Cela faisait bien longtemps qu'elle n'était pas venue ici. Elle y avait ressenti le besoin il y a quelque temps, pour expliquer à Ulysse qui était sa vraie maman. Mais au final. Une fois l'explication faite elle n'avait pas eu le courage de revenir. La tombe n'était pas pour autant laissée à l'abandon. La sœur du couvent qui s'était pris d'affection pour Camille venait régulièrement la fleurir et la nettoyer. Adèle s'approcha tremblante de la tombe. Comme si elle s'attendait à ce qu'Argos ressurgisse. Elle se planta devant. C'était tellement difficile pour elle d'être là. Elle avait perdu Camille, d'être en face de cette pierre, faisait remonter tous ses souvenirs à la surface et ça, c'était vraiment très dur à encaisser. Leur enlèvement, la mort de leurs parents. Les années à souffrir des épreuves d'Argos. Elle eut un frisson. Et si, tout cela n'était jamais arrivé. Où en serait-elle maintenant ? Ses parents, son travail. À l'idée d'une vie meilleure entourée de sa jumelle, elle ne put retenir les larmes qui commencèrent à couler lentement le long de ses joues. Elle n'avait tellement plus le goût d'avancer. Elle avait l'impression d'avoir perdu une partie d'elle. De toute manière il aurait été difficile de ramener Camille, sachant que l'emprise d'Argos sur elle. Il l'avait tellement conditionné. Tellement manipulé, remplit de haine contre les autres, ses parents, elle… Même Ulysse, son fils ne lui avait pas redonné raison. Le meurtre du mari de Chloé, potentiellement d'autres crimes dans le passé, dicté par Argos. Elle ne pouvait pas croire que sa jumelle était devenue une tueuse sans cœur, qui avait même failli la tuer à son tour, lui hurlant qu'elle n'aurait jamais voulu être comme elle. Elle se souvient de ce moment, ou Thomas était arrivé à temps et l'avait sauvé in extremis des tirs de sa sœur. Elle se mit en tailleur en face de la sépulture, Et commença à ouvrir son cœur imaginant sa défunte jumelle en face d'elle :
« Bonjour Camille, je…je sais que ça fait longtemps que je ne suis pas venu… Et Ulysse non plus d'ailleurs. Tu sais on ne t'oublie pas. On pense toujours très fort à toi. Je lui parle de toi, pas aussi souvent qu'avant... Mais je parle de toi. Si tu savais comme ma vie n'a plus de sens depuis peu… j'ai passé des années à te chercher comme j'aurais passé des années à te faire revenir… À t'enlever de l'emprise qu'il avait sur toi… Je ne t'aurais jamais abandonné… Jamais… »
Elle essuyait tant bien que mal, les larmes qui commençaient à couler. Elle prit une grande inspiration :
« Tu sais, Argos et mort. Je…je l'ai tué…j'ai aussi découvert qu'on avait une petite sœur… Elle s'appelle Sarah, on apprend chaque jour un peu à se découvrir… Mais voilà, malgré toutes nos épreuves vécues, je n'arrive pas à combler ce vide entre nous. Je me sens responsable de tout. Argos, nos vies. Puis regarde maintenant, il n'est plus là. Toi non plus, je suis seule avec Ulysse, et je ne sais plus ce que je dois faire…et il y a thomas… j'ai peur, je ne sais pas. On m'a dit un jour que j'étais incapable d'aimer, je crois que c'est bien vrai, je vais tout gâcher je ne peux pas, et Ulysse je ne pourrais pas lui expliquer, c'est trop compliqué, le travail, tout ça, je ne sais plus quoi faire… »
Elle baissa la tête, laissa éclater les sanglots qui depuis son arrivée étaient prêts à sortir. Elle entendit des pas sur le gravier derrière elle. Se leva précipitamment manquant de trébucher, mais réussit in extremis à se rattraper. Thomas qui était derrière depuis quelques minutes eut le temps de mettre ses mains devant lui, comme pour lui signifier qu'il n'allait pas lui faire de mal. Ce qui était tout simplement inimaginable. Mais il n'aurait jamais pensé l'effrayer à ce point.
« Adèle, désolé, je vous ai fait peur ce n'était pas mon intention. Je…je vous ai entendu, et je tiens à vous dire que vous n'êtes pas seule »
Elle semblait perdue, les sourcils froncés, elle attrapa son sac qu'elle avait fait tomber dans la précipitation près de la tombe de sa sœur :
« Qu'est-ce que vous faites ici, vous me suivez maintenant » grogna-t-elle un peu tendue qu'il ait pu entendre les confidences qu'elle faisait à Camille.
Thomas fut surpris du ton de sa voix. En plus d'être perdue, elle semblait en colère. La connaissant. Il savait pertinemment qu'elle n'apprécierait pas de savoir qu'il avait entendu une bonne partie de ses paroles, surtout la partie le concernant. Adèle réajusta son sac sur le côté, mis ses lunettes de soleil, pris un air détaché et s'apprêta à laisser thomas là, sur place. Il se mit devant elle pour lui barrer le passage.
« Quoi ? » s'énerva-t-elle
« Quoi ? » Répéta-t-il a son tour en haussant les sourcils, il savait que cela aller être difficile d'entamer une conversation. Adèle semblait fermée comme une huître. Elle avait cet air aussi froid et détacher. Le même qu'elle a souvent quand les nerfs commençaient à lui lâcher, quand elle était prête à envoyer tout valser. Perturbé par le fait de la froisser à nouveau et qu'elle parte le laissant là, il tenta tant bien que mal une approche des plus délicate.
« J'ai su que vous étiez passé à la DPJ, j'étais en interrogatoire, mais j'attendais éventuellement de vous croiser dans les couloirs, mais je vous ai raté de peu…je…Je suis désolé »
Adèle ne broncha pas. Même avec ses lunettes de soleil elle semblait avoir peur que thomas ne la fixe suffisamment pour la déstabiliser.
« Écoutez ce n'est pas grave je ne suis pas restée longtemps »
Thomas penchait la tête essayant de trouver une solution d'accrocher son regard, Adèle semblait obstinée à vouloir l'éviter.
« Vous pensez revenir… ? » tenta-t-il avec une voix plus que douce. Elle leva d'un coup la tête. Commença à tortiller la sangle de son sac. Elle se pinça la lèvre, regarda d'un coup sec sur la droite, puis la gauche évitant tant bien que mal cette question qui la travailler depuis déjà des semaines.
« Je ne sais pas, je réfléchis, j'ai besoin de temps » elle semblait vraiment contrariée. Thomas était la planté devant elle. Figé. Sans émotion. Adèle n'attendait pas forcément qu'il la retienne. Mais elle ne semblait pas non plus, savoir comment agir.
« Je dois y aller, j'ai des choses à faire » elle le contourna et d'un pas assez vif, se dirigea vers sa voiture garer non loin de là, en essayant tant bien que mal de trouver ses clefs pendant sa courte marche.
Thomas surprit, commença à suivre sa collègue malgré elle
« Alors c'est tout ? C'est tout ce que vous avez à me dire ? » Dit «-il exaspérer
Adèle leva les yeux au ciel. Commençant à s'énerver de ne pouvoir mettre la main sur ces clefs de voiture. C'était ni le moment. Ni l'endroit pour vider son sac. Puis elle avait évité thomas depuis un sacré moment. Elle ne pensait pas le trouver là. Clairement elle n'avait pas envie de s'étendre sur ses envies du moment, car il y en avait pas, sur sa vie qu'elle ne contrôler plus, car elle ne le voulait pas, et encore moins sur leur relation, qui était clairement, à cet instant, inexistante.
« Adèle » interpella Rocher.
Elle lui faisait dos depuis quelque minute déjà. Il voyait bien qu'elle commençait à maltraiter son sac à défaut de maltraiter quelqu'un pour se défouler. Thomas entendit le bruit de son trousseau de clefs, Il savait que son temps était compté. Qu'elle n'hésiterait pas à monter dans sa voiture et à partir sans se retourner. Il n'avait rien à perdre il comptait bien lui parler, et s'il ne pouvait pas parler d'eux. Bien il lui parlerait d'autres choses. Mais il avait besoin qu'elle lui parle. Il était hors de question qu'elle s'en aille dans cet état. Et en le laissant là en plan. Elle ne prit pas la peine de se retourner. Rocher essayant tant bien que mal une nouvelle fois d'engager le peu de conversation qu'il était en capacité d'avoir avec elle.
« Ne partez pas, on peut se parler, bon ce n'est pas le moment, j'ai fait l'erreur de venir vous retrouvez aussi. Je suis désolé, mais j'ai besoin que vous me parliez. J'ai besoin de savoir que vous allez bien, que vous allez revenir… s'il vous plaît... »
Il était redevenu calme, sa voix tremblait malgré lui, comme pour prouver qu'il perdait pied. À ce moment-là, sans même si attendre, Adèle se retourna, elle avait envie de craquer, elle se sentait complètement démunie. Mais à la fois assez forte pour ne pas montrer ses faiblesses au commandant, même si depuis des années, il la connaissait très bien. Et l'avais accompagné plus d'une fois dans des moments difficiles. Elle savait qu'elle pouvait avoir confiance en lui. Mais ne savait pas pourquoi elle passer son temps à le rejeter sans cesse. En fait, si elle le savait. Car elle savait qu'à partir du moment où elle ouvrirait son cœur. Elle gâcherait tout comme d'habitude et ça. Elle n'en avait pas envie.
