Chapitre 15 – Confession

Riza emmena Roy à l'endroit où elle s'était installée avec Hayate. Une petite tente d'aspect miteux.

« Avant tout, il faut vous arranger un peu, on ne voit que vous dans la foule. »

Elle extirpa de vieux vêtements qu'elle lui tendit.

« Je sorts le temps de vous laisser vous changer. Dites moi quand c'est bon. » Riza se tourna vers son chien « Viens Hayate. »

Une fois dehors, elle s'assit à même le sol et gratta le haut du crâne de son chien qui s'était assis la tête posée sur ses genoux.

A travers la toile, Roy lui demanda quelques explications sur ce qu'elle avait fait pendant ces deux jours.

« Rien de particulier. J'ai essayé de me fondre dans la masse, de laisser traîner mes oreilles là où il fallait, j'ai fait un peu la manche… d'ailleurs, je voulais m'excuser pour les odeurs, mais je n'ai pas pu me laver correctement depuis deux jours… et être trop propre est suspect lorsqu'on est sensée errer dans les rues à longueur de journée.

« Pas la peine de vous excuser. Je ne vous reproche rien sinon d'avoir voulu faire cavalier seul sur ce coup là. Vous auriez du donner signe de vie d'une manière ou d'une autre. Tout le monde s'est inquiété. Breda et Falman étaient proches de l'état liquide lorsqu'ils sont venus m'annoncer que vous aviez disparu. Je n'ose imaginer celui de Havoc…

« Franchement, vous croyiez quoi ? En plus, ne vous ont-ils pas dit que j'avais pris Hayate avec moi ?

« Non.

« Il n'y a pas meilleur garde du corps au monde. Je ne risquais rien.

« Au moins cela a donné des résultats, vous avez réussi à mettre la main sur notre homme… C'est bon, j'ai fini, vous pouvez entrer. »

Riza poussa la petite bâche qui lui servait de porte et se glissa dans la tente.

« On dirait un vrai réfugié, vous êtes juste encore trop propre. »

Elle frotta ses mains au sol puis les passa sur le visage et le cou de Mustang.

« Voila, parfait. »

Ce n'est qu'en remarquant la gêne de Mustang qu'elle réalisa ce qu'elle venait de faire.

Depuis le début de cette histoire, ils avaient atteint un tel degré de complicité et de familiarité qu'elle avait agi sans réfléchir. Les gestes lui étaient venus naturellement et sur le moment, elle n'avait pas pris conscience qu'elle portait ses mains sur son Colonel.

Sans compter l'étroitesse de la tente, au moindre mouvement, ils entraient en contact l'un avec l'autre.

« Hum, que faisons-nous d'ici ce soir ? » Lui demanda Roy en détournant les yeux.

« Il reste peu de temps à patienter, nous devrions prendre du repos, et puis moins vous traînerez dans les rues et moins nous aurons de risque qu'on vous reconnaisse. Ce sera plus tranquille lorsque la nuit commencera à tomber. Qu'en dites-vous ?

« Qu'il n'y a plus qu'à s'installer confortablement. » Lui répondit-il en s'allongeant.

Riza l'imita de l'autre côté de la tente, Hayate se plaça entre les deux.

« Riza, je peux vous demander quelque chose ?

« Hmm bien sûr.

« Pourquoi ne m'avez-vous jamais dit que vous aviez participé à la guerre d'Ishbal ?

« Je vous l'ai dit, ce n'était pas très utile. Et puis je ne vous ai jamais caché cette information. C'est juste que je n'aime pas en parler.

« Je comprends mais en même temps, je trouve dommage que nous n'en ayons jamais discuté. »

Riza qui s'était allongée sur le dos pivota sur son flan pour lui faire face.

« Vous voudriez que nous en parlions maintenant ? »

Roy l'imita et se tourna vers elle.

« Oui, je le voudrais. Mais je ne veux pas vous contraindre. Si cela est trop pénible pour vous, alors nous pouvons parler d'autre chose. »

Riza sembla peser le pour et le contre avant de lui répondre :

« D'accord. Que voulez-vous savoir ?

« Tout bien sûr ! Enfin, ce que vous voulez bien me dire. »

Riza attrapa du sable dans sa main et le fit couler entre ses doigts.

« J'étais encore jeune lorsque j'ai été envoyée sur le front. Je n'avais même pas fini ma formation.

« Quel âge aviez-vous ?

« A peine 19 ans. J'étais orpheline de mère depuis très longtemps et de père seulement de quelques mois.

« Ca a dû être dur.

« Oui, surtout au début où je découvrais la barbarie humaine dans tout ce qu'elle a de plus horrible. Cela dit, je n'ai connu qu'une seule fois la fureur des combats au corps à corps. »

Elle s'interrompit un instant le temps de faire remonter les souvenirs qu'elle avait mis tant d'années à essayer d'enfouir.

« Cela n'aurait jamais du arriver, je n'étais pas formée pour. Et puis, je ne sais pas très bien ce qu'il s'est passé, je n'ai jamais pu comprendre pourquoi ni comment nous nous étions retrouvés avec d'autres camarades au milieu d'un groupe d'ishbals. Nous n'avions plus de munitions depuis longtemps et nous nous battions au couteau et à l'épée. Ce fut une vraie boucherie. Lorsque je suis sortie de cet enfer, et que j'ai enfin pu rejoindre notre camp avec le peu de survivants de notre escadron, tout le monde nous dévisageait. Nous marchions comme des zombies, tenant à peine sur nos jambes, nous étions couverts de sang de la tête aux pieds. Mes cheveux n'étaient même plus blonds, mes mains, mon visage… tout était barbouillé du sang pourpre des hommes que nous avions tués. Je ne savais pas si c'était mon sang ou celui des hommes que j'avais tués. Je suis tombée à genoux et j'ai vomi à m'en faire mal, et même alors j'avais l'impression de cracher du sang. »

Elle se tut de nouveau.

« Je suis restée deux jours alitée, prostrées sur ma couchette sans parler. C'est alors que j'ai décidé que plus jamais de ma vie je ne tuerai un homme de mes propres mains. Plus jamais je ne voulais voir mes mains recouvertes de sang. »

Elle leva ses yeux vers Roy.

« C'est idiot vous me direz. Je tuais toujours mais sans me salir les mains. Façon détournée et complètement vaine de garder ma conscience propre. »

Riza reprit sa respiration.

« Vous voulez que je vous dise ce qui m'a fait le plus peur ce jour là ? »

Roy hocha de la tête.

« C'est la sensation que j'ai ressentie alors que j'étais au milieu du combat. J'étais devenue une vraie furie, une machine à tuer réglée à la perfection, tout n'était que sauvagerie, et je jubilais. C'était presque de l'art, mon couteau tranchait et s'enfonçait dans les chairs, j'ai même égorgé un homme… L'adrénaline déferlait dans mes veines et … s'était tellement agréable… quelque part, je crois que j'ai aimé ça… C'est cette sensation que j'ai vomie alors, je voulais la faire sortir de mon corps et de mon esprit. Je me dégoûtais tellement. »

Riza se roula de nouveau sur son dos et se mit à pleurer silencieusement. Hayate ressentant sa peine glapit et posa sa tête dans le cou de sa maîtresse.

Roy ne savait pas quoi faire. Rien ne pourrait soulager cette tristesse. Il le savait pour l'éprouver de même.

Il se contenta de tendre sa main et de prendre celle de Riza et de la serrer très fort.

Ils restèrent ainsi, silencieux, jusqu'à ce qu'ils s'assoupissent.