à la fin du tournoi, il ne restera qu'un seul de nous.
Il avait la décence de ne pas dire « que moi ».
- C'est l'une des rares choses sur lesquelles nous sommes d'accord, appuya Jeanne.
Le regard de Tamao alla de l'un à l'autre. Elle sentit des larmes lui monter aux yeux mais, plus que la tristesse, c'est une colère sans nom qui naissait dans ses tripes contre cette injustice. C'était comme ça, hein ?
- Je choisis Yoh, leur cracha-t-elle, avec toute la rage d'une amoureuse trahie. Je reste avec vous car vous me rappelez sa beauté et sa gentillesse. Séparément, vous n'êtes pas intéressants.
Et sur ces mots terribles, elle fit volte-face et elle s'éloigna à grands pas.
Elle n'alla cependant pas loin, rejoignant ses esprits qui avaient assisté à toute la scène à quelques mètres avec des yeux grands comme des soucoupes avant de se laisser tomber par terre en tailleur.
Toute tremblante, elle dut se forcer à déplier un par un ses doigts crispés autour de son carnet à dessins.
- Elle ne le pensait pas, entendit-elle la voix mélodieuse de Hao dans son dos.
Refusant de se retourner, elle jeta un regard interrogateur à Ponchi.
- Maiden pleure alors Hao l'a prise dans ses bras, lui répondit son fantôme.
Tamao attrapa un crayon et se mit à dessiner rageusement.
Elle n'entendait plus ce que se disaient Jeanne et Hao derrière elle, seuls des chuchotements inaudibles lui parvenaient.
Au bout d'un long moment, elle réalisa que, contrairement à ce qu'elle croyait, ce n'était pas Yoh qu'elle est en train de dessiner – Yoh n'avait pas les cheveux aussi loin, les yeux aussi brillants et un sourire aussi… ah ! – et elle changea vivement de page.
- Je crois qu'ils attendent que tu les rejoignes, lui fit remarquer Conchi.
« Evidemment », pensa-t-elle. En même temps, elle n'était pas partie, elle s'était « assise plus loin ». Si ça ne laissait pas entendre qu'elle les rejoindrait une fois tension et colère évacués…
Avec un soupir, elle rangea son carnet, se releva et retourna vers les deux grands shamans.
Ils s'étaient allongés sur le dos et se tenaient la main.
- Oh, une revenante, fit remarquer Hao en la voyant réapparaître.
Tamao rosit et détourna le regard.
Jeanne, elle, ne dit rien mais tendit la main vers elle pour l'inviter à s'allonger avec eux. Tamao déposa son sac, lui prit la main et s'installa à côté d'elle.
- Et tu es contente, hein ? lança Hao. Juste parce qu'elle est de ton côté.
- Oui, lui répondit Jeanne d'une voix enjouée.
Tamao ne put s'empêcher de sourire légèrement.
Elle sentit la deuxième main de Hao se glisser dans ses cheveux et elle leva le bras à côté de sa tête pour attraper ses doigts. Pour une nuit de plus, une dernière nuit, elle était prête à tout oublier pour rester avec eux.
