CHAPITRE 10: NEW DEPARTURE
" - Maman! Vince! Debout! Debout! J'ai faim "
Rodrigue venait d'entrer dans la chambre, quand tout me revint. La porte! On ne l'avait pas verrouillée la veille! Lui commençait à tirer sur les couvertures, Mary toujours endormie n'avait pas l'air de s'en soucier. De mon côté je luttai pour garder autant de couverture que possible pour nous couvrir. Manque de chance lui prenait ça pour un jeu.
" - Hé bonhomme! T'as finis oui?
- Hum... Vinny... Qu'est-ce qu'il y a?
- Maman! - il se jeta sur sa mère lâchant les couvertures que je m'empressai de rabattre sur nous.
- Comment ça va mon bébé? Bien dormi?
- Oui! J'ai faim!
- Et bien on va aller manger! Tu me passes mon peignoir mon chou? - le petit se leva et le lui rapporta - Tu peux rester te reposer le temps qu'on prépare le petit déj' mon Vinny.
- Génial! "
En partant elle me fit un clin d'oeil et se mit à rire. En y repensant, la scène était comique. Une fois seul, je me rendis compte de mon ridicule. Mains repliés sur le torse, accrochées fermement aux couvertures comme si je cherchais à dissimuler une poitrine inexistante. Oui, j'avais l'air d'un con! On aurait dit une gamine surprise au lit avec son petit copain par ses parents... Je ne pus retenir un fou rire avant de partir à la recherche d'un caleçon. Une fois prêt je passai devant le miroir afin d'examiner mes blessures. L'entaille au sommet de mon crâne ne me faisait plus grand mal. Je me débarassai alors du foutu bandage et rassemblai mes cheveux en une queue de cheval. Mon bras et mon rein me faisaient moins souffrir qu'avant, néanmoins, leurs bandages étaient à changer. J'esquissai un sourire à l'idée de voir ma petite infirmière personnelle à l'oeuvre...
" Vinny! C'est prêt! Bouge tes fesses si tu as faim! - je sortis de la chambre en me trémoussant.
- Comme ça?!
- Ahaha! T'es bête! Fais attention tu risques de craquer tes sutures!
- Mais non! Aller tu viens bonhomme on va manger!
- Ouiii! Je peux manger sur tes genoux? - je m'assis.
- Viens-là bonhomme! Et renverse pas ton chocolat sur moi!
- Ouais! - il me grimpa sur les genoux.
- Owh! Comme vous êtes chous! Il faut que je vous prenne en photo!
- Y'a un vieux Polaroid qui traîne dans le tiroir là-bas.
- Oui! Je l'ai! Aller, dîtes cheese!
- Cheese! - l'appareil émit un bruit, puis la photo en sortit - Regardez comme vous êtes beaux tous les deux! - elle nous montra la photo.
- Accroche là au frigo, on ira acheter un cadre plus tard. Aller Rodrigue manges.
- Oui papa! "
À ces dernières paroles j'eus un frisson, "papa". Mary le vit parfaitement et me fit un grand sourire avant de le faire disparaître dans sa tasse de café. Soudain le téléphone sonna. Mary me fit signe de ne pas bouger et s'en saisit:
" - Allo?
- ...
- Oh! Oui je vous le passe! Vince, c'est pour toi... "
Elle fit signe à Rodrigue de quitter mes genoux. Le petit ne se fit pas prier et alla rejoindre sa mère qui me tendait l'appareil. Je le saisit suspicieux...
" Allo?
- Bailey! Smith à l'appareil!
- Oh! Inspecteur, du nouveau?
- Avez-vous une chambre de libre chez vous?
- Attendez! Ne me dîtes pas que...
- Et si! Votre filleule est prête à vous rejoindre! Elle vous attend à l'hôpital, je suis avec elle.
- Oh merci! Merci! Je pars de suite!
- Je n'en attendais pas moins! " - je lâchai le combiné avant de prendre Mary et Rodrigue dans mes bras, fou de joie.
- La famille s'aggrandit! Je vais aller chercher Terry!
- Mon chéri c'est formidable!
- Maman, c'est qui Terry?
- C'est... - Mary me fixa comme pour que je réponde.
- C'est ma filleule. Elle va venir vivre avec nous. Tu es content?
- J'ai peur... Et si elle m'aime pas? - sa mère le rassura.
- Ne t'en fais pas mon chéri... Terry est une gentille petite fille... - je renchérit.
- En plus il me semble que vous avez le même âge! Je pourrais vous emmener jouer au parc!
- Mais je croyais que tu n'aimais pas le parc!
- On change tous d'avis non?
- Vince a raison mon chéri! Elle sera comme ta soeur, tu n'es pas content?
- Si!
- Alors je fonce la chercher! Je me dépêche! "
Je partis enfiler une veste, leur fit un dernier signe de la main avant de disparaître dehors. Je descendis les escaliers quatre à quatre. Faute de voiture je commençai le trajet à pied, quand un taxi m'interpella:
" - Hé! Besoin d'un taxi jeune homme?!
- Mr Schmidt!
- Allez-y! Montez! Je n'ai pas de courses de prévues ce matin!
- C'est gentil! Mais je ne crois pas avoir assez pour vous payer celle-ci!
- Ca fait rien! Montez on s'arrangera! - je m'engouffrai dans le taxi.
- Merci! C'est vraiment sympa!
- Vous allez où comme ça! Vous avez l'air sacrément content!
- Je vais à l'hôpital, chercher ma filleule...
- Oh... Qu'est-ce qui lui est arrivé à cette petite pour y atterir? - cette phrase remua pas mal de souvenirs.
- J'ai pas su la protéger.
- Je sens que le sujet est délicat. Veuillez m'excuser, je suis un peu bourru. Mon fils me le répète tout le temps!
- Non ça va, ne vous en faîtes pas! L'essentiel c'est qu'elle rentre à la maison!
- Vous avez raison! Plus que quelques mètres et nous serons à l'hôpital. Je vous y attendrais, la course est pour moi, histoire que votre petite rentre au plus vite.
- Merci, je n'oublierais pas ce que vous avez fait pour nous... - il leva sa casquette et me fit un clin d'oeil.
- Et nous y voilà! Je vous attends sur le parking là-bas!
- Merci beaucoup! On fait vite! "
Je me ruais vers les portes de l'hôpital, mon coeur battait à tout rompre, j'étais extrêmement nerveux. Je redoutais l'accueil de Terry mais j'étais fou de joie à l'idée de pouvoir lui offrir une famille. Je franchis les portes, mes tripes nouées quand Smith me fit signe de sa main libre, l'autre étant occupée par la main d'une ravissante fillette à la chevelure de corneille.
" - Terry! "
Fou de joie j'accouru dans sa direction mais sa réaction ne fut pas celle que j'espérais. Elle se réfugia derrière les jambes du vieux Smith et cacha son visage dans ses mains. Dépité, j'approchai Smith:
" - Je croyais qu'elle était prête à nous rejoindre...
- C'est le cas... Miss? Tu le reconnais? C'est Vincent, ton parrain? Tu m'en as parlé rappelles toi... C'est lui qui t'a offert ta chère peluche, tu te souviens? C'est ce que tu m'as dis hier...
- Je veux papa... - elle sanglotait
- Terry... Viens ma puce... S'il te plaît... - elle refusa et continua de se cacher le visage
- Désolée Bailey... Elle était prête ce matin... - je m'accroupis faisant abstraction de la douleur
- Terry... Je suis là... N'aies plus peur... Je serais toujours là pour toi chérie... - les mains glissèrent de son visage et elle se jeta dans mes bras faisant tomber sa peluche
- J'veux plus être toute seule avec les docteurs!
- C'est promis... On rentre... Merci Smith... "
Il me sourit et repartit dans un autre couloir de l'hôpital. Je pris Terry dans mes bras et lui rendit sa peluche. Schmidt nous attendait bien sur le parking et ni une ni deux, nous grimpèrent dans le taxi direction la maison. Je remerciai une nouvelle fois le vieux Schmidt et prit le chemin de la maison. Mary nous ouvrit et je déposa Terry au sol:
" - Bienvenue dans ton nouveau chez toi, ma puce... - elle me regarda apeurée
- Il est où le méchant?
- En prison... Tu es en sécurité avec nous... - je désigne Mary - Alors elle c'est Mary, c'est ma compagne... Elle est très gentille, elle s'occuperatrès bien de toi je te le promets. - Mary lui sourit et s'accroupit
- Elle est très mignonne ta peluche...
- C'est mon cadeau, tu l'auras pas. - Mary éclata de rire
- Je ne vais pas te la voler c'est promis! Tu permets que je te présente un grand timide? "
Mary l'entraîna dans la chambre de Rodrigue. Soulagée qu'elle soit enfin parmi nous je m'effondrai dans le canapé. Toute cette angoisse m'avait épuisé. Soudain tout se mit à tourner autour de moi, de nouveaux des flashs et ces remontées de bile. Je basculai du canapé et m'écroula au sol, tout était flou et soudain un violent flash du visage de cette ordure de Bisham. Je vomis toute la bile que je pus avant de me sentir tiré puis de nouveau allongé. Lorsque je repris mes esprits je vis le visage de Mary inquiet, penché au-dessus du mien.
" - Vinny... Comment tu te sens?
- Vaseux... Qu'est-ce qui s'est passé? - les enfants étaient à côté d'elle
- Je t'ai retrouvé pris de spasmes sur le tapis, tu vomissais... Je crois que tu n'aurais pas du sortir aussi vite...
- Je vais bien... - les mots sonnaient faux
- Vincent... Tu vas mourir? - je me tournai vers le porteur de la question
- Il en faut plus pour me tuer bonhomme...
- Si tu meurs, je vais encore être toute seule! - Terry tremblait
- Hé... On se calme... Je suis juste très fatigué...
- Justement tu vas aller te reposer mon amour... - elle me releva, m'entraîna jusqu'à notre chambre et m'allongea sur notre lit - Je ne veux plus te voir debout jusqu'à nouvel ordre...
- Oui madame... "
J'eus à peine le temps de finir ma phrase que je me sentis partir, complètement épuisé. Et je laissais Mary seule avec deux enfants à gérer, quel père exemplaire! Mais mon état m'inquiétait et elle aussi visiblement. Mon corps ne parvenait plus à encaisser aussi bien qu'avant. Ces flashs, ces spasmes, je les connaissais. Je pensais qu'ils ne seraient que de passage mais ils étaient bel et bien toujours présents. Et Bisham avec. Cette enflure était pourtant derrière les barreaux, mais son souvenir me revenait encore... Et encore... Pourquoi?! Tout se bousculait dans ma tête, la reprise du restaurant, ma nouvelle vie... J'étais comme dépassé, mon corps ne me suivait plus, j'avais besoin de repos... Beaucoup de repos...
À l'heure du déjeûner, Mary vint me voir avec les enfants. Ils m'avaient préparer mon repas et avaient insisté pour que je ne quitte pas mon lit. J'ai obéi, contraint par ma douleur au ventre. Après les spasmes, mes sutures ont souffert. J'étais tellement épuisé que je ne parvenais plus à rechigner. Lorsque Mary appela un médecin, je ne parvins même pas à la convaincre d'y renoncer. Ca me rendait malade... Moi qui leur avait promis de les protéger, je ne tenais plus debout. Certes, il n'y avait plus de danger, mais je restais sur mes gardes. Ne serait-ce que les protéger des commérages... Les enfants restèrent auprès de moi le temps que Mary soit au téléphone. D'un côté un adorable garçonnet et de l'autre une ravissante fillette... Leurs mirettes vissées sur moi, visiblement inquiets me rendaient d'un triste. À leurs âges, on sourit, on ne s'inquiète pas... Ces deux là avaient visiblement perdu leur innocence... Désespéré devant ces visages tristes je leur fit une grimace. L'effet fut des plus délicieux, ils éclatèrent de rire. Ces rires d'enfants m'auraient autrefois rendu hystérique, mais ces rires là m'apaisaient. C'était si bon de voir leurs mines tristes s'illuminer. Je comprenais à cet instant, à quel point j'avais été idiot de détester ces rires auparavant... Je donnerais tout pour ces mêmes rires aujourd'hui...
