Chapitre 5 – Arrivée des renforts
Riza avait profité de son passage chez elle pour mettre des vêtements moins voyants que son uniforme. Elle avait aussi appelé Barry pour lui donner rendez-vous chez le Colonel.
Ils le retrouvèrent devant le domicile de Mustang. Roy laissa Riza passer les appels, pendant ce temps il accompagna Barry jusqu'à la chambre auprès de Jézabel.
Il actionna lentement la poignée de porte et ferma ses yeux, il espérait de toutes ses forces que tout cela n'avait été qu'un cauchemar et que lorsqu'il les rouvrirait la femme morte ne serait plus là.
Malheureusement pour lui, la forme sur son lit et l'odeur qui s'en dégageait ne laissaient aucun doute quant à sa nature.
Il relâcha sa respiration. Il ne fallait pas qu'il pense à elle comme à une personne vivante, il devait oublier qu'il avait un jour serré ce corps contre le sien. Sinon, il n'y arriverait pas.
Barry fit les prélèvements et ils sortirent rapidement de la chambre. Barry repartit au laboratoire pour faire rapidement les tests.
Lorsque Mustang revint dans son salon, Riza l'attendait.
« J'ai pu joindre Havoc et Falman, ils arrivent. »
Roy prit place dans un fauteuil pour attendre leur venue.
« Ca ne va pas ? Vous êtes tout pâle. »
De nouveau, Roy nota l'inquiétude dans la voix de la jeune femme. Et soudain il sentit une légère pression sur son épaule.
Riza s'était approchée et avait posé sa main sur lui. Le geste était léger et hésitant.
Roy releva la tête pour la regarder. Mais la sonnette à la porte carillonna et déjà Riza s'éloignait de lui.
Roy se leva pour aller ouvrir à ses deux subordonnés.
« Bonjour Colonel. »
Il les fit entrer dans son salon où ils retrouvèrent Riza. Mustang leur expliqua la situation, de la découverte du corps de Jézabel dans son lit ce matin à son réveil, à ses liens avec la jeune femme, en passant par les examens sanguins qui démontraient qu'il avait été drogué, jusqu'à la description du type qu'il avait rencontré au bar. Ils exposèrent aussi les déductions auxquelles ils étaient arrivés à la suite de leurs investigations de la journée.
Riza leur expliqua qu'elle avait examiné le corps et qu'elle n'avait rien trouvé de spécial hormis des côtes cassées.
« Pourrais-je voir le corps ? » demanda Falman.
Riza se leva et l'accompagna dans la chambre où Falman étudia la femme allongée dans les draps.
« Nous avons essayé de la déplacer le moins possible et j'ai pris quelques photos. »
Falman examinait la tête brune de plus près. Il entreprit de lui ouvrir la bouche.
« Lieutenant, auriez-vous une pince à épiler ?
« Pas sur moi, je vais voir si j'en trouve une dans la salle de bain. »
Riza revint cinq minutes plus tard avec l'objet demandé. Falman s'en saisit et l'introduisit dans la bouche de la femme morte pour en extraire une petite plume.
« Qu'est-ce que s'est ?
« Une plume. Si je devais parier, je dirai que cette femme a été étouffée à l'aide d'un oreiller à plumes. Ceux du Colonel sont garnis de mousse. Ce n'est donc pas ici qu'elle a été tuée. »
Falman reposa la tête sur l'oreiller. Il écarta les draps pour continuer son examen.
Riza s'éclaircit la gorge.
« Hm, je n'ai pas trouvé de trace d'acte sexuel. »
Falman lui jeta un regard.
« Ca exclut d'autant plus le Colonel. »
Riza rougit et acquiesça. Elle n'oubliait pas ce qui unissait le Colonel à Jézabel, et cette pensée l'agaçait d'autant plus qu'elle lui serrait à chaque fois l'estomac.
Jusqu'à présent, jamais elle n'avait été confrontée aux petites amies de son supérieur. Il était donc facile pour elle de les ignorer, mais à présent, ce n'était plus possible.
« Qu'en pensez-vous ?
« Je pense que celui qui a fait ça, c'est assis sur son torse pour prendre appui, ce qui lui a brisé les côtes. Je ne pense pas qu'elle ait été droguée comme le Colonel. Elle s'est défendue, plusieurs de ses ongles sont cassées alors qu'on voit bien qu'elle les entretenait, ceux encore intacts sont bien limés et vernis. Notre agresseur doit certainement porter les traces sur lui.
« Avec un peu de chance sur son visage.
« Ou sur ses bras. Tenez, venez, on va faire un essai. Allongez vous. »
Riza cligna des yeux sans bien le comprendre.
« Allez. Allongez-vous par terre. On va essayer de faire une reconstitution d'après nos déductions. »
Riza s'allongea par terre. Falman prit un oreiller et s'approcha d'elle.
« Donc, je vous disais que d'après les côtes cassées, le tueur s'était assis sur elle. »
Falman prit place sur le torse de Riza en faisant attention de ne pas l'écraser.
« Je ne vous fais pas mal ?
« Non, ça va.
« Bon, donc il se penche sur elle pour lui appliquer l'oreiller comme ça sur le visage. »
Falman fit semblant de presser l'oreiller sur le visage de Riza.
« Essayez de reproduire les gestes que vous feriez si vous deviez vous défendre. Où me grifferiez vous ? »
Riza leva ses bras et posa ses mains sur les avant-bras de son faux agresseur essayant de le repousser. Falman pressa l'oreiller plus fortement. Riza gesticula plus violemment et porta ses mains sur le visage de Falman.
« Qu'est-ce qui se passe ici ? »
Falman se retourna et ôta l'oreiller du visage de Riza qui était toute rouge et échevelée. Tous deux regardèrent vers l'entrée de la chambre où se tenaient Mustang et Havoc.
Falman se redressa et aida Riza à se relever. Mustang faisait passer son regard de l'un à l'autre.
« Nous essayons de reconstituer le meurtre d'après ce que l'examen du corps nous révèle. »
Falman se tourna vers son cobaye.
« Je crois que nous en avons terminé ici. Retournons au salon. »
Ils repartirent tous les quatre vers le salon. Riza remettait ses cheveux en place et reprenait son souffle.
Falman exposa ses observations et les conclusions auxquels ils étaient arrivés avec Riza.
« Donc, nous pouvons déduire que cette femme n'a pas été assassinée ici et que très certainement celui ou celle qui a fait cela doit porter des marques de griffures soit sur ses bras soit sur son visage. »
Havoc prit la parole :
« Je suis d'accord avec l'hypothèse d'un lien possible avec Ishbal. Nous devrions essayer de creuser par là un peu. Nous pourrions traîner un peu dans les camps de réfugiés pour savoir s'il n'y a pas un nouveau venu.
« Il faudrait aussi se rendre au domicile de la victime. Je parie que c'est là bas qu'elle a été agressée. Nous trouverons peut-être des indices ou un voisin qui aurait vu quelque chose. », Suggéra Falman.
Ils acquiescèrent.
La voix d'Havoc s'éleva dans le silence de la pièce :
« Reste une dernière question. Que faisons-nous du corps ? »
Tous les regards étaient tournés vers Roy. Il fallait prendre une décision et vite.
Tous se regardèrent.
« Comme je le disais précédemment, je suis d'avis qu'il ne faut pas qu'on le découvre ici. Sinon, tous les soupçons se tourneront logiquement vers vous Colonel.
« Hawkeye a raison, il faut sortir cette femme d'ici. » renchérit Falman.
Havoc s'alluma une cigarette.
« Il y a toujours ce terrain vague près des entrepôts désinfectés.
« C'est une bonne idée. Les terrains sont militaires. On se verra sûrement confier cette enquête.
« Oui, mais on ne peut décemment pas sortir le corps maintenant, il fait trop jour, les voisins risquent de nous voir. C'est trop dangereux. »
Mustang les écoutait depuis quelques minutes sans intervenir, leur sang-froid et la facilité avec laquelle tous acceptaient son innocence et décidaient du sort de cette femme le laissaient complètement abasourdi. En même temps, il ressentait un sentiment de fierté d'avoir des compagnons d'arme aussi dévoués.
Il s'éclaircit la gorge, il était temps pour lui de reprendre la tête des opérations et de leur montrer qu'il était à la hauteur de leur confiance.
« Nous pourrions utiliser ce temps restant avant la tombée de la nuit pour essayer de relever des indices ici. Nous n'avons pas encore pris le temps de le faire. Comme le faisait remarquer Hawkeye, le tueur a du passer un certain temps ici, il a peut-être laissé des traces de son passage. Il faudrait aussi appeler Fuery, voir s'il peut trouver quelque chose sur l'appel qui a été passé pour signaler des bruits chez moi cette nuit. »
Riza acquiesça et se saisissait déjà du téléphone. Tous les autres se levèrent et partirent inspecter la pièce qui leur avait été assignée.
Roy s'était réservé la chambre. Riza l'y retrouva accroupi près du lit.
« Fuery va se renseigner auprès des services de police. Il m'a dit qu'il était possible que l'appel ait été enregistré sur bande. C'est le cas en général. Nous pourrons déjà savoir si la voix est masculine ou féminine.
« Très bien. »
Instinctivement, ils avaient repris leur relation de Colonel et Lieutenant avec l'arrivée d'Havoc et de Falman.
Riza fit le tour et se pencha elle aussi sous le lit pour vérifier s'il y avait quelque chose.
« On n'y voit pas grand-chose la dessous.
« J'ai une lampe torche, je vais la chercher. »
Riza passa sa main sur les bords, mais hormis des moutons de poussière qui la firent éternuer, elle ne trouva rien. Roy revint avec la lampe et éclaira sous le lit.
« Qu'est que c'est là bas dans le coin ? »
Roy tendit le bras pour attraper ce que Riza lui désignait.
« Une chaussette. Je ne suis pas un maniaque du ménage… »
Ils ne trouvèrent rien de plus.
« J'ai déjà regardé partout ici, il ne reste plus que le lit, mais avec Jézabel toujours dedans, je n'ai pas osé y toucher. »
Riza regarda dehors.
« Il fait nuit à présent. Nous allons pouvoir régler ce problème.
« Je vais chercher Havoc et Falman. »
Riza en profita pour enrouler le corps de Jézabel dans les draps, la pauvre était nue et avait déjà suffisamment subit d'outrage au goût de Riza, sans compter que ce serait plus supportable pour les hommes de la manipuler s'ils ne voyaient pas son visage…
La rigidité cadavérique avait déjà commencé son œuvre ce qui rendit l'opération plus longue que ce qu'avait prévu Riza. En plus, elle essayait autant que possible de ne pas entrer en contact avec la peau glacée, cela avait un côté un peu dérangeant.
Sa tache terminée, elle se passa la main sur son front et poussa un soupir. Ses nerfs étaient mis à rude épreuve et elle avait hâte que cette journée se termine. Il était de plus en plus dur de maintenir une apparence calme face aux autres, alors qu'au fond cette histoire la bouleversait non seulement parce qu'elle touchait de trop près le Colonel mais aussi car face au meurtre de cette femme, sa solidarité féminine se réveillait. Elle ne pouvait s'empêcher de se dire que Jézabel avait été un être de chair et de sang encore vivant quelques heures auparavant, qu'elle avait ri, pleuré, aimé…et maintenant, quelqu'un avait mis un terme à cette vie, cela aurait tout aussi bien pu être elle dans ce lit...
Que vas-tu imaginer Riza ? Toi, tu n'as pas couché avec Roy...
Elle entendit le bruit de pas qui approchaient. De nouveau, elle se recomposa un masque impassible.
Havoc et Mustang entrèrent.
« Falman est parti chercher la voiture pour la rapprocher. Hawkeye, pouvez-vous faire en sorte qu'il y ait moins d'éclairage dehors ?
« Bien Colonel. »
Riza sortit sur le trottoir devant la maison. La lumière des lampadaires même diffuse était encore trop importante. Elle réfléchit un instant au problème. Ce serait facile pour elle d'utiliser son pistolet pour éclater les ampoules, mais les détonations ne manqueraient pas d'attirer l'attention des voisins, ce qu'il fallait absolument éviter !
Elle regarda autour d'elle par terre. Les cailloux feraient de parfaits projectiles. Elle en ramassa quelques uns et une à une, elle éclata toutes les ampoules qui éclairaient la maison. Tant pis, la ville en serait pour ses frais.
Entre-temps Falman avait garé la voiture en marche arrière.
Quelques minutes plus tard, Roy et Havoc chargeaient le corps enveloppé de Jézabel dans le coffre et ils prirent enfin la direction des entrepôts abandonnés où ils le déposèrent à même le sol.
Ils la regardèrent un long moment avant de s'éloigner.
