Chapitre 9 – Retour au Hard Eight
De retour au QG, ils se présentèrent dans le bureau de Mustang pour faire leur rapport.
« Repos Lieutenants. Alors qu'avez-vous appris ?
« Nous avons inspecté l'appartement de la victime, il semble qu'elle ait bien été tuée dans sa chambre. Nous avons trouvé un oreiller explosé et des plumes ont volé partout dans la pièce. Nous avons interrogé la femme de ménage qui est arrivée sur les lieux pendant que nous y étions. Elle nous a appris que Jézabel fréquentait beaucoup d'hommes mais personne en particulier. Les voisins nous ont confirmé cette information. C'était une femme gentille et très jolie aux dires de tout le monde. Elle travaillait pour le plaisir en tant que modèle pour des peintres et des photographes. Le loft lui avait été offert par ses parents et ceux-ci lui versaient une rente ce qui la mettait à l'abri du besoin. Elle sortait beaucoup, notamment au 'Hard Eight'. »
Riza fit une pause pour laisser le temps au Colonel d'assimiler toutes ces informations bien qu'elle se doute qu'il connaissait déjà une bonne partie de tout cela.
« Aucun voisin n'a rien remarqué, hormis un certain Eric Vaughan. Il nous a dit avoir discuté avec Jézabel vers 20h00, puis ils se sont séparés. Vers 00h45, il a été réveillé par un bruit de portière et il a vu un homme transportant une femme. Il a cru que c'était Jézabel qui avait trop fait la fête et que son amant du soir ramenait chez elle. »
« Vous a-t-il fait une description de l'homme ?
« Grand, bien bâti. Rien de vraiment précis. Mais ça ressemble tout de même à ce que nous a dit Jack.»
« C'est tout ?
« Oui, nous avons demandé à Monsieur Vaughan de venir dans l'après-midi pour faire une déposition plus complète. »
Havoc ne put retenir un ricanement.
« Qu'est-ce qui vous fait rire Havoc ?
« Rien du tout Colonel. »
Riza le fusilla du regard. Roy passa son regard de l'un à l'autre.
« Qu'est-ce qui se passe ici ?
« C'est juste que le lieutenant Hawkeye s'est trouvé un petit ami. Cet Eric lui a couru après pieds nus pour lui donner son numéro de téléphone »
Il éclata de rire.
Riza se tourna vers lui : « Havoc, taisez-vous, ce n'est pas drôle ! Colonel, ça n'a rien à voir avec l'affaire. »
« Très bien. Rompez.
« A vos ordres Colonel. »
Riza et Havoc le saluèrent avant de sortir.
« Qu'est-ce qui vous a pris de raconter au Colonel pour le numéro de téléphone.
« Oh allez Hawkeye, ce n'est pas grave. C'était tellement drôle de voir votre tête et ce type courir pieds nus pour vous filer son numéro.
« C'est sûr qu'à vous ça ne risque pas d'arriver.
« C'est dur ça. » lui répondit-il en faisant l'outragé. « Non, sans blague, vous pensez le revoir ce gus ?
« Je ne sais pas. C'est un témoin sur une affaire que nous traitons. Ce ne serait pas très professionnel.
« Vous ne pourriez pas oublier de temps en temps le côté professionnel ? Vous n'arriverez jamais à rien à ce train là. Cela dit, je ne le sens pas trop ce type, avec ses dents toutes blanches et ses airs de beau gosse.
« Faudrait savoir ce que vous voulez. Un instant vous me dites de foncer et après vous me dites le contraire !
« Je vous ai dit d'oublier de temps en temps votre professionnalisme, pas forcément avec ce type.
« Avec qui alors ? Vous ?
« Nan, pas moi, même si je vous trouve vraiment mignonne et tout. Si vous disiez oui, je ne dirai pas non, mais je suis sûr que ça ne marcherait pas entre nous.
« Je suis bien heureuse de vous l'entendre dire. Parce que même si je vous aime bien, vous n'êtes pas du tout mon type.
« Et peut-on savoir c'est quoi votre type d'homme ?
« Pas vous en tout cas. »
Mais avant que Havoc n'ait pu lui répondre, Roy sortit de son bureau, manteau à la main.
« Lieutenant Hawkeye, les parents n'ont pas encore été prévenus. Vous m'accompagnez.
« Très bien Colonel. Mais nous pouvons nous en charger avec Havoc si vous voulez.
« Non, je préfère y aller en personne.»
Riza se leva et sortit à sa suite.
Les parents de Jézabel habitaient un grand manoir en dehors de la ville. Il était entouré de champs et de bois. Riza remarqua même des chevaux dans un pré.
Les Hartfield n'étaient vraiment pas du même monde qu'elle et pourtant, tout leur argent n'avait pas empêché l'assassinat de leur fille.
Roy actionna la cloche à l'entrée, Riza se tenait deux pas en arrière. Un majordome vint leur ouvrir.
« Monsieur ?
« Je suis le Colonel Roy Mustang et voici mon premier lieutenant Riza Hawkeye, nous souhaiterions nous entretenir avec Monsieur et Madame Hartfield. C'est une affaire de la plus haute importance. Pourriez-vous les prévenir, s'il vous plaît ?
« Je vous en prie entrez. »
Le majordome les conduisit dans un petit salon et s'excusa pour aller chercher les maîtres de maison.
Riza regardait tout autour d'elle. Jamais elle n'avait vu autant de luxe. Elle fut ramenée à la réalité par la voix de Roy : « Tout ceci n'est que matériel, Lieutenant. »
« Je sais Colonel. Je sais aussi que le malheur frappe aussi bien les riches que les pauvres. »
Sur ces mots, les parents de Jézabel entrèrent dans le salon.
« Henry nous a prévenu de votre présence. Quelle est donc l'affaire si importante qui vous amène ? »
Riza se déplaça de manière à se rapprocher de Madame Hartfield.
« Je suis désolé, nous sommes porteur d'une mauvaise nouvelle. »
Les deux parents regardèrent Roy avec un air interrogateur.
« Votre fille Jézabel a été découverte morte la nuit dernière. »
La mère poussa un cri et s'effondra. Heureusement, Riza qui avait prévu le coup, se précipita pour la retenir et l'asseoir sur un canapé.
Le père avait porté une main à sa bouche et avait affreusement pâli.
« Ce n'est pas possible. Pas notre petite fille. Pas Jézabel.
« Malheureusement, il n'y a aucun doute. Il s'agit bien de Jézabel. »
La pièce fut emplie par les sanglots de la mère de Jézabel.
« Dites nous ce qui s'est passé. »
Roy se lança dans les explications et leur raconta tout ce qu'ils savaient hormis que le corps avait été retrouvé chez lui et que leur fille avait été très certainement tuée à cause de lui et de ce qu'il avait fait durant le conflit à Ishbal.
Au fur et à mesure de son récit, il se sentait de plus en plus vide face à la douleur de ces parents qui ne reverraient plus jamais leur fille.
Enfin, ils repartirent, laissant les Hartfield commencer leur travail de deuil sur la promesse que lui, Roy Mustang ne trouverait pas le repos tant que l'assassin ne serait pas derrière les verrous.
« Vous allez bien Colonel ?
« Non, mais il va bien falloir pourtant. »
Ils roulèrent en silence un petit moment.
« Lieutenant, je voudrai que vous retourniez au Hard Eight pour rassembler un maximum d'informations sur cet inconnu. Je préfère ne pas y aller pour éviter les conflits d'intérêt. Et puis, le personnel vous parlera peut-être plus si je ne suis pas là. »
Riza acquiesça. Soudain, son ventre se mit à faire des gargouillis. Il était tard et elle n'avait rien avalé de la journée. Ses joues rosirent de gène.
« Lieutenant, vous n'avez pas mangé depuis ce matin ? Mais il est déjà 16h00 !
« Ca peut aller Colonel. Nous avions plus urgent à faire. Je grignoterai un truc au QG avant de repartir.
« Je m'en veux, depuis ce matin je vous fais courir partout pendant que je reste là à attendre.
« Ca me fait penser que nous n'avons toujours pas de nouvelle de Barry. Et l'autopsie, a-t-on les résultats ?
« Pas encore, je les attends d'une minute à l'autre. J'ai demandé la top priorité sur ce cas.
« Peut-être les aurons-nous en arrivant. »
Ce fut le cas, à peine de retour au bureau, Fuery entra avec les résultats à la main. Roy en prit rapidement connaissance alors que Riza attendait à côté de lui.
« Alors ?
« Mort par étouffement, des côtes cassées laissent penser que le tueur s'est assis sur elle pour maintenir l'oreiller sur sa tête. Le légiste a retrouvé des bouts de peau sous ses ongles. A priori, elle s'est débattue et a griffé son agresseur.
« Peut-être porte-t-il les marques sur lui si elle l'a griffé au visage. Ca peut nous aider à le retrouver. C'est une bonne nouvelle. »
Riza regarda l'heure. 17h00, il était temps pour elle de rendre une visite au « Hard Eight ».
Jack se tenait comme la veille derrière son comptoir. Il leva la tête sur le nouveau venu et reconnu immédiatement Riza.
« Lieutenant Hawkeye, quel plaisir de vous revoir. Que puis-je pour vous ?
« Bonjour Jack. Eh bien, en fait, je suis ici pour des raisons professionnelles.
« Je vous écoute.
« Nous enquêtons sur le meurtre de Jézabel Hartfield qui fréquentait assez souvent votre bar. Vous rappelez-vous la dernière fois qu'elle est venue ?
« Ca doit faire une huitaine de jours. Mais je ne le jurerai pas. Depuis quelques temps, elle avait changé.
« Ah oui ? Comment cela ? »
Jack sembla hésiter avant de poursuivre :
« Vous pouvez tout me dire Jack, je suis au courant pour elle et le Colonel Mustang.
« Il vous l'a dit ? »
Riza hocha la tête en signe d'affirmation.
« Ah bon. C'est bizarre.
« Qu'est-ce qui est bizarre Jack ?
« Rien, rien du tout. Bref, pour en revenir à ce que je vous disais, Jézabel avait changé, on aurait dit qu'elle avait perdu un peu de sa joie de vivre depuis son histoire avec Roy, enfin je veux dire le Colonel Mustang. »
Riza leva un sourcil interrogateur.
« Oh, je la voyais toujours entourée de plus d'hommes qu'il n'était nécessaire, rire et boire, mais c'était comme si le cœur n'y était plus. Je la voyais qui laissait souvent traîner son regard à travers la salle. Comme si elle était à la recherche de quelqu'un.
« Vous pensez qu'elle cherchaitle Colonel ?
« Oui. S'il arrivait qu'il soit là, elle se mettait à rire plus fort et à minauder encore plus avec sa cour. Et vous voulez que je vous dise, Roy, il ne s'en apercevait même pas. Je crois qu'il ne la voyait même pas. »
Riza avait toutes les peines du monde à garder son impassibilité et c'est en faisant mine d'écrire dans son carnet qu'elle posa les questions suivantes.
« Savez-vous combien de temps ils sont sortis ensemble ? »
Les lèvres de Jack s'étirèrent imperceptiblement.
« Sortir est un bien grand mot si vous considérez qu'ils n'ont s'en doute passé qu'une nuit ensemble.
« Ce n'était donc pas sérieux ?
« Pas pour Roy en tout cas. Pour Jézabel, je n'en sais rien.
« Vous pensez qu'elle était amoureuse de lui ?
« Jézabel n'avait pas pour habitude d'être délaissée, c'est toujours elle qui partait. Vous comprenez ? Roy était comme un échec pour elle. Et Jézabel ne partait jamais sur un échec. »
Riza tournait ces informations dans sa tête sans savoir trop quoi en penser. Elle choisit de laisser le sujet de côté et d'orienter la conversation vers l'inconnu :
« Nous avons des raisons de croire que son assassin pourrait être l'homme qui a payé un verre au Colonel Mustang l'autre soir.
« Celui qui avait un accent de l'est ?
« Oui, celui-là. Ce ne sont que des soupçons, mais nous sommes à sa recherche. Pourriez-vous m'en dire plus à son sujet ? »
Jack se concentra un court moment.
« Il était grand, assez costaud et comme je l'ai dit l'autre jour à Roy, il m'a semblé qu'il avait un accent de l'est. Roy ne s'en rappelle pas ?
« Non, en fait, il n'a presque pas de souvenirs de cette soirée. Vous rappelez-vous ce qu'il portait comme vêtements ce soir là ?
« Il me semble qu'il portait un pantalon de couleur sombre et un de ces tee-shirts à col roulé sous une veste marron. »
« Pouvez-vous me dire s'il était déjà venu ici auparavant ?
« Je dirai que non, mais je peux me tromper. »
Jack la regarda un instant.
« Ca a un rapport avec Roy n'est-ce pas ?
« Qu'est-ce qui vous fait dire ça ?
« Eh bien, Roy et Jézabel se connaissaient et vous me dites que son assassin présumé aurait discuté avec lui le soir même du meurtre.
« Comme je vous le disais Jack, ce ne sont que des soupçons. Nous n'avons aucune certitude pour le moment. »
Riza se leva de son tabouret.
« Bon, je ne vais pas vous importuner plus longtemps. Au revoir Jack. Au plaisir. »
Riza eut l'impression qu'il voulait rajouter quelque chose, elle prit donc son temps pour rejoindre la sortie.
« Vous savez Lieutenant, comme je vous le disais, Roy n'avait rien à faire de Jézabel. Ce n'est pas elle qui l'intéressait. »
Riza le regarda un moment :
« Vous voulez dire qu'il sortait avec une autre femme ?
« Non. Je veux dire qu'il a une autre femme en tête. Depuis longtemps.
« Vous savez de qui il s'agit ?
« Ca se pourrait bien. Mais ça, ce n'est pas à moi de vous le dire. »
Riza hocha la tête.
« Au revoir Jack.
« Au revoir Lieutenant. »
