Bêtas : Sylphideland et Calliope83
Chapitre 10
En se réveillant, Stiles fut surpris de voir Derek, encore endormi, près de lui. Difficilement, il se tourna vers le réveil, posé sur la table de nuit, et fronça les sourcils avant de mordiller la lèvre inférieure. Il était déjà dix heures. A cette heure-ci, Derek était censé être en cours. Au cours de monsieur Harris, plus précisément.
Bien décidé à réveiller son petit ami, il se tourna vers lui. Mais se figea, la main levée, alors qu'il s'apprêtait à secouer Derek, toujours plongé dans les bras de Morphée. Il pencha légèrement la tête sur le côté. Sa main retomba mollement sur les draps. Et il admira sagement le visage calme et serein de son compagnon, ses cheveux en bataille et son expression si innocente et si pure qu'il ressemblait à un enfant. Ça devrait être interdit, une expression pareille. Il ne lui manquait plus qu'une petite auréole au-dessus de la tête, et le tableau serait parfait.
Stiles sourit, hésitant à le prendre en photo. Il pourrait ensuite la montrer à toute la meute. C'était toujours drôle de mettre Derek dans des situations inconfortables. Le mettre dans l'embarras était devenu sa seule distraction, et Derek le lui rendait bien à certains moments.
Soudain, les traits paisibles du loup s'effacèrent, balayés par un petit froncement de sourcils et un minuscule grognement. Il commença à gigoter, signe qu'il se réveillerait bientôt, et Stiles ne put s'empêcher de sourire en observant les yeux encore ensommeillés du loup s'ouvrir petit à petit.
- Salut, murmura-t-il d'un air taquin, la joue appuyée sur sa paume gauche. Tu ne devrais pas être ici. Tu le sais ça ?
Derek se redressa en proférant un magma de paroles inaudibles noyées sous un grognement , et Stiles ne put déterminer s'il avait bien entendu ou même compris ce qu'il avait voulu dire. Apparemment, il n'était pas encore très bien réveillé, du moins pas assez pour répondre avec des mots intelligibles.
Il poussa légèrement Stiles sur le côté pour pouvoir lire l'heure sur le réveil à son tour. Il cligna des yeux, puis soupira d'agacement et se recoucha sur le dos avant de fixer le plafond.
- Hey, tu ne vas quand même pas rester comme ça ! s'insurgea Stiles en le secouant vigoureusement. Tu as cours, je te signale et en plus avec Harris ! On ne rigole pas avec Harris.
Malgré ses avertissements, Derek ne bougea pas d'un pouce. Il avait même déjà refermé les paupières. Stiles arqua un sourcil, puis décida de s'allonger à son tour, sur le côté, pour continuer à l'observer silencieusement.
Tant mieux si Derek n'était pas d'humeur à aller en cours ce matin. Comme ça, il l'aurait pour lui tout seul pendant encore quelques heures. En plus, il n'avait aucune envie de se retrouver encore une fois seul toute la journée. Laura avait tellement de choses à faire dans cette grande maison, que Stiles ne pouvait pas passer son temps à la déranger sous prétexte qu'il avait simplement besoin de compagnie.
Oui, Stiles avait vraiment besoin de parler, de discuter ; il avait tellement de choses à dire qu'il ne savait pas par quoi commencer. Alors autant que Derek reste là. Il arrangea, du bout des doigts, les quelques mèches rebelles de la chevelure de son loup, puis finit par se décider :
- Ta mère m'a dit hier que je pouvais inviter mon père à venir dîner ce soir, révéla-t-il. Tu as intérêt à être là.
- En plus de me prévenir à la dernière minute, tu me donnes des ordres ? Je n'avais pas l'intention de fuir si tu c'est ce que tu veux dire, déclara Derek, contrarié, avant d'ajouter : même si je n'ai aucune envie d'entendre ton père rabaisser ma famille toute la soirée …
- Alors déjà d'une, reprit Stiles en s'appuyant sur ses coudes pour se redresser, tu vas éviter de me prendre pour un imbécile ! Je sais très bien que si je ne te préviens pas maintenant de ne pas me faire un coup foireux, ce soir tu vas prétexter un empêchement pour ne pas avoir à rencontrer mon père. Un empêchement du genre, ton pote Aaron – que je n'apprécie pas des masses, soi dit en passant – qui te supplie d'aller faire une partie de basket ou encore ton autre pote Tyler qui a besoin de toi pour un truc, je cite, « super important » que tu ne voudras jamais m'expliquer !
Derek rit doucement et se tourna finalement pour enfin regarder son compagnon d'un air amusé.
- Et de deux, poursuivit Stiles en se triturant les doigts, puisqu'il faut bien un deux, mon père m'a juré qu'il saurait se tenir. En plus, il ne m'aurait certainement jamais laissé vivre ici s'il n'avait pas changé d'avis sur ton compte et celui de ta famille. Il veut réellement faire des efforts, alors ne gâche pas tout. Je te connais. Promets-le-moi !
- D'accord, je te le promets, bâilla le loup avant de lui demander : satisfait ?
- Satisfait.
Un grand sourire étira les lèvres de Derek. Il semblait de bonne humeur ce matin, ce qui était extrêmement rare, notez-le.
Stiles l'observa se rapprocher de lui jusqu'à frotter le bout de son nez contre le sien puis déposer un doux baiser sur ses lèvres.
Ok, Derek n'était pas que de bonne humeur, il était d'humeur câline, donc de très bonne humeur. Stiles n'en avait pas vraiment l'habitude, du moins pas le matin. A cette heure-ci, Derek était bien souvent en cours ou déjà réveillé et hors du lit. Quand ce n'était pas le cas, quand il décidait de faire une grasse matinée, il n'aimait pas vraiment qu'on le touche ou recevoir le moindre signe d'affection. Voilà pourquoi Stiles se montra un peu réticent à répondre aux premières caresses que lui prodigua le loup, avant de céder et de finir par enrouler ses bras autour de son cou pour approfondir leur échange, réclamant un peu plus que de chastes baisers.
Cette bouche chaude contre la sienne, cette langue jouant avec la sienne, leurs hanches se frottant l'une contre l'autre, c'était le paradis. Il aurait tellement aimé que chacun de leurs matins ressemble un peu plus à celui-ci. Malheureusement, cela dépendait fortement de Derek qui n'était visiblement pas toujours du même avis, dommage.
Ce dernier finit par s'éloigner, interrompant le baiser profond qu'ils échangeaient et ignorant sciemment le petit grondement de frustration de son copain.
- J'ai réfléchi, déclara-t-il sérieusement. A ce que tu m'as demandé la dernière fois.
- De quoi tu parles ? demanda aussitôt Stiles en plissant les yeux, méfiant.
- Le prénom, pour le bébé. Hier en cours de math, on a cherché avec Erica.
- Je vois que vous suivez tout particulièrement cette matière, ironisa Stiles en souriant, moqueur. Tu te souviens des critères au moins ?
Derek roula des yeux, mais répondit tout de même :
- Pas de prénom bizarre qui puisse ruiner une vie toute entière, ni les prénoms des parents ou des grands-parents. Content ? s'impatienta-t-il avant de continuer, après le hochement de tête de Stiles : Erica aime beaucoup Jayden, mais on s'est plus tourné vers Nolan ou Logan.
Sous le regard amusé de son compagnon, il grimaça et continua :
- Je n'aurais jamais cru que ce soit aussi dur de trouver un prénom ! D'ailleurs comment tes parents ont trouvé le tien ?
- Mon père m'a dit une fois que c'était le prénom de l'un de mes grands-pères, mais là n'est pas la question ! éluda Stiles en haussant les épaules, peu intéressé par le tournant que prenait la conversation.
- Alors, ton avis ? insista Derek en cherchant à établir un contact visuel avec Stiles alors que celui-ci semblait réfléchir, perdu dans ses pensées.
- Je ne veux pas de Jayden, conclut-il après quelques minutes de réflexion. J'ai un grand cousin qui s'appelle Nolan, donc il est hors de question que mon enfant ait le même prénom que cette ordure ! J'ai dû me le coltiner, lui et ses farces douteuses et lourdes, tout un été chez ma grand-mère quand j'étais petit. Avoir un deuxième Nolan dans ma vie, non merci !
Puis il se tut, réfléchit encore un instant, et reprit :
- Bon, et Logan, je ne suis pas super fan, mais en attendant de trouver mieux ça peut m'aller. Et si c'est une fille ?
A voir l'expression de Derek suite à cette déclaration, Stiles devina qu'il n'avait pas réfléchi une seule seconde à cette éventualité. C'étaitbien le genre d'attitude qui le caractérisait parfaitement : il cherchait toujours à ne faire que ce qui l'arrangeait.
Derek fit une petite moue boudeuse sous le regard réprobateur de son petit ami, puis se contenta de secouer la tête de gauche à droite.
- Ne me dis pas qu'Erica et toi avez passé deux heures à chercher juste des prénoms de garçons, soupira Stiles, désespéré par leur comportement, quoiqu'après tout pas tant surpris que ça. C'est pas toi qui choisis le sexe du bébé, tu es au courant ?
- Je ne veux pas de fille, ronchonna le loup. J'ai déjà Cora et Laura, c'est suffisant.
- Oh ! Mais ce n'est pas parce que tu ne veux pas de fille qu'on n'en aura pas une, se moqua Stiles en riant doucement. Rien n'est encore décidé !
Derek se redressa, passa son bras par-dessus Stiles pour atteindre le tiroir de la table de nuit , l'ouvrit et s'empara de l'enveloppe vierge toujours scellée, avant de la brandir devant le visage de son copain.
- Bien sûr que si ! gronda-t-il, agacé. La réponse est là-dedans ! Je ne vois pas pourquoi tu ne veux toujours pas qu'on l'ouvre. J'en ai marre de patienter !
D'un mouvement rapide et brusque, Stiles lui arracha l'enveloppe des mains et la rangea dans le tiroir. Son sourire s'effaça et les traits de son visage devinrent plus sérieux.
- Tu sais très bien pourquoi je ne veux pas qu'on l'ouvre. Je te l'ai déjà expliqué, Derek.
- Ouais, râla ce dernier. Tes histoires de conditionnement bla bla bla !
- La couleur des murs de sa chambre, ses habits, ses jouets… Je ne veux pas que notre enfant se sente obligé d'aimer le rose parce que c'est une fille, ou le bleu parce que c'est un garçon, expliqua Stiles, d'un air buté. Si on ne se renseigne pas sur le sexe, ce sera plus facile d'éviter les stéréotypes à la con, qu'on voit partout, surtout dans les magazines.
- Je m'en fiche de ça. Il ou elle deviendra ce qu'il ou elle doit devenir, que sa chambre soit rose, bleue ou verte ! Tu m'énerves avec tes principes à deux balles !
- Ok, concéda Stiles, plutôt rapidement. Faisons un compromis. Si l'équipe de basket gagne le prochain match, qui est vendredi, alors je te promets qu'on ouvrira cette enveloppe.
Une petite étincelle pétilla dans le regard du loup dont le sourire venait de réapparaître comme par magie. On aurait dit un gamin de neuf ans à qui on promettait le dernier jouet à la mode.
- Tu penses vraiment qu'on va perdre ? demanda Derek, s'assombrissant tout à coup, trouvant soudainement la proposition Stiles étrange et vexante. Je vais le gagner ton match et on va ouvrir cette enveloppe ! Et puisque tu es si malin, j'imagine que tu y as pensé, toi, à un prénom féminin, n'est-ce pas ?
- Bien sûr ! Figure-toi que je ne suis pas resté là à rien faire de mon côté ! J'en ai passé pas mal en revue, avoua Stiles les yeux brillants d'excitation. J'ai même découvert des prénoms aussi imprononçables que le mien ! Puis c'est fou comme on peut obtenir tellement de variantes pour un seul et même prénom. Tiens ! s'exclama-t-il vivement. Je ne sais même plus combien de déclinaisonsil existe pour le prénom de Mary, rien que sur Internet ! Au moins une centaine de versions ! Enfin bref, reprit l'humain en secouant la tête pour se remettre les idées en place. J'ai eu une longue discussion avec Lydia au téléphone, il y a plusieurs jours, et elle m'a fait comprendre à quel point un prénom pouvait être important. Non pas que je ne le savais pas déjà, vu mon prénom, mais je ne pensais pas vraiment que ça pouvait bouleverser toute une vie ! Tu savais que d'après une étude très sérieuse environ 60% des… Ok, je me perds, je sais, désolé, ronchonna-t-il en voyant le regard électrique que lui jetait Derek, visiblement prêt à se rendormir s'il n'allait pas un peu plus vite. Tout ça pour dire que je voulais un prénom qui ait une bonne réputation. Alors… J'ai trouvé Lauren, Abigail, et Paige. Mais j'en ai aussi plein d'autres ! Seulement, ça prendrait énormément de… Où est-ce que tu vas ?! s'interrompit Stiles en voyant Derek sortir du lit.
- Je vais en cours, bâilla le loup.
- J'ai pas fini ! Dis-moi au moins si l'un des prénoms te plaît !
Derek se tourna pour lui faire face après avoir retiré son t-shirt, puis s'avança vers un Stiles mécontent. Il se baissa, déposa un léger baiser sur ses lèvres puis lui tapota la joue de sa main droite, avant de lui offrir un petit sourire.
- Abigail, finit-il par répondre. J'aime bien Abigail. Mais je t'en supplie Stiles, va prendre ton traitement pour ton hyperactivité. Je ne pourrai pas supporter plus longtemps tes tirades interminables.
Stiles bougonna, et Derek lui sourit.
oOoOo
La maison des Hale redevint bien calme après le départ d'Erica, de Malia et de Peter.
Talia avait décrété qu'après plus d'une semaine sans la moindre nouvelle des chasseurs, ça ne servait plus à rien de cohabiter tous ensemble ou de rester constamment groupés. Elle avait tout de même insisté pour que la meute reste vigilante. Cela faisait donc exactement une semaine et un jour que ces trois-là étaient rentrés chez eux.
Scott pensait que les chasseurs n'en avaient certainement qu'après la meute de Deucalion et Stiles, à qui il s'était confié, trouvait cette hypothèse rassurante. Ça lui permettait de ne plus craindre qu'il arrive à tout moment un malheur à un des membres de la meute.
Il se sentait un peu impuissant. Il n'aimait pas cette impression, mais sa condition l'obligeait à demeurer simple spectateur. Il n'était plus le petit humain en quête de sensations fortes, qui mettait sa vie en jeu à la moindre occasion. Il devait penser pour deux maintenant. Il avait une vie à protéger. Alors si l'un des membres de la meute venait à avoir le moindre problème, Stiles n'était pas certain de pouvoir se rendre utile. Et cette idée mettait ses nerfs à fleur de peau et à rude épreuve.
Les vibrations de son téléphone le sortirent de ses pensées, et Stiles délaissa la télévision pour son vieil Iphone. Un message d'Allison. Il l'ouvrit tout en se grattant la nuque. Il avait quelques démangeaisons ces temps-ci, il faudrait qu'il pense à en parler à Deaton lors de sa prochaine visite.
A : Retiens bien que je fais ça seulement parce que je me sens coupable de t'avoir privé de plusieurs sorties avec Scott ! C'est la seule, et unique fois, où je dirai oui à ce genre de chose!
Stiles avait eu de la chance qu'Allison accepte de lui rendre service sans trop lui poser de questions.
Il lui demandait quand même de prendre un peu de son temps pour faire une chose dont elle n'aurait même pas dû s'occuper en temps normal, et surveiller Derek était un travail à plein temps. Allison était, depuis leur réconciliation, devenue une sorte d'agent secret travaillant pour le compte de Stilinski ; elle lui rapportait les dernières rumeurs sur Derek et l'informait sur les personnes avec qui il passait son temps au lycée ainsi que sur celles qui profitaient de son absence pour s'approcher de son beau brun.
Ok, c'était une atteinte à la vie privée, mais Stiles en avait besoin et avait de très bonnes raisons de se livrer à cet espionnage– enfin, d'après lui – et il avait promis à Allison que ce petit manège ne durerait pas longtemps. Juste le temps que sa confiance envers le loup se reconstruise complètement.
Et puis il avait besoin d'être rassuré, ne serait-ce qu'un peu. Le poids qu'il avait pris le mettait mal à l'aise, son corps changeait et il craignait de ne plus être attirant pour son petit ami. Il avait l'impression d'être devenu une grosse baleine, et ça même si ses amis essayaient de le rassurer à ce sujet.
Il aurait pu bien sûr demander ce service à Erica puisque, à part lui, c'était elle qui passait le plus de temps avec Derek, mais il avait justement jugé qu'elle était trop proche de lui. La jolie blonde risquait de vendre la mèche et il était hors de question que Derek soit mis au courant de ses manigances.
Quant à Scott et Lydia, Stiles savait que ces deux-là – enfin surtout Lydia – avaient mieux à faire que d'observer les faits et gestes de Derek.
Allison, elle, était parfaite. Discrète, serviable et surtout loyale. Il n'avait pas fallu longtemps à Stiles pour se décider, puis pour la convaincre.
S : Ok. Je te promets que je t'achèterai beaucoup de gaufrettes après ça !
A : Oh, oui, tout plein de gaufrettes ! 3 Miam !
oOoOo
Ce fut long, mais le soir finit par tomber. La maison était envahie par une merveilleuse odeur de canard laqué et de riz japonais. Peter avait pour une fois adopté la casquette de cuisinier en chef ; lui et sa fille s'étaient invités à la soirée – il fallait s'y attendre. Mais c'était plutôt une bonne nouvelle pour Stiles, qui avait envie que tout soit parfait pour la venue de son père. Les pâtes trop cuites et les steaks plus durs que des semelles de Laura commençaient sérieusement à lui courir sur le haricot. Et pour une fois que Peter faisait quelque chose – et le faisait bien – autant ne pas l'en empêcher et le laisser y prendre du plaisir.
Le Shérif allait venir, il allait s'inviter chez les Hale. Stiles se sentait renaître à cette nouvelle. Lui qui commençait à mieux s'entendre avec Talia, ne rêvait que d'une chose : que sa famille et celle de son petit ami sympathisent pour n'en former plus qu'une. Peut-être qu'il s'enthousiasmait un peu trop et trop rapidement, mais il ne pouvait s'en empêcher. Il se sentait agité, impatient et un peu anxieux. C'était stupide, il avait vécu plus de dix-sept ans avec son père, et voilà qu'après quelques mois de séparation, il avait l'impression de postuler pour un job.
- Derek, aide-moi à mettre la table au lieu de t'amuser avec Cora, soupira Stiles, agacé.
La petite fille, en voyant son frère la délaisser pour obéir à Stiles, gronda et bouda, avant de se décider à participer elle aussi au dressage de la table . Elle lâcha ses crayons et trottina jusqu'à la cuisine avant d'en revenir avec une énorme pile d'assiettes.
- On va vraiment voir ton papa ? demanda-t-elle à Stiles, curieuse.
Stiles se contenta d'acquiescer d'un signe de tête tout en disposant les assiettes sur la table.
- Il te ressemble ? Il a des grains de beauté partout lui aussi ? continua la jeune fille qui semblait détailler Stiles plus qu'à son habitude.
- Non, pas du tout. J'ai tout pris du côté de ma mère, un peu comme toi.
- Oh et ta maman elle ne vient pas ? Elle ne voulait pas venir ?
- Cora ! l'interpella Derek en sortant à son tour de la cuisine, des couverts dans les mains, suivi par Laura. Arrête de harceler Stiles avec tes questions.
- C'est malpoli, poursuivit son aînée, excuse-toi.
Cora soupira, fronça les sourcils, prête à se rebeller, mais une légère vague olfactive de nostalgie et de tristesse émanant de Stiles l'arrêta plus efficacement qu'une remontrance de sa sœur. Consciente de son erreur, elle finit par obéir, se dandina d'un pied sur l'autre, puis baragouina :
- Pardon. Pardon, Stiles.
Stiles sourit et lui ébouriffa amicalement les cheveux avant de lui proposer de s'occuper d'aller chercher les dessous de table, comme si de rien était. Immédiatement, la petite s'en retourna joyeusement dans la cuisine.
- Excuse-la, elle n'est pas au courant pour... pour ta mère, s'excusa Laura lorsque sa sœur eut disparu.
- C'est pas grave, c'est pas comme si j'avais peur d'en parler, sourit Stiles. Cora est juste curieuse, maladivement curieuse, mais c'est ce qui fait son charme !
- Je vois absolument pas de quel charme tu parles, ronchonna Derek. Elle est juste chiante.
- Dit celui qui la couve le plus, s'amusa sa sœur aînée avant de recevoir une tape sur le bras de la part de son frère.
Voir ces deux-là se chamailler était un spectacle dont Stiles ne se lasserait jamais. Vraiment. Jamais.
oOoOo
Une heure, puis deux, et maintenant presque trois.
Les minutes passaient, les heures défilaient et le Shérif ne se montrait toujours pas. S'il était en retard, il avait intérêt à avoir une raison valable, une très bonne raison du genre avoir été pris en otage par un braqueur d'épicerie, avoir volé au secours d'un couple attaqué par une horde de brigands ou avoir été forcé de mener un interrogatoire crucial pour boucler une enquête de meurtre, parce que sinon c'était Stiles qui allait commettre un homicide d'ici peu de temps.
Le repas avait refroidi, le ventre de Cora, assise sur le canapé à côté de lui, grondait d'impatience, et Stiles commençait à croire que son père ne viendrait pas.
Non, il viendrait. Il lui avait certifié qu'il passerait comme prévu. Ce matin-même, Stiles l'avait eu au téléphone.
Cette situation était très embarrassante pour lui, il n'aimait pas contraindre la famille de Derek à attendre quelqu'un qui se foutait complètement d'être ponctuel. Son père allait l'entendre ! Les Hale avaient tous mis du cœur à l'ouvrage juste pour organiser cette rencontre et voilà comment ils étaient remerciés !
Son père n'aurait-il pas pu faire un effort ? Sortir plus tôt du travail, prendre sa journée ou même appeler pour prévenir de son retard ? Etait-ce si compliqué à faire ?
Le gargouillement du ventre de Laura, assise près de Malia et son frère devant la télévision, fut celui de trop pour Stiles. Il se leva brusquement et se dirigea vers le téléphone, bien décidé à appeler son père. Peut-être avait-il simplement oublié. ?
Le Shérif ne répondit à aucun de ses appels et lorsqu'il se décida à abandonner, le téléphone vibra entre ses mains. Sans prendre le temps de réfléchir, Stiles décrocha et colla le téléphone à son oreille.
- C'est moi, dit-il avant de froncer les sourcils en écoutant attentivement ce que lui disait son père. Hum. Bien sûr, répondit-il, l'air mauvais. Je n'ai pas le choix de toute façon. Tu sais quoi ? lança-t-il brusquement, interrompant ainsi son interlocuteur. Passe une bonne nuit, on reparlera demain quand tu auras trouvé une excuse un peu plus plausible. Au revoir.
Il raccrocha et sans un mot pour les autres, monta à l'étage. De toute façon, tous les loups-garous de cette maison avaient clairement entendu l'échange qu'il venait d'avoir avec son père. Son père ? Est-ce qu'il méritait encore de l'être ? Stiles se sentait fou de rage.
Il sentit une main l'attraper dans le couloir, l'arrêtant dans sa lancée. Stiles soupira mais se retourna tout de même vers Derek.
- C'est pas grave, assura le loup. Il viendra une prochaine fois.
- Il n'y aura pas de prochaine fois Derek, rétorqua Stiles dont la déception se lisait clairement sur les traits de son visage. Il aurait pu appeler plus tôt, histoire de ne pas vous faire attendre pour rien. Je suis désolé, j'aurais dû deviner qu'il nous ferait un coup pareil.
- C'est pas grave Stiles, répéta Derek en relevant le menton de son compagnon vers lui. Tu n'as pas à t'excuser.
- Il aurait dû être honnête et me dire dès le début que je lui en demandais trop. Non, au lieu de ça, il invente une excuse bidon pour se justifier ! On dirait que je ne lui manque pas assez pour mettre ses a priori stupides de côté, sourit tristement Stiles. Je le déteste.
- Ne dis pas ça. Peut-être qu'il avait vraiment un empêchement, et puis il viendra par lui-même quand il sera prêt, tenta le loup pour le rassurer. En attendant, viens manger et ne te prends pas la tête avec un truc pareil. Tu vas quand même pas refuser un plat qui n'est non seulement pas cramé, mais en plus de ça qui a été préparé par Peter et je te jure que si mon oncle a un talent, c'est bien celui de cuisiner comme un chef.
La réplique de Derek arracha un minuscule sourire à Stiles qui céda rapidement et descendit rejoindre le reste de la famille Hale qui n'avait pas perdu de temps pour se jeter sur le délicieux canard de Peter.
oOoOo
La fin de la semaine arriva plus vite qu'on ne put s'y attendre. La meute était impatiente que ce vendredi se termine, tout simplement parce qu'après leur dernière heure de cours, c'étaient enfin les vacances. Deux longues semaines de vacances bien méritées. Alors oui, ils allaient avoir une tonne de travail, mais au moins ils seraient libres de vagabonder toute la journée et de s'autoriser quelques petites folies comme des sorties à la plage ou au bowling. Sans oublier que depuis les chasseurs, plus aucune menace n'avait été détectée. Alors, que demander de plus ? Ces vacances seraient l'occasion pour Stiles de ne plus passer son temps seul ; en plus Derek et lui avaient décidé de profiter de ces deux semaines pour commencer à aménager la chambre du bébé. La meute serait certainement heureuse de leur filer un coup de main.
Ce soir, juste après les cours, il y avait un match de basket-ball et tout le monde y serait. Tout le monde sauf Stiles. Ce qui l'agaçait fortement. Encore quelque chose dont il allait être privé à cause de sa condition.
Bon, ok, Talia et Peter ne seraient pas au match non plus puisqu'ils étaient allés rendre visite à des membres de leur famille pour quelques jours, et puis Laura et Cora restaient aussi à la maison pour lui tenir compagnie, il n'était donc pas vraiment le seul à manquer ce match.
Ce qui le dérangeait vraiment était de savoir qu'une partie de la meute allait s'amuser sans lui, le mettant de côté, dans un petit coin. C'était frustrant. Il aurait tellement voulu assister à ce match, encourager son copain, rire avec les autres, mais il devait se résoudre à écouter la voix de la raison, une voix qu'il aurait aimé quelquefois réduire au silence : « On ne bouge pas de cette maison, personne ne doit te voir. Surtout pas alors que tu sembles avoir avalé un ballon. Tu ne voudrais tout de même pas finir à la une des magazines ! »
Stiles fit une grimace en regardant son ventre. Affectueusement, il caressa le contour de son nombril. Ce n'était qu'un match après tout, il aurait l'occasion d'en voir beaucoup d'autrestout aussi bien. C'était un minuscule sacrifice qui en valait largement la peine.
- Tu as de la chance que je t'aime bien, murmura-t-il à destination du minuscule être qui se cachait sous son nombril.
oOoOo
Comme prévu, alors que la meute se trouvait dans les tribunes du terrain de basket extérieur du lycée pour assister au match, Stiles, Laura et Cora se retrouvèrent dans le salon à regarder un film policier.
C'était un film mou, sans trop de rebondissements et avec des personnages dont les agissements étaient prévisibles à des kilomètres. Bref, un film tout ce qu'il y avait de plus ennuyeux. Mais ce soir-là, il n'y avait pas grand-chose à la télé et ils avaient inlassablement zappé un grand nombre de chaînes avant de trouver ce pis-aller. Stiles n'était pas prêt à refaire toutes les chaînes du câble une à une au risque d'abîmer son pouce droit.
- Je suis sûr que c'est le docteur Adam le coupable, commenta Laura après avoir littéralement plongé sa main dans le bol de pop-corn qu'elle tenait entre ses genoux. Vu sa tête, il n'y a pas de doute. En plus, il est un peu trop parfait et gentil pour que ce ne soit pas lui le meurtrier.
- On aurait dû regarder le monde de Némo, soupira Cora, boudeuse.
- On l'a vu il y a deux jours Cora, on ne va pas se le taper toutes les semaines, répliqua Stiles hésitant finalement à changer de chaîne. On devrait plutôt mettre un bon vieux Star Wars, ça c'est du film !
- Tu sermonnes Cora, mais je te rappelle qu'on a vu le deux hier, sourit Laura.
- Et bien, on n'a qu'à regarder le trois aujourd'hui, proposa Stiles taquin.
- Hors de question !
Sur ce, Laura lui vola vivement la télécommande mais se figea en voyant le poignet rougi de Stiles. Elle passa la télécommande à Cora, qui se hâta de changer de chaîne pour mettre des dessins animés puis s'empara du bras du jeune homme et écarta la manche de son vêtement, geste qui révéla aux yeux de tous une grande plaque rougeâtre.
- Qu'est-ce que c'est ? grimaça-t-elle, soucieuse.
- C'est rien, juste des démangeaisons. J'ai dû un peu trop me gratter, répondit Stiles en haussant les épaules. Je dois être allergique à quelque chose, il faut que je fasse plus attention.
Laura fit une petite moue mais lâcha finalement son bras. Bien, s'il lui disait que ce n'était pas important, alors soit ; cependant elle ajouta tout de même :
- Tu devrais en parler tout de même à Deaton, d'accord ? Juste pour être sûr que ce n'est pas grave.
Stiles se contenta de lui sourire et ils se concentrèrent de nouveau tous les deux sur la télévision.
Oh non, pas encore le poisson clown...
oOoOo
Le téléphone n'avait pas arrêté de sonner depuis une quarantaine de minutes. Si Stiles comptait bien – quoiqu'il commençât à avoir une terrible envie de s'endormir sur le canapé – Laura avait répondu au moins sept fois au téléphone depuis la fin de Némo. Au début, l'hyperactif ne s'était pas inquiété, trouvant normal que les Hale reçoivent de temps en temps quelques appels, mais il ne s'attendait pas à ce qu'ils en reçoivent autant en aussi peu de temps. C'était presque du harcèlement.
Laura revint s'asseoir une nouvelle fois sur le canapé, après s'être isolée dans une autre pièce à cause du dernier coup de téléphone. Stiles l'observa longuement. Il hésitait entre l'interpeller pour lui poser quelques questions ou rester encore un peu en retrait.
Stiles avait le pressentiment qu'un problème tracassait peut-être la louve. Elle était crispée, et son visage était devenu quasiment inexpressif. Stiles avait l'impression que son teint était plus pâle que d'habitude. Elle ne commentait plus chaque détail des programmes passant à la télévision, elle restait silencieuse et se mordillait le bout du pouce. Toute son attitude n'avait rien à voir avec la Laura bavarde et débordante de vie que l'hyperactif avait appris à connaître ces derniers mois.
L'heure qu'affichait la box numérique placée sous la télévision indiquait que le match de basket devait être terminé depuis un bon moment maintenant. D'ailleurs la meute aurait même dû déjà arriver chez les Hale, comme prévu. Seulement, elle n'était pas là. Le groupe avait certainement décidé de passer dans un fast-food avant de venir. Ce n'était pas la première fois que cela arrivait. Jackson obligeait souvent tout le monde à prendre un bon burger frites après une intense séance de sport. Rien d'anormal ni d'inquiétant .
Le téléphone sonna à nouveau et Laura se rua dessus. Comme pour les appels précédents, elle quitta la pièce sous le regard interrogateur de Stiles alors que Cora, bien trop captivée par son dessin animé, ne remarqua même pas l'absence de sa sœur.
Stiles gigota sur le canapé, nerveusement, essaya de se contraindre à rester à sa place, seulement sa curiosité fut la plus forte. Il ne pouvait se résigner à rester dans l'ignorance.
Il décida de se lever et de sortir du salon pour trouver la jeune louve, et peut-être entendre quelques bribes de son échange téléphonique. Laura ne semblait pas s'être réfugiée dans une pièce très éloignée, Stiles entendait le son de sa voix. Elle avait choisi d'aller dans l'une des salles de bain. S'approchant un peu, espérant ne pas être pris sur le fait, Stiles écouta. Laura semblait en colère, ou affolée, Stiles n'aurait su le déterminer avec certitude.
- Ma mère et mon oncle sont en chemin, informa-t-elle son interlocuteur avant de reprendre la parole après quelques secondes de silence. Et je fais quoi moi en attendant ?! s'impatienta la jeune femme. Quoi ?! Mais je suis toute seule pour...
La louve s'interrompit et la seconde suivante, Stiles put la voir faire irruption dans le couloir. L'hyperactif sursauta puis se retrouva légèrement embarrassé par le regard réprobateur que Laura lui lança avant de mettre fin à sa conversation téléphonique.
- Rappelle-moi quand il y aura du nouveau, conclut-elle avant d'appuyer sur la touche « raccrocher » du téléphone.
Elle poussa un long soupir que Stiles eut du mal à interpréter. Il la regarda rester silencieuse et passer plusieurs fois sa main sur son visage. Tout d'un coup elle se ressaisit, se redressa, affichant une expression neutre sur son visage. Stiles n'aimait pas vraiment la Laura qu'il avait devant lui. Il avait l'impression d'avoir affaire à une autre personne, plus froide, un vrai mur.
- Tu devrais retourner dans le salon, avec Cora, conseilla-t-elle en se massant la tempe.
Ce conseil ressemblait beaucoup plus à un ordre qu'à une suggestion. Stiles ne suivit pas pour autant son injonction.
- Il y a un problème ? demanda-t-il, tentant d'en savoir plus. Scott et les autres devraient déjà être là et toi tu n'arrêtes pas de répondre au téléphone.
Laura se pinça les lèvres, visiblement nerveuse, puis expira et inspira profondément, tout en fermant les yeux. L'instant d'après, quand elle rouvrit ses magnifiques yeux azur, la Laura que Stiles connaissait réapparut, du moins c'est ce qu'il crut dans un premier temps.
Elle lui sourit, haussa les épaules en esquissant une petite grimace puis se rapprocha de quelques pas de l'hyperactif.
- Tu te fais du souci pour rien, Stiles, relativisa-t-elle. C'est juste mon ex, il me prend la tête parce qu'il prétend avoir oublié chez moi certaines de ses affaires et parce que soi-disant je les détiendrais encore. Enfin, tu vois... ! leva-t-elle les yeux au ciel. Et puis la meute va certainement arriver dans moins d'une heure. Ils sont peut-être allés se remplir le ventre avant de venir ici, même si on a largement de quoi nourrir un régiment dans le frigo ! Bref ! Ne t'inquiète pas.
Essayant d'analyser chaque expression défilant sur le visage de Laura, Stiles la fixa un instant. Il avait l'impression qu'elle lui mentait, mais n'en n'était pas certain. Il n'aurait pas su expliquer pourquoi, mais quelque chose dans le discours ou dans l'intonation de la voix de Laura semblait clocher.
Laura lui ébouriffa les cheveux amicalement et Stiles se décida à lui faire confiance. Après tout, pourquoi Laura lui mentirait-elle ? Il n'en voyait pas l'intérêt. Laura était quelqu'un d'honnête. Stiles devait se faire de fausses idées.
oOoOo
Une heure de plus s'écoula et Laura semblait avoir repris une attitude normale. Du moins presque, si l'on excluait le fait qu'au moindre bruit non identifié – que Stiles ne pouvait d'ailleurs même pas entendre – la louve se levait pour faire le tour de la maison. Après chacune de ses petites rondes, elle revenait s'asseoir sur le canapé comme si de rien n'était.
La louve était aux aguets, mais pourquoi ? Stiles n'en avait aucune idée et le comportement de Laura l'obligeait lui aussi à accroître sa vigilance.
Stiles essaya de se concentrer sur autre chose. Il était impatient que la meute rentre, et ne pouvait s'empêcher de jeter un coup d'œil à l'heure toutes les deux minutes.
Dès que la meute arriverait, Derek viendrait certainement le voir. Il l'informerait de l'issue du match, mais l'air que leurs amis arboreraient suffirait pour que Stiles la devine tout seul. Il lui demanderait ensuite – avec impatience – d'ouvrir enfin cette enveloppe qui contenait la réponse à une question importante que tous les deux se posaient depuis un long moment. Fille ou garçon ?
Stiles avait beau soutenir vouloir attendre jusqu'à la naissance, en vérité, il était aussi impatient que son copain de connaître le sexe de leur futur enfant. C'était d'ailleurs pour cette raison qu'il avait si facilement accepté de passer un compromis avec lui. Stiles ne tenait plus en place.
Bleu ou rose, tant pis si les clichés prenaient le dessus.
La porte d'entrée claqua, ramenant Cora et Stiles à la réalité. Ils se rendirent compte tous les deux que Laura s'était déjà précipitée du salon pour accueillir les nouveaux arrivés.
Stiles s'attendait à entendre Lydia, hurler de joie et apparaître avec sa banderole trois fois trop grande pour elle. Il s'attendait à entendre Isaac se plaindre, Erica se chamailler gentiment avec Boyd. Mais il n'entendit aucun de ces bruits familiers.
- Maman ! s'écria Cora, bondissant du canapé pour accourir dans le hall d'entrée.
« Maman » ?
Talia et Peter Hale ne devaient-ils pas rendre visite à de la famille et revenir seulement dans quelques jours ?
L'humain regarda encore une fois l'heure. Il commençait à être tard pour un simple fast-food.
La meute avait-elle décidé de finalement rester dehors ? Scott ou Derek l'auraient certainement prévenu si cela avait été le cas. A moins qu'ils soient bien trop occupés à s'amuser, loin de se soucier du petit Stiles qui commençait à s'inquiéter devant son téléviseur. « Bande d'égoïstes, » pensa-t-il.
- J'ai des amis en or, déclara-t-il à haute voix, vraiment.
Le fils du Shérif se leva pour rejoindre Laura dans le hall d'entrée alors que Cora revenait, un air contrarié collé au visage et tapant des pieds.
Quand l'hyperactif ouvrit la porte menant au hall, il eut l'impression d'interrompre une discussion importante. Peter, Talia et Laura l'observaient tous les trois en silence.
Un sentiment d'embarras envahit l'hyperactif. Avait-il fait quelque chose de mal ? Les regards que lui adressaient les trois loups, lourds et graves, ne lui permettaient pas de penser autrement.
Stiles vit Talia adresser un petit mouvement de tête à Laura et celle-ci acquiesça. La nièce de Peter s'avança vers le fils du Shérif, lui fit un grand sourire, trop parfait pour être sincère puis entoura l'épaule de ce dernier de son bras droit avant de l'entraîner dans le couloir tout en refermant la porte derrière elle.
Il n'y avait plus aucun doute, il se passait quelque chose. Quelque chose dont on ne voulait pas lui parler.
S'apercevant un peu trop tard du manège de Laura, Stiles s'arrêta en plein chemin, retirant assez brusquement le bras de la jeune femme de ses épaules. Le fils du Shérif détestait être pris pour un imbécile.
L'espace de quelques secondes, Laura parut décontenancée par le regard glacial que lui adressa l'adolescent. Elle se reprit rapidement, et commença à parler du beau temps et de la pluie afin de noyer un peu plus le poisson.
- Je ne suis pas idiot, la coupa Stiles. Je sais qu'il se passe quelque chose.
- Bien sûr que tu n'es pas idiot, mais tu te fais des idées. Je ne vois pas de quoi tu veux parler.
- Laura, soupira le jeune homme, perdant patience. Evitons de perdre notre temps. Accouche !
- Je te l'ai dit, une dispute avec mon ex-copain, persista-t-elle. D'ailleurs, je ne vois pas pourquoi je dois me justifier à ce propos. Ce sont mes affaires, ma vie privée !
- Je suis sûr que ton ex-copain n'a rien à voir avec ce qui se passe. Ta mère et ton oncle qui rentrent bien avant la fin de leur séjour, la meute qui ne revient pas. Je pense que ce sont des raisons suffisantes pour que je me sente concerné ! Concerné et inquiet !
- Ecoute, fit Laura, croisant ses bras sur sa poitrine. Je te promets qu'il ne se passe absolument rien. Je ne te cache rien. Si tu avais été un loup, tu aurais entendu les battements de mon cœur qui sont parfaitement réguliers. Alors, laisse-moi gérer cette situation avec mon copain comme l'adulte que je suis.
Sans donner l'occasion à Stiles de répliquer, Laura retourna dans le hall et ferma soigneusement la porte derrière elle.
Stiles eut envie de la suivre et de protester encore une fois, mais il se retint. Il ne savait plus quoi penser. Croire Laura ou ne pas la croire ?
Coller son oreille à la porte pour essayer de capter la moindre bribe de conversation entre les trois Hale ne servirait à rien, Stiles le savait. Il se ferait encore repérer. C'était certain. Et cela même s'il se montrait particulièrement discret. Son odeur le trahirait sans aucun doute.
L'idée de passer un coup de fil à la meute traversa l'esprit de l'adolescent mais il se résigna à ne pas le faire. La meute s'amusait sûrement, bien loin de se soucier d'un quelconque problème. Stiles n'avait aucune envie de gâcher leur soirée. Et puis qu'est-ce qu'il leur dirait ? « Laura n'arrête pas de recevoir des appels bizarres. » Et alors ? Est-ce que cela était suffisant pour alerter la planète entière ? Bien sûr que non. Et en plus, si Laura lui avait dit la vérité depuis le début, à propos de son ex-copain, Stiles passerait pour un idiot aux yeux de ses amis parce qu'il aurait paniqué pour rien.
oOoOo
Le lendemain, Stiles se réveilla déçu. Il aurait désiré profiter d'une autre mâtinée câline avec son petit ami, mais Derek semblait s'être levé bien avant lui. D'ailleurs, Stiles ne se souvenait même pas que le loup soit rentré. Une prochaine fois, peut-être.
Il descendit alors, salua Jackson qu'il croisa dans l'un des couloirs puis se rendit dans la cuisine. Malia et Allison étaient toutes deux installées à table. L'une laissait patauger sa cuillère dans son bol de céréales, le regard perdu dans le vide. L'autre lisait un vieux livre – sûrement emprunté à la bibliothèque – un verre de lait dans les mains.
L'hyperactif vint s'asseoir en face d'elles et commença, lui aussi, à déjeuner, s'emparant d'un toast sur la table. S'apprêtant à croquer dans celui-ci, il se figea soudain. Qu'est-ce que Malia et Allison faisaient ici ? Qu'est-ce Jackson faisait ici ? Etaient-ils tous restés là pour dormir ? Qu'est-ce qu'ils faisaient chez les Hale à une heure pareille ? Etaient-ils rentrés aussi tard que ça la veille ?
- Tu as trouvé quelque chose ? demanda Boyd à Allison , débarquant dans la cuisine tel un boulet de canon.
- Non, bredouilla d'une voix faible la chasseuse, ne détournant pas son regard de son livre. Rien, reprit-elle. C'est le troisième livre que je feuillette et toujours rien. Malia et moi n'avons pas fermé l'œil de la nuit.
- Et vous ? Vous avancez ? s'enquit Malia, la bouche pleine de céréales .
Boyd s'apprêta à répondre, mais y renonça après avoir jeté un petit regard à Stiles. Il semblait d'un seul coup hésiter à ouvrir la bouche.
L'hyperactif ne posa aucune question sur l'attitude louche de son ami. Il ne savait absolument pas de quoi ces trois-là parlaient, mais ils devaient certainement parler d'un devoir à faire en commun. Stiles ne voyait pas d'autre raison expliquant leur comportement. Ou peut-être que si. Peut-être qu'ils cherchaient quelque chose en rapport avec le surnaturel. Mais pourquoi ?
- Scott et Lydia pense qu'ils arriveront peut-être à trouver quelque chose de leur côté, lança finalement Boyd. Ils ne sont pas certains que ça puisse marcher mais il vaut mieux essayer.
- Trouver quoi ? intervint Stiles après avoir mordu dans l'un de ses toasts couverts de confiture à la framboise. Et pourquoi vous êtes tous là ? J'ai loupé un épisode ou alors vos parents vous ont tous foutus à la porte alors qu'il était à peine 9 heures du mat' ?
Allison, Malia et Boyd se dévisagèrent mutuellement en silence. Un silence que Stiles n'appréciait pas vraiment. C'était comme s'ils communiquaient tous les trois dans une autre langue, une langue qu'il ne pouvait pas comprendre.
- Pourquoi veux-tu qu'ils nous foutent à la porte ? s'esclaffa Allison avec un rire qui sonnait terriblement faux.
- Je ne sais pas. C'est juste que je trouve bizarre de vous voir ici de si bon matin.
- Il était tard hier quand on est arrivé ici. Tu dormais déjà d'ailleurs. Alors, on s'est dit qu'au lieu de tous rentrer chez nous à une heure aussi tardive, on pouvait faire une petite soirée pyjama, expliqua Malia.
- Histoire de faire durer le plaisir, renchérit la fille Argent en levant son index.
- Ok, concéda Stiles, mais ça ne m'explique pas ce que vous êtes tous en train de chercher manifestement quelque chose, dit-il en montrant du doigt le livre que tenait Allison.
Cette fois-ci, un sourire gêné apparut sur le visage d'Allison. Malia, quant à elle, se mordit les lèvres et se contenta de regarder ailleurs, comme si la réponse allait tomber du ciel et Boyd, pour sa part, se contenta de quitter la pièce.
- Tu poses vraiment trop de questions Stilinski, râla Allison avant de se lever, d'attraper le poignet de la coyote au passage et de l'entraîner avec elle hors de la pièce.
Stiles resta pantois un instant, réfléchissant à ce qu'il avait bien pu dire pour mériter que ses trois amis réagissent ainsi. D'ailleurs, il n'avait pas rêvé. Il venait bel et bien de se faire royalement snober par Allison, Malia et Boyd.
Etrangement, cette situation lui rappela celle qu'il venait de vivre avec Laura, la veille. Encore une fois, son sixième sens lui disait que quelque chose lui échappait. Quelque chose d'important.
Il découvrirait bien ce qui se tramait tôt ou tard.
oOoOo
Après avoir déjeuné seul, Stiles se mit en tête de chercher Derek. Il ne devait pas être bien loin. Du moins c'est ce qu'il pensait, jusqu'à ce qu'il eût fait le tour de la maison de fond en comble. Aucun Derek à l'horizon. Laura, Talia , et Peter demeuraient également introuvables. Stiles, qui pensait que la meute entière avait décidé de rester chez les Hale, commença à se dire qu'il s'était visiblement trompé. Aucune trace de Reyes et Lahey non plus.
Découragé, Stiles se résigna à abandonner ses recherches et à simplement monter dans sa chambre. Avec un peu de chance Derek devait y être. Stiles avait quasiment fouillé toute la maison, où Derek pourrait-il bien être sinon dans cette pièce?
Quand il ouvrit la porte de sa chambre, il sursauta, interloqué : Lydia et Scott étaient en train de la mettre sens dessus dessous, retournant chaque coussin, ouvrant chaque tiroir. Ils s'arrêtèrent tous deux en pleine action, comme pris en faute. Stiles les dévisagea à tour de rôle avant de voir Lydia cacher une sorte de tissu derrière son dos.
- Qu'est-ce que vous faites là tous les deux ? s'écria Stiles tout en se grattant l'avant-bras droit. Et qu'est-ce que tu caches derrière ton dos Lydia ?
- On...C'est..., bégaya Scott mal à l'aise. On...
- Derek nous a demandé de lui rapporter un de ses t-shirts, s'empressa Lydia essayant visiblement de voler au secours du Mexicain.
- Il est où ? demanda Stiles, suspicieux. Derek. Où est-il ? répéta-t-il avant de tendre le bras vers Lydia. Je vais le lui rapporter moi-même, en mains propres.
- Il n'est pas ici, dit son meilleur ami en haussant les épaules, il est chez Erica.
Stiles soupira, frottant le sommet de son crâne. Son idiot de meilleur ami ne savait décidément pas mentir. Stiles n'avait qu'à entendre le son de sa voix partir dans les aigus pour en être certain. Qu'est-ce que Derek pouvait bien fabriquer pour que même Lydia et Scott le couvrent ? D'ailleurs est-ce que Lydia et Scott étaient réellement venus dans cette chambre pour chercher un simple t-shirt ? Vu l'état de la pièce, l'hyperactif en doutait fortement.
Stiles ferma la porte de sa chambre derrière lui pour ne laisser aucune chance à Scott ou Lydia de s'échapper. Il se planta devant eux, résistant à l'envie de gratter sa peau qui le démangeait un peu plus que de coutume ce jour-là – foutues allergies.
D'abord Laura, puis Allison, Boyd, Malia et maintenant Lydia et Scott. Pourquoi Stiles avait de plus en plus l'impression que tout le monde le menait en bateau ?
- J'aimerais vraiment que quelqu'un se montre honnête avec moi aujourd'hui, exigea, d'un ton ferme, le jeune homme en croisant les bras. Vos mensonges à tous m'épuisent et vous n'êtes pas doués pour ça, alors rendons les choses plus faciles et avouez tout maintenant. Ce sont les chasseurs ? les interrogea-t-il. Ils sont de retour ? Il s'est passé quelque chose hier pendant le match de basket-ball ?
- Rien de tout ça, Stiles, affirma Lydia en haussant les épaules, comme si toute cette conversation lui semblait ridicule.
- Alors c'est Derek ? Vous le couvrez pour quelque chose ? tenta de comprendre une seconde fois l'hyperactif.
- Couvrir Derek ? Jamais de la vie ! démentit la rousse, heurtée dans sa fierté.
Stiles resta silencieux un moment, cherchant en vain d'autres hypothèses justifiant un tant soit peu la présence de Scott et Lydia dans sa chambre. Ils avaient peut-être simplement oublié un objet lors de leur dernière venue. Peu probable, mais cela restait possible. Ou ils étaient venus emprunter quelque chose sans en avoir la permission. Lydia en était parfaitement capable, mais Scott n'aurait pas eu cette audace, c'était quelqu'un d'un peu trop respectueux et scrupuleux pour se permettre de commettre ce genre d'actes. Quoique Lydia eût une grande force de persuasion, il fallait le reconnaître...
- Lydia te l'a dit, Stiles, reprit Scott d'un ton se voulant rassurant et calme. On est juste venu prendre un t-shirt pour Derek, et il illustra ses propos en s'emparant du t-shirt vert que tenait entre ses mains Lydia. Pas la peine de chercher midi à quatorze heures ! Ne t'inquiète pas. Tu connais son côté obsessionnel pour certains détails ! Il voulait ce t-shirt et pas un autre et on a mis un bon moment avant de le dénicher…
Scott lui adressa un petit clin d'oeil puis lui fit une petite tape amicale sur l'épaule droite avant de quitter la pièce, suivi de près par la banshee.
oOoOo
Pour être honnête, Stiles aurait pensé que ce petit manège pendrait fin rapidement, une après-midi au maximum. Seulement, cela faisait trois jours que tout le monde agissait bizarrement. Ils l'excluaient de leurs conversations, lui disaient sans arrêt de « ne surtout pas s'inquiéter ». Stiles captait bien quelques bribes de conversation, mais cela n'était jamais suffisant pour qu'il se fasse une idée précise de ce qui se complotait réellement derrière son dos.
De plus la meute était quasiment réunie au complet depuis trois jours chez les Hale. Matin, midi, soir. Aucun d'entre eux n'était rentré chez lui.
Quelquefois Allison et Malia s'absentaient, allant on ne sait où, puis elles revenaient quelques heures plus tard, la plupart du temps avec une tonne de nouveaux livres, épais et jaunis par le temps. Stiles avait bien essayé de s'emparer de l'un d'entre eux, mais quand il avait enfin réussi à le faire, il eut à peine le temps de lire le titre de la couverture qu'Allison était venue lui arracher l'ouvrage des mains. La chasseuse lui avait adressé un regard noir, manifestement pour l'avertir de ne pas recommencer son manège, et Stiles dut s'avouer qu'elle lui avait fait un peu peur.
Pareil pour Scott et Lydia. Ils sortaient, revenaient, s'entretenaient avec les Hale, Jackson, Malia, Boyd et Allison dans une pièce et ainsi de suite, sans jamais toucher un seul mot de leurs conversations à Stilinski.
Plus les secondes s'égrenaient indéfiniment, avec une lenteur insupportable, plus il était maintenu dans l'ignorance, plus Stiles se sentait devenir paranoïaque et se demandait pour quelle raison personne ne sortait jamais seul de cette maison. Il avait l'impression que ses amis ressemblaient beaucoup plus à des gardes du corps qu'à autre chose. Chacun avait beau ignorer ses questions, il se sentait observé, épié, traqué.
Mais ce qui perturbait réellement l'hyperactif, et l'inquiétait plus que tout, était l'absence d'Erica, d'Isaac et de Derek depuis trois jours. Surtout de Derek. Trois jours sans le voir, sans la moindre explication, sans pouvoir le contacter. Il n'était pas rentré depuis le match de basket-ball, Stiles en était maintenant certain. La seule excuse que l'on avait bien voulu lui servir ne l'avait pas convaincu.
- Erica tenait à ce que leur petite bande se retrouve un peu. Tu vois, comme avant ! Avant nous, quoi, avait laissé entendre Scott lorsqu'il avait enfin abordé le sujet. Elle a donc décidé, sur un coup de tête, d'inviter Derek et Isaac chez elle pour la semaine. Derek voulait que tu viennes, mais vu que les parents d'Erica ne sont pas au courant pour les loups-garous, leur annoncer ta grossesse, ça aurait été un peu… choquant pour eux ! Tu comprends ?
D'accord, son copain avait parfaitement le droit de passer du temps avec Erica et Isaac. Après tout, ils étaient amis et Stiles avait déjà imposé à son petit copain ce genre de plan avec Scott, sans que Derek n'ait d'ailleurs éprouvé le besoin de s'interposer. Mais quelque chose ne collait pas. Pourquoi ne pas avoir invité Boyd dans ce cas ? Pourquoi l'avoir mis de côté ? Et puis, pourquoi Derek ne l'appelait-il pas ? Pourquoi ne lui envoyait-il pas même un message pour lui donner de ses nouvelles ? S'étaient-ils donc quittés en mauvais termes ? Stiles ne s'en souvenait pourtant pas.
Qui plus est, Derek et lui avaient prévu de suivre un planning qu'ils avaient établi pour cette semaine-là, un planning important à leurs yeux, qui montrait leur volonté d'agir en adultes et en futurs parents responsables. Ils voulaient réfléchir aux moyens de chercher plus sérieusement un emploi, de trouver une place à la crèche – la mère de Scott avait beaucoup insisté sur ce point-là, le mois dernier. Ils envisageaient aussi de commencer à aménager la chambre du bébé. La semaine précédente, Allison leur avait même donné un superbe berceau qu'elle avait apparemment utilisé quand elle était petite.
Même si tout le monde lui répétait sans cesse de « ne pas s'inquiéter » encore et encore, Stiles ne parvenait pas à rester serein. Il avait essayé de prendre contact avec Erica ou encore Isaac, mais n'avait pas réussi à le faire, tombant à chaque fois sur leur répondeur. Cela devenait insupportable pour l'hyperactif. Si personne ne se décidait à lui dire la vérité, Stiles allait finir par rapidement péter un câble.
Seulement, personne ne semblait être prêt à la lui avouer. Laura, Scott, Lydia, Allison, tous lui mentaient.
oOoOo
Appeler les parents d'Erica. C'est ce que Stiles avait fini par faire, en fin d'après-midi, enfermé dans la salle de bain du premier étage, le jet d'eau ouvert à fond pour essayer de couvrir au maximum sa voix. Il ne voulait pas que quelqu'un l'entende et décide d'interrompre la communication.
Stiles ne voulait pas passer pour un harceleur ou un casse-pied, mais il avait besoin de parler à Derek, d'être certain que tout allait bien. Il désirait savoir s'il ne lui en voulait pas pour une chose qu'il aurait commise de travers et dont il n'avait pas la moindre idée. Il voulait connaître la vérité et, par la même occasion, il voulait découvrir ce qui se tramait derrière son dos, et vite.
- Allô ? résonna la voix d'une femme, au bout du fil.
Stiles devina rapidement qu'il s'agissait de Madame Reyes.
- Bonsoir, madame Reyes, je suis un ami d'Erica. Est-ce qu'Erica est là, c'est très important, j'ai besoin de lui parler de toute urgence, articula Stiles.
- Euh... Eh bien, je suis désolée pour toi mais Erica n'est pas là. Elle doit être chez un ami, comme d'habitude. Qu'est-ce que j'en sais ? Elle est toujours dehors, cette gamine ! Essaye de la contacter sur son portable, déclara-t-elle d'une voix qui trahissait une certaine indifférence.
- Oui, je vais essayer ça. Je... Juste une dernière question et je vous laisse tranquille. Il y a des..., hésita Stiles , ne sachant quels mots employer. Puis il reprit la parole, avec un peu plus d'assurance. Il y a eu des invités chez vous cette semaine ? Je veux dire... Des amis d'Erica sont-ils passés ?
- Des amis d'Erica ? Personne n'est passé ces derniers jours. Pourquoi cette question ?
- Oubliez tout ça, éluda-t-il. Je... Je dois me tromper. Ne faites pas attention à ma question, je vous prie. Merci beaucoup. Au revoir.
Le fils du Shérif raccrocha.
Des milliers de questions commençaient à fuser sous sa boîte crânienne. Il ne comprenait pas. Isaac et Derek n'étaient pas chez Erica ? Ils n'y avaient jamais été ?
Le cœur de l'hyperactif rata un battement, de peur de comprendre ce qui se passait.
Erica, Derek, Isaac… Où étaient-ils ? Est-ce que tout allait bien ? Est-ce qu'ils allaient bien ? Est-ce que le comportement bizarre de la meute avait un rapport avec leur absence ? Leur…disparition ?
Stiles secoua la tête. La meute ne lui aurait jamais caché une chose aussi grave.
- Ne t'inquiète pas, se dit-il, sans que cette injonction ait le moindre effet sur lui.
Comment ne pas s'inquiéter ? Comment ?
Quelqu'un vint brutalement frapper à la porte de la salle de bain, le tirant de ses pensées. Stiles sursauta et fit tomber son portable dans la baignoire pile-poil sous le jet d'eau. Un petit juron s'échappa de sa bouche avant qu'il ne le ramasse, tout trempé, et essaye de constater quelle était l'ampleur des dégâts.
- Stiles ! l'interpella Laura de l'autre côté de la porte. Ta visite de contrôle chez Deaton ! On y va dans dix minutes alors magne-toi !
oOoOo
Pendant tout le trajet qui menait de la maison des Hale au cabinet de Deaton, une odeur désagréable émanant de son meilleur ami était venue taquiner les narines de Scott.
En réalité, Scott n'avait même pas besoin de se fier à son odorat pour constater le changement d'humeur flagrant de Stiles. Les traits du visage de l'hyperactif étaient tellement tirés, que personne ne pouvait manquer de s'interroger sur son état. Il était en colère, il était contrarié mais encore fallait-il comprendre exactement pourquoi.
L'humain n'avait pas adressé la parole ni à Laura, ni à Lydia ou Scott, pendant tout le trajet, même s'ils s'étaient tous les quatre retrouvés dans la même voiture. Distant, froid et silencieux, Stiles s'était contenté de fixer un point à travers sa fenêtre. Il n'avait répondu à aucune question du trio et n'en avait posé aucune.
Lui qui avait passé son temps à les interroger sur Derek ces derniers jours, ne posait plus une seule question et Scott devait avouer que cette situation l'inquiétait. C'était anormal.
Cependant, ce fut quand Stiles refusa que ses trois accompagnateurs assistent à sa visite de contrôle avec le vétérinaire que Scott comprit qu'il y avait vraiment un problème. Savait-il ? Etait-il au courant de tout ? Scott n'aurait pas été surpris si cela s'avérait être réellement le cas. Stiles était un fouineur, doublé d'un petit manipulateur qui savait la plupart du temps obtenir ce qu'il voulait des autres donc, qu'il eût fini par savoir la vérité, voilà qui n'aurait pas vraiment été étonnant. Ce qui était en revanche étonnant, c'était qu'il se soit contenu, et qu'il soit resté si passif, si impassible et imperturbable, malgré ce qu'il venait sûrement d'apprendre.
Scott secoua la tête, et s'assit près de Lydia, dans la salle d'attente. De toute évidence, Stiles n'était pas encore au courant. Scott en était certain, sinon il l'aurait entendu laisser libre cours à son inquiétude, s'énerver, tempêter… Mais les révélations retentissantes ne sauraient tarder à éclater, parce que, lorsque la semaine se terminerait, et que Stiles ne verrait toujours pas Derek, Erica ni Isaac réapparaître, trouver des mensonges et des excuses plausibles deviendrait bien trop compliqué.
- On va devoir lui expliquer ce qui se passe, dit Scott, brisant le silence et essuyant de ses pouces l'écran de son portable.
Il entendit Laura se redresser vivement et Lydia pousser un long soupir.
- Il va finir par découvrir ce qui se passe, c'est Stiles, se justifia Scott. Et je vais finir par faire une gaffe, je le sens.
- On était d'accord, objecta Laura. On était d'accord pour le tenir à l'écart de tout ça. C'est pour son bien !
- Je sais bien, mais tu sens, toi aussi, l'odeur qu'il dégage, il est nerveux. Peut-être qu'en le mettant au courant de ce qui se passe...
Scott s'arrêta pour reprendre son souffle. Il détourna son regard de son portable pour affronter ses deux amies, suspendues à ses lèvres.
- Peut-être qu'il le prendra mieux que ce l'on pense, reprit-il avec conviction. Et puis, si l'on ne ramène pas Isaac, Erica et Derek avant la fin de la semaine, qu'est-ce qu'on lui dira ?
- On trouvera autre chose, assura Lydia se frottant nerveusement l'avant-bras. S'il apprend ce qui se passe, il voudra participer aux recherches, et on sait tous comment il peut se montrer buté à certains moments. Et puis pour être honnête, confia-t-elle, je ne pense pas que le mettre au courant le rendra moins nerveux, bien au contraire, et Deaton nous l'a déjà répété des centaines fois : « pas de stress ».
- Donc, on garde le secret et le silence, conclut Laura.
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Stiles eut à peine le temps de retirer son t-shirt, que la porte du cabinet s'ouvrit brutalement, dans un fracas à vous fendre les tympans. Les yeux de l'hyperactif se détournèrent du vétérinaire pour se fixer sur les deux loups-garous qui avaient fait irruption dans la pièce. Malia et Boyd.
Ils se tenaient tous deux devant le vétérinaire, essoufflés, des égratignures fraîches creusant leur peau, le visage livide et couvert de sueur. Ils avaient vraiment l'air mal en point.
L'attention de Stiles se porta sur le corps que tenait Vernon dans ses bras. Une fille, blonde, la tignasse emmêlée et sale, qui semblait inconsciente. Stiles se leva de la table d'observation par réflexe, laissant le loup-garou installer l'adolescente sur celle-ci, l'allongeant avec toute la délicatesse dont il était capable à cet instant précis.
L'humain entendit Deaton leur poser plusieurs questions, avant de s'approcher précipitamment du corps inerte sur la table d'observation. L'hyperactif s'approcha également, le cœur tombant dans son estomac.
Stiles se crispa. Erica.
Des bleus violacés tachetaient sa peau, son visage était boursouflé, marqué, blessé. Du sang coulait le long de ses lèvres fendues. Son teint était cadavérique. Sa cage thoracique se soulevait avec difficulté, le rythme de sa respiration était anormal, erratique. Cela n'avait rien de rassurant.
Stiles ne comprenait pas ce qui se passait sous ses yeux. Il se sentait perdu. Il vit Scott, Laura, Lydia et Jackson pénétrer à leur tour dans la pièce, les entendit débiter des paroles qu'il n'écoutait pas, qu'il n'écoutait plus. Les mots fusaient de partout autour de lui, mais il n'en comprenait aucun. Son cœur commença à battre la chamade contre sa poitrine, avec violence, tandis qu'il percevait des mouvements tout près de lui, et beaucoup d'agitation fébrile. Mais il ne pouvait détourner les yeux d'Erica. Pourquoi était-elle dans un tel état ? Pourquoi ne guérissait-elle pas ? Qu'est-ce qui avait bien pu se passer ? Isaac ? Derek ? Où étaient-ils ?
Stiles sentit la pièce tanguer, comme la dernière fois, le lendemain de l'extermination de la meute de Deucalion, lorsque Scott et tous les autres exhalaient toutes sortes d'émotions négatives, jusqu'à en puer. Il avait l'impression que le sol se dérobait sous ses pieds. Il sentit le besoin de se rattraper à quelque chose, n'importe quoi qui lui permettrait de garder son équilibre.
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Sans qu'il s'en rende compte, sans qu'il ait compris comment un tel prodige avait été rendu possible, en un claquement de doigt, il se retrouva debout dans la salle d'attente et non pas à terre, comme il s'y était attendu. Quand il commença à reprendre ses esprits, il prit conscience de la présence de Lydia à ses côtés. Elle lui tenait fermement les poignets. Elle était juste en face de lui, Erica n'était plus là. Juste Lydia et lui. Ses yeux trahissaient son inquiétude, ses lèvres bougeaient. Lydia lui parlait, mais il n'entendait rien. Soudain le son revint brutalement, et la voix de la jeune fille se fraya enfin un chemin jusqu'à ses tympans.
- Stiles ! s'écria-t-elle ayant probablement répété son prénom une dizaine fois avant qu'il ne l'entende enfin. Tu fais une crise de panique ! l'alerta Lydia dès qu'elle fut certaine d'avoir capté son attention. Respire. Calme-toi, tout va bien. Respire.
Son cœur martelant toujours aussi fort sa poitrine, Stiles baissa les yeux vers ses mains. Elles tremblaient. Lydia avait raison, il paniquait. Ses yeux papillonnèrent, hagards, tandis qu'il essayait de remettre en place dans sa tête ce qui venait de se passer. Erica.
Si Erica était ici, alors où se trouvaient Isaac et Derek ? S'étaient-ils seulement retrouvés ensemble pendant ces derniers jours ? Ou avaient-ils été séparés dès le départ ?
- Derek, où est-il ? demanda Stiles , retrouvant l'usage de la parole.
- Il n'est pas là Stiles, répondit Lydia. On devrait rentrer. Tu viendras voir Deaton un autre jour !
- Où est-ce qu'il est ? la coupa-t-il, d'un ton beaucoup plus ferme.
Aucune réponse. Stiles observa longuement Lydia qui, pour la première fois, ne soutint pas son regard. Il comprit une bonne fois pour toute que son instinct ne l'avait pas trompé, que tout ce qu'on lui avait certifié jusqu'ici n'était qu'un tissu de mensonges. Laura n'avait jamais eu de problème avec son ex-petit ami. Derek n'avait jamais été chez Erica.
Instantanément, le fils du Shérif sentit une colère brûlante lui parcourir les veines. Ce qu'il commençait à comprendre, ce qu'il croyait comprendre en étant confronté au mutisme de Lydia ne lui plaisait pas. Pas du tout.
- Il est où, Lydia ? aboya-t-il, cette fois-ci, rageusement.
- Stiles, soupira la belle rousse, tu ne devrais pas ! Tu ne devrais pas t'énerver !
- J'en ai rien à foutre de ce que je devrais faire ou pas ! Tout ce que je veux savoir, c'est où Derek se trouve! J'aimerais que quelqu'un se décide à me dire la putain de vérité !
- On ne sait pas où il est ! s'emporta Lydia, ne supportant plus d'entendre une seconde de plus les cris et les reproches de Stiles. On n'en sait rien !
- Vous ne savez pas où il est, déglutit difficilement l'hyperactif, peinant à réaliser ce que venait de lui avouer son amie.
Il recula, ses pupilles s'agitant éperdument. Comment ça, ils ne savaient pas où se trouvait Derek ?
Lydia se mordit la lèvre inférieure. La discussion qu'elle venait d'avoir avec Scott et Laura, quelques minutes plus tôt lui revenait en tête, tournant en boucle sans cesse. Devait-elle mentir ou dire la vérité ? A quoi servait-il de mentir ? Après le triste spectacle auquel venait d'assister Stiles, il ne se laisserait plus berner aussi facilement.
Lydia le vit reculer, ses pupilles s'affolant de plus belle, de petits tremblements gagnant ses doigts pour en prendre entièrement possession, signes qu'une deuxième crise de panique allait certainement, d'une minute à l'autre, frapper à nouveau le jeune homme.
Lydia ferma les yeux un instant, se calmant dans un premier temps, puis les rouvrit, attrapa les mains de son ami et essaya de lui parler le plus posément possible :
- Stiles, chuchota-t-elle, laisse-moi t'expliquer.
- Je n'attends que ça que tu m'expliques ! Depuis des jours !
- Ok. Alors...balbutia-t-elle, cherchant ses mots. Les... Vendredi soir, on était tous au match de basket comme prévu. Tout se passait parfaitement bien, comme d'habitude. L'équipe menait, on soutenait tous Jackson et Derek puis quand le match s'est terminé, le temps qu'on se rende près des vestiaires pour y attendre Jackson et Derek, Erica et Isaac ont disparu. On... Au début on pensait qu'ils allaient nous rejoindre, mais ensuite quand Jackson est sorti des vestiaires, il nous a dit qu'il n'avait pas vu Derek depuis que l'arbitre avait sifflé la fin du match. On a essayé de les joindre, tous les trois, mais ils ne répondaient pas à nos appels.
- Pourquoi est-ce que vous ne les avez pas suivis en repérant leur odeur ? demanda aussitôt l'hyperactif.
- C'est ce que l'on a fait. Enfin, c'est ce qu'ils ont essayé de faire, mais les odeurs se sont arrêtées dans les bois, au beau milieu de nulle part, expliqua Lydia, désespérée. Il y avait leur odeur, combinée à celles de personnes non identifiées. On ne savait pas quoi faire à ce moment-là, alors on a appelé Laura et elle nous a dit de contacter Deucalion, de le faire venir. Quand il est arrivé, il a tout de suite reconnu l'odeur des chasseurs qui s'en étaient pris à sa meute.
- Les chasseurs..., répéta mollement Stiles, se forçant à garder tant bien que mal un rythme respiratoire normal.
D'un seul coup, il repensa à Gabriella, à toutes ces personnes qui du jour au lendemain avaient disparu, avaient été retrouvées mortes. Il sentit sa gorge se nouer, son cœur s'alourdir, des questions désagréables naître sous sa boîte crânienne. Il ne devait pas se laisser submerger par des pensées noires, morbides et sinistres. Erica allait bien, Erica était ici, en vie. Mal en point certes, mais encore en vie. Il y avait une chance pour qu'Isaac et Derek aillent bien. Stiles devait se raccrocher à cet espoir.
- On ne voulait pas t'inquiéter, plaida Lydia. On en a vraiment discuté, Stiles, et on en est arrivé à la conclusion qu'il était préférable de te tenir à l'écart de tout ça.
- Préférable ?! explosa Stiles, la fusillant du regard. Isaac, Erica et Derek disparaissent et tout ce que vous trouvez de mieux à faire, c'est de ne rien me dire ! Et moi je suis là comme un con à...
- S'il te plaît, Stiles, comprends-nous. Je ne suis même pas sûre d'avoir pris la bonne décision en te révélant toute cette histoire !
Stiles n'insista pas. Il n'insista pas parce qu'il percevait très clairement, dans les intonations de sa voix , la culpabilité que ressentait Lydia. Elle avait voulu faire de son mieux, comme tous les autres. Bien qu'il en eût parfaitement conscience, Stiles ne put s'empêcher de se sentir furieux. Furieux contre lui-même de n'avoir rien vu, et furieux contre ses amis pour lui avoir menti pendant tout ce temps.
Alors ? Comment avez-vous trouvé ce chapitre ? ^^
J'espère vous retrouver pour le chapitre 11 ! A bientôt !
