Juju : Maintenant les doutes sont levés et voici la suite qui répondra peut-être à tes questions ;) !

xkatsuu : Thank you very very very much !


Bêta : Calliope83

Je remercie Sylphideland (qui ne peut malheureusement plus être la bêta de cette fiction) pour avoir corrigé tous les chapitres précédents !


Chapitre 11

Dans la cuisine, Cora s'amusait avec sa tablette électronique. Apparemment, ce matin-là, parmi tous les jeux qu'elle avait stockés sur sa tablette, elle avait choisi un jeu de voiture de course et celui-ci avait réussi à accaparer son attention. Insouciante, assise à la table de la cuisine, la petite louve semblait bien loin de tous les problèmes qui tourmentaient la meute depuis un bon moment. Six jours pour être précis, depuis vendredi dernier. Le sourire aux lèvres, les yeux pétillants au moindre virage risqué que sa voiture virtuelle prenait à fond les manettes, Cora était aux anges, comme une petite fille de 8 ans devrait l'être à son âge. Son odorat ne semblait pas l'alerter des soucis qui accablaient son entourage.

Stiles l'enviait, beaucoup, énormément. Car de son côté, depuis plusieurs jours, les émotions qui régissaient ses humeurs contrastaient complètement avec toute cette joie de vivre et cette innocence qui émanaient de la petite Cora. Il était triste, anxieux, sans parler de cette allergie qui le démangeait sur tout le corps, absolument partout. Si seulement il savait d'où cela pouvait provenir. Le tissu d'un vêtement ? Un aliment quelconque ? Il n'en savait rien.

Erica n'avait pas encore eu l'autorisation de rentrer chez elle, ou de même venir vivre quelque temps ici, chez les Hale, comme tous les autres membres de la meute depuis vendredi soir. Comment aurait-elle pu de toute façon quémander une faveur quelconque alors qu'elle n'arrivait même pas à ouvrir les yeux plus de quelques minutes ? Deaton disait qu'elle était encore trop faible pour reprendre pleinement ses esprits, mais que cela ne saurait tarder.

Dès que son organisme se serait complètement débarrassé d'une partie du produit que lui avaient apparemment injecté les chasseurs, elle irait mieux. D'après le vétérinaire, ce produit servait à entraver le processus de guérison des loups-garous, les rendant alors presque aussi vulnérables que de simples humains.

Depuis le retour assez brusque et inattendu d'Erica, l'hyperactif n'avait pas réussi à se débarrasser de sa colère et son indignation. Stiles se sentait toujours furieux à cause du refus catégorique de la meute pour qu'il s'implique dans les recherches, qu'il offre son aide et qu'il contribue un minimum à quelque chose. Il avait l'impression de ne servir à rien, d'être un poids. Et il ne cessait de penser à Derek, sans arrêt. Stiles voulait aider, il voulait participer aux recherches, lui aussi, parce qu'il s'inquiétait davantage à chaque minute qui s'écoulait. Le peu d'informations qu'on lui fournissait n'arrangeait en rien son humeur et voir la meute essuyer autant de difficultés pour retrouver les deux bêtas le mettait hors de lui. Comment pouvait-il rester là, à ne rien faire, à attendre, alors que son copain était en ce moment même en danger de mort ? S'il arrivait quoi que ce soit à Derek, il ne pourrait pas le supporter. Rester enfermé dans une pièce, alors que la meute entière était réunie dans le salon, n'était plus concevable pour l'hyperactif, il devait faire quelque chose.

oOoOo

L'arrivée d'Allison, Boyd et Jackson dans la cuisine le sortit de ses pensées. Cora, quant à elle, toujours subjuguée par son jeu, ne détacha à aucun moment ses petits yeux bruns de sa tablette, tandis que les trois jeunes gens s'installaient autour de la table. Personne ne parlait, chacun déjeunant en silence de son côté.

Soudain, Boyd sortit son portable de sa poche et se mit à pianoter sur l'écran comme il n'arrêtait pas de le faire depuis des jours. Le jeune homme était constamment en train d'essayer d'envoyer des messages ou de passer des coups de fil aux deux bêtas disparus, et comme toujours, il n'obtenait aucune réponse. Ce comportement semblait commencer à excéder Jackson, qui, ne se contenant plus, lui avait lancé un regard noir, pendant qu'il croquait avec amertume dans sa tartine recouverte de chocolat.

- Boyd, ça ne sert à rien ce que tu fais ! marmonna le joueur de basket-ball.

Pour toute réponse aux récriminations de Jackson, Boyd, le visage crispé, se contenta de pousser un long soupir, lourd de non-dits. Le blond décida alors de se montrer taquin, certainement dans le but de détendre son ami :

- Et puis, tu es certainement la dernière personne à qui on voudrait bien envoyer un message ! plaisanta Jackson. C'est vrai, tes sms ne font jamais plus de deux mots ! Pose ton portable, tu veux ?

Boyd ne fut pas sensible à l'humour de Whittemore, il prit plutôt les commentaires dénués de tact de Jackson comme une énième attaque gratuite de sa part. Vernon déposa alors brutalement son portable sur la table et se tourna vers le basketteur avant de déclarer d'une voix sèche :

- Au moins, moi, j'essaye de faire quelque chose !

- Je…bégaya Jackson, surpris par la remarque de Boyd. Qu'est-ce que tu insinues ? s'énerva-t-il, son regard devenant orageux. Que je ne fous rien ?! Tu veux que je fasse quoi, Boyd ?! Que je m'en aille seul dans la forêt et que je me fasse embrocher par une flèche ?!

- Les garçons, s'il vous plaît, s'interposa Allison en soupirant, mais son intervention se solda par un échec et Jackson et Boyd continuèrent d'échanger des regards assassins.

- Mais écoute-le, Allison ! reprit Jackson, furieux. Envoyer cent foutus messages à deux balles ne va rien changer ! Sérieusement, Boyd, est-ce que tu t'entends là ?! Tu penses vraiment qu'Isaac ou Derek vont du jour au lendemain te répondre avec un « Salut, ça va ? » ?!

Stiles, la joue appuyée sur la paume de sa main, les yeux baissés vers sa tartine, n'avait qu'une envie, sortir de cette pièce. Que Jackson et Boyd se disputent pour ce genre de bêtises était complètement stérile et les entendre se quereller lui donnait l'impression de perdre son temps. Il comprenait parfaitement que la tension de ces derniers jours puisse devenir épuisante et échauffer les esprits, mais jamais Stiles n'aurait cru que Boyd, qui arrivait d'habitude à garder son sang-froid en toute situation, puisse succomber à la colère à cause de Jackson. Il le connaissait pourtant ! Jackson aimait provoquer, et était le membre le plus impulsif de la meute.

Quand l'hyperactif releva ses yeux whisky, il se demanda à quel moment, les deux grands loups-garous s'étaient levés, pour se retrouver l'un face à l'autre. Et beaucoup trop près pour que la situation ne puisse pas déraper un peu plus.

- Tu n'as pas bougé un seul petit doigt depuis qu'ils ont disparu ! renchérit Vernon. Tu te fous complètement de ce qui peut leur arriver ! Avoue-le ! Tu ne vois pas plus loin que le bout de ton nez, Jackson Wittemore !

- Je t'interdis de dire des choses pareilles ! Hale et Lahey comptent tout autant pour moi que pour toi ! Ce n'est pas parce que je ne passe pas mon temps à gaspiller mes forces dans des activités futiles comme les tiennes, que je ne suis pas inquiet pour eux ! se justifia le blond, un index réprobateur levé vers son ami. Et puis tu sais quoi ? reprit-il après un temps de pause. Faut être réaliste. Faut arrêter de se mentir ! Ça fait six jours qu'on n'a aucune nouvelle d'eux ! Regarde l'état d'Erica ! Comment on l'a récupérée ! Les chasseurs n'ont aucune raison de garder Derek et Isaac en vie ! Ou alors, il faudrait me la dire, leur raison ! Ils…s'interrompit-il avant de reprendre la parole. Ils sont probablement déjà morts et enterrés six pieds sous terre à l'heure qu'il est !

Le coup partit seul. Le poing de Boyd atterrit en plein sur le visage de Jackson et évidemment, Whittemore se sentit obligé de répliquer. Ce fut donc le début d'une longue série de coups échangés entre les deux loups déchaînés. Allison se leva en deux temps trois mouvements – renversant sa chaise au passage – pour essayer de séparer les deux jeunes hommes. Alertée par les cris, Laura déboula dans la cuisine, et vint prêter main forte à Allison.

Cora était devenue toute pâle et avait enfin lâché sa tablette, regardant d'un air abasourdi et de ses yeux effarés, le spectacle qu'offraient Boyd et Jackson en train de se battre à coups de poing. Stiles, quant à lui, se contenta de laisser son déjeuner sur la table et de sortir de la cuisine, refermant soigneusement la porte derrière lui pour étouffer tout ce remue-ménage exaspérant.

Il faisait déjà son possible pour rester serein malgré son anxiété, alors lui demander de calmer ses amis, c'était absolument hors de question, il s'en sentait incapable pour le moment. Stiles prit donc la décision de se réfugier dans le salon, s'installant sur le canapé et allumant la télévision au passage. Il avait besoin d'un bruit de fond pour s'empêcher de penser.

Impossible.

« Ils sont probablement déjà morts et enterrés six pieds sous terre à l'heure qu'il est ! »

Les paroles de Jackson repassaient en boucle sous son crâne. Pourquoi cet abruti sortait des propos pareils ?! La seule éventualité à laquelle Stiles se refusait de penser, Jackson venait de la clamer haut et fort, sans prendre aucune précaution à son égard et Stiles avait beaucoup de mal à le digérer.

- Crétin, grinça-t-il entre ses dents à l'intention du co-capitaine de basket-ball.

Il en était certain, si Boyd ne l'avait pas frappé, Stiles l'aurait fait à sa place.

Il soupira, se mordant la lèvre inférieure avec force. Le fils du Shérif se sentait obligé de constater que le raisonnement de Jackson avait des chances d'être juste. Il tenait la route. Six jours c'était long. En six jours n'importe quoi pouvait arriver.

Plus les heures passaient, plus le risque de retrouver les deux bêtas sans vie augmentait dangereusement. Ce raisonnement logique et implacable terrifiait l'hyperactif . Si la meute ne retrouvait pas à temps Isaac et Derek, ce serait un réel coup dur pour lui mais aussi pour tout le monde. Perdre deux membres de la meute n'était pas envisageable. Même la perte d'un seul d'entre eux n'était pas acceptable.

Des mouvements s'apparentant à de légères et éphémères caresses détournèrent de ses pensées sombres l'attention de l'humain qui se reporta un peu plus bas, sur son petit ventre.

A ce moment précis, Stiles eut une brusque révélation. Il prit conscience que ce genre de situation n'était plus approprié ni pour lui, ni pour Derek. Vivre avec le surnaturel et le côtoyer sans cesse revenait à accepter d'être en danger à tout moment, d'une manière totalement imprévisible. A accepter de prendre des risques pouvant mener Stiles, Derek ou leur enfant à se retrouver blessés, voire de mourir, de perdre la vie.

Stiles avait souvent eu tendance à l'oublier ces dernières années. Depuis que son meilleur ami était devenu un loup-garou, il s'était senti jusqu'ici tout puissant à gambader en compagnie de la meute. Stiles vivait ce que des centaines d'adolescents de son âge, fanatiques des jeux vidéo et de romans fantasy, rêvaient d'expérimenter au moins une fois dans leur vie.

Qui n'aimerait pas vivre cette expérience? Le petit chaperon rouge se promenant dans les bois au beau milieu de la nuit. Le petit chaperon rouge et les sept loups-garous combattant les forces du mal ! Le petit chaperon rouge et le loup attendent un heureux événement.

Derek et Stiles n'étaient désormais plus tout seuls. De nouvelles responsabilités pesaient sur leurs épaules. Des responsabilités qui pour être menées à bien les obligeraient un jour, à se défaire de tout cet entourage, tout cet environnement bien trop dangereux pour ce petit bout innocent, qu'abritait l'hyperactif dans son ventre depuis maintenant plus de quatre mois.

Stiles savait qu'il ne pourrait pas supporter que son enfant ou son copain se retrouvent à nouveau mêlés à toutes sortes de problèmes qu'une personne normale n'aurait en principe jamais à vivre.

En attendant, quand Derek reviendrait, parce qu'il reviendrait, Stiles devrait impérativement aborder ce sujet avec lui.

oOoOo

L'enquête de la meute avança un peu plus, quand Erica ouvrit enfin les yeux et qu'elle fut capable d'entretenir une conversation. Elle donna à la meute un grand nombre de détails sur l'endroit où elle avait été détenue, sur tout ce qu'elle avait pu voir et entendre. D'après ce que la jolie blonde avait pu comprendre, durant son séjour loin des siens, c'était que toute cette cruelle mascarade n'était qu'un jeu, un jeu malsain orchestré par une famille, dont le patronyme était les O'connor. Des chasseurs irlandais, d'après Allison. Une famille très connue dans le monde de la chasse, en particulier à cause de leur comportement marginal. Ils ne respectaient pas le code qui avait été établi, plusieurs siècles auparavant, pour les chasseurs du monde entier.

- Nous avons un conseil, avoua Allison pendant l'une des réunions dans le salon.

- Un conseil ? répéta mollement Scott, pris de court.

- Oui. Un conseil composé d'un membre de chaque famille de chasseurs vivant dans le monde entier. Mon grand-père en fait partie depuis plusieurs années maintenant, avoua-t-elle. Il nous a souvent parlé des O'connor comme étant des personnes à surveiller de près. Ils ont de nombreuses fois été suspectés d'avoir dérogé au code, d'avoir tué pour le plaisir, d'avoir commis divers massacres, mais le conseil n'a jamais pu le prouver.

- Ils nous considèrent comme des animaux que l'on peut fusiller pour le plaisir ?! s'insurgea Jackson, les bras croisés.

- C'est exactement ça, reprit Allison. Ils n'ont aucun respect pour les créatures surnaturelles et considèrent tous ceux qui cherchent à les aider comme des ennemis.

- Pourquoi n'a-t-on jamais entendu parler de votre conseil auparavant ? demanda Stiles, qui jusqu'ici s'était fait discret, sur le canapé, de peur que Talia lui demande une nouvelle fois de monter à l'étage.

- L'existence de ce conseil est tenue secrète. Certains chasseurs ne sont même pas informés qu'il existe. En ce qui me concerne, ça ne fait qu'un an, que mes parents m'ont mis dans la confidence. Et je vous avais prévenus en rejoignant cette meute que je ne pourrais pas toujours tout vous dire pour le bien de ma propre communauté.

- Alors pourquoi nous dire cela maintenant ? intervint Erica, d'une voix fébrile qui trahissait son épuisement. Je veux dire… A quoi cela peut-il nous servir ?

- Parce que le conseil en a assez de l'attitude désinvolte des O'Connor. Ils veulent les arrêter tout comme nous. Ils veulent apporter leur aide. Ils ont parfaitement conscience que si l'on laisse les O'Connor suivre leurs propres règles, ils pourraient à un moment ou un autre décider de s'en prendre aussi aux autres familles de chasseurs pour imposer leur façon de penser. Leur comportement pourrait créer une guerre qui est à prendre au sérieux et qui ne concernerait pas seulement notre communauté, mais aussi toutes les créatures surnaturelles.

- Les chasseurs nous seront utiles, admit Scott, mais être aidés par d'autres meutes de loups le serait encore plus. Je ne sais pas s'ils accepteront de se mettre en danger sans recevoir la preuve irréfutable qu'ils pourraient être les prochaines victimes prises pour cible par les O'Connor.

- Nous avons les témoignages d'Erica et de Deucalion, objecta Stiles, ce sont les mieux placés pour les convaincre. Les meutes n'auront qu'à écouter les battements de leur coeur et leurs membres, ainsi que leurs alphas, sauront qu'ils disent la vérité.

- C'est vrai, affirma à son tour Talia. Il suffit qu'ils acceptent de venir avec moi parler aux autres meutes de Beacon Hill et je suis sûre et certaine que l'on réussira à les convaincre. En attendant, le plus important est de trouver le repaire des O'Connor et le temps presse.

Sur ces mots, la meute entière acquiesça, prête à se remettre au travail sans plus attendre.

Ce fut dans l'optique d'accélérer et d'intensifier les recherches, que les trois jours suivants s'écoulèrent, cette fois-ci, avec l'aide conséquente apportée par d'autres meutes et des chasseurs convaincus du danger que représentaient les O'Connor. La forêt fut ratissée de fond en comble, plusieurs fois, encore et encore, sans relâche. La ville fut fouillée, tout comme les entrepôts abandonnés à proximité de Beacon Hills. Stiles avait même téléphoné à son père pour obtenir la liste des noms des derniers arrivants à Beacon Hills, lui expliquant rapidement la situation.

Cependant, tous les espoirs reposaient surtout sur une seule et même personne : Lydia Martin. Scott était persuadé qu'avec ses capacités de Banshee, la jeune femme arriverait certainement à trouver un indice, n'importe quoi qui pourrait faire progresser de manière décisive leurs recherches. McCall l'avait donc traînée dans différents endroits, lui avait apporté divers vêtements appartenant à Isaac ou à Derek, en espérant dur comme fer qu'ils obtiendraient enfin un résultat concluant. Mais jusqu'ici, ils n'étaient parvenus à rien et Lydia commençait à se sentir un peu coupable de ne trouver aucun indice.

oOoOo

Un soir, alors que Stiles n'arrivait pas à s'endormir, il décida de descendre au rez-de-chaussée. Il ne savait pas si son insomnie était due à son état ou à son inquiétude. Il avait lu quelque part qu'au stade de sa grossesse, ce genre de problème n'arrivait en principe plus. Cependant, il était un cas particulier, alors il ne pouvait être sûr de rien.

Assis à la table en bois du salon, Stiles resta un moment devant la télévision. La meilleure émission qu'il avait pu trouver était un reportage sur les serpents. Cela lui rappelait vaguement celui qu'il avait eu à l'âge de 6 ans. D'ailleurs, il ne savait même pas ce qui lui était arrivé. Un jour, sa tante et son cousin étaient passés et le lendemain, le serpent avait disparu, avec eux.

Soudain, Talia Hale se plaça devant l'écran de télévision, juste en face de l'adolescent qui se redressa aussitôt, bouche bée, manifestant ainsi, l'espace d'une seconde, son étonnement. L'Alpha était en pyjama, coiffée d'une queue de cheval. Il ne l'avait jamais vue ainsi. L'hyperactif avait l'impression d'avoir devant lui une toute autre personne. Il devait avouer que c'était assez perturbant, mais il ne fit aucune remarque à ce sujet. Il se contenta de regarder Talia, qui prit place juste en face de lui. Elle lui souriait, comme souvent maintenant, et Stiles pouvait sans aucune honte l'avouer, il aimait ça. Les sourires que lui offrait l'Alpha avaient le don de l'apaiser.

- Tu n'arrives pas à dormir, constata Talia d'une voix douce et chaleureuse.

- J'imagine que votre fils me manque, admit le fils du Shérif.

La main de Talia se déposa doucement sur la sienne. Stiles releva la tête vers la mère de Derek. Elle avait encore ce regard paisible et patient qu'elle arborait chaque fois qu'elle attendait qu'il exprime ses pensées de façon plus approfondie. Il commençait à la connaître et l'appréciait de plus en plus. C'était une mère attentionnée, aimante et très impliquée dans sa vie de famille. Elle était toujours à l'écoute. C'était une personne formidable, qui parfois donnait à Stiles l'envie d'avoir de nouveau, comme autrefois, sa propre mère à ses côtés. Claudia Stilinski lui manquait tellement.

- Je ne peux pas m'en empêcher, avoua-t-il soudainement, se frottant gauchement le bout du nez à l'aide de sa main libre. Je n'arrête pas de me dire « et s'il ne rentrait pas ? ». Je…Ça me fout la frousse ! Et je sais que ce n'est pas bon de penser de cette manière, que je devrais être plus positif, mais quand la journée est finie, que je dois aller me coucher et que Derek n'est pas là, je ne parviens pas à lâcher prise. C'est plus fort que moi. Ca m'obsède.

La louve poussa un long soupir et attrapa finalement de ses deux mains, celles de Stiles pour obtenir son attention.

- Je sais que Scott, Lydia et tous les autres ont déjà dû te le répéter plusieurs fois, commença-t-elle ses yeux plongés dans ceux de l'adolescent, mais je vais te le redire autant de fois qu'il le faudra, jusqu'à ce que tu y croies : ne t'inquiète pas. S'il était arrivé quoi que ce soit d'irréparable à Isaac ou à Derek, Lydia l'aurait senti, elle nous aurait avertis. J'ignore pourquoi les chasseurs les gardent en vie, mais je sais au moins une chose : on les retrouvera avant que les O'connor n'en décident autrement. Laisse-nous nous occuper de tout ça. Fais-nous confiance et ne te concentre que sur une chose : ton enfant.

Stiles expira puis hocha la tête. Talia semblait croire ce qu'elle lui disait, il devait lui faire confiance, il devait l'écouter. Tout redeviendrait comme avant, bientôt, c'était une promesse.

oOoOo

Rassuré : voilà dans quel état d'esprit était Stiles depuis son entrevue avec Talia. D'autant plus qu'en pleine après-midi, Laura avait reçu un coup de téléphone de la part de Scott. Son meilleur ami était encore parti avec Lydia, s'acharnant à poursuivre coûte que coûte les recherches, ne lâchant rien. Cette fois-ci, ils s'étaient rendus sur le terrain de basket-ball du lycée, là où le match avait eu lieu avant que tout ne bascule, dans l'espoir de trouver un indice. Et, cette fois-ci, enfin, la chance leur avait souri, ils avaient réussi. Ils savaient où aller, où chercher leurs amis et bientôt ils sauraient quoi faire.

Dès que la nouvelle tomba, les événements s'enchaînèrent très vite, trop vite pour que Stiles puisse correctement les suivre en détail, mais il en comprenait l'essentiel.

Malia, Boyd, Jackson, Peter, Talia et Allison avaient rejoint Lydia et Scott et avaient prévenu au passage les Argent et les autres meutes de la région qu'ils s'apprêtaient à agir.

Laura, Erica, Stiles et Cora étaient, quant à eux, restés chez les Hale. Erica était encore trop faible pour se battre – même si elle avait tout de même bien récupéré. Cora était trop jeune. Stiles était humain et en pleine grossesse. Quant à Laura, elle était restée pour assurer leur sécurité.

Par conséquent, afin de ne pas attendre sans rien faire, ils s'étaient retrouvés tous les quatre dans la cuisine pour préparer le repas du soir. Laura avait décidé que ce jour-là, le plat principal servi à table serait du bœuf bourguignon. Plat qu'elle n'avait jusqu'ici jamais exécuté.

La voir batailler avec la viande pour la couper en petits cubes symétriques était le meilleur comme le pire spectacle auquel assister. Cora poussait de petits cris de terreur à chaque fois que Laura plantait son énorme couteau à coups de grands gestes démesurés et brutaux dans le bœuf, effrayée par la perspective que sa sœur aînée ne se coupe un doigt. Stiles en venait à se demander comment Laura avait fait jusqu'ici pour tous les nourrir pendant tout ce temps. La louve était une vraie catastrophe ambulante à elle seule quand il s'agissait de manier le moindre ustensile de cuisine. Erica, de son côté, était sûre que Laura était la pire cuisinière qu'elle eût jamais connue.

- Laura, je t'en supplie, intervint Erica pliée de rire, laisse-moi couper cette foutue viande avant qu'un accident arrive !

- Ce n'est pas de ma faute si elle est aussi résistante que du caoutchouc ! couina Laura, les dents serrées, les yeux louchant presque tant elle se concentrait sur le découpage de ces satanés morceaux de viande.

- Un loup-garou qui n'arrive pas à venir à bout d'un morceau de viande, ricana Stiles, tu devrais avoir honte !

Faire la cuisine fut au final, un moyen plutôt efficace de faire passer le temps et de retrouver un semblant de sérénité. Ils cogitaient bien sûr tous un peu, intérieurement, se demandant où en était la meute, si elle avait réussi à retrouver les deux derniers bêtas, mais chacun garda ses questions pour soi. Personne ne voulait plomber l'ambiance.

En fin de journée, le téléphone sonna enfin. Laura sortit précipitamment de la cuisine pour répondre, fermant la porte derrière elle.

Erica, Stiles et Cora se retrouvèrent tous les trois, plongés dans l'expectative et l'angoisse. Un silence absolu régnait désormais dans la cuisine. Il était difficile de croire que ces trois personnes riaient ensemble de bon cœur, à peine quelques minutes auparavant.

Stiles trouva le temps long, extrêmement long. Assis à la table de cuisine, face à Erica, il aurait voulu se lever, sortir de la pièce, et prendre part à la discussion téléphonique que Laura avait certainement, en ce moment même, avec l'un des membres de la meute. Il aurait voulu avoir immédiatement un résumé complet et détaillé de la situation. Savoir si tout s'était bien passé. Et plus que tout, il aurait voulu que Laura crie, à travers la porte, que tout le monde était dorénavant sain et sauf, que plus jamais ils n'auraient à entendre parler des chasseurs.

L'hyperactif fixa longuement les morceaux de pommes qu'il avait précédemment coupés, dans l'intention de faire un gâteau. Son pied droit martelait le pied de la table, nerveusement. Son cœur battait un peu trop fort dans sa poitrine, il se sentait bouillir d'impatience. D'une minute à l'autre, Laura pouvait débarquer dans la pièce. Elle afficherait alors une mine joyeuse et rayonnante – comme avant la disparition de son frère – ou bien triste et abattue.

Stiles avait l'impression qu'il n'avait pas passé assez de temps à se préparer au pire, car à présent, il avait l'impression de perdre tous ses moyens, de perdre complètement pied. Il avait l'impression qu'il était incapable de prévoir sa réaction si jamais les nouvelles s'avéraient désastreuses.

Le fils du Shérif détourna le regard des morceaux de pommes et leva la tête vers Erica. Cette dernière avait la tête penchée, l'oreille à l'affût du moindre son qu'elle pourrait capter, de la moindre bribe de conversation et on voyait qu'elle ne se gênait pas pour tenter d'écouter l'entretien. Elle avait l'air de ne pas perdre une miette de l'échange téléphonique entre Laura et la meute.

Erica arborait sur son visage une expression neutre qui ne permettait pas à Stiles de se faire une idée sur ce qu'elle pouvait bien entendre. Il ruminait ses pensées sur sa chaise, se retenant de poser la moindre question. Il ne voulait pas qu'Erica perde le fil de la conversation qu'elle espionnait, même si l'envie d'interrompre son écoute et de tout savoir tout de suite le démangeait furieusement.

Soudain, un minuscule rictus se forma sur les lèvres charnues de la jeune louve. Stiles eut un mouvement de recul, fronça les sourcils et plissa les yeux, gardant toujours le silence. Il ne voulait pas tirer de conclusion hâtive. Il se contraignit à interpréter avec la plus grande lucidité et la plus grande objectivité possible le sourire qui ornait et étirait progressivement les lèvres de son amie. Il voulait rester maître de ses émotions.

Un soupir de soulagement s'échappa des lèvres d'Erica et Stiles sentit instantanément ses épaules se relâcher. Il n'avait pas réalisé jusqu'ici qu'il était aussi tendu. Stiles se sentait comme libéré, allégé d'un poids énorme. Des centaines d'hypothèses optimistes affluaient dans son cerveau, un vif sentiment d'apaisement imprégnait chacune des cellules de son corps.

Incapable de prononcer un mot, l'humain n'arrivait pas à se décider s'il devait pleurer de joie ou sourire à pleines dents comme un idiot. Il était heureux, maintenant qu'il savait que Derek et Isaac allaient bien, qu'ils avaient été retrouvés et que la meute avait tenu sa promesse, tout comme Talia.

La porte de la cuisine s'ouvrit subitement, et Laura s'écria, pleine de vie :

- Ils les ont retrouvés ! Ils ont réussi ! Les chasseurs sont hors d'état de nuire, et Isaac et Derek sont de retour !

Ils avaient réussi.

oOoOo

Isaac était le plus touché des trois bêtas. Sternum fracturé, jambes et nez cassés, mutilations, traces de multiples injections. Isaac était incapable d'effectuer le moindre mouvement sans sourciller ni se crisper. Même respirer lui était douloureux. Il ronchonnait sans cesse, ce qui faisait dire à Deaton qu'il était le pire patient qu'il eût jamais connu !

Deaton avait dû lui injecter une dose considérable d'antidouleurs, lui fabriquer deux plâtres et entourer son torse de bandages. Isaac devait rester immobile. Il lui était interdit de faire le moindre mouvement, alors il était obligé de rester au lit, dans l'une des chambres que proposait le cabinet du vétérinaire. De toutes les façons, une fois bourré d'antidouleurs, Isaac avait cessé de râler et s'était écroulé, dormant comme une vraie marmotte.

Derek était resté lui aussi chez le vétérinaire avant de reprendre conscience, un peu avant Isaac. Il avait pu rentrer au bout de trois jours. L'état du fils Hale était moins critique que celui d'Isaac. Il avait bien sur le corps des marques, des plaies, des bleus horribles et des traces d'injections, mais rien de très grave. Il avait juste quelques côtes fêlées et un plâtre à la jambe droite. Il se déplaçait dorénavant avec des béquilles. C'était tout nouveau pour lui, voire impensable. Derek ? Avec des béquilles ?

Stiles devait avouer, qu'en enlevant le t-shirt de son copain, alors qu'ils étaient tous deux assis sur des tabourets dans la salle de bain, il avait eu quelques hauts le cœur. Le dos que lui présentait Derek collectionnait les bleus et des estafilades qui avaient entamé parfois profondément la chair. Face à cette vision difficilement supportable, Stiles regrettait presque d'avoir insisté pour désinfecter lui-même toutes les plaies du loup, mais, au final, armé de son flacon d'alcool et de son coton, il se montra courageux. Il avait horreur de la vue du sang, mais était prêt à faire un effort pour son petit ami. Il s'évertua donc à tamponner méticuleusement son coton imbibé de désinfectant sur la peau abîmée du loup. Dès le premier contact, Derek se redressa, poussant une petite plainte et ses protestations reprirent :

- Je n'ai pas besoin d'être désinfecté, ça va guérir tout seul !

Il tenta de se lever, mais fut bien rapidement rappelé à l'ordre par sa jambe plâtrée et ses muscles qui se mirent à le tirailler. Il reprit place sur son tabouret, agacé par l'obstination de son copain.

- Calme-toi. Un loup-garou devrait pouvoir survivre à un tel traitement, lança d'une voix placide l'humain, déterminé à ne pas se laisser déconcentrer par les protestations du loup.

Stiles ne pouvait s'empêcher de penser à Isaac en observant l'état de son petit ami. Il eut un petit pincement au cœur pour le bêta. L'hyperactif secoua la tête, ne voulant pas s'imaginer ce que les trois bêtas avaient pu endurer durant leur enlèvement.

- A quoi est-ce que tu penses ? s'enquit Derek, inquiet du silence de son compagnon.

Stiles soupira puis finit par répondre évasivement :

- A beaucoup trop de choses en même temps pour te les dire. Ce serait trop long.

- On a tout notre temps, rétorqua le brun, vu que tu mets trois à quatre heures pour t'occuper de deux ou trois plaies qui n'en valent absolument pas la peine, se moqua-t-il, en s'esclaffant mais tout son corps se crispa lorsqu'il ressentit une sensation de picotement suivie d'une douleur fulgurante au niveau de la poitrine à cause de ses côtes fêlées. Rire lui était devenu pénible.

Il se redressa, sans sourciller, et serra les dents, tâchant de rester immobile en attendant le nouveau et imminent coup de coton qu'allait lui infliger son copain. Mais à la place du coton, il sentit les doigts de Stiles lui pincer un bout de peau. L'hyperactif semblait avoir été contrarié par sa remarque.

Stiles rit, à la vue du loup qui se tordit d'agacement puis de douleur, oubliant une fois de plus que bouger réveillait ses blessures. Derek lui grogna dessus, l'engueulant au passage et l'hyperactif retrouva son calme avant de rire de nouveau. Affectueusement, il caressa du bout des doigts les omoplates de son petit ami, son sourire s'estompant petit à petit.

- Tu m'as manqué, susurra, avec des accents douloureux dans la voix, le fils du Shérif, posant avec tendresse sa joue gauche sur l'épaule chaude de son compagnon. Tu m'as vraiment manqué, répéta-t-il. Et, toi et moi, on va devoir avoir une discussion sérieuse, après tout ce qui vient de se passer.

Stiles ne rajouta rien de plus. Il se redressa, essuya maladroitement ses yeux qui commençaient à s'embuer de larmes. Il ne voulait pas craquer maintenant alors que tout était rentré dans l'ordre et que Derek n'avait aucunement besoin de ça, pas maintenant.

Il sentit des mains lui attraper les poignets et les éloigner de son visage. Puis deux bras vinrent l'enlacer, délicatement. Par réflexe, Stiles entoura à son tour la taille de Derek de ses bras, le serrant un peu plus fort contre lui et ignorant volontairement le petit gémissement de douleur qui s'échappa des lèvres du loup grognon. Il cala son visage au creux du cou de Hale et huma à pleins poumons l'odeur suave et agréable se dégageant de sa peau.

- Hey, souffla dans un murmure à peine audible le loup, ne pleure pas.

- Je ne pleure pas, contesta Stiles, empruntant le même ton que son compagnon. J'ai une énorme poussière dans l'œil, nuance.

Derek rit et ils restèrent ainsi un long moment, profitant de la chaleur de l'un et de l'autre. Au bout d'un certain temps, Stiles finit par se redresser. Il inspira profondément, remplissant ses poumons d'air frais, puis essuya d'un revers de main ses joues rougies par l'émotion et humides de larmes. Il posa son front sur l'épaule de son copain, et ses lèvres s'étirèrent en un minuscule sourire. L'hyperactif laissa sa main droite se frayer un chemin jusqu'à la chevelure du loup, puis se mit à masser le sommet de son crâne, provoquant rapidement chez son petit ami un petit grondement appréciateur. Des frissons électriques parcoururent voluptueusement le corps du fils du Shérif, quand il sentit les lèvres froides de Derek effleurer à plusieurs reprises la peau de son cou. Bientôt, il sentit la langue du loup relier d'un trait humide et brûlant chacun de ses grains de beauté. Se succédèrent ensuite des baisers chastes et doux qui se transformèrent progressivement en de petites morsures qui firent frémir de plaisir le jeune humain. Un petit gémissement brisa les remparts de ses lèvres, et Derek sembla s'en réjouir. Stiles pouvait très clairement sentir son sourire tout contre sa peau, tout comme il sentait sur tout son corps les diverses caresses qu'il lui prodiguait.

Se redressant, le cœur battant, Stiles dégagea doucement d'une main, le visage Derek du creux de son cou. Il se mit à admirer ses beaux iris, se perdant dans leur couleur vert d'eau, un instant, tandis que sa main glissait le long du visage de son petit ami, effleurant sa bouche, une bouche parfaite, une bouche qu'il désirait goûter, encore et encore.

Stiles s'en approcha, déposant d'abord sur les lèvres de son aimé un baiser timide, puis un second, plus gourmand, plus profond, un baiser d'amoureux.

Il sentit son tabouret être tiré brusquement vers l'avant, grinçant sur le carrelage de la salle de bain. Répondant immédiatement à la tentative du loup pour rapprocher leurs corps, Stiles emprisonna avec empressement sa taille entre ses jambes, entrechoquant leurs bassins l'un contre l'autre. Il l'embrassa, avidement encore et encore, laissant leur langue se retrouver et danser ensemble. La tête vide, emporté par les douces sensations qui le submergeaient, soulagé d'avoir de nouveau Derek près de lui, dévoré par le désir, Stiles ne voulait pas que cet instant prenne fin.

Alors qu'ils ne s'y attendaient pas, un claquement de porte fit sursauter les deux amoureux. Stiles s'éloigna rapidement de Derek, et il aurait manqué de tomber en arrière si son copain ne l'avait pas rattrapé de justesse.

Laura se tenait là, appuyée sur l'encadrement de la porte, les bras croisés et un grand sourire espiègle sur le visage. Juste à côté d'elle se tenait la petite Cora, une grimace de dégoût défigurant son joli petit visage. Ses petits yeux innocents avaient dû certainement en prendre plein les mirettes !

- Qu'est-ce que vous êtes mignons ! s'extasia l'aînée, souriant à pleines dents.

- Dégagez ! gronda Derek que Laura n'avait jamais vu si rouge.

D'ailleurs, il n'était pas le seul à être gêné. Stiles cachait son visage écarlate dans ses mains. Il ressemblait à une énorme tomate sur pattes.

- C'est tellement embarrassant, baragouina ce dernier.

oOoOo

Assis sur son lit, Stiles observait attentivement Derek s'habiller pour se rendre en cours. Déjà quatre jours que les vacances étaient terminées. Des vacances qui finalement, n'en avaient pas été. Les membres de la meute avaient été beaucoup plus occupés à rechercher les trois bêtas qu'à profiter de leurs jours de congé. Résultat : certains devoirs avaient été bâclés, voire carrément pas faits. Malia avait eu un zéro en cours d'espagnol, pour un exposé dont elle avait complètement oublié l'existence. La coyote avait encore du mal à le digérer. En ce qui concernait Erica et Derek, vu l'étendue de leurs blessures, ils avaient été dispensés de sport. Derek s'en était encore plaint hier. Il lui tardait de reprendre ses matchs.

Stiles reprit ses esprits, quand il sentit les lèvres son copain se poser sur les siennes pour lui donner un baiser rapide. Il regarda Derek se diriger vers la porte, puis s'arrêter avant de se retourner.

- Tu es sûr que tu ne veux pas que l'on passe voir Deaton ? s'enquit le loup.

- Je vais bien, Derek, c'est juste un mal de tête.

- Tu es pâle, insista ce dernier.

Stiles secoua doucement la tête de gauche à droite. Il ne se voyait pas aller chez le vétérinaire pour un simple mal de crâne. Et puis qu'est-ce que pourrait faire de plus Deaton qu'il n'avait pas déjà fait ? Un peu de repos serait certainement suffisant pour éliminer cette satanée migraine.

Stiles se leva du lit, se dirigea vers son copain, lui sourit du mieux qu'il put et lui attrapa les mains du bout des doigts.

- Je suis juste fatigué, articula-t-il.

- Si tu ne te sens pas bien, enfin, moins bien que maintenant, jure-moi que tu le diras à Laura.

- Je le lui dirai, soupira l'humain. Maintenant, va en cours.

- Ok, concéda Derek avant d'embrasser une dernière fois son compagnon.

oOoOo

Après le dernier cours la journée, Derek ne rentra pas tout de suite. Accompagné d'Erica et de Malia, il s'était rendu dans l'un des grands centres commerciaux de la ville afin d'acheter de la peinture. La chambre pour le bébé devait absolument être repeinte. C'est ce qu'avait décrété Stiles deux jours auparavant, alors qu'il était assis au beau milieu de la pièce. Et comme il ne pouvait se montrer en public dans son état, c'était Derek qui se coltinait les achats.

- Vous vous êtes vraiment assis au beau milieu de la chambre du bébé pendant une heure ? Juste pour choisir une couleur de peinture ? s'étonna Erica.

- Hum, confirma Derek, ses yeux ne quittant pas les indications écrites sur l'un des pots qu'il tenait entre les mains.

- Comment ça « hum » ?!

- Tu connais Stiles, soupira le loup. Il voulait que l'on visualise la chambre une fois terminée. J'ai eu droit à un long discours pour chaque couleur proposée. Les raisons pour lesquelles celle-ci était mieux que celle-là. Vu qu'il a dû diminuer sa dose d'Adderall pour contrôler son hyperactivité à cause de sa grossesse, son esprit divague un peu plus facilement que d'habitude.

- Oh. Et tu arrives à le canaliser ? Ma tante était hyperactive et mon père m'a souvent dit qu'elle était très difficile à vivre à cause de sa maladie. Mais bon, c'est vrai aussi qu'elle ne prenait pas ses médicaments. Avec un traitement, les choses sont peut-être différentes.

- Parfois c'est difficile, mais j'y arrive, à ma manière, haussa-t-il les épaules. Je commence à connaître son fonctionnement, maintenant.

Erica sourit puis se rendit compte que Malia n'était plus à ses côtés. Elle l'aperçut, sillonnant le rayon d'en face, d'un air distrait. La jolie blonde, ne put s'empêcher d'avoir un petit pincement au cœur en voyant la coyote à l'écart.

- Tu comptes l'ignorer encore longtemps ? demanda-t-elle à Derek qui mit quelques secondes avant de comprendre où voulait en venir son amie.

- Je ne l'ignore pas, objecta-t-il durement.

- Tu ne lui parles pas , Der'. Ça revient au même !

- Elle ne vient pas me parler non plus, souligna Derek, buté.

A cet instant Erica vit rouge. Elle arracha des mains du jeune homme son pot de peinture, et le posa violemment sur l'étagère, en face d'eux. Avant que Derek ne s'apprête à lui crier dessus, elle le coupa :

- Alors là , c'est complètement faux et tu le sais ! Malia a déjà plusieurs fois essayé de faire le premier pas ! C'est toi qui ne fais jamais le second, s'insurgea la blonde.

Derek la fixa, l'air ombrageux.

- Au cas où tu ne le saurais pas, reprit-elle, la voix tremblante d'indignation, car elle avait du mal à ne pas se laisser emporter par ses émotions, Malia était vraiment inquiète lors de ta disparition ! Elle t'aime, Derek, et je sais que tu l'aimes aussi. Assez en tout cas pour passer l'éponge sur ce qui s'est passé entre vous. Et…Et je dois avouer que ça arrangerait tout le monde ! C'est épuisant à la longue !

Erica se racla la gorge, gênée par le regard que lui adressait Derek. Il ne disait rien et cela ne voulait dire qu'une chose. Elle le connaissait. Quand il ne voulait pas aborder un sujet, il se murait dans le silence et vous ignorait complètement.

Réalisant qu'elle n'obtiendrait rien de lui, Erica poussa un petit grognement de mécontentement, excédée par cette tête de mule qui lui servait d'ami. Décidée cependant à ne pas abandonner la partie, elle se redressa de toute sa hauteur et alors qu'elle s'apprêtait à ouvrir de nouveau la bouche, elle vit Derek lui tourner le dos et se diriger vers sa cousine. Erica cligna plusieurs fois des yeux, n'arrivant pas à croire ce qu'elle voyait. Son discours avait-il fonctionné ? Non, vraiment ? Enfin ?

La louve eut un grand sourire victorieux, observant Derek s'approcher – non sans quelques tics nerveux – de la coyote. Elle les vit échanger quelques mots, intimidés, visiblement tendus et gênés. Ces quelques mots embarrassés marquaient leur réconciliation, la vraie. Ils allaient enfin recoller les morceaux. Victoire.

oOoOo

Cette fois-ci , ce fut Erica qui se sentit mise à l'écart pendant tout le trajet jusqu'à la maison des Hale. Finalement, elle regrettait déjà d'avoir participé à la réconciliation des deux cousins. Derek et Malia l'ignoraient désormais complètement, retrouvant progressivement leur complicité d'autrefois. Erica ne les avait jamais vus aussi bavards. Ils semblaient vouloir se raconter tout ce qu'ils n'avaient pas pu partager pendant toute la période où ils étaient restés fâchés, c'est-à-dire pendant près d'un an.

Quand ils arrivèrent devant la maison, ils purent voir Cora essayer d'attraper des lucioles, avec l'aide de Laura qui tenait un petit bocal en verre entre ses mains. La petite fille agitait son filet dans tous les sens, mais chacune de ses tentatives pour attraper l'une de ces bêtes lumineuses se soldait par un échec cuisant. Derek taquina Cora, lui disant qu'elle ne serait jamais capable de parvenir à ses fins, et la petite fille se renfrogna, hurlant qu'elle n'abandonnerait jamais, au grand désespoir de Laura qui en avait assez d'aider sa petite sœur à attraper ces maudites bestioles.

Erica s'engouffra dans la maison, à la suite de Derek, laissant Malia, Laura et Cora s'amuser à l'extérieur. Elle entendit une porte claquer à l'étage, ainsi que des pas précipités – ce qui ne présageait rien de bon – avant qu'elle n'entende la voix de Stiles.

- Mais qu'est-ce qui te prend ?! Attends ! Derek !

Erica fronça les sourcils, s'apprêtant à monter à l'étage pour voir ce qui se passait, mais elle se figea, en voyant soudain le couple dévaler les escaliers. Ou plutôt ce qu'elle vit , c'était que Derek traînait de force Stiles derrière lui pour l'emmener jusqu'à la porte d'entrée et le sortir de la maison. Il passa devant la louve sans même lui adresser un regard.

Erica courut presque à l'extérieur, mais s'arrêta sur le seuil de la porte , interloquée, les yeux écarquillés d'étonnement, hésitant à intervenir. Cora et Laura avaient arrêté de se chamailler, interrompues par l'apparition inopinée de Stiles et Derek, qui s'avéra loin d'être silencieuse tant l'hyperactif protestait vigoureusement contre le traitement qu'il se voyait infliger.

Derek avait traîné Stiles jusqu'à la camaro, le forçant à monter l'intérieur malgré ses plaintes .

Quand Laura décida enfin de bouger pour s'interposer, la camaro était déjà partie.

- Qu'est-ce qui se passe ?! demanda cette dernière à Erica, qui se trouvait toujours sur le seuil de la porte.

Erica se contenta de hausser les épaules et de secouer la tête de gauche à droite.

oOoOo

Stiles ne comprenait pas, ou il ne voulait pas comprendre. Pourquoi Derek l'avait-il emmené ici ? Pourquoi s'était-il montré aussi brusque et ne voulait-il pas répondre à ses questions ?

Assis sur la table de consultation, Stiles ne quittait pas des yeux le beau brun, attendant debout juste à côté de lui que Deaton finisse de poser ses questions.

- Je…J'avais mal à la tête ce matin. Je ne me sentais pas très bien mais c'est passé, j'ai dormi toute la journée et maintenant, je me sens mieux, expliqua Stiles, la gorge nouée.

- Il a eu des démangeaisons dernièrement, rajouta Derek d'une voix rauque.

- Des démangeaisons ? répéta Deaton.

- C'est passé, assura Stiles ayant du mal à dissimuler la panique qui montait en lui. J'ai déjà eu ce genre de chose avant la grossesse ! C'est juste une allergie !

L'expression grave qu'arborait le vétérinaire le rendit plus anxieux que jamais et le silence de son copain n'arrangea rien. Stiles n'arrivait plus à supporter la tension qui envahissait les lieux. Il se mit à ronger ses ongles, la gorge sèche et le souffle court. Il regarda Deaton réfléchir un instant puis celui-ci déclara :

- Bien, on va voir ça.

- On va voir quoi ? ne put s'empêcher de demander Stiles, d'un ton plus abrupt qu'il ne l'aurait voulu.

- On va voir si tout va bien, Stiles.

L'hyperactif ravala sa bile, nerveux, se refusant absolument à interpréter le sens de cette phrase. Un goût amer envahit son palais, et son cœur se mit à frapper à grands coups dans sa poitrine. Il attrapa la main de Derek et la serra dans la sienne, la pressant avec force, tout en ne quittant pas une seule seconde le vétérinaire des yeux.

oOoOo

Deaton avait commencé par procéder à des vérifications de base, comme il le faisait à chaque rendez-vous. L'expression de son visage, impassible, agaçait Stilinski. Stiles avait l'impression que tout le monde dans cette salle pouvait entendre son cœur s'affoler dans sa poitrine, alors que le vétérinaire passait une sonde sur son ventre recouverte de gel, regardant attentivement l'écran devant lui.

Soudain, Deaton s'éloigna, l'air grave. Stiles le vit se crisper, les lèvres pincées. Il le vit lancer un regard de biais à Derek, et Stiles se tourna vers lui, espérant que son copain briserait ce silence qui lui était devenu insupportable. Mais au lieu de l'entendre prendre la parole, il sentit le loup lui lâcher la main, démêlant leurs doigts, ce qui provoqua une sensation de vide dans tout le corps de l'hyperactif. Puis il se dirigea lentement vers la sortie du cabinet, laissant Stiles et le vétérinaire seuls. Derek avait compris ce que Stiles ne voulait pas comprendre, ce qu'il refusait de croire.

- Stiles, l'interpella Deaton d'une petite voix.

Il semblait prendre ses précautions en s'adressant à lui.

L'hyperactif sentait ses mains trembler. Ses yeux le brûlaient. Il ne voulait pas entendre ce que Deaton avait à lui dire. Il voulait se lever et partir, mais il se sentait comme collé à cette foutue table de consultation, le corps lourd et dénué de force. Stiles détourna donc lentement ses pupilles de la porte que Derek avait franchie une seconde plus tôt, et rencontra le regard du vétérinaire, rempli d'empathie. Une empathie que Stiles aurait souhaité ne jamais voir dans ses yeux.

- Stiles, répéta Deaton dans un soupir, se redressant avant de lâcher d'une voix faible : Je suis désolé.

- Désolé de quoi ? déglutit difficilement l'adolescent, l'intonation de sa voix se brisant malgré lui.

Stiles avait besoin de l'entendre. Sinon, il ne pourrait pas croire en ce que le vétérinaire s'acharnait à lui faire comprendre.

Il sentit une main se déposer sur son avant-bras, puis :

- Son cœur ne bat plus, déclara Deaton. Je suis vraiment désolé.


Pin pin pin ! Voilà pour le chapitre 11 ! Qu'est-ce que vous en pensez ? Bon, je sens que certains ne vont pas être très heureux...^^"