Chapitre 16 – La fin ?

Lorsque Roy se réveilla, Riza était déjà éveillée et vraisemblablement prête pour la mission qui les attendait.

« La nuit tombe. Il est temps d'y aller. »

Roy se prépara rapidement et sortit pour la rejoindre. Avant qu'elle ne s'éloigne, il lui saisit le poignet.

« Lieutenant. Je voulais vous dire… Nous avons tous commis des actes atroces à Ishbal. Je crois qu'aucun de nous n'aurait pu garder un esprit sain si nous ne nous étions pas endurcis. Ce que vous avez vécu est horrible, mais en aucun cas cela ne fait de vous un monstre. Je vous connais bien, vous êtes la personne la plus raisonnable et la plus fiable que je connaisse. Et je sais que vous avez bon cœur. Pour rien au monde je ne voudrais avoir quelqu'un d'autre que vous à mes côtés ce soir, comme chaque jour qui passe. »

« Merci Colonel. »

Riza se détourna pudiquement et Roy lui relâcha le poignet. Une parole adressée à Hayate et le chien rejoignit sa maîtresse.

« Il vaut mieux nous hâter. Je crains que votre venue dans ce camp ne soit pas passée inaperçue, et même si notre suspect ne traîne pas ici en journée, la nouvelle pourrait lui arriver aux oreilles.

« Croyez-vous qu'il s'enfuira ou qu'il m'attendra de pieds fermes ? »

Riza se stoppa.

« Dans les deux cas, vous êtes en danger. Même s'il nous échappe ce soir, il n'aura de cesse de se venger de vous.

« C'est bien ce que je me dis aussi et la meilleure défense étant encore l'attaque, notre meilleure chance de l'avoir c'est ce soir. Nous n'avons pas intérêt à nous louper. »

Riza leva le nez au ciel puis lui sourit.

« Nous avons de la chance, il ne pleut pas ce soir. » Elle sortit ensuite ses deux pistolets, « Et j'ai mes deux armes. L'avantage est de notre côté. »

Mustang se renfrogna :

« Ne vais-je donc jamais finir d'en entendre parler ? Cette histoire de pluie est fatigante à la fin.

« Oui mais reconnaissez que c'est tout de même un élément à prendre en compte, non ? »

Roy tendit ses mains en l'air en signe de reddition : « D'accord j'abandonne. »

Ils se rendirent d'un pas rapide à la lisière du camp où se trouvait la baraque en bois isolée qui menaçait ruine.

Riza se pencha vers son chien :

« Tu restes là. Tu ne fais pas de bruit et tu ne viens que si je t'appelle. »

Le chien redressa sa tête, les oreilles droites. Ses petits yeux intelligents semblaient répondre à sa maîtresse.

Ils s'approchèrent silencieusement et purent vérifier à travers les interstices des planches que leur homme se trouvait bien là.

Le feu qui brûlait éclairait faiblement l'unique pièce et faisait danser les ombres comme des fantômes.

L'ishbal se tenait assis à même le sol et leur tournait le dos. Roy et Riza purent nettement voir les tatouages dans son cou tels que les avaient décrit Vaughan.

Roy adressa des signes de la main à sa coéquipière pour lui signifier qu'il irait se présenter à l'entrée principale pendant qu'elle irait couvrir l'arrière de la baraque pour le cas où leur proie tenterait de prendre la fuite.

Riza n'aimait pas ce plan, Mustang se mettait trop en danger en se présentant directement à son ennemi. Il y avait trop d'inconnus dans leur équation. Ils ne savaient même pas s'il était armé.

Elle avait proposé de se présenter devant, mais Mustang avait catégoriquement repoussé cette proposition en arguant que si c'était elle qui y allait, ils perdaient l'avantage de la surprise.

Ce fut donc à contrecœur que Riza prit position à l'arrière du taudis pendant que le Colonel se présentait à l'avant. Elle se plaça dos au mur, le visage tourné de moitié vers l'intérieur attentive au moindre bruit, l'arme au poing cran de sécurité ôté, essayant de réguler sa respiration et de calmer les battements de son cœur alors que l'adrénaline rushait dans ses veines.

Un instant plus tard, elle entendait Roy cogner à la porte. Il ne fallait surtout pas qu'il pénètre à l'intérieur, sinon Riza aurait toutes les peines du monde à le secourir. L'idée était de faire sortir l'ishbal pour le prendre en tenaille.

Riza entendit un grommellement inaudible en provenance de l'intérieur et le bruit de pas traînants.

Le moment de vérité était arrivé. Riza fit des pas chassés pour se placer à l'angle de la baraque.

Mustang se tenait bien campé sur ses pieds devant la porte. Lorsqu'il cogna dedans, il crut un moment qu'elle allait voler en éclat tellement le bois était vermoulu.

Il entendit l'ishbal se lever pesamment et s'approcher en traînant les pieds. Son rythme cardiaque augmenta.

La porte s'ouvrit sur un homme d'une quarantaine d'année, grand, bien charpenté, enroulé dans un poncho en laine, ses mains restaient hors de vue.

« Qui va là ? »

Mustang reconnut aussitôt la voix de son assaillant de l'autre soir. Le doute n'était plus permis, c'était bien l'homme qui avait tué Jézabel et l'avait attaqué.

Roy recula d'un pas et comme il l'avait espéré l'ishbal avança d'autant.

Mustang fit jaillir une flamme au bout de ses doigts qui illumina leurs deux visages.

« Vous ! » S'exclama le réfugié. La surprise se lisait sur son visage, mais elle fit rapidement place à une expression de pure haine.

« Colonel Roy Mustang. Je viens vous arrêter pour le meurtre de Jézabel Hartfield. Je vous conseille de me suivre sans faire d'histoire. »

L'homme éclata de rire : « Je n'ai que faire de cette pute. Vous seul comptez. Vous avez exterminé ma famille, ma femme et mes enfants sont morts brûlés vifs dans notre maison. Et c'est vous qui y avez mis le feu. Par Ishbala, vous allez payer pour ça ! »

D'un geste rapide comme l'éclair, l'homme brandit un couteau et se jeta sur Mustang, qui surpris par la soudaineté de l'attaque se retrouva allongé au sol, l'ishbal au-dessus de lui brandissant son couteau.

De son bras gauche il retint celui armé de son agresseur, pendant que de l'autre il lui assénait un coup de poing en plein visage lui éclatant la lèvre inférieure.

Roy profita de ce que son adversaire était étourdi pour prendre l'avantage sur lui et le renverser. Mais l'autre était robuste et la haine décuplait ses forces. Les coups pleuvaient de toute part, Mustang se retrouva avec une sérieuse estafilade sur le bras et le sang ne tarda pas à imbiber sa manche et à dégouliner sur sa main, la rendant poisseuse et glissante.

Leur proximité rendait impossible pour lui l'usage de son alchimie, sans compter l'état dans lequel se trouvaient ses gants, humides de sang et déchirés.

Riza s'était rapprochée de l'avant de la baraque lorsqu'elle entendit la porte s'ouvrir. Elle avait été un moment soulagée de voir que le Colonel avait réussi à faire sortir leur homme de là. La chance était avec eux avait-elle pensé. Elle se glissait silencieusement derrière l'ishbal lorsque celui-ci s'était jeté sur Mustang. Elle n'avait pu alors faire usage de ses armes au risque de blesser Mustang.

Impuissante Riza pointait son flingue sur les deux hommes alors qu'ils se battaient, attendant d'attraper le bon angle de tir.

Tout à sa rage, l'ishbal ne semblait pas l'avoir repérée. C'était là sa chance à elle.

Elle les vit prendre le dessus chacun leur tour, jusqu'à ce qu'épuisé, Mustang se retrouve dos au sol, l'ishbal à cheval sur son torse, le visage déformé par la folie et la haine, brandissant son couteau à deux mains pour asséner le coup final.

Une première détonation résonna dans la nuit, l'ishbal eut un soubresaut, la balle venait de l'atteindre dans l'épaule droite. Une deuxième détonation suivie d'une troisième et l'homme s'affala au sol.

Mustang s'en dégagea rapidement en poussant sur ses pieds et ses bras. Les éclaboussures de sang projetées sur son visage empêchaient de clairement voir ses blessures.

Riza se précipita vers lui et l'aida à se remettre debout sur ses jambes :

« Colonel ! Ca va ?

« Vous aviez raison. Ce plan n'était pas aussi bon que ça.

« Je suis désolée, je n'ai rien pu faire avant, je risquais de vous toucher.

« Il est mort ? »

Riza se pencha sur l'ishbal.

« Non, il respire encore. Je ne voulais pas le tuer. Je l'ai touché à l'épaule, à l'échine et au bras. Mais il est dans un état sérieux. Il faudrait rapidement faire venir une ambulance. »

Elle se releva après son inspection :

« Vous aussi semblez avoir besoin de vous faire soigner. Et par un vrai médecin cette fois. »

Sur ces entrefaites, ils entendirent des voix et des bruits de courses venant dans leur direction.

Havoc apparut deux minutes plus tard, accompagné de la cavalerie.

« Nous avons entendu des coups de feu. »

Il s'arrêta devant l'état de Mustang :

« Vous allez bien Colonel ? Vous avez une mine effroyable.

« Sans blague ! »

Une ambulance arriva peu de temps après sur les lieux, suivie d'une deuxième. Le secteur fut promptement envahi de soldats et de policiers.

La rumeur avait rapidement couru que Mustang s'était battu et avait capturé un criminel ishbal.

Riza aida à faire la lumière auprès des autorités sur les événements des deux derniers jours jusqu'à leur conclusion ce soir, pendant que Mustang se faisait soigner dans l'une des ambulances.

Le blessé fut emmené à l'hôpital militaire. Il était toujours inconscient.

Une fois rafistolé, Mustang se libéra des infirmiers et s'approcha de Riza. Il se tourna vers les hommes avec lesquels elle conversait.

« Nous allons retourner au QG, nous vous ferons parvenir notre rapport demain à la première heure. » Puis se tournant vers Riza : « Lieutenant, si vous voulez bien. » Riza acquiesça et salua à son ordre : « A vos ordres Colonel. »

Riza siffla un coup et Hayate accourut à toutes pattes.

Ils s'éloignèrent des lieux, laissant à Havoc le soin de gérer tout sur place. Ils réquisitionnèrent un véhicule et prirent la direction du QG.

« Colonel, vous ne souhaitez vraiment pas aller vous faire ausculter à l'hôpital ?

« Non, les infirmiers ont dit que c'était bon. Je n'ai que quelques contusions et des coupures qu'ils ont pansées. Je tiens encore debout.

« Mais vous voulez vraiment aller taper notre rapport ? »

Riza lui jeta un regard de côté pendant qu'elle conduisait. Il ne semblait vraiment pas au mieux de sa forme tout de même.

« Bien sûr que non, c'était juste une excuse pour nous sortir de là. J'en ai eu plus que mon compte. Et je voudrais vraiment prendre une douche. Le rapport attendra, il n'est plus à quelques heures près. »

Roy éclata de rire :

« Purée, ça fait des années que je ne m'étais pas battu à mains nues comme ça ! Arg ! Qu'est-ce que j'ai mangé ! Mais je lui ai mis son compte aussi ! Vous ne trouvez pas ?

« Si, mais vous n'avez pas besoin de fanfaronner comme ça Colonel. Votre récit et vos hématomes feront sûrement forte impression auprès des jeunes filles demain, mais pas à moi. J'ai bien cru qu'il aurait votre peau.

« Mais vous l'avez eu avant.

« Heureusement pour vous. Je vous avais dit que ce plan n'était pas bon !

« Oui oui oui, je sais, j'avais tort, vous aviez raison. Mais l'important, c'est que nous l'ayons coincé. N'est-ce pas ? »

Riza ne lui répondit pas. Elle regardait droit devant elle la route et se mordait l'intérieur des joues. Elle avait vraiment eu peur pour lui ce soir. Si elle n'avait pas été là… Si elle n'avait pas visé correctement… Il ne serait peut-être plus là pour faire le malin à côté d'elle… Elle préférait chasser ces pensées, l'idée qu'elle aurait pu le perdre lui était trop insoutenable.

La voix de Mustang la rappela sur terre :

« Et vous Hawkeye, vous allez bien ?

« Oui Colonel. Merci. »

Ils gagnèrent le QG où ils purent prendre une douche et mettre des vêtements propres. De retour dans leur bureau, Roy sortit une bouteille et deux verres. Il tendit le sien à Riza et s'assit dans son fauteuil, les pieds reposant sur son bureau. Les yeux fermés, il se détendait en buvant à petite gorgée et laissait vagabonder le cours de ses pensées.

Si elle n'avait pas été là, c'est clair que je ne serais sans doute plus de ce monde… Riza…

Riza fit tourner le liquide ambré avant d'y tremper ses lèvres et ne put s'empêcher de retenir une grimace. Elle découvrit son système digestif au fur et à mesure que le whisky poursuivait sa course jusque dans son estomac.

Roy entrouvrit un œil et lui sourit. « Je vous en prie Lieutenant, asseyez-vous avant de tomber. »

Ils restèrent dans leur bureau silencieux un long moment, se contentant de la présence rassurante de l'autre, prenant conscience que ce soir aurait pu mal tourner, que la vie était courte et ne tenait parfois qu'à un fil…

Finalement, la nuit était déjà bien avancée lorsque Mustang reposa son verre et se leva.

« Venez Lieutenant, je vous ramène chez vous. Je ne suis pas le seul à avoir une mine terrible. Je suis même étonné qu'on nous ait laissé entrer jusqu'ici avec notre dégaine ! »

Riza posa son verre à moitié plein et rassembla ses affaires.

« Si vous le dites. »

Roy prit le volant de la voiture de Riza et la raccompagna à son domicile. Il gara la voiture et coupa le moteur.

« Riza. Est-ce que ça vous choque si je vous dis que je n'ai pas envie de retourner chez moi ? »

Riza s'éclaircit la gorge, mais ce fut d'une voix rauque qu'elle lui répondit presque dans un murmure : « Non. »

« Et si je vous disais que je ne veux pas dormir sur votre canapé ? »

Il n'osait plus la regarder, laissant son regard errer à travers le pare-brise. Il déglutit, jamais il ne lui avait été aussi difficile de faire comprendre à une femme qu'il avait envie d'elle. Et Riza qui ne disait rien. Il se sentait de plus en plus stupide et gêné.

Son cœur battait tellement vite et fort dans sa poitrine, qu'il aurait juré que d'un moment à l'autre il allait jaillir de son torse.

Riza ouvrit sa portière et sortit de la voiture. Roy ferma ses yeux. Jamais plus il ne pourrait la regarder en face.

Soudain, sa portière s'ouvrit. Elle se tenait là à côté de lui.

« Vous venez ? ».