Bonjour à tous.

Et oui, je suis bien vivante et de retour. Pour commencer, je tiens à m'excuser pour cette longue absence de plusieurs années. J'ai rencontré beaucoup de problèmes dans ma vie personnelle liés à ma santé et qui ont impacté ma capacité à écrire. Cette période difficile m'a mené à la fameuse page blanche qui à durer, encore et encore. Mais, j'ai tenu à m'accrocher et à terminer cette histoire (même si bon nombre d'entre vous n'attendent plus sa fin et ont complètement oublié de quoi parlait cette fanfiction). Car je sais à quel point cela peut être frustrant ne pas avoir accès à la fin d'un récit qu'on a apprécié !

Je tiens à remercier toutes les personnes qui pendant ces années fantômes m'ont tout de même laissé des petits messages et des commentaires pour donner leur avis sur cette fanfic ou simplement me demander où en était l'écriture. Vous m'avez motivé à ne jamais abandonné. Je remercie également Sabou, une très belle rencontre, qui m'a fait l'honneur de se proposer comme bêta lectrice. Vous pouvez la suivre (ici : u/1400534/Sabou) , elle écrit également des fanfictions, concernant l'univers d'Harry Potter, et possède une imagination débordante.

Tout ça pour vous dire que je reviens aujourd'hui en ayant (afin !) réussi à écrire l'entièreté de "Aucune probabilité". (Oui, oui, j'ai tout écrit.) Les chapitres sont au chaud dans mon ordinateur et je compte biens les publier.

Je vous laisse donc avec le chapitre 13, en espérant qu'il vous plaise et avoir un retour de votre part.


Bêta lectrice : Sabou


Chapitre 13

La pleine lune. Une dure journée de travail venait de s'achever pour Laura Hale. La jeune louve était exténuée. Qui aurait cru que le job de secrétaire médicale pouvait demander autant d'effort et d'investissement ? Elle avait couru toute la journée à la recherche de dossiers à classer. Elle avait reçu d'innombrables appels téléphoniques au point de ne plus pouvoir s'éloigner de son bureau plus de deux minutes. Sans parler de ses pauvres doigts qui étaient devenus douloureux d'avoir sens cesse frappé son clavier d'ordinateur. Cette dernière journée entre les murs de l'hôpital de Beacon Hills avait été exténuante, jusqu'à faire naître chez Laura une incroyable migraine.

Son cerveau était prêt à exploser alors qu'elle roulait à toute vitesse en direction de sa maison. La nuit arrivait à grand pas et ce soir la pleine lune serait au rendez-vous. Laura devait absolument rentrer au plus vite avant que la nuit ne tombe. C'était impératif. Cependant, elle avait pris beaucoup trop de retard et craignait de ne pas réussir à atteindre son point d'arrivé à temps.

oOoOo

Lorsqu'elle gara sa voiture devant la maison familiale des Hale, un sentiment de soulagement la parcourut. Ses épaules se détendirent tandis qu'elle lâchait enfin son volant et s'autorisait une pause de quelques minutes, la tête rejetée en arrière. Rassurée, elle ferma les yeux, puis poussa un long soupire, sentant son anxiété disparaître à petit feu. Sa mère était rentrée en temps et en heure. D'ici, Laura pouvait reconnaître l'odeur rassurante et familière de l'alpha qui s'échappait de la grande maison. Désormais, elle savait que son frère était entre de bonnes mains. Sa mère saurait maîtriser la situation si celle-ci venait à déraper.

Laura se laissa donc aller, toujours assise à l'avant de son véhicule, admirant la lune, plus ronde que jamais, trônant au sommet du ciel parmi des milliers d'étoiles. Apparemment, depuis un certain temps, Derek ne parvenait plus à contrôler son loup. Celui-ci n'avait cessé de se manifester ces derniers mois, et le jeune homme avait craint, voyant la date de la pleine lune se rapprocher à grand pas, de ne pas pouvoir se maîtriser une fois que l'astre de la nuit sortirait complètement de sa cachette. Il en avait donc parler à sa mère, préférant éviter le moindre désastre, et celle-ci en avait à son tour toucher deux mots à Laura, lui donnant comme responsabilité de surveiller et de dompter son cadet si jamais ce dernier se retrouvait – malgré lui – contrôlé par son instinct animal. La louve avait bien évidemment failli à sa mission puisqu'elle était rentrée avec plus d'une heure de retard. Laura savait qu'elle en payerait inévitablement le prix.

Après ces quelques minutes de procrastination, Laura se décida enfin à sortir de sa voiture, attrapant au passage son sac à main posé sur le siège passager. Elle s'avança, avec une effroyable lenteur, vers la porte d'entrée de la maison, une boule à l'estomac. Elle entendait déjà sa mère lui passer un savon, et malgré son âge, Laura se sentait toujours comme une petite fille lorsqu'elle était sur le point de se faire sermonner. L'adulte réajusta la bandoulière de son sac sur son épaule puis ouvrit enfin la porte, s'engouffrant sans grand enthousiasme dans le hall d'entrée.

Personne ne vint l'accueillir, pas même Cora, qui d'habitude se précipitait vers elle à son arrivée, les bras grands ouverts et un sourire immense déformant son visage joufflu. Laura plissa le nez, essayant de capter les diverses émotions qui se baladaient dans la maison. Ses narines furent tout d'abord asphyxiée par une odeur acide ne pouvant traduire autre chose qu'un sentiment de colère ou d'irritabilité. Puis une autre vague la frappa, bien différente de la première, cette fois-ci détenant des émotions telles que de la frustration et de la tristesse, et Laura n'eut pas besoin de se concentrer davantage pour savoir d'où elles pouvaient provenir. Cela faisait des jours que ces émotions ne quittaient plus Derek. Sa sœur ne savait définitivement pas quoi faire pour lui remonter le moral et elle s'en voulait terriblement. Laura espérait sincèrement que cet état, dans lequel était plongé son frère, passerait.

Déposant son sac près des parapluies, à l'entrée, Laura perçue une troisième odeur et reconnue presque instantanément son oncle. Un mélange de malice, de joie, avec un peu d'excitation enfantine et ces délicieux effluves de thé au gingembre. La louve décida de suivre son odorat qui l'emmena jusqu'au salon. Comme prévu, elle retrouva Peter assis sur le canapé, tasse de thé entre les mains, visionnant un documentaire animalier qui semblait plus que captivant.

Il mit un temps fou avant de se retourner pour jeter un coup d'œil à sa nièce. De ses grands yeux bleus, il la toisa rapidement du regard avant de lui lancer, un sourire dans la voix :

- Si j'étais toi, j'irais de ce pas rejoindre ta mère dans la cuisine. Histoire de ne pas l'énerver plus qu'elle ne l'est déjà.

Le ton chantant de Peter la déstabilisa légèrement. Talia était-elle aussi en colère qu'il le laissait présager ? Quand son oncle était aussi joyeux, c'était qu'une tempête s'apprêtait à exploser et Laura n'avait aucune envie d'en subir les dégâts. Elle resta donc immobile, presque paralysée, malgré l'avertissement du père de Malia.

Si Laura avait eu douze ans, elle se serait probablement enfermée dans sa chambre, cherchant comme une idiote à fuir les représailles. Cependant, aujourd'hui, elle n'avait plus cet âge et savait avec expérience qu'aucune porte, aussi verrouillée soit-elle, ne parviendrait à arrêter une mère-garou en colère.

A cette conclusion, Laura esquissa une petite grimace, puis soupira. Effectivement, Peter avait raison. Il valait mieux affronter sa mère maintenant qu'une fois sa rage décuplée d'ici quelques minutes. La jeune femme prit alors son courage à deux mains, enferma toutes ses craintes au placard et se dirigea à contre cœur vers la cuisine. En un claquement de doigts, elle se retrouva devant la porte. D'un geste rapide et déterminé, elle l'ouvrit puis s'engouffra dans la pièce prête à recevoir sa sentence.

Sa respiration était presque coupée alors qu'elle observait en silence sa mère qui lui tournait le dos, assise à la table. Timidement, la plus jeune s'approcha, contournant avec brio l'alpha, pour venir s'installer sur la chaise d'en face. Une fois assise, la gorge nouée, Laura s'attela à regarder son aînée couper de magnifiques tomates en rondelle, toutes aussi identiques les unes que les autres. Le couteau de cuisine qu'utilisait sa mère frappait énergiquement le plan de travail à en faire trembler la table à chaque coup infligé aux pauvres petites tomates. Au fur et à mesure que le silence s'éternisait, Laura sentait son corps se crisper et son sang bouillir sous sa peau, alors que, mentalement, elle s'évertuait à garder son calme, ses ongles enfoncés dans le tissu de son pantalon.

Quand l'alpha leva enfin son regard courroucé dans sa direction, Laura ressentit un étrange sentiment de soulagement l'envahir. Elle se demandait combien de temps encore sa mère se murerait dans son silence angoissant. Heureusement, celui-ci ne dura pas éternellement et Talia finit par enfin prendre la parole d'une voix sèche et amère :

- J'ai cru que tu ne rentrerais jamais.

Le ton sarcastique de l'alpha fit frissonner une seconde le cœur de sa fille dont les mains devenaient de plus en plus moites sous la table. Laura ne se démonta pas pour autant, prête à fournir des explications à sa mère si cela pouvait lui éviter la longue et désagréable engueulade qui allait probablement suivre. Elle gonfla donc ses poumons et se lança avant même que Talia ne puisse poursuivre :

- Écoute, commença la jeune femme en se frottant le front, je ne vais pas passer par quatre chemins. J'avais beaucoup de travail au bureau aujourd'hui et je n'ai pas vu le temps passé, haussa-t-elle les épaules, l'air désolé. Ce sont des choses qui arrivent ! J'étais débordée. Et je comprends que tu puisses être en colère contre moi, mais finalement, je crois aussi constater, que Derek ne s'est pas transformé et qu'il va bien, alors il n'y a pas de raison pour que je me fasse enguirlander ce soir. Je suis crevée et j'aimerais juste passer à autre chose !

Laura se mordit la lèvre inférieure une fois son tour de parole terminé. Sa mère avait presque l'air choqué par son discours, les lèvres entrouvertes et les yeux écarquillés. Elle n'en croyait pas ses oreilles et pourtant, Laura n'avait aucune idée de ce qui provoquait chez l'alpha une telle réaction. La jeune adulte se redressa sur sa chaise, tentant d'ores et déjà de trouver un moyen pour désamorcer cette bombe qu'elle semblait visiblement avoir elle-même actionnée par inadvertance. Mais d'un ton venimeux sa mère reprit bien avant qu'elle n'en eût le temps, ses paroles frappant la jeune fille comme une gifle.

- J'ai eu tort de te faire confiance. Tu m'avais certifiée que tu trouverais un moyen de rentrer avant que la lune ne se lève.

- Je sais, répliqua doucement Laura, espérant parvenir à adoucir cette colère qu'elle voyait – impuissante – grandir dans les iris de sa mère.

Mais elle obtint tout le contraire. Lâchant son couteau, Talia poussa un long soupir débordant d'animosité. Sa mâchoire était crispée, et ses traits tirés, au point que Laura commençait à avoir du mal à la reconnaître.

- Tu sais, et pourtant tu n'étais pas là quand je suis rentrée, lança entre ses dents l'alpha, le regard sévère. As-tu la moindre idée de ce qui aurait pu se passer, si ton oncle et moi n'étions pas rentrés en avance ? poursuivit-elle. Cora était toute seule avec ton frère ! Tu penses vraiment qu'à son âge elle aurait pu maîtriser quoi que ce soit ?! Je n'en reviens pas que tu ne puisses pas te rendre compte du danger auquel tu as failli l'exposer ! Elle aurait pu finir blessée ou pire encore ! s'écria l'adulte en effectuant de grands mouvements à l'aide de ses mains, incapable de se contrôler davantage.

Talia pouvait être apte à montrer une patience sans faille lorsqu'il s'agissait de problèmes concernant des individus quelconques, mais quand cela concernait sa famille, leur sécurité, cette qualité s'avérait être mise à rude épreuve. Avant d'être un loup, elle était d'abord une mère, et aucune mère ne supporterait de voir l'une ou plusieurs de ses progénitures en danger. Talia aurait aimé plus que tout que Laura puisse le comprendre.

- S'il était arrivé quoi que ce soit à Cora, Derek ne se le serait jamais pardonné. Moi non plus, souffla plus calmement l'alpha, libérée de la tension qui l'obstruait jusqu'à présent. Et je sais que toi aussi, Laura, ça t'aurait beaucoup affecté.

L'aînée de la fratrie Hale se sentit soudainement honteuse face au point de vue de sa mère qui lui paraissait maintenant si juste et évident. Laura n'avait pas une seule fois pensé au bien-être de sa sœur cadette ou à celui de son frère. Elle s'était montrée irresponsable, idiote et égoïste. Sa négligence aurait pu entraîner de véritables catastrophes et maintenant qu'elle s'en rendait compte, s'excuser lui semblait être trop peu pour se faire pardonner.

- Je… Je suis désolée, souffla-t-elle tout de même dans un bégaiement. Je n'avais pas réalisé ! Je ne voulais pas, vraiment. Je ne voulais pas les mettre en danger, s'agita-t-elle, ses yeux clairs rivés sur ses mains. Je me sens tellement débile. Tellement ! Tu n'as pas idée à quel point, maman.

Lorsque qu'elle releva la tête vers sa mère, Laura fut surprise de la voir sourire. Ce n'était pas un grand sourire exprimant une joie intense, mais plutôt l'un de ces sourires qui avait le don de vous rassurer à chaque fois qu'il vous était destiné. Laura sourit faiblement à son tour, incertaine du comportement qu'elle devait à présent adopter.

- Laura, souffla la louve, je ne te dis pas ça pour que tu te mettes à culpabiliser. Crois-moi. C'est juste que…, s'interrompit-elle à la recherche de ses mots avant de reprendre une fois trouvés. J'ai besoin de toi. Vraiment, insista Talia. Je… Je sais qu'avec ton nouveau job tu n'as pas toujours le temps de te préoccuper de tous ce qui se passent à la maison, mais j'aimerais savoir que je peux compter sur toi lorsque j'en ressens le besoin. Je ne peux pas réclamer cette aide auprès de ton oncle, soupira-t-elle, agacée. Il est irresponsable, et je passe déjà mon temps à le surveiller pour être certaine qu'il ne puisse jamais renouer avec ses anciennes ambitions malsaines et parfois dangereuses pour nous tous. Crois-moi, si j'avais pu m'occuper de tout toute seule je l'aurais fait, mais parfois je suis juste surchargée et épuisée, confessa-t-elle. Je dois déjà gérer les différentes meutes des villes voisines qui ne cessent de créer des conflits, préserver la paix, garder un œil sur Peter, et m'occuper de ta petite sœur encore trop jeune pour se prendre en charge. Sans compter que, moi aussi, je travaille, et m'occuper de tout est parfois au-dessus de mes forces.

Talia secoua légèrement la tête se laissant aller à une pose de quelques secondes, tandis que Laura n'osait prendre la parole de crainte de l'interrompre. Ce n'était pas tous les jours que sa mère faisait l'effort de se confier, ou de même s'expliquer sur ce qui la poussait à agir comme elle le faisait depuis toujours. Laura resta donc attentive aux paroles de sa mère quand celle-ci se décida à reprendre :

- Tu as dû remarquer que ton frère n'allait pas très bien ces derniers temps, soupira de plus belle la plus âgée. Il a vraiment besoin de soutien. Et avec tous ce que j'ai déjà à faire, je ne peux être là pour lui comme je le voudrais, avoua la louve, le regard ancré dans celui de sa fille. Et… Il est hors de question qu'il se sente délaissé ou mis de côté ! Alors même si ton travail englobe une grande partie de ton temps, Laura, veille au moins sur ton petit frère. Au moins quand je ne suis pas là, fais-le pour moi. D'accord ?

- Je… Ok, hocha vivement la tête la jeune femme après une minute de silence. Je ne te décevrais pas cette fois, promis.

- Merci, ma puce.

Le sourire de Talia lui redonna un peu de force, puis sous la permission de celle-ci, Laura se leva enfin de sa chaise prête à quitter la pièce. Elle avait maintenant une mission, et il était désormais inconcevable pour la jeune femme de faillir à celle-ci. Elle respecterait sa promesse jusqu'au bout.

oOoOo

Stiles ouvrit le robinet d'eau chaude et le liquide fiévreux se déversa à grande vitesse dans la baignoire. Il resta quelques minutes, assis sur l'un des tabourets à disposition, pensif, tandis qu'une buée chaude et relaxante commençait à envahir la pièce.

Deux jours s'étaient écoulés depuis que l'hyperactif avait dû – sans vraiment avoir le choix – affronter son père. Désormais, jusqu'à nouvel ordre, le fils du Shérif était privé de sortie. Il pouvait faire une croix sur sa jeep. Roscoe resterait garée devant la maison jusqu'à ce que l'agent Stilinski en décide autrement. C'était son père lui-même qui l'amènerait jusqu'au lycée dorénavant. L'adolescent avait vu rouge lorsque le policier lui avait annoncé sa sentence. Cependant, le Shérif n'avait pas plié et Stiles avait dû, malgré lui, se soumettre aux exigences de son père.

C'était cela ou se rendre chez un psychologue, et les psy, Stiles en avait horreur depuis sa tendre enfance. Plus jeune, il avait rencontré une bonne poignée de ces spécimens. Il les connaissait, eux et leurs grands airs, pensant être assez intelligents pour pouvoir décréter dans quel état mental se trouvait être leur patient, et ainsi bouleverser leur vie entière. Névrosé, schizophrène, pervers narcissique, hypoactif ? Stiles possédait déjà son étiquette, et il n'en désirait aucune autre.

Afin d'éviter cela, l'adolescent devait désormais respecter le nouveau règlement que lui imposait son père. Règlement – d'ailleurs – que Stiles détestait déjà. Cependant, d'un certain côté, à quoi bon cela lui servirait-il de résister, de n'en faire qu'à sa tête ? Si jamais sa punition se retrouvait – par miracle – levée, Stiles savait qu'il ne ferait rien d'extraordinaire de ses journées. De toute façon, il n'avait nulle part où aller, et personne pour l'accompagner.

Ces dernières 48 heures, Stiles s'était éloigné de Theo et de sa bande. La trahison de Raeken lui restait encore en travers de la gorge. Et même s'il comprenait les motivations de son ami – aussi bienveillantes soient-elles – Stiles aurait voulu avoir un peu plus de temps avant que la bombe ne lui explose en plein visage. Maintenant, le fils du Shérif devait attendre que la tempête passe, et que sa colère se calme, avant d'approcher à nouveau le jeune Raeken, de peur de se laisser guider par sa rancœur et son impulsivité. D'autant plus que sans son Adderall, la moindre émotion négative fleurissant en lui, pourrait, malgré ses efforts, se retrouver décuplée et causer plus de dégâts que nécessaire.

Pour cette même raison, Stiles n'avait également pas essayé de renouer contact avec la meute. Cela lui aurait pourtant évité de passer ses journées seul, dans son coin, à attendre inlassablement que ses cours daignent enfin se terminer et qu'il puisse rentrer chez lui. Il ne savait de toute façon pas comment s'y prendre pour corriger la relation défectueuse qu'il entretenait aujourd'hui avec le groupe. Est-ce que s'excuser suffirait-il pour tout réparer ?

Le jeune homme avait l'impression, depuis quelques temps, d'observer son monde s'écrouler, s'émietter, petit à petit. La sensation que tout lui échappait des mains, glissant entre ses doigts avec agilité, sans qu'il ne puisse faire quoi que ce soit pour tout arrêter. Plus d'amis, plus de relations. Jusqu'où tout cela irait-il ? Stiles avait parfaitement conscience qu'il avait un rôle à jouer dans ce qui lui arrivait. C'était lui qui avait montré le besoin de prendre ses distances avec la meute, lui qui s'était montré exécrable avec absolument tout le monde, lui qui avait repoussé son petit-ami jusqu'à ce que celui-ci ne se décide progressivement à ne plus venir lui rendre visite. Stiles aurait aimé pouvoir expliquer son comportement, donner une bonne raison, mais il en était strictement incapable. Il savait que ce n'était pas uniquement à cause de son traitement qu'il avait interrompu sans en piper mot à personne.

En réalité, tout était la faute de ces émotions immenses qui rugissaient en lui tel un ouragan. Des émotions trop fortes, trop puissantes, pour qu'il puisse les contenir, là, à l'intérieur de son petit corps. Alors, il les extériorisait sous forme de colère subite, de renfermement non expliqué, d'agressivité. Et peut-être que ce n'était pas la meilleure façon de remédier au problème, mais Stiles n'avait pas le sentiment d'avoir le contrôle sur quoi que ce soit, et plus que tout d'avoir réellement le choix et la solution. Ces derniers mois avaient été difficiles pour lui, mais aussi pour son entourage qui avait dû subir sa colère, et ses changements d'humeur fréquents. Son père, Scott, Lydia, Derek, et tous les autres, lui pardonneraient-ils si jamais Stiles réussissait à changer de comportement ?

De justesse, le fils du Shérif coupa le robinet. La température de la salle de bain semblait avoir augmenté d'un cran, et cela plut particulièrement à Stiles. La chaleur qui flottait dans la pièce rendait l'atmosphère agréable. Des nuages de fumés dansaient au-dessus de la baignoire désormais remplie. Stiles n'avait plus qu'à s'installer à l'intérieur. Chose qu'il fit, une fois ses vêtements ôtés, et déposés dans le bac à linges sales. L'adolescent mit un temps fou avant de se relaxer, la tête rejetée sur le bord de la baignoire, observant silencieusement le plafond blanc. Crispé, il n'arrivait pas à se détendre, et cela malgré la fatigue énorme qui l'envahissait.

Pour cause, sa journée avait été épuisante. Après tous les cours qu'ils avaient séchés, ces dernières semaines, Stiles se sentait à la ramasse par rapport aux autres élèves. Sans compter, que sans son traitement contre son hyperactivité et malgré ses efforts, suivre un simple cours représentait un véritable calvaire. Sans parler des examens qui ne faisaient qu'approcher ne résolvant aucun de ses problèmes. Remonter la barre serait compliqué et Stiles savait bien que malgré ses capacités intellectuelles rattraper son retard lui demanderait un travail titanesque, qui engendrerait certainement de lourds sacrifices dans son quotidien.

A cette idée, l'adolescent soupira d'agacement tout en passant ses mains chaudes sur son visage, faisant trembler l'eau autour de lui. Il se laissa ensuite glisser contre la paroi de la baignoire, ses épaules disparaissant sous la mousse, puis inspira profondément, et essaya de se changer les idées.

Stiles désirait désormais penser positivement et effacer tous ses problèmes de sa mémoire l'espace de quelques minutes. Il se concentra alors sur des souhaits et des souvenirs heureux, songeant au soleil étincelant de ces derniers jours, aux comics éparpillés sous son lit, et à son maillot de lacrosse accroché derrière la porte de sa chambre.

Les miettes de joie qu'il venait de réunir s'effondrèrent cependant en un instant lorsque sa main se déposa par inadvertance sur son ventre. Toutes les belles images disparurent en un claquement de doigt, et Stiles sentit de la tristesse subitement jaillir sous sa poitrine. Il ne parvint pas à la réfréner, et soudain, il eut envie de pleurer, ses yeux se remplissant de larmes, et sa gorge se nouant. Stiles ferma avec force ses paupières, afin de stopper ce trop-plein d'émotion qui l'envahissait, tentant de garder un minimum de contrôle. L'image de sa mère effleura son esprit et il se mit à compter jusqu'à dix, respirant entre chaque chiffre, comme elle le lui avait si habilement appris à faire lorsqu'il n'était qu'un petit garçon. Chasser les mauvaises pensées.

Une dizaine de minutes passèrent avant que Stiles crût enfin retrouver son calme. Mais cela fut sans compter sur ses pensées qui se digèrent cette fois-ci – sans son autorisation – vers Derek. Le fils du Shérif eut beau essayer de se distraire avec la mousse de son bain, la sculptant du bout des doigts, son cerveau se refusa à rebrousser chemin, se dirigeant tout droit et tête baissée vers le loup-garou. Quelques souvenirs remontèrent à la surface, et l'humain se sentit une fois de plus submergé par une vague d'émotion aussi désagréable que la première.

C'était le premier bain que Stiles prenait sans le loup-garou depuis qu'il avait cru bon de retourner vivre chez son père. Le premier, également, depuis que son ventre avait perdu en volume et que ce petit être en-dessous n'existait plus.

En quelques mois, beaucoup de chose avait changé. Alors que Derek et lui avaient pensé enfin réussir à établir un semblant de stabilité dans leur couple, leur relation s'était vue bouleversée par la perte de leur enfant. Et aujourd'hui celle-ci ne cessait de se dégrader un peu plus chaque jour.

Ces deux derniers jours Stiles avait essayé de renouer contacte avec Derek, lui envoyant des messages, tentant de l'avoir au téléphone, de le croiser dans les couloirs du lycée, de s'excuser pour son comportement excessif, pour les mots trop forts qu'il s'était permis d'employer, mais toutes ses tentatives s'étaient soldées en un échec. Le loup était aux abonnés absents, il ne répondait plus, ne se souciait plus, ne voulait plus.

Ces deux précédentes nuits, Stiles avait intentionnellement laissé la fenêtre de sa chambre ouverte, espérant que Hale montre le bout de son nez, ravalant sa fierté, prenant sur lui comme il l'avait fait pour chacune de leurs précédentes disputes de ces derniers mois. Seulement, le fils du Shérif était désormais forcé de constater que Derek ne ferait cette fois-ci pas cet effort supplémentaire, qu'il ne tenterait pas d'apaiser les tensions entre eux et qu'il ne débarquerait pas au beau milieu de la nuit, dans sa chambre, pour recoller les morceaux.

Stiles sentit son cœur se broyer sous sa poitrine en réalisant cela. La colère lui compressant le cerveau, il ne s'était jamais sentit aussi idiot et stupide qu'à présent. Il avait réussi à tout perdre en quelques mois, et ne savait définitivement plus comment s'y prendre pour arranger la situation. Ses pensées coexistaient dans un désordre immense qui l'empêchaient de réfléchir clairement et de trouver une solution. Ses émotions, quant à elles, le malmenaient et le poussaient à prendre les mauvaises décisions.

Stiles finit par fermer une nouvelle fois les yeux, les sentant s'humidifier de plus belle. Il ne voulait pas pleurer, mais apparemment ses nerfs ne lui laissaient pas le choix. Il se retrouva alors une fois de plus, inondé par ses sentiments, craquant complètement.

- Fais chier, susurra-t-il furibond, la mâchoire serrée, son front posé sur ses genoux, las.

Subitement, la porte de la salle de bain s'ouvrit et automatiquement Stiles se redressa. Il s'aspergea le visage d'eau tiède pour éliminer toute trace de mauvaise mine puis regroupa de la mousse autour de lui pour cacher son anatomie.

- Papa, bougonna le jeune homme, une fois l'effet de surprise dissipé.

La couleur cramoisie que prenaient certainement ses joues fit naître un minuscule sourire sur les lèvres de son père avant que celui-ci ne se décide à lancer, taquin :

- C'est moi qui te donnais le bain quand tu ne mesurais pas plus haut que trois pommes. Je sais à quoi tu ressembles !

- Oui, et ben aujourd'hui je te signale que j'ai grandi et j'aimerais avoir un peu plus d'intimité ! rétorqua le plus jeune dans une grimace, bien plus violemment qu'il ne l'aurait voulu.

Pendant un instant, l'adolescent fusilla du regard son père, avant que ses pupilles mordorées, bien qu'électriques, ne se laissèrent distraire par le sachet que tenait fermement le Shérif dans sa main droite. Un motif vert figurait sur le sac. Stiles ne mit pas longtemps avant de reconnaître le logo de la pharmacie d'à côté.

- Voilà, annonça tout sourire le Shérif en posant lourdement le sachet sur le bord de l'évier. Ça aura mis un peu de temps, mais voici ton Adderall.

Face à cette déclaration qui semblait enjouer son père, Stiles se contenta d'hocher la tête, espérant secrètement que le policier partirait aussitôt son annonce terminée. Cependant son souhait ne s'exauça pas. Au lieu de s'en aller, le Shérif lâcha le sachet, et sans bouger, se mit subitement à examiner son fils du coin de l'œil, l'air soucieux, alarmé.

- Stiles, reprit finalement le policier d'un ton beaucoup plus pondéré. Est-ce que ça va ?

- Oui, répondit mollement l'adolescent. Quoi ? Tu crois que je vais encore jeter mes médocs dans les toilettes ? demanda-t-il en s'efforçant de sourire. Ne t'inquiète pas papa, tu peux dormir tranquille, je ne recommencerais pas. Je te l'ai promis, roula-t-il des yeux.

Le policer sembla bloqué quelques secondes, hésitant, mais il finit enfin par hocher la tête, se disant peut-être qu'il se faisait des idées, qu'il s'inquiétait pour rien. Et Stiles ne comptait pas aller à l'encontre de cette conclusion.

Il se sentit pris d'un immense soulagement lorsqu'il vit son père tourner les talons en direction de la porte. Mais alors qu'il pensait enfin pouvoir se retrouver à nouveau seul avec lui-même, le Shérif rebroussa chemin, se plantant une nouvelle fois devant lui. L'adulte jeta un coup d'œil au sac qu'il venait d'apporter, puis deux belles rides se formèrent sur son front, signe que sous son crâne des milliers de questions sans réponses cohabitaient et le perturbaient. Tel un inspecteur, le policier en pleine réflexion organisa ses pensées dans le silence. Une fois prêt, il déclara :

- J'ai téléphoné à Deaton aujourd'hui. Je sais que tu ne veux pas en entendre parler, mais il m'a donné une adresse où tu pourrais consulter un psychologue et-

- Je ne veux pas, le coupa immédiatement l'adolescent, sec, catégorique.

Le Shérif soupira de plus belle, mais cette fois-ci, Stiles pouvait clairement lire de l'exaspération sur son visage, plus que de l'épuisement. Un court silence s'installa, laissant les deux hommes s'affronter mollement du regard. Malgré ce refus, que c'était vu offrir le Shérif, ses yeux azurés restèrent déterminés : il refusait d'abandonner.

D'un mouvement rapide l'adulte s'empara du tabouret près de la baignoire pour le faire traîner jusqu'à lui et s'y asseoir. Il croisa ensuite les bras, dévisagea une fois de plus son fils, l'analysant de fond en comble, puis après avoir gonflé ses poumons, reprit la parole :

- Ecoute, Stiles, je ne peux pas te laisser dans cet état. C'est au-dessus de mes forces. J'ai bien vu que tu n'allais pas bien, s'empressa-t-il de poursuivre en empêchant in extremis son fils d'ouvrir une nouvelle fois la bouche pour contester. Tu as beau répéter le contraire jour après jour, je ne suis pas aveugle, ni sourd. Je te connais, secoua-t-il la tête. Et cela fait des mois que ça dure. Tu-

- Je vais reprendre mon traitement, assura fortement le lycéen, et le Shérif pu lire dans son regard toute la bonne fois du monde, mais cela n'était malheureusement pas suffisant à ses yeux.

Il voulait revoir son fils sourire, parler de million de projets qu'il n'effectuerait probablement jamais, ou bien tout simplement agir comme un adolescent parfaitement équilibré de son âge. Et pour cela, le Shérif savait qu'il lui faudrait bien plus que deux ou quatre pilules par jour.

- Je vais le reprendre et tout redeviendra comme avant, continua Stiles la voix vacillante.

Il essayait de toutes ses forces de garder son calme, alors qu'il n'avait qu'une envie : exploser. Cependant, s'énerver, hurler, monter dans les tours ne servirait à rien. Écouter cette part de lui serait contre-productif et Stiles en avait parfaitement conscience. Il devait fournir des efforts considérables pour ne pas se laisser mener du bout du nez par ses émotions. Parce qu'il ne savait pas comment celles-ci ressortiraient et quels dégâts elles pourraient causer. Pour lui, cette situation, cette décision que son père prenait contre son gré, était injuste.

- Je…, tenta-t-il de reprendre plus posément. Je croyais qu'on avait passé un accord, relata-t-il en dernier recours. Tu m'avais promis que si je me comportais correctement, tu ne m'obligerais pas à aller voir un psy !

- Je sais, soupira le Shérif. Mais cet accord ne peut plus tenir. Il ne tient plus. Je… Je ne veux pas me battre contre toi, plaida immédiatement l'agent de police en voyant l'expression de son fils changer du tout au tout, basculant progressivement vers la colère.

Stiles ne voulait pas prononcer de parole qu'il regretterait plus tard. Il ne dit alors rien, ne cherchant même plus à contredire son père, ou à défendre son point de vue. Il se contenta de baisser la tête, et de respirer à plusieurs reprises profondément, la mâchoire serrée. Ceci dans le but de se calmer, d'endiguer cette impulsivité qui le détruisait en ce moment même, tout en lui foutant le bordel dans sa tête, se faufilant dans les moindres recoins de son corps sous la forme d'une chaleur brûlante. Puis soudain, la voix de son père vint dissiper ce nuage de rage et d'électricité qui l'aveuglait complètement, le coupant presque de l'instant présent. D'une voix douce et posée, le Shérif tenta d'apaiser la situation du mieux qu'il le put. Le dialogue, c'est ce que Claudia lui aurait certainement conseillé si elle avait été là. Le dialogue, et seulement le dialogue.

- Je ne veux pas me battre contre toi, répéta alors le Shérif. Je te le promets. Je veux juste que tu ailles mieux, et je sais que c'est difficile pour toi d'admettre que tu as besoin d'aide, mais tu ne dois pas avoir honte. Pas avec moi, pas avec toutes les personnes qui tiennent à toi.

Voyant son fils se débrider au fur et mesure, le Shérif respira enfin. Mais ce soulagement qu'il éprouva en se sentant redevenir maître de la situation disparut avant même qu'il n'eut le temps de comprendre ce qui se passait. De nouvelles émotions vinrent prendre possession de l'adolescent en face de lui, la colère laissa place à de la tristesse, sans transition, sans le moindre avertissement.

Le Shérif laissa un soupire traverser ses lèvres alors qu'il jetait un coup d'œil à l'Adderall, toujours fraîchement emballé et posé au même endroit où il l'avait laissé sur l'évier, puis son regard revint vers Stiles. Il semblait maintenant au bord des larmes et le Shérif savait pertinemment que cela était dû en grande partie à l'interruption brusque de son traitement. Lorsqu'il était encore tout jeune, Stiles passait souvent d'une émotion à une autre d'une vitesse incroyable et il avait fallu un petit moment au Shérif et à sa femme pour comprendre le problème et ainsi s'adapter.

A cet instant, Stiles ne trouva pas mieux que d'aplatir ses paumes sur ses globes oculaires pour empêcher le moindre liquide de s'étaler sur ses joues. Il était hors de question qu'il pleure, et cela même si ces yeux le brûlaient à en mourir. Son père et lui restèrent un long moment sans dire un mot et quand Stiles sentit enfin ses émotions s'adoucir, il laissa ses mains s'aventurer dans l'eau pour toucher le fond de la baignoire, libérant ses yeux rouges de toute pression. Son cœur battait encore avec force dans sa poitrine, mais il se sentait mieux, prêt à reprendre le dialogue. Son père sembla s'en rendre compte car sa voix traversa la pièce à la minute où Stiles releva les yeux vers lui.

- On peut démarrer doucement. Je veux dire… On pourrait, au début, juste commencer par une ou deux séances, reprit à voix basse le Shérif. Loup-garou, surnaturel, banshee. Tu pourras parler de tout avec ce psy. Et si ça te fait du bien, on continuera. Ok ?

- Ok, abdiqua finalement l'adolescent, d'une voix enrayée.

Un petit sourire se forma sur les lèvres du policier, ravi. Le Shérif attrapa ensuite le sachet dans lequel reposait encore l'Adderall, puis se leva, offrant un énième sourire à son fils, tentant cette fois-ci de l'encourager.

- Ça ira mieux, tu verras, lui lança-t-il avant de s'éclaircir la gorge et de reprendre. Je vais préparer le repas, et on se retrouve dans environ une heure pour manger. On va aussi essayer de reprendre ton traitement dès ce soir. Finalement le plus tôt sera le mieux. Et ça va certainement t'aider à dormir dans de meilleures conditions cette nuit.

Le Shérif se sentit parcourir par un sentiment de satisfaction, lorsque l'hyperactif secoua enfin la tête et lui offrit un petit sourire – presque minuscule mais sincère – pour lui montrer sa capitulation. Ce fut d'ailleurs la dernière image qu'il vit de son fils avant de quitter la pièce, le laissant sur une note de légèreté et l'impression de reprendre progressivement et enfin le contrôle de la situation. Le Shérif croyait désormais dur comme fer à une amélioration.

oOoOo

La pluie. Depuis ce matin les nuages recouvraient la ville de Beacon Hills à l'image de l'humeur dévastatrice qu'éprouvait Stiles. Adieu le doux soleil, bonjour les affreux courant d'air et les averses.

Stiles était monté sans sourciller dans le véhicule de son père, prêt à se rendre au lycée. Sa jeep lui manquait, mais le jeune homme avait bien compris qu'il ne servait à rien de la réclamer. Roscoe resterait garée devant la maison, peu importe ses supplications. Le Shérif campait sur ses positions et rien ni personne ne le ferait changer d'avis, pas même son fils et son caractère de cochon.

Stiles espérait qu'en se montrant docile, sage et obéissant ses chances de retrouver un peu de sa liberté augmenterait. Il s'était donc fait violence ce matin pour ne pas se plaindre, et avait tu sa colère au plus profond de lui-même ne sachant pas combien de temps il tiendrait.

La voiture de service de son père était bien différente de la sienne. Poussiéreuse, des emballages de fast-food traînaient un peu partout sur le sol. Une odeur de moisi remontait, arrachant quelques grimaces de dégoût à Stiles qui ne parvenait pas à comprendre comment son père pouvait la supporter. Il avait essayé de l'oublier en écoutant la radio grésillante du véhicule. Comme à son habitude le Shérif écoutait de la countries, la seule musique qu'il semblait connaître.

Quand le moteur vibra et que la voiture s'éloigna de la maison, Stiles regarda les maisons défiler, les jardins se succéder et compta les gouttes de pluie qui s'abattaient sur sa vitre. Tout allait moins vite depuis qu'il reprenait son Adderall. De jolies pilules bleues et son quotidien retrouvait une partie de sa banalité, perdait de sa saveur. Stiles aimait cette banalité, du moins plus qu'auparavant.

S'il l'avait pu, Stiles serait resté à la maison. Le lycée n'était plus vraiment un lieu où il se sentait à son aise. Il passait ses journées seul à s'occuper comme il le pouvait et à croiser ses anciens amis dans les couloirs sans jamais oser leur parler.

Seulement, Stiles n'avait pas le choix. Il devait aller à l'école. Stiles avait déjà raté beaucoup trop de cours et son père n'accepterait aucune absence supplémentaire de sa part. Il devait donc se comporter comme l'adulte responsable qu'il n'était pas et combattre son anxiété.

Le trajet se fit dans le silence complet. Stiles se perdit dans ses pensées, pinçant le bout de ses doigts pour calmer les battements de son cœur. Il rêva de lui et de sa jeep, roulant dans le désert, du sable à perte de vue. Il imagina des chevaux galoper à ses côtés. Tout semblait plus paisible là-bas, dans ses songes, entre ces dunes de sables immenses, loin de ses problèmes et de son quotidien.

Avec un peu d'effort, Stiles parvint à sentir le vent chaud du Sahara caresser sa peau. Il plissa les yeux face au soleil qui l'éblouissait. Il serra le volant entre ses mains, le cuir collant ses doigts, appuya sur la pédale d'accélération et émit un soupire de satisfaction. Ses yeux se baladèrent un instant dans l'habitacle alors que des secousses faisaient tressauter la voiture. Derek était endormi sur le siège passager. Assoupi, le loup-garou ressemblait à un louveteau, innocent, la mine délicate et apaisée. Stiles sourit avant que le bruit d'un klaxon ne vienne violemment l'extirpé de son rêve, le ramenant à réalité.

Son cœur bondit hors de sa poitrine alors qu'il se redressait pour reprendre sa respiration, les yeux écarquillés, à la recherche du moindre accident. Son cou brûlé par sa ceinture de sécurité, Stiles adressa un regard colérique à son père. Qu'est-ce qui lui prenait de freiner comme un dératé ?! Le Shérif, occupé à engueuler en vain un autre conducteur ne fit même pas attention à son fils. Retrouvant ses esprits, la respiration de Stiles reprit un rythme normal. Il s'affaissa sur son siège et remarqua qu'ils étaient déjà arrivés sur le parking du lycée. Une tristesse immense l'envahit. Stiles voulait retourner dans son rêve au lieu d'affronter cette réalité atroce.

Son père coupa le moteur. Stiles prit du temps avant de détacher sa ceinture. Cependant, il ne chercha pas à descendre du véhicule. Comme chaque matin, depuis que sa punition avait commencé, le Shérif verrouillait les portes de la voiture pour prendre le temps de lui rappeler son nouveau règlement. Stiles était capable de répéter chaque mot que s'apprêtait à lui sortir le policier. Il connaissait son discours par cœur maintenant.

- Tu rentres immédiatement après les cours, le prévint son père faisant preuve d'autorité. Pas de retard, pas d'excuse ou d'entourloupe, au moindre faux pas tu ne récupéras ni ta jeep ni ta liberté. Est-ce que c'est clair ?

- Oui, c'est très clair, opina à contre-cœur l'adolescent. Tu n'es pas obligé de me le dire chaque matin, j'ai pigé, ne put-il cependant s'empêcher d'aboyer.

Stiles s'enfonça à nouveau dans son siège face au regard réprobateur de son père. Il comprit qu'il lui faudrait beaucoup plus que quelques jours d'exemplarité pour recouvrir la confiance du Shérif et cette constatation le froissa. Rien n'était plus désagréable que de savoir que malgré sa franchise son père ne le croyait plus.

Quand le Shérif eut fini son discours, Stiles attrapa son sac et posa sa main sur la poignée de la portière, prêt à entendre le loquet se déverrouiller et à sauter hors du véhicule, mais rien ne se passa. Stiles eut beau attendre trois minutes, son père ne bougea pas.

- J'ai cours, crut-il bon de rappeler, mettant ce contretemps sur l'esprit volatil de son père.

- Je sais.

- Je vais être en retard !

Stiles observa son père fixer un point à l'extérieur. Les doigts du Shérif tapotaient distraitement le volant, comme s'il ne l'avait pas entendu. Stiles se renfrogna, ne comprenant pas ce qu'il avait bien pu faire pour que son père refuse sa sortir de la voiture. Il s'attendait à recevoir un sermon d'une minute à l'autre mais au lieu de ça, le Shérif continua d'adopter son comportement étrange.

- Une absence de plus ou de moins, ça ne fera aucune différence sur ton bulletin, dit-il.

Stiles n'en crut pas ses oreilles et resta quelques seconds pantois. Ce pourrait-il que le Shérif accepte qu'il rate les cours juste pour aujourd'hui ? Stiles retrouva ses couleurs, de l'espoir naquit sous sa boîte crânienne. Il s'imaginait déjà avachi sur le canapé du salon, un bol de chips entre les mains, les pieds sur la table basse et la télévision allumée sur une émission de survie.

Après tout, si son père était d'accord pour qu'il loupe une journée de cours, Stiles ne montrerait aucune opposition. Ce revirement de situation le satisfaisait amplement. Stiles n'avait envie de voir personne, ni de vivre une énième journée dans la solitude et la tristesse. Et puis, même s'il s'était promis de renouer contact avec la meute après la reprise de son traitement, Stiles ne se sentait pas encore prêt à initier la moindre confrontation. Il avait besoin de temps avant de se décider à reprendre contact avec Lydia ou bien Scott. Stiles ne voulait pas tout gâcher en agissant sans réfléchir et sur un coup de tête.

Il entendit le Shérif monter le volume de la radio, et Stiles essaya de se relaxer, croisant les bras, s'enfonçant dans le siège passager. Puis il se redressa subitement. Si son père ne comptait pas le laisser aller à l'école, alors pourquoi l'avait-il amené jusqu'ici ? Quelque chose n'allait pas dans son raisonnement. Quelque chose clochait et l'empêchait de faire confiance au Shérif.

Il regarda son père, tentant de trouver un indice sur son visage, mais rien, pas même une ridule ne trahit le policier. Stiles finit par éprouver l'envie de sortir du véhicule au plus vite, comme claustrophobe, se disant que rester ici n'était finalement pas une bonne idée. Stiles se pencha alors vers le tableau de bord, tentant le tout pour le tout, pour lui-même déverrouiller l'habitacle, mais le Shérif lui frappa le dos de la main, l'arrêtant in extremis dans sa tentative.

- Papa-

- Quand on fait des erreurs Stiles, on doit les réparer.

Stiles fronça les sourcils complètement abasourdi, pataugeant dans l'incompréhension totale. Il réfléchit un instant, craignant avoir manqué un épisode, mais aucun lien ne se forma dans sa tête. Ses yeux ambre chutèrent à ses pieds.

- D'accord, bredouilla-t-il, espérant qu'ainsi il pourrait enfin partir mais le policier se terra une fois de plus dans un silence à ne plus rien y comprendre.

Stiles releva les yeux, penaud, puis suivit la direction que prenait le regard de son père. Il bloqua lorsqu'il aperçut Scott, immobile devant le véhicule de police, son casque de moto en main, la mine grave. Stiles se liquéfia, ses pensées fusant par milliers, l'empêchant de prendre une décision. Son cœur se mit à battre plus fort sous son torse alors qu'il regardait désormais à nouveau son père. Il eut envie de lui hurler dessus, de clairement lui demander ce qui pouvait bien lui passer par la tête puis il se ravisa. S'énerver ne le sortirait pas de cette situation, crier sur son père non plus. Il n'échapperait pas à McCall de cette façon.

Incapable de réfléchir correctement, Stiles resta immobile sur son siège, entre colère et sentiment de trahison, comme si Scott allait disparaître d'une minute à l'autre comme par magie. Comme si son père ne s'était pas insidieusement joué de lui en le maintenant prisonnier dans la voiture.

- Vas-y Stiles, lui lança subitement le Shérif. Il est temps que tu corriges tes fautes.

Si Stiles sortit de la voiture ce fut uniquement parce qu'il en était obligé, uniquement parce qu'on ne lui laissait pas le choix. Recoller les morceaux, Stiles voulait y croire, mais il ne savait pas si c'était possible. Il n'était pas préparé à ça, pas préparé à affronter son ami à qui il n'avait pas adressé la parole depuis des jours.

oOoOo

Stiles se laissa guider par Scott dans les couloirs du lycée. Les mains moites, son cœur palpitait et l'idée que le loup puisse l'entendre ne fit qu'augmenter sa nervosité. Il compta dans sa tête pour se calmer, répétant en boucle une série de chiffre, mais cette technique ne fonctionnait pas.

Ils finirent par entrer dans une salle vide du troisième étage. Une classe de chimie à peine éclairée. La seule pièce de l'étage qui n'avait pas été rénovée lors des vacances d'automne. Les tables délabrées semblaient avoir vécu cent ans, collectionnant les rayures profondes et de veilles inscriptions aux stylos. Le carrelage était couvert de taches grises et le tableau vert paraissait inutilisable au vu des innombrables traces qui le recouvraient.

Quand Stiles finit enfin de s'attarder sur les détails, il remarqua la présence de Lydia dans la salle. La rouquine était installée à un pupitre derrière lequel Scott vint la rejoindre pour également s'asseoir sur une chaise. Elle ne le quittait pas des yeux. Ses grandes pupilles olive traduisaient un sérieux déroutant.

Dans cette ambiance peu festive, Stiles eut l'impression d'être au tribunal. Il entendait déjà ses deux meilleurs amis l'accabler, lui faire une tonne de reproches. Il se sentait pris au piège, et cela depuis qu'il était descendu de la voiture de service de son père.

Stiles essaya de reprendre son calme, tirant sur les manches longues de sweat, tentant d'endiguer son anxiété qui ne faisait qu'augmenter. C'était le moment. C'était maintenant qu'il devait s'expliquer, prendre la parole, « corriger ses fautes » comme lui avait clairement sommé son père. Pourtant, la bouche sèche, Stiles ne dit pas un mot.

Debout, devant des rangées vides, des milliers de phrases vinrent bousculer son cerveau beaucoup trop agité. Tout se mélangeait. Plus rien n'avait de sens, et Stiles peinait à s'y retrouver dans cet amas de mots sans queue ni tête qui s'accumulait dans son esprit. Le silence persista et Stiles devina qu'il devait être le premier à parler.

Seulement, il n'avait rien à dire, ou plutôt il ne savait pas quoi dire. Son cerveau avait beau construire des dizaines de phrases à la minute rien n'était assez bien. Stiles voyait Lydia et Scott attendre, espérer patiemment qu'il ouvre la bouche, mais rien ne vint. Il se sentait ridicule, pitoyable. Il pensa à s'excuser, à demander pardon, mais il doutait que ces simples mots soient suffisants, assez puissant à eux seuls.

Stiles se fustigea mentalement. Il s'était comporté comme un connard ces derniers temps et était désormais incapable de formuler des excuses aussi stupides et vides soient-elles. Comment espérait-il récupérer ses amis s'il ne parlait pas ? S'il laissait filer sa chance de se rattraper ?

Stiles était perdu. Une partie de lui voulait désespérément désamorcer cette situation, retrouver ses amis, passer à nouveau du temps avec eux. Une autre souhaitait tout le contraire. Il n'avait pas envie de retrouver Scott et ses griffes pointues, Isaac et ses canines acérées, Jackson et ses yeux miels éclatants. A quoi servirait-il d'émettre des regrets si Stiles ne comptait pas changer, s'il ne comptait pas revenir parmi la meute, s'il continuait à agir bêtement parce qu'il ne savait pas comment faire autrement ?

Le silence s'éternisant Stiles se résolut à ouvrir la bouche pour faire taire les voix dans sa tête, ou bien rompre cette atmosphère étouffante. Peut-être que s'il donnait à Scott et à Lydia ce qu'ils désiraient, Stiles pourrait repartir et à nouveau retrouver sa zone de confort, loin de tout le monde, dans sa solitude. Là où aucun loup-garou ne lui rappellerait ce qu'il avait perdu.

La voix de Scott jaillit dans la salle avant que Stiles n'eût le temps d'émettre un son. Stiles sentit son estomac se nouer de plus belle, alors que son meilleur ami prenait la parole d'une voix grave et pondérée.

- Je vais être rapide, dit Scott d'un ton contrôlé, le visage impassible.

Stiles ne l'avait jamais vu ainsi, aussi fermé et il se raidit. Il avait réussi à rendre Scott aigri, alors que McCall était né pour sourire, sans cesse.

- Tout le monde s'inquiète pour toi, que ce soit moi, Lydia ou le reste de la meute. On sait que c'est difficile, argua-t-il. On sait que personne ne peut te comprendre, mais t'isoler n'est pas la solution.

- Je ne m'isole pas, réfuta le fils du Shérif, tentant de garder la face.

Scott roula des yeux. Sa mâchoire se contracta. Stiles pu clairement lire son agacement sur ses traits, mais cette expression disparue presque aussitôt pour laisser à nouveau place à une mine neutre. Le bruit de la pluie redoubla sur les fenêtres de la salle et Scott reprit.

- Tu ne parles à personne, tu ne donnes même plus de nouvelles à Theo, contra durement McCall. N'essaye pas de nier l'évidence, s'il te plaît ! On n'est pas là pour se contredire. Ce n'est pas le but.

Lydia se racla la gorge, attirant l'attention des deux garçons. Ses cheveux roux rayonnaient sous les néons de la salle. Ses doigts fuselés vinrent s'aplatir sur le bureau en bois en face d'elle. Martin semblait stressée, ou peut-être que Stiles ne savait plus vraiment comment interpréter les émotions qui passaient sur le visage de sa meilleure amie. Cela faisait une éternité qu'il n'avait daigné poser les yeux sur elle, ses pupilles paraissaient plus vertes, sa bouche plus rouge. Stiles sentit son cœur accéléré quand il entendit son grain de voix. Il était d'une douceur déroutante, d'une gentillesse inespérée.

- Tu n'es pas obligé de vivre cette situation tout seul. On peut ne pas se faire la guerre, fit Martin.

- Je ne vous fais pas la guerre, contesta Stiles.

Il aurait voulu faire preuve d'autant de tendresse que la demoiselle, mais Stilinski s'en sentait incapable. Il repensa aux gélules bleues d'Adderall qu'il avait prises le matin même, et constata que son traitement ne l'aidait pas à réguler ses émotions. Il se mettait en colère et n'en savait même pas la raison. Ne pas savoir l'énerva davantage.

- C'est juste ma manière de réagir, poursuivit l'humain. Je ne suis pas dans l'obligation de suivre des règles définies à ce que je sache !

- Tu t'y prends mal ! lança la rouquine beaucoup plus virulente, exaspérée.

Stiles poussa un soupir et regarda ses pieds, tout en serrant la mâchoire. McCall posa sa main sur celle de Martin pour la tempérer, mais la jeune fille l'ignora. Elle ne comptait pas se laisser faire par Stilinski, et cela même si elle s'était promis, avant de rentrer dans cette salle, de garder son calme. Ils avaient essayé la manière douce, pendant des mois, et elle n'avait pas fonctionné. Lydia se voyait mal garder la même attitude, le même cap, alors qu'elle savait pertinemment que ce n'était pas la bonne méthode. Peut-être que crier sur Stilinski donnerait enfin les résultats escomptés, peut-être qu'il retrouverait la raison et accepterait enfin de les écouter, de montrer le drapeau blanc. Pour toutes ces raisons, Lydia s'endurcit et sans une once d'hésitation fonça dans le tas.

- Tu crois que c'est en parlant mal à tout monde que tu vas t'en sortir ? gronda-t-elle. On n'est pas des serpillères ! Si ce que tu veux c'est rester seul alors continues, tu es sur la bonne voie !

Elle vit Stiles carrer davantage la mâchoire et accrocher ses mains au bureau des professeurs derrière lui. Le fils du Shérif ne voulait pas hurler, ni provoquer une énième dispute, un débat stérile, mais les voix dans sa tête ne cessaient d'aller à l'encontre de ce désir. Les émotions dans son ventre se bousculèrent et Stiles essaya de garder la bouche fermée pour ne pas émettre des pensées qu'il regretterait aussitôt qu'il les aurait lâchées.

Il repensa aux paroles de son père, tenta de rationaliser ses pensées, mais c'était difficile quand sa seule et véritable envie était de fuir cette confrontation. Sortir de cette salle et laisser ses amis était une solution alléchante mais Stiles ne bougea pas. Il savait qu'en se dérobant une nouvelle fois il risquait de perdre ses amis, et pour de bon cette fois.

Pourtant, même avec cette information en tête, son cerveau et son cœur ne s'accordaient pas. Ils partaient dans deux directions diamétralement opposées. L'un souhaitait la paix, dialoguer en douceur, prendre le temps de démêler la situation, retrouver ses amis, l'autre désirait s'évader, même si cette option signifiait tout détruire sur son passage. Accepter la main tendue de Scott, de Lydia, signifiait parler et Stiles ne voulait pas parler, ne voulait pas discuter de ce qui lui faisait encore du mal et qu'il n'arrivait visiblement pas à surmonter.

- Vous ne comprenez rien ! ragea-t-il finalement ses yeux bifurquant vers le fond de la salle.

- Alors explique-nous ! C'est tout ce qu'on veut, quémanda Lydia, que tu nous expliques !

- Il n'y a rien à expliquer ! tempêta de plus belle Stilinski, le souffle court. Je suis censé être heureux de vous revoir quand la dernière chose que vous avez faite c'est de balancer à mon père que je ne prenais plus mon Adderall ?!

Lydia leva les yeux au ciel. L'excuse de Stiles était grotesque. C'était ça la raison de sa colère ? C'était pour ça qu'ils les évitaient sans cesse ? Bien sûr que non. Elle voulait bien reconnaître que cafter ce genre d'information au Shérif n'était pas la meilleure façon de maintenir un lien de confiance, mais ce n'était pas comme si Scott et elle n'avaient pas tenté une dizaine d'approches depuis que Stiles s'était volontairement séparé d'eux.

- Tu ne nous as pas laissés le choix, protesta la jeune fille sans se démonter. On a essayé de te parler Stiles ! Tu ne voulais ni nous voir, ni nous écouter ! Qu'est-ce qu'on était censé faire ? Hein ?! Pourquoi tu as toujours besoin de rendre les choses compliquées ?! On n'est pas tes ennemis ! Arrête de refuser notre aide !

- Je gérais la situation !

- Tu mens ! Tu ne gérais rien du tout ! Tu mens et tu le sais très bien !

- Putain, j'ai aucun compte à te rendre ! fulmina Stiles.

- Arrêtez, tenta Scott, sa voix se bloquant dans sa gorge.

Alors que ses amis continuaient à crier, de plus en plus fort, se balançant des obscénités plus vives les unes que les autres Scott recommença avec toute l'autorité dont il était capable.

- Arrêtez !

Cette fois-ci, il fut entendu. Plus un son ne résonna dans la salle. Les mains de Lydia glissèrent sous la table, frémissantes de colère, s'accrochant à sa jupe. Stiles baissa une fois de plus la tête vers le sol, les dents serrées, incapable de redescendre. Ses mains tremblaient, alors il les cacha derrière son dos, comme si cela suffisait à cacher l'impact qu'avait cette dispute sur lui.

- On n'est pas là pour se déchirer ! rappela vivement McCall à ses deux interlocuteurs qui ne le regardaient même pas. On n'est pas des enfants, on devrait être capable de se parler sans se hurler dessus !

Scott soupira, extirpant tout l'air de ses poumons, la tête remplie. C'était tellement facile de laisser une situation dégénérer, de se laisser guider par la rancœur et la rage. Stiles était à vif et Scott le voyait bien. Il connaissait son meilleur ami sur le bout des doigts. Ils avaient grandi ensemble, fait les quatre cents coups, survécu à mille et un conflits.

Ce fut pour cette raison que Scott comprit enfin ce qui se passait, pourquoi ni Lydia, ni lui n'arrivait à faire entendre raison à Stilinski. Le fils du Shérif n'était pas venu ici pour se réconcilier. Il ne l'avait pas suivi dans cette salle en pensant une seule seconde que cela soit possible. Scott connaissait son mode de fonctionnement et se fustigea de ne pas avoir mis le doigt plus tôt sur cette vieille stratégie qu'employait Stiles pour une fois de plus s'échapper. Elle était vieille comme le monde, pratique quand le seul but était d'esquiver un point sensible.

- Stiles, soupira Scott alors que la tension redescendait lentement. Tu ne peux pas continuer à faire ça ! Il faut que tu écoutes Lydia. Si tu persistes à être dans le conflit, dans le rejet, tu finiras par perdre toutes les personnes qui veulent t'aider ! Ce n'est pas comme ça que tu vas t'en sortir !

- Je ne-

- Tu veux que l'on se dispute, Stiles ! le blâma durement Scott. C'est ce que tu veux, pour ne pas affronter le réel problème, pour ne pas nous dire ce qu'il se passe réellement dans ta tête ! Cette fausse couche t'impacte plus que tu ne veux l'avouer et personne n'est dupe ! Mais en continuant de te voiler la face, tu vas juste t'enfoncer encore plus loin, Stiles !

Stiles ouvrit la bouche puis la referma. Il se cramponna un peu plus à la table derrière lui, refusant d'affronter les regards colériques de ses amis. Il ferma les yeux quelques secondes, tentant de faire le tri dans sa tête, alors que les paroles de Scott se répétaient encore et encore sous son crâne, comme un disque rayé.

Suivre son cœur ou son cerveau ? Les sentiments ou la raison ? Stiles n'en pouvait plus. Tourner en rond n'était pas la solution, reproduire les mêmes erreurs à chaque fois ne le ferait pas avancer et pire, ne le faisait que souffrir toujours plus. Scott avait raison. Stiles devait utiliser sa tête et non se laisser guider par un instinct défaillant. S'il voulait sortir la tête de l'eau, Stiles devait capituler, et c'est ce qu'il fit. Dans un effort surhumain, il abdiqua.

- C'est compliqué, réussit-il à articuler malgré ses membres tendus.

- On sait bien, souffla Lydia.

La voix de Martin, à nouveau compatissante, calme et bienveillante, poussa Stiles à relever la tête, à braver la honte qu'il ressentait actuellement. Il ne voulait plus mentir, et bien que la douleur fût toujours présente, implacable, le fils du Shérif ne comptait plus fuir. Il soupira.

- Je suis désolé, s'excusa-t-il. Je me sens… vraiment… mal et je pensais que m'éloigner de vous, retrouver un quotidien plus ou moins normal m'aiderait à me sentir mieux. C'est…, s'emmêla-t-il. J'agis comme une merde. Je n'arrête pas de pleurer ces derniers temps, je ne sais pas ce qui se passe. J'essaye vraiment de-

Le bruit des talons de Lydia claqua sur le sol et Stiles n'eut pas le temps de finir sa phrase. Il se retrouvera dans les bras de la banshee. Martin le serra fort contre elle, l'étouffant presque. Stiles se laissa faire, alors que Scott les rejoignait. Lydia sentait la vanille.

- De un, fit Lydia en se reculant et levant l'index, tu n'agis pas comme une merde mais comme quelqu'un qui a vécu une expérience difficile et traumatisante, et de deux, Scott et moi, on sera toujours là pour te soutenir, quoi qu'il arrive.

- Même quand tu te conduis comme le dernier des imbéciles, plaisanta Scott ramenant le sourire à ses deux amis. Peu importe le temps que ça prendra pour que tu ailles mieux, on ne te lâchera plus. Pas d'une semelle, alors prépare-toi à être étouffé !

Lydia ébouriffa énergiquement les cheveux de Stilinski et ce dernier sourit à nouveau. A partir de ce matin-là, Stiles se sentit plus léger, peut-être parce qu'il ne passerait plus son temps à errer seul dans les couloirs du lycée.

oOoOo

Malia n'avait jamais aimé les jours de pluie et malheureusement, les averses s'étaient succédé toute la journée. Assise à la bibliothèque, devant un cahier de math, elle peinait à se concentrer, la tête dans les nuages. Elle leva les yeux plus d'une fois pour espionner ses camarades, pour voir s'ils s'en sortaient plus qu'elle. Elle fut forcée de constater que c'était bien le cas. Erica, Isaac, Boyd et Derek, concentrés comme jamais sur leurs besognes respectives, l'ignoraient complètement.

Malia venait à se demander si ces réunions improvisées à la bibliothèque depuis quelques semaines à la fin des cours lui servaient vraiment à quelque chose. La bande voulait réussir les examens de fin d'année qui approchaient à grands pas, donc créer un groupe de travail leur avait paru être une excellente idée. Seulement, la coyote se rendait bien compte qu'elle passait plus de temps à compter les mouches qu'à remplir son cerveau de connaissances toutes plus ennuyantes les unes que les autres.

Perdant patience, Malia se décida à interrompre la session révision du groupe. Elle bâilla la bouche grande ouverte, faisant le plus de bruit possible, et s'étira tout en lâchant bruyamment son stylo sur la table. Erica et Isaac furent les premiers à lever la tête. Ces deux-là paraissaient heureux qu'enfin quelqu'un les extirpe de leur travail.

- Si aucun de nous n'est accepté dans son futur établissement scolaire, je propose qu'on abandonne notre part d'humanité pour vivre en meute dans la forêt ! fit la coyote, la bouche pâteuse.

- Je ne compte pas échouer, renâcla Boyd, les yeux toujours scotchés sur son livre.

- Sérieux, soupira Erica en s'affalant sur sa chaise. Comment le gouvernement peut nous demander d'apprendre autant de choses en si peu de temps ?!

- Tu avais toute l'année pour t'y mettre, claqua Vernon dans un rire sardonique.

Comme toute réponse, Erica s'enfonça sur sa chaise et grimaça, offusquée. Boyd était dénué d'empathie quand il s'agissait des études. Il rêvait d'intégrer la grande université d'Harvard et était effectivement le plus travailleur de la bande. Il n'avait pas le temps pour la « médiocrité » comme il s'attelait assez souvent à le rappeler. Pourtant, Erica tint à défendre ses positions et elle se redressa fièrement en balançant, sûre d'elle :

- Pendant que certains jouent au jeu vidéo, nous, on sauve le monde !

- Exactement ! la soutint vivement Malia. On mérite notre diplôme bien plus que le reste de ce lycée !

Boyd leva les yeux ciel toisant au passage les deux jeunes filles. Il jeta ensuite à coup d'œil à l'ensemble de la bibliothèque. Elle était déserte. Pas un élève ne se baladait entre les étagères débordant de bouquins. Boyd baissa la tête vers son poignet et compris en regardant l'heure tardive affichée sur sa montre que la bande devait être les seuls élèves encore au lycée. Ils pouvaient donc s'exprimer sans avoir peur de se faire réprimander par la gardienne de la bibliothèque, elle aussi absente.

- Si vous continuez comme ça, lança Boyd, un grand sourire sur les lèvres, Lydia et moi serons les seuls à avoir notre diplôme.

- Je ne suis pas si stupide que ça ! rétorqua Isaac, vexé.

- Mouais, fit la moue Malia, peu convaincue. Stiles aussi pourrait l'avoir ce foutu diplôme. Il est hyper intelligent !

Un silence malaisant s'empara de la table et Malia ne se rendit pas compte de son erreur. Erica lui balançait un regard meurtrier. Isaac était devenu livide, droit comme un pic, et Boyd préférait retourner à ses révisions le nez plongé dans ses livres.

Malia se gifla mentalement. Le sujet « Stiles » était tabou dans ce groupe et cela depuis un bon moment. Elle le savait pourtant, mais sa réplique était sortie tout naturellement. Pendant une seconde, elle n'avait plus pensé aux tensions qui perturbaient en ce moment la meute. Elle se reprocha de ne pas avoir su tenir sa langue.

Dans un élan de panique, elle se détourna en direction de son cousin, le seul à ne pas avoir encore pris part à la discussion. Derek semblait à mille lieues de leur conversation, gribouillant on ne sait quoi dans son cahier de chimie. Malia ignorait s'il n'essayait tout simplement pas de cacher ses émotions derrière un masque comme il avait l'habitude de le faire, ou si Derek se foutait réellement de leurs bavardages. Son visage, froid, ne lui offrit aucun indice.

- Désolée, grinça-t-elle entre ses dents, coupable, avant de se retourner vers le reste du groupe. Mais il faut que vous sachiez que Stiles va sûrement revenir dans le groupe ! se justifia-t-elle ensuite, comme pour effacer sa bêtise.

- Quoi ? bondit presque Erica de sa chaise son visage se transformant complètement.

Apparemment, la nouvelle n'était pas encore montée aux oreilles du groupe. Malia ne se démonta pas et hocha la tête. Après tout, quelqu'un devait bien les mettre au courant.

- Scott et Lydia ont eu une discussion avec lui, ce matin, relata la jeune fille. Il semble que ça ce soit arrangé entre eux.

Erica ouvrit la bouche puis la referma, pantoise devant les révélations de Malia. Elle fronça les sourcils, croisant les bras sur sa poitrine. Une rage immense l'envahit et une ride apparut sur son front. Cette nouvelle ne la réjouissait pas du tout. Pourquoi personne ne lui en avait parlé ? Scott et Lydia pensaient-ils pouvoir prendre des décisions sans l'accord de la meute entière ? Depuis quand c'était eux les chefs ?! Erica voulut bombarder Malia de questions mais le bruit d'une chaise glissant sur le sol l'arrêta. Derek s'était levé. Il s'était mis à ranger ses affaires sous les regards interrogateurs de tout le groupe.

- Derek, l'apostropha Erica, d'une voix étonnamment douce. On peut changer de sujet si…

- Parlez de ce que vous voulez, la coupa-t-il. Je m'en fous.

Un énième silence prit possession de la table et Derek soupira avant de se justifier.

- Je dois m'occuper de Cora ce soir, je ne peux pas rester.

Malgré ses oreilles affutées, Malia ne sut pas s'il s'agissait d'un mensonge ou d'une vérité, et elle ne pouvait pas se fier à l'expression neutre qu'affichait son cousin. Elle resta alors sans bouger, observant la scène en silence.

- A demain, initia Isaac rapidement suivit par le reste du groupe.

Derek enfila l'une des bandoulières de son sac et disparut. Le groupe entendit les portes ballantes de la bibliothèque claquer et la pression diminua. Erica savait pertinemment que continuer leur conversation risquait de la mettre dans une colère noire. Seulement, son âme d'incorrigible curieuse et pipelette, la poussa à poursuivre.

- Ce n'est pas parce qu'ils se sont réconciliés que Stiles va revenir, haussa-t-elle les épaules, butée.

Malia secoua la tête, catégorique.

- Allison m'en a parlé et elle m'a bien spécifié que Stiles passerait à nouveau du temps avec la meute. Et puis…, hésita-t-elle. Je ne trouve pas que ce soit une si mauvaise idée. Stiles semble avoir besoin de passer du temps avec nous.

- Je t'en foutrais du temps ! bougonna Reyes.

- Erica, s'il te plaît, se plaignit Isaac. Soit plus gentille.

- Hors de question qu'il revienne dans le groupe ! aboya la demoiselle ignorant la remarque de son ami. Vous avez pensé à Derek une seconde ? Il est hyper mal à cause de Stilinski ! A chaque fois qu'on essaye de lui donner une nouvelle chance-

- Erica ! l'arrêta Boyd, la colère se lisant clairement sur ses traits. « On » ? Vraiment ? vomit-il. Tu t'impliques beaucoup trop dans une histoire qui ne te concerne pas.

- Derek est notre ami ! s'offusqua-t-elle.

- Oui, et Stiles aussi je te signale, contra Vernon. C'est un couple, Erica ! C'est tout à fait normal qu'ils se disputent et se fassent du mal ! D'autant plus quand des évènements horribles leur arrivent. Laisse-les trouver un terrain d'entente, sans t'en mêler.

Erica resta bouche bée. Furieuse, elle secoua la tête pour montrer son désaccord et observa ses trois camarades sans un mot. Aucun d'entre eux ne comptait la soutenir ou bien se ranger de son côté et cette réalité la rendit folle.

Personne ne pouvaient pas la comprendre. C'était Erica que Derek venait voir quand son monde s'écroulait. C'était devant elle qu'il pleurait, qu'il montrait à quel point cette situation entre lui et son copain l'affectait. Erica se prenait tout de plein fouet. C'était elle qui ramassait les morceaux, un par un. Comment pouvait-elle ne pas prendre parti quand elle voyait son ami souffrir de la sorte ? Si seulement Boyd pouvait entendre ce que Stiles balançait à Derek sans se soucier des dégâts qu'il causait, peut-être changerait-il d'avis.

- Stiles lui a fait clairement comprendre qu'il le pensait coupable pour la perte du bébé, souffla Erica.

Boyd expira bruyamment avant de fermer les yeux pour tenter de se calmer.

- Vraiment ? laissa s'échapper Isaac, abasourdi.

Erica ravala sa bile, décroisa les bras puis se redressa. Elle regrettait déjà d'avoir laissé s'échapper une telle information. Si cela remontait aux oreilles de Derek, elle allait passer un mauvais quart d'heure.

- Oui, fit-elle cependant d'une petite voix avant de se tourner vers Boyd, le défiant du regard. Je ne crois pas que ce soit comme ça qu'un couple doit fonctionner. Je ne vais pas laisser Stiles faire souffrir Derek parce qu'il est incapable de gérer ses propres émotions.

Boyd ne trouva rien à redire. Son amie était têtue, et il savait qu'elle ne changerait pas d'avis. Il attrapa alors l'un de ses stylos, prêt à se remettre au travail, mais Malia ouvrit à nouveau la bouche.

- Tout peut encore s'arranger entre eux, plaida-t-elle. La semaine prochaine, il y a la fête d'Ariane, peut-être ce sera le moment adéquat pour apaiser les tensions. Et puis Isaac a réussi à se procurer de l'aconit transgénique, argumenta la coyote.

Boyd releva instantanément la tête. De l'aconit transgénique ? Cela faisait une éternité qu'il n'en avait pas vu.

- Où as-tu trouvé ça ? s'adressa-t-il à son ami, suspicieux.

Isaac sourit. Il était visiblement fier de sa trouvaille et de voir autant de paires d'yeux braqués sur lui.

- Eh bien figurez-vous que j'ai revu Brett ce week-end !

- Brett ? bredouilla Erica dont les joues empourprées par la colère n'étaient plus qu'un lointain souvenir.

Reyes était désormais éprise d'une curiosité dévorante. Ses yeux brillaient et son intérêt pour Isaac venait d'augmenter à son stade maximum.

- Oui, l'un des membres de la meute de Satomi Ito, éluda le jeune homme dans un mouvement de mains. J'ai conclu un marché avec lui, et ce matin il m'a ramené…

Le sourire de Lahey redoubla tandis qu'il sortait de son sac un bocal rempli d'une poudre fuchsia. Ces trois interlocuteurs parurent émerveillés. Malia se pencha sur la table pour mieux voir et Erica tenta même d'attraper l'objet, sans succès. Isaac brandit le pot près de son visage avant que son enthousiasme ne se fasse couper l'herbe sous le pied par Vernon.

- Je ne sais pas si c'est une si bonne idée, préconisa l'adolescent. La dernière fois qu'on en a utilisé, vous savez tous ce qui s'est passé, relata-t-il.

Boyd avait raison. Généralement, le groupe s'en procurait pour pouvoir ressentir les effets de l'alcool malgré leur ADN implacable de loup-garou. Mélangé à une boisson lambda l'aconit transgénique avait des vertus apaisantes, mais bloquait aussi certaines capacités reconnues chez les lycanthropes. Ils se retrouvaient donc incapables de se transformer, du moins pas entièrement, et leur aptitude à guérir en moins de quelques minutes disparaissait. Ils devenaient, de ce fait, aussi inoffensif qu'un être humain, ce qui pouvait très clairement les exposer à des dangers considérables quand d'autres créatures surnaturelles et malveillantes se baladaient dans les parages.

C'était ce qu'il s'était passé, lors de leur dernière utilisation de cet aconit si particulier. Une meute était arrivée en plein mois de juillet, au beau milieu de festivité, et incapable de se protéger de leur assaillant, Erica s'était retrouvée avec une commotion cérébrale et Scott avait failli mourir. Si Talia et Peter n'étaient pas intervenus au moment adéquat, les loups ennemis auraient pu causer bien plus de dégâts, voire des morts.

Le visage de Boyd se plissa à ce souvenir peu agréable. Depuis, Talia leur avait formellement interdit l'utilisation de ce psychotrope, et la meute avait scrupuleusement respecté ses ordres. Mais voilà qu'Isaac décidait du jour au lendemain de braver tous les interdits !

- Bien sûr que si c'est une bonne idée ! s'exclama Erica, tout excitée. C'est même génial ! On a tous besoin de se détendre ces temps-ci.

- Et si la mère de Derek l'apprenait ? s'enquit Boyd, hésitant.

- Elle n'apprendra rien, soutint Malia, plus sérieuse que jamais. Personne n'ira lui dire quoique ce soit ! Sinon, je m'occuperais moi-même de trancher la gorge de l'idiot qui aura ouvert sa bouche !

Boyd frissonna sous de telles menaces puis se rappela que Malia était parfaitement métrisable bien que très forte.

- A part la dernière fois, on n'a jamais eu de problème, plaida Isaac en jouant avec son bocal.

- C'est vrai, concéda Vernon, retrouvant son calme.

Isaac n'avait pas tort. Au lieu de se concentrer sur le négatif, il pouvait penser à toutes ces fois où l'utilisation de l'aconit transgénique s'était parfaitement bien passée. Et puis, la meute n'avait aucun ennemi en vue. Talia gérait d'une main de maître les relations entre les meutes voisines et était parvenue, jusqu'ici, à maintenir la paix. Boyd regarda la poudre fuchsia avec envie, voulant oublier ses appréhensions. Elle était magnifique. Sa couleur l'hypnotisait. Des souvenir agréables montèrent à la tête de Vernon puis il acquiesça, convaincu que le groupe ne risquait rien ou cédant tout simplement à la tentation.

- Et si ça peut te rassurer, poursuivit Isaac dans sa lancée, je me débarrasserais de ce que l'on n'aura pas utilisé dès la fin de la soirée.

- Marché conclu, hocha derechef la tête de Vernon, un sourire satisfait sur les lèvres.

Les deux louves sautillèrent sur leurs chaises, prises de joie. Des rires jasèrent ainsi que quelques plaisanteries avant qu'Isaac ne range son précieux trésor, et que le groupe ne se remette enfin à travailler. Une chose était sûre, tout le monde était désormais impatient d'être samedi soir. Car après toutes ces révisions et les conflits avoisinants, la meute méritait bien un petit plaisir.


Voici pour le chapitre 13. Qu'aurait fait Stiles sans son père ? A votre avis la situation compte-t-elle s'arranger entre Derek et Stiles ?

Qu'avez-vous pensé de ce chapitre ? :)