CHAPITRE 2: WRONG WAY
J'ai bien attendu une demie-heure ce jour-là! En tant normal, Fred rappliquait aussi sec, pied au plancher mais là, allez savoir pourquoi il prit tout son temps. Sans doute, se doutait-il du sujet de notre conversation? Aussi passée cette demie-heure, Fred se présenta à l'accueil de l'hôpital.
" - Mr Bailey s'il vous plaît?
- Ca va Fred, je suis là! On peut y aller, bonne soirée madame. "
Je pris Fred par le bras et l'entraîna dehors.
" - Mec! Qu'est-ce qui t'a pris avec les autres tout à l'heure? Tu les vires comme ça sans préavis?! Je ne te reconnais plus mon pote!
- On peut attendre d'être à la voiture pour en parler? Les gens nous regardent!
- Comme tu veux... "
Une fois à la voiture, Fred mit le contact et démarra en trombe.
" - Doucement mec on est pas pressés!
- Toi non mais moi oui!
- Merde enfin! Qu'est-ce qui se passe?!
- Rien qui te concerne!
- Gares-toi immédiatement Fred! Tes mains tremblent, t'es pas en état de conduire!
- Je vais très bien! - Fred pila de toutes ses forces, heureusement personne ne nous suivaient.
- C'est ça! À d'autres! Laisse moi le volant!
- Tu veux vraiment savoir ce qu'il y a?!
- Oui putain de merde!
- Alors on va chez moi.
- Ok... "
Fred resta silencieux tout le long du trajet. Pas une once de musique pour égayer le tout. Tout clochait dans sa façon d'agir. Fred était le genre de personne qui mettait volontiers la radio à fond en battant le rythme sur son volant, une clope au bec! Non, mon Fred n'était plus le même, et ce bien avant la mort de sa femme et malgré tout le mal qu'il se donnait pour prouver le contraire. Il a toujours été d'un optimisme incroyable. Aussi incroyable comme ami fut-il, il était surtout un père aimant et un mari dévoué. À mon retour en 1970, il me présenta sa femme Eyleen, elle était vraiment très belle et arborait un sourire doux et apaisant. À l'époque ils attendaient leur premier enfant, Terry. Je me souviens encore comme Fred était terrifié durant les derniers jours avant la naissance de sa fille. Il s'imaginait déjà devoirfoutre des roustes aux premiers petits malins qui viendraient faire du gringue à sa princesse avant même que cette dernière ait vu le jour! Qu'est-ce qu'on a pu rire alors! Lui le père sur-protecteur et moins le parrain prêt à casser du petit merdeux. Terry pouvait venir tranquille, elle ne pouvait même pas encore imaginer à quel point son père était pressé de faire sa connaissance. Puis le jour tant attendu arriva, la petite fille vint au monde et fit de ses parents, les êtres les plus heureux dans ce bas monde. Je me souviens encore de mon premier cadeau offert à cette petite princesse. Une petite renarde en peluche... J'étais loin de m'imaginer de l'importance qu'aurait cette misérable peluche dans nos vies... Néanmoins le cadeau eut l'air de lui plaire, il fut le premier à trouver grâce à ses yeux parmi la montagne de peluche dont toute sa famille la couvrit... Que de souvenirs... Toujours est-il que nous arrivâmes chez Fred. Il marqua un silence avant de prononcer ces mots, alors même que nous n'étions pas sortis de la voiture.
" - Quoiqu'il se passe, jures-moi de toujours veiller sur Terry. Soit comme un père pour elle, je t'en prie... Elle est la seule chose bien qu'il me reste aujourd'hui, elle est ma seule fierté... Je t'en prie, ne laisse pas l'avenir corrompre son esprit...
- Fred, je ne comprends pas...
- Ne me juges pas mon frère... J'ai fais pas mal de conneries après ton départ, et aujourd'hui elles me reviennent... Je paie mes erreurs, ne laisse pas Terry payer pour moi, protèges-là quoiqu'il arrive...
- Il est temps que tu m'éclaircisses la situation! Qu'est-ce que tu devais me montrer à la fin! - je sortis furieux et claqua la portière.
- Tu dois parler de moi ma jolie!
- Pardon?!
- Oh excuse-moi avec tes jolis cheveux violets en bataille je t'ai pris pour une frêle et innocente jeune fille que mon père aurait ramené pour la mettre dans son lit et lui pondre un autre gosse! N'est-ce pas? PAPA!
- Pour qui tu te prends morveux! Tu veux que je t'en colle un dans ta sale gueule de p'tit merdeux! Fred, qui c'est ce p'tit con?!
- Il te l'a dit... On peut finir cette conversation à l'intérieur.
- Et Terry?
- Elle n'est pas là!
- Oh oui, et c'est bien dommage!
- Qu'est-ce que tu veux à Terry p'tite enflure! - je fonçai sur lui, le poing serré, oubliant mon épaule encore endolorie, Fred me coupa net dans mon élan, son bras en travers de mon ventre - Hmpf! Mec t'es sérieux! Ce connard menace ta fille et c'est moi que tu frappes!
- Excuse vieux, j'aurais jamais dû te mêler à mes affaires...
- Allons Papa... C'est pas si grave, notre nouvel ami va pouvoir nous aider, n'est-ce pas... Vince si je ne m'abuse?
- Pour toi ce sera Mr Bailey p'tit con! Ne t'imagines même pas toucher à un seul des cheveux de Terry!
- M'enfin, pourquoi vous pensez tous que je ne lui veut que du mal à cette charmante enfant! Je ne lui veux que du bien, beaucoup de bien même!
- La ferme! "
Je me libérai de l'emprise de Fred et vint cogner l'enfoiré qui se trouvait devant moi. À la tête qu'il fit avant que mon poing n'atteigne sa gueule, il ne s'attendait pas à ce qu'il lui arriva. Ma main droite vint percuter sa mâchoire par le côté droit, le laissant échapper un filet de sang tandis qu'il s'écroula inerte au sol. Il n'eut pas le temps de reprendre ses esprits que je lui sautai dessus prêt à le rouer de coup. Du moins c'est ce qui était prévu avant que Fred ne me soulève par les aisselles et me fasse rouler sur le côté. Lorsque je me relevai, je vis l'autre taré, assit en tailleur par terre, passer sa manche sur ses lèvres. Il avait un regard des plus ignobles. Le genre de regard qui semble vous transpercer de part en part et voir tout ce que votre être cherche à dissimuler. Fred lui était là, hagard, comme s'il portait la misère du monde sur ses épaules. Si ce gamin disait vrai, Fred était bien son père, mais qui était sa mère? En y repensant Fred ne m'avait jamais parlé de ces années passées durant mon absence. Tout cela ne présageait rien de bon... Je m'avançai vers mon ami, lorsqu'il se retourné vers moi, il me dévisageait avec des yeux de fous. Jamais je ne l'avais vu dans un tel état. Je ne savais plus si cétait la perte de sa femme où la venue de ce sale gosse dans sa vie qui l'avait rendu ainsi mais ce regard en disait long. Je finis de m'époussiérer avant de franchir le portail de la propriété. La route s'annonçait longue, la nuit commençait à pointer le bout de son nez et ma veste confiée au petit, je n'allais pas tarder à crever de froid. Néanmoins j'étais bien déterminé à rentrer chez moi et partir loin de cette maison de fous. Telle était mon intention avant que Fred ne me saisisse par le bras.
" - Fais pas le con, je te ramène...
- Non merci! Restes-donc avec cette raclure qui menace ouvertement ta fille!
- Qu'est-ce que tu veux que je fasses? Je ne peux pas me permettre n'importe quoi avec lui! Tout est de ma faute! Je ne le laisserais pas toucher au mondre cheveux de Terry! Crois-moi! Mais je suis pieds et poings liés... Il les détient toutes les deux...
- Toutes les deux?!
- Terry et ma mère...
- Vieux tu dois m'expliquer!
- Ca devra attendre messieurs! Je crains que mon cher petit papa ne doive passer du temps avec son fiston adoré! Tant d'années à rattraper papa!
- T'es gentil morveux, mais ton père était mon chauffeur! Je rentres comment maintenant?
- Tu peux toujours appeler quelqu'un d'autre, papa n'a pas suivi le plan. Il n'aurait jamais dû t'amener ici... Pour ça il va le payer... Hum... Très cher! - il sortit un immense couteau de boucher de sa manche et commença à le lêcher - Je me demande quel goût a le sang dilué dans les larmes? Vous en avez une idée vous?
- T'en fais pas tu sauras ça bientôt quand je te ferais goûter au tien fumier... - Fred prononça ces mots, les yeux fous de rage et une lueur malsaine dans son regard - Si jamais par malheur tu l'approches je te ferais regretter ta misérable existence raclure...
- Ahaha! Ce que tu peux être drôle mon papa!
- Arrête tout de suite de m'appeler comme ça! Je ne suis pas ton père!
- Ca c'est sûr! C'est facile d'engrosser! Faut-il encore garder ses couilles pour assumer un enfant! Toi là! Va téléphoner avant que je ne change d'avis! "
Je restai un instant fixant Fred, puis son pseudo-fils avant de me décider à passer ce fameux coup de fil. Qui pouvais-je appeler à cette heure? Rosie? Non impossible, je ne pouvais pas l'exposer à tout ça! Mais nous étions égarés en pleine campagne, il n'y avait que très peu de chance qu'un taxi soit disponile à cette heure, et surtout fasse le déplacement jusqu'ici. Néanmoins c'est l'option que je choisie. Si tout se passait bien je serais chez moi avant la tombée de la nuit. Par miracle un taxi accéda à ma requête. Une fois le téléphone reposé, je n'entendis plus un bruit. Je sortis alors du salon sur mes gardes. L'incident avec Jeremy m'avait laissé un soupçon de paranoïa. Dans la situation dans laquelle je me trouvai, je n'avais pas d'autres choix que de la jouer plus fine que ce malade. Les éclats de voix et les coups précédents devaient laisser place à la prudence. Ce fou semblait vraiment dangereux et si l'on en croyait Fred, il détenait sa mère et sa fille. Je ne voulais pas prendre le risque de les mettre en danger. Arrivant à la porte d'entrée, un couteau siffla auprès de mon oreille avant de se planter profondément dans le bois épais de la porte. Tout indiquait que j'avais eu raison de rester sur mes gardes. Le fou furieux se tenait derrière moi, un large sourire aux lèvres.
" - Surtout la violette, ne remets pas les pieds ici... J'aurais de la peine si je devais, par mesure de précautions bien évidemment, découper ton petit cul! À vrai dire je lui réserverais bien un tout autre sort...
- C'est ça parle gamin! Y'a pas deux jours, on te pressait le nez qu'il en sortait encore du lait! - il se rapprocha dangereusement de moi, un frisson parcouru mon échine à la vue de son sourire malsain.
- Et aujourd'hui tu peux presser autre chose si tu veux, tout ce que je peux te garantir c'est qu'il n'en sortira pas de lait... "
Il passa sa main le long de mon bras et obtint pour seule réponse, un upercut. Ce type était complètement dingue, la minute d'avant il me menaçait et maintenant le voilà qui voulait me... Enfin... Hum-hum! Vous voyez quoi! Bref! Pourquoi je parle de ça moi! J'en ai encore des frissons! Je disais donc... Ah oui! Après ça je pris la porte et attendis mon taxi assis sur le capot, machinalement et les mains tremblantes je voulu saisir mon paquet de clopes, sans succès, le-dit paquet se trouvant dans ma veste. J'avais besoin de quelque chose pour me remettre de toutes ces émotions. Soudain je pensai à Mary et au petit... Je devais les tenir éloigner de tout ça, Fred avait beau être mon ami, toute cette histoire ne concernait que lui... Néanmoinsje ne pouvais abandonner mon ami après tout le mal qu'il s'était donné pour moi... Sans parler de Terry... Où ce fou pouvait-il bien la retenir? Je devais en apprendre plus, mais l'autre dans les parages, Fred ne pouvait prendre le risque de me palrer sous peine de lui-même mettre en danger ses êtres chers... La situation semblait m'échapper au plus haut point... Pour moi tout commençait à aller bien, j'avais enfin une petite famille, des personnes à aimer et qui m'aimaient en retour... Tout ce que j'avais cherché sans le savoir durant toutes ces années de galères en tout genres. Et maintenant que ma vie me semblait parfaite, mon ami voyait la sienne voler en éclat... J'étais tiraillé entre mon bonheur personnel et celui de mon ami... Après ces quelques minutes de réflexion, Fred vint vers moi la mine basse.
" - Regardes à la fenêtre et souris-lui.
- Pourquoi?!
- Fais-le c'est tout, s'il te plaît. - je fis mon plus beau sourire crispé.
- Satisfait?! J'ai pas envie de passer à la casserole moi!
- Prends-ça.
- C'est quoi? Pas une bague j'espère!
- Arrêtes de faire le con et ne lui montres pas, mets-le vite dans ta poche.
- Ok. Il va fallor que tu m'expliques si tu veux qe je t'aide.
- Tout est sur ce papier. J'y vais maintenant, je dois le surveiller. S'il m'arrive quoi que ce soit...
- Je connais la suite.
- Il s'appelle Julian Bisham. S'il m'arrive quelque chose, surtout n'oublies pas ce nom... Si tu la retrouves, je t'en prie dis-lui...
- Papa! J'ai faim! Laisse donc la p'tite prune! Elle pourra revenir quand elle voudra mais pas ce soir!
- J'arrive Julian...
- Attends Fred! Lui dire quoi?!
- Je suis désolé... Tellement désolé... - un crissement de pneus sur le gravier se fit entendre.
- Un taxi pour Mr Bailey! Je ne me suis pas trompé d'adresse par hasard?
- Pas du tout! Merci d'être arrivé aussi vite. J'arrive. "
La route défilait à travers la vitre, les lumières de la ville parvinrent enfin. La sombre campagne dans laquelle vivait Fred avait un charme fou en journée mais de nuit et avec la présence de ce malade, elle devenait lugubre à souhait. Je vis enfin mon chez moi, le taxi tourna dans la cor avant de m'annoncer son prix.
" - 19,87 mon bon monsieur!
- Vos tarifs sont imbattables! Je pensais en avoir pour plus cher vous voyez!
- Ahah! Ne croyez pas que tous les taxis sont des gripsous sans coeur!
- Tenez, 30$! Vous les avez bien mérités à mon avis!
- Alors ça c'est généreux, je saurais m'en souvenir monsieur! N'hésitez pas à faire appel à moi en cas de besoin! Voilà ma carte perso! C'est plus rapide que par l'agence!
- Merci! Je n'y manquerais pas! Bonne soirée à vous!
- À vous aussi m'sieur! "
Il démarra en trombe. Je montai les escaliers, passai mes clés dans la serrure et refermai la porte. Je me dirigeai vers le mini bar et en sortit une bonne bouteiile de Jack Daniels... J'avais besoin d'un remontant! Trop d'émotions pour aujourd'hui... Au moins Mary et le petit n'étaient au courant de rien, et cela devait continuer ainsi. Je pris le papier que Fred m'avait confié. Ce pauvre bout de papier allait-il nous aider à les retrouver? Fred avait-il réellement l'intention de tout m'expliquer avec ce minuscule bout de papier? Les vies de sa mère et sa fille étaient-elles réellement entre mes mains? Et surtout qui était ce Julian Bisham? Une gorgée de ce bon vieux Jack eu la réponse pour moi.
" - Demain... "
