Chapitre 7
Cela faisait actuellement trente longues minutes que la voiture de Derek était garée en plein milieu de la forêt de Beacon Hills, juste devant la grande maison des Hale. Il pleuvait depuis un bon moment et les gouttes de pluie tombaient violemment sur les vitres du véhicule, tandis que la température se rafraichissait de minute en minute. Stiles regarda pour la énième fois l'écran de son téléphone portable qui affichait une heure tardive, pendant que, de son autre main, il caressait son ventre en y formant des cercles. Il n'était pas encore prêt à sortir de cette voiture, pas tout de suite. L'idée même de mettre un pied dans cette maison pleine de loup le terrifiait. Ce n'était pourtant pas la première fois qu'il allait rencontrer des membres de la famille de Derek, il avait déjà parlé à Peter quand il venait régulièrement voir Malia chez elle à une époque ; il avait également passé plusieurs après-midi avec la petite Cora, parce que Derek avait été obligé de la garder pour telle ou telle raison. En ce qui concernait Laura, Stiles ne lui avait jamais adressé la parole. Il l'avait aperçu une ou deux fois, de loin, et savait à quoi elle ressemblait : une parfaite Hale avec ses cheveux noirs et ses magnifiques yeux bleus, mais il n'avait jamais tenté le moindre rapprochement. Peut-être était-elle aussi gentille que Cora ? En tout cas, il n'avait jamais entendu Derek dire du mal d'elle. Ou peut-être qu'elle était aussi grognonne que Derek, qui râlait à la moindre occasion ? Comment savoir, alors qu'il ne lui avait adressé la parole, et n'avait donc jamais entendu le son de sa voix.
L'hyperactif sentit son cœur battre à un rythme affolant. Il allait vivre avec eux. Les Hale. Comme ça, brusquement, alors qu'il les connaissait à peine. Et ça le stressait horriblement ! Après tout, il quittait son père pour des personnes qui ne semblaient pas particulièrement l'apprécier. Des loups-garous qui, s'ils le voulaient, pouvaient le tailler en pièce en moins de deux secondes. Cependant, que Talia Hale soit un loup-garou ou pas, cela n'aurait rien changé à son état actuel. Elle le faisait flipper comme chaque belle-mère pouvait donner des sueurs froides à leur gendre ou leur bru, d'autant qu'il savait qu'elle était peut-être la Hale qui l'aimait le moins. Il en connaissait aussi la raison, comme tout le monde ! Si seulement il n'était pas sorti avec Malia, s'il ne s'était pas forgé une aussi mauvaise réputation au sein de cette fichue famille Hale, peut-être que tout aurait été plus simple et qu'il serait sorti de cette voiture depuis longtemps. Malheureusement, aucune machine à remonter le temps n'existait à ce jour.
La main de Derek se posant sur la sienne le fit sortir de sa cogitation. Il releva la tête, légèrement surpris, puis entremêla ses doigts à ceux du loup. Stiles savait qu'il perdait patience.
- Arrête ! Tu sens le stress à plein nez, grogna Derek. Il va bien falloir qu'on sorte de cette voiture, tu ne crois pas ?
Stiles garda le silence tout en se mordant la lèvre inférieure. Il lâcha la main de son compagnon et se tourna vers la vitre, plongeant de nouveau dans ses pensées. Etait-il possible que Derek trouvât cette situation amusante ? Pourtant, elle ne l'était pas, loin de là. Si jamais Talia décidait de les foutre à la porte à peine rentrés ? Si jamais Derek se retrouvait définitivement exclut de sa propre famille par sa faute ? Ce n'était peut-être pas le bon moment pour que Stiles se décide à s'installer chez eux, alors que l'Alpha n'avait même pas encore digéré l'information de sa grossesse. Et puis, il refusait que Derek se sépare de sa famille pour lui. Stiles n'avait peut-être plus de mère, mais Derek, lui, en avait une, et il devait en profiter. Sans compter que le soutient de Talia était tout de même important pour son copain et Stiles le savait.
Le bruit de l'ouverture de la porte côté conducteur fit sursauter le fils du Shérif. Il attrapa rapidement et un peu brusquement le bras de Derek pour l'empêcher de sortir de la voiture.
- On peut trouver une autre solution ! s'empressa-t-il de dire. Je suis sûr que Scott voudra bien que je vive chez lui un petit moment, c'est pas comme si à une époque je passais pas carrément ma vie chez lui ! Puis je suis pas sûr que ta famille ait envie de me voir débarquer chez eux. C'est un peu trop tôt après la petite révélation d'Erica pour ça. Je veux dire… Ta mère me déteste je te rappelle !
Réalisant qu'il allait s'engouffrer dans un long monologue bientôt sans queue ni tête, Stiles préféra se taire tout en reprenant son souffle. Derek, quant à lui, poussa un soupire agacé puis referma la portière. Un petit silence s'installa. Derek se tourna vers Stiles et lui attrapa le menton du bout des doigts pour tourner son visage vers lui et avoir toute son attention. Stiles était visiblement bien plus paniqué que ce qu'il avait cru. L'odeur sucrée et apaisante de son compagnon enceint, que Derek commençait particulièrement à apprécier, était quasiment recouverte par un autre effluve, bien plus acide. Bien décidé à remédier à ce problème, le loup s'attela à la tâche bien difficile de rassurer son humain favori.
- Ecoute, tout va bien se passer. Je peux t'assurer que ma mère ne te déteste pas. Peut-être que ça sera un peu difficile au début mais elle finira par t'apprécier. Je n'en doute pas une seconde, insista-t-il. Fait-moi confiance, d'accord ?
Stiles se contenta d'acquiescer lentement, pas franchement convaincu. Même s'il commençait à sentir une boule se former dans son estomac, Stiles se résigna à écouter son copain, à lui faire confiance. Après tout, ils allaient avoir un enfant ensemble … Il frémit. Il devait faire un effort, même si l'envie de retourner aux côtés de son père le démangeait, et pas seulement pour lui. Pour eux. Pour un avenir possible. Il passa une dernière fois sa main sur son ventre, puis se résolut à sortir de la voiture. Non sans une certaine appréhension.
oOoOo
Stiles regarda Derek ouvrir la porte d'entrée et s'engouffrer dans la grande maison sans la moindre hésitation. Alors il entra à son tour, suivant de très près son petit ami mais restant intentionnellement en retrait, comme s'il désirait être invisible. Soudain, il vit une petite fille débarquer en courant d'une pièce voisine et se jeter dans les jambes de Derek d'un air plus qu'enjoué. Il la reconnut tout de suite : Cora Hale, la petite dernière de la fratrie. Elle n'avait pas beaucoup changé depuis la dernière fois : un grand sourire enfantin et des yeux aussi beaux que ceux de son frère. Une fois devant son aîné, elle écarta les bras, réclamant une accolade tout en poussant un petit couinement presque canin. Derek s'accroupit, répondant à sa demande non sans oublier son précieux grognement d'agacement. Stiles s'attendrit un instant. Il était rare de voir Derek en contact avec des enfants, d'habitude il les fuyait tous.
- Oh ! Stiles ! fit la petite fille en s'apercevant de la présence de celui-ci.
Elle se dégagea des bras de son frère. Son sourire s'élargit, gonflant ses pommettes au maximum. Stiles ne put s'empêcher de froncer légèrement les sourcils. Sa ressemblance avec Derek était plutôt frappante. Plus elle grandissait, plus ils se ressemblaient.
Cora s'avança timidement puis, prise d'un élan d'assurance, se posta en face de l'humain, le détaillant attentivement de ses prunelles sombres. L'hyperactif jeta un regard interrogatif à Derek qui regardait la scène avec un soupçon d'amusement sur le visage.
- Alors maman a raison ? Tu attends un bébé ? Comment il peut vivre dans un ventre si petit ? demanda la petite d'une voix pleine de curiosité, avant de lever sa main avec hésitation. Je peux le toucher ?
Mais elle n'attendit pas de réponse de son interlocuteur ; sa paume se posa sur le ventre apparent du jeune Stilinski.
- Son coeur bat vachement vite ! s'étonna-t-elle innocemment avant de grimacer – elle se posait certainement un tas de questions.
- Cora, je pensais qu'on t'avait appris à dire bonjour, gronda une voix familière.
Les trois individus tournèrent leur attention vers Peter, qui venait de s'immiscer dans le hall d'entrée.
- Bonjour, murmura presque honteusement Cora avant de courir se cacher derrière son frère.
- Alors le voilà ? continua l'oncle de Derek en arborant un sourire qui inquiéta Stiles. Je me demandais bien quand j'aurais l'occasion de te revoir, Stiles. Mes derniers souvenirs de toi datent de la fois où Malia est rentrée en larme l'année dernière après votre rupture … Ah, non, autant pour moi, je ne t'ai pas vu ce jour-là non plus ! termina-t-il en ricanant.
- Ferme-la ! grogna Derek en se redressant. Tu ferais mieux de rentrer chez toi.
- Je comptais le faire, mais j'ai l'impression que la soirée va être plutôt amusante ici ! Enfin ça dépend pour qui. Je veux être aux premières loges quand ta mère et ta sœur rentreront ! rit Peter sans ménagement.
- On verra si tu rigoleras toujours quand mon poing arrivera accidentellement dans ta gueule, gronda encore Derek.
- Ce sera une raison de plus pour que ta mère sorte les crocs ! Je suis impatient !
Derek leva les yeux au ciel, exaspéré. L'oncle Hale partit dans le salon après ces derniers mots, suivit par Cora. Derek se tourna vers Stiles, qui semblait tétanisé. Il ne manquait plus que ça. Son oncle ne pouvait-il pas se taire ?! Il avait réussi à l'effrayer pour de bon ! Le loup s'approcha et attrapa les mains de son compagnon, le sortant une énième fois de ses pensées.
- Hey, l'écoute pas, c'est juste un idiot. Tu le connais, il est comme ça avec tout le monde, tenta-t-il pour le rassurer avant d'embrasser ses lèvres chastement.
- Autant pour chasser le surnaturel je suis le premier, soupira Stiles, un peu blême. Mais là j'avoue que c'est un peu trop pour moi. Supporter ton oncle et ta mère en même temps, je sais pas si ça va être possible.
- N'oublie pas, reprit le loup en collant son front au sien, tant que je suis là il ne t'arrivera rien. Ni à toi, ni au bébé. Je ne laisserais rien vous arriver. Ok ?
Stiles déglutit puis hocha la tête, sentant son anxiété diminuer légèrement. Il respira profondément, inhalant le parfum brut et musqué du loup qui –même s'il ne l'avouerait jamais à voix haute- avait un effet affolant sur lui. Se sentant trembler, il serra les dents et prit une grande inspiration. Il devait s'endurcir un peu plus. Il en était capable. Il pouvait faire face à Talia. Tant que Derek était à ses cotés, même si la situation pouvait à tout moment basculer en un cauchemar éveillé, Stiles était persuadé que tout finirait par s'arranger.
oOoOo
Plus le temps défilait plus Stiles commençait à croire que Laura et Talia Hale ne rentreraient jamais. Il avait eu le temps de passer un coup de téléphone à son père, de s'installer dans la chambre de Derek, de prendre ses marques dans cette maison, de manger et de regarder un film avec son copain, avant qu'ils se décident à aller se coucher. Blottis contre son Sourwolf, Stiles commençait à se dire qu'il préférait que tout soit repoussé au lendemain. Il avait passé une soirée agréable et désirait que cette nuit se termine sur une note positive. Cela le satisfaisait amplement de reculer l'heure fatidique encore un petit moment, bien que l'envie d'en finir se fasse de plus en plus pressante ; rester dans l'expectative, à se demander comment la confrontation avec Talia pourrait se dérouler, ne l'enchantait guère.
Alors qu'il basculait lentement dans le sommeil, il entendit la porte d'entrée s'ouvrir assez bruyamment au rez-de-chaussée. Il sentit Derek se redresser, faisant légèrement craquer le lit, et la chaleur de ses bras fort le quitta, le faisant frissonner. Il se redressa en ouvrant les yeux mais, dans ce noir complet, il ne parvint qu'à voir la silhouette de Derek qui semblait s'être assis sur le bord du lit, lui offrant son dos.
- Où est-ce que tu vas ? lui demanda Stiles en se redressant, la voix déjà ensommeillée.
- Reste là, je reviens, se contenta de répondre Derek en se tournant vers lui, avant d'insister en le regardant droit dans les yeux : ne bouge pas.
Stiles le regarda quitter la chambre. A l'instant où la porte se refermait pour plonger de nouveau la pièce dans l'obscurité, l'hyperactif sentit l'anxiété, qui lui était maintenant familière, refaire surface. Il tendit l'oreille dans l'espoir d'entendre la moindre bribe de conversation, mais ce fut un échec total. Mais peut-être était-ce mieux ainsi. Après tout, il n'avait pas réellement envie de savoir comment se passait cet « entretien » entre Talia et son fils. Il préférait être tenu à l'écart encore un peu, le plus longtemps possible.
Mais Stiles avait toujours eu un piètre contrôle sur sa propre volonté, ou alors il avait l'ouïe bien plus fine que ce qu'il pensait car, tandis qu'il se rallongeait confortablement entre les draps, il put entendre plusieurs voix feutrées provenant de l'étage du dessous. Il ne comprenait aucun mot de façon suffisamment intelligible, mais le ton employé était loin d'être joyeux. Au bout de quelques minutes cependant, à mesure que le ton montait, quelques mots lui furent enfin audibles tel que « rester » ou « irresponsable », avant qu'une réplique se détache du lot pour parvenir bien clairement à ses oreilles :
- Il va devoir partir ! Je ne veux pas de lui sous mon toit !
Plus le temps passait, plus Stiles avait la nette impression que la tension devenait insupportable. Les voix de son copain et de sa mère se faisaient plus fortes, plus violentes. Leurs paroles frappaient sans ménagement avec l'évidente intention de faire mal, ni l'un ni l'autre ne faiblissait, et Stiles commençait à se dire qu'il lui faudrait peut-être intervenir. Derek était seul en bas à affronter Talia, alors qu'ils auraient dû faire front ensemble, rester l'un avec l'autre. Subitement, Stiles s'en voulut de ne pas avoir insisté pour descendre avec son compagnon. Depuis quand restait-il en retrait ? Depuis quand obéissait-il au doigt et à l'oeil ? Il ne pouvait pas se défiler et laisser Derek tout gérer, c'était injuste de le laisser se débrouiller dans une situation pareille. Hors de question qu'il reste cloîtré ici à faire l'autruche. C'était égoïste de sa part. Où était passé le Stiles téméraire, impulsif, toujours prêt à foncer tête baissée vers le danger ?
Malgré ces diverses réflexions, Stiles ne bougea pas d'un centimètre. Manifestement, cette grossesse le chamboulait bien plus que ce qu'il imaginait ; son instinct lui disait que la louve en bas, pleine de rage, était susceptible de faire du mal à l'enfant qu'il portait. Alors il se contenta de s'emparer d'un coussin et d'y enfouir sa tête, emprisonnant ainsi efficacement ses deux oreilles. Il ne voulait rien entendre, rien savoir et encore moins participer. Il l'avait pourtant dit à Derek que c'était une mauvaise idée ! Pourquoi avait-il cédé aussi facilement ? Ne serait-il pas mieux dans sa chambre, dans un silence complet, loin de ce climat de dispute ?
Il finit par se lever après avoir gonflé ses poumons d'air frais, puis se dirigea timidement vers la porte pour l'entrouvrir, bien décidé à descendre. Mais il ne fit pas. Il resta bloqué là, dans l'entrebâillement, moitié dehors moitié dedans. Les voix étaient désormais plus claires.
- Je croyais avoir été claire à ce sujet Derek !
- Ça suffit maintenant ! s'interposa une autre voix, que Stiles devina être celle de Laura. Il peut très bien rester, on a assez de place Maman ! Ne sois pas ridicule !
- Je ne comprends pas, reprit Derek d'une voix forte et grondante. Si ça avait été n'importe qui d'autre tu aurais été contente d'apprendre que la famille s'agrandie ! C'est toi qui dis tout le temps qu'un enfant c'est la plus belle chose qu'on peut espérer ! Si Malia est là aujourd'hui c'est parce que tu as convaincus Peter et sa mère de la garder !
- Ce n'était pas la même situation Derek, souffla désespérément Talia Hale. Peter n'avait pas 17 ans ! Il pouvait s'entretenir seul et ne mettait pas la vie de sa partenaire en danger en la mettant enceinte !
- Tu veux que je fasse quoi ? Tu veux que je le contraigne à avorter ?!
- Pour son bien et celui de nous tous, oui ! Vous ne vous rendez compte de rien ! Deaton ne t'a-t-il pas dit que peu de personnes dans le cas de Stiles arrivent à terme de leur grossesse ? Tu le sais très bien que même une simple humaine enceinte d'un loup-garou coure plus de risque qu'une louve !
- Justement ! Si je l'ai amené ici c'est pour minimiser les risques ! Tu n'étais pas si favorable à l'idée que Laura avorte il y a quelques mois !
- Ta soeur a prit une décision que j'approuve complètement aujourd'hui et tu devrais faire de même ! Vous ne vous rendez pas compte des dangers que vous prenez ! Stiles pourrait mourir ! Cette grossesse est vouée à l'échec ! Et puis…
Brusquement, elle s'interrompit. Stiles tendit plus encore l'oreille, sa peur légèrement remplacée par la curiosité. D'une voix plus calme ou peut-être moins assurée, comme si elle commençait à peser ses mots, Talia termina douloureusement :
- Je ne veux pas que Stiles et toi viviez ce que j'ai vécu.
Stiles fronça les sourcils, surpris et un peu perdu. De quoi parlait-elle ? Qu'avait-elle voulu dire ? Il fit un pas supplémentaire hors de la chambre, bien décidé à en entendre plus, lorsque la voix douce de Laura lui parvint :
- Maman … ?
Là, Stiles fut incapable d'aller plus loin. C'était malsain, et il eut brusquement honte de cette curiosité mal placée. Alors il retourna dans la chambre et ferma complètement la porte, s'isolant tout à fait. Il ne voulait pas en entendre plus. Il y avait eu trop de douleur dans la voix de Talia, et trop d'inquiétude dans celle de Laura ; ce qui se disait encore en bas ne regardait désormais que les Hale. De plus, il ne voulait pas entendre un argument qui pourrait tout remettre en cause, ni des paroles qui pourraient lui faire regretter sa décision. Mais quand même, il aurait bien aimé savoir … Incapable de prendre une décision, il resta quelques minutes debout devant une porte close, avec l'impression d'être un parfait crétin, seul dans un silence parfois entrecoupé de sons et mots inaudibles.
Plus les minutes passaient et plus avait envie de se frapper le crâne contre cette foutue porte. Peut-être que ça l'aiderait à se décider, peut-être que la douleur lui donnerait le courage de descendre affronter l' « atroce » Talia Hale. Etait-il vraiment aussi lâche ? Peut-être que oui au finale. Cet aveu lui procura une sensation bien désagréable, comme si la température avait brutalement chutée. Ce n'était pas lui. Où était le Stiles qui n'avait aucune crainte de côtoyer des loups-garous ? Celui qui avait aidé Scott à contrôler son côté bestial malgré les risques importants de se faire tuer ? Celui qui se promenait dans les bois à minuit passé ?
Il lâcha la poignée et retourna dans le lit, déconfit et honteux.
Ce fut la sensation, à peine deux ou trois minutes après, de sentir la couverture lui échapper, qui sortit Stiles de ses songes. Il se retourna dans un sursaut.
Cora était là, tirant avec hésitation sur la couverture. Une bouille plus qu'inquiète et visiblement perturbée par tout ce remue-ménage au rez-de-chaussée. Elle affichait un air angoissé, ses yeux ruisselaient de larmes et elle serrait très fort la peluche de Winnie l'ourson contre sa poitrine.
- Je peux dormir ici ? demanda-t-elle timidement, la voix tremblante. J'ai peur du tonnerre.
Stiles, étonné, mit quelques secondes avant d'enfin réagir. Il se doutait bien que Cora n'avait pas peur du tonnerre, mais qu'elle cherchait simplement une excuse pour ne pas être seule. On entendait à peine la pluie. Stiles lui adressa un petit sourire et tapota finalement la place libre juste à côté de lui. La petite louve grimpa vivement et rapidement sur le lit, un peu malhabile, et s'installa près de lui en se glissant sous les couvertures. Stiles la borda tout en réfléchissant à ce qu'il pouvait bien dire pour rassurer la plus jeune des Hale.
- Maman et Derek se disputent. Je n'aime pas quand ils se disputent, dit finalement Cora en enfonçant sa tête dans l'oreiller.
- Moi non plus, répliqua Stiles d'une voix rassurante, mais ne t'inquiète pas, demain ce sera comme si cette dispute n'avait jamais eu lieu.
- Hum. J'espère. Au moins maman lui parle. Tu sais ça fait plusieurs jours qu'ils ne s'adressaient plus la parole.
Stiles déglutit et se mordit la lèvre inférieure, envahit par la tristesse. Pourquoi fallait-il que Derek souffre tant ?
- Pourquoi maman ne t'aime pas ? demanda Cora brusquement en affichant un air perplexe et innocent. Je t'aime bien moi !
Stiles se raidit. Il n'allait tout de même pas parler d'un tel sujet avec une gamine de huit ans et qui, en plus de ça, était la petit soeur de son compagnon.
- C'est compliqué Cora, éluda-t-il brillamment, mais ta mère doit avoir ses raisons. Essaies de dormir maintenant, demain y'a école je te rappelle.
- Je sais, soupira légèrement la petit fille avant de fermer les yeux et de coller sa peluche contre son menton.
Le temps de ce petit échange, la maison était redevenue calme. Les voix du rez-de-chaussée ne parvenaient plus jusqu'à lui, alors Stiles s'allongea sur le côté et ferma les yeux à son tour, profitant de cet instant de silence pour s'en aller vers le pays des rêves au plus vite.
oOoOo
Le lendemain, Stiles se réveilla assez tard dans la matinée. Il était presque midi quand il jeta un regard ensommeillé au réveil sur la table de nuit. Sentant un frisson, il réalisa bien vite que Derek n'était pas présent dans les draps. D'ailleurs, Cora non plus.
Un instant, il s'inquiéta, avant de se souvenir que le loup avait dû partir au lycée. Lui, il n'était pas exempt de cours et ne pouvait pas se permettre une bonne matinée dans un lit chaud. Stiles culpabilisa un instant ; il aurait aimé discuter un peu avec Derek, quand même.
Quelqu'un frappa à la porte, achevant de le réveiller tout à fait. Il se redressa.
- Entrez !
Laura ouvrit la porte assez maladroitement, avec un plateau dans les mains sur lequel reposaient un grand vers d'eau, deux croissants chauds encore fumants, ainsi qu'un yaourt à la vanille. La simple vision de ce yaourt dégouta Stiles, qui n'avait pourtant jamais rien eu contre la vanille jusqu'à maintenant.
Il se leva précipitamment pour aider la jeune femme en lui prenant le plateau des mains, et le déposa sur la table de nuit.
- Tu n'étais pas obligé ! dit-il un peu gêné, se frottant l'arrière du crâne.
- Ne t'inquiète pas, je n'ai pas vraiment d'autres trucs palpitant à faire ces temps-ci, et puis Derek n'apprécierait pas que je te laisse mourir de faim, ricana Laura. Il m'a fait jurer de m'occuper de toi ce matin.
- Merci, sourit timidement Stiles, content de l'attention de son copain.
- On ne se connait pas vraiment, donc j'avais aussi envie de faire ta connaissance. Après tout, maintenant on va te voir un peu plus souvent j'imagine, et ce n'est pas pour me déplaire !
La jeune femme alla s'asseoir sur le rebord intérieur de la fenêtre, tout en faisant signe à Stiles de manger s'il le désirait. L'humain aurait bien préféré une assiette de semoule et de porc bizarrement, mais bon, il se contenterait de ce que lui avait apporté Laura. Il s'assit sur le lit et commença à manger après une petite hésitation, laissant le yaourt bien au bord du plateau.
- Désolé pour ce que tu as certainement entendu hier soir, lança soudainement Laura.
- Bah … il y a des tensions dans toutes les familles non ? sourit timidement Stiles.
- C'est vrai mais tu n'avais pas à subir ça. Ma mère aurait dû prendre Derek à part au lieu de s'exposer devant tout le monde comme elle l'a fait. Je crois qu'elle voulait intentionnellement te mettre mal à l'aise … elle devait se douter que tu écouterais au moins une partie de la conversation.
- Elle était dans son droit, je me suis tout de même invité chez vous !
Laura sourit, et son visage se métamorphosa complètement, illuminant chacun de ses traits et même son regard. Un trait de famille ? Voir un Hale sourire lui plaisait beaucoup, l'attendrissait même, sans qu'il comprenne vraiment pourquoi.
- Tu ne travailles pas ? demanda Stiles lorsqu'il réalisa que Laura n'aurait peut-être pas dû être ici.
Si c'était le cas, ça le gênait énormément qu'elle soit obligée de rester ici juste pour lui. Il pouvait s'occuper de lui tout seul, et connaissait par cœur le numéro de Deaton si nécessaire.
- Non. J'ai été licenciée il y a quelques mois. Une semaine après avoir été largué par mon copain ! Super ! ironisa la jeune femme avec un sourire un peu forcé. J'ai même du revenir vivre ici. D'ailleurs je cherche du travail. Je passe ma journée à faire des recherches sur Internet et à amasser des journaux pour trouver des annonces.
Elle soupira, regarda ses pieds un instant, les frotta l'un contre l'autre, puis redressa la tête, le visage soudainement illuminé.
- Tu pourrais m'aider ! s'exclama-t-elle, ravie. Vu que tu es obligé de rester ici !
- Aucun problème. J'ai pas vraiment mieux à faire, moi non plus.
oOoOo
Stiles se sentit soulagé de constater que Laura était tout à fait charmante pour une Hale, et qu'ils s'entendaient très bien. Elle était plutôt sympathique, pétillante et parlait un peu plus que son petit frère. Il se rendit très vite compte que les questions gênantes ne la dérangeait pas le moins du monde, et que ça l'amusait même clairement d'en poser. Il en eut encore la preuve lorsque, alors qu'il s'attelait à surligner les annonces intéressantes dans l'un des journaux que lui avait confié Laura, et que cette-dernière lui demanda, faussement concentrée sur l'écran de son ordinateur :
- Au fait, comment tu as commencé à sortir avec Derek ?
Stiles sentit tout son corps se tendre sur sa chaise et fit une grimace sans s'en apercevoir. Laura ne pouvait ignorer ce qu'il s'était passé l'année dernière tout de même ? Tout le monde le savait ! D'ailleurs, s'il avait eu le pouvoir de changer ça, il l'aurait fait. Mais comme c'était impossible, il était condamné à tenter d'éviter le sujet, car il aurait préféré que cette période précédant l'officialisation de son couple avec Derek soit restée privée. Dommage, personne dans cette ville ne semblait comprendre ce que « privé » voulait dire.
- On n'est pas obligé d'en parler, c'est vraiment pas intéressant. La rencontre entre Allison et Scott, ça c'est super intéressant ! Tu sais que Scott travaille pour Deaton, en tant qu'apprenti vétérinaire, et bien c'est grâce à ça qu'il a pu avoir une réelle discussion avec Allison pour la première fois. Elle avait cru rouler sur un chien, la pauvre.
- Bien sûr que si votre rencontre doit être aussi intéressante que celle d'Allison et Scott ! le coupa Laura avec un sourire, amusée de le voir éluder la question. Je te pose la question parce que je ne comprends pas comment Derek, qui se plaignait de ne plus voir Malia à cause de toi, s'est retrouvé à en pincer pour le petit ami « encombrant » de sa cousine, lança-t-elle l'air de rien en mâchant son stylo avant de s'apercevoir de la gêne de Stiles. T'en fait pas ! Je suis prête à tout entendre, même les trucs les plus dégoutants, alors ne te fais pas prier. Je suis ta belle-sœur maintenant alors je veux un rapport détaillé ! J'imagine que tu n'as pas eu l'occasion d'en parler à beaucoup de gens ! Enfin, j'aimerais avoir ta version des faits. Tu sais les on-dit ça ne m'intéresse pas trop, je préfère directement demander aux personnes concernées, et vu que Derek n'aime pas parler de ce genre de chose avec sa vieille sœur, tu feras très bien l'affaire ! Aller parle !
L'humain se dandina sur sa chaise, incertain quant à ce qu'il devrait dire. Etait-ce une bonne idée de tout déballer, surtout à la grande sœur de son compagnon ? Après tout, elle n'avait pas l'air méchante, et puis qu'est-ce qu'il risquait ? Ce n'était rien de plus que la vérité. Laura avait raison, Stiles n'en avait jamais vraiment parlé, et il en ressentit brusquement le besoin. Scott et Lydia en avaient entendu les grands lignes –très grandes- seulement parce que Stiles n'avait pas voulu que ses amis prennent une part un peu trop encombrante dans sa vie sentimentale, et il n'avait pas voulu non plus trop les impliquer. Ce qui avait complètement foiré, autant l'admettre !
Là, c'était la soeur de Derek, c'était différent après tout. Laura n'avait pas l'air de vouloir émettre de jugement, elle était simplement curieuse, et Stiles se sentait à l'aise avec elle au point de s'autoriser à aborder ce sujet plutôt sensible. Elle était le genre de personne qui vous mettait en confiance avant même vous vous en soyez rendu compte.
- Au début je crois que je le détestais. Vraiment, avoua Stiles avec un sourire franc lorsqu'il se décida à parler. On ne se parlait pas encore à cette époque-là. Enfin, on se connaissait, ce n'était pas comme si on ne s'était jamais adressé la parole puisqu'il était ami avec Erica, Isaac et Boyd, mais tout ce que je savais de lui c'était qu'il était le capitaine de basket, qu'il était populaire et un loup-garou comme Scott, qu'il n'était vraiment pas quelqu'un de très droit, qu'il sortait beaucoup et avait eu de nombreuses relations amoureuses, du moins c'est ce que laissaient entendre quelques rumeurs. Enfin, voilà, c'était assez vague en fait, bredouilla Stiles, essoufflé, après avoir parlé pratiquement d'une traite ; il se mordit ensuite brièvement la lèvre avant de reprendre : c'est Scott qui a commencé à côtoyer Malia, alors c'est de file en aiguille qu'on a fini par se rapprocher et sortir ensemble. On est resté un an et demi ensemble, et comme je devais supporter la présence de Derek on a fini par devenir à peu près ami. Au début on se supportait plus qu'autre chose, pour Malia.
- « Un peu près ami » ? sourit Laura, intéressée.
- Je ne suis pas vraiment sûr de ce qu'on était, c'était vraiment confus. Il ne se conduisait pas toujours de la même façon avec moi. Quand on était que tous les deux il était super... enfin, super agréable, et dès que Malia ou l'un des membres de la meute étaient dans les parages, il devenait quelqu'un de différent, il était froid et distant. Ça me rendait vraiment fou, parce que quand j'étais avec lui seulement c'était mille fois mieux que les moments que je partageais avec Malia. C'était très perturbant. Je me souviens avoir voulut des explications sur son comportement donc je suis allé le voir à la fin d'un entrainement de basket le jour où c'était à lui de ranger les équipements.
Stiles s'interrompit, se sentant rougir, puis se mit à se triturer les doigts.
- J'imagine que tu n'as pas eu le droit qu'à des explications ce jour-là ? N'est-ce pas ? sourit Laura, amusée de la gêne du jeune homme et de son comportement.
Stiles secoua la tête de haut en bas sans lever les yeux vers Laura qui, voyant que le jeune homme avait besoin de quelques secondes, se remit à taper sur son clavier. Il n'en revenait pas de sa propre audace. Il était en train de tout déballer, et sans la moindre difficulté. Peut-être était-ce dû à l'aura de confiance que dégageait la sœur de Derek ?
- C'était la première fois que je le faisais avec un mec, rougit Stiles les joues brûlantes, je ne savais même pas ce que je ressentais pour lui avant ce jour-là. Ça a tout chamboulé et j'ai flippé … Pendant un mois je l'ai évité, j'ai pas voulu le voir ou lui parler, je répondais à aucun de ses appels ou sms. En y réfléchissant, je me suis conduis comme un vrai connard, j'ai nié tout ce qu'il s'était passé entre nous, je ne voulais même pas y repenser. Je ne savais pas quoi faire alors j'ai continué à voir Malia, comme si de rien était. Je pensais vraiment avoir des sentiments pour elle, mais visiblement je me trompais complètement.
Stiles se tut, se mordilla la lèvre inférieure, honteux de sa réaction à cette époque et du mal qu'il avait fait autour de lui sans le vouloir.
- Je pense me rappeler de cette période. Pas que j'étais au courant de votre histoire, mais Derek a été très bizarre à un moment, il avait l'air dévasté. Cora a même cru que son frère ne l'aimait plus, rigola Laura en roulant des yeux, elle a pleuré toute une après-midi, on a eu vachement de mal à la calmer ! Enfin bref. Ensuite ?
- Il a arrêté … Arrêté de m'appeler ou de me laisser des messages d'excuse du jour au lendemain, reprit Stiles avec une expression douloureuse, comme si les évènements étaient récents.
- C'est toi qui ne voulais plus le revoir pourtant, commenta Laura sans pouvoir s'en empêcher, ayant sentit l'odeur de tristesse que dégageait le jeune homme.
- Je sais, mais d'un autre côté j'aimais bien qu'il s'accroche autant, c'était un moyen d'être certain qu'il n'allait pas voir ailleurs, alors quand il a arrêté j'ai pas pu m'empêcher de penser qu'il avait sûrement trouvé quelqu'un d'autre. En plus vu toutes les rumeurs qui courraient à son sujet au lycée j'avais toutes les raisons de m'inquiéter ! Il était tout le temps en soirée, il suffisait qu'il rencontre une personne et... !
Là, Stiles s'interrompit un bref instant pour reprendre son souffle, sous le regard à la fois amusé et curieux de Laura, qui avait complètement délaissé son ordinateur tant ce que lui racontait le jeune homme l'intéressait. Les yeux dans le vague, perdu dans ses souvenirs, ce-dernier continua :
- Le pire c'est que je ne pouvais même pas lui demander confirmation puisque je l'avais ignoré jusqu'à être tranquille, alors j'en avais aucun droit ! J'ai fini par craquer et je lui ai envoyé mon premier sms depuis des semaines, je lui ai dit qu'il me manquait et que je voulais le revoir mais seulement en tant qu'ami. Il a accepté, puis on a commencé à se revoir petit à petit, jusqu'à ce que le temps que je passe avec lui soit beaucoup plus important que celui que je passais avec Malia. On a commencé à se montrer des signes d'affections un peu … bizarre, entre garçons, enfin pas très appropriés pour une relation amicale quoi ! Comme se tenir la main ou trouver le moindre prétexte pour se toucher en publique ou pas. Il s'est passé un peu de temps avant qu'on mette notre relation au clair. Entre temps Derek est sorti avec une certaine Gabriella, une fille que lui avait présentée Malia, sans doute pour l'éloigner de moi. J'ai littéralement pété un cable quand je l'ai appris, même pour Malia je n'avais jamais été aussi jaloux de toute ma vie ! J'ai fait une crise horrible à Derek et je lui ai reproché des trucs absurdes totalement injustifiés … mais je n'avais tellement pas le droit de lui faire une crise de jalousie que j'ai utilisé tous les prétextes du monde pour justifier ma colère envers lui ! Je ne le supportais pas ! Lui et cette fille ça me … ça me rendait dingue ! Je le voulais pour moi, pour moi seul ! C'était notre première vraie dispute et on a ... j'ai dépassé les bornes. Quelques jours après Derek m'a donné un ultimatum, il ne voulait plus qu'on reste simplement ami, il voulait plus. J'étais persuadé qu'il bluffait et qu'il allait revenir de lui-même alors je lui ai dit que je ne voulais rien. Evidemment je n'ai même pas résisté une journée, je suis vite retourné vers lui.
Stiles rit à ce souvenir, tout en se sentant un peu idiot. Il s'était laissé prendre à son propre jeu ce jour-là et ne le regrettait évidemment pas.
- Et c'est à partir de là que vous avez cessé d'agir comme des amis ? lui demanda Laura avec un grand sourire.
- Oui, du moins en cachette, répondit Stiles en se passant une main sur le visage. J'ai refusé de quitter Malia pendant plusieurs mois, et je ne sais même pas pourquoi. On ne passait quasiment plus de temps ensemble et engager une discussion était devenu presque impossible. J'ai rompu avec elle quand Derek a commencé à ne plus supporter cette situation. La suite je pense que tu dois un peu la connaitre : explosion de la meute pendant un mois ou deux avant qu'on réussisse à recoller les morceaux. Malia et Derek ne s'entendent plus depuis.
Stiles releva la tête de son journal, attendant une réaction de Laura. Aucun membre de la famille Hale n'appréciait cette tension qui existait désormais entre les cousins, et peut-être la jeune femme le tenait-elle pour responsable de cette situation. Il aurait peut-être dû garder ce récit pour lui, à bien y réfléchir. Anxieux, il attendit. Soudain, Laura lui fit un clin d'œil.
- L'adolescence ... soupira-t-elle, taquine, avant de fermer son ordinateur. Tu as le dont de te faire apprécier des Hale on dirait. Depuis que tu sors avec Derek, il fait moins de conneries, ma mère devrait t'être reconnaissante au lieu d'utiliser l'histoire de Malia comme excuse pour te rejeter, j'avoue que je ne la comprends pas trop là-dessus. D'ailleurs Malia et Derek devraient bientôt de nouveau s'entendre.
- Mais ça fait un an qu'ils refusent tout contact entre eux. Il suffit que j'aborde le sujet « Malia » avec Derek et il se ferme complètement comme une moule. Je vois pas pourquoi ça changerait.
- Parce qu'on va faire le nécessaire voyons ! Je suis sûre qu'ils meurent d'envie de se reparler, ils sont juste trop fiers pour l'admettre. Je te rappelle que Malia et Derek étaient inséparables à une certaine époque, même s'ils avaient l'habitude de beaucoup se disputer. Ça pouvait durer des mois des fois avant qu'ils se reparlent, mais ils finissaient toujours par se réconcilier. Ce n'est qu'une question de temps si on leur file un petit coup de pouce.
- Une grosse claque tu veux dire.
Stiles sourit, et Laura rit en acquiesçant. C'est vrai qu'il aimerait bien que Malia et Derek enterrent enfin la hache de guerre.
oOoOo
Derek rentra en début de soirée. Cette journée avait parue terriblement longue à Stiles qui avait peiné à s'occuper. Il avait tenté de tuer le temps en épluchant les annonces dans les journaux, changeant de pièce toutes les deux heures, attrapant de quoi manger dès qu'il en avait l'occasion et échangeant divers sms avec la meute. Quand Derek rentra, Stiles était assis sur leur lit, un stabilo jaune entre les dents, un autre rouge dans la main droite et un journal dans la main gauche.
- Il faut qu'on trouve du travail, déclara-t-il quand Derek entra dans la pièce. J'ai réfléchis, reprit-il en baissant son journal pour voir son compagnon debout devant le lit à l'observer. Dès que j'aurais reprit une « forme normale » il faut impérativement que je trouve un job, et vu que toi t'as pas vraiment les même contraintes que moi, tu peux t'y mettre dès maintenant.
Stiles avait réussi à se mettre une quantité incroyable de fluo jaune et rouge sur le visage. Derek ne put s'empêcher de sourire, et laissa même un rire s'échapper d'entre ses lèvres, face à l'expression curieuse de son compagnon.
- J'ai de l'argent, répondit-il d'un air peu intéressé tout en se débarrassant de son sac de cours.
- Non, ta mère à de l'argent, c'est différent.
Immédiatement, Derek se hérissa.
- Et où est le problème ? gronda-t-il, un peu vexé.
- Je ne veux pas avoir à lui être redevable toute ma vie à cause des sommes qu'on va devoir dépenser pour le bébé. Il faut qu'on établisse un budget. Une liste des éléments importants qu'on devra acheter comme les vêtements, la nourriture ou la poussette. Tu savais qu'un paquet de couches ça coûtait une fortune ? Sur un an ça peut carrément ruiner une famille ce truc ! commença à débiter l'humain, en pleine réflexion. Il faut penser à la crèche aussi, si jamais on a personne pour le garder et je ne veux pas d'une nounou ! J'ai vu plein de vidéos sur le net et il est hors de question qu'on en engage une. Et de toute façon c'est bien trop cher.
- Tiens ! fit Derek en lui lançant un tube.
Stiles fut obligé de lâcher le journal et le stabilo rouge pour attraper de justesse ce que lui jetait le loup.
- Des vitamines ? s'étonna-t-il après avoir lu les inscriptions sur le tube.
- Hum, affirma Derek tout en récupérant le journal pour le mettre sur la table de nuit. C'est Deaton qui me les a donné ce matin.
Il retira ses chaussures d'un seul geste expert et s'installa près de Stiles sur le lit.
- Pourquoi tu vas le voir sans moi ? C'est quoi l'intérêt au juste ? lui demanda ce-dernier alors que Derek enfouissait son visage dans son cou et commençait à embrasser sa peau de ses lèvres froides, ce qui lui arracha un frisson. C'est moi qui suis censé lui rendre visite. Arrête et répond-moi Sourwolf !
Derek, excédé, se redressa, abandonnant un instant la peau légèrement rosée de son partenaire.
- Parce que c'est mieux que tu limites tes déplacements, on t'a dit que tu devais rester tranquille un maximum, t'as besoin de te reposer. Maintenant arrête de me prendre la tête et laisse le bébé de côté une seconde, tu veux ?
- Et ta mère, il faut qu'on en parle.
- Pas maintenant. On parlera de tout ce que tu veux plus tard, promis.
Pour toute réponse, Stiles secoua la tête en soupirant, gardant pour lui quelques répliques qui auraient pu agacer le loup. Celui-ci, soulagé que son compagnon abandonne aussi facilement, s'empressa de reprendre l'une de ses activités préférées. Maintenant que Stiles vivait chez lui, il avait bien l'intention d'en profiter : toucher les parties de son corps les plus sensibles qu'il connaissait sur le bout des doigts, se frotter contre lui de manière impudique et lui faire émettre toutes sortes de cris indécents par n'importe quels moyens. N'y résistant plus, il renversa Stiles pour se mettre au-dessus de lui, respira son odeur en enfouissant une nouvelle fois son visage au creux de son cou et le respira, le renifla profondément en faisant courir son nez sur sa peau, de haut en bas, de la mâchoire à la clavicule en s'attardant sur la gorge. Il aimait vraiment cette nouvelle odeur, qui devenait de plus en plus forte chaque jour, à la fois plus douce, plus chaude et plus suave.
oOoOo
Stiles se dit, blottit contre son copain, qu'il aurait peut-être dû accepter de vivre avec Derek bien avant, finalement. Sa famille était loin d'être horrible, même si Peter n'était pas quelqu'un de très agréable ou que Talia ne l'appréciait pas, il y avait toujours Cora, Laura et Malia avec qui le courant passait bien. Il fallait juste espérer que les autres cousins, oncles et tantes de Derek, soient aussi sympathiques que les trois jeunes filles.
Stiles colla un peu plus son dos contre le torse du loup, emprisonné au creux de ses bras chauds et confortables.
- Tu crois qu'ils nous ont entendus ? lui demanda-t-il tout en se sentant rougir. Si jamais c'est le cas, je crois que je ne pourrais plus jamais sortir de cette pièce !
- Je te l'ai déjà dit, personne n'a pu nous entendre. Tu connais le concept des murs insonorisés ou pas ? se moqua Derek.
- Ouais, bah ils sont pas si insonorisés que ça tes murs ! J'ai pu entendre des bouts de ta discussion avec ta mère hier, je te signale ! fit Stiles en se tournant vers son copain. D'ailleurs, comment ça c'est passé ? Tu m'en as toujours pas parlé.
Stiles pu sentir Derek se raidir contre lui, ignorant comment interpréter cette réaction.
- Elle me déteste vraiment ? lui demanda-t-il alors, inquiet.
- Non ! répondit précipitamment Derek en se redressant et se décollant de lui, le privant ainsi de sa chaleur. Non, c'est plus compliqué que ça. En fait, ça n'a même pas de rapport avec toi. Enfin pas directement.
- Et je dois prendre ça comment ? Dis-moi ce qui la gêne et j'essaierais de changer ! Ta famille est vraiment sympathique, excepté Peter, et je n'ai pas envie de rester un problème ou un poids pour ta mère. Il y a bien un moyen pour qu'elle change sa façon de penser, non ? Ou pour que !
- Je viens de te dire que ce n'était pas toi le problème, le coupa Derek assez sèchement.
- Alors c'est quoi ?! insista l'hyperactif, agacé, en se redressant à son tour. On n'est pas censé recommencer à se cacher des trucs Derek. Je peux pas comprendre tout seul !
Sans répondre, Derek se leva et lui tourna le dos, apparemment bien décidé à ne pas lui fournir d'explication.
- Tu vas où ? Mais réponds-moi au moins ! T'es chiant Sourwolf, franchement !
- On va bientôt manger vas prendre une douche, gronda le loup sans se retourner.
- Je m'en fous de ta douche, c'est pas ça le plus important ! s'emporta Stiles en se levant à son tour.
Derek se retourna finalement et lui adressa un grand sourire qui fit apparaître une petite fossette sur sa joue. Stiles essaya de garder son sérieux et croisa les bras, mais c'était difficile quand le sourire de son compagnon lui donnait envie de sourire à son tour. Il finit par céder en poussant un sourire, souriant légèrement, et s'approcha de son loup pour ébouriffer tendrement ses épais cheveux noirs. Derek ne put retenir un grognement agacé et lui attrapa le poignet pour stopper son geste puis l'attira contre lui, écrasant ses lèvres sur les siennes, lui imposant un baiser un peu brutal mais profondément passionné. Stiles récupéra sa main, qu'il posa sur la nuque de son partenaire, alors qu'il le sentait coller son bassin au sien. Quand Derek se détacha de ses lèvres, Stiles émit un petit grognement, contrarié ; puis le loup colla son front au sien, les yeux toujours clos. Stiles le contempla un moment, se sentant chanceux d'avoir pour lui une personne aussi sexy, ténébreuse et tendre à la fois. Derek était tellement beau.
- Tu ne perds rien pour attendre, soupira-t-il en fermant les yeux à son tour.
- Moi aussi je t'aime Stiles, rit Derek en faisant doucement courir sa main sur son bras.
- Je te lâcherais pas, je veux savoir ce qu'elle t'a dit. J'aurais le dernier mot, j'ai toujours le dernier mot.
- Je sais.
Voilà ! Dans ce chapitre on a un peu plus de renseignements sur le début de la relation entre Derek et Stiles ! J'espère que c'était intéressant pour vous :) ! N'hésitez pas à me laisser votre avis sur ce nouveau chapitre ! A bientôt !
