Chapitre 11 – Visite nocturne
Riza s'était endormie depuis longtemps lorsqu'elle fut tirée de son sommeil par des coups frappés à sa porte. Dans le brouillard, elle se leva et se dirigea vers le bruit.
Qui pouvait bien venir chez elle en plein milieu de la nuit ?
Hayate se tenait à côté d'elle prêt à intervenir pour secourir sa maîtresse en cas de besoin.
« Qui est là ?
« C'est moi. »
Riza reconnut aussitôt la voix de son Colonel et ouvrit sa porte. Elle ne put retenir un petit cri à la vue de l'état dans lequel il se trouvait. Elle porta sa main à sa bouche et le fit entrer.
« Mon Dieu, que vous est-il arrivé ?
« Notre homme m'a attaqué ce soir. »
Elle le guida jusque dans la salle de bain et le fit asseoir sur un tabouret. Elle resta à l'observer.
« Vous auriez du aller à l'hôpital plutôt qu'ici.
« Pas d'hôpital, je n'aime pas ça.
« Mais vous devez avoir besoin de points de suture.
« J'ai la tête qui tourne.
« Mettez là entre vos genoux. Je reviens. »
Elle partit chercher des glaçons qu'elle enroula dans un torchon et pressa ensuite dans le cou du colonel.
« Bon, je vais voir ce que je peux faire. »
Elle sortit de l'armoire à pharmacie de l'alcool à 90°, une pommade à l'arnica, des compresses et des pansements. Elle entreprit de nettoyer les plaies à l'aide des compresses imbibées d'alcool.
« Votre nez saigne. Tenez, maintenez cette serviette dessus. »
Elle essayait de faire aussi doucement que possible, mais l'alcool piquait et Roy ne pouvait empêcher des frissons de le parcourir.
« Je suis désolée, j'essaye de faire le plus doucement possible, mais vous êtes bien amoché. Et il était tout seul pour vous faire tout ça ?
« Oui. Je ne l'ai pas vu venir. Lorsque j'ai entendu du bruit derrière moi, je me suis retourné et mon visage a rencontré son poing. Et là, ça n'a plus été qu'une pluie de coups. Je ne pouvais rien faire. Mon voisin l'a fait fuir lorsqu'il est sorti de chez lui.
« Il vous a dit quelque chose ?
« Qu'il allait me crever comme j'avais tué sa famille. J'ai senti une odeur d'essence, je crois qu'il projetait de me mettre le feu. »
Riza se redressa et le regarda, « votre nez n'a plus l'air de saigner, faites voir. »
Elle humidifia un gant et nettoya le visage de Roy autour de son nez.
« Il n'a pas l'air cassé. Pas d'inquiétude à avoir, vous serez toujours aussi beau qu'avant. »
Elle lui prit le menton dans sa main pour observer les marques sur son visage de plus près. Elle mit de la pommade sur ses arcades et ses pommettes.
Roy se laissait faire sans broncher, les battements de son coeur s'étaient accélérés, elle me trouve beau !
« Bon j'ai fait ce que j'ai pu pour votre visage. Maintenant, retirez votre chemise que je regarde vos côtes. »
Cette fois, il la regarda avec surprise.
« Ne faites pas votre timide Colonel. Il faut que vous me laissiez regarder si vous n'avez rien de cassé. »
Devant l'expression dubitative de son Colonel, elle rajouta en croisant ses bras sous sa poitrine :
« Sinon, je peux toujours vous emmener à l'hôpital. Je suis sûre que vous y trouverez une armée d'infirmières prêtes à voler à votre secours et à vous soigner. »
Roy se rembrunit et commença de défaire ses boutons avec des gestes précautionneux.
« Attendez, laissez moi faire. »
Riza se pencha et défit les boutons restant avant de lui retirer doucement une à une les manches.
" Je suis désolée.
" Pour quoi ?
" Pour les infirmières. Je n'aurai pas du dire ça. Même si elles vous soigneraient bien mieux que moi."
Roy prenait conscience que son premier lieutenant, Riza Hawkeye, la femme qui hantait ses nuits et parfois ses jours, était en train de le déshabiller et qu'elle ne portait sur elle qu'un long tee-shirt qui lui arrivait à mi-cuisses.
D'ailleurs il se dit en son for intérieur qu'il devait être dans un sacré état pour qu'elle ne s'inquiète pas de sa tenue devant lui.
"Je préfère m'en remettre à vous. Vous vous débrouillez plutôt bien."
Riza termina de lui oter sa chemise et poussa un faible sifflement.
« C'est si moche que ça ?
« Ben il ne vous a pas raté. »
Elle se pencha sur son dos et passa avec des gestes légers ses doigts sur sa peau. Roy ferma les yeux.
Il ne savait plus s'il frissonnait du fait de la douleur ou de la proximité de Riza. Il pouvait sentir ses seins qu'elle pressait sans s'en rendre compte sur son bras. Ses cheveux détachés venaient lui caresser le bas du visage et son torse.
Il tendit une main tremblante vers la peau dénudée de sa cuisse, mais arrêta son geste et ramena son poing serré contre sa jambe.
Riza avait senti une légère chaleur contre sa cuisse, elle avait deviné le geste interrompu de Mustang et son cœur s'était emballé. C'est la voix chevrotante qu'elle lui demanda :
« Vous me disiez qu'il voulait vous tuer pour venger la mort de sa famille.
« Oui, mais le problème c'est que j'ai tué beaucoup de personnes à Ishbal. Des familles entières… »
Il baissa la tête de honte. « Foutus ordres. »
Elle pressa une de ses côtes un peu plus fort lui provocant un râle.
« Voyons Riza, n'appuyez pas si fort ! »
Elle se redressa. « Désolée. Je ne pense pas que ce soit cassé, je vais vous mettre de la pommade, mais vous allez être bon pour être couvert de bleus pendant quelques jours. »
Elle s'exécuta, passant doucement ses doigts sur les blessures. Roy retint sa respiration jusqu'à ce que l'opération soit terminée.
« Voila, j'ai fini. »
Il se retourna pour reprendre sa chemise et la remettre.
« Merci pour votre aide.
« Qu'est-ce que vous faites ?
« Je me rhabille, je ne peux pas repartir comme ça.
« Il est hors de question que vous partiez d'ici. Vu votre état vous pourriez faire un malaise, c'est déjà miracle que vous soyez arrivé jusqu'ici. Vous n'aurez qu'à prendre mon lit, je dois avoir un tee-shirt quelque part qui vous ira.
« Il est hors de question que je prenne votre lit Hawkeye.
« Il ne s'agit que d'une nuit, je peux dormir sur le canapé et puis vous serez plus à l'aise dans mon lit, il y a plus d'espace et c'est plus confortable.
« Mais…
« Pas de mais. Vous dormez dans le lit. Point. »
Elle l'aida à se remettre debout et le conduisit dans sa chambre où elle l'assit sur son lit. Elle fourragea ensuite dans son armoire à la recherche d'un tee-shirt qui lui convienne.
« Tenez, je pense qu'il devrait être assez grand. »
Roy enfila le vêtement qui lui allait parfaitement.
« Couchez vous maintenant, nous avons tous les deux besoin de dormir. »
Roy s'allongea dans les draps encore tièdes de la chaleur de Riza. Il était un peu gêné de dormir dans son lit alors qu'elle occuperait le canapé, mais il était bien trop épuisé et mal en point pour s'en occuper plus longtemps.
Il s'endormit presque aussitôt. Mais son sommeil fut hanté par des cauchemars. Il se revoyait au milieu d'un village en flammes. Des flammes que lui, alchimiste d'état, avait créées d'un geste aussi enfantin qu'un claquement de doigts. Il entendait les cris des habitants prisonniers de leur maison, hurlant pour leur vie.
Riza s'était endormie peu de temps après avoir laissé Mustang dans sa chambre. Elle fut réveillée par des gémissements. Elle se redressa et écouta plus attentivement les sons qui provenaient à n'en pas douter de sa chambre. Sans faire de bruit elle se leva et se dirigea vers sa chambre. Elle entrouvrit sa porte.
Roy pleurait et s'agitait dans son sommeil. Le cœur de Riza se serra. Que pouvait-elle faire ? Elle contourna son lit et doucement se glissa près de lui sous les draps et le prit dans ses bras en lui parlant doucement.
« Shhhhh, tout va bien. Calmez vous. »
Roy se débattait contre les images terrifiantes qui lui envahissaient l'esprit. Des cadavres carbonisés avançaient vers lui, au milieu se tenait celui de Jézabel et tous criaient vengeance. Lui ne pouvait que pleurer et leur demander pardon. Mais rien n'y faisait, ils avançaient toujours vers lui.
Soudain, il sentit une main chaude lui caresser son front et sa joue. Puis des bras le serrer. Une voix lui parvint, douce et réconfortante, à travers ses propres cris et ceux des morts. Elle lui disait que tout allait bien, qu'il n'avait rien à craindre. Il se détendit, il avait confiance en cette voix. Et tout à coup, les images horribles disparurent et il ne sentit plus que la chaleur l'envelopper.
Le corps de Roy se détendit contre elle et il sombra de nouveau dans un sommeil paisible.
