Chapitre 8 – Aveux

Ils étaient en route pour le Quartier Général.

« Si cet homme veut se venger, il en a tout à fait le droit.

« Ne dites pas ça Colonel. Nous avons tous commis des atrocités que nous regrettons à Ishbal. Chacun comme on peut, on essaye de se racheter, même si jamais il ne sera possible de ramener à la vie ceux que nous avons tués.

« De quoi parlez-vous ? Vous n'y étiez pas. »

Riza se contenta de regarder droit devant elle sa route. Le silence se fit pesant.

« Vous n'y étiez pas, n'est-ce pas ?

« Hé bien en fait, si. J'y étais.

« Vous ne me l'aviez jamais dit.

« Ce n'est pas une chose dont j'aime à me vanter. Qui plus est, si vous aviez lu correctement mes états de service, vous l'auriez su.

« Je ne vous ai jamais vu sur le champ de bataille.

« Je suis tireur d'élite, je n'ai pas à être sur le champ de bataille. J'étais cantonnée à des missions spéciales. Mes cibles étaient plus précises que les vôtres.

« Pourquoi n'avoir jamais abordé le sujet avec moi ?

« Je vous l'ai dit, je n'aime pas en parler, et vous avez vos propres démons sans avoir à supporter les miens en plus.

« Pourtant, vous avez supporté les miens.

« Et alors ?

« J'aurai pu vous rendre la pareille. Je me rends compte que vous connaissez quasiment tout de ma vie alors que je ne sais rien de vous.

« Mais ça n'a pas d'importance.

« Si justement.

« Quoi ?

« Ca a de l'importance pour moi.

« Il est de ma responsabilité de connaître un maximum de choses sur la personne que je dois protéger, sinon comment serai-je efficace ? Et vous, vous avez vos propres buts à atteindre.

« Il ne s'agit pas de cela Hawkeye, et vous le savez parfaitement.

« J'avoue que non, je ne sais pas ce que vous voulez dire. »

Roy se contenta de grogner pour lui-même et se tourna vers sa vitre. Riza ne comprenait pas très bien d'où venait cette mauvaise humeur soudaine. Elle ne voyait pas où était le problème. Après tout, ce n'était tout de même pas de sa faute si elle était réservée sur sa propre vie, elle avait toujours été élevée dans l'esprit du secret et de la confidentialité et qu'elle connaisse la vie de l'homme dont elle avait à charge la sécurité n'avait rien d'exceptionnel.

« Voyons Colonel … »

Roy se tourna avec un mouvement brusque vers elle :

« Hawkeye, ne faites pas l'innocente, vous savez très bien que je… que vous… »

Riza le regardait avec un air de total incompréhension.

« Laissez tomber, ça n'a pas d'importance.

« Très bien, Colonel, je suis désolée. »

Riza préféra laisser son Colonel ruminer seul dans son coin. Elle avait bien d'autres préoccupations pour le moment que de savoir qui en savait le plus sur la vie de l'autre !

En l'occurrence, il fallait qu'elle se rende au domicile de Jézabel et le plus tôt sera le mieux, pendant que les souvenirs des éventuels témoins étaient encore chauds.

A peine revenus au QG, elle repartit donc en compagnie de Havoc cette fois-ci.

« Ben dites donc, que s'est-il passé avec le Colonel pour qu'il soit d'aussi mauvaise humeur.

« Je ne sais pas. C'est sans doute cette affaire, ça ne vous rendrait pas de mauvaise humeur vous de vous réveiller à côté d'un cadavre ? »

Ils arrivèrent en vue du domicile de Jézabel. Elle habitait un loft dans un ancien atelier. Riza observa les environs. Contrairement au quartier où vivait Roy, ici la population paraissait plus jeune. De la musique provenait d'un appartement voisin. Mais dans l'ensemble c'était plutôt calme.

« Allons-y.

« Vous avez les clés ?

« J'ai un passe. »

Par pure précaution, ils sonnèrent à la porte avant d'utiliser leur passe pour entrer.

Riza fut la première à pénétrer dans le loft. Par habitude elle avait dégainé son arme et scannait chaque pièce qu'elle traversait.

« Personne »

« Il y a un sacré bordel ici. Vous croyez que c'est parce qu'elle ne faisait pas son ménage ou bien c'est du à une lutte ?

« Pour le moment, je préfère ne pas me prononcer. »

Riza rengaina son arme et s'avança dans la pièce principale qui servait de salon, salle à manger et cuisine. Du linge était éparpillé partout, de même que du courrier et divers objets hétéroclites.

C'était comme si la jeune femme abandonnait les objets n'importe où sans s'en préoccuper.

« Ca va pas être évident de retrouver quoi que ce soit là dedans. »

Havoc explorait le coin cuisine. « Il y a un calendrier là. Rien de noté pour les jours précédents. Par contre, je vois que la femme de ménage devait passer aujourd'hui.

« Ca explique sa manie de laisser tout traîner. Elle doit être habituée à ce qu'on passe toujours derrière elle.

« Je rêverai d'avoir quelqu'un qui fasse le ménage à ma place ! Quelle plaie !

« Oui, moi aussi, mais je n'en ai pas les moyens et puis c'est permettre à quelqu'un de rentrer dans votre intimité. Je n'y tiens pas trop.

« Moi je m'en fiche, surtout si la fille est mignonne.

« Comme c'est étonnant de votre part.

« Oh, je blaguais Lieutenant !

« Ben voyons. »

Riza repéra une nouvelle porte qu'elle ouvrit. Elle se retrouva à l'entrée de la chambre à coucher.

Elle marqua un temps de pause. Elle imaginait Roy ici, sur ce lit avec cette belle femme brune.

A quoi penses-tu Hawkeye ? Cette femme est morte. Concentre toi sur l'affaire…

Le lit était complètement en bataille, les draps étaient en chiffon au pied du lit, un oreiller était par terre, l'autre éventré était encore sur le lit. Des plumes étaient éparpillées partout dans la pièce.

Dans sa rage, le meurtrier de Jézabel avait déchiré l'oreiller ou bien c'était la jeune femme en voulant se défendre. Quelle mort horrible.

« Havoc, venez voir par là. Je crois bien que c'est ici que le meurtre a eu lieu. »

Il la rejoint dans la chambre.

« Vous avez sans doute raison.

« Faites attention où vous mettez les pieds.

« Je sais, je suis pas un débutant. Peut-être devrions nous prendre des photos avant de toucher à quoi que ce soit. J'ai un appareil avec moi.

« Très bien. Je vais inspecter la salle de bain pendant ce temps. »

Mais Riza n'y trouva rien de particulier et revint dans la chambre. Havoc avait fini de prendre les clichés et observait le lit.

Un bruit de clé dans la serrure les fit se redresser. Riza sortit de nouveau son arme ainsi que Havoc et tous deux retournèrent silencieusement dans la pièce principale.

Ils y virent une femme d'environ cinquante ans soupirer et grommeler. Sans doute la fameuse femme de ménage.

Lorsque celle-ci les vit avec leurs armes pointées sur elle, elle poussa un hurlement de terreur et lâcha ce qu'elle tenait dans ses mains pour les lever.

« Ne me faites pas de mal ! »

Riza et Jean rangèrent leurs armes.

« Ne craignez rien madame, je suis le premier lieutenant Riza Hawkeye et voici le second lieutenant Jean Havoc.

« Qu'est-ce que des militaires font ici ?

« Nous enquêtons sur le meurtre de la femme qui habite ici. »

La femme de ménage blêmit et vacilla. Havoc se précipita pour la soutenir et l'asseoir sur un fauteuil.

« Ca va aller ?

« Oui »

Elle tourna son visage vers Riza.

« Vous voulez dire que mademoiselle Jézabel est morte ?

« Oui madame. Son corps a été retrouvé hier soir sur un terrain appartenant à l'armée. C'est pourquoi c'est nous qui enquêtons.

« Mais comment est-ce arrivé ?

« Elle a semble-t-il été étouffée avec son oreiller. »

De nouveau la femme sembla s'évanouir mais elle se reprit.

« Vous pourriez peut-être nous aider Madame. Pouvez-vous nous dire si l'appartement est dans un état habituel ou non ?

« Mademoiselle Jézabel n'est pas très soignée, elle laisse toujours traîner ses vêtements et ses affaires partout. Je râle toujours, mais elle est si gentille. Chaque fois elle me promet de faire plus attention.

« Vous la connaissiez depuis longtemps ?

« Oui, je travaille pour elle depuis plus de dix ans. Ce sont ses parents qui lui ont acheté ce loft pour ses dix-huit ans. Ils m'ont embauchée en même temps.

« Jézabel avait-elle un travail ?

« Elle faisait modèle pour s'amuser. Ses parents sont riches et ils lui versent une rente tous les mois. Elle n'avait pas besoin de travailler.

« Bon, savez-vous si elle voyait quelqu'un, un fiancé ?

« Pas en ce moment. Elle disait qu'elle était encore jeune et qu'elle voulait profiter de la vie avant de se trouver un mari. Elle avait quelques aventures, mais rien de bien sérieux.

« Je suis désolée de vous demander cela et il n'est pas question ici de dire du mal des morts, mais quand vous dites quelques aventures, voulez-vous dire qu'elle voyait beaucoup d'hommes ? »

La femme acquiesça avec un air désolé.

« Voyez-vous quelqu'un qui aurait pu lui vouloir du mal ?

« Non, mademoiselle Jézabel était une perle, gentille, généreuse et si jolie. Tout le monde l'aimait, elle avait plein d'amis qu'elle retrouvait parfois en ville.

« Connaissez-vous les endroits qu'elle fréquentait ?

« Pas tous, elle allait souvent au restaurant et puis dans des bars après, je crois qu'elle avait ses habitudes dans un au centre ville mais je ne me rappelle plus très bien le nom. Un truc du genre 'Black Eight'. »

« Bon, Madame, je vais vous demander de ne rien toucher ici. Havoc va prendre vos coordonnées et vous donner les nôtres. Si un détail vous revenait, n'hésitez pas à nous appeler.

« Bien Madame. »

La femme de ménage repartit, les laissant de nouveau seuls au milieu de l'appartement.

« Que faisons-nous maintenant ?

« On interroge les voisins pour voir s'ils n'ont rien entendu ou vu. »


Une heure plus tard, ils n'avaient rien appris de plus que ce que la femme de ménage leur avait dit sur Jézabel.

C'était une jolie fille qui travaillait en dilettante pour des peintres ou des photographes. Elle aimait faire la fête et recevait beaucoup chez elle. Elle ramenait aussi assez souvent des hommes à son domicile mais elle n'avait entretenu que très peu de liaisons durables. L'un des voisins se rappela même qu'elle avait eu une brève aventure avec un alchimiste sans pouvoir se rappeler son nom.

Riza venait de frapper à une nouvelle porte, la énième depuis plus d'une heure. Celle-ci s'ouvrit sur un homme d'une trentaine d'année, grand, brun, les yeux verts. Il adressa à Riza un sourire charmeur aux dents très blanches.

« Bonjour Mademoiselle.

« En fait c'est Lieutenant Riza Hawkeye, Monsieur.

« Enchanté de faire votre connaissance Lieutenant. Moi c'est Eric Vaughan. Que me vaut cette agréable visite ? »

Riza fut rejointe par Havoc à ce moment précis.

« Voici le second lieutenant Jean Havoc. Nous enquêtons sur le meurtre d'une de vos voisines. Miss Jézabel Hartfield. »

« Jézabel ? Elle a été tuée ?

« Oui. Son corps a été retrouvé sur un terrain appartenant à l'armée. Nous voudrions savoir si vous auriez remarqué quelque chose ces derniers soirs.

« Quand cela se serait-il produit ?

« Nous pensons avant-hier soir.

« Avant-hier soir, j'étais bien à la maison. J'ai vu Jézabel, je fumais une cigarette après dîner, elle était encore en vie à ce moment.

« Quelle heure était-il ?

« Environ 20h00. Nous avons discuté quelques minutes puis nous sommes rentrés chacun chez soi.

« Rien ensuite ? Un bruit, une altercation… ? »

Vaughan fronça des sourcils en réfléchissant :

« Attendez, si ! J'ai entendu un bruit de portière, la nuit était déjà bien avancée. J'ai regardé mon réveil, il était 00h45. Je me suis dit que Jézabel avait du ressortir. Du coup je me suis levé pour prendre un verre d'eau.

« Auriez-vous regardé par la fenêtre ?

« Oui, tout à fait. Oh mon Dieu…

« Quoi Monsieur Vaughan ? » Le ton de Riza se faisait pressant.

« J'ai vu un homme porter une femme. Je me suis dit sur le moment que Jézabel avait encore trop fait la fête et que son amant du soir la portait dans ses bras pour la ramener chez elle. Maintenant je me rends compte que ce devait être le meurtrier qui la portait à sa voiture et non l'inverse. Il était tard et je n'avais pas prêté plus attention à ce que je voyais.

« Pourriez-vous nous faire une description de cet homme ?

« Je ne pense pas pouvoir le reconnaître. Il m'a semblé plutôt grand et bien bâti. C'est tout.

« C'est déjà très bien Monsieur Vaughan.

« Appelez moi Eric, Lieutenant.

« Hum. Bon, nous allons vous demander de venir au QG pour faire une déposition plus complète.

« Est-ce vous qui me la prendrez ?

« Je ne pense pas Monsieur Vaughan. Il est temps pour nous d'y aller. Nous comptons sur votre témoignage.

« Très bien, je passerai dès cet après-midi.

« Au revoir Monsieur. »

Riza et Havoc le saluèrent et regagnèrent leur voiture.

Ils prenaient place à l'intérieur lorsqu'ils entendirent une voix d'homme les appeler :

« Lieutenant, attendez. »

Eric Vaughan courait vers eux pieds nus. Il agrippa la portière où était assise Riza. Il lui tendit un papier.

« Tenez Riza. Mon numéro. J'espère que vous m'appellerez. »

Riza rougit violemment et hocha la tête. Elle ne savait pas quoi répondre. Elle se tourna vers Havoc :

« Rentrons. »

Dans le rétroviseur, Havoc voyait Eric au milieu de la rue qui les regardait s'éloigner.

« Eh bien, nous n'aurons pas tout perdu aujourd'hui. Nous avons un horaire pour le meurtre ainsi qu'une vague description du meurtrier et en prime vous avez le numéro de ce joli cœur.

« Ca suffit Havoc.

« Vous comptez le rappeler ?

« Occupez-vous plutôt de votre route, ça vaudra mieux. »